Noé, ou Genèse 6 à 11

Quel changement dans tout l’état de choses depuis les premiers jours de la Genèse !

Cette pensée se présente à mon esprit quand je lis les premiers versets de ces beaux chapitres 6 à 11, et que je m’arrête un moment à réfléchir sur ce qui nous y est dit ; il est cependant bien facile de trouver l’explication de cette étrange et étonnante révolution. Au chapitre 1, Dieu était seul, faisant fructifier l’œuvre de Ses mains, selon Sa sagesse, Sa bonté et Sa connaissance : tout était alors bon et parfait. À la fin de chaque jour, Dieu trouvait Ses délices à considérer l’ouvrage de Ses mains, et voici, tout était très bon ; ensuite, Il sanctifia le septième jour, pour célébrer ce repos et cette jouissance. Mais maintenant, nous ne trouvons plus l’œuvre parfaite du Créateur occupant Ses pensées et Ses affections ; nous trouvons l’homme, apostat et inventeur de mauvaises choses, qui remplit la terre de corruption et de violence, de sorte que l’Éternel s’afflige et se repent d’avoir fait l’homme. C’est là le secret de ce grand changement. L’homme s’est mis à l’œuvre ; c’est l’homme ; ce n’est plus le Dieu vivant, le Dieu bienheureux modelant et remplissant la scène du monde. La conséquence est que la terre est pleine de violence ; il y a là des géants, de vaillants hommes, des hommes de renom ; toute l’imagination de ce cœur, auteur du « présent siècle mauvais », se trouve n’être que méchanceté en tout temps.

Tel est le secret. Le changement est complet, parce qu’un nouveau potier a travaillé au tour ; il ne pouvait en être autrement. Le chant des étoiles du matin, les éclats de joie des fils de Dieu n’avaient plus aucun écho dans la scène de la création ; l’homme y était — non comme faisant partie de l’œuvre divine, mais comme un ouvrier condamné par sa propre œuvre.

C’est précisément ce qui caractérise le commencement du chapitre 6. Il n’y a, dans la créature, aucun remède pour tout ceci : car celui qui était le meilleur échantillon et la meilleure partie de la création est maintenant lui-même souillé. Les fils de Dieu eux-mêmes sont entraînés dans le bourbier ; ils n’ont d’autre mobile que leur propre volonté, leurs convoitises, leurs appétits.

Si Adam fut séduit par le plus rusé de tous les ennemis et se laissa guider par la vue de ses yeux et le désir de son cœur, nous voyons maintenant des anges, les fils de Dieu, séduits par un ennemi qui ne réussit pas moins bien. « Ils se prirent des femmes d’entre toutes celles qu’ils choisirent ». Dieu n’étant plus dans leurs pensées, peu importe qu’ils soient séduits par la promesse du serpent ou par la beauté des filles des hommes (Gen. 3, 5).

Le fait que les hommes commencèrent à se multiplier sur la face de la terre est mentionné comme étant en rapport avec toute cette corruption ; il en fut de même dans l’histoire de l’Église (Act. 6, 1).

Tel était l’état de la scène, d’une extrémité de ce monde à l’autre ; le jugement est prononcé contre toute la corruption et la violence qui maintenant remplissaient la terre : « Mon Esprit », dit l’Éternel, « ne contestera pas à toujours avec l’homme ». Il pourra y avoir, et il y aura un intervalle de patience, comme il est dit : « Ses jours seront cent vingt ans » ; mais le jugement n’en est pas moins prononcé, et le jour de la visitation arrivera — l’Esprit ne contestera pas à toujours.

Mais il y a ressource auprès de Dieu, aussi bien que jugement par-devers Lui. Si l’homme, l’ouvrage de Ses mains, L’a « affligé », néanmoins, puisant en Lui-même, Il y puisera (est-il permis de le dire ?) plus profondément encore, et Il trouvera Sa joie dans les conseils de Son cœur. « Noé trouva grâce aux yeux de l’Éternel ». L’homme, l’homme pécheur, va devenir l’objet de l’amour qui choisit, qui pardonne, qui justifie — le cœur du Seigneur va maintenant être en activité pour lui, comme sa main l’a été autrefois lors de la création.

Ainsi, c’est en Lui-même que le Seigneur puise Ses voies de grâce, en Lui-même, dans un sens plus profond et d’une manière plus profonde qu’auparavant. Ce n’est plus que la créature doive être restaurée ; une telle chose ne serait pas digne de Dieu. Quant à l’homme, Dieu se repentit de l’avoir fait sur la terre ; quant à la scène qui l’entoure, la pensée de Dieu est changée, irrévocablement changée, changée pour toujours. Dieu ne trouvera plus jamais Ses délices dans l’homme tel quel, formé de la poussière, dans son état de nature. Mais la grâce peut faire une chose nouvelle — non pas réparer l’ouvrage gâté sur le tour par le potier, mais faire un autre vase, comme il plaît aux yeux du vrai potier de le faire. Dans son ancien état, le vase était ruiné ; la grâce le prendra, tel quel, pour en faire un magnifique vase d’agrément, de la plus exquise beauté, digne de contenir les trésors les plus précieux.

Une ruine peut exciter notre admiration ; en y réfléchissant, quelques-uns en sont venus à penser que cette admiration était mauvaise, et à condamner ceux qui trouvent du plaisir à contempler un objet qui parle de décadence et de mort, et rappelle l’entrée du péché dans le monde. Je ne crains pas de tranquilliser ceux qui pensent ainsi, et de leur dire qu’ils peuvent encore admirer une ruine, sans crainte et sans s’en faire des reproches. La créature rachetée est une vaste ruine, mais précieuse et belle ; elle rappelle à toujours ce que fut la puissance du péché et de la mort, et proclame en même temps la glorieuse victoire, infinie en résultats, de Celui qui a annulé la mort. Les pensées de l’Esprit de Dieu, l’Esprit de Christ, le ciel même et tous ses habitants, se complairont en cette ruine pendant l’éternité bienheureuse. Elle sera l’ornement et fera les délices de la création de Dieu. « Exultez, cieux ; car l’Éternel l’a fait ; jetez des cris, vous, profondeurs de la terre ; éclatez en chants de triomphe, montagnes, forêts, et tous les arbres qui y sont ! car l’Éternel a racheté Jacob ». Et encore : « Il y aura de la joie au ciel pour un seul pécheur qui se repent, plus que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de repentance ».

C’est ainsi qu’une ruine fait l’admiration du ciel, car telles sont les voies de Dieu. L’œuvre de Ses mains fit au commencement Ses délices ; maintenant, ce sont les conseils de Sa grâce qui font Ses délices, et il y a, au sujet du fils prodigue, la mélodie et les danses, dans la maison du père.

Noé, après avoir trouvé grâces aux yeux de l’Éternel, reçoit les enseignements divins. Un vase d’élection est toujours l’instrument préparé par l’Esprit à travailler pour Dieu. L’Éternel communique Ses pensées à Noé ; Il lui annonce que le jugement d’un monde méchant, qui a maintenant comblé la mesure, est chose arrêtée ; mais que pour lui et sa maison, il y aura sûreté et une grande délivrance.

Le caractère de cette communication est très précieux ; car elle est exactement selon ce que Dieu s’est proposé en Lui-même dans Son conseil. C’est une faveur inappréciable. Dieu dit à celui qu’Il a élu, que la fin de toute chair est venue devant Lui — chose que, dans Son conseil secret, Il avait déjà dite : « Mon Esprit ne contestera pas à toujours avec l’homme ». Il dit à Noé ce qu’Il pense, et le jugement qu’Il porte sur la condition morale de la terre — précisément ce qu’Il a déjà prononcé en secret par-devers Lui ; en outre, Il lui dit de préparer une arche pour la conservation de sa maison ; car, dans les conseils de Son amour pour Ses élus, et dans Son propos comme Dieu souverain, Noé avait déjà trouvé grâce à Ses yeux.

De telles considérations remplissent le cœur d’assurance. Nous comprenons par là avec quelle précision les révélations qui nous sont faites, nous font connaître la pensée divine. « Cacherai-je à Abraham ce que je vais faire ? » dit le Seigneur dans une autre occasion, où, comme ici, Il se parlait à Lui-même. Et je puis dire que ces révélations sont remarquables, en ce qu’elles sont complètes aussi bien que précises. — Jésus dit aussi à Ses disciples : « Je vous ai fait connaître tout ce que j’ai ouï de mon Père » — à une exception près toutefois. Le Seigneur Dieu avait fixé à cent vingt ans la durée de Sa patience. La prédication de Noé, ainsi que la construction de l’arche, devaient durer ce nombre d’années. Tel était le dessein de Dieu. Mais il ne fut rien dit à Noé de cet intervalle de temps déterminé d’avance. Le Seigneur ne fit aucune mention des cent vingt années. Noé savait, il est vrai, que les eaux ne pouvaient se renforcer avant que lui et les siens fussent en sûreté dans l’arche ; mais, combien de temps durerait la préparation, et si, la préparation achevée, il se passerait quelque temps avant le commencement de la crue des eaux, Noé ne le savait pas. Cette partie du conseil divin, le Père l’avait réservée à Sa propre autorité ; c’était là l’exception à la complète révélation. Divers événements, divers signes devaient précéder « le jour de l’Éternel », tels, au moins, que l’achèvement de l’arche et l’entrée dans l’arche de tout ce qui devait être sauvé. Selon le langage prophétique, le bourgeon du figuier devait être tendre et pousser des feuilles. À supposer qu’avant que l’arche fût prête, quelqu’un eût dit à Noé que les eaux croissaient, Noé n’aurait point été bouleversé, ni aucunement troublé dans son esprit. Cela ne pouvait être. Dire alors : « Le temps est proche », aurait été un mensonge, comme ce le sera plus tard, lorsque le résidu d’Israël, l’élection terrestre, sera comme Noé, attendant la rédemption (Luc 21, 8). Mais le moment même, le terme de la patience divine, était réservé à l’autorité du Père, et quant au jour et à l’heure, personne n’en avait connaissance. Combien ces harmonies sont riches et parfaites aux jours du commencement, comme à ceux de la fin ! Noé, en ce temps-là, était un homme terrestre, c’est-à-dire un élu destiné à avoir un héritage sur la terre, et il en sera de même pour le résidu d’Israël au temps à venir ; tous deux, en leurs jours respectifs, reçoivent des instructions divines au sujet des paroles trompeuses propres à les alarmer, ou des promesses qui pourraient les séduire ; mais le jour et l’heure de leur délivrance ne sont pas révélés.

Dieu Lui-même prescrit tout quant à l’arche : ses dimensions, sa disposition, et le matériel pour sa construction. Noé n’a qu’à la construire ; l’Éternel en donne le plan et en désigne l’aménagement. Le travail de la construction est simplement une épreuve de la foi, il est aussi la preuve de la foi : « Par la foi, Noé craignit et bâtit une arche pour la conservation de sa maison ». Plus tard, la préparation du tabernacle par les enfants d’Israël fut un acte de foi semblable. L’ordre leur fut donné de le construire, et ils le firent de franche volonté, empressés au service, apportant leur airain, leur argent, leur or, le coton blanc, les peaux de taisson, le bois de sittim, l’huile, les aromates et des pierres précieuses. Mais tout ceci était simplement l’obéissance de la foi qu’ils avaient dans le moyen de délivrance et de paix, que Dieu Lui-même avait tracé d’avance et révélé. Ils firent le sanctuaire, comme Noé fit l’arche ; mais son acte et le leur n’étaient autres que la foi en ce que Dieu avait conçu pour eux. Et que sont encore l’évangile et la foi à l’évangile, sinon une révélation identique de ce que la grâce a préparé pour le pécheur, et l’obéissance à cette révélation ? La religion des élus a toujours été la même : « Sur le principe de la foi, afin que ce soit selon la grâce ». Au commencement, la foi aux conseils du Dieu souverain fut la religion d’Adam ; ce fut ensuite celle de Noé, plus tard, celle d’Abraham, enfin celle de tout vrai Israélite. C’est de même aujourd’hui la nôtre. À la nouvelle que la semence de la femme, meurtrie par notre ennemi, lui a brisé la tête, nous tous, comme Adam, sommes affranchis de notre honte, de notre crainte et des reproches de notre conscience. Tous, de même que Noé, nous avons préparé une arche de salut et sommes devenus héritiers de la justice qui est sur le principe de la foi ; tous, de même qu’Israël, nous avons quitté la montagne de feu brûlant pour le sanctuaire où trône la miséricorde. Jésus, Jésus, ce nom se répète d’une extrémité à l’autre de la ligne des patriarches, des prophètes, des apôtres et des saints, Gentils et Juifs, petits et grands, avec la mélodie solennelle qui charmera l’éternité bienheureuse.

Il ne s’agit pas seulement de bonté, ni d’une simple promesse, mais de propitiation, et de victoire, et de bénédictions non pas promises, mais acquises à grand prix.

Pénétrez dans le sanctuaire, et vous trouverez que là, il n’y a pas simplement la miséricorde, mais la miséricorde sur le trône, la miséricorde sur l’arche de l’alliance, la miséricorde reposant sur l’œuvre et la personne du Fils de Dieu. Or la foi regarde uniquement à un mystère qui a ce caractère. Elle ne parle jamais d’une simple bonté en Dieu, et ne pourrait pas plus le faire, qu’elle ne pourrait parler de justice morale dans l’homme. De telles idées sont inconnues à l’évangile, et la foi ne peut les saisir. L’évangile révèle Celui qui reste juste, en justifiant l’impie. La bonté et la vérité se sont rencontrées, et c’est ce que les anges célèbrent d’avance en disant : « Gloire à Dieu dans les lieux très hauts ; et sur la terre paix et bon plaisir dans les hommes ». C’est ce que nous trouvons dans l’évangile.

Abraham possédait cette foi, comme nous le voyons en Genèse 15. L’Éternel lui avait dit : « Je te donnerai ce pays pour le posséder ». C’était une promesse, la promesse de Celui qui ne peut mentir. Elle était immuable ; et Abraham avait raison de la recevoir par la foi. Étant pécheur, et sachant parfaitement bien, et avec raison, que les promesses faites à un pécheur doivent être fondées et assurées sur autre chose que sur lui, il les crut ; c’est pourquoi il dit aussitôt : « À quoi connaîtrai-je que je le posséderai ? ». Jetait-il par là un défi à Celui qui faisait la promesse ? Mettait-il en question la fidélité divine ? Certes pas ; seulement la foi le faisait parler à Dieu comme ayant conscience qu’il était pécheur, et, par conséquent, la promesse qu’il avait reçue avait besoin de quelque garantie, de quelque gage, pour que son cœur pût en jouir avec pleine certitude. Cela fut agréable à l’Éternel. La foi plaît toujours à Dieu, comme aussi sans la foi, il est impossible de Lui plaire. Le Seigneur est aussitôt prêt à faire comprendre à Abraham que la promesse était fondée sur un sacrifice.

Noé, longtemps avant Abraham, possédait la même foi. En suivant le sentier de la foi, il acquit un caractère plus élevé et parvint à la justice. Dieu lui dit maintenant : « Je t’ai vu juste en cette génération ». « Par la foi, Noé, étant averti divinement des choses qui ne se voyaient pas encore, craignit, et bâtit une arche pour la conservation de sa maison ; et par cette arche, il condamna le monde, et devint héritier de la justice qui est selon la foi ».

Toutefois l’amour, la foi et la patience devaient ensemble animer son âme et former sa vie pendant ce solennel intervalle de cent vingt années. Tandis que l’arche se construisait, l’Esprit, par la prédication de Noé, contestait avec la génération d’alors. Rien ne peut être plus beau et plus rempli d’instruction que tout ceci. L’œuvre de foi, le travail d’amour et la patience d’espérance se voyaient en Noé : il était comme les saints de Thessalonique. Il bâtissait l’arche, conduit par la foi qui avait reçu l’avertissement divin ; conduit par l’amour, il prêchait la justice à sa génération (2 Pier. 2, 5), précisément comme ferait un saint d’aujourd’hui. Sa propre sécurité était certaine et assurée : cela il le savait ; mais il avait à cœur que ceux qui l’entouraient y eussent part avec lui. L’Esprit contestait alors en rendant témoignage, de même qu’Il le fait maintenant ; mais journellement, chaque coup de marteau de Noé disait que l’Esprit ne contesterait pas à toujours.

À la fin de cette période préordonnée, mais dont la durée n’était pas révélée, Noé entra dans l’arche. C’était le grand salut en mystère. Il en fut de même dans la nuit du jugement de l’Égypte et de la délivrance d’Israël. L’histoire de Noé ne fut ensuite que celle de sa sécurité et de sa délivrance, assurées par les garanties les plus parfaites et le titre le plus précieux devant Dieu (celui d’homme juste), tandis que s’exécutait un jugement d’une terrible solennité. Tel est aussi le salut de l’évangile. Plus tard, en Égypte, la même main qui brandissait l’épée de la destruction dans tout le pays, avait donné à Israël le sang pour protection. L’épée pouvait-elle les frapper ? C’était impossible. Au déluge, Celui qui avait tenu conseil avec Lui-même au sujet du jugement de ce monde, avait aussi donné conseil à Ses élus quant au moyen d’échapper. La main qui allait faire venir le déluge sur la terre était la même qui ferma l’arche sur Noé. Les eaux pouvaient-elles l’atteindre ? Impossible !

« La même voix qui parle dans la foudre,
Dit au pécheur : Je suis à toi. »

Celui à qui appartient la vengeance a déterminé d’avance et en détail le moyen du salut ; Celui qui apporte l’épée en Canaan recommande d’attacher le cordon d’écarlate à la fenêtre. Mais à tout cela succède une scène solennelle de jugement. Le soleil se levait sur la terre quand, plus tard, Lot entra dans Tsoar ; mais cette heure de soleil était précisément celle où allait tomber la pluie de soufre et de feu. Rien ne pouvait être fait avant que Lot fût entré dans la ville ; alors, rien n’empêchait plus le feu de descendre.

Le moment de la visitation avait été tenu profondément caché. Les habitants de Sodome pouvaient dire : « Paix et sûreté », lorsqu’ils virent le soleil levant dorer comme d’habitude la scène belle et paisible qui les entourait ; mais une « subite destruction » n’en vint pas moins sur eux.

La génération de Noé mangeait, buvait, se mariait au moment même où les eaux commencèrent à croître. Il n’y eut point de signe avant-coureur, sinon l’entrée de Noé dans l’arche, comme, dans le cas de Sodome, la fuite de Lot à Tsoar. D’ailleurs, s’emprisonner lui-même et tout ce qu’il avait dans les flancs d’un vaisseau construit sur terre, c’était pour eux pure folie ; mais le déluge vint, tandis qu’ils se croyaient en sûreté, et les emporta tous. Ils ignoraient « volontairement » la parole de Dieu, le témoignage du « prédicateur de la justice », qui leur parlait sur un principe d’espérance. C’était la destruction subite et certaine pour tous ceux qui étaient hors de l’arche, mais une sûreté divine, infaillible pour tous ses habitants. Plus tard, les villes de refuge furent assignées par Dieu, et se trouver dans leurs murs était nécessairement le salut. Cela était impossible autrement. De même aussi, la justice qui avait prononcé une malédiction sur quiconque ne persévérerait pas dans toutes les choses écrites dans le livre de la loi pour les faire, a prononcé en faveur des pécheurs une malédiction sur quiconque est pendu au bois (Gal. 3). Dieu renierait-il Son propre remède pour le pécheur qui est sous la malédiction de la loi, lorsque celui-ci, par la foi, se réclame de l’œuvre du Sauveur, maudit sur la croix ? C’est pareillement impossible.

« Et l’Éternel ferma l’arche sur lui ». La main puissante de l’Éternel assurait la sécurité de Noé. Il n’est point trop hardi de prétendre que tous ceux qui étaient entrés dans l’arche étaient aussi en sécurité que l’Éternel Lui-même. L’Éternel remonta, sans doute, dans Son ciel et sur Son trône, établi pour toujours, et Noé fut laissé sur la terre dans le lieu et dans le jour même du jugement. Mais Noé jouissait de la même sécurité que l’Éternel : « Afin que nous ayons toute assurance au jour du jugement ; comme il est, Lui, nous sommes, nous aussi, dans ce monde ». Jésus est remonté au ciel, et nous sommes encore dans ce monde, dont le jugement est décrété devant Dieu ; mais nous avons la même assurance que Christ. Chose merveilleuse ! Cette mystérieuse et glorieuse sécurité est figurée par ce simple acte : « L’Éternel ferma l’arche sur lui ». Avant de remonter au ciel, Il assura la sécurité de Noé par la puissance de Sa propre main.

Du lieu de la mort, furent transportés dans l’arche du salut avec Noé, outre les « huit personnes », dont parle l’apôtre Pierre, deux ou sept animaux de chaque espèce : échantillons des bêtes de la terre, petites et grandes, oiseaux ailés et reptiles, ils furent tous mis à couvert et rachetés ensemble avec Noé.

Il en fut de même plus tard en Égypte. Il n’y resta pas un ongle des troupeaux d’Israël. La grande rédemption de ce jour-là pourvut pareillement pour tous — pour Moïse avec les six cent mille hommes, leurs femmes et leurs enfants, ainsi que pour leur bétail. Tous furent des témoins et des monuments de la puissance de Dieu à salut. Longtemps après, aux jours de Ninive, le Seigneur eut aussi pitié de « beaucoup de bétail », comme de cent vingt mille petits enfants, qui ne savaient pas distinguer entre leur main droite et leur main gauche.

Au jour à venir, lorsque Christ possédera Son héritage, Son empire s’étendra sur toutes les œuvres de la main de Dieu : « Les brebis et les bœufs tous ensemble, et aussi les bêtes des champs, l’oiseau des cieux et les poissons de la mer » ; et les champs, les fleuves, les montagnes, les arbres de la forêt chanteront de joie devant lui (Ps. 96).

Touchant mystère ! Toutes ces créatures ne sont-elles pas à Lui ? Sa main ne les forma-t-elle pas autrefois ; Ses yeux et Son cœur ne trouvèrent-ils pas en elles leur repos et leurs délices ? N’en serait-il plus de même ? Jonas pouvait s’affliger de ce que son kikajon avait séché, et le Seigneur n’épargnerait-Il pas les œuvres de Ses mains pour en jouir d’une manière permanente ? Il renouvellera la face de la terre, comme il est écrit : « La gloire de l’Éternel sera à toujours ; l’Éternel se réjouira en ses œuvres » (Ps. 104, 31). « La vive attente de la création attend la révélation des fils de Dieu. Car la création a été assujettie à la vanité (non de sa volonté, mais à cause de celui qui l’a assujettie), dans l’espérance que la création elle-même aussi sera affranchie de la servitude de la corruption, pour jouir de la liberté de la gloire des enfants de Dieu ».

Mais je m’arrête ici un moment pour considérer le caractère dispensationnel des jours de Noé.

La terre, par suite de l’apostasie d’Adam, a été perdue comme scène des délices de Dieu et du droit de bourgeoisie des hommes ; aussi les espérances et l’héritage des saints durant les jours d’avant le déluge étaient-ils célestes ; le Seigneur révélait par là, bien qu’obscurément, certaines parties des grands secrets de Son cœur — secrets du bon plaisir qu’Il s’était proposé avant que les mondes fussent, savoir que le ciel, aussi bien que la terre, devait être lié aux destinées de l’homme. C’est à la chute d’Adam, l’homme de la terre, que les cieux furent ouverts à l’homme (Gen. 5, 24).

Mais, si cela eut lieu, la terre ne fut pas fermée, parce que le ciel était ouvert. Tel n’était point le conseil divin : Dieu voulait « réunir en un toutes choses dans le Christ, les choses qui sont dans les cieux, et les choses qui sont sur la terre ». L’appel céleste ayant déjà été révélé aux saints d’avant le déluge, le temps convenable était maintenant venu pour révéler le grand conseil de Dieu au sujet de la terre, et pour faire savoir qu’Il ne l’avait pas abandonnée, bien que, dans Ses voies dispensationnelles, Il s’occupât maintenant des cieux.

Nous trouvons la même vérité en Apocalypse 4. Lorsque les saints célestes, « la plénitude des nations », les anciens et les animaux mystiques, sont assis à leur place dans les lieux célestes, les pensées de Celui qui est assis sur le trône se reportent vers la terre. Aussitôt apparaît autour du trône l’arc-en-ciel, témoin du fait que l’alliance qui donnait la sécurité à la terre, allait être le point de départ de ce qui se ferait dans le ciel. Il en était de même aux jours de Noé. La famille céleste ayant terminé sa carrière, et Énoch ayant été enlevé, les pensées du Seigneur se reportent sur la terre, et cela, pouvons-nous dire, tout aussitôt ; car la première chose caractéristique dans les déclarations de l’Esprit de Dieu, c’est la prophétie de Lémec, d’après laquelle Dieu s’obligeait en grâce à s’occuper de nouveau de la terre, et annonçait ce que ferait Noé : « Celui-ci nous consolera à l’égard de notre ouvrage et du travail de nos mains, à cause du sol que l’Éternel a maudit » (5, 29).

Tout ceci est simple et ne peut guère être mal compris. La prophétie de Lémec qui l’annonce, nous dit ce que nous devons attendre et ce que nous trouverons en figure dans l’histoire de Noé. « La clef de la parabole est à la porte ». La rentrée en possession de la terre, dans laquelle Dieu retrouvera Son repos et Ses délices, aura lieu en des temps futurs, où paraîtra le vrai Noé, en qui, et en qui seul, toutes les promesses de Dieu sont oui et amen.

Toutefois une suite de grands événements doit précéder ces temps. Il en est tout autrement de l’appel du peuple céleste, comme aussi, nous l’avons vu, de l’appel des saints antédiluviens. Ceux-ci ne s’immisçaient aucunement à ce qui se faisait autour d’eux. Ils laissaient la famille de Caïn en possession tranquille et incontestée de ses villes et de ses richesses. Comme toujours, avec un tel appel, Dieu, lors de la visitation, ne fait que séparer Son peuple, sans s’occuper de mettre le monde en ordre, ni de le juger. Il le laissa comme Il l’avait trouvé. Mais il en est autrement, quand il est question des droits de Dieu sur la terre et de Son dessein de les revendiquer de nouveau. Autant, dans Sa « sagesse si diverse », Il laissait entièrement aller les choses sans intervenir, autant Il s’occupe maintenant à fond de chacune ; car c’est par le jugement qu’Il doit purifier la terre et la rendre propre à Lui servir de marchepied.

C’est la vérité en rapport avec les dispensations de Dieu qui nous est enseignée dans les temps de Noé. La terre est venue en mémoire devant Dieu, et Il s’en occupe de nouveau, mais pour la purifier en la jugeant. La sentence de mort est prononcée sur tout, afin de faire une chose nouvelle, en vertu d’une puissance et d’une grâce qui vivifient les morts. La terre elle-même était ensevelie sous l’eau, et la famille de Noé, le résidu d’élection, fut sauvée de la main du Dieu vengeur, comme plus tard l’homicide involontaire, loin du vengeur du sang, dans la ville de refuge qui lui était assignée ; et c’est ainsi que tous réapparaissent comme par une sorte de résurrection.

Des bêtes, des oiseaux, des reptiles de chaque espèce, entrent dans l’arche ; et là, dans ce refuge qui conserve tous ceux qui s’y trouvent, en paix, exempts de toute crainte de mal, les rachetés passent patiemment les jours de leur attente.

Mais ils ne sont pas seulement en sûreté ; car Dieu se souvient d’eux. Il « se souvint de Noé, et de tous les animaux, et de tout le bétail, qui étaient avec lui dans l’arche ». De même, en d’autres circonstances, Josué se souvint de Rahab. Une scène de mort et de jugement environnait notre patriarche. C’était une ruine affreuse, immense, autrement vaste que celle de Jéricho la maudite, autrement étendue que celle du pays de Pharaon, couvert de la nuit épaisse du jugement de l’Éternel. Mais Celui qui avait fermé l’arche sur Son résidu se souvient maintenant de lui, et lui accorde la vie présente et la perspective d’un bel héritage.

Il en sera de même, aux jours à venir, pour le résidu d’Israël. Devant le Dieu de l’alliance, qui ne perdait pas Noé de vue, il y aura « un livre de souvenir écrit pour ceux qui craignent l’Éternel, et pour ceux qui pensent à son nom » (Mal. 3). C’est d’eux que l’Éternel dit : « Ils seront à moi, mon trésor particulier, au jour que je ferai ». De même ici, en vertu de ce souvenir de Son alliance, Dieu fait passer un vent sur la terre ; les eaux baissent, et l’arche repose sur les montagnes d’Ararat.

Le fait que Dieu se souvint de Noé était infiniment précieux ; mais Noé, dans sa ville de refuge, avait d’autres consolations. Le souvenir de Dieu était la consolation secrète de la foi ; mais en lui-même, le patriarche passait aussi par des exercices bénis pour son âme.

L’arche avait une fenêtre. La porte était sous la garde de l’Éternel, mais la fenêtre était donnée à Noé pour s’en servir. Celui qui avait fermé l’arche sur lui, pouvait seul l’en faire sortir : les temps et les saisons étaient en Sa main. Mais, bien qu’il ne soit pas en son pouvoir d’abréger le temps de son pèlerinage, tandis qu’il est prisonnier de l’espérance, néanmoins les espérances du prisonnier peuvent être entretenues d’une manière très précieuse, et ses exercices d’âme lui sont en bénédiction. Noé peut ouvrir la fenêtre, choisir et lâcher ses messagers — son Caleb et son Josué — pour reconnaître le pays, lui faire rapport sur son apparence, bonne ou mauvaise, et lui en rapporter du fruit.

Dans ces choses, quelle beauté et quelle sagesse brillent à nos yeux et parlent à notre cœur ! Cette fenêtre de l’arche et son usage, que ne nous disent-elles pas ? La manière de faire divine est parfaitement digne des communications divines. Ce sont « des pommes d’or incrustées d’argent », selon l’expression de l’Esprit.

L’enseignement typique, symbolique, par paraboles, a beaucoup d’attrait pour le cœur et y est aussitôt accepté. C’est ce que nous éprouvons tous, précisément comme les enfants aiment les images et les histoires. Non seulement, je le ferai remarquer ici, les doctrines nous sont enseignées ainsi, comme aussi les grands mystères de la gloire ; mais par le même moyen, les expériences de l’âme, les opérations de l’Esprit dans l’homme, nous sont rendues plus faciles à comprendre. Par exemple, la conviction qu’avait Adam de son péché est exprimée par le fait qu’à la voix de l’Éternel Dieu il se cache au milieu des arbres du jardin. La perplexité d’une âme, réveillée au sentiment de son état, et son attente anxieuse, quand elle ne sait encore où trouver une voie de salut, nous les voyons dans l’Israélite debout à l’entrée de sa tente, dépouillé de ses ornements et suivant des yeux le médiateur à son entrée dans la tente d’assignation (Ex. 33). Moïse, avec ou sans voile sur son visage, nous aurait parlé des exercices de cœur et de leurs effets, même si, nous éclairant par l’intermédiaire de l’apôtre, l’Esprit ne fût venu en aide à notre intelligence (2 Cor. 3).

Nous pourrions passer en revue mille exemples semblables. C’est ainsi que Dieu fait pénétrer Ses grandes pensées dans nos âmes. Grâce à ces figures, nous sentons le Seigneur tout près de nous ; Il frappe à la porte de notre cœur. Nous ne voyons pas Sa grâce se déployer au loin, ou briller de loin sur nous ; mais le Seigneur Lui-même et Sa bénédiction viennent tout près de nous, pour que nous les acceptions sans réserve. Nous pouvons admirer, mais si nous ne jouissons pas en même temps, le but de la révélation n’est pas atteint.

Ce mode de présentation de la vérité se voit en sa beauté dans les jours de Noé. On le trouve, d’ailleurs, dans la Genèse toute entière. C’est un livre où les choses doivent être prises dans un sens « allégorique », comme nous dit l’apôtre Paul ; ce sont des histoires divines écrites pour les écoliers de Dieu.

L’arche, ainsi que j’en ai déjà fait la remarque, avait une porte et une fenêtre, et Noé avait des agents pour les envoyer, comme plus tard les espions dans la terre promise ; la mission de ces agents, le corbeau et la colombe, est une figure de ce que font éprouver au croyant les efforts opposés de la chair et de l’Esprit qui luttent en lui.

Le corbeau ne revient pas. La terre n’est pas encore purifiée, mais un être impur peut s’y trouver à l’aise. Le présent siècle, le monde mauvais, satisfait l’homme déchu, dégradé. Du reste, l’arche, pour le corbeau impur, était plutôt une prison qu’un lieu de sûreté. Une fois qu’il en est sorti, il n’y revient plus. Mais Noé ne se fie pas au corbeau, et il est beau de voir son intelligence. Le corbeau peut rester dehors ; mais, pour Noé, ce n’est nullement une preuve que la terre soit purifiée et qu’il puisse y poser la plante de son pied. Au lieu de se fier au corbeau, il envoie un oiseau pur, dont le retour confirme ce qu’avait fait comprendre la non-réapparition du premier. En principe, nous voyons entre les deux la même différence qu’entre Caleb et Josué, d’une part, et les espions leurs compagnons, de l’autre. L’instinct de la colombe la ramène à l’arche. Il n’y avait aucun repos pour elle dans un lieu qui était sous le jugement de Dieu et non encore purifié. Noé, sachant qu’il pouvait se fier à elle et la laisser décider la question, la lâche une deuxième et une troisième fois. Il avait certes raison de se fier à celle dont toutes les sympathies étaient pour les gages de paix et pour ceux d’une nouvelle création. La seconde fois, elle apporte dans son bec une feuille d’olivier, et la troisième fois, elle ne revient plus.

Mystère plein de beauté ! La terre était maintenant rachetée de la malédiction, et la colombe peut trouver ses délices dans l’état d’une nouvelle création. Elle y respire l’air qui convient à sa nature. C’est désormais le pays de la colombe et de l’olivier, et Noé comprend pourquoi il ne revoit plus l’oiseau pur. Il enlève aussitôt la couverture de l’arche et regarde ; et bientôt après le Dieu de gloire lui ouvre la porte, de même que le Dieu de toute grâce l’avait fermée sur lui.

Assurément, ce sont ici les voies du Saint, les voies de l’Esprit de Christ. Je ne connais aucun fait plus riche en instruction. Nous avons l’arche, sa fenêtre et sa porte. L’arche elle-même était le lieu de sûreté, la fenêtre était pour laisser voir au-dehors, et la porte pour sortir au moment convenable. Tout ceci nous montre la foi et l’espérance arrivant au terme de leur pèlerinage, dans le lieu de la gloire promise.

Noé n’éprouvait aucune appréhension au sujet de l’arche ; il ne s’occupait nullement d’examiner si le bois des parois ne laissait point pénétrer l’eau ; il n’avait aucun doute à cet égard. Dans son vaisseau, il n’avait point de pompe pour la puiser, si j’ose me servir de cette figure triviale, qui glorifie Jésus quant à la sécurité qu’Il donne au pécheur.

L’enseignement que nous recevons peut être des plus profonds quant à la pensée de l’Esprit, mais le lieu où nous le recevons peut être en apparence très banal. Voyez par exemple Genèse 48. Vous êtes devant le lit d’un vieillard mourant — scène bien humble et bien ordinaire. Mais là, nous sont révélés en figure quelques-uns des secrets les plus profonds et les plus riches des conseils de Dieu — le grand mystère de notre adoption, suivant le bon plaisir divin ; et ensuite, notre réception dans la famille de Dieu au jour de notre manifestation ou de notre conversion. Or y a-t-il des conseils de grâce plus riches que ceux-là ? Et à quelle école plus commune auraient-ils pu nous être communiqués ?

Auparavant, dans le chapitre 16, nous sommes témoins d’arrangements domestiques dans la famille d’Abraham quant à la servante et à sa maîtresse ; nous voyons leurs disputes ; et cependant, nous trouvons là le profond mystère des deux alliances (Gal. 4). Ensuite, au chapitre 21, dans le fait tout ordinaire du renvoi d’une servante, un autre côté du même mystère nous est présenté. La sagesse de Dieu se complaît au milieu de ces scènes ; ainsi se trouve réfutée la fausse pensée de l’homme, que les choses importantes doivent être exprimées d’une manière imposante — et, comme disait Naaman, que le prophète doit sortir de la maison, se tenir là, et invoquer le nom de l’Éternel, et promener sa main sur la place malade (2 Rois 5, 11). Mais en général, c’est par des instruments simples et qui n’ont rien de remarquable, que se déploient la sagesse et la puissance de Dieu. Le son des cors renversa Jéricho, et de pauvres pécheurs ont bouleversé la terre habitée, comme on les en accusait. Mais cette action familière de la sagesse de Dieu nous aide à saisir l’instruction et la fait pénétrer profondément dans notre cœur. J’ose donc répéter qu’il n’y avait point de pompe à puiser dans le vaisseau de Noé. En effet, la chose était impossible, car elle aurait porté à douter du bon état de l’arche, et aurait proclamé l’insuffisance du moyen de salut prescrit par Dieu. Cela ne pouvait être. Il suffit de voir ce que sont les conseils et les œuvres de Dieu, pour les reconnaître toujours comme étant de Lui. Leur simplicité, et néanmoins leur parfaite suffisance, leur donnent un caractère propre. « Que la lumière soit. Et la lumière fut ». « Crois au Seigneur Jésus, et tu seras sauvé » ; et le geôlier, croyant Dieu, se réjouit avec toute sa maison.

La même simplicité se voit dans ces jours reculés. Le cœur de Noé n’était aucunement souillé par la méfiance. Il était tranquille, ayant parfaite confiance en son vaisseau, parce que Dieu Lui-même en avait donné le plan et avait approuvé le travail, ou, mieux encore, puis-je dire, parce que Dieu Lui-même avait bâti l’arche. La foi remplissait son cœur de paix et d’assurance quant au jugement, et l’espérance le remplissait quant à la gloire à venir.

Telle est la voie de ce « prisonnier de l’espérance » (Zach. 9, 12). Prisonnier de l’espérance est un des titres que l’Esprit, puis-je dire, donne à tous les saints de Dieu. Jérémie fut tel en son jour. Il était enfermé dans « la cour de la prison qui était dans la maison du roi de Juda », et cela, à cause de Christ. Il était le prisonnier de Dieu, et tous ceux qui le sont, sont des prisonniers de l’espérance. Dieu dit à Jérémie d’acheter le champ de Hanameël ; il y avait là de quoi nourrir l’espérance, comme la feuille d’olivier au bec de la colombe. Cet achat parlait au prophète d’heureux jours à venir, et pourtant au moment même il était en prison avec l’armée des Chaldéens aux portes de la ville, et tout le pays désert. Les eaux de ce nouveau déluge l’environnaient de toutes parts ; mais l’arche du prophète, comme celle du patriarche, avait une fenêtre.

Dans la nuit de la Pâque, Israël était aussi prisonnier de l’espérance. Sandales aux pieds, bâton en la main, reins ceints, les Israélites attendaient au milieu même des jugements de l’Éternel ; mais, comme notre patriarche, ce qu’ils attendaient, c’était de sortir pour atteindre l’héritage de l’Éternel. Occupant en toutes choses la première place, Jésus nous montre maintes et maintes fois la voie parfaite d’un prisonnier de l’espérance, qui attend sa part à la résurrection. Lorsqu’Il entre à Jérusalem, en Jean 12, et que les Juifs et les Gentils, qui demandaient à Le voir, ont les yeux tournés vers Lui, quand toutes les dignités et toutes les joies du Fils de David semblent se présenter à Lui, Son cœur s’attache à l’espérance de la résurrection, comme « à la joie qui était devant lui », mais Il parle du grain de froment qui tombe en terre et meurt. Une constante espérance tenait Ses regards fixés sur la gloire, non pas de cette heure-là, mais sur celle d’au-delà de cette heure. Dans un esprit d’entière consécration et de parfait sacrifice, Il fait à Son Père l’abandon de Sa royauté présente, quelque glorieuse qu’elle fût pour Lui dans ce monde et quelque riche que fût la promesse de tous les royaumes de la terre. Alors une voix venant du ciel se fait entendre à ce parfait, à ce bienheureux « prisonnier de l’espérance », Lui assurant qu’au temps propre, aux jours de la résurrection, Son titre et Sa victoire seront reconnus, pour ne Lui être jamais retirés.

Ô Jésus, nul n’est comme toi ! Cette voix qui venait du ciel fut la nourriture du prisonnier de l’espérance. La transfiguration sur la sainte montagne avait-elle été autre chose ? Jésus avait parlé de Sa mort à Ses disciples, et les avait encouragés (comme Il nous encourage aussi, bien-aimés) à ne pas aimer leur vie dans ce monde, lorsque, six ou huit jours après, la sainte montagne resplendit soudain de la lumière de la résurrection, sortant des régions millénaires. Et cette visite de la gloire était-elle autre chose que la grappe d’Eshcol apportée de Canaan au camp du désert, ou que le retour de la colombe avec la feuille d’olivier ?

Quoiqu’il en soit, le moment arrive enfin où « le double » est rendu à ce « prisonnier de l’espérance » (Zach. 9, 12). « Et Dieu parla à Noé, disant : Sors de l’arche, toi, et ta femme, et tes fils, et les femmes de tes fils avec toi. Fais sortir avec toi tout animal qui est avec toi, de toute chair, tant oiseaux que bétail, et tout reptile qui rampe sur la terre ». Et Noé sortit. Il posa le pied sur la terre renouvelée, où, à cette heure mystique, tout était de nouveau, dans un sens profond, selon la pensée de Dieu ; la terre n’était plus corrompue, comme lorsque Noé l’avait foulée dans son état précédent ; elle était maintenant purifiée par le jugement.

Tout ce qui était entré dans l’arche treize mois auparavant en sort maintenant. Les petits animaux et les grands y avaient été, les petits en tout aussi parfaite sécurité que les grands ; les reptiles des fossés et des haies étaient, aussi bien que Noé lui-même, à l’abri de tout danger et de tout mal. Précieux mystère ! Il se peut que nous soyons petits, et nous le sommes, comme nous le savons bien dans notre cœur ; mais le ciel, la scène future du déploiement de la gloire, a été préparé, comme jadis l’arche, pour recevoir les petits aussi bien que les grands. « Une voix sortit du trône, disant : Louez notre Dieu, vous tous ses esclaves, et vous qui le craignez, petits et grands ». Nous pouvons être tranquilles, bien que nous sachions que nous sommes « petits » de toute manière, ainsi que l’était toute créature infime qui entra dans l’arche avec Noé. Toute petite qu’elle fût, elle était comprise dans l’alliance qui faisait de tous et de chacun, suivant sa nature et sa mesure, des héritiers du monde nouveau. La maison du Père dans les hauts lieux est sûrement disposée pour recevoir, malgré leurs différences, « les petits et les grands ». Aux jours d’autrefois, les tribus les plus éloignées d’Israël, celle de Dan même et celle de Nephthali, joignirent leurs voix à celles des princes de Juda, et au cri de triomphe, lorsque le feu descendit et qu’en mystère la gloire de l’Éternel fut inaugurée (Lév. 9). Clément et d’autres compagnons d’œuvre n’égalaient pas Paul dans la mesure de leurs travaux ou dans l’énergie de l’Esprit ; mais ils étaient des Paul en tant qu’ils avaient, comme lui, leurs noms écrits dans le livre de vie (Phil. 4, 3). Le Père a bâti Sa maison dans les cieux, de manière à ce qu’elle puisse recevoir les saints aussi bien que Jésus Lui-même. Son dessein était tel dès le début. Avant que les fondements en fussent posés, ce plan et ce propos étaient arrêtés. Dans les conseils de l’amour éternel, il avait été décrété que la maison serait grande, qu’il y aurait plusieurs demeures, en sorte que tous les enfants y eussent place.

Que dirons-nous, bien-aimés ? Nos pensées et nos conceptions de cet amour de Dieu, lui rendent-elles justice ? Autant vaudrait dire que ce que vous apercevez du sommet des plus hautes montagnes est toute la création de Dieu. Votre œil ne pourrait pas mesurer de là la dix-millième partie de la terre. Et combien moins la longueur, la profondeur, la largeur et la hauteur — l’amour du Christ, qui surpasse toute connaissance !

« Et Noé bâtit un autel à l’Éternel, et prit de toute bête pure et de tout oiseau pur, et offrit des holocaustes sur l’autel. Et l’Éternel flaira une odeur agréable ; et l’Éternel dit en son cœur : Je ne maudirai plus de nouveau le sol à cause de l’homme ; car l’imagination du cœur de l’homme est mauvaise dès sa jeunesse ; et je ne frapperai plus de nouveau tout ce qui est vivant, comme je l’ai fait. Désormais, tant que seront les jours de la terre, les semailles et la moisson, et le froid et le chaud, et l’été et l’hiver, et le jour et la nuit, ne cesseront pas ». La purification opérée par les eaux du jugement n’avait point produit de changement dans l’imagination des pensées du cœur de l’homme. Celles-ci étaient toujours mauvaises et rien que mauvaises. Le cœur n’était pas guéri, car « ce qui est né de la chair est chair », bien qu’il y ait l’eau pour purifier, et le feu pour affiner. Ce ne fut point un changement survenu dans la chair qui suggéra à l’Éternel, à l’égard des hommes, des pensées de paix et non de mal.

« La foi regarde au sang de Christ, et non pas à la victoire sur la corruption », a dit quelqu’un, même lorsque cette victoire existe. Mais ici, malgré la corruption, le sang éveille des pensées de paix et non de jugement, car il donne au pécheur un avenir et une espérance. Le sang de Christ était dans la pensée et sous les yeux de Dieu, et cela suffisait, alors, comme plus tard, au jour des expiations, où le sang de l’aspersion était partout en vue. C’était le grand secret, le grand principe de ce jour typique en Israël. Le sang de l’agneau (Lév. 16) était porté devant Dieu, accompagné d’une nuée d’encens, de sorte qu’Aaron lui-même en était couvert, et il n’y avait personne, dans la tente d’assignation, pendant la sainte cérémonie de l’aspersion du sang sur tous les vaisseaux du service. Christ, en mystère, y était en vue, et rien que Lui : le résultat était que les péchés étaient emportés dans le désert, dans une terre inhabitée, dans un lieu d’oubli, où aucune voix ne pouvait s’élever pour accuser, juger, ou condamner, où rien ne pouvait se faire entendre que la voix du sang qui parle mieux qu’Abel.

Le sang des victimes offertes par Noé et placé sous l’œil de l’Éternel avait ému le cœur de Dieu. Est-ce que je parle à la manière des hommes ? Non, car nous lisons : « L’Éternel dit en son cœur : Je ne maudirai plus de nouveau le sol ». De même, le Sauveur (lié en esprit pour être mené à l’autel) dit : « À cause de ceci, le Père m’aime, c’est que moi je laisse ma vie ». Ainsi, le cœur de l’Éternel Dieu avait imprimé Son sceau sur l’acceptation du sacrifice. Il en était de même aux jours de Noé. La parole qui venait du cœur même de l’Éternel après le sacrifice du patriarche, le brandon de feu qui passe devant les yeux d’Abraham (Gen. 15), la réponse de Dieu à Salomon (2 Chron. 1), proclament la valeur de la croix de Christ aux yeux de Dieu. Lorsque le vrai sacrifice a été offert une fois pour toutes, le voile qui se déchire du haut en bas, les rochers qui se fendent, et les sépulcres qui s’ouvrent, rendent le même témoignage. Quelle riche variété ce témoignage de l’œuvre acceptée ne revêt-il pas après l’œuvre accomplie « au lieu appelé Crâne » ? Et il fut proclamé, pour ainsi dire, dans toutes les langues : en hébreu, en grec et en latin.

Noé reçoit aussitôt de nouvelles et nombreuses bénédictions quant à la gloire et à l’héritage, comme il en avait déjà quant à l’élection, l’acceptation en grâce et la justice qui est par la foi. « Dieu bénit Noé et ses fils, et leur dit : Fructifiez et multipliez, et remplissez la terre. Et vous serez un sujet de crainte et de frayeur pour tout animal de la terre, et pour tout oiseau des cieux, pour tout ce qui se meut sur la terre, aussi bien que pour tous les poissons de la mer ; ils sont livrés entre vos mains ».

Noé est béni dans le monde nouveau. Cette bénédiction lui confère la possession et la souveraineté de la terre, et le droit de faire servir à son usage les créatures pures et de s’en nourrir. Il lui fut donné, pour lui servir de nourriture, « tout ce qui se meut et qui est vivant ».

Il recevait un grand domaine, un domaine aussi vaste que la scène qui l’entourait ; sa souveraineté s’étendait aussi loin que sa vue ; il était seigneur du monde nouveau, comme Adam l’avait été. Toutefois, il reçoit une instruction, en même temps que ce poste d’honneur : il apprend qu’il ne faut pas manger le sang de l’animal avec sa chair : « Tu ne mangeras pas la chair avec la vie, c’est-à-dire son sang » — principe auquel sont liés toutes les pensées et tous les conseils de Dieu dans Ses voies à l’égard des pécheurs ; cette défense, ou restriction imposée maintenant à Noé, était aussi juste que la défense faite à Adam de manger de l’arbre du milieu du jardin, tandis que tout le reste était mis entre ses mains.

Le sang était la vie, et défense était faite à l’homme de le manger. Le manger aurait été s’arroger audacieusement ce qu’il avait perdu par son péché ; ç’aurait été prétendre à regagner la vie en forçant le passage défendu par l’épée des chérubins. Cette ordonnance disait au pécheur qu’ayant perdu tout droit à l’arbre de vie, il ne peut aucunement y retourner de son propre chef. La vie a fait retour à Dieu. C’est à Lui que le sang appartient. L’évangile vient nous apprendre l’usage que Dieu a fait du sang, savoir qu’en vertu de ce sang, Il a ordonné pour le pécheur gisant dans la mort une vie nouvelle, éternelle, qui ne peut se perdre.

Les voies de Dieu dans l’évangile se trouvaient donc présentées à Noé dans cette ordonnance : « Tu ne mangeras pas la chair avec sa vie, c’est-à-dire son sang ». L’autel de Noé nous avait déjà fait voir que, comme Adam, il avait foi à la semence de la femme, et que ce mystère était le fondement de sa religion et de son adoration. Mais ici, tout en lui conférant la possession, le gouvernement de toutes choses et le droit d’en user, l’Éternel ne veut pas passer par-dessus cette importance exception à ce qu’Il donne ; car elle proclame le grand secret ou principe de Son évangile. Dans les circonstances de Noé, dans la différence entre une créature innocente et un pécheur ruiné, cette exception était, comme je l’ai déjà dit, aussi juste et nécessaire que, pour Adam, celle de l’arbre de la connaissance du bien et du mal.

Christ ayant accompli l’expiation par Son sang, nous recevons de Lui la vie. Mais nous reconnaissons absolument que nous ne pouvons l’obtenir de nulle autre manière. Nous ne la cherchons pas ailleurs, mais, de Lui, comment la refuser ? Nous savons que nous étions morts dans nos fautes et dans nos péchés ; nous savons aussi que nous avons la vie en Lui, mais en Lui seul. Adam apprit ces choses en entendant la promesse de la semence de la femme et par l’épée des chérubins ; Noé les apprit, ou en fut témoin, par son autel et par l’ordonnance au sujet du sang. Ces choses, le livre du Dieu tout entier les déclare ; et l’éternité les célébrera.

Il y a encore ici autre chose : Cette bénédiction divine nous montre Noé, l’épée de la justice à la main. Les deux devoirs de protéger et de venger son semblable lui incombent. La personne de l’homme est sacrée, et sa vie, c’est-à-dire son sang, sera redemandé, qu’il ait été répandu par un homme, ou par un animal. « Et certes, je redemanderai le sang de vos vies ; de la main de tout animal je le redemanderai, et de la main de l’homme ; de la main de chacun, de son frère, je redemanderai la vie de l’homme. Qui aura versé le sang de l’homme, par l’homme son sang sera versé »[6].

Ensuite un grand sujet nous est présenté. Avant que l’arche fût bâtie et que le déluge fût venu, Dieu avait dit à Noé : « J’établis mon alliance avec toi » (6, 18). Maintenant que le jugement est passé, que la terre nouvelle a été reçue en héritage par la famille de Noé, cette alliance nous est donnée en détail, et Dieu en accorde le signe à Ses élus (9, 8-17). C’est ici que le mot « alliance » est employé pour la première fois. Toutes les alliances dont il est parlé dans l’Écriture sont données en termes précis. Les parties intéressées et l’objet en vue y sont bien expliqués et clairement définis. Aucune erreur n’est possible à cet égard. Que ce soit l’alliance avec Noé au sujet de la terre, l’alliance avec Abraham et sa semence, l’alliance au sujet de la sacrificature avec Phinées, celle au sujet du trône avec David, tout est défini ; les parties intéressées et le but de l’alliance sont décrits. Ces alliances n’ont aucun rapport, j’en suis certain, avec l’appel spécial de l’Église. Elles n’expriment aucunement l’appel spirituel dans les lieux célestes, ni les résultats de notre union avec Christ ; tandis que les Écritures du Nouveau Testament déclarent, en maints endroits, le propos, ou le conseil de Dieu selon le bon plaisir de Sa volonté, le mystère caché en Dieu avant la fondation du monde et auquel l’Église est directement intéressée (voir Rom. 16, 25 ; 1 Cor. 2, 7 ; Éph. 1, 9 ; 3, 8-11 ; Col. 1, 26 ; 1 Tim. 3, 9).

On pourrait demander : Ce conseil de Dieu prend-il la forme d’alliance ? Non ; le conseil arrêté de Dieu, et non pas une transaction conditionnelle, est exposé dans le Nouveau Testament. Ce conseil a-t-il le caractère d’une alliance ? Il n’a jamais été appelé de ce nom ; mais nous pouvons dire, je crois, que bien des choses y sont mentionnées qui appartiennent à la substance d’une alliance. Des promesses ont été faites, des délibérations prises quant au prix stipulé, des arrangements ratifiés, et tout cela comme ayant été convenu entre des parties intéressées et distinctes. « Il est écrit de moi dans le rouleau du livre ». « Dès l’éternité je fus établie ». Ces paroles et d’autres semblables, dans la bouche de Christ, se rapportant aux choses les plus saintes et les plus profondes, sont utiles pour guider nos pensées sur ce sujet. Non seulement notre élection et l’appel à notre gloire spéciale, dans la prédestination, ont précédé la fondation du monde (Rom. 8, 28, 29 ; Éph. 1, 4, 5 ; 1 Pier. 1, 2) ; mais nous fûmes alors formellement donnés à Christ par le Père (Jean 6, 37, 39 ; 10, 29 ; 17, 2, 6, 8, 9, 11).

Il est aussi déclaré que la vie éternelle a été promise avant les temps des siècles : ce qui nous donne à comprendre que Christ était une des parties intéressées à la transaction riche en résultats bénis qui fut alors conclue, et, sans être une alliance, en a le caractère (Tite 1, 2).

Ce n’est donc pas une transaction comme celle que Dieu fit avec Noé, Abraham, David et Phinées ; mais elle en a les caractères, savoir : deux parties intéressées et distinctes, des stipulations définies, et le tout confirmé, tenu et observé. Quelle jouissance l’esprit des saints ne trouve-t-il pas dans la vérité bénie de cette grande transaction d’une portée éternelle, par laquelle le Père et le Fils se sont obligés envers nous ! Ainsi que nous lisons : « Élus selon la préconnaissance de Dieu le Père, en sainteté de l’Esprit, pour l’obéissance et l’aspersion du sang de Jésus Christ »[7].

Quels solides fondements ! Quelles merveilleuses révélations de la grâce ! Dieu Lui-même, Père, Fils, et Saint Esprit, est pour nous, selon Ses conseils et dans Ses actes. Dans l’évangile, l’homme ne fait que voir et entendre. C’est Dieu qui travaille, c’est Lui qui agit et fait les sacrifices ; le pécheur n’a qu’à écouter et à vivre ; il n’a qu’à regarder pour être sauvé. Mais ce que Dieu fait ainsi dans l’évangile de Sa grâce, comme nous le voyons, est le fruit de conseils précieux et merveilleux qu’Il s’était proposés en Lui-même avant que les mondes eussent été formés. Et, je le demande, qu’est-ce qui peut surpasser une telle chose ? Peut-on concevoir pour le pécheur, à part cela, aucun droit, aucun fondement stable qui puisse calmer tout mouvement, tout malaise de sa conscience ? Dieu a été à l’œuvre pour lui, Il a fait des sacrifices pour lui, et tout ceci suivant des desseins formés avant les temps des siècles. Le pécheur n’a pu être rendu heureux qu’aux dépens de Dieu, si j’ose m’exprimer ainsi.

Ce que Jésus a fait, Il l’a donc fait en vertu d’une alliance ou conseil. La promesse est faite à Noé que les eaux ne se renforceront plus pour détruire la terre, mais cette promesse repose sur le solide fondement du sang d’une alliance. L’autel de Noé avait déjà fait monter une odeur agréable, une odeur de repos, vers Dieu, qui y avait trouvé satisfaction et bon plaisir ; c’est pourquoi l’Éternel avait dit : « Je ne maudirai plus de nouveau le sol à cause de l’homme ». Ce sang était le fondement de la promesse. Il en est exactement de même plus tard pour Abraham. Le pays lui est promis, mais cela en vertu de l’alliance de Celui qui passe entre les pièces du sacrifice. Il n’y a aucune bénédiction promise, qui ne soit aussi achetée à prix : comme nous l’avons dit déjà, il n’y a point de trône de grâce qui ne repose sur l’arche de l’alliance (Gen. 15, 17).

Mais, comme elle est basée sur le sang, l’alliance a aussi un sceau. L’arc dans la nuée en rend témoignage, le sang en est le fondement. Tout ceci présente à l’âme des pensées merveilleuses. Le fondement et le témoignage, le sang et le gage, le prix payé et l’attestation du grand acte de Dieu sont rappelés ici. De même que l’arc dans la nuée, la circoncision dans la suite sera le sceau des engagements contractés.

Mais tous ces signes, quelque beaux qu’ils soient, ne sont rien quand nos pensées se portent sur leur grand antitype. C’est le Saint Esprit Lui-même qui est donné maintenant comme le grand signe, comme le sceau de notre adoption, les arrhes de notre héritage, le témoignage de l’œuvre accomplie de Jésus, et du fait que cette œuvre est acceptée, selon toute sa valeur.

Quelles précieuses pensées ! La promesse de Dieu fondée sur le sang du Fils, témoignage étant rendu à son efficace par la présence de l’Esprit ! Avec quelle réalité Dieu s’est donné Lui-même à nous dans cet acte merveilleux, accompli pour les pécheurs ! L’âme ne peut concevoir une plus riche bénédiction. Nous sommes intéressés dans les voies divines ; mais elles sont fondées sur des conseils éternels, qui nous révèlent, et comme étant pour nous, le nom de Dieu, comme « Père, Fils et Saint Esprit ».

Comme nous devrions être ravis d’extase, en présence d’une telle révélation ! Quel mystère nous est dévoilé ! Et qu’avons-nous à faire sinon, avec Moïse, « à nous détourner et à voir cette grande vision », à nous détourner de toute autre chose ? Plus cette vision remplira nos yeux, plus nous sentirons notre petitesse devant elle. Que ce mystère occupe beaucoup nos pensées. « Le secret de l’Éternel est pour ceux qui le craignent, pour leur faire connaître son alliance ». Considérons cette grande transaction décrétée avant les temps des siècles ; elle fait déployer toutes les énergies de l’amour et de la puissance dans le Père, le Fils et le Saint Esprit, accomplissant pour les élus les desseins les plus merveilleux de la grâce et de la gloire ; suivons-la, comme Moïse, de nos yeux, jusqu’à ce que Celui qui en est le centre, et dont le nom nous explique tout, nous soit dévoilé comme à lui.

Vous tous, riches, justes et sages,
Vous pensez discuter la doctrine du sang,
Et vous la déclarez sans valeur, méprisable.
Ce précieux sang a pour moi tant de valeur
Que je vous abandonne tout le reste !
Que m’importent désormais opprobre ou pauvreté ?
Ce sang est du bonheur la source intarissable.

Même pour un contrat humain, il y a la valeur à livrer, l’acte écrit, le prix d’achat et les titres, l’attestation du paiement de la somme. C’est ainsi que Dieu entretient nos âmes de Son œuvre en un langage intelligible ; Il nous parle du prix à payer, de l’acte écrit, de ce sur quoi reposent les conseils de Son bon plaisir souverain, de ce qui les prouve et les atteste. C’est un acte de donation fait aux élus ; mais il a pour fondement le sang du Fils, et pour gage la présence du Saint Esprit.

Quel secret que celui-là ! Par nature, je suis très éloigné de Dieu, étranger et sans droit de cité. De plus, je suis captif et je ne puis sortir. Mais dans cette grande transaction faite en ma faveur, Dieu Lui-même a voulu franchir cette distance immense et attaquer la forteresse de mon puissant ennemi ; par l’incarnation de Son Fils, par Ses afflictions et Sa victoire, toute cette puissante œuvre d’amour a été accomplie, et je suis « entouré des chants de triomphe de la délivrance ».

Quand je contemple un tel mystère, pourrais-je craindre que moi qui étais autrefois loin, je ne sois pas approché, que moi, autrefois captif, je ne sois pas délivré ? « Certainement, en un déluge de grandes eaux, celles-ci ne m’atteindront pas ». Je puis dire : « Tu es mon asile ; tu me gardes de détresse, tu m’entoures des chants de triomphe de la délivrance ! ».

« Puissant libérateur !
Sois à jamais ma force et mon bouclier ! »

Telle sera notre confiance, si nous avons foi en une telle vérité. Mais à ces pensées générales sur les alliances et sur ce qui les signale, je puis ajouter que le gage donné à Noé a une signification pleine de beauté. L’arc-en-ciel apparaît, pour ainsi dire, comme un arc de triomphe sur la nue. L’ange a roulé la pierre du sépulcre et s’est assis sur elle ; sa forme et son aspect étaient ceux d’un vainqueur (Matt. 28, 2). Dieu dit à la mer : « Tu viendras jusqu’ici et tu n’iras pas plus loin, et ici s’arrêtera l’orgueil de tes flots » (Job 38, 11). Il marque ses limites à l’ange de la mort, et lui dit : « Assez. Retire maintenant ta main ».

Tout ceci reste vivant dans la pensée divine. La terre est là, devant Lui, ainsi que l’alliance qui assure l’accomplissement de Ses desseins. « L’arc sera dans la nuée, et je le verrai pour me souvenir de l’alliance perpétuelle entre Dieu et tout être vivant, de toute chair qui est sur la terre ». Dieu donc se souvient de cette promesse faite à la terre, Il voit l’arc dans la nuée à travers toutes les phases variées de Ses actes dispensationnels.

Il va sans dire que le Seigneur ne perdait jamais de vue qu’Il avait Son trône en Sion, car c’est alors que la gloire fit de la terre son habitation, et que l’Éternel siégea entre les chérubins, dans le temple de Jérusalem, au pays d’Israël. Mais lorsque le trône de l’Éternel quitta cette ville et que le sanctuaire fut privé de la gloire, parce que les abominations avaient indigné l’Éternel et troublé Son repos, le trône et la gloire de Dieu montant au ciel, furent accompagnés par une splendeur telle que l’arc qui est dans la nuée en un jour de pluie (Éz. 1, 28). Bien que la terre ait cessé pour un temps d’être Son lieu d’habitation, Dieu ne la perd pas de vue dans Ses conseils. Il s’en souvient, car elle est l’objet de Ses soins fidèles selon la promesse[8].

C’est pourquoi, lorsque le ciel s’ouvre devant nous, dans l’Apocalypse, nous voyons l’arc-en-ciel nullement oublié, brillant fidèlement autour du trône (Apoc. 4). Plus tard, au chapitre 10, l’arc-en-ciel apparaît encore lorsque le Seigneur apparaît sous forme angélique, descendant sur la terre pour exercer le jugement, revêtu d’une nuée, symbole de la gloire divine. Mais même en annonçant le jugement, Il a l’arc-en-ciel sur Sa tête, comme pour nous dire que jusqu’à la fin, Dieu se souvient de la promesse qu’Il a faite à la terre. La nuée doit descendre, il est vrai : « Ils verront le Fils de l’homme venant sur les nuées du ciel ». Il faut que le jugement s’exécute, il faut que les livres soient ouverts, il faut que les coupes de la colère soient vidées ; mais tout cela n’aura lieu que pour ôter du royaume tous les scandales et pour détruire ceux qui détruisent la terre. Si le jugement exécute ce qu’il a mission de faire, il doit s’arrêter là où commence l’arc-en-ciel. Le jour de l’Éternel, c’est-à-dire le jugement, doit faire place à la présence de l’Éternel, qui est le rafraîchissement et la restauration. L’ange puissant peut crier qu’il n’y aura plus de délai ; le cours actuel des événements peut être de nouveau arrêté, comme il le fut aux jours de Noé ; mais l’arc-en-ciel brille, aux yeux du Seigneur, avec autant d’éclat que jadis, et Sa promesse reste vivante dans Son cœur. Comme Israël est bien-aimé à cause des pères, la terre l’est encore à cause du vrai Noé, en qui seul toutes les promesses de Dieu sont oui et amen, et duquel il sera dit avec toute vérité : « Celui-ci nous consolera à l’égard de notre ouvrage et du travail de nos mains, à cause du sol que l’Éternel a maudit ».

Notre terre, donnée aux enfants des hommes, survit donc au jugement. Elle résiste au choc produit par la descente de l’ange puissant, revêtu d’une nuée, lorsqu’il met son pied droit sur la mer et le gauche sur la terre, et qu’il crie à haute voix, comme un lion rugit (Apoc. 10).

Pour quel avenir la terre est-elle donc réservée ? Pour de plus grandes bénédictions que n’en avait promis l’arc-en-ciel de Noé. Non seulement elle est préservée — les semailles et la moisson, le froid et le chaud, l’été et l’hiver, le jour et la nuit ne cessent point — mais elle doit être affranchie pour jouir de « la liberté de la gloire des enfants de Dieu ». Ceci va bien plus loin que la promesse faire à Noé.

Mystère de la plus grande beauté ! Nous avons l’alliance, le sang de l’alliance et le signe de l’alliance ! La promesse de Dieu a pour fondement le sacrifice de Son Fils, et la présence du Saint Esprit lui rend témoignage.

Mais ici, une pensée se présente à moi : Pourrions-nous, bien-aimés, considérer de telles voies et de telles révélations de Dieu aussi calmement qu’elles nous sont calmement exposées ? Cela nous siérait-il ? La vue de la gloire de Salomon avait sur la reine de Sheba un effet bien différent que sur Salomon lui-même qui habitait au milieu de cette gloire. Salomon y était à l’aise. Toute cette gloire était à lui. C’était sa sagesse à lui et sa maison à lui qu’il avait bâtie. Les mets de sa table, la tenue de ses serviteurs et leurs vêtements, tout était à lui. La rampe par laquelle il montait dans la maison de l’Éternel, était à lui. Mais la reine de Sheba, venue du lointain pays du midi, ne faisait que voir toutes ces choses. Il était naturel que Salomon y fût à l’aise ; mais il était naturel qu’il n’y eût plus d’esprit dans la reine. Il en est de même du disciple en présence du livre de Dieu. Tous les profonds et précieux mystères que l’Esprit révèle dans ce livre sont les siens ; ce sont Ses pensées, Ses conseils. Ceux-ci sont communiqués sans aucun effort pour produire de l’effet ; les merveilles de la grâce et de la gloire sont présentées sans aucune recherche dans leur expression. Mais seront-elles sans aucun effet sur l’âme devant qui elles sont déployées ? À cette vue, ne sera-t-elle pas encore plus transportée hors d’elle-même que ne le fut celle qui vint des bouts de la terre, car « il y a ici plus que Salomon » ?

Ce qui nous manque, c’est d’éprouver davantage de tels ravissements. Nous nous contentons trop facilement de parler des choses de Dieu, comme si la capacité de nos cœurs était toute la mesure de leur valeur et de leur excellence ; mais à mesure que la sagesse de Celui qui est plus que Salomon nous prodigue ses secrets, nos âmes devraient s’écrier : « Heureux tes gens, et heureux ceux-ci tes serviteurs, qui se tiennent continuellement devant toi, et qui entendent ta sagesse ! ».

Comblé de dons et béni, enrichi et honoré — instruit aussi, établi de Dieu comme « autorité », jouissant d’un parfait bien-être, conscient de sa sécurité — car il n’y a, comme pour Salomon, « ni adversaire, ni événement fâcheux » (1 Rois 5, 4) — Noé est installé dans le monde renouvelé. Il est mis à l’épreuve, dans de nouvelles circonstances, et, comme pour Adam en Éden, rien, pour lui, n’est négligé de la part de Dieu. Les taureaux et les bêtes grasses sont tués et tout est prêt. Mais l’homme est-il suffisant pour ces choses ? Si Adam est tombé avant Noé, et a perdu le paradis ; si Israël est tombé après lui, et a perdu son pays découlant de lait et de miel, il sera dit à Noé : « M’aimes-tu plus que ne font ceux-ci ? ». En Christ, en Lui seul, se trouvent la fidélité et la force infaillible. Noé, comme tous les autres, tombe, et le sol vierge du monde nouveau est bientôt souillé par le premier pied qui s’y est posé.

« Et Noé commença à être cultivateur, et il planta une vigne ; et il but du vin, et il s’enivra et se découvrit au milieu de la tente ».

Noé lui-même est couvert de honte ; l’Adam de ce nouveau système commence, comme son père, l’histoire de cette seconde apostasie.

Un « petit feu » est allumé, mais quelle « grande forêt » sera consumée ! Noé se dégrade ; mais Cham, son fils, se glorifie de sa honte. « Cham, père de Canaan, vit la nudité de son père, et le rapporta à ses deux frères, dehors ».

C’était là un terrible pas en avant dans le mal ; ce n’était pas seulement « comme Noé, se laisser surprendre par quelque faute », mais « se réjouir de l’injustice ». Le simple sens moral rejette un tel acte : « Sem et Japheth prirent le manteau et le mirent, les deux, sur leurs épaules, et marchèrent en arrière et couvrirent la nudité de leur père ». Bientôt suit la restauration du patriarche. Noé se réveille de son vin. Celui qui s’était laissé surprendre, revient à lui par l’Esprit, et la grâce de Dieu lui donne un triomphe précieux et glorieux ; car, relevé de sa chute, il juge son juge, et condamne son accusateur : « Maudit soit Canaan ! Il sera l’esclave des esclaves de ses frères ». C’est plus qu’une restauration, c’est une restauration triomphante. À peine en trouvons-nous la mesure dans la belle parole de l’apôtre : « Qui intentera accusation contre les élus de Dieu ? » ; car là, l’accusateur est simplement réduit au silence, mais ici, il reçoit sa sentence. « Ne te réjouis pas sur moi, ô mon ennemie : si je tombe, je me relèverai… et mon ennemie sera foulée comme la boue des rues ».

Arrêtons-nous ici un moment : les riches et intéressantes perspectives de l’Esprit de prophétie s’ouvrent devant nous. Cette malédiction, prononcée sur Canaan, est une partie de la prophétie de Noé. Noé, sur le terrain de la terre renouvelée, regardait en esprit en avant ; mais il prévoyait le retour de la corruption et de la violence, bien que la grâce de Dieu dût avoir des témoins au milieu de cet état de choses. Il voyait, en particulier, qu’une branche de la famille humaine, qui allait repeupler la terre, serait distinguée en ce qu’elle posséderait la révélation de Dieu et Sa présence au milieu d’elle ; qu’une autre branche le serait par son succès et ses progrès dans le monde — un peuple qui serait élargi et honorable sur la terre ; qu’une troisième branche le serait par une marque constante, invariable, de dégradation et d’esclavage. Cette prophétie avait en vue, d’une manière générale, l’Asiatique, l’Européen et l’Africain : autrement dit, dans l’est, l’Hébreu, chez qui serait établi le sanctuaire de Dieu — dans l’ouest, le Gentil, qui, sous la main de Dieu et selon Sa providence, s’étendrait au-delà de ses limites — et dans le sud, l’esclave, qui pourrait avoir diverses nationalités et divers maîtres, mais resterait toujours esclave.

C’est un résumé de l’histoire du monde, court, mais correct et exact, et suffisant pour répondre au but de l’Esprit qui parlait par Noé.

Les trois prophéties que nous avons de ces anciens temps, celle d’Énoch, celle de Lémec, et celle de Noé, son fils, concernent toute la terre et son histoire, bien que se rapportant à différentes phases ou parties de cette histoire. Prises les trois ensemble, elles présentent une esquisse très complète de tous les temps. Considérons-les dans l’ordre suivant : Noé, Énoch, Lémec.

L’accomplissement de la prophétie de Noé a commencé dès les temps d’autrefois, et, selon le témoignage de l’histoire du monde, il s’est continué à travers tous les changements qui ont eu lieu depuis lors. La prophétie d’Énoch (Jude 14), qui annonçait le jugement, sera pleinement réalisée, lorsque le cours actuel des choses prendra fin, et que le jour du Seigneur viendra convaincre les impies. La prophétie de Lémec (Gen. 5, 29), qui parlait de repos, sera accomplie plus tard, lorsqu’au « jour du Seigneur », le jugement aura été exécuté, et que Sa présence amènera le rétablissement de toutes choses.

Nous trouvons ainsi esquissés dans ces prophéties, le présent et l’avenir de l’histoire du monde, les manifestations variées du bien et du mal au temps actuel ; ensuite, le jugement et la gloire, entre lesquels l’avenir sera partagé. Il est facile de discerner ces choses et de reconnaître l’ordre et le caractère de ces anciens oracles des patriarches.

C’est toutefois la prophétie de Noé que je dois considérer plus particulièrement, comme étant ce dont nous avons surtout à nous occuper. Noé la prononça, lorsqu’il connut la mauvaise action de son fils ; et ensuite, jusqu’à la fin des chapitres qui sont devant nous, nous trouvons les détails du développement du mal jusqu’à son terme et à sa maturité.

Nous en avons déjà vu le commencement chez Noé lui-même ; le mal se dessine encore davantage chez Cham. Nous le voyons progresser encore chez les constructeurs de Babel quelques centaines d’années après le déluge. Et là il se manifeste d’une manière terrible.

À la naissance de ce monde renouvelé, l’autel de Noé fut dressé, montrant qu’il avait foi en Dieu et qu’il L’adorait ; mais maintenant l’homme bâtit sa ville et sa tour, montrant par là qu’il jette le défi à Dieu et prétend être indépendant de Lui. La réponse du ciel à ces deux actes, l’autel et la tour, est bien différente. L’autel de Dieu fait descendre du ciel des paroles et des gages de paix et de sécurité ; les cris montant de la ville et de la tour font descendre le jugement. Ce que nous voyons à Babel, c’est la corruption attirant sur elle la vengeance d’en haut, tandis qu’à l’autel de Noé, l’adoration attire la bénédiction de Dieu. Naguère, l’Éternel avait suspendu dans les cieux le signe éclatant de Son alliance ; maintenant, Il disperse de tous côtés sur la terre les témoins de Sa juste colère.

Mais il y a plus. La tour, quelque haute et orgueilleuse qu’elle soit, est encore surpassée. Les constructeurs sont dispersés, mais leurs principes demeurent. Le jugement ne les guérit pas. L’esprit apostat qui inspirait cette confédération orgueilleuse et rebelle, se concentre bientôt pour agir et se déployer puissamment dans un seul homme. Peu après la dispersion (peut-être environ trente ans), Nimrod, petit-fils de Cham, plante son drapeau à l’endroit même qui avait été témoin du jugement de Dieu. Le commencement de son royaume fut Babel (10, 10). Il déploie sa bannière à la face de Celui auquel appartient la vengeance et s’écrie : « Où est le Dieu juge ? ». Comme l’insensé du psaume 14, il dit en son cœur : « Il n’y a point de Dieu ». Il commence à être puissant sur la terre. Il « fut un puissant chasseur devant l’Éternel ». Défiant Dieu, il n’avait soif que de conquêtes et de pouvoir. Son ambition d’être seul seigneur lui fait ajouter champ à champ, ville à ville. Érec, et Accad, et Calné, sont des villes-mères ; la puissante Ninive, avec Rehoboth-Ir et Calakh, et la grande ville Résen, ne sont que des colonies faisant partie du système de cet arrogant apostat. Il n’éprouve aucun désir de recevoir quelque chose de Dieu. Il veut acquérir ses biens lui-même, être l’artisan de sa propre fortune, afin de n’être redevable à personne qu’à lui, de sa dignité et de sa gloire. Or voilà ce qu’est encore aujourd’hui l’homme du monde. Son intelligence et son travail, son habileté et son courage, font de lui ce qu’il est, et lui font obtenir les désirs de son cœur. Tel était cet apostat célèbre, le premier représentant de l’homme de péché qui, au temps de la fin, agira selon son gré, et comblera la mesure de l’iniquité de l’homme.

C’est là un spectacle sérieux devant lequel nos âmes sont appelées à veiller et à méditer. Sommes-nous, bien-aimés, dans l’attente d’autres scènes que celles-là, et nos cœurs recherchent-ils les jouissances que Dieu sanctionne, et auxquelles Jésus peut prendre part avec nous ?

Ces chapitres se terminent proprement ici : des scènes de méchanceté et d’orgueilleuse rébellion passent devant nos yeux, et nous distinguons faiblement encore dans le lointain l’appel d’un autre étranger céleste séparé du monde. Mais c’est l’aurore d’une ère nouvelle dans les voies de Dieu ; et le sujet qui nous occupe, n’en fait voir qu’un faible reflet.


Je puis dire qu’ici se termine la deuxième partie du livre de la Genèse. Elle nous présente une action complète, distincte, suite naturelle de ce qui a précédé ; et (je n’entreprends pas ici de le prouver) introduction naturelle à ce qui vient après.

Dans cette partie-ci (Gen. 6 à 11), la scène est placée sur la terre. Nous avons eu devant nous (Gen. 1 à 5) la famille céleste, dont la carrière s’est terminée à l’enlèvement d’Énoch ; puis la scène était de nouveau placée sur la terre, comme au commencement, dans le jardin d’Éden.

Le contenu du petit volume, que nous venons de terminer, peut être divisé comme suit :

Chapitres 6 à 8. Ces chapitres présentent le péché et le jugement de la terre, en même temps que l’élection, la foi et la délivrance des saints qui traversent cette scène et en sont délivrés.

Chapitre 9. Ce chapitre place devant nous la condition nouvelle de l’homme dans un monde renouvelé ; il est comblé de dons et enrichi par le Dieu du ciel et de la terre, en parfaite sécurité en vertu de la miséricorde assurée par l’alliance et ayant été fait le représentant et l’agent de l’autorité divine.

Chapitres 10 et 11. Ces chapitres font passer devant nos yeux de longues périodes de l’histoire de ce monde renouvelé : les ressorts, les rouages, le progrès et la maturité du mal, laissant la terre dans un état tel que l’Éternel est obligé de s’en retirer une seconde fois (du moins pour un temps) et d’en retirer, aussi une seconde fois, un peuple qui, tout en le traversant, soit un peuple d’étrangers célestes, comme jadis les saints antédiluviens.

C’est ainsi que, dans les temps passés, le ciel et la terre ont présenté une faible esquisse du mystère à venir, en attendant qu’ensemble ils le déploient au jour de la gloire, alors que, « au nom de Jésus se ploiera tout genou des êtres célestes, et terrestres, et infernaux, et que toute langue confessera que Jésus Christ est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père ».

« Le pays ne se vendra pas à perpétuité », dit l’Éternel, « car le pays est à moi » (Lév. 25, 23). Il était accordé à l’homme sous la loi un intervalle de quarante-neuf années, pendant lequel il avait le temps de mettre la confusion dans ce qui était selon l’ordre divin ; mais à la cinquantième année, l’Éternel revendiquait Ses droits et rétablissait tout en accord avec Sa propre pensée ; c’était un temps de « rafraîchissement » et de « rétablissement », qui provenait de Lui.

Brillante et heureuse espérance ! « À l’Éternel est la terre et tout ce qu’elle contient », telle est la proclamation du psaume 24. Ensuite est posée la question : « Qui est-ce qui montera en la montagne de l’Éternel ? » c’est-à-dire : Qui est-ce qui prendra sur lui le gouvernement de la terre et de tout ce qu’elle contient ? La réponse se trouve dans l’appel adressé aux portes, pour qu’elles élèvent leurs linteaux devant l’Éternel des armées, le Roi de gloire — paroles qui expriment cette vérité, que l’Éternel, puissant et victorieux, l’Éternel comme Rédempteur et comme vengeur, prendra dans Ses mains les rênes du gouvernement. En Apocalypse 5, un appel semblable se fait entendre : « Qui est digne d’ouvrir le livre et d’en rompre les sceaux ? ». Et de toutes les régions célestes la réponse arrive : « L’Agneau qui a été immolé, le lion qui est de la tribu de Juda ». Celui qui est assis sur le trône donne la même réponse, en plaçant le livre dans la main de l’Agneau. Les animaux et les anciens couronnés se joignent à cette réponse et chantent leur cantique, en perspective du règne qu’ils auront sur la terre. Les myriades d’anges ajoutent leurs voix pour acclamer l’Agneau comme digne de sagesse, de force, et d’honneur, et de domination. Aux anges se joignent, pour donner la même réponse, toute les créatures, dans le ciel, et sur la terre, et au-dessous de la terre, et sur la mer, dans leur ordre et selon leur mesure. Le droit qu’a l’Agneau de recevoir la domination sur la terre, est ainsi reconnu et ratifié dans le seul lieu où toute seigneurie, toute autorité, peut justement recevoir son sceau, savoir en la présence du trône dans le ciel.

Oui, il en sera bien ainsi. L’homme noble s’en est allé dans le pays éloigné pour recevoir un royaume et revenir. Jésus, qui refusa tout pouvoir de la main du dieu de ce monde (Matt. 4), et n’accéda point au désir de la multitude qui voulait Le faire roi (Jean 6), accepte la puissance de la main de Dieu ; dans le psaume 72, Dieu reconnaît que c’est à Lui que la domination appartient. Puis, au temps propre, Il reviendra, et ceux qui L’ont confessé au jour de Sa réjection, brilleront avec Lui au jour de Sa gloire ; ceux qui L’auront servi maintenant, auront alors avec Lui autorité sur dix villes.

Dans l’attente de ce jour-là, Paul dit à Timothée : « Garde ce commandement, sans tache, irrépréhensible jusqu’à l’apparition de notre Seigneur Jésus Christ, laquelle le bienheureux et seul Souverain, le roi de ceux qui règnent et le seigneur de ceux qui dominent, montrera au temps propre ». En vue de cette espérance, le même apôtre pouvait aussi dire de lui-même : « J’ai combattu le bon combat, j’ai achevé la course, j’ai gardé la foi ; désormais m’est réservée la couronne de justice que le Seigneur, juste juge, me donnera dans ce jour-là, et non seulement à moi, mais aussi à tous ceux qui aiment son apparition ».

Que le Seigneur donne à nos pauvres cœurs — car ils en ont grand besoin — une plus grande mesure du même esprit de foi et de la même puissance d’espérance ! Amen.