Le lecteur le plus superficiel ne peut manquer de remarquer la similitude entre la vérité exposée dans cette épître et celle de l’épître aux Éphésiens. L’union avec Christ, Tête de Son corps, qui est l’Assemblée, y occupe une place plus importante que dans toute autre portion des Écritures. La première épître aux Corinthiens présente bien la même doctrine (chap. 12), mais il est évident qu’il y est question de l’Assemblée de Dieu sur la terre, dans laquelle le Saint Esprit opère activement, distribuant à chacun de ses membres en particulier, comme il Lui plaît, plutôt que des saints vus en Christ dans le ciel, comme dans les Éphésiens, ou de Christ vu en eux ici-bas, comme dans les Colossiens.
Néanmoins des traits distinctifs d’une grande importance et pleins d’intérêt caractérisent ces deux épîtres ; la principale différence est que dans les Éphésiens nous avons les privilèges du corps de Christ, la plénitude de Celui qui remplit tout en tous, tandis que dans les Colossiens, nous avons les gloires de la Tête, en qui toute la plénitude de la Déité habite corporellement. Cette différence, comme les autres d’ailleurs, résulte, selon la sagesse de l’Esprit, de la condition morale de ceux auxquels l’épître était adressée. Dans le premier cas (les Éphésiens), l’apôtre présente les conseils de Dieu, qui a béni les saints de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes en Christ. Dans le second cas (Colossiens), la philosophie et les traditions juives avaient quelque peu entraîné les saints non sans doute à un abandon de Christ, mais à un certain mélange avec ces éléments étrangers, dans lesquels l’apôtre voyait une redoutable menace ; aussi importait-il de ramener leurs âmes à Christ, et à Christ seul, dans tous les droits de Sa personne et de Son œuvre.
En raison de cet état, l’épître aux Colossiens n’embrasse pas les conseils divins dans leur immense portée et dans leur développement, ni la gloire des saints vus en Christ et unis à Christ. Tandis que, lorsque l’apôtre écrivait aux Éphésiens, rien dans leur état ne venait arrêter ou limiter l’épanchement de son cœur, et l’Esprit le rendait capable de comprendre avec tous les saints quelle est la largeur et la longueur, et la profondeur et la hauteur, et de connaître l’amour du Christ qui surpasse toute connaissance. Ici, dans l’épître qui nous occupe, il est surtout question d’exhortations propres à restaurer leurs âmes et à les avertir sérieusement. Aussi l’élément humain y est-il plus en relief. En écrivant aux Éphésiens, l’apôtre ne s’associe personne dans la salutation ; Éphèse était pourtant la capitale de l’Asie proconsulaire et elle était bien connue des compagnons d’œuvre de l’apôtre ; elle lui était attachée, ainsi qu’à eux, par mille liens d’affection. L’assemblée de Colosses, comme telle, était au contraire parmi celles qui n’avaient jamais vu le visage de l’apôtre. Il est d’autant plus remarquable qu’il s’adjoigne Timothée dans cette épître.
« Paul, apôtre du Christ Jésus par la volonté de Dieu, et Timothée, le frère, aux saints et fidèles frères en Christ qui sont à Colosses : Grâce et paix à vous, de la part de Dieu notre Père » (v. 1, 2). Quant à lui, il n’était pas sans mandat, et son titre n’avait rien d’humain ; il était apôtre, non pas de l’assemblée, mais du Christ Jésus par la volonté de Dieu. Timothée est nommé avec lui, simplement comme « le frère ». De plus, l’assemblée à Colosses est qualifiée non seulement par l’expression : « saints et fidèles », comme l’étaient les Éphésiens, mais par : « saints et fidèles frères ». Il est évident que là de nouveau, alors que toutes choses sont du Dieu qui nous a réconciliés avec Lui-même par Jésus Christ, ce mot « frères » établit leurs relations les uns avec les autres, de même que les autres termes supposent la grâce de Dieu et leur foi, sinon leur fidélité. Sa propre position apostolique est mentionnée avec une calme dignité et en relation évidente avec tout ce qui suit.
Il a été remarqué à juste titre que l’apôtre omet complètement tout ce qui aurait pu correspondre à la magnifique introduction de son épître aux Éphésiens (chap. 1, 3-14). Il avait un poids sur son esprit ; il sentait le danger qui menaçait les Colossiens. Comment aurait-il pu alors donner d’emblée libre cours à des accents de bénédiction ? Le Saint Esprit est l’Esprit de vérité ; Il s’occupe des cœurs et des consciences. Pourtant, si cette note élevée d’adoration ne pouvait proprement prendre place ici, il y a tout de suite une action de grâces : « Nous rendons grâces au Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ… ».
L’apôtre avait entendu parler de la foi au Seigneur Jésus qui était dans les Éphésiens, et de leur amour pour tous les saints, et cela avait porté son cœur aux actions de grâces et à la prière. Il les connaissait bien et personnellement, ayant travaillé avec une grande bénédiction au milieu d’eux ; mais il était doux d’entendre parler de l’opération de l’Esprit parmi eux. Quant aux Colossiens, bien qu’il ne les connût pas de la même manière, il avait d’eux des nouvelles semblables, et il pouvait ainsi toujours rendre grâces à Dieu dans ses prières pour eux.
Mais ne sommes-nous pas frappés par la différence dans la manière dont l’espérance est présentée dans les deux épîtres ? Dans les Éphésiens, c’est l’espérance de l’appel de Dieu, les richesses de la gloire de Son héritage dans les saints. Qu’est-ce qui peut être plus profond ou plus étendu ? Aux Colossiens, il pouvait difficilement en dire moins qu’il ne fait. Leur espérance était réservée, elle était assurée, elle était « dans les cieux », et non pas sur la terre (en dépit de la philosophie ou des ordonnances ascétiques). Ils devaient être sur leurs gardes quant à toutes ces choses, quoi qu’elles pussent paraître ou promettre. Il voulait leur rappeler leur propre espérance, ramenant leurs regards vers les cieux où est le Christ, vraie et seule délivrance de toutes les activités de l’esprit humain dans les choses divines et de toute religiosité terrestre.
Cette espérance céleste, si bénie qu’elle fût, n’était rien de nouveau pour eux ; ils en avaient déjà entendu parler dans la parole de vérité de l’évangile. L’enseignement de l’apôtre n’allait pas affaiblir ni saper, mais plutôt confirmer ce dont ils avaient entendu parler dans la bonne nouvelle par laquelle ils avaient été convertis au début, ou (comme il l’exprime ici pour lui donner tout le poids possible face à leur recherche de nouveautés) « dans la parole de la vérité de l’évangile ». Ce n’était pas du tâtonnement intellectuel, mais « la parole », qui leur avait été envoyée, à eux expressément, la révélation de Dieu ; ce n’était pas de l’amateurisme dans les formes légales, mais « la vérité », celle de l’évangile. La loi a été donnée par Moïse, mais la grâce et la vérité vinrent par Jésus Christ. L’évangile était venu à eux, il était même là, présent au milieu d’eux, et il ne changeait pas plus que Celui qui en est la somme et la substance. La vérité actuelle, même si elle est nouvelle, ne met jamais de côté l’ancienne, mais au contraire apporte les liens qui faisaient défaut, affermit les fondements et élargit la sphère dans laquelle pénètre l’esprit. Est-ce que leur philosophie, est-ce que leurs nouvelles ordonnances (chap. 2) avaient accru le sentiment qu’ils avaient de la valeur de l’évangile ? Ces choses avaient-elles exalté Christ ? Il ne faisait aucun doute que ce fût là, au contraire, ce que produisait l’enseignement de Paul, soit en général, soit dans cette épître en particulier.
En outre, puisque l’évangile était la manifestation de la bonté de Dieu en Christ et non pas la mesure du devoir humain, ni un système d’ombres religieuses, son domaine selon les intentions de Dieu n’est pas un seul pays ni une seule famille, mais « tout le monde » (v. 6) ; et son opération n’est pas de condamner le monde et de le mettre à mort, mais de porter du fruit et de croître, comme aussi il en était parmi les saints à Colosses. Ce fruit et cette croissance avaient-ils pu être constatés depuis que les Colossiens avaient adopté des conceptions nouvelles et suivi des voies légales ? Car l’évangile non seulement porte du fruit, mais croît, il possède une force de propagation. Certes, les deux traits étaient évidents dès le jour où ils avaient entendu et réellement connu la grâce de Dieu en vérité. Et cela donne au bien-aimé apôtre l’occasion de fortifier, selon son habitude, les mains de celui qui était un serviteur de Christ pour eux et qui s’employait fidèlement à ce service, « Épaphras, notre bien-aimé compagnon de service », comme il l’appelle ici avec affection. Les spéculations philosophiques et les formes judaïsantes avaient sans doute leurs défenseurs qui cherchaient à gagner la faveur des Colossiens aux dépens d’un serviteur fidèle. Nous comprenons aisément combien ces paroles de recommandation à l’égard d’Épaphras étaient nécessaires à Colosses.
Nous avons vu plus haut comment l’apôtre pouvait parler des effets de l’évangile depuis le jour où des Colossiens l’avaient entendu et où ils avaient connu la grâce de Dieu en vérité. La grâce n’est pas comme la loi. Les dix commandements sont principalement négatifs, la loi traite la plupart du temps de ce qui est mal, et le condamne ; tandis que l’évangile révèle Christ comme puissance vivifiante, une puissance qui fortifie et qui produit du fruit. Étant un principe de vie, il s’étend et croît, et porte aussi du fruit, comme l’apôtre le dit : « et… porte du fruit et croît, comme aussi parmi vous, depuis le jour où vous avez entendu, etc. ».
Ceci étant, il poursuit : « C’est pourquoi nous aussi, depuis le jour où nous en avons ouï parler (entendu parler de ce témoignage vivant de la puissance de l’évangile), nous ne cessons pas de prier… pour vous » (v. 9). Quelle magnifique expression de l’amour de l’apôtre ! Les craintes justifiées qu’il nourrissait quant aux tendances de ces saints à Colosses ne faisaient que l’inciter à prier d’autant plus pour eux… « Et de demander pour vous que vous soyez remplis de la connaissance de sa volonté ». Ils avaient plutôt montré l’inverse. Ils avaient éprouvé un vide dans leurs cœurs, et ils avaient cherché à le combler par des ordonnances légales et par la philosophie, mais vainement. Seule une connaissance intelligente et croissante de Christ peut satisfaire le cœur renouvelé. Même la miséricorde qui délivre une âme devient un danger si Christ Lui-même ne reste pas l’objet constant du cœur ! Hélas ! la liberté qu’apporte l’évangile peut conduire à prendre les choses divines à la légère et à mondaniser plus ou moins ; mais alors, il est rare que l’âme possède une grande mesure de jouissance spirituelle et cela ne va jamais de pair avec une paix solide. L’âme est ainsi rendue inconstante et indécise. Cette instabilité peut durer un certain temps, jusqu’à ce que Dieu opère plus profondément dans le cœur. C’est dans cet état que se trouvaient les Colossiens ; ils n’avaient pas progressé avec persévérance dans une connaissance plus complète de la volonté de Dieu, de sorte que Satan avait trouvé le moyen de les troubler. Ils avaient goûté la première manifestation précieuse de la grâce ; c’était réel, mais non pas profond ; car connaître la grâce de Dieu en vérité n’est pas la même chose qu’être rempli de la connaissance — ou de la pleine connaissance — de Sa volonté.
La loi ne donne jamais cela, dans la moindre mesure ; elle est un juste frein à la volonté de l’homme. Aussi n’y a-t-il qu’un seul commandement — je pense à celui qui concerne le jour du sabbat — qui n’a pas distinctement ce caractère. Ce qui est négatif ne peut jamais former les voies d’un chrétien. Ce qu’il lui faut moralement, c’est l’attachement à tout ce qui est bon. Comment cela s’effectuera-t-il ? De même que la communication de la vie est en Christ, c’est de Lui aussi que vient la capacité d’être rempli de la connaissance de la volonté de Dieu, en toute sagesse et intelligence spirituelle. Le croyant n’est pas traité par Dieu « comme un cheval ou un mulet qui n’ont pas d’intelligence » (Ps. 32, 9), mais comme un être intelligent et aimant qui est amené en communion avec Dieu. Il ne serait pas un homme affranchi si sa propre volonté le dirigeait, c’est bien plutôt l’opposé du fait d’être rempli de la connaissance de la volonté de Dieu, et c’est pourquoi l’apôtre prie pour eux, demandant qu’ils le soient.
Dans l’épître aux Éphésiens, bien qu’il soit parlé en termes magnifiques de la volonté de Dieu (chap. 1), l’apôtre n’avait pas besoin comme ici de demander pour eux la connaissance de cette volonté. Leur cœur avait saisi cette vérité de sorte qu’il n’était pas nécessaire que Paul priât ainsi à leur égard. Il désire pour eux à la fois une connaissance plus profonde de leur position et une jouissance plus riche de Christ, afin qu’ils soient remplis de la plénitude de Dieu — fortifiés en puissance par Son Esprit. Mais être rempli de la connaissance de Sa volonté, comme nous l’avons ici, a évidemment affaire avec la marche pratique : « Pour marcher d’une manière digne du Seigneur ».
En d’autres termes, dans les Colossiens l’accent est fortement mis sur la marche ; c’est davantage la formation de l’enfant : il s’agit de fortifier, guider et aider celui qui ne sait encore marcher que faiblement. Dans les Éphésiens, il s’agit de la communication du Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ à Ses enfants, qui ne sont plus des nouveaux-nés, mais des hommes faits. Aussi, les relations, les sentiments, l’héritage, les intérêts, les responsabilités de la famille nous sont-ils présentés là d’une manière très complète. Les Colossiens avaient été égarés par les pensées de docteurs qui eux-mêmes erraient. Bien que les saints fussent sérieux, quelque chose les aveuglait. « Si donc ton œil est simple, ton corps tout entier sera plein de lumière ». S’ils n’avaient pas été gouvernés par leurs propres pensées, ils auraient certainement rejeté ces fausses notions. C’est une vérité simple, mais qu’il est très important de retenir, que l’esprit et, par conséquent, la marche d’un chrétien sont nécessairement formés par ce qui lui est présenté comme la volonté de Dieu. Si donc je suis induit en erreur quant aux pensées et aux buts de Dieu, l’effet pratique sera des plus pernicieux ; et plus on est sincère plus on s’écartera. Mais l’apôtre avait prié pour les Colossiens, et il continuait à demander qu’ils fussent remplis de cette connaissance de la volonté de Dieu (v. 9).
Dans ce passage, il y a contraste avec la marche d’une personne qui, si bien disposée soit-elle, se trouve encore sous la loi. Plus le chrétien a connaissance de la volonté de Dieu, qui est pleine de grâce autant qu’elle est sainte, plus son bonheur s’accroît, et aussi sa force ; tandis que la loi opère de manière à produire la misère morale et à convaincre de faiblesse totale. Sans doute, s’il y avait un profond sentiment de la présence de Dieu, peu importerait avec qui nous pourrions nous trouver, hommes du monde ou enfants de Dieu. Naturellement nous nous comporterions différemment avec eux, suivant leur relation avec Dieu ou leur ignorance de Lui ; de fait cependant, nous sommes toujours profondément influencés par les personnes que nous fréquentons ; nous sommes affectés par ceux auxquels nous sommes mêlés et nous les affectons en retour. Il est évident, par conséquent, que si Christ était devant l’âme du croyant comme une personne révélée, la marche de celui-ci s’en ressentirait, dans la proportion même où il réaliserait sa vraie position avec Lui. Si je connais ma position comme étant uni à Lui, et que je Le connaisse, Lui, comme mon chef et mon époux, si je L’ai comme objet de mon cœur, il est clair qu’une marche toute différente en résultera. La mesure et le caractère de la marche parmi les enfants de Dieu sont déterminés par la mesure de notre intimité avec Christ, là où la chair est suffisamment jugée pour que nous jouissions de cette intimité.
Mais remarquez que jusqu’ici, l’apôtre n’aborde pas les points dans lesquels les Colossiens avaient pu manquer. Il ne le fera même qu’un peu plus loin, au milieu du chapitre 2, et il leur dira alors clairement en quoi ils étaient à blâmer. Il est très important pour nous d’y faire attention ; car si notre but est réellement le bien des âmes, leur délivrance et leur aide, il nous faut considérer de quelle manière Dieu nous conduit à les rencontrer pour les rendre capables d’éviter le piège. Et nous ne pouvons mieux l’apprendre qu’en observant et en nous attachant à suivre les directions que le Saint Esprit nous donne dans des passages de l’Écriture tels que ceux-ci. Nous sommes repris dans la façon dont nous agissons trop souvent envers nos semblables, en considérant la grâce admirable de l’apôtre et sa lenteur à en venir au fait. Importante leçon pour nous ! D’après le début de cette épître, nous pourrions presque penser que ces Colossiens se trouvaient en très bonne condition spirituelle. L’apôtre met le plus grand soin à n’introduire que graduellement ce qui le peinait et devait les peiner aussi. Il sape et mine, pour ainsi dire, la citadelle, afin de la prendre ; mais c’est un long travail, quoique sûr.
Une autre expression mérite ici notre attention : « Pour marcher d’une manière digne du Seigneur, pour lui plaire à tous égards ». Il n’est pas dit : digne de l’évangile, ni digne de notre appel, etc. Telle n’est pas la forme de l’exhortation ici. Les Éphésiens étaient suffisamment libérés de ces mauvaises influences et ils pouvaient être instruits en toute liberté de l’appel de Dieu auquel ils avaient été appelés ; aussi leur est-il enjoint de « marcher d’une manière digne de l’appel ». Mais aux Colossiens, l’apôtre écrit : « digne du Seigneur ». Il ne serait pas tellement facile pour eux de se débarrasser de l’emprise de la philosophie et des ordonnances. Les Éphésiens avaient été entièrement préservés de cette erreur ; aussi sont-ils exhortés à marcher d’une manière digne de ce qu’ils savaient être leur position.
Le Seigneur Jésus étant placé devant nous, comme Il l’est ici, la mesure est : « pour lui plaire à tous égards » ; ce n’est pas pour nous plaire à nous-mêmes ou aux autres, mais pour Lui plaire. Quelle différence complète avec la loi qui se contentait de demander telle ou telle chose et rien de plus ! Les voies de la grâce devaient être illimitées : « d’une manière digne du Seigneur pour lui plaire à tous égards ». Aussi est-il immédiatement ajouté : « portant du fruit en toute bonne œuvre ». Tout est positif et non simplement négatif comme les exigences de la loi. « Croissant par la connaissance de Dieu » semble être ici la pensée principale. Cela fait allusion aux moyens de la croissance chrétienne. Je pense que les expressions « sagesse et intelligence spirituelle » parlent de la perception de ce qui est bon et sage aux yeux de Dieu, indépendamment d’un commandement exprès de Sa part. Je pourrais faire une chose simplement parce que quelqu’un d’autre le désire, et certes cela est tout à fait à sa place là où il y a une autorité reconnue. Par exemple, mon père peut m’ordonner de faire telle ou telle chose, et je la fais peut-être sans savoir pourquoi ; mais là c’est Dieu mon Père qui, en même temps, m’en montre l’importance.
Ainsi la « sagesse » selon Dieu discerne-t-elle la beauté et la valeur d’une vérité donnée, et l’« intelligence spirituelle » en fait-elle la juste application. L’une saisit la cause, l’autre s’occupe de l’effet. En cela donc, l’évangile différait de la loi. Qu’une personne entrât ou non dans la signification de la loi, elle obéissait simplement parce que Dieu l’ordonnait. Cela ne s’élève pas à la nature de l’obéissance chrétienne, qui jouit de la pensée de Dieu révélée en Christ ; on n’y voit donc pas seulement l’autorité de Dieu, on admire la perfection du caractère de cette autorité et ses effets en grâce. Il est tout à fait convenable qu’un subordonné, un serviteur, un enfant, apprenne à obéir, ne serait-ce que pour établir solidement l’obéissance. Mais ce n’est pas là le principe chrétien. L’obéissance d’un chrétien n’est pas la passivité d’un aveugle conduit par un aveugle, ni même par un voyant, elle est plutôt le fait d’un voyant conduit par un voyant. Bien plus que cela : il ne s’agit pas seulement que des personnes soient vivifiées et portent du fruit, mais qu’en outre elles croissent par et dans une connaissance plus profonde de Dieu Lui-même. Cet approfondissement de leur connaissance de Dieu, qui va de pair avec la connaissance de Sa volonté, est chose essentielle dans le sentier de l’obéissance. Dieu est mieux connu, on entre mieux dans Son caractère, on apprend à Le connaître intimement. Un autre point de grande importance, c’est que non seulement la connaissance augmente, mais que l’on est « fortifié en toute force, selon la puissance de sa gloire ». Cela suppose que la gloire de Christ a un effet décisif sur la manière dont la force est formée dans l’âme ou lui est communiquée.
Si je considère Christ sur la terre, je Le vois dans la faiblesse, rejeté, sous l’opprobre, mais en même temps rempli de la grâce la plus profonde, et nulle part autant que sur la croix. Nous ne pouvons pas nous passer de cette grâce, et le pourrions-nous que nous ne le voudrions pas (en vérité Christ est partout infiniment précieux et nous est absolument nécessaire) ; toutefois pour le chrétien, la position de force consiste à regarder à Christ ressuscité et glorifié. Sans doute cette pensée de Christ comme celui qui a passé dans ce monde éveille les affections, de même que la croix répond aux besoins de la conscience ; mais ni l’une ni l’autre ne donnent la force en elle-même, ni ne sont le moyen prévu par Dieu pour donner tout ce dont nous avons besoin.
Ceux donc qui connaissent quelque peu Christ trouvent sûrement en Lui la vie et la bénédiction, mais ils ne seront jamais fortifiés si leur cœur n’est occupé que de la marche du Seigneur sur la terre. Qu’est-ce alors qui supplée à ce besoin ? Il convient de peser ce qui est dit en 2 Corinthiens 3, 18 : « Nous tous, contemplant à face découverte la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en la même image, de gloire en gloire ». Voilà ce qui donne pratiquement la force. De même ici la question de la puissance est liée à la gloire de Christ. S’il s’agit de sympathie, c’est toujours en rapport avec Sa vie ici-bas : dans l’épître aux Hébreux par exemple, bien que Christ nous y soit présenté à la droite de Dieu, Il est pourtant Celui qui a été tenté en toutes choses comme nous, à part le péché, et qui est ainsi capable de sympathiser à nos infirmités. Cela est du plus grand réconfort quant à la puissance de sympathie. La vie éternelle et la force sont deux choses très différentes.
La seule idée chez plusieurs croyants est de suivre Christ comme modèle. Certes c’est admirable ; mais qu’est-ce qui en donnera la force ? Je dois d’abord être en relation avec Dieu, posséder la vie éternelle et ensuite ce qu’il me faut c’est de la force. Je ne suis dans la position qui est celle du croyant que lorsque je connais la rédemption par le sang de Christ ; et quant à la puissance, je ne la trouve qu’en Christ ressuscité et glorifié. La source de la puissance n’est pas dans la contemplation de ce qu’Il était ici-bas, mais dans la conscience de la gloire qui est en Lui, la puissance de cette gloire réalisée remplissant mon cœur et me donnant l’assurance d’être avec Lui. Je ne redouterai pas alors d’être rejeté comme Christ l’a été ici-bas, étant fortifié… « pour toute patience et constance, avec joie ». C’est un monde mauvais que celui que nous traversons ; mais nous avons ce précieux secret : la conscience des bénédictions meilleures que nous possédons en Christ. C’est pourquoi, laissez-moi le souligner, nous devrions traverser l’épreuve tout autrement qu’un homme courbant la tête mais seulement résigné. Que ce soit dans la puissance de Sa gloire, avec joie, « rendant grâces au Père qui nous a rendus capables de participer au lot des saints dans la lumière ».
C’est une capacité présente. Participer au lot des saints dans la lumière est une faveur merveilleuse ; l’apôtre n’hésite pas à la reconnaître à ces Colossiens qu’il va pourtant reprendre solennellement dans le chapitre suivant. Il affirme encore que le Père nous a qualifiés pour participer au lot des saints dans la lumière. « Dans la lumière » est ajouté à dessein pour montrer combien l’effet de l’œuvre de Dieu en Christ est absolu. Ce n’est pas simplement l’héritage, parce que celui-ci ne comporte pas en lui-même l’idée d’une sainteté sans compromis, comme le fait la lumière. De plus, le lot des saints dans la lumière n’est pas sur la terre ou simplement dans les cieux, mais dans la lumière où Dieu habite comme tel. Place merveilleuse pour nous ! Notre Père nous en a rendus capables. L’effet de la loi est toujours de tenir Dieu à distance. C’est pourquoi ici le Père est mis en avant.
Bien des personnes, tout en possédant la vie de Christ, ne regardent à Dieu qu’en tant que Créateur et Juge ; elles ne sont pas à l’aise avec le Père. Elles font de Christ ce que les catholiques romains font de la vierge Marie. C’est une erreur complète. D’où la nécessité de mettre le Père particulièrement en évidence. Il n’y avait pas cette nécessité à l’égard des Éphésiens ; ils étaient intelligents dans la vérité. Ici, bien que le grand objet soit de présenter Christ et Sa gloire illimitée comme excluant les ordonnances, l’apôtre introduit le Père, et Le montre agissant dans Son amour. L’amour parfait est associé au fait que nous avons été rendus propres dès maintenant pour la lumière, et c’est là une vérité magnifique. Quant à la lumière, le chrétien s’y trouve en permanence, mais il se peut qu’il ne marche pas toujours en accord avec elle. Un chrétien, s’il pèche, pèche dans la lumière, et c’est ce qui donne à son péché un caractère si offensant. Il peut être lui-même, pratiquement, dans un état de ténèbres ; il est néanmoins toujours dans la lumière, et son péché est rendu grave précisément parce qu’il est commis dans la lumière. Il le commet en présence de l’amour parfait comme de la lumière. Il n’a donc aucune excuse.
Cette bénédiction d’avoir part au lot des saints dans la lumière dépend de deux choses : d’abord de la vertu du sang de Christ qui a complètement expié nos péchés, et ensuite du fait que la vie de Christ nous a été communiquée et nous rend capables d’être en communion avec Dieu dans la lumière. Ces deux dons de grâce sont absolument vrais pour tout chrétien. Il a le sang de Christ qui le purifie autant qu’il peut jamais l’être, et il a la vie de Christ communiquée à son âme autant qu’elle peut jamais l’être. Dans la suite on acquiert, après l’expérience de ces choses (car je ne parle pas ici du service et de tout ce qui s’y rattache, mais de croissance en intelligence), une appréciation plus profonde de ce que le sang de Christ a fait et de ce que Christ est Lui-même, Lui qui nous a manifesté une telle faveur illimitée et qui a tant fait pour nous.
Notre Père a fait plus encore. L’apôtre montre en effet aussitôt comment nous sommes qualifiés en vue de cette faveur : Il « nous a délivrés du pouvoir des ténèbres ». Il ne s’agit pas simplement de mauvaises œuvres, mais du pouvoir des ténèbres. Comment donc être arrachés à Satan ? L’apôtre déclare aux Colossiens qu’ils ont été non seulement délivrés, mais bien plus que cela, « transportés dans le royaume du Fils de Son amour ». Tout a été accompli en perfection. La délivrance du pouvoir de l’ennemi de Dieu est complète, et pareillement notre introduction dans le royaume du Fils de Son amour. « En qui nous avons la rédemption, la rémission des péchés ». Certaines versions, à la suite du texte reçu, ajoutent « par son sang » ; mais en fait cette expression appartient à l’épître aux Éphésiens, d’où il est probable que des copistes l’ont transportée ici à tort. Il y a une plénitude plus grande dans l’épître aux Éphésiens que dans celle aux Colossiens : la première nous montre comment nous pouvons être si richement bénis en dépit de la mention de nos péchés au cours de l’exposé ; mais ici, nous avons le simple sommaire de la bénédiction : « Christ… en qui nous avons la rédemption, la rémission des péchés ». Et aussitôt l’apôtre enchaîne : « qui est l’image du Dieu invisible ». Son but n’est manifestement pas tant d’insister sur l’œuvre de Christ que de souligner Sa gloire personnelle.
Il n’est jamais dit de Christ qu’Il fût la ressemblance du Dieu invisible parce que cela impliquerait qu’Il n’était pas réellement Dieu. Ce serait une erreur fatale, car Il est Dieu (sinon la gloire de Dieu et la rédemption seraient vaines) ; toutefois Il est l’image du Dieu invisible, car Il est la seule personne de la Déité qui ait fait connaître Dieu (voir Jean 1, 18). Le Saint Esprit ne manifeste pas Dieu. Certes Il manifeste Sa puissance, mais pas Dieu Lui-même ; tandis que Christ est « l’image du Dieu invisible ». Il a présenté Dieu en perfection ; Il est la vérité objectivement. Celui qui l’a vu a vu le Père. Il était toujours la Parole, Celui qui manifestait Dieu. Le mot « image », comme cela a été remarqué, est constamment employé dans l’Écriture pour « représentation ». Telle est la pensée première. Christ est l’image du Dieu invisible.
La gloire suivante, c’est qu’Il est le premier-né de toute la création. Cela paraît évidemment en opposition avec le fait qu’Il est l’image du Dieu invisible. Christ est devenu homme aussi véritablement qu’Il était et qu’Il est Dieu. Il devint chair. Il n’est jamais dit et il ne pourrait jamais être dit qu’Il devint Dieu. Il a participé au sang et à la chair dans le temps, mais de toute éternité Il est Dieu. Après avoir montré qu’Il était l’image du Dieu invisible, l’apôtre Le présente comme le premier-né de toute la création. Comment cela pouvait-il être ? Adam était le prototype ; nous aurions pu penser qu’il était le premier. Mais ici, comme ailleurs (par exemple au Ps. 89, 27), le titre de premier-né est pris dans le sens de dignité plutôt que de simple priorité dans le temps.
Adam était le premier homme, mais il n’était pas ni ne pouvait être le premier-né. Comment a-t-il pu être dit de Christ, venu si tard quant à Sa naissance ici-bas, qu’Il était le premier-né ? La vérité est que si Christ est devenu un homme et a pris place dans les rangs de la création[1], Il ne pouvait rien être d’autre que le premier-né. Il est le Fils et l’Héritier. De la même manière, nous sommes maintenant par grâce appelés l’assemblée « des premiers-nés », bien qu’il y ait eu des saints avant l’Assemblée. C’est une question de rang, non pas de date. Christ est véritablement le premier-né de toute la création ; jamais Il n’a pris la place d’une créature avant de devenir homme, et alors nécessairement Il doit être le premier-né. Fût-Il né en fait le dernier, Il n’en serait pas moins le premier-né ; car cela n’a rien à voir avec l’époque de Sa venue, mais avec Sa dignité intrinsèque. Tous les autres n’étaient que les enfants d’Adam, l’homme déchu, et aucun ne pouvait en aucun sens être le premier-né. Jésus était aussi véritablement homme qu’eux, mais avec une gloire totalement particulière. Ce qui rend la chose d’autant plus manifeste c’est qu’ici Il est déclaré être le premier-né de toute la création « car par lui ont été créées toutes choses ». Le motif est ainsi parfaitement clair. Celui qui entrait dans la sphère de la création humaine était le Créateur et, par conséquent, devait nécessairement être le premier-né. Telle est la signification simple et sûre de ce passage, qui confirme de la manière la plus absolue la déité de Christ au lieu de l’affaiblir le moins du monde, comme quelques-uns l’ont pensé par suite d’un étrange manque de compréhension, au point de changer fautivement le texte en « né avant toute création ». Aucun autre passage, en réalité, ne souligne davantage Sa dignité.
Il est donc d’abord dit de Lui qu’Il est l’image du Dieu invisible. Puis nous avons Sa place comme homme, dans laquelle Il était le premier-né parce que, étant Dieu, il ne pouvait en être autrement. Dans les Hébreux, il est dit qu’Il a été fait héritier de toutes choses, en tant que Fils de Dieu. Mais ici nous lisons : « Toutes choses ont été créées par lui » c’est-à-dire en vertu de Sa propre puissance divine.
« Car par lui ont été créées toutes choses, les choses qui sont dans les cieux et les choses qui sont sur la terre, les visibles et les invisibles, soit trônes, ou seigneuries, ou principautés, ou autorités : toutes choses ont été créées par lui et pour lui » (v. 16). Tout cela touche à des sujets que nous connaissons peu ou qui nous dépassent. Après avoir considéré les effets de Sa puissance, nous voyons les effets de ce qu’Il est, Christ agissant à la fois en vertu de Son propre droit divin, et comme instrument pour la gloire de Dieu le Père. Toutes choses ont été créées par Lui. Le mot « créées » est différent d’un cas à l’autre : au début de verset, c’est une action passée, à la fin, c’est l’effet présent d’une action passée, le premier cas exprimant la puissance qui a amené à l’existence, le second, davantage le résultat présent de cette puissance. « Et lui est avant toutes choses » (non seulement avant toutes les choses, mais avant tout — Dieu excepté, naturellement). Et ce n’était pas simplement que toutes choses ont été créées, mais qu’elles l’ont été pour Son plaisir : « Et toutes choses subsistent par lui » (ou : en vertu de Lui — expression qui donne une idée plus claire et plus intime). Le but ici est de ne rien laisser d’imprécis dans l’exaltation de Christ.
Mais encore : « Il est le chef du corps, de l’assemblée, lui qui est le commencement, le premier-né d’entre les morts, afin qu’en toutes choses il tienne, lui, la première place » (v. 18). Nous en trouverons une raison dans ce qui suit. Il est intéressant de Lui reconnaître deux primogénitures très distinctes : Il est le premier-né de toute la création, parce qu’Il est le Créateur ; et le premier-né d’entre les morts, comme état de fait nouveau, simple et important. Ainsi Christ n’est pas seulement le Chef de la création comme homme, mais Il est le premier-né d’entre les morts en tant que ressuscité. C’est en rapport avec cela qu’Il est le Chef de l’Assemblée. Il n’était pas dans une telle relation sur la terre ; Il n’était pas tel simplement en devenant homme. L’incarnation est une vérité absolument distincte du fait qu’Il est la Tête de l’Assemblée, fait qui implique l’union. Il est évident que s’Il est le Chef du corps, de l’Assemblée, c’est en vertu de Sa résurrection d’entre les morts et de la place qui Lui a été donnée dans les cieux.
Mais l’épître aux Colossiens ne commence pas d’emblée par la place céleste de Christ. L’épître aux Éphésiens Le présente clairement comme ressuscité et assis, en tant que Chef. Ici, c’est plus général ; il n’est pas parlé du fait qu’Il est dans les cieux. Il est « le commencement, le premier-né d’entre les morts, afin qu’en toutes choses il tienne, lui, la première place ». Plusieurs confondent union et incarnation ; l’union ne réside pas dans Sa participation au sang et à la chair ici-bas, mais dans le fait que nous sommes devenus membres de Son corps maintenant qu’Il est ressuscité et glorifié. Aucune union avec Lui n’aurait été possible avant Sa mort et Sa résurrection et avant que le Saint Esprit n’ait été donné pour nous unir à Lui dans cette condition de résurrection. Alors seulement nous avons le corps, l’Assemblée, et non pas auparavant. Le Seigneur avait un corps humain, naturellement, mais le corps mystique est formé par le Saint Esprit envoyé sur la terre après que le Seigneur fut ressuscité d’entre les morts. L’un, comme né de femme, est en relation avec la terre ; l’autre l’est avec le ciel.
Avec la primauté de Christ en toutes choses (v. 18), deux grandes considérations sont placées devant nous. D’abord, « en Lui toute la plénitude s’est plu à habiter ». Il ne s’agissait pas d’une manifestation de Dieu, partielle ou si complète qu’elle fût ; il aurait pu en être ainsi en n’importe quel homme ; mais ici, toute la plénitude s’est plu à habiter en Lui. Telle est la vérité de la personne de Christ, la gloire du Seigneur Jésus dans Son incarnation. « Celui qui m’a vu a vu le Père ». « Si moi je chasse les démons par l’Esprit de Dieu, alors le royaume de Dieu est parvenu jusqu’à vous ». « Le Père qui demeure en moi, c’est lui qui fait les œuvres » ; nous savons cependant que c’était toujours par la puissance du Saint Esprit que tout était fait et dit. Tant il est vrai que toute la plénitude s’est plu à habiter en Lui.
Nous avons relevé dans un verset précédent que c’est parce qu’Il était une personne divine qu’Il pouvait être appelé le premier-né de toute la création. Cela reposait sur le fait qu’Il était le Dieu qui a tout créé et qui soutient toutes choses. Mais ici il y a davantage. Que toute la plénitude se soit plu à habiter en Lui, ce n’était pas seulement une question d’activité, mais de demeure, qu’Il agît ou non. Par là, n’est-il pas vrai, cette affirmation est d’une grande richesse dans sa précision.
Puis, au verset 20, nous trouvons un autre développement de la vérité qui présente la gloire de Christ, une autre raison donnée à Sa prééminence indiscutable. Par Lui, le Christ, la réconciliation est effectuée. « En Lui, toute la plénitude s’est plu à habiter, et par lui, à réconcilier toutes choses avec elle-même ». La phrase me paraît construite de manière à accentuer le fait que toute la plénitude habite en Christ : il n’y avait pas là une personne de cette plénitude divine agissant à l’exclusion des autres, toutes avaient un seul conseil, non pas simplement des conseils similaires, comme un certain nombre de créatures pourraient en avoir, mais un seul et même conseil. Le propos, bien loin de mettre une personne en opposition avec une autre, est d’établir que la plénitude est une à se plaire à habiter en Lui. Cela est intentionnellement exprimé sous cette forme générale, et l’Esprit de Dieu passe alors (v. 20), par une transition à peine perceptible, de l’existence de Christ comme Dieu-homme, à l’œuvre que Dieu a accomplie par Lui. La forme même employée (eisauton : à — ou envers, avec — elle-même) ne permet pas de séparer explicitement les deux pensées. Après comme avant l’œuvre, la personne de Christ est distincte et mise en relief.
Mais l’homme était entièrement perdu, hostile, mort. Aucune gloire morale, pas même celle de la Déité en Christ, n’avait le pouvoir de le ramener. Une œuvre plus profonde était nécessaire. « La plénitude s’est plu… par lui, à réconcilier toutes choses avec elle-même, ayant fait la paix par le sang de sa croix ». Toute la création a été ruinée par la chute ; et ici pour la première fois le vaste plan de Dieu est esquissé devant nous : la réconciliation de toutes choses, non des hommes mais des choses. C’était le bon plaisir de la Déité. Or même la Parole faite chair, même toute la plénitude habitant en Lui, ne pouvait répondre à ce que le cas avait de désespéré. Il y avait rébellion, il y avait guerre. La paix devait être faite — elle ne pouvait l’être que par le sang de la croix de Christ. En un mot, la réconciliation n’est pas le fruit de l’incarnation. Aussi bénie qu’elle soit, l’incarnation était tout à fait impuissante à cet égard. Elle place devant nous la grâce et la vérité en Christ — Dieu Lui-même dans le déploiement le plus précieux de Son saint amour. Rien n’est en soi plus important pour quelqu’un qui a reçu Christ que de trouver ses délices en Lui, de méditer sur Lui et sur Ses voies morales ici-bas. Tout en Lui était dans une harmonie parfaite ; une grâce incomparable brillait partout où Il se mouvait. Tout était parfait et pourtant tout aurait été vain ; car l’homme était aussi stérile que le sable.
C’est pourquoi nous avons une autre étape tout à fait distincte — « … et, par lui, à réconcilier toutes choses avec elle-même ». Que toute la plénitude habitât en Lui ne suffisait pas ; elle approchait Dieu de l’homme, mais non pas l’homme de Dieu. Elle s’est plu à habiter en Lui, et non d’une manière passagère. Il y avait là quelque chose de toute à fait indépendant de l’onction du Saint Esprit au temps convenable. C’était le délice constant de toute la Déité d’habiter en Lui comme homme. Mais l’homme en Adam était dans un tel état de perdition que cela ne pouvait le délivrer ; il ne pouvait en être fini ainsi avec le péché. Ni Dieu Lui-même, descendant sur la terre dans la personne de Christ, ni Sa bonté désintéressée, ni Son amour inlassable et patient, rien de ce qui se trouvait en Christ, ni le tout ensemble, ne pouvait ôter le péché ou restaurer en justice le pécheur. C’était devenu désormais une question de réconciliation « par le sang de sa croix ».
Ainsi, comme nous l’avons vu, toutes choses doivent être réconciliées ; la paix a été faite « par le sang de sa croix ». Il est doux et réconfortant de penser que tout a été fait pour assurer le rassemblement de toutes choses autour de Christ. Ce n’est plus maintenant qu’une question de temps, mesuré par la sagesse de Dieu, pour la manifestation de Christ à la tête de tout. Quant à l’efficace de l’œuvre, rien de plus n’est à faire. Entre temps Dieu appelle les saints qui auront tout en partage avec Christ. Comme cela est dit en Romains 8, toute la création soupire, attendant la révélation des fils de Dieu. Ils sont les prémices. Tout a été assujetti à la vanité par le péché ; mais maintenant Celui qui est descendu, Dieu manifesté en chair, a pris sur Lui le fardeau du péché et a fait la paix par le sang de Sa croix. Il a ainsi accompli tout ce qui est nécessaire et pour Dieu et pour l’homme. Le prix est payé, l’œuvre est acceptée ; de sorte que là aussi nous pouvons dire que « tout est prêt ». Dieu pourrait maintenant en justice ôter de la face de la création toute trace de misère et de ruine ; s’Il attend, ce n’est que pour sauver un plus grand nombre d’âmes. Sa longue patience est salut. Les ténèbres et la faiblesse disparaîtront lorsque notre Seigneur viendra avec Ses saints. Pour le monde, Son apparition avec eux en gloire sera le moment critique. La révélation du ciel de Christ et de l’Église n’a pas lieu lors de l’enlèvement, lequel doit la précéder. La révélation est la manifestation devant le monde de l’Époux et de l’Épouse alors glorifiée.
Ayant ainsi introduit la réconciliation universelle des choses créées, l’apôtre se tourne vers ce à quoi elle était si intimement liée : « Et vous qui étiez autrefois étrangers et ennemis quant à votre entendement, dans les mauvaises œuvres, il vous a toutefois maintenant réconciliés ». Je ne doute pas que le contraste soit voulu. La réconciliation de toutes choses n’est pas encore accomplie. Le fondement en est posé pour toutes sans exception, mais ce n’est pas réalisé. En attendant, c’est réalisé pour nous qui croyons. Nous qui étions dans cette terrible condition, Il nous a « maintenant réconciliés dans le corps de sa chair, par la mort ». Remarquez de nouveau que le corps de Sa chair, l’incarnation en elle-même, ne suffisait pas, ne pouvait pas suffire et pas davantage toute la plénitude de la Déité habitant en Lui corporellement. Pour l’homme coupable, il fallait que ce fût « par la mort ». Ce n’était pas par la naissance ou la vivante énergie de Christ, mais « par la mort » — non par Ses actes, si bénis fussent-ils tous, mais par Ses souffrances. « Le sang de sa croix » introduit bien davantage l’idée d’un prix payé pour la paix. Sa « mort » semble être plus appropriée comme le fondement de notre réconciliation. En tout cas « dans le corps de sa chair, par la mort », contredit la pensée selon laquelle l’incarnation aurait été le moyen de la réconciliation. Cela introduit des considérations morales et montre, de la manière la plus solennelle, le maintien des droits de Dieu, le juste fondement de notre pardon et de notre paix ainsi que notre délivrance de tout le fardeau et de toutes les conséquences du péché.
« Pour vous présenter saints et irréprochables et irrépréhensibles devant lui ». Aussi bénie que soit la mort de Christ — au point que Dieu Lui-même ne peut trouver aucun défaut en nous, ni supporter aucune accusation contre nous, telle est la signification ici — quelque parfaite que soit l’efficace de cette mort de Christ en notre faveur, cela suppose néanmoins que nous tenions ferme : « … si du moins vous demeurez dans la foi, fondés et fermes, et ne vous laissant pas détourner de l’espérance de l’évangile ». Je tiens positivement ce mot « si » pour une condition et rien d’autre. Il en est autrement au chapitre 3 : « Si donc vous avez été ressuscités avec le Christ, etc. ». Le mot est le même, mais il a là le sens de « puisque ». Il convient toujours en effet de considérer le contexte. Notre verset implique, à mon avis, une condition, tandis qu’au chapitre 3 l’apôtre raisonne et exhorte simplement en partant d’un fait établi, ce qui n’aurait aucun sens au chapitre 1.
À peu d’exceptions près, chaque homme avant sa conversion est naturellement disposé à bâtir sur sa propre justice. Mais lorsqu’on s’est reconnu perdu, et néanmoins justifié par la foi en la pure grâce de Dieu en Christ, on a souvent tendance à tomber violemment dans l’extrême opposé. Puis, à mesure qu’on avance dans la vérité, les vues particulières font place à ce qui est infiniment plus vaste : la pensée de Dieu telle qu’elle est révélée dans Sa Parole. Cette Parole contient des déclarations inconditionnelles, qui sont à prendre dans tout leur absolu ; elle en contient d’autres qui comportent des conditions, et elles doivent être présentées elles aussi dans toute leur force. Ce n’est pas à la justification que l’apôtre pose ici une condition : sur ce terrain, la grâce justifie l’impie, aucune condition ne peut intervenir, ce serait une négation de la grâce. Il n’en existe pas moins des conditions incontestables, mais à propos de quoi ? Dieu ne nous permet pas de savoir avec certitude quels sont, parmi ceux qui professent le nom de Jésus, ceux qui croient réellement en Lui. Même dans ces premiers jours du christianisme, il se trouvait des gens qui ne suivaient la vérité que pour un temps et qui l’abandonnaient ensuite ; d’autres délaissaient peu à peu le pur évangile pour la philosophie et les ordonnances, ou, tout au moins, étaient enclins à les ajouter à l’évangile. Aussi l’apôtre dit-il : « si du moins vous demeurez dans la foi » (v. 23). Il avertit ceux qui sont nés de Dieu afin qu’ils persévèrent dans la foi ; mais en même temps il est d’autres choses à ne pas perdre de vue : est-ce que de vrais enfants de Dieu ne peuvent pas vaciller et même glisser pour un temps dans l’erreur ? Eh bien je ne puis pas dire de quelqu’un qui abandonne la foi, qu’il est saint et irréprochable devant Dieu. On peut avoir de l’espoir en raison de faits précédents ; mais tant qu’une âme est ainsi détournée par l’ennemi loin de la vérité fondamentale, je ne peux pas, ni ne dois parler d’elle avec trop de confiance comme étant de Dieu. Ce serait méconnaître la gravité d’une telle incrédulité et accroître le danger pour son âme que de la traiter avec légèreté. C’est pourquoi l’apôtre dit : « Si du moins vous demeurez ». Un principe similaire s’applique à celui qui vit à l’ombre d’un péché non jugé.
C’est ainsi qu’en 1 Corinthiens 5, nous voyons qu’un homme coupable d’un péché grossier et par la suite retranché doit être traité comme un « méchant » bien que le Saint Esprit, dans le même chapitre, affirme que le but recherché est que son esprit soit sauvé. Et la seconde épître prouve que malgré tout, il était un vrai croyant et que, une fois qu’il s’était repenti, il devait être réintégré dans la communion. Naturellement le Saint Esprit connaît tout d’une manière parfaite, tandis que, en ce qui nous concerne, nous ne pouvons juger que de ce que Dieu estime bon de manifester clairement devant nos yeux. Cela a une valeur pratique pour nos âmes, car il est souvent difficile de se comporter équitablement envers une personne hors de communion. Nous sommes enclins à passer trop légèrement sur de tels cas, et quel est le résultat d’un tel traitement à leur égard ? Ils traînent dehors. À l’intérieur la puissance de restauration est faible. Le péché est jugé superficiellement. Si nous ressentons la chose profondément, nous désirons avec ardeur ramener la personne. Cela devrait être une douleur, une peine profonde, chaque fois que des âmes sont retranchées de la table du Seigneur. Notre désir devrait alors être toujours de savoir qu’elles se sont jugées elles-mêmes, et de les voir restaurées.
Il n’est pas dit : si du moins vous demeurez dans votre foi, mais « dans la foi ». Lorsque Paul parle de la foi commune, il pense à ce qui est cru. Ainsi lorsqu’il parle de la « seule foi », il ne fait pas allusion à la réalité de notre foi, mais à la vérité objective reçue. Vrais croyants ou non, s’ils abandonnaient la foi, comment pouvaient-ils être reconnus comme tels ? Dans les temps modernes on a beaucoup rejeté les gens en fonction de critères intérieurs ou subjectifs, tandis que « la foi » est la révélation offerte à la foi en dehors de l’homme. C’est une grande grâce que dans ces derniers jours, une place aussi éminente ait été donnée à la vérité, la vérité dans la personne de Christ. On ne peut se prononcer d’une manière absolue sur la foi de quelqu’un, mais nous pouvons juger si ce qu’il professe est bien la vérité ou non. Si un homme professe la foi et que rien ne vienne la contredire, dans ses paroles et dans ses voies, l’amour reconnaîtra qu’il s’agit d’une foi réelle. Une personne peut être sincère dans ce qui est faux ou peu sincère dans ce qui est juste ; mais la vérité est une pierre de touche inflexible. Si l’on jugeait sur la base du cœur d’un individu, on ne pourrait jamais se prononcer ; car qui peut le sonder sinon Dieu ? Si l’on agit sur le terrain de la vérité que saisit la foi, aussitôt qu’un homme marche contre elle, abandonnant ce qu’il a professé, nous sommes tenus de juger cela, laissant la question de la foi de son cœur entre les mains de Dieu.
L’apôtre exhorte aussi : « Ne nous laissant pas détourner de l’espérance de l’évangile ». Les saints de Colosses étaient en danger de s’écarter, car ils s’efforçaient de parvenir à une plus grande sainteté par l’ascétisme ou d’autres efforts, au lieu de recourir à Christ pour se juger eux-mêmes. Mais non, dit l’apôtre ; c’est dans le corps de Sa chair, par la mort, que vous êtes présentés saints et irréprochables, si du moins vous demeurez dans la foi… ne vous laissant pas détourner de l’espérance de l’évangile que vous avez ouï. Qu’est-ce que « l’espérance de l’évangile » ? Elle est en un Christ céleste mort pour nous et nous donnant l’assurance d’être avec Lui. L’espérance d’Israël (on ne peut guère dire de la loi) était la terre ; l’« espérance de l’évangile », elle, est céleste. Les Colossiens, en grande partie à leur insu, mais en fait, perdaient de vue leur espérance céleste, car la pensée d’ajouter à Christ la philosophie ou des ordonnances charnelles tend à priver l’âme de Christ.
Paul parle de l’évangile qui avait été prêché dans toute la création en ajoutant : « duquel moi, Paul, je suis devenu serviteur ». L’apôtre met en avant ce dont quelques-uns, alors comme aujourd’hui, faisaient bon marché — le fait d’être un serviteur de l’évangile ! Il ne regarde pas à ce qui l’exalterait aux yeux des professants, mais à ce qui donne gloire à Dieu et à Sa grâce en Christ. C’est pourquoi l’accent est mis ici sur « moi » (cf. 1 Tim. 1, 13, 14).
Il me semble que certains de ceux qui exerçaient une mauvaise influence à Colosses méprisaient l’évangile. Ils l’estimaient peut-être bon à sa place pour éveiller les inconvertis ; mais en quoi concernait-il des chrétiens ? L’apôtre insiste non seulement sur la dignité mais aussi sur le côté complet de l’évangile. Sans doute, un chrétien n’en a pas besoin de la même manière que l’inconverti ; car le croyant est quelqu’un qui a trouvé le repos, qui a la rémission des péchés, la justification, l’adoption, etc., alors que l’incrédule n’a aucun lieu réel avec Dieu. Aussi un croyant n’écoute-t-il pas l’évangile comme s’il s’agissait d’une voix étrangère ou comme s’il ne l’avait pas véritablement reçu. Mais il se réjouit toujours en lui et y admire avec un émerveillement croissant le déploiement incomparable de la grâce de Dieu. C’est pourquoi l’apôtre prend un soin particulier à dire que lui, Paul, est devenu un serviteur de l’évangile. Il ne le considérait pas comme une partie négligeable de son apostolat, mais se déclare expressément serviteur, non seulement de l’Église, mais de la bonne nouvelle annoncée à toute créature sous le ciel. Il était alors évident que si quelques-uns à Colosses avaient été induits à considérer ce message comme une chose trop élémentaire pour que les saints s’en occupent, l’apôtre ne sympathisait pas avec de tels sentiments. Il servait l’évangile et se glorifiait en lui.
Il est manifestement faux pour moi de me placer sur le même terrain qu’une personne inconvertie, comme si j’avais besoin de l’évangile ; mais c’est aussi me priver de beaucoup de bénédiction que de ne pas me réjouir en lui, par amour pour lui pour ainsi dire, car il satisfait à tous les droits de Dieu Lui-même. Aucune autre partie de la vérité ne présente un tel déploiement de la grâce et de la justice divine que l’évangile. En ce qui concerne le témoignage aux âmes, il peut être davantage ce qui répond à leurs besoins en tant que pécheurs perdus ; mais pour les chrétiens il n’est pas sans importance d’avoir le cœur occupé de sa grâce active, l’esprit rempli de sa vaste portée, et la conscience fortifiée par la vérité qui proclame la perfection avec laquelle le sang de Christ purifie de tout péché. Il est impossible de voir combien l’évangile satisfait aux droits de Dieu avant que l’âme ait la paix avec Lui. C’est important en pratique. Une personne qui découvre la grâce de Dieu en Christ est soulagée, a le remède pour le péché ; mais un tel remède ne donne pas toujours la vision d’un Dieu pleinement satisfait. C’est davantage l’idée du bouc azazel que celle du bouc qui était égorgé. Dans l’évangile, nous ne voyons pas seulement la ressource pour nos péchés, mais la vérité, la majesté, l’amour, tous les caractères de Dieu glorifiés. Non seulement le mal est jugé et les péchés pardonnés, mais nous y admirons Sa riche grâce en Christ.
« Maintenant — poursuit l’apôtre — je me réjouis dans les souffrances pour vous, et j’accomplis dans ma chair ce qui reste encore à souffrir des afflictions du Christ pour son corps qui est l’assemblée, de laquelle moi je suis devenu serviteur » (v. 24-25). Ce verset semble indiquer l’existence de deux ministères, leur relation et la liaison de l’apôtre avec les deux. Quant à l’évangile, il dit : « Duquel moi, Paul, suis devenu serviteur ». Il en est de même ici ; toutefois comme il s’agit de quelque chose de plus intime, il est ajouté : « selon l’administration de Dieu ». L’évangile dont il était devenu serviteur le conduit aussitôt à mentionner, non pas précisément ses souffrances pour l’évangile, mais ses souffrances pour eux.
Ensuite, il parle d’accomplir ce qui reste encore à souffrir des afflictions du Christ pour Son corps, l’Assemblée. Sans doute il y a des afflictions qui concernent exclusivement le Sauveur, comme notre substitut. Mais à tous autres égards, Christ, si parfaitement qu’Il souffrît, n’a pas souffert de manière à exclure autrui, Ses saints, de la communion avec Lui dans Ses souffrances. Ses souffrances ont été d’une perfection absolue en tant que témoin de la justice, homme sur la terre et témoin de la grâce, comme de la part de Dieu. Seulement il y avait, sur la croix, bien plus qu’un témoignage, lorsqu’Il fut fait péché pour nous, et que tout ce que Dieu était, en jugement, s’abattit là sur Lui. La justice et la grâce ont été la cause de Ses souffrances dans Sa vie ici-bas ; le saint jugement du péché a caractérisé Ses souffrances sur la croix, afin que Dieu puisse avec justice manifester Sa grâce envers nous qui croyons, sans qu’il soit plus question de jugement.
L’apôtre donc peut se réjouir dans ses souffrances plutôt que de les estimer dures ou de reculer devant elles. Quel contraste avec Pierre à la fin de Matthieu 16 ! Christ n’a pas monopolisé, pour ainsi dire, les souffrances. Il en a laissé pour d’autres. Les souffrances mentionnées ici sont principalement des souffrances par amour pour l’Assemblée, pour les saints de Dieu ; mais elles comprennent aussi celles que l’apôtre a endurées comme témoin pour Christ dans ce monde. C’étaient de vraies souffrances physiques, infligées par des ennemis, car il dit : « dans ma chair », et pas seulement des souffrances morales, bien que, si celles-ci n’avaient pas accompagné les épreuves de l’apôtre, ces souffrances physiques auraient été sans valeur pour Dieu. Mais il ne prenait pas la chose à la légère, même quant à son corps. Certains à Colosses, nous le savons par la fin du chapitre 2, s’efforçaient d’introduire des pratiques ascétiques mortifiant le corps, ce qui, leur fait remarquer l’apôtre, est tout à fait compatible avec une enflure totale de la chair. Mais, quant à lui, il accomplissait ce qui restait encore à souffrir des afflictions de Christ pour Son corps. Paul était avant tout serviteur de l’Assemblée dans un sens où les autres ne l’étaient pas. Sans doute, le mystère a été révélé par l’Esprit aux saints apôtres et prophètes, mais Dieu l’avait confié à Paul pour qu’il complète Sa parole.
Ce mystère longtemps caché mais maintenant manifesté comporte deux grandes parties. La première est que Christ doit être placé dans les cieux au-dessus de toutes principautés et autorités, tout l’univers Lui étant donné en tant que Chef sur l’héritage en vertu de la rédemption ; Lui-même est exalté comme Chef sur toutes choses dans les cieux et sur la terre, avec l’Église unie à Lui comme Son corps, et Lui donné ainsi comme Chef sur toutes choses à l’Assemblée. L’autre côté du mystère, c’est Christ dans les saints ici-bas, et de telle sorte que les Gentils (les nations) soient introduits avec la liberté la plus complète : « … ses saints, auxquels Dieu a voulu donner à connaître quelles sont les richesses de la gloire de ce mystère parmi les nations, c’est-à-dire Christ en vous l’espérance de la gloire » (v. 27). L’espérance de la gloire est l’espérance de toute la gloire qui découle de la place que Christ occupe maintenant dans le ciel à la droite de Dieu.
Dans les Éphésiens, l’apôtre insiste davantage sur le premier de ces aspects ; dans les Colossiens, sur le second. Aussi le sujet n’est-il pas ici notre position en Christ comme Chef sur toutes choses, mais Christ en nous, l’espérance de tout. Dans les deux cas toutefois, il y a contraste avec les choses juives. Le règne du Messie ici-bas sur Israël, les nations participant aussi à la joie, est l’objet d’une réelle attente enseignée par les prophètes de l’Ancien Testament. Dans ce verset 27, c’est Christ maintenant en nous, mais la gloire n’étant pas encore venue. Christ en nous est l’espérance de la gloire qui va bientôt venir lorsque nous serons glorifiés et que nous apparaîtrons avec Christ. Cet état de choses était tout à fait étranger aux espérances juives : Christ dans les cieux, les saints encore sur la terre attendant d’être avec Lui et entre temps Christ en eux l’espérance de la gloire, mais d’une gloire pas encore venue. Il n’y avait rien de semblable chez les anciens prophètes. Comment ceux-ci auraient-ils pu penser que Christ serait dans les cieux, et qu’un peuple y serait un avec Lui, combien moins encore que Christ serait en eux, Gentils ou non, dès ici-bas ?
Il est bon de peser l’expression : « compléter la parole de Dieu » (v. 25). Ce n’est pas la simple idée d’écrire un livre ; car Jacques, Pierre et Jean l’avaient fait et pourtant on ne pouvait pas dire d’eux qu’ils avaient « complété la parole de Dieu ». Ce n’était pas seulement exposer des vérités déjà connues, mais ajouter certaines portions qui n’étaient pas encore révélées. Même l’Apocalypse ne complète pas la Parole dans le même sens, car elle nous donne un développement plus complet de ce qui avait déjà été évoqué auparavant, apportant des révélations supplémentaires quant à la prophétie, mais tout cela n’était pas compléter la Parole de Dieu. Cette expression ne veut pas davantage dire que Paul a été le dernier des écrivains inspirés ; car même eût-il écrit avant les autres auteurs du Nouveau Testament, le fait serait demeuré vrai qu’il a complété la Parole de Dieu.
Il est dit de Christ qu’Il est en nous ici, non pas demeurant dans nos cœurs par la foi, mais réellement l’espérance de la gloire. L’espérance de la gloire est mise en contraste avec l’attente des Juifs que le Christ régnât sur eux en Palestine, introduisant une gloire manifestée. L’apôtre parle des saints comme maintenant sur la terre, Christ étant en eux l’espérance de la gloire qu’ils auront bientôt avec Lui en haut. C’est la vie de Christ en nous dans le plein déploiement de son caractère de résurrection. L’épître aux Colossiens ne va jamais au-delà.
On a remarqué qu’il n’est guère parlé du Saint Esprit dans cette épître. Dans leur état d’alors, introduire doctrinalement le Saint Esprit n’aurait pas été une bonne chose pour eux ; ils se seraient servis du Saint Esprit indépendamment de Christ, comme d’un objet propre à détourner les yeux de Christ. Une religion toute de formes fait grand cas du Saint Esprit, mais elle place le Saint Esprit dans le clergé, dont on fait le dispensateur de la bénédiction, en sorte que Christ est déshonoré. Mais, aussi, il y a des chrétiens qui n’ont point de formes du tout et qui par conséquent font grand cas du Saint Esprit, mais indépendamment de Christ. L’ancien sentiment légal s’était largement introduit à Colosses, aussi l’apôtre place-t-il devant eux la vérité des richesses de la gloire de ce mystère parmi les Gentils. Dieu n’a pas révélé ce mystère lorsque l’Église était à Jérusalem ; en fait il n’a été entièrement manifesté que parmi les Gentils. C’est-à-dire que son plein caractère céleste n’est véritablement connu que lorsque les Gentils sont au premier plan. C’est pourquoi Paul, l’apôtre des Gentils, est celui qui traite spécialement ce sujet. Le plein évangile n’est pas simplement le pardon, mais la délivrance, la liberté et l’union avec Christ en haut, en Esprit.
« Lequel nous annonçons, exhortant tout homme et enseignant tout homme en toute sagesse, afin que nous présentions tout homme parfait en Christ ». Parfait en Christ signifie qui a atteint sa pleine croissance. Un homme peut être très heureux, peut jouir du pardon de ses péchés, mais s’il n’a pas la connaissance de ce secret céleste (savoir, Christ dans les saints et la gloire céleste qui est liée à ce grand fait), il peut difficilement être qualifié de parfait en Christ. Ce « tout homme » est très frappant ici ; cette individualisation répétée est d’autant plus belle qu’elle est en rapport avec le corps. Les deux vérités sont singulièrement caractéristiques du christianisme, qui unit les choses les plus opposées d’une manière à nulle autre pareille. Dans le millénium, les individus n’auront pas une place aussi importante que maintenant ; il n’y aura pas non plus « le corps » sur la terre. Maintenant « celui qui a des oreilles » est là, comme aussi « ce que l’Esprit dit aux assemblées ». La plus riche place de bénédiction est donnée aussi bien à l’individu qu’à l’Église, le corps de Christ ; et à tous deux en plénitude. Dans les choses de la terre au contraire, lorsque le côté public et corporatif est fortement mis en relief, l’individu en pâtit, et vice-versa.
Le christianisme donne à chaque individu une valeur éternelle pour Dieu, et montre aussi la place de l’Assemblée, avec ce qui lui est propre : larges aspirations de l’âme, sacrifice de soi et recherche du bien de l’ensemble. Paul qui donne une telle place à l’Église dit significativement « tout homme ». « Exhortant tout homme et enseignant tout homme en toute sagesse, afin que nous présentions tout homme parfait en Christ ». « À quoi je travaille » se rapporte à un besoin. « Combattant selon son opération qui opère en moi avec puissance ». Des expressions fortes sont employées ici, pour montrer ce qu’il lui en coûtait. Tout cela suppose de grandes difficultés et le besoin d’une puissance entièrement au-delà de lui, confirmant la nécessité que Christ opère en tout. Et cela non seulement pour ceux qui avaient vu son visage, mais pour d’autres aussi, comme nous le voyons au chapitre 2, 1. Si l’apôtre aimait ceux qu’il avait vus, on ne voit chez lui ni oubli ni insensibilité à l’égard de ceux qu’il n’avait jamais rencontrés. C’était pour l’Église qu’il éprouvait ces sentiments, pour les saints comme tels, connus ou inconnus ; et plus que cela, il avait un grand combat pour eux à cause de leurs difficultés.