Les grandes vérités placées devant nous dans le chapitre 6 se rattachent à des incidents qui ont lieu dans le pays, à la cour du roi, dans un lieu désert, sur une montagne et sur la mer déchaînée. Les deux premiers incidents nous font découvrir la mauvaise condition morale du monde qui rejette Christ ; les trois derniers nous montrent la plénitude des ressources qui se trouvent en Lui, pour ceux qui Le suivent dans la séparation de ce monde.
Versets 1 à 6. Dans la première scène, nous voyons le Seigneur dans Son humble service d’amour, s’associant avec les humbles de « son pays », parmi « ses parents » et dans « sa maison ». Il vient au milieu d’eux avec la sagesse et la puissance divines, annonçant la vérité parmi les pauvres du pays et guérissant quelques malades ; mais jamais Il ne se plie à la vanité de la nature humaine, qui aime l’ostentation et l’apparat, et rejette les hommes à cause de leur origine humble. Le ministère de grâce du Seigneur met en évidence cette mauvaise condition morale du peuple. Ils sont certes étonnés de Son enseignement et de Sa sagesse, et sont obligés de reconnaître Ses « miracles », mais « ils étaient scandalisés en lui ». La chair est toujours la même ; ne sommes-nous pas parfois en danger, aujourd’hui aussi, même comme chrétiens, d’entraver l’œuvre de Dieu par l’orgueil et la vanité de la chair en méprisant le ministère d’un serviteur de Dieu parce qu’il est d’origine humble ? Comme serviteurs aussi, nous pouvons manquer en cherchant à obtenir du crédit au moyen de la richesse ou de la position sociale. Chez le Seigneur, tout était parfait ; le manque n’était que du côté du peuple. Ces gens simples dépréciaient la sagesse de l’enseignement du Seigneur et la puissance de Ses œuvres : « Celui-ci n’est-il pas le charpentier, le fils de Marie ? ». Et ils disaient : Ses frères et ses sœurs ne sont-ils pas « ici auprès de nous » ? Ils ne discernaient pas la gloire de Sa personne, ni la grâce de Son cœur : comment, étant riche, Il a vécu dans la pauvreté pour nous, afin que par Sa pauvreté nous soyons enrichis. Ainsi le Créateur était devenu le charpentier, et le Fils de Dieu, le fils de Marie. Le Seigneur rappelle à ceux qui Le rejettent à cause de Son humiliation qu’« un prophète n’est pas sans honneur, si ce n’est dans son pays et parmi ses parents et dans sa maison ». Cela n’implique pas que le Seigneur était rejeté dans Son propre pays, comme cela pourrait nous arriver à nous, à cause de nos faiblesses ou à cause de manquements connus, mais que cette proximité avec Lui dans les choses de la vie quotidienne les conduisait à rabaisser la mission divine qu’Il avait reçue de la part de Dieu.
Le résultat fut qu’Il ne put faire là que quelques miracles, à cause de leur incrédulité. Il est solennel de considérer combien, de nos jours, l’incrédulité peut entraver l’œuvre de Dieu. Si la foi, comme le montre le récit de la femme malade du chapitre précédent, attire la bénédiction, il est tout aussi vrai que l’incrédulité l’empêche de se déverser. Toutefois, la grâce de Jésus, s’élevant au-dessus de l’orgueil et de l’incrédulité, guérit quelques « infirmes », même si la bénédiction est limitée à « un petit nombre ». « Il s’étonnait de leur incrédulité ». Hélas ! ne Lui donnons-nous pas quelquefois l’occasion de s’étonner de notre incrédulité ? Cependant, Il poursuit Son chemin, enseignant dans les villages à la ronde, inlassable dans Son service, malgré l’orgueil et l’incrédulité.
Versets 7 à 13. Le rejet de Son service peut empêcher que des miracles s’opèrent dans Son propre pays, mais il ne peut pas tarir la grâce qui jaillit de Son cœur. Aussi le Seigneur envoie les douze comme un nouveau témoignage à Sa présence en grâce et en puissance pour la bénédiction des hommes. Un témoignage frappant est rendu à Sa gloire comme personne divine dans le fait qu’Il « leur donna autorité sur les esprits immondes ». N’importe qui peut exercer une puissance et accomplir des miracles si l’autorité lui en est donnée ; mais qui, sinon Dieu, peut donner cette autorité ? En outre, la manière selon laquelle les disciples devaient s’en aller était, en elle-même, un témoignage à la présence de Celui qui est Seigneur de tout. Ils devaient partir sans rien prendre pour le chemin. Ils devaient se confier dans les soins et la protection du Seigneur qui, présent sur la terre, inclinerait le cœur des hommes et dirigerait les circonstances pour qu’ils ne manquent de rien.
Leur mission ne devait pas dégénérer en une tournée de visites mondaines. Ils étaient au service du Seigneur : ils devaient par conséquent, en chaque endroit, demeurer dans la même maison jusqu’à leur départ. La substance de leur prédication était la repentance, car la présence du Roi et la bonne nouvelle du royaume avaient déjà été proclamées, mais les chefs religieux avaient rejeté Christ à cause de la grandeur de ce qu’Il affirmait être, alors que le peuple L’avait repoussé à cause de l’humilité de Sa condition. Les chefs L’accusaient de faire Ses miracles par la puissance du diable ; le peuple disait qu’Il n’était qu’un charpentier. La nation est appelée à se repentir de cette méchanceté. En outre, c’était un témoignage ultime, car le jugement allait être prononcé sur ceux qui rejetaient cette mission.
Versets 14 à 29. Le résultat de cette mission, accompagnée de signes de puissance, fut que « son nom était devenu public ». Si seulement tous les prédicateurs annonçaient Christ de manière à laisser derrière eux le parfum de Sa personne, et la connaissance de la valeur de Son nom. Hélas ! que de fois la publicité faite autour de celui qui prêche et l’utilisation de toutes sortes de méthodes qui plaisent à l’homme naturel, font que c’est le nom du prédicateur qui est mis en évidence plutôt que celui de Jésus.
Toutefois, aussi largement que la renommée de Jésus se répande, à moins qu’il n’y ait une œuvre de Dieu dans l’âme, il ne s’ensuivra que des spéculations, comme dans ces jours-là, où quelques-uns disaient qu’il s’agissait de Jean le baptiseur ressuscité d’entre les morts, et d’autres, d’un prophète. Mais les spéculations de l’esprit humain ne peuvent jamais arriver à la vérité quant à la personne de Christ. Pourtant, la renommée de Jésus parvient jusqu’à la cour. Nous avons déjà vu l’absence totale de discernement spirituel dans les classes inférieures du peuple ; nous allons découvrir maintenant la mauvaise condition morale des couches supérieures. Chez le roi Hérode, les nouvelles concernant Christ font davantage que de conduire à des spéculations. Cela réveille sa conscience mal à l’aise, et l’amène au souvenir de son péché. Il avait conclu un mariage illicite avec la femme de son frère et avait été repris pour son péché par Jean le baptiseur. Ce reproche avait suscité l’inimitié d’Hérodias, l’adultère coupable. Elle aurait désiré faire mourir Jean, mais n’était pas parvenue à ses fins, car Hérode craignait Jean, le sachant homme juste et saint. Bien qu’étant dépourvu de principes, Hérode savait apprécier la bonté chez les autres ; il écoutait volontiers Jean et faisait beaucoup de choses sur son conseil. Cependant Hérodias attend le moment propice, et une fête à la cour lui fournit l’occasion cherchée. Séduit par une danse, le roi fait une promesse téméraire, et plutôt que de manquer à sa parole, il fait mettre Jean à mort. Il a été dit[5] très justement : « Mieux vaut rompre une promesse diabolique que de la tenir ».
Le rejet et le meurtre du précurseur sont une indication solennelle du fait que, le moment venu, Hérode prendra une part dans le rejet et la crucifixion de Christ.
Versets 30 à 44. Après avoir accompli leur mission, les apôtres « se rassemblent auprès de Jésus ». Ils ont été envoyés par le Seigneur et ils reviennent maintenant vers Lui. Quel bienfait pour des serviteurs, si — comme les disciples — après avoir accompli le moindre service, ils reviennent auprès du Seigneur et Lui disent tout ce qu’ils ont fait, et tout ce qu’ils ont enseigné. Trop souvent nous sommes enclins à dire ces choses à d’autres, bien que parfois il puisse être à sa place d’encourager les enfants de Dieu en leur parlant de l’œuvre du Seigneur. Il y a toutefois cette grande différence à observer : si nous convoquons l’assemblée de Dieu, comme le firent Paul et Barnabas à Antioche (Act. 14, 27), cela doit être pour raconter toutes les choses que Dieu a faites avec nous, et comment Lui a ouvert la porte. Mais lorsque, notre service accompli, nous nous approchons de Jésus, c’est pour Lui raconter ce que nous avons fait et enseigné. Il est bon pour nos âmes de passer en revue nos actes et nos paroles dans la présence de Celui qui ne flatte jamais, devant qui il est impossible de se vanter, et à qui rien ne peut être caché ; c’est là que nous découvrons nos faiblesses et nos défauts. Il se peut, hélas ! que nous soyons remplis de nous-mêmes et de notre service ; mais dans la présence du Seigneur, nous pouvons parler librement de tout ce qui occupe nos pensées et pèse sur notre esprit ; nous sommes alors apaisés et pouvons avoir de saines pensées quant à nous-mêmes ; nous pouvons nous oublier nous-mêmes — et notre service — pour être occupés de Lui. Aucun commentaire n’est fait sur le ministère des apôtres, mais nous constatons la sympathie et les soins du Seigneur pour Ses serviteurs. Ils Lui avaient parlé de leur service, mais Lui s’occupe d’eux et du repos dont ils ont besoin. Aussi peut-Il dire : « Venez à l’écart vous-mêmes dans un lieu désert, et reposez-vous un peu ». Le repos éternel est à venir, mais pour la terre il y a le « reposez-vous un peu ».
On a fait remarquer qu’il y a trois raisons pour lesquelles les disciples ont été conduits à l’écart dans un lieu désert. Premièrement, le Seigneur s’était retiré dans le désert à cause du meurtre de Son témoin, un signe certain de Son propre rejet et de Sa crucifixion. Ce signe indiquait que la dispensation allait changer ; ainsi le Seigneur se sépare, et se place en dehors de la nation coupable. Cette raison dispensationnelle ressort clairement dans l’évangile selon Matthieu (14, 13). La deuxième raison pour laquelle le Seigneur prend une place de séparation est en relation avec le service de Ses disciples. Très naturellement, cela est mis en évidence dans l’évangile selon Marc. Leur service les avait conduits dans le monde et avait provoqué de tels remous qu’« il y avait beaucoup de gens qui allaient et qui venaient ». Dans de telles circonstances, il est nécessaire que les serviteurs soient conduits à l’écart de l’agitation du monde pour être avec le Seigneur et se reposer un peu. La troisième raison de cet incident est présentée dans l’évangile selon Luc, où nous apprenons que les disciples sont menés à l’écart pour être enseignés par le Seigneur (Luc 9, 10, 18-27).
Aujourd’hui aussi, nous avons besoin d’être conduits hors du monde pour apprendre que nous ne sommes pas du monde, même si nous y sommes envoyés pour le service du Seigneur. Nos bénédictions sont célestes, non pas terrestres. De même que les disciples, nous avons aussi besoin d’être seuls avec le Seigneur pour échapper à l’esprit du monde, avec toute son activité remuante, et cela surtout lorsqu’un petit témoignage rendu à Christ a eu momentanément quelque retentissement dans le monde. Et nous avons aussi besoin d’être dans l’intimité de la présence du Seigneur pour apprendre quelle est Sa pensée.
À la parole du Seigneur, les disciples s’en allèrent dans un lieu désert, à l’écart. Mais « plusieurs les virent qui s’en allaient », et, dans leur empressement à être près de Christ, « arrivèrent avant eux, et se rassemblèrent auprès de lui ». Les disciples allaient donc, semblait-il, être privés de leur repos. Mais le Seigneur, dans Ses tendres soins envers les siens et dans Sa compassion pour les foules, sortit de Son lieu de retraite et vint au-devant de ceux qui Le cherchaient. Il pouvait y avoir du repos pour Ses disciples ; pour Lui, il n’y en avait pas. Ses compassions ne Lui en laissaient pas. Aussi nous lisons : « Il se mit à leur enseigner beaucoup de choses ».
L’heure étant déjà fort avancée, les disciples viennent de leur retraite et disent au Seigneur : « Renvoie-les ». Ils semblent considérer les foules comme des importuns venus troubler leur repos, et ils voudraient bien se débarrasser d’eux. Mais le Seigneur ne va pas les renvoyer affamés. N’est-il pas écrit : « Je rassasierai de pain ses pauvres » ? Aucun manquement de la part d’Israël ne peut faire obstacle à la bonté et à la compassion du cœur de l’Éternel. Il leur enseignera beaucoup de choses pour la bénédiction de leurs âmes, et Il leur procurera des pains et des poissons pour les besoins de leurs corps. Il est le même aujourd’hui ; malgré toutes nos faiblesses et nos nombreux manquements, Il prend soin de nos âmes et s’occupe de nos corps. Et de plus, dans l’accomplissement de cette œuvre d’amour, Il en emploie d’autres. C’est ainsi qu’Il dit aux disciples : « Vous, donnez-leur à manger ». Mais, comme c’est si souvent le cas pour nous aussi, leur foi n’est pas en mesure d’utiliser Sa puissance. Leurs pensées ne vont pas au-delà de leur estimation du besoin et ils oublient les immenses ressources qui sont en Christ. Après avoir rendu manifeste l’insuffisance absolue de leurs propres ressources, le Seigneur met le peu qu’ils ont — les cinq pains et les deux poissons — en contact avec l’abondance du ciel. Il y avait là cinq mille hommes ; « ils mangèrent tous, et furent rassasiés ».
Versets 45 et 46. Les événements rapportés dans les versets qui suivent placent de nouveau devant nous le grand fait que le Seigneur allait laisser Ses disciples dans un monde qui L’avait rejeté. Il venait de nourrir la multitude, étant ému de compassion envers eux, parce qu’ils étaient comme des brebis qui n’ont pas de berger. Hélas ! non seulement ils n’avaient personne pour les conduire dans de verts pâturages et pour prendre soin de leurs âmes, mais lorsque le bon Berger vint au milieu d’eux, ils n’eurent pas d’yeux pour discerner Sa gloire, ni de cœur pour Le recevoir. Aussi le Seigneur, après avoir renvoyé la foule, « s’en alla sur une montagne pour prier ». En figure, le peuple est renvoyé, tandis que Jésus prend une place nouvelle, en haut, pour intercéder pour les siens, ceux-ci étant laissés pour Lui rendre témoignage dans un monde qui L’a rejeté.
Versets 47 à 52. Les disciples font l’expérience que non seulement ils sont privés de la présence physique du Seigneur, mais qu’ils sont confrontés aux tempêtes de la vie et doivent se tourmenter à ramer. Tout dans ce monde est contraire aux enfants de Dieu. Mais si le monde est contre nous et si le diable s’oppose à nous, le Seigneur intercède pour nous depuis le ciel. Cependant, si le Seigneur est absent, Il n’est pas indifférent aux tempêtes et aux difficultés que les siens ont à rencontrer. « Les voyant se tourmenter », Il vient vers eux. Mais Il vient d’une manière qui manifeste Sa supériorité à toutes les circonstances dans lesquelles ils se trouvent : Il vient « marchant sur la mer ». Le déploiement d’une puissance qui dépasse à ce point les possibilités de l’homme remplit les disciples de crainte. « Ils furent excessivement frappés et étonnés en eux-mêmes ». Mais Celui dont la puissance est au-dessus de toutes les tempêtes que les hommes ou le diable peuvent soulever, est aussi Celui qui est pour nous. Il avait prié pour eux sur la montagne, Il les avait vus se tourmenter, et maintenant Il vient vers eux. Mais Il éprouve leur foi, comme souvent Il éprouve aujourd’hui celle des croyants. Nous lisons en effet : « Il voulait passer à côté d’eux ». Sa puissance, Son intercession, Ses soins d’amour sont à leur disposition, mais ont-ils la foi pour faire usage de la plénitude qui est en Lui ? Dans leur trouble, ils poussent des cris, « et aussitôt il parla avec eux, et leur dit :… c’est moi ; n’ayez point de peur ». Il vient vers eux dans la gloire de Sa puissance, au-dessus de toute tempête, mais Il les assure que c’est Lui-même — Jésus, leur Sauveur, leur Berger, leur ami. Celui que, peu auparavant, les hommes avaient rejeté comme n’étant qu’un charpentier, se manifeste maintenant comme le Créateur qui peut marcher sur la mer, et à qui les vents et les vagues obéissent.
Hélas ! comme cela nous arrive trop souvent, les disciples « n’avaient pas été rendus intelligents » par la grandeur de Sa puissance et de Sa grâce, qui venait d’être manifestée dans une occasion précédente. Ils étaient occupés d’eux-mêmes et de leurs difficultés ; leurs cœurs étaient endurcis et peu à même de se servir de leurs ressources en Christ.
Versets 53 à 56. Le chapitre se termine en nous présentant un avant-goût de la bénédiction d’un jour futur. Lorsque Christ reviendra, Il apportera la bénédiction à la terre, par le moyen d’un résidu pieux d’entre les Juifs. Alors, en vérité, les tourments des fidèles auront pris fin, l’opposition disparaîtra, les tempêtes cesseront, et Christ sera reçu là où autrefois Il était rejeté.