L’apôtre va maintenant montrer aux Colossiens le danger qui les guettait, mais il voulait d’abord qu’ils sachent quel combat il avait pour eux et pour ceux qui étaient à Laodicée, et pour tous ceux qui n’avaient point vu son visage en la chair et cela « afin que leurs cœurs soient consolés » (v. 1). Ils n’étaient pas heureux à ce moment-là ; ils étaient oppressés ; des nuages venaient obscurcir leurs pensées et leur faisaient perdre la clarté de vue qu’ils auraient eue « étant unis ensemble dans l’amour et pour toutes les richesses de la pleine certitude d’intelligence, pour la connaissance du mystère de Dieu, dans lequel sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la connaissance » (v. 2, 3). Des obstacles les empêchaient de saisir ce mystère. Le grand désir de l’apôtre était pourtant qu’ils le comprennent bien. On peut être un chrétien, discerner la grâce de Dieu en Christ, et cependant n’entrer que faiblement dans l’intelligence des conseils et des voies de Dieu. On peut ne jamais avoir été conduit à la connaissance complète de ce mystère. Or c’est dans ce mystère que se trouvent cachés « tous les trésors de la sagesse et de la connaissance ». Cela nous introduit dans une autre atmosphère en quelque sorte. Le manque de compréhension trahit souvent un empêchement moral. « Si ton œil est simple, ton corps tout entier sera plein de lumière ».
Certains esprits peuvent éprouver de la difficulté en présence d’une part des fortes expressions d’approbation qu’emploie l’apôtre lorsqu’il parle de la foi et de l’ordre des Colossiens, et d’autre part des avertissements solennels qui abondent dans cette épître. Il pourrait sembler, à première vue, difficile de concilier la fermeté de leur foi en Christ avec l’avertissement qui leur a été adressé : « Si du moins vous demeurez dans la foi, fondés et fermes ». Tout ce que nous avons à faire est de recevoir les deux. Cela prouve simplement que ni l’ordre ni la fermeté, si bénis soient-ils, ne peuvent garantir une âme qui accepte des pensées fausses et des principes corrompus, lesquels ne font que cacher, affaiblir ou abaisser la gloire de Christ. Ainsi cette contradiction apparente rend le danger plus manifeste et plus frappant. Pas plus leur ordre que la fermeté de leur foi en Christ (v. 5) ne constituaient un rempart efficace contre le mal qui les menaçait. L’apôtre sentait et voulait leur faire savoir que, malgré toutes les bénédictions dont ils jouissaient, s’ils admettaient les paroles par lesquelles d’autres tâchaient de les séduire, leurs âmes subiraient un préjudice et seraient affaiblies. Nulle âme, quelle que soit sa bénédiction passée ou présente ne peut se permettre de jouer avec ce qui porte atteinte à la personne ou à la gloire de Christ. Les Colossiens avaient été remarquablement favorisés, et l’apôtre se réjouissait en voyant leur ordre et la fermeté de leur foi en Christ ; pourtant dans le verset qui précède, il les met en garde « afin, dit-il, que personne ne vous séduise par des discours spécieux » (v. 4).
Ce qu’il place devant eux, c’est que, comme ils avaient reçu le Christ Jésus, le Seigneur, ils devaient marcher en Lui (v. 6), continuant comme ils avaient commencé. Ils avaient à être en garde contre des spéculations cachées sous un langage séduisant. Aussi, quoique absent du corps, l’apôtre ajoute qu’il était avec eux en esprit, se réjouissant et voyant leur ordre, etc. C’est pour cela même qu’ils devaient être avertis de ce qui risquait de ternir la gloire du Sauveur dans leur témoignage. Le plus beau fruit est le plus facilement endommagé. Les Colossiens perdaient ainsi pratiquement Christ. L’apôtre ne met pas le moins du monde en doute la bénédiction réelle dont ils avaient joui jusque-là. Au contraire, il la leur rappelle et leur dit de marcher en Christ « enracinés et édifiés en lui, et affermis dans la foi, selon que vous avez été enseignés » ; non point abattus à cause des dangers, mais « abondant en elle avec des actions de grâces » (v. 7). La tâche était sérieuse, il s’agissait de rejeter les discours persuasifs d’hommes pervers, discours qui, s’ils étaient reçus, les détourneraient imperceptiblement de Christ.
Quand nous nous reposons en Christ devant Dieu, nous pouvons comprendre et contempler de la manière la plus bénie, la manifestation de Lui-même en Christ. Il est très important de voir Christ non seulement dans Son œuvre de réconciliation, mais comme révélant le Père. « Personne ne vit jamais Dieu ; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, lui, l’a fait connaître ». Certes, le Saint Esprit exalte Christ, mais jamais le Fils n’est exalté pour ainsi dire aux dépens du Père, pas plus que le Père ne peut accepter d’être honoré là où le Fils est méprisé.
La chose importante pour les chrétiens est d’être vrais dans ce qu’ils croient et confessent, ou plutôt dans ce que Dieu a révélé comme objet de leur foi et de leur confession. Tout ce qui nous détourne de la grâce et de la vérité qui vinrent par Christ tend toujours à renverser Christ Lui-même. Jusqu’ici les Colossiens avaient été heureux et réellement fermes dans leur foi en Christ ; mais maintenant ils admettaient parmi eux des doctrines qui, si elles n’étaient pas extirpées, les éloigneraient infailliblement de Christ. C’est là que résidait pour eux le danger. On peut s’étonner de la rapidité et de la facilité avec lesquelles certains chrétiens sont prêts à accepter quelque chose de nouveau. L’apôtre fait ici allusion à ce qui semble avoir été introduit à Colosses : spéculations philosophiques d’une part, éléments judaïques d’autre part, si même ils n’étaient pas combinés.
Il n’était pas suffisant pour eux d’avoir Christ ; ils devaient marcher en Lui, enracinés et édifiés en Lui, affermis dans la foi et non pas entraînés par ces rêveries nouvelles, qu’elles fussent intellectuelles ou religieuses. Cette pensée que la philosophie peut être unie au christianisme afin de rendre la révélation divine plus attrayante pour des esprits sérieux et réfléchis, était, nous le voyons, une erreur qui a surgi de bonne heure. Selon ces personnes, on avait bien fait de commencer par prêcher simplement Christ ; mais maintenant qu’il n’était plus simplement question de quelques humbles Galiléens, pourquoi ne pas s’adresser aux grands et aux sages de la terre dont beaucoup étaient dégoûtés du paganisme et repoussés par le froid judaïsme ? Et alors, pourquoi ne pas les rencontrer, dans la mesure du possible, sur leur propre terrain ? Pourquoi ne pas greffer sur le christianisme quelques préceptes généraux d’Aristote, quelques pensées élevées de Platon ou, mieux encore, quelques beaux et nobles sentiments tels que Philon[2] les présente dans ses Essais bibliques ?
La philosophie est un grand poison pour le christianisme aujourd’hui comme alors. Tout le plan de la vérité et des voies de Dieu est effacé dans l’enseignement de la philosophie, ou il ne lui est laissé aucune place. On ne fait aucun cas de la création ni de la chute. On méconnaît la conscience, que l’homme a acquise par la chute. On ignore le péché et le jugement de Dieu à l’égard du péché. De sorte que la grâce de Dieu est également inconnue, de même que son fruit, l’expiation. Les rationalistes voudraient réduire la vérité divine à un simple ensemble de déductions tirées par les hommes. Mais la vérité n’est jamais une conclusion. Dès le moment où je tire une conclusion, je suis sur le terrain de la science. Le propre de la logique, qui n’est autre qu’une science naturelle, la servante, pourrait-on dire, de toutes les autres, est de soumettre les faits à elle-même ; mais qu’est-ce que cela a affaire avec la soumission à la vérité de Dieu ? La révélation peut se prononcer sur ce qui est dans l’homme, et elle nous donne les choses comme elles sont par rapport à Dieu ; elle ne nous montre pas seulement que telle ou telle chose doit être, ce qui relève du raisonnement humain ; la vérité nous révèle que cette chose est. Une âme simple pourrait avoir de la peine à comprendre ce qui doit être. Mais lorsque Dieu déclare que tel fait, ou telle personne, est, quiconque entend Son témoignage ne peut faire autrement que, ou de le recevoir, ou de le rejeter. D’où l’immense importance de la foi.
Les Colossiens commençaient à se laisser prendre à deux pièges — un esprit raisonneur, et certaines mortifications ascétiques du corps. L’un était en relation avec la philosophie, l’autre avait ses racines dans le judaïsme. C’étaient les deux grandes erreurs qui s’introduisaient alors, et ces croyants n’en apercevaient ni le véritable caractère ni la source. L’apôtre les avertit (v. 8) quoiqu’il vienne de leur dire qu’il se réjouissait de leur foi et de leur ordre. Quelle tristesse qu’ils glissent ainsi ! Mais ce n’est pas tout. Paul semble dire : Prenez garde à ce que vous faites en abandonnant ce qui a produit en vous de tels fruits, pour les belles promesses que vous font certains. Ils vous disent que ces pensées et ces voies nouvelles peuvent aller de pair avec Christ ; mais laissez-moi vous dire que vous embrassez et acceptez ce qui, tôt ou tard, vous frustrera de la vérité que vous professez maintenant. L’effet invariable en est le suivant : ceux qui ne sont pas réellement nés de Dieu reçoivent ces rêveries intérieures et ces formes extérieures à la place du christianisme, tandis que les vrais croyants sont sérieusement atteints et perdent leur joie en Christ et leur témoignage pour Lui. La première de ces erreurs convient aux esprits spéculatifs ; l’autre répond davantage à ceux qui ont une tournure d’esprit plus pratique. Il n’est alors pas étonnant que l’apôtre les exhorte à être « enracinés et édifiés dans le Christ Jésus, le Seigneur, et affermis dans la foi, selon — ajoute-t-il — que vous avez été enseignés, abondant en elle avec des actions de grâces ». Cette dernière expression mérite d’être bien pesée. Je suppose que leurs actions de grâce étaient en voie de s’affaiblir, car lorsque d’autres objets viennent prendre la place de Christ, tel est l’effet immédiat.
« Prenez garde que personne ne fasse de vous sa proie par la philosophie et par de vaines déceptions, selon l’enseignement des hommes, selon les éléments du monde, et non selon Christ » (v. 8). La terre donne des nuages et non de la lumière. L’homme promet et entreprend beaucoup, mais il ne peut en réalité donner rien d’autre que les illusions trompeuses du maître dont il est l’esclave. L’impérieuse nécessité de ces avertissements apparaît clairement. Les spéculations sur les origines ou sur l’éternité de la matière, par exemple, tant prisées par les Orientaux, les gnostiques, etc., pouvaient sembler ne pas être immédiatement dangereuses. Les gens sont assez prompts à dire : Notre philosophie est une chose, notre religion en est une autre. Ils pouvaient prétendre alors, comme on le fait encore aujourd’hui, que le monde doit avoir été fait à partir de quelque chose qui existait depuis toujours. Cela peut paraître plausible à certains esprits, mais pour le croyant ce raisonnement présente une grande lacune ; il ne tient aucun compte de Dieu et fait mentir Sa Parole. La matière devient l’élément principal devant l’esprit, et Dieu est mis au niveau de l’homme — un simple esprit actif, une puissance élaboratrice.
Combien les écrits du pêcheur galiléen qu’était Jean l’évangéliste, reprennent tous les rêveurs de cette sorte : « Toutes choses furent faites par elle (la Parole), et sans elle pas une seule chose ne fut faire de ce qui a été fait ». Avec quel à-propos l’erreur n’avait-elle pas déjà été dénoncée au chapitre 1, 16 de notre épître. « Car par lui ont été créées toutes choses, les choses qui sont dans les cieux et les choses qui sont sur la terre, les visibles et les invisibles, soit trônes, ou seigneuries, ou principautés, ou autorités : toutes choses ont été créées par lui et pour lui ». L’idée de l’éternité de la matière introduit d’emblée quelque chose qui est en dehors de Dieu, d’indépendant et d’antagoniste ; car telle était la déduction à laquelle on arrivait d’après l’état actuel du monde.
Puis ils raisonnaient sur les deux « principes premiers », l’un bon, l’autre mauvais. C’était là l’erreur si largement reçue par la philosophie païenne et surtout en Orient, intimement liée à elle, comme elle l’est encore. Il est évident que le principe de l’éternité de la matière, une fois admis, conduit à un abîme de fausseté et de mal moral ; et celui qui raisonne à partir de ce faux point de départ, s’expose à tomber d’autant plus vite dans les excès intérieurs ou extérieurs que signale l’apôtre. La foi rejette la philosophie, non seulement en tant que rivale mais même comme alliée ; la foi repose sur la Parole de Dieu seule ; elle reçoit cette Parole comme absolue et exclusive. Aussi l’apôtre avait-il la meilleure raison de les mettre en garde contre la philosophie et les vaines déceptions, « selon les éléments du monde et non selon Christ ». Procédant de l’homme, elles sont imprégnées de celui-ci et non de Christ ; elles conviennent au monde, non pas au ciel, ni à ceux qui appartiennent au ciel tout en étant encore sur la terre. « Car en lui habite toute la plénitude de la déité corporellement » (v. 9).
Rien ne donne une vue plus merveilleuse de Christ que cette vérité connue du croyant le plus simple, ou qui devrait l’être, même s’il est peu capable de l’expliquer. Rien n’est comparable. Là seulement nous avons la vérité. Nous connaissons Dieu maintenant, et comment ? Non pas en raisonnant, comme si nous pouvions ainsi parvenir à Le découvrir. Nous Le connaissons en Christ comme une personne vivante qui a vécu une fois corporellement dans ce monde, et qui a encore Son corps en dehors du monde, en haut où Il est maintenant. Nous savons par Dieu, par Sa Parole, que dans la personne de Christ « habite toute la plénitude de la déité corporellement », non pas seulement dans Son esprit, mais véritablement en Lui corporellement, bien qu’Il soit maintenant glorifié. Il eut un corps réel, véritable, dès Son incarnation ; mais Il avait toute la plénitude de la Déité habitant ainsi en Lui.
Et ce n’est pas tout ! L’apôtre ajoute : « Vous êtes accomplis en lui » (v. 10) ; ainsi, vous n’avez pas besoin de philosophie, même si elle devait contenir quelque chose de bon ; et encore moins puisqu’elle est positivement mauvaise. Ce qu’il nous faut, c’est jouir davantage de Christ et marcher davantage selon Lui — non pas grappiller d’autres choses chez l’homme, comme si elles pouvaient enrichir Christ, alors qu’elles ne font que corrompre la vérité. L’homme déchu est loin de Dieu et sous la puissance du diable. Voilà le fait qui rend ces notions humaines si fausses et si pernicieuses. Les principes philosophiques procèdent de la mort et ne peuvent produire que la mort. Dans tout le paganisme (et peut-être pourrait-on en dire autant de la chrétienté), il n’y a rien de plus mortel que la philosophie. Seulement elle est moins fallacieuse que la religion du monde. Elle semble raisonnable, et l’homme se laisse séduire par la beauté ou l’audace de la pensée, de l’imagination et du langage.
La foi détruit aussi bien la superstition que l’incrédulité par la vérité de Dieu, et cela par la révélation de Christ. La plénitude de la Déité n’a jamais habité dans le Père corporellement, ou dans le Saint Esprit, mais seulement en Christ. Il était le seul au sujet duquel cette merveilleuse réalité pouvait être affirmée. Toute la plénitude a habité et habite encore en Lui. « Le Père qui demeure en moi (a-t-Il dit alors qu’Il était ici-bas), c’est lui qui fait les œuvres » (Jean 14, 10). Et encore : « Si moi je chasse les démons par l’Esprit de Dieu, alors le royaume de Dieu est parvenu jusqu’à vous » (Matt. 12, 28). Nous avons ici non seulement le Fils, mais en Lui et par Lui les trois personnes de la déité agissant en grâce dans ce monde mauvais. Et la foi reçoit ce que l’Écriture dit au sujet de ce qui ne se voit pas et qui est éternel ; la foi agit selon la pensée révélée de Dieu quant au présent. L’incrédule refuse ce qui est au-dessus de lui et tire des conclusion à partir de ce qu’il ait ou ne sait pas ; mais Dieu mettra à néant et lui et ses déductions. Ce n’est pas simplement que toute la plénitude de la Déité demeure en Christ, mais nous sommes non pas cette plénitude, mais « accomplis » (ou : remplis) en Lui. Nous pouvons être, et sommes déclarés être, la plénitude de Christ (Éph. 1), mais jamais, évidemment, de la Déité.
Ainsi, nous sommes « accomplis en lui, qui est le chef de toute principauté et autorité, en qui aussi vous avez été circoncis d’une circoncision qui n’a pas été faite de main, dans le dépouillement du corps de la chair par la circoncision du Christ » (v. 10, 11). Cela est expressément en contraste avec l’ordonnance extérieure de la circoncision. C’est « le dépouillement du corps de la chair », non pas du corps « des péchés » de la chair, selon une traduction défectueuse. Le texte correct en fait une opération plus complète. Ce n’est pas une question de péchés, mais plutôt du péché dans la nature. L’expression « des péchés » serait difficilement en harmonie avec le but du passage ou de la phrase. Il ne fait pas allusion à l’acte littéral de circoncire, mais à la mort de Christ. Lorsque nous croyons en Christ, toute la valeur de Sa mort nous est imputée. Cela est appelé ici une circoncision qui n’a pas été faite de main, en contraste avec l’ancienne ordonnance. La signification et la pensée spirituelle de la circoncision est la mortification de la nature humaine, l’homme en tant que tel étant traité comme une chose morte. C’est la mort de Christ qui nous donne ce privilège. Quand nous Le recevons par la foi, nous sommes associés à Sa mort, et en recevons toute l’efficace qui en finit avec notre propre condition de ruine, appelée le « corps de la chair ». Cette circoncision annule toute autre qui, en aucun cas, n’ôterait notre état de péché en tant qu’homme dans la chair.
« Étant ensevelis avec lui dans le baptême, dans lequel aussi vous avez été ressuscités ensemble par la foi en l’opération de Dieu qui l’a ressuscité d’entre les morts » (v. 12). Ceci introduit non pas tant la gloire personnelle de Christ que Son œuvre. Le premier chapitre nous présente principalement Sa gloire personnelle ; et bien qu’il y soit parlé de Son œuvre, il s’agissait alors de la réconciliation de toutes choses, celle des saints en attendant que la gloire soit révélée. Le chapitre 2 place Son œuvre devant les saints. Je ne doute pas que la sagesse du Saint Esprit ne soit manifestée en cela ; nous avons d’abord Lui-même et Son œuvre en général, puis la valeur spécifique et le résultat de Son œuvre pour nous et en nous. Là, Sa suprématie est développée nettement d’une double manière ; ici est seulement mentionné le fait qu’Il est le chef de toute principauté et autorité, pour mettre l’accent sur le fait que nous sommes accomplis en Lui.
L’allusion à la circoncision est clairement liée à la mort de Christ — non pas à l’acte légal auquel Il s’est soumis ; il ne s’agit pas non plus de Sa personne, mais de Son œuvre dans son application à nous. Cela est pleinement confirmé par la déclaration que nous sommes ensevelis avec Lui dans le baptême, dans lequel aussi, dit-il, vous avez été ressuscités avec Lui. Le grand point est notre union avec Christ. Par Lui seul l’œuvre a été accomplie ; mais nous en avons le bénéfice lorsque nous croyons en Lui, et nous acquérons par grâce une position commune avec Lui. Ce n’est pas seulement en vertu de Sa personne, mais c’est Lui qui a accompli cette grande œuvre par laquelle nous avons une place en Lui et avec Lui. Le baptême, institution initiative du christianisme, présente cette immense bénédiction caractéristique du chrétien. Nous y reconnaissons que nous sommes, par la mort de Christ, morts à la condition dans laquelle nous vivions naturellement ; et maintenant nous sommes ressuscités avec Lui par la foi en l’opération de Dieu qui L’a ressuscité d’entre les morts. Nous avons été ainsi introduits dans un état nouveau (non pas, évidemment, encore quant à nos corps, mais quant à nos âmes). L’apôtre nous montrera bientôt l’application pratique tant de la mort que de la résurrection de Christ.
Bien que l’Esprit de Dieu révèle beaucoup de la puissance vivifiante de Christ dans cette épître, Il ne va jamais jusqu’aux conséquences ultimes ou les plus élevées de l’œuvre de Christ. Vivifiés ou ressuscités par Lui, ou plutôt ressuscités ensemble avec Lui est le point extrême que nous trouvons ici ; Il s’arrête là. De nouveau au chapitre 3, bien qu’Il dise : « Cherchez les choses qui sont en haut », Il ne dit pas que nous sommes là ; au contraire, Il considère les saints comme étant sur la terre, mais cherchant les choses qui sont en haut. Ainsi cette épître ne va jamais aussi loin que celle aux Éphésiens ; nulle part elle ne mentionne que nous sommes assis dans les lieux célestes. Comme nous l’avons vu, et cela apparaît clairement, le courant des communications de grâce a été interrompu ; il y avait un obstacle devant l’apôtre. Le Saint Esprit ne peut pas exposer librement aux saints ce qui concerne Christ alors qu’Il est obligé de leur montrer ce qui les concerne eux. Il s’arrête pour s’occuper de la vérité pratique, et la leur appliquer, ce qui n’est jamais le signe que les âmes sont vraiment en bon état ; car rien ne devrait venir arrêter l’épanchement de la grâce et de la vérité. Dans l’épître aux Éphésiens, au contraire, l’œuvre de Christ est présentée dans toute l’étendue de ses conséquences ; le bon état du saint est manifesté et des exhortations suivent pour qu’il marche à ce niveau.
Nous avons ici un exemple de la manière dont l’apôtre, après avoir introduit un principe général, s’adresse aux Colossiens pour ajouter : « Et vous, lorsque vous étiez morts dans vos fautes et dans l’incirconcision de votre chair, il vous a vivifiés ensemble avec lui, nous ayant pardonné toutes nos fautes » (v. 13) ; puis, au verset 16, Il s’écarte pour montrer combien l’œuvre de Dieu sépare expressément et complètement de la chair et de la loi — « Ayant effacé l’obligation qui était contre nous… ». Pourtant vous voulez de nouveau avoir des ordonnances ! Le seul effet de cette obligation doit être contre vous ; cela est exprimé très fortement, et l’apôtre le répète sous une double forme.
Ces saints de Colosses ne s’étaient pas égarés dans le légalisme au point de placer les chrétiens sous les dix commandements comme règle de vie. Même l’introduction d’ordonnances n’était pas aussi pernicieuse, car au moins tiraient-elles toute leur valeur de la vérité de Christ, caché sous ses figures et sous ses ombres. En revanche il n’y a rien de tel que de faire de la loi une règle de vie, pour éveiller l’esprit de propre justice dans celui qui a confiance en soi, et l’esprit de doute et de désespoir dans les âmes plus hésitantes ; c’est exactement l’opposé des voies de la grâce pour les uns comme pour les autres. L’apôtre affirme que même le seul fait d’introduire maintenant le principe des ordonnances implique le renoncement à la vérité fondamentale de la mort et de la résurrection (c’est-à-dire du christianisme), car elles supposent des hommes vivants dans le monde et non pas morts et ressuscités en Christ. Il se peut que ceux qui sont ainsi entraînés ne mesurent pas la portée de ce qu’ils font, mais l’Ennemi qui les induit en erreur le sait parfaitement. Agir ainsi c’est revenir à des manières de faire qui étaient propres à un temps préparatoire, retourner à la chair et au monde, et c’est en fait abandonner les privilèges glorieux de Christ.
L’apôtre ne s’attarde pas ici, comme dans l’épître aux Galates, sur les conséquences, à savoir que si nous nous plaçons à quelque degré que ce soit sous la loi nous sommes tenus d’accomplir celle-ci tout entière. Mais il montre que c’est renier Christ tel que nous Le connaissons que de consentir à retourner à la loi, sous n’importe quelle forme, ordonnances ou autres. C’est aussi insensé que si des adultes se faisaient un mérite de retourner aux disciplines de leur enfance, à la verge, aussi bien qu’à l’alphabet ou à des jouets pour récompense !
Il est évident que dans la manière d’agir des hommes aux penchants philosophiques, le rite de la circoncision pouvait avoir une portée beaucoup plus spirituelle que ce que n’importe qui aurait pu tirer de la loi comme règle de vie. Car ils pouvaient prétendre, comme on l’a dit, que la circoncision n’était imposée que comme emblème de ce que nous avons en Christ, un signe ancien et divin, extérieur bien entendu, de grâce spirituelle. Mais le pas était fatal ; car s’ils admettaient ce signe, c’était un retour aux ombres, alors que la substance (« le corps ») était venue ; c’était aussi un abandon de la grâce pour revenir au principe de la loi. Certes les pères avaient la circoncision, avant Moïse ; elle était alors spécialement liée à la promesse. Pourtant, bien qu’à l’origine elle ait existé avant que la responsabilité de la nation envers la loi ait été engagée à Sinaï, la circoncision a été par la suite si intimement liée à la loi qu’on ne peut séparer l’une de l’autre. Recevez la circoncision maintenant, et vous aurez beau ne pas vous placer vous-même sous la loi, c’est elle qui vous placera sous tout son système et vous séparera en principe de Christ comme Tête céleste, exalté après avoir accompli la rédemption.
Ainsi, s’il y avait une ordonnance qui, plus que toute autre, pouvait symboliser la promesse et la grâce, c’était bien la circoncision ; pourtant l’apôtre est si catégorique, qu’il dit aux Galates que l’admettre, c’était se placer sous l’obligation d’accomplir toute la loi. Dans l’épître aux Colossiens, il va plus loin ; il montre comment cela contredit et met de côté l’œuvre de Christ ainsi que la place d’association avec Lui dans laquelle cette œuvre nous introduit devant Dieu. C’est pourquoi il donne à connaître ici quelle sorte de circoncision nous avons déjà en tant que chrétiens ; il s’agit d’une opération divine et non pas humaine : « En qui aussi vous avez été circoncis d’une circoncision qui n’a pas été faite de main, dans le dépouillement du corps de la chair… ensevelis avec lui dans le baptême, dans lequel aussi vous avez été ressuscités ensemble » (v. 11).
Dans l’épître aux Galates, la loi est considérée par rapport à la justification ; dans l’épître aux Colossiens, à Christ ressuscité d’entre les morts et élevé dans les cieux. Christ, de toute manière, est dans les cieux ; et bien que nous n’y soyons pas vus en Lui, Son exaltation à la droite de Dieu décide réellement de notre place comme morts avec Lui et ressuscités avec Lui. La soumission aux ordonnances est la négation de toutes ces immenses et riches bénédictions ; car se peut-il que Christ ait affaire avec la loi maintenant ? Et c’est avec Christ tel qu’Il est, non pas tel qu’Il était sous la loi, que nous sommes associés.
Dans l’épître aux Hébreux, nous avons autre chose ; ce n’est pas notre mort et notre résurrection avec Christ, mais Christ paraissant maintenant dans la présence de Dieu pour nous en gloire, en vertu de la perfection de Son œuvre, de Sa seule offrande qui a ôté pour toujours le péché. Il est là à la droite de Dieu, parce qu’Il a fait par Lui-même la purification de nos péchés. La loi, comme code ou système pour nous, est incompatible avec la place de Christ dans la gloire comme manifestation éclatante de notre triomphe par la grâce de Dieu ; et c’est ainsi que le chrétien regarde à Christ. Nous ne trouvons pas, il est vrai, dans l’épître aux Hébreux, notre association avec Christ mort ou ressuscité ; nous y avons encore moins la présentation de notre union avec Lui en haut ; pas davantage la justification, comme dans les épîtres aux Romains et aux Galates, mais la valeur de Son œuvre mesurée par Sa position dans le ciel brille dans cette épître avec un éclat particulier. Toute adjonction d’ordonnances se révèle alors être un démenti à Son œuvre et à la gloire qu’Il a dans les cieux, et risque de conduire à l’apostasie.
Ensuite, dès le verset 13, l’apôtre s’applique à placer devant les saints de Colosses leur condition autrefois sans Christ et maintenant avec Christ. « Et vous, lorsque vous étiez morts dans vos fautes… il vous a vivifiés ensemble avec lui, nous ayant pardonné toutes nos fautes ». La vie même que nous avons reçue comme croyants est le signe que nos fautes sont ôtées. Que Dieu nous ait vivifiés de la vie de Christ, implique qu’Il nous a pardonné toutes nos fautes. Il est impossible que la vie de Christ mort et ressuscité ait quelque chose contre elle. Tout était contre le croyant autrefois ; mais la possession de la vie dans un Sauveur ressuscité atteste nécessairement qu’à celui qui croit, tout est pardonné avec justice. C’est une manière remarquable d’exposer le sujet ; vous trouverez difficilement un cas exactement parallèle à celui-ci dans toute autre partie des Écritures.
En général, comme nous ne le savons que trop bien, on a recours aux ordonnances pour parer aux manquements, pour aiguiser l’appétit spirituel, etc. Ce n’est jamais, dans la chrétienté, le rejet ouvert ou méprisant de Christ, mais l’adjonction de compléments pour « aider » la foi ou les sentiments, à côté de Christ. C’est précisément ce que l’apôtre déclare être si mauvais et si opposé à la foi. « Ayant effacé l’obligation qui était contre nous »… remarquez : non pas contre vous, mais contre nous. Lorsque l’apôtre en vient à parler de l’opération de la loi, il ne dit pas « vous », mais « nous » ; de même encore : « qui nous était contraire, et il l’a ôtée en la clouant à la croix ». Le fait est que les saints de Colosses, étant des Gentils, n’avaient jamais, en aucune manière, été sous la loi ; aussi ne dit-il pas : « vous » ; mais lorsque, juste auparavant, il a parlé des péchés, il dit : « vous » ; « et vous, lorsque vous étiez morts dans vos fautes », etc. Cela rend la distinction très frappante. Au verset 13, nous trouvons « vous », parce que cela s’applique maintenant à tout pécheur, Juif ou Gentil ; tandis que c’est « nous » au verset 14, parce que seuls les Juifs, à strictement parler, étaient sous la loi. L’allusion à l’obligation est également très remarquable ; car les Gentils ne s’étaient jamais engagés, tandis que les Juifs avaient affirmé : « Tout ce que l’Éternel a dit, nous le ferons » et il avait alors été fait aspersion du sang sur eux, comme sceau de l’alliance légale qu’ils avaient signée, sous peine de mort.
L’apôtre déclare que cette alliance légale leur était contraire et n’introduisait, comme nous le savons, que la condamnation, les ténèbres et la mort. Qu’est-ce que Christ a fait à l’égard de cette obligation ? Il l’a effacée, enlevée du chemin. Voulez-vous, comme les Colossiens, l’introduire à nouveau ? Christ l’a clouée à la croix — expression d’un triomphe entier sur ce qui nous condamnait. « Ayant dépouillé les principautés et les autorités, il les a produites en public, triomphant d’elles en la croix ».
Il est très intéressant de considérer la manière dont la puissance du mal est envisagée en rapport avec la place où nous nous trouvons. Lorsque l’Église apparaît, il n’est pas tellement question de la puissance de Satan sur la terre (c’était la façon dont les Juifs l’éprouvaient principalement) ; mais nous avons la révélation spéciale qu’il est le chef de l’autorité de l’air et que les mauvais esprits sont dans les lieux célestes (Éph. 2 et 6). Cela n’est pas du tout en contradiction avec ce que nous avons dans l’Ancien Testament ! Seulement maintenant, nous en avons une manifestation plus complète et la révélation de la position dans laquelle ces esprits se trouvent comme opposés au chrétien. En Apocalypse 12, nous les voyons (le dragon et ses anges) précipités du ciel. Ils voulaient rester dans les lieux célestes ; ils voulaient entraver l’Église et déshonorer Dieu dans Ses saints, afin d’avoir, en quelque sorte, un juste droit sur eux. Il leur était intolérable que des êtres qui s’étaient mal conduits sur la terre, soient finalement avec le Fils de Dieu, dans les lieux célestes.
Hélas ! combien de ceux qui se réclament ici-bas de la race même que la grâce de Dieu distingue d’une telle manière trahissent qu’en fait ils sont de leur père, le diable, par leur amour de la fausseté ou par leur haine de la grâce et de la vérité de Dieu. Ici, nous avons l’effet de l’œuvre de Christ sur ces puissances — Il les a produites en public, triomphant d’elles en la croix. Ce n’est pas une note de triomphe aussi élevée qu’en Éphésiens 4, où il est dit que Christ a emmené captive la captivité : les puissances qui menaient les croyants en captivité ont été elles-mêmes vaincues. La raison en est évidente. Dans l’épître aux Éphésiens, c’était en relation avec le fait que Christ est monté en haut. Ici nous apprenons ce qui a été fait sur la croix, la puissance de la croix ; mais là, c’est la manifestation publique de la victoire, Christ étant monté en haut. La grande bataille était gagnée. Christ avait pour toujours défait les puissances de méchanceté en faveur de Ses cohéritiers. Ce fait d’être monté en haut et d’avoir emmené captive la captivité est le témoignage que ces puissances sont sans pouvoir contre le chrétien. Le langage est toujours adapté au point de vue que prend le Saint Esprit — qu’il s’agisse de la terre ou du ciel, d’Israël ou de l’Église. Plus encore, il dépend de la manière dont les saints sont considérés, comme aussi du lieu où ils se trouvent. S’ils sont vus comme étant dans le désert, l’Esprit emploie un style et des images différents. Satan est appelé un « lion rugissant », ce qui convient au désert ; et ainsi, ce n’est pas de cette façon qu’il est parlé de lui dans l’épître aux Éphésiens, mais bien en 1 Pierre.
Nous arrivons maintenant à l’application pratique que l’apôtre fait de ce qui précède. « Que personne donc ne vous juge en ce qui concerne le manger ou le boire, ou à propos d’un jour de fête ou de nouvelle lune, ou de sabbats, qui sont une ombre des choses à venir ; mais le corps est du Christ » (v. 16, 17). Un chrétien qui connaît la victoire de Christ pour nous n’aurait certainement pas l’idée de retourner à ces formes élémentaires. Tenez ferme votre place actuelle en Christ, agissez en conformité avec elle. Quant au manger ou au boire ou aux ordonnances relatives à l’année, au mois et à la semaine (et l’apôtre prend un soin particulier à ne pas parler seulement de jour de fête ou de nouvelle lune, mais de sabbats) souvenez-vous que ces choses ne font que préfigurer le corps ou la substance qui ne se trouve réellement qu’en Christ seul. En fait, ces temps et saisons indiquent avant tout ce que Dieu donnera bientôt à Son peuple. La nouvelle lune était un type remarquable d’Israël renouvelé après avoir disparu, de même que le sabbat préfigurait le repos dont Dieu jouira encore et qu’Il partagera avec les siens. Toutefois, qu’il s’agisse des sacrifices de prospérités, des libations ou des fêtes en général, tout cela est l’ombre des choses à venir ; mais le corps est du Christ. Cela, nous le possédons. Le Juif avait l’ombre, et il aura bientôt, par la grâce de Dieu, les choses à venir sous la nouvelle alliance. À nous est donnée « la substance » de Christ maintenant déjà. Il est ici question des solennités juives, et le jour du Seigneur n’a rien affaire avec le judaïsme ; il n’est pas seulement en dehors de ce système, mais en contraste avec lui.
Le jour du Seigneur est aussi distinctement une institution chrétienne que la cène du Seigneur ; le Juif n’a affaire avec aucun des deux. Il est très important de voir que Dieu a honoré ce jour de résurrection et de grâce. Lorsque les hommes sont radicalement relâchés ou qu’ils commencent à s’écarter du Seigneur, un des premiers symptômes est l’indifférence quant à ce jour. Nous devrions avoir des consciences exercées à son sujet, non seulement pour nous-mêmes, mais aussi envers ceux qui dépendent de nous soit dans nos maisons, soit au-dehors. Il est de toute importance que le sentiment de liberté et de grâce qui nous convient ne prenne pas même l’apparence de relâchement ou d’égoïsme.
Il n’est pas dit exactement que le corps est Christ mais « du Christ » ; on trouve ailleurs que « le Seigneur est l’esprit ». « Le corps » est employé en contraste avec l’« ombre ». Il n’y a pas de substance dans une ombre[3], mais nous avons le corps qui est du Christ. La double pensée est que si la substance est de Lui, Lui est l’esprit de tout.
Le verset 16 s’occupe principalement d’un caractère judaïsant du mal. Le verset 18 va plus loin et montre une espèce d’intrusion dans ce qui est invisible, non pas tellement l’usage ou l’abus religieux des choses qui se voient — ce qui était le piège juif — mais le contact avec la philosophie, spécialement celle des Orientaux. Il y avait une grande apparence d’humilité en tout cela, comme c’est souvent le cas dans les systèmes faux. Le culte des anges paraissait d’autant plus légitime qu’on n’employait pas à leur égard les termes réservés au culte divin. Mais quelle qu’en soit la forme, l’apôtre en parle sévèrement : « Que personne ne vous frustre du prix du combat, faisant sa volonté propre dans l’humilité et le culte des anges, s’ingérant dans les choses qu’il n’a pas vues, enflé d’un vain orgueil par les pensées de la chair ». Les Orientaux se livraient à d’innombrables spéculations sur les anges. Il est vrai que ces êtres existent ; mais c’est le fait de s’ingérer dans de tels sujets qui est si mauvais. Ils ont affaire avec nous, mais non pas nous avec eux : notre relation est avec Dieu. Il semblait raisonnable de déduire que si les anges avaient affaire avec nous, nous devions avoir affaire avec eux ; et puisque eux avaient affaire directement avec Dieu, pourquoi n’aurions-nous pas recours à eux dans nos rapports avec Lui ? Ce n’était pas une pensée illogique : qu’est-ce donc qui en fait une erreur si grave ?
C’est la mise de côté de Christ qui est le Chef de tout et par conséquent qui est au-dessus des anges. Christ est Celui qui détermine notre relation devant Dieu ; et pour tous nos besoins par rapport à Dieu, nous avons Christ, le grand souverain sacrificateur. Ainsi, mettre les anges à cette place est un double déshonneur fait à Christ. Celui qui s’adonnait à de telles spéculations était « enflé d’un vain orgueil par les pensées de sa chair ». Se livrer à ces pensées pouvait paraître une bonne chose, toutefois cela portait préjudice non seulement à la jouissance que l’âme avait de Christ, mais aussi à Sa nature et à Sa gloire. « Et ne tenant pas ferme le chef, duquel tout le corps, alimenté et bien uni ensemble par des jointures et des liens, croît de l’accroissement de Dieu » (v. 19).
C’étaient de faux docteurs qui privaient ainsi les saints de leur bénédiction. De tels hommes cherchent toujours instinctivement à s’insinuer parmi les enfants de Dieu, que leur simplicité sans méfiance expose à être entraînés par eux. Le culte des anges était l’une des formes où le mal se laissait apercevoir et manifestait son caractère de mensonge. Le Saint Esprit est venu ici-bas pour glorifier Christ, non pas les anges. Quiconque allait au-delà de ce que dit l’Écriture, à la recherche des anges, ne tenait certainement pas ferme le Chef. L’allusion faite ici à l’édification n’est pas du tout la même que dans l’épître aux Éphésiens où l’apôtre développe abondamment le sujet et montre les dons spirituels dans leurs formes principales, du plus élevé au moindre, dons par lesquels le corps produit l’édification de lui-même en amour. Si donc des âmes se rassemblaient d’une manière très simple, cela pouvait néanmoins être pour l’édification. Dans l’épître aux Colossiens tout est présenté ensemble, et non pas développé et spécifié comme dans l’épître aux Éphésiens.
Si des croyants ont été conduits par Dieu dans le lieu où la seigneurie de Christ (et je puis ajouter la présence du Saint Esprit) est reconnue et mise en pratique, comment attendraient-ils la moindre bénédiction de ceux qui ne voient ni ne reconnaissent cette seigneurie ? Ces vérités sont fondamentales pour l’Église, le ministère, etc. Nous devons nous en tenir à la volonté de Dieu ; or Dieu a Sa volonté précise quant à tout cela, et Sa sagesse et Ses voies propres devraient avoir de la valeur à nos yeux. Ici, il nous est parlé de jointures et de liens — les divers moyens dont Christ se sert pour la bénédiction spirituelle et le profit des siens. Ils permettent au corps de mieux opérer, resserrent les saints autour de Christ, et pour Sa gloire. Il est bon de chercher à porter la bénédiction à d’autres ; mais, pour les saints, la chose fondamentale est la puissance d’assembler à Christ Lui-même. Non pas simplement d’envoyer des serviteurs, mais d’assembler à Christ comme Seigneur là où se fait sentir le besoin de puissance spirituelle pour tenir ferme ensemble. C’est là croître « de l’accroissement de Dieu ». Il y a alors élargissement, réconfort et consolation. La puissance qui est déployée ne l’est pas seulement dans des conversions, mais elle opère intérieurement en bénédiction positive et en jugement de soi.
Nous avons ici, spirituellement, l’application de ces deux grandes vérités : la mort et la résurrection de Christ. Elles avaient déjà été placées ensemble au verset 12 : « Étant ensevelis avec lui dans le baptême, dans lequel aussi vous avez été ressuscités ensemble ». « Et vous, lorsque vous étiez morts dans vos fautes… il vous a vivifiés ensemble avec lui » (v. 13). Maintenant, dans les versets 20 à 23, nous avons les conséquences de notre mort avec Christ, de même qu’au chapitre 3 à partir du premier verset, nous avons la signification de la résurrection de Christ — ce qu’elle assure et ce à quoi le Saint Esprit nous appelle en tant que ressuscités ainsi avec Christ.
Notre mort avec Christ n’est pas mentionnée ici pour rappeler que nous sommes rachetés. À ce point de vue, c’est le sang de Christ qui est toujours mis en avant. Non pas que le pardon de toutes les fautes soit omis, mais la mort de Christ et notre association avec Lui vont beaucoup plus loin ici et nous introduisent dans une tout autre ligne de la vérité. Nous pourrions avoir compris l’offrande de Son corps et l’effusion de Son sang sans qu’il ait été question de mort avec Lui. Notre mort avec Christ sert ici de fondement au fait qu’en ce qui concerne les choses de Dieu, nous n’avons plus rien affaire avec la nature ni avec le monde. Le principe même de la religion du monde nie la mort avec Christ ; elle ne voit pas, ni ne veut admettre, la ruine totale de l’homme tel qu’il est. Ce que le monde recherche dans une religion, c’est ce qui conviendra à tous, dans quelque condition que ce soit. La sagesse humaine pourvoit, et pour chacun, à toutes les pratiques religieuses convenant à la population entière d’un pays. Ainsi, tous les gens honorables, tous ceux dont la conduite n’est pas scandaleuse sont traités en adorateurs ; ils pratiquent une religion adaptée à leurs pensées au sujet d’eux-mêmes et au sujet de Dieu, étant principalement occupés de ce que l’homme cherche à faire pour Dieu. C’est un mélange de paganisme et de formes judaïques, qui trouve son aliment dans certaines abstinences, lesquelles tiennent lieu de sainteté. Comme il ne peut y avoir aucune jouissance positive de Christ, le côté négatif doit être la caractéristique essentielle.
Dieu avait incorporé ces mêmes éléments dans le judaïsme, qui était une religion de la chair avec un sanctuaire terrestre. Il a Lui-même, pour ainsi dire, fait l’expérience d’un vaste système de restrictions, ce qui est le seul plan que l’homme puisse concevoir pour être saint au Seigneur. Ainsi trouvons-nous dans la loi lévitique, l’épreuve de cette sorte de culte, faite par Dieu dans les meilleures conditions possibles. À côté des restrictions d’ordre moral imposées à la volonté de l’homme par les dix commandements, certains aliments étaient interdits. Les enfants d’Israël ne devaient pas même toucher certains objets déclarés impurs. Tout cela avait affaire avec l’homme dans la chair, bien que, je n’en doute pas, toute ordonnance dans le système juif comportât une profonde signification en tant qu’ombre des choses meilleures en Christ ; de précieuses vérités étaient toujours cachées sous ces formes et ces cérémonies. La lettre tue (c’est-à-dire, la simple enveloppe extérieure du système), mais l’Esprit vivifie, partout où se trouve la foi pour s’emparer de la portée spirituelle.
Maintenant, si nous sommes « morts avec Christ », comment s’appliquent pour nous les : « Ne prends pas, ne goûte pas, ne touche pas » ? De telles injonctions disparaissent complètement, parce que si je suis déjà et réellement mort avec Christ, je suis en dehors de cette sorte de langage et d’idées. Vous pourriez aussi bien exhorter un homme mort quant à ce qu’il aurait dû faire ou ne pas faire. L’ancien système religieux pour l’homme dans la chair est entièrement mis de côté pour le chrétien ; un tel système contredit en effet le fondement sur lequel le chrétien se tient, et contredit son propre baptême. En Christ, le chrétien est mort au monde. Aussi, un chrétien qui se compromet avec la religion du monde, perd-il invariablement le sentiment de sa mort avec Christ, ainsi que celui du jugement véritable du monde et de l’homme. Recourir à la loi est le seul moyen par lequel il est possible au monde de prendre un caractère religieux, comme nous le voyons dans tout système dit national, et en fait dans tout effort de se faire agréer par l’homme comme tel. Ce n’est rien d’autre qu’abandonner Christ mort et ressuscité, même si telle n’est pas l’intention.
L’apôtre semble faire allusion ici au système général de restrictions humaines en matière religieuse, plutôt qu’à quelque portion particulière de l’Ancien Testament. Lorsqu’un homme meurt, il laisse derrière lui ses biens, son rang, son confort, sa réputation, son énergie, ce qui constituait sa raison de vivre. C’est ce que fait d’emblée le chrétien, en vertu de la mort et de la résurrection de Christ : grande vérité selon laquelle il est appelé à agir pendant qu’il est encore sur la terre. En Christ, il est maintenant mort au monde. Beaucoup de chrétiens ignorent totalement cette vérité, soit en tant que privilège dont ils peuvent jouir, soit en tant que réalité à pratiquer. Pour eux la pensée d’être mort et ressuscité avec Christ n’est que pur mysticisme, et ils s’estiment trop humbles et respectueux pour la considérer ou la penser ! Permettez-moi d’ajouter qu’avoir la vie en Christ n’est pas la même chose, car cela était assurément vrai des croyants avant qu’il y eût ou pût y avoir une position telle qu’être mort et ressuscité avec Christ. Voilà le grand changement que la mort et la résurrection de Christ ont introduit.
Il est ainsi évident qu’être mort avec Christ fait sortir une personne non seulement du monde, en esprit, mais de tout le système de sa religion. « Si vous êtes morts avec Christ aux éléments du monde, pourquoi, comme si vous étiez encore en vie dans le monde, établissez-vous des ordonnances ? ». Telle avait été la condition des hommes, dans la position la meilleure, avant Christ. Ils en étaient pour ainsi dire, à l’alphabet ; les anciens rudiments ou éléments avaient eu leur place et avaient été mis à l’épreuve, mais maintenant, le Fils de Dieu étant venu et nous ayant révélé Celui qui est vrai, c’est la substance et la plénitude de la vérité que nous connaissons en connaissant Christ. L’œuvre de Christ reçue par la foi qualifie maintenant le croyant pour cette place où les choses vieilles sont passées et toutes choses faites nouvelles. « Pourquoi, comme si vous étiez encore en vie dans le monde », est une expression des plus remarquables. Elle montre que nous ne sommes pas fidèles à notre position, ni à Christ, si nous nous comportons comme des hommes vivants dans le monde. Nous avons une vie nouvelle, la vie de Celui qui est mort et ressuscité ; et cela nous a introduits maintenant dans la condition de mort à tout ce qui est du monde. Ainsi, quant à la religion du monde, le chrétien en a, en principe, aussi réellement fini avec elle que Christ Lui-même après Sa mort. Notre Seigneur, depuis Sa croix, a-t-Il eu affaire avec les jeûnes et les fêtes des Juifs ? En aucune manière ; et nous, j’entends les vrais chrétiens, ne le devons pas non plus. Le temps du support pour les Juifs devenus chrétiens a pris fin depuis longtemps ; il n’y a plus aujourd’hui la moindre excuse pour la chrétienté.
J’admets que la grande masse des chrétiens ne veut rien entendre d’une telle rupture avec le monde ; et ainsi ceux qui voient en elle une vérité fondamentale du christianisme sont sérieusement mis à l’épreuve. Ont-ils, en grâce, accepté à cause de Lui d’être traités de fanatiques, de fous, d’orgueilleux, de durs, d’étroits, remettant ces calomnies et d’autres encore à Celui qui les aime et qui connaît la fin dès le commencement ? Revenir aux éléments du monde est, redisons-le, en contradiction pratique évidente avec notre mort avec Christ.
Les Colossiens étaient en danger de tomber dans ce piège. Ils ne voyaient pas pourquoi, comme chrétiens, ils devraient abandonner ce qui semblait assez largement pratiqué parmi les Juifs ou les Gentils. Ils désiraient tenir ferme la vérité de Christ, mais conserver ou adopter en même temps des formes religieuses qui avaient été observées autrefois. Non, dit l’apôtre, c’est Christ et rien que Christ qui est tout notre bien ; nous n’avons besoin de rien d’autre. Christ est tout. Rien n’est aussi exclusif que Christ et Sa croix, et pourtant qu’y a-t-il d’aussi grand ? « En Lui habite toute la plénitude de la déité corporellement ». Mais Il a été rejeté. Dès lors les formes et les principes judaïques ont perdu toute leur ancienne valeur.
Dans l’épître aux Galates, l’apôtre emploie un langage encore plus fort. Il accuse ceux qui observeraient des jours, des mois, des temps, des années, de retourner au paganisme. « Mais alors, ne connaissant pas Dieu, vous étiez asservis à ceux qui, par leur nature, ne sont pas dieux » (c’était leur ancienne condition en tant que Gentils), « mais maintenant, ayant connu Dieu… comment retournez-vous de nouveau aux faibles et misérables éléments auxquels vous voulez encore derechef être asservis ? ». Les Galates pensaient qu’emprunter à la loi améliorait la simplicité première de l’évangile. Combien peu ils s’attendaient au reproche apostolique, qu’il est aussi mauvais pour les chrétiens d’adopter des éléments judaïques que de retourner à l’idolâtrie ! En fait, il est démontré désormais que c’est le même principe ; telle est la lumière dans laquelle la croix de Christ place ces éléments du monde. Avant peu, on verra un étrange amalgame non seulement entre les églises ainsi nommées, mais entre la chrétienté et le judaïsme. Déjà la perte des biens temporels du « Saint Siège » n’est pas un fait négligeable dans la chaîne des événements[4]. Dans l’avenir, au moment déterminé, Rome sera abandonnée à la Bête[5] qui y déploiera sa puissance, Jérusalem devenant le centre de la religion vers laquelle la chrétienté se tournera. Il n’y aura pas seulement de l’idolâtrie, mais l’abomination de la désolation ; l’homme de péché sera établi et adoré en son temps. Tout travaille en vue d’un mal pire que le romanisme lui-même.
Mais si la fin doit être telle, la tendance largement répandue est déjà de « vivre dans le monde » ; cela signifie que le cœur est ici-bas, que l’on s’est installé dans la religion du monde. Un chrétien, au contraire, est quelqu’un qui appartient au ciel. C’est ce qu’on renie pratiquement, et notamment le fait d’être mort avec Christ, si l’on accepte ces éléments judaïques. La seule manière sûre de juger de toute chose est d’introduire Christ. La question ici est : Quelle est la position de Christ quant à la religion du monde ? Lorsqu’Il vivait ici-bas, Il allait sans doute au temple, reconnaissant et pratiquant la loi (bien qu’Il fût réellement le Fils unique du Père) car Dieu la reconnaissait ; Il n’avait pas encore abandonné Israël, l’homme, la terre, toutes les choses d’ici-bas. Mais où est Christ maintenant et comment y est-Il allé ? Encore une fois, on ne peut avoir et garder la vérité sans la pratiquer ; et Dieu ne veut pas que nous la possédions autrement. Il donne un témoignage ; la lumière brille ; mais la vérité ne remplit une âme que si elle agit sur elle ; sinon la lumière qui est à l’intérieur devient ténèbres, et alors combien grandes sont ces ténèbres ! Peut-on hésiter à qualifier de profondément malhonnête un homme qui après avoir professé comprendre ce que c’est qu’être mort avec Christ persisterait néanmoins dans la religion du monde ? C’est plus qu’un manque d’intelligence. Qu’y a-t-il de plus solennel que de sacrifier la personne de Christ ? Ceux qui paraissent avoir la vérité, mais refusent de s’y conformer, deviendront bientôt les ennemis de cette vérité qu’ils ne suivent pas.
La religion du monde a affaire avec cette création ; elle appartient à ces choses dont on peut dire : « Ne prends pas, ne goûte pas, ne touche pas ». Prenez le principe des édifices consacrés, des lieux saints, des objets sacrés, toutes choses destinées à périr par l’usage ; elles sont toutes en rapport avec le monde ; et la chair est capable d’y trouver satisfaction. Dire que le lieu et la manière d’adorer Dieu importent peu est aussi mauvais que quelque mal que ce soit. Rien n’est pire que l’indifférence dans les choses de Dieu ; ceux qui sont ainsi négligents en ce qui concerne Dieu ne manquent généralement pas de vigilance quant à ce qui les concerne eux-mêmes. Je parle naturellement des faits généraux, non des individus. Si nous ne nous savions pas associés à Christ mort et ressuscité, notre culte ne serait qu’une espèce d’accommodation du judaïsme, qui était la religion d’un peuple « en vie dans le monde ».
Maintenant, au contraire, toutes ces choses sont entièrement jugées dans la croix comme étant inimitié contre Dieu ; et les chrétiens sont appelés à ne rien avoir affaire avec elles. Il y a une bénédiction merveilleuse à réaliser la place où nous met la mort de Christ. Elle en a entièrement fini avec tout ce qui est « en vie dans le monde », avec tout ce qui a de la valeur aux yeux des gens du monde. Vivre dans le monde (religieusement parlant), revêt deux grandes formes, l’une superstitieuse, l’autre séculière, le « moi » étant nécessairement à la base des deux. Être mort avec Christ nous délivre des deux. On voit dans des églises issues pourtant de la Réforme la forme séculière en matière de religion ; leur seule idée est d’être confortablement établies même dans la dévotion. La pensée d’adorer Dieu a disparu. On n’a aucune notion de ce que c’est que d’être mort avec Christ. Un danger plus grand peut-être se trouve dans l’autre forme, la superstition, parce qu’elle a une belle apparence d’humilité, de piété et de révérence. Mais ceux qui sont vraiment et d’une manière si merveilleuse délivrés par la mort et la résurrection avec Christ ont à éviter tout reproche de légèreté et de négligence. Se comporter d’une manière inconvenante n’est nulle part plus affligeant que là où la position chrétienne est connue et où l’on se place sur le terrain de l’Église de Dieu.
L’apôtre nous donne ensuite un échantillon de ce que sont ces ordonnances. Ce n’est pas la puissance de l’Esprit de Dieu révélant les choses de Christ, mais une mise en avant du « moi », d’un caractère généralement négatif. Telle était autrefois la manière d’agir de la loi avec la chair dans un monde mauvais. La foi est maintenant en droit de regarder à Christ dans les cieux. « Choses… (qui ont bien une apparence de sagesse en dévotion volontaire et en humilité, et en ce qu’elles n’épargnent pas le corps, ne lui rendant pas un certain honneur), pour la satisfaction de la chair ». Ce n’est pas la volonté de Dieu, mais celle de l’homme imaginant ses propres moyens de plaire à Dieu. Tout cela se revêt d’une apparence de grande humilité et cultive l’ascétisme. C’est exactement ce qu’a fait une certaine philosophie en déniant la place propre de nos corps. De quelle manière remarquable le Nouveau Testament ne fait-il pas au contraire ressortir la vraie importance du corps ! Il proclame, par exemple, que nos corps sont le temple du Saint Esprit. Cette vérité est de toute importance et, étant elle-même une conséquence de la rédemption, elle constitue le vrai fondement de la morale chrétienne. « Livrez… vos membres à Dieu, comme instruments de justice… ». Présentez « vos corps en sacrifice vivant… », etc.
L’esprit philosophique à Corinthe avait pour principe que le corps n’avait pas d’importance pourvu que l’esprit fût sain. L’apôtre insiste alors sur le fait que le corps est le temple du Saint Esprit (1 Cor. 6, 19, 20). À cela s’ajoute la vérité de la résurrection du corps, et pas seulement de la survivance de l’âme. L’emphase est mise sur le corps ; de sorte que si même le corps est tombé sous l’empire du péché, c’est là que se trouve la puissance du Saint Esprit, dont il est dit qu’Il habite en chaque croyant. Vous ne pouvez réformer la chair, vous ne pouvez améliorer la volonté ; le vieil homme doit être jugé, renié, traité comme une chose vile ; toutefois le corps est, dès maintenant, devenu le temple du Saint Esprit. Adam, avant la chute, avait un corps, une âme et un esprit ; mais dès sa chute, il acquit une volonté propre — le désir d’avoir ses propres voies. C’est là une chose que nous devrions toujours traiter comme mauvaise, et nous devrions nous juger nous-mêmes si en quelque manière nous la laissons agir. Qu’est-ce qui peut donner à l’homme une aussi grande puissance contre cette volonté propre, sinon Christ connu dans Sa pleine grâce en délivrance ? Comme il est dit de l’épée prise à Goliath, « il n’y en a point de pareille ». Si je suis mort et ressuscité avec Christ, où est le vieil homme ? Il n’existe pas aux yeux de Dieu ; aussi ne devons-nous pas tolérer qu’il se montre à la vue des hommes.
Le premier propos de la religion du monde est de corriger la chair et d’améliorer le monde. L’esprit humain se glorifie le plus par des efforts ascétiques. Négliger son corps peut être en même temps un moyen d’enfler la chair. C’était une idée païenne, l’enfant chéri des philosophes. Ils croyaient volontiers que l’âme était sainte, même si le corps ne l’était pas, certains soutenant que l’âme venait de Dieu et le corps du diable. Ce fut l’origine d’un mal effroyable, tendant à la destruction de toute moralité. N’y a-t-il pas en Christ une réponse à tous ces égarements de l’esprit humain ? En recevant la vérité en Lui, vous avez ce qui anéantit le but de Satan, mais le Saint Esprit seul, si j’ose m’exprimer ainsi, nous la fait réaliser. C’est dans la mesure où nous en jouirons qu’il en résultera un abondant fruit de la justice, qui est par Jésus Christ à la gloire et à la louange de Dieu.