Le rejet du Roi (Chap. 10, 46 à 11, 26)

Dans chacun des trois premiers évangiles, l’entrée du Seigneur à Jérusalem, et le miracle par lequel un aveugle recouvre la vue, introduisent les événements qui aboutissent à Sa mort et à Sa résurrection. Sa vie sur la terre comme Fils de l’homme venu servir dans la grâce et l’humilité, est terminée. Maintenant, Il se présente Lui-même à Jérusalem comme le Fils de David — le Messie promis. Après avoir été rejeté comme parfait serviteur de l’Éternel, Il est rejeté comme Fils de David, et ces deux rejets ouvrent la voie à un service encore plus grand : le don de Sa vie en rançon pour plusieurs, comme Fils de l’homme.


Chapitre 10, 46 à 52. Le Seigneur entre à Jéricho — la ville maudite — non pas pour juger et exécuter la malédiction, mais dans l’humble grâce de Celui qui allait porter la malédiction. Comme Il sortait de la ville, Il rencontre un aveugle qui était assis sur le bord du chemin et mendiait. Ne pouvons-nous pas dire que l’état physique de l’aveugle représente la condition morale de la nation ? Le Messie était présent, Il était venu en grâce et en puissance pour bénir, mais la nation comme telle était aveugle, et ne discernait ni la gloire de Sa personne ni Sa propre misère. Ils ne voyaient en Jésus qu’un Nazarénien méprisé.

En contraste avec la foule, Bartimée était conscient de sa misère et de sa propre incapacité d’y remédier. Comme toujours, c’est l’âme qui a des besoins qui est attirée vers Jésus et qui discerne Sa gloire. Si la foule parle de Jésus comme d’un Nazarénien, la foi discerne dans cet homme humble le Fils de David, Celui dont il est écrit qu’Il serait donné « pour ouvrir les yeux aveugles » (És. 42, 7). Aussi l’aveugle peut-il crier : « Fils de David, Jésus, aie pitié de moi ».

Comme toujours, lorsqu’une âme cherche Jésus, il y a des obstacles à vaincre. Plusieurs reprennent l’aveugle pour qu’il se taise, ne voulant pas que le Seigneur soit importuné par un mendiant. Mais sa foi s’élevant au-dessus de tous les obstacles, l’homme crie d’autant plus fort ; et dans Sa grâce, le Seigneur, « s’arrêtant », commande qu’on l’appelle. Jetant loin son vêtement, il se lève et vient vers Jésus. Puissions-nous, lorsque nous sommes conscients de notre misère et que nous discernons quelque chose de la gloire de Jésus, jeter loin tout vêtement de propre justice dans lequel nous pourrions nous confier, et venir à Jésus tels que nous sommes, dans toute notre misère et notre faiblesse. À la demande du Seigneur : « Que veux-tu que je te fasse ? » l’aveugle répond : « Que je recouvre la vue ». Le Seigneur prend la place de celui qui agit, et l’aveugle accepte d’être celui qui reçoit. Le Seigneur répond tout de suite à cette foi simple. L’aveugle recouvre la vue et suit Jésus dans le chemin, devenant désormais Son disciple. Il n’a pas essayé de suivre Jésus pour recouvrer la vue ; mais ayant reçu la bénédiction, il L’a suivi. Il nous faut d’abord recevoir les bénédictions du salut et du pardon que nous apporte l’œuvre de Christ, avant de pouvoir Le suivre comme étant l’objet du délice de notre âme.


Chapitre 11, 1 à 6. Comme ils approchent de Jérusalem, les préparatifs sont faits en vue de la présentation du Seigneur à Israël comme Fils de David, en accomplissement de la prophétie de Zacharie (Zach. 9, 9). C’était un nouveau témoignage à la gloire du Seigneur et un dernier signe pour le peuple. Se présentant comme Roi, Jésus agit avec une autorité royale. Si quelqu’un demandait aux disciples pourquoi ils détachaient l’ânon, il leur suffirait de répondre : « le Seigneur en a besoin », pour mettre immédiatement fin à toute question. C’est ce qui se passa, et il en sera de même dans le jour de gloire à venir, où l’on pourra dire véritablement de Sion : « Ton peuple sera un peuple de franche volonté, au jour de ta puissance » (Ps. 110, 3).


Versets 7 à 11. Lorsqu’Il entre dans Jérusalem, le Seigneur se trouve environné d’une foule qui Le salue comme Roi, citant les versets 25 et 26 du psaume 118 : « Sauve, je te prie… ! Béni soit celui qui vient au nom de l’Éternel ! ». C’est le cri que poussera la nation dans un jour à venir, lorsqu’un résidu repentant regardera à l’Éternel pour être sauvé. Ce moment-là n’était pas encore venu. Mais si les chefs de la nation rejettent le Seigneur, il est donné aux petits enfants et à ceux qui tètent de rendre un témoignage à Sa gloire (Ps. 8, 2). Étant entré dans la ville et dans le temple, le Seigneur promène Ses regards scrutateurs sur tout. Il ne le fait que pour mettre en évidence les signes de rébellion, de corruption et d’incrédulité qui marquent un état qu’Il refuse de sanctionner par Sa présence ; ainsi, le soir étant venu, Il retourne à Béthanie, où il y en avait quelques-uns qui L’aimaient et Le reconnaissaient.


Versets 12 à 14. Le lendemain, alors que le Roi retournait à la ville avec Ses disciples, nous lisons qu’Il « eut faim ». Il chercha du fruit sur un figuier, mais n’y trouva « rien que des feuilles ». Ne pouvons-nous pas dire que, pour le Seigneur, il ne s’agissait pas seulement d’une faim physique, mais d’une faim spirituelle qui cherchait quelque reconnaissance de la part d’Israël, pour tous les siècles de bonté que Dieu avait accordés à la nation ? Quelque chose qui serait du fruit pour satisfaire le cœur de Dieu. De même que sur l’arbre, le Seigneur trouva abondance de feuilles mais pas de fruit, dans la nation, Il rencontra une grande profession de piété devant les hommes, mais rien dans la vie intérieure qui puisse être du fruit pour Dieu.

Quel résultat solennel ! Quelle que soit leur profession religieuse devant le monde, ceux qui cessent de vivre droitement devant Dieu seront mis de côté en tant que témoignage devant les hommes. Aussi le Seigneur doit-Il dire : « Que désormais personne ne mange jamais de fruit de toi ». C’est là certainement un principe d’une grande portée. Plus tard, le Seigneur doit dire de l’assemblée à Éphèse, qui, par ses œuvres, donnait une si belle apparence de piété, qu’elle n’avait pas été fidèle dans ses affections envers Lui ; et Il lui déclare : « Tu as abandonné ton premier amour ». Le Seigneur la prévient qu’Il va par conséquent ôter sa « lampe de son lieu ». Ces croyants n’étant pas droits de cœur envers Christ, ils allaient perdre leur témoignage devant les hommes. C’est un avertissement solennel pour nous tous que le véritable critère de la spiritualité n’est pas la profession extérieure de piété devant les hommes, mais la vie intérieure vécue devant Christ.


Versets 15 à 19. Étant venu dans la ville, Jésus entre dans le temple et constate l’ampleur de la corruption de la maison de Dieu laissée entre les mains des hommes. Cette maison, par laquelle Dieu s’approche des hommes, et où l’homme peut s’approcher de Dieu, était devenue entre les mains des Juifs religieux un moyen de satisfaire leur cupidité. Et ce que les chefs en Israël ont fait, les conducteurs dans l’assemblée chrétienne sont en danger de le faire, si la grâce de Dieu n’intervient. Quelques années plus tard, l’apôtre Paul nous met en garde contre l’intrusion, parmi les chrétiens, d’hommes corrompus dans leur entendement qui « estiment que la piété est une source de gain » (1 Tim. 6, 5). L’apôtre Pierre aussi, qui présente l’Assemblée comme la maison de Dieu, exhorte les anciens à ne pas vouloir paître le troupeau de Dieu pour « un gain honteux » (1 Pier. 5, 2). Dans sa seconde épître, il nous avertit également que des hommes s’introduiraient parmi les chrétiens, et, « par cupidité », feraient « trafic » des croyants. Nous apprenons ainsi que la chair ne change pas. La convoitise qui a corrompu la maison de Dieu à Jérusalem s’est insinuée avec son influence perverse dans la maison spirituelle de Dieu. Aussi « le temps est venu de commencer le jugement par la maison de Dieu » (1 Pier. 4, 17).

Le Seigneur condamne cette corruption en termes clairs. La maison qui, selon les Écritures, devait être une maison de prière pour toutes les nations, avait été transformée en une caverne de voleurs (És. 56, 7 ; Jér. 7, 11). En dénonçant ce mal, le Seigneur ne fit que soulever contre Lui l’opposition la plus absolue. « Les principaux sacrificateurs et les scribes l’entendirent, et ils cherchèrent comment ils le feraient mourir ». Et aujourd’hui, ceux qui, en présence de la corruption de la chrétienté, cherchent à suivre le Seigneur en prenant position pour la vérité, rencontreront en quelque mesure de l’opposition. « La vérité fait défaut, et celui qui se retire du mal devient une proie » (És. 59, 15).


Versets 20 à 26. Le Seigneur enseigne à Ses disciples le principe important qui permet au saint le plus faible de surmonter les plus grandes difficultés et de vaincre l’adversaire le plus subtil. Extérieurement toute la puissance et l’autorité de l’ordre établi étaient entre les mains de ceux qui s’opposaient au Seigneur et à Son enseignement. Comment donc quelques pauvres pêcheurs pourraient-ils résister à la sagesse et au pouvoir d’hommes haut placés ? La réponse du Seigneur est : « Ayez foi en Dieu ». Toute la puissance de ceux que symbolisait le figuier stérile disparaîtrait devant la puissance de Dieu dont la foi pouvait se saisir. La nation juive, qui représentait tout le système de la loi, paraissait grande aux yeux des disciples, comparable à une montagne établie depuis des siècles. Toutefois, même si pour la vue, la nation semblait stable et durable, la foi pouvait discerner qu’elle allait être jetée dans la mer des nations. Mais si la montagne devait être ôtée, Dieu demeurerait, la ressource infaillible de la foi.

En outre, la foi s’exprime dans la prière à Dieu. Cependant elle n’implique pas seulement que nous placions nos requêtes devant Dieu, mais qu’en le faisant, nous attendions une réponse. Aussi l’Esprit de Dieu peut nous exhorter par l’apôtre Paul à prier « par toutes sortes de prières et de supplications, en tout temps, par l’Esprit, et veillant à cela avec toute persévérance » (Éph. 6, 18). Nous sommes ainsi mis en garde contre la répétition de formules et de requêtes générales.

De plus, le Seigneur nous avertit de ne pas nourrir, lorsque nous prions, des pensées de vengeance contre ceux qui peuvent nous avoir offensés ou s’être opposés à nous. Rien n’entravera davantage nos prières que l’incrédulité envers Dieu — Celui auquel nous nous adressons — et un esprit intransigeant à l’égard de ceux pour lesquels nous prions. On a dit très justement que « le Seigneur joint à la prière de la foi la nécessité d’un esprit de douceur et de pardon à l’égard de ceux contre lesquels notre cœur pourrait avoir quelque chose, de peur que le gouvernement du Père ne soit amené à rappeler nos propres offenses » (F.W.G.).