Nous avons considéré la mort avec Christ et ses conséquences par rapport au danger qui menaçait les saints de Colosses, et, partant de là, la condamnation d’un mal dans lequel Satan cherchait à les ramener. Mais l’effet de cette mort avec Christ était surtout vu sous son côté négatif. Pourquoi des gens comme eux étaient-ils soumis à des ordonnances ? Ils ne devaient pas l’être, car en Christ ils étaient morts aux éléments du monde et ils n’avaient pas conséquent rien affaire avec les ordonnances. Celles-ci pouvaient bien convenir à des hommes en vie dans le monde, mais elles ne pouvaient s’appliquer à des hommes morts. C’était une contradiction spirituelle absolue. Maintenant le chrétien est mort en vertu de la croix de Christ. C’est là entièrement une question de foi. Le croyant a encore sa vie naturelle ; s’il n’est pas occupé de Christ — sa vraie vie — il est aussi enclin qu’un autre à voir revivre de vieilles pensées et de vieilles habitudes. En tant que croyant, j’ai à me méfier de toute appréciation, de tout sentiment que j’ai eus autrefois comme homme naturel, me souvenant que l’homme animal ne reçoit pas les choses qui sont de l’Esprit de Dieu.
Mais maintenant, le chrétien est considéré comme un homme mort, oui, mort au monde sous ses meilleurs côtés, même au monde religieux. La plus haute manifestation à laquelle puisse prétendre la nature, est de ne pas prendre, de ne pas goûter, de ne pas toucher. Telle est sa seule manière de remporter la victoire, victoire qui en fait n’en est pas une, mais seulement l’abstention de certaines choses, ou un système de contraintes de la chair. C’est en contraste absolu avec le principe du chrétien. Il recherche la victoire de la grâce. Car la mort de Christ l’a délivré de tout ce principe de la nature qui consiste à ne pas prendre, ne pas goûter, ne pas toucher. C’était là non seulement un principe judaïque, mais aussi la religion naturelle de l’homme. Ce n’est qu’ainsi que les hommes essaient de s’abstenir du mal dans le monde. Le christianisme n’évite pas seulement le mal en nous et autour de nous, mais applique la mort à tout. Christ est mort à tout et le chrétien devrait se savoir mort à tout ce qui est du monde, avec autant de décision si ce dernier est moral ou religieux que s’il est grossier, intellectuel ou incrédule.
Au chapitre 3, nous faisons un pas de plus. Le raisonnement de l’apôtre part du fait que nous sommes ressuscités avec Christ. Ce n’est pas seulement que nous mourrons et ressusciterons, mais que nous sommes morts et ressuscités. De nombreux chrétiens emploient constamment ces termes mais sans entrer dans leur vraie signification pour la raison claire et suffisante qu’ils ne mettent pas cette vérité en pratique dans leur vie. Ils sont trop habitués à être mêlés au monde pour comprendre une séparation aussi absolue d’avec lui. Ce n’est nullement par manque d’intelligence naturelle. Mais leur langage et leurs voies les trahissent, prouvant combien ils sont éloignés de l’intelligence de l’Écriture elle-même. Ils substituent le mysticisme à la vérité.
Avant que Christ vînt, Dieu avait établi un système d’ordonnances. Le judaïsme était la religion du monde sous sa meilleure forme. Jusqu’à ce que, par grâce, ils passent par une révolution totale, ceux qui étaient formés à cette école ne comprenaient jamais les traits distinctifs du christianisme. Son caractère leur était caché. Les Juifs n’avaient aucune notion de la ruine absolue de la chair — ils n’avaient qu’un faible sentiment du péché, une pauvre compréhension de la grâce de Dieu. Comme nation, ils étaient placés sous la loi, sous la sacrificature lévitique, sous des sacrifices extérieurs, sous des ordonnances charnelles. Tout cela faisait partie des choses dans lesquelles ils avaient à marcher ; de grandes vérités étant cachées sous ces images rudimentaires. La chrétienté a repris les choses qui se justifiaient pour un Juif, mais qui maintenant sont appelées « les éléments du monde », ce qu’elles sont en réalité. Elles n’étaient pas considérées comme telles tant que Dieu agissait à l’égard d’Israël. C’était cependant ce dont le monde est capable. Elles sont traitées maintenant comme éléments du monde, mais il n’en était pas ainsi avant la mort de Christ.
Beaucoup de personnes pensent, par exemple, qu’il n’est pas possible d’avoir un culte digne de Dieu sans un édifice sacré et sans des cérémonies appropriées ; et que plus le bâtiment est beau, plus le rituel imposant, et plus, pensent-elles, le culte sera agréable à Dieu. Eh bien ! tout cela fait partie des éléments du monde. D’autres encore pensent qu’il n’est pas possible d’avoir la cène du Seigneur sans un ministre ordonné pour l’administrer. L’Assemblée de Dieu n’a point une telle coutume. L’apôtre répudie le système tout entier. C’est une invention de l’ennemi. Les écrits du Nouveau Testament, qui révèlent l’Église, excluent tout cela. Non seulement ce n’est pas une bonne chose, mais toutes pensées et toutes voies semblables sont mauvaises maintenant, car elles sont opposées à la croix et à la gloire céleste de Christ.
L’Écriture reste invariable (quels que soient les changements de la chrétienté) et ce dont nous avons besoin, c’est d’avoir recours à la lumière de l’Écriture. C’est une sauvegarde simple, mais immense — retournons à la Parole de Dieu et attachons-nous à elle seule. Satan était à l’œuvre pour faire judaïser les Colossiens ; son grand but était de les détourner vers des ordonnances, ces formes juives qui avaient eu autrefois leur place légitime, mais qui n’étaient plus en vigueur. Le christianisme les compte pour rien et, en fait, bien loin de conserver une valeur quelconque, elles sont considérées comme puériles, et même idolâtres pour le chrétien. Il y avait là naturellement une très grande difficulté pour un Juif. Étaient-ils appelés à abandonner maintenant tout ce que Moïse, David, Ézéchias, avaient honoré en tant qu’observances religieuses ? Oui, car Christ était venu ; et ne devaient-ils pas L’écouter Lui dorénavant ? La rédemption, la substance de leurs types, était accomplie ; en ferait-on peu de cas ?
La grande erreur de la chrétienté a toujours été de retourner aux ordonnances. Prenez le principe d’un clergé consacré ; n’est-ce pas la même chose ? Il est bien vrai que tous les chrétiens n’ont pas le même don ou la même place, quelques-uns seulement sont doués pour aider, diriger et instruire le grand nombre. Mais le système juif a pris fin avec la croix de Christ, Sa résurrection et Son ascension. La relation du chrétien avec Christ est dès lors fondée sur l’œuvre de la croix qui a déchiré le voile et anéanti ainsi le système juif. C’est pourquoi il est dit : « Cherchez les choses qui sont en haut, où le Christ est assis à la droite de Dieu » (v. 1). L’allusion à la place qu’occupe Christ en haut en dehors du monde, est très belle. Sa paix, assurée dans la gloire, est ainsi pour nous la note fondamentale. Non pas qu’il soit dit ici que nous sommes assis en Lui dans les lieux célestes. Ce côté de la vérité est affirmé et développé dans l’épître aux Éphésiens. Mais l’épître aux Colossiens n’élève jamais le croyant aussi haut ! Elle montre Christ là-haut, mais, pour ainsi dire, elle ne nous y place pas. La résurrection de Christ, ou plutôt, le fait que nous sommes ressuscités avec Lui, est mis en avant comme notre motif pour chercher les choses qui sont en haut.
« Pensez aux choses qui sont en haut, non pas à celles qui sont sur la terre » (v. 2). Quel croyant peut loyalement avoir des affections partagées ? Comme notre Seigneur Lui-même l’a dit : « Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon ». Le Seigneur a exprimé la chose comme une impossibilité morale. Mais ici elle est présentée comme une exhortation fondée sur l’immense grâce qui nous a ressuscités avec un Christ ressuscité. C’est en vain que vous essayerez d’être occupés à la fois des choses célestes et des choses terrestres. Nous sommes appelés à penser aux choses qui sont en haut, non pas simplement de temps à autre, mais continuellement. Supposez quelqu’un qui est engagé dans les affaires ; n’a-t-il pas à s’y employer ? Certainement ; toutefois non pas pour y attacher son esprit, mais simplement pour tout accomplir comme un devoir envers le Seigneur. Ne devrait-il pas s’en acquitter mieux qu’un autre qui n’a pas Christ ? Je suis assuré que tel serait le résultat s’il regardait au Seigneur ; et cette même simplicité de vue, cette même foi, le préserveraient des pièges de la convoitise ainsi que de la vaine gloire. Le chrétien enseigné de cette manière et marchant ainsi a devant son âme le seul objet propre à élever un homme au-dessus de lui-même et du monde. Certes, s’il travaille ainsi jour après jour pour le Seigneur, la conscience de la grâce dans laquelle il est le délivrera de l’insouciance, de l’indulgence envers soi-même ou de la spéculation, qui exposent les hommes à s’endetter ou à suivre d’autres voies déshonorantes, les faisant descendre plus bas même que la mondanité décente. Pourtant si un chrétien ne marche pas avec une conscience exercée devant le Seigneur, il est en danger de faire des choses pires et de s’égarer plus qu’un homme du monde. Aussi humiliant et sérieux que cela puisse être, ce n’est pas surprenant. Le but principal de Satan est de déshonorer Christ en ceux qui portent le nom de Christ, et la puissance de l’Esprit est avec ceux-là seuls dont le cœur est tourné vers Lui. Ainsi ce n’est pas : Pensez en partie aux choses qui sont en haut et en partie aux choses de la terre, mais ne pensez pas du tout à ces choses qui sont sur la terre.
Quoi que le Seigneur vous donne à faire, vous pouvez vous en acquitter comme d’un service envers Lui ; mais, même pour le travail spirituel dans l’évangile ou dans l’Église, il est nécessaire de veiller de près. Vous n’avez aucune sécurité en dehors de Celui qui est assis à la droite de Dieu. Prenez, par exemple, l’étude des Écritures : on pourrait être absorbé par les beautés de la langue, les prophéties, la poésie, l’histoire, la doctrine, etc. Tous ces aspects peuvent devenir un piège. Où y a-t-il de la sécurité pour nous, sinon en Christ Lui-même — Christ tel qu’Il est en haut ?
Nous avons ensuite l’exposé remarquable de la raison pour laquelle nous devrions penser aux choses qui sont en haut : « Car vous êtes morts ». Ce n’est pas comme le disent certains moralistes, même des païens, qu’il nous faut mourir ; la vérité chrétienne fondamentale est que nous sommes morts. Tous les mystiques, anciens ou modernes, ont comme but de mourir. Ils insistent ainsi sur une expérience intérieure et un effort humain — ils cherchent à se crucifier eux-mêmes — mais ce n’est pas : « Je suis crucifié avec Christ ; et je ne vis plus, moi, mais Christ vit en moi ; et ce que je vis maintenant dans la chair, je le vis dans la foi, la foi au Fils de Dieu » ni : « ceux qui sont du Christ ont crucifié la chair avec les passions et les convoitises ». Ce qui convenait pour un Juif, bien loin d’être nécessaire pour un chrétien, est très en deçà de la croix. Pour nous le fondement de tout est au-delà : c’est Christ mort et ressuscité. Le fait qu’une instruction se trouve dans la Bible ne justifie pas la conclusion que telle est actuellement la volonté de Dieu pour le chrétien. Nous devons chercher à « découper droit » la parole de vérité. Ce qui valait autrefois pour les Juifs n’est plus pour nous que « les éléments du monde ». Ces formes annonçaient une réalité qui maintenant est là ; le corps est du Christ. La part béni d’un chrétien, c’est qu’il est mort même aux choses les meilleures dans le monde et qu’il est vivant aux choses les plus élevées dans la présence de Dieu ; car Christ est sa vie.
Nous sommes appelés par conséquent à penser aux choses qui sont en accord avec Christ dans la gloire — en tout premier lieu à Christ Lui-même, puis à Son œuvre puissante en rédemption, considérée dans ses effets célestes. Quels objets à avoir toujours devant nous ! Nos espérances en tant que rattachés à Christ ainsi connu, la sagesse spirituelle mise en exercice par là même, les affections éveillées et en jeu, en résumé tous les fruits de l’œuvre de Christ en relation avec le ciel sont compris dans ces choses qui sont en haut. « Car vous êtes morts, et votre vie est cachée avec le Christ en Dieu » (v. 3).
La notion qui prévaut chez beaucoup est que le chrétien est le plus qualifié pour occuper une place dans le monde précisément parce qu’il est un chrétien. Mais c’est proprement renier la vérité divine et primordiale, que je suis mort, ce dont témoigne d’ailleurs mon baptême. Et il est remarquable que l’impression du monde au sujet de quiconque reçoit Christ est bien qu’un tel est comme mort. Son entourage sent que ce croyant est perdu quant aux objets qu’il poursuivait ; et s’il prend position d’une manière un peu conséquente comme appartenant à Christ, il justifie ce que les hommes prévoyaient instinctivement ; car il cesse d’agir comme quelqu’un qui vit dans le monde. Hélas ! la chrétienté risque de l’habituer bientôt à trahir Christ. Mais la vérité demeure : « vous êtes morts, et votre vie est cachée avec le Christ en Dieu ». Pour le moment, elle est cachée ; Christ n’a pas encore rendu Sa gloire manifeste au monde. Aussi un chrétien devrait-il être satisfait d’être pendant un peu de temps rejeté et méprisé. La foi et la patience sont ainsi mises à l’épreuve ; Dieu permet qu’il en soit ainsi ; et un chrétien ne devrait pas s’en étonner, car Christ a eu exactement la même part. Un œil simple n’est pas trompé ; c’est l’égoïsme qui est aveugle quant à la gloire de Dieu. Nous devrions être d’autant plus fidèles à la puissance morale de la croix que la nuit est plus avancée. La raison pour laquelle nous sommes méprisés devient ainsi une source bénie de joie dans notre affliction. Le temps est court et tout changera bientôt.
Il s’y ajoute une autre vérité : « Quand le Christ qui est notre vie, sera manifesté, alors vous aussi, vous serez manifestés avec lui en gloire » (v. 4). Christ ne sera pas toujours caché comme Il l’est maintenant ; Il va être manifesté ; et lorsqu’Il le sera, nous aussi, nous serons manifestés avec Lui en gloire. Dieu nous amènera avec Lui, comme nous l’apprenons ailleurs. Nous aurons été ravis auprès de Lui afin que, quand tout œil Le verra, nous ayons la même part que Lui. L’expression « cachée avec le Christ en Dieu » a beaucoup plus de force que s’il était dit simplement : Christ est absent dans le ciel. En Jean 13 nous lisons : « Maintenant le fils de l’homme est glorifié, et Dieu est glorifié en lui. Si Dieu est glorifié en lui, Dieu aussi le glorifiera en lui-même ; et incontinent il le glorifiera ». Ce n’est pas seulement la glorification dans le ciel, mais ce que Christ possède maintenant en Lui-même, pendant qu’Il est encore caché en Dieu, comme cela a été dit au verset 3, et en contraste avec la manifestation de Sa gloire quand Il viendra bientôt, comme dans le verset 4.
Les Colossiens avaient en grande partie perdu de vue cette vérité et ils étaient en danger de s’engager sur une voie qui les aurait privés de toute jouissance de la paix et de la confiance en Dieu. La théorie soutenue parmi eux était qu’ils devaient ajouter ce qu’ils pouvaient à Christ afin d’augmenter la bénédiction et la sécurité des saints, et d’avoir un témoignage présent à Sa gloire. L’apôtre leur montre que leur vie est cachée avec le Christ en Dieu. Par conséquent, bien qu’ils possèdent la sécurité la plus parfaite, elle est en accord avec la position d’un Christ caché et non pas encore manifesté. « Quand le Christ, qui est notre vie, sera manifesté, alors vous aussi, vous serez manifestés avec lui en gloire. Mortifiez donc vos membres qui sont sur la terre, la fornication, l’impureté… » (v. 5). Parce que vous êtes morts, parce que vous avez cette vie nouvelle, Christ Lui-même, et qu’ainsi vous êtes morts et ressuscités avec Lui, mortifiez vos membres qui sont sur la terre. Quels étaient-ils ? La fornication, l’impureté, les affections déréglées, la mauvaise convoitise, et la cupidité, qui est de l’idolâtrie. Voilà ce qu’ils étaient, et ce que nous sommes aussi, en réalité. C’est une manière remarquablement forte et directe de présenter la vérité. On ne se moque pas de Dieu. La grâce n’empêche pas Son jugement, soit moralement dans Sa Parole, soit quand, bientôt, il sera exécuté… « À cause desquelles la colère de Dieu vient sur les fils de la désobéissance ; parmi lesquels vous aussi vous avez marché autrefois, quand vous viviez dans ces choses » (v. 6, 7).
« Mais maintenant, renoncez, vous aussi, à toutes ces choses : colère, courroux, malice, injures, paroles honteuses… » (v. 8). Il est précieux de voir la vérité de la mort avec Christ introduite comme étant ce qui délivre de la nature dans toutes ses formes, peu importe que ce soit la corruption ou la violence. C’est le jugement du premier Adam dans son entier ; rien n’est épargné. Les versets 9 et 10 sont impératifs : « Ne mentez point l’un à l’autre, ayant dépouillé le vieil homme avec ses actions et ayant revêtu le nouvel homme qui est renouvelé en connaissance, selon l’image de celui qui l’a créé ». Dieu voudrait que Ses enfants jouissent du bonheur le plus complet ; et en fait, il est impossible pour un homme d’être pratiquement saint avant qu’il soit heureux. Il peut avoir de pieux désirs et l’Esprit peut opérer, mais il n’a pas de puissance avant que son âme ait trouvé paix et délivrance en un autre, que Dieu donne par pure grâce. Alors le croyant, rendu heureux par Christ et Son œuvre de rédemption, va à Dieu comme à son Père, possède le Saint Esprit comme puissance et tous les autres résultats pratiques qui découlent de cette nouvelle relation dans laquelle « il n’y a pas Grec et Juif, circoncision et incirconcision, barbare, Scythe, esclave, homme libre ; mais où Christ est tout et en tous » (v. 11).
En harmonie avec cela, combien est beau le motif chrétien qui nous est donné ici pour ne pas mentir, etc., non seulement parce que mentir déshonore Dieu, mais parce que nous avons dépouillé le vieil homme et que nous avons revêtu le nouvel homme ! Tout apparaît dans une lumière caractéristique et saisissante. Dieu, dans les instructions mêmes qu’Il nous donne, ne manque pas de nous rappeler ici nos bénédictions. Si donc nous sommes appelés à renoncer à la colère, au courroux, etc., c’est parce que nous sommes morts. S’il nous est dit de ne plus marcher dans l’impureté, c’est que si nous avons vécu autrefois dans toutes ces choses, nous sommes maintenant morts à elles et vivants en Christ. Si nous sommes exhortés à parler la vérité, c’est parce que nous avons dépouillé le vieil homme et avons revêtu le nouvel homme qui est renouvelé en connaissance, selon l’image de Celui qui l’a créé. En Lui il n’y a aucunes ténèbres. Il est la vraie lumière qui brille maintenant.
Ce qui s’impose à nous comme chrétiens c’est de n’estimer rien sinon Christ. Je parle simplement de notre place comme chrétiens, mais que de conséquences elle embrasse ! Christ étant tout et en tous, nous avons à chercher à agir toujours en conséquence, n’appréciant chez l’autre que ce qui est de Lui. Si j’aime et si j’estime Christ, tel sera mon sentiment à l’égard des chrétiens ; de même j’aurai le désir, pour moi et pour tous les chrétiens, de sentir que Christ est le seul objet digne de nos pensées, de nos affections, de notre travail et de notre vie. Le chrétien est continuellement en danger d’attacher de l’importance aux qualités naturelles, à ces choses qui rendent les hommes attrayants. Le propre de la foi est de s’élever au-dessus de tout cela. « Que votre lumière luise ainsi… ». Là où l’on ne s’attache pas fermement à Christ comme objet et motif, la nature se manifestera aussi mauvaise que toujours. Mais devant Dieu et par la foi, j’ai le droit de la traiter comme morte ; et je dois à Celui qui est mort pour moi et est ressuscité, d’agir selon la grande vérité que Dieu a condamné le vieil homme. À cet effet je dois me juger moi-même, ayant mes yeux fixés sur Christ. Sinon il n’y a pas un manquement par lequel je ne sois capable de Le déshonorer. Jamais un homme ayant l’œil fixé sur Christ ne marche d’une manière inconséquente. Ce n’est pas seulement qu’il sent sa propre faiblesse, mais il a la conscience que le vieil homme est jugé et a disparu de devant Dieu. Quelle position bénie que celle du chrétien ! Les saints de l’Ancien Testament étaient préservés du péché par l’attente et le désir de Christ ; nous, nous regardons maintenant à Christ, étant morts et ressuscités avec Celui qui a déjà tout fait pour nous. N’est-ce pas un progrès immense ? Et il y a différence de position tout aussi marquée que le progrès, mais je ne m’arrête pas à cela maintenant.
Dans l’épître aux Éphésiens, la raison invoquée pour ne pas mentir est que nous sommes membres les uns des autres. Ici, le mensonge est traité comme incompatible avec le fait que nous avons dépouillé le vieil homme et revêtu le nouvel homme. Mentir est ainsi en contradiction manifeste avec la nouvelle nature aussi bien qu’avec le jugement et la mise de côté de la vieille nature. Le jugement a certes été exercé en Christ ; mais la foi en Christ considère qu’il nous a été appliqué, et que par Lui, nous nous sommes renoncés à nous-mêmes, que nous avons dépouillé le vieil homme avec ses actions, et revêtu le nouvel homme. Le vieil homme est considéré comme la source du mensonge ; le vieil homme est faux et trompeur. Il n’y a pas, il ne peut pas y avoir d’entière vérité dans la nature telle qu’elle est maintenant.
Nous le voyons dès le commencement. Adam a été faux aussitôt qu’il eut péché. Caïn était également menteur. Il peut y avoir d’autres péchés, telle la violence, qui se manifestent de bonne heure chez certains et pas chez d’autres ; mais tous les hommes sont faux — le mensonge se voit en tous. Les formes ordinaires des relations sociales sont fondées plus ou moins sur la duplicité, dans l’état actuel du monde. Les hommes disent ce qui est agréable à autrui sans le penser. Ils souscrivent, et surtout en matière de religion, à des formes auxquelles ils ne sont pas tenus de croire et, chose triste à dire, les meilleurs d’entre eux sont ceux qui y croient le moins. Tout cela montre combien partout la fausseté accompagne le vieil homme — ici il s’agit de chrétiens, et par conséquent nous trouvons le nouvel homme.
Dans l’épître aux Éphésiens, il est parlé des membres du corps ; ici il s’agit de la nature. Les Éphésiens étaient eux aussi exhortés à dépouiller le vieil homme et à revêtir le nouvel homme ; mais ici il est ajouté : « qui est renouvelé en connaissance, selon l’image de celui qui l’a créé » (v. 10). Dans l’épître aux Éphésiens, c’est comme une chose nouvelle qu’ils n’avaient pas auparavant, sans aucune allusion à un renouvellement ; c’est une création absolument nouvelle ; tandis qu’ici on a reçu la nouvelle bénédiction, mais en même temps il y a renouvellement. L’une et l’autre idées sont bien dans les deux épîtres, mais placées de manière à prouver qu’elles se complètent l’une l’autre. Dans l’épître aux Éphésiens, il est dit que le nouvel homme est créé selon Dieu, en justice et sainteté de la vérité. Quelle est la différence entre ces deux mots ? La justice introduit l’idée d’autorité ; elle suppose une réponse à une juste exigence ; que ce soit l’homme qui la rencontre, ou Dieu, le droit d’exiger y est sous-entendu. La sainteté est Sa nature seule, ne tolérant pas le mal ; elle n’a en elle-même rien affaire avec l’exigence de la justice. Pour le croyant Christ est fait justice, sur la base du jugement de Dieu, bien que ce jugement puisse être entièrement réglé en notre faveur ; tandis que la sainteté aurait été vraie indépendamment de la question de Son autorité ; c’est sa nature et son caractère essentiels.
Des anges il est souvent dit qu’ils sont saints, mais jamais qu’ils sont justes. Le nouvel homme se réjouit dans les deux caractères. Il se soumet entièrement à l’autorité de Dieu et il se réjouit de ce que le jugement de Dieu a été satisfait en Christ d’une manière telle que Dieu est glorifié plus qu’Il ne l’a jamais été. Outre cela, il y a dans le croyant la nature morale qui a les mêmes sentiments que Dieu. La justice est davantage une soumission à Dieu, la sainteté la participation à Ses propres sentiments quant au bien et au mal. En nous, les deux sentiments se mélangent souvent. La justice est une balance exacte, le maintien de ce qui est équitable dans les relations de toute espèce. Par exemple, qu’un enfant obéisse à ses parents, n’est pas seulement saint, mais juste. Le premier terme se rattache à la nature tout à fait indépendamment de la relation, ou de quelque devoir que ce soit, de tout ce qui comporte une obligation et introduit par là l’idée de justice.
Ainsi pouvons-nous constater que les rationalistes admettent la valeur de la sainteté, mais qu’ils parlent rarement de justice ; car la justice suppose le jugement. La justice est un mot terrible pour un homme jusqu’à ce qu’il ait saisi Christ. La justice, je le répète, proclame l’autorité de Dieu. Dieu était saint avant que le péché vînt dans le monde ; mais qui pouvait parler de Sa justice avant qu’il y eût le jugement du mal, commis en dépit de la conscience et en opposition à l’autorité expresse de Dieu ? Sous la loi, qui était la revendication formelle de cette autorité en relation avec les hommes dans la chair, l’Éternel est constamment présenté comme Dieu juste. « L’Éternel juste aime la justice » (Ps. 11, 7). Il n’y avait ni justice ni sainteté en Adam avant la chute. Nous avons les deux et nous devenons les deux en Christ. Adam a été créé droit, mais ce n’est pas la même chose qu’être juste ou saint ; c’était l’absence de mal ; Adam avant la chute était innocent.
« Juste et saint », tel est le chrétien aux yeux de Dieu. Adam ne connaissait rien du mal jusqu’alors, et il n’était pas non plus question de juste exigence de Dieu à son égard, sauf dans la mesure où le fruit défendu mettait à l’épreuve son obéissance ; encore ne s’agissait-il pas de faire cela pour vivre, mais plutôt de ne pas le faire de peur de mourir. Adam occupait une place privilégiée et il avait simplement à en jouir dans l’obéissance à Dieu, sous peine de mort s’il désobéissait. Nous sommes dans une position tout à fait différente, étant au milieu du mal, et sous l’influence d’un bien qui est en dehors et au-dessus de nous. Aussi est-il dit que nous avons été « appelés par la gloire et par la vertu » ; « par la gloire » comme l’objet, la condition dans laquelle Christ est ; et « par la vertu » comme frein sur nous et comme conformité pratique à Christ (2 Pier. 1).
Il a été remarqué à juste titre que dans l’épître aux Éphésiens Christ n’est jamais appelé l’image de Dieu, alors qu’Il l’est très expressément dans l’épître aux Colossiens. Autant que nous puissions faire la distinction, dans l’épître aux Éphésiens, nous avons davantage Christ montrant ce que Dieu est — non Son image, mais Sa ressemblance morale reflétée en Christ. Aussi lisons-nous : « Soyez donc imitateurs de Dieu comme de bien-aimés enfants, et marchez dans l’amour, comme aussi le Christ nous a aimés » (Éph. 5, 1). C’est plus la notion de ressemblance que celle de représentation. Pourtant, bien que vous puissiez dire de Christ qu’Il est l’image de Dieu, précisément parce qu’Il est Dieu il n’est jamais dit de Lui qu’Il est « selon la ressemblance de Dieu ». Dans l’épître aux Colossiens, il est parlé à plusieurs reprises de l’image de Dieu. Ici, par exemple, le nouvel homme est « selon l’image de celui qui l’a créé » ; de même que dans le premier chapitre, Christ est l’image du Dieu invisible. Les deux idées, de ressemblance et d’image, peuvent souvent être confondues dans nos esprits, mais elles ne le sont pas dans l’Écriture, où ressemblance exprime simplement qu’une personne est semblable à une autre ; tandis que « image » signifie qu’une personne est représentée par une autre, qu’elle lui soit semblable ou non. Les deux peuvent, naturellement, exister ensemble.
« Revêtez-vous donc, comme des élus de Dieu, saints et bien-aimés, d’entrailles de miséricorde, de bonté, d’humilité, de douceur, de longanimité » (v. 12). Ce sont là des qualités morales, positives, de Christ — le ton, l’esprit, les sentiments intimes de notre Seigneur. Ce n’est pas exactement comme des enfants que nous sommes appelés à les manifester, mais « comme des élus de Dieu, saints et bien-aimés ». Nous avons à éprouver les mêmes sentiments que le Seigneur et à marcher ici-bas comme Lui-même y a marché.
L’Écriture a ce caractère qu’étant divine, elle ne peut jamais être saisie par l’intelligence seule ; elle fait toujours appel aux affections et à la conscience aussi bien qu’à l’esprit. Il faut la puissance du Saint Esprit pour la lier à Christ afin de pouvoir alors sentir, juger et agir correctement. « Vous supportant l’un l’autre et vous pardonnant les uns aux autres, si l’un a un sujet de plainte contre un autre ; comme aussi le Christ vous a pardonné, vous aussi faites de même » (Col. 3, 13). Christ est considéré comme le Chef de toutes choses dans cette épître. Il est vu comme l’idéal de tout ce qui est bon et aimable que Dieu recherche pour nous ou de nous. « Et par-dessus toutes ces choses, revêtez-vous de l’amour, qui est le lien de la perfection » (Col. 3, 14). Il y a dans l’amour plus que de la simple bonté ou du simple pardon ; il va bien au-delà. L’amour étant l’activité de la nature de Dieu, introduit toujours Dieu. Moralement Sa nature est lumière, mais l’énergie de cette nature est l’amour qui se manifeste en bonté envers les autres.
Ainsi, l’amour tend à lier ensemble, tandis que le « moi » ou la chair, est tout l’opposé, l’un ôtant les difficultés aussi résolument que l’autre les crée. L’amour non seulement porte et supporte, mais il surmonte le mal par le bien. « Et que la paix du Christ… préside dans vos cœurs ». La paix de Dieu est ce calme parfait dans lequel Il demeure en repos quant à toutes les circonstances de ce monde, et dans lequel Il introduit le croyant qui regarde à Lui, remettant toutes circonstances entre Ses mains sans permettre à la volonté propre ou à l’anxiété de se manifester. Au lieu de nos échappatoires — et c’est ce à quoi tend l’esprit de l’homme parce qu’il a toujours la pensée de diriger pour son compte — la foi rend un homme capable de regarder à Dieu et introduit la Parole de Dieu dans ce qui se passe autour de nous. C’est la paix de Christ maintenant, celle dont Il jouissait continuellement lorsqu’Il était ici-bas. Christ Lui-même a traversé toutes les difficultés ; Il les connaissait à fond, mais demeurait dans une paix parfaite à tous égards ; et c’est ainsi que nous devrions faire. Ni le sentiment du mal à l’extérieur, ni le sentiment de la faiblesse parmi les siens, ne viennent troubler Sa paix parfaite en quoi que ce soit.
« Et que la paix du Christ, à laquelle aussi vous avez été appelés en un seul corps, préside dans vos cœurs ; et soyez reconnaissants » (v. 15). Ainsi, c’est la paix, non pas un esprit d’isolement, non pas en avoir fini les uns avec les autres, mais au contraire s’attacher à tous, en dépit de tout. Supposons, par exemple, qu’il y ait un sujet de souffrance qui m’exerce chez une personne qui est en communion ; dois-je me laisser troubler par cela au point d’être retenu de participer à la cène du Seigneur ? Ce serait ajouter un nouveau mal ; car s’il était juste que je me tienne à l’écart, cela incomberait également aux autres. Je ne suis jamais autorisé à céder au trouble dans de telles situations, mais je suis en droit d’avoir la paix de Christ présidant dans mon cœur. Il y a toujours, en toutes choses, une voie qui est celle de Christ, et il est très important que nos âmes s’en souviennent. « Et soyez reconnaissants » ; non pas anxieux, ni agités, mais reconnaissants. Tout ce qui est mal peut être matière à jugement ; mais pour juger sainement le mieux est de faire d’abord ce qui est selon Dieu — et ce peut être de nous juger nous-mêmes. C’est notre privilège de penser à Christ en tout ce que nous entreprenons.
« Que la parole du Christ habite en vous richement — en toute sagesse nous enseignant et nous exhortant l’un l’autre, par des psaumes, des hymnes, des cantiques spirituels, chantant de vos cœurs à Dieu dans un esprit de grâce » (v. 16). Nous avons là un contraste remarquable entre l’évangile et la loi. La loi stipulait ceci ou cela ; plus encore, l’obéissance de la loi est quelque chose de bien défini ; elle ne laisse pas place pour une mesure croissante de spiritualité. Maintenant, dans le christianisme, il y a pour ainsi dire une « élasticité » qui laisse place à des différences de spiritualité. Cela ne convient pas aux pensées de la nature humaine ; c’est trop vague pour elle ; mais on voit là la perfection de la pensée et des voies de Dieu, qui forme ainsi les affections et les jugements. C’est précisément ce qui laisse place à la parole du Christ. Ici il y a à la fois croissance en toute sagesse et exercice du jugement spirituel. Au premier chapitre, nous avons un principe similaire : « Que vous soyez remplis de la connaissance de sa volonté… pour marcher d’une manière digne du Seigneur pour lui plaire à tous égards ». Ici, nous avons : « Que la parole du Christ habite en vous richement — en toute sagesse » ; il n’est pas question de marche, mais de jouissance et d’adoration. Aussi, immédiatement après, lisons-nous : « vous enseignant et vous exhortant l’un l’autre ». Par jouissance et adoration, nous n’entendons pas leur exercice public, mais la disposition d’esprit qui leur est propre, agissant dans les rapports mutuels.
Quant à la différence entre les psaumes, les hymnes et les cantiques spirituels, je suppose qu’un psaume était une composition plus élevée qu’un cantique spirituel, lequel admet davantage l’expérience chrétienne et l’expression de nos sentiments. Cela peut être très bon à sa manière et en son temps, mais ce n’est pas ce qu’il y a de meilleur ni de plus élevé. Un psaume donc est plus solennel ; une hymne est une adresse directe à Dieu et consiste en louanges. Nous comprenons que ce passage ne fait pas allusion aux psaumes de David, mais à des compositions chrétiennes.
L’exhortation à chanter de leurs cœurs dans un esprit de grâce était nécessaire parce que les saints de Colosses étaient loin de l’excellent état dans lequel se trouvaient par exemple les Éphésiens d’après ce que nous pouvons déduire de l’épître qui leur est adressée. « Et quelque chose que vous fassiez, en parole ou en œuvre, faites tout au nom du Seigneur Jésus, rendant grâces par lui à Dieu le Père » (v. 17). Cela répond exactement à ce que nous avons déjà remarqué, savoir l’invitation à considérer toutes choses comme un motif de bénir le Seigneur, au lieu de ne voir en tout que des sujets de peine. Faire tout au nom du Seigneur Jésus ne se limite pas à la simple pensée de lui appartenir, mais inclut la grâce parfaite. En outre, il est dit : au nom du Seigneur Jésus, non pas simplement : de Christ ; cela implique Son autorité sur nous. Quelle que soit la grâce qui puisse nous être manifestée, cette autorité n’est pas amoindrie et le résultat est que nous rendons grâces par Lui à Dieu le Père. Un chrétien, qu’il soit homme, femme ou enfant, déshonore le Seigneur en cédant à l’esprit d’ingratitude du monde. « Quelque chose que vous fassiez, en parole ou en œuvre, faites tout au nom du Seigneur Jésus ». Ainsi notre ton et notre langage, comme aussi nos voies, devraient témoigner de notre soumission à Celui devant qui tout le ciel se prosterne.
Jusqu’ici, les exhortations ont été tout à fait générales. Maintenant l’apôtre aborde des relations spéciales. L’Esprit commence habituellement, dans ces exhortations, par les subordonnés, par ceux qui sont placés sous l’autorité d’autrui, plutôt que par ceux qui sont appelés à l’exercer. La sagesse manifestée en cela est évidente. Si celui qui doit être soumis se conduit avec humilité, il n’est rien de plus propre à gagner ceux qui ont à exercer l’autorité. En tout premier lieu donc, nous commençons par la plus importante des relations terrestres, celle de femmes et de maris. La femme, selon ce juste principe, est exhortée avant le mari. Le mot-clé pour la femme est la soumission. « Femmes, soyez soumises à vos maris, comme il convient dans le Seigneur » (v. 18). L’insoumission pour elle est inconvenante déjà quant à la nature, mais plus particulièrement encore dans le Seigneur. La soumission de la femme est convenable dans le Seigneur. Sans aucun doute, l’expression « dans le Seigneur » est aussi une protection pour la femme : si un mari exigeait quelque chose de mauvais, la soumission ne serait pas juste. Cependant, la pensée principale ici est, à mon avis, plutôt l’opportunité de la règle connue en tant que principe chrétien, sans entrer dans la question de savoir comment et quand elle devrait être appliquée.
Comme nous sommes tous un dans le Christ Jésus, quelques-uns en ont déduit que la soumission n’est plus due par la femme, que cela faisait partie de la malédiction et du sort spécial de la femme dans et par la chute, mais que maintenant, lorsqu’elle devient une chrétienne, l’infériorité disparaît de sorte que la femme est dans une égalité absolue avec son mari. L’Écriture nous indique certes une place et une relation dans lesquelles la distinction entre homme et femme disparaît. Par exemple, « si donc vous avez été ressuscités avec le Christ », s’applique d’une manière tout à fait indépendante de l’âge ou du sexe ; l’homme, la femme et l’enfant chrétiens sont également ressuscités en Christ. Mais du moment où vous en venez à la relation spéciale, les distinctions sont respectées. Si quelqu’un se laisse aller à des pensées fausses à cet égard, il est en danger de détruire des principes importants. Le mari abandonnerait sa juste place d’autorité ; il s’ensuivrait que la femme perdrait sa seule place heureuse, celle de la soumission. Et où serait l’enfant chrétien si l’on poursuivait dans cette voie ? Comme enfants de Dieu, sans doute, tous sont sur le même niveau ; père, mère, enfant, s’ils croient, jouissent des mêmes privilèges spirituels. En Christ, les différences quant à la chair et au monde disparaissent entièrement. Mais dès le moment où vous pensez aux relations terrestres (et c’est ce que nous avons ici), des différences notables interviennent qui ont leur pleine valeur, dans ce qui tient à notre vie présente et à notre marche comme chrétiens. La différence entre l’homme, la femme et l’enfant, n’a pas été détruite par la chute ; pas plus qu’elle n’a trouvé son origine dans la chute. Elle existait avant le péché ; la chute ne l’a affectée en aucune façon. Bien loin même d’annuler ces différences, le christianisme les renforce considérablement.
Lorsque l’apôtre défend à une femme d’enseigner, etc., il le fait parce qu’une femme est plus exposée à être trompée qu’un homme. Adam n’a pas été séduit ; il n’était pas meilleur pour autant, car bien qu’il n’ait pas été trompé, il a péché volontairement, ayant les yeux ouverts, alors que la femme a été égarée par faiblesse. L’apôtre en déduit que la femme ne devait ni enseigner ni diriger, ses affections risquant de l’emporter sur son jugement. Un homme sera peut-être plus mauvais, mais il sera moins sujet à être séduit. La femme est facilement gouvernée par ses affections au lieu d’être guidée par un jugement sain. Elle n’est guère portée à manquer du côté des sentiments. Une femme sage montrera sa sagesse en ne se mettant pas à la place de son mari, et encore moins au-dessus de lui. Si elle se compare à lui, elle pourra facilement être induite en erreur ; mais si elle pense au Seigneur, elle mettra plutôt son mari en avant. Le principe de la soumission au mari est ici sans aucune limite. « Comme il convient dans le Seigneur » n’est pas tant une question de mesure, mais exprime que pour les femmes la soumission est une attitude convenable dans le Seigneur.
Ensuite vient l’exhortation aux maris. « Maris, aimez vos femmes et ne vous aigrissez pas contre elles » (v. 19). La femme n’a pas besoin d’être exhortée à aimer son mari ; il est supposé qu’en cela ses affections sont en ordre. Mais il est très possible que le mari laisse l’anxiété et les pressions extérieures de la vie l’occuper à un tel point qu’il n’ait pas suffisamment soin de sa femme ou qu’il ne prenne pas assez part à ses soucis ; telle est donc l’exhortation qui lui est adressée. La femme est nécessairement rejetée sur son mari ; elle quitte son père, sa mère et tout, et dépend particulièrement de son mari. Si celui-ci n’y veille pas, il pourrait manquer de l’amour prévenant, de l’attention de chaque jour, ne contrôlant pas assez son caractère, ce qui semble être la signification de « s’aigrir ». Il devrait avoir cette affection pour la femme, cette vigilance contre la pression des circonstances. Que de fois le monde extérieur occasionne de l’irritation, et alors le mari est exposé à décharger son humeur à la maison, spécialement sur sa femme. C’est là un trait de la nature humaine qui, nous le savons bien, se manifeste trop fréquemment ; mais ce n’est pas Christ ; et ici nous avons la mise en garde. « Maris, aimez vos femmes et ne vous aigrissez pas contre elles ». Que personne ne se permette de juger inutile cet avertissement !
Les parents et les enfants apparaissent dans le même ordre, les pères toutefois étant plus particulièrement mis en évidence. « Enfants, obéissez à vos parents en toutes choses, car cela est agréable dans le Seigneur » (v. 20). Cela aussi est exprimé ici d’une manière tout à fait absolue. Nous savons qu’ailleurs des bornes ont été placées pour nous préserver. Il est évident que ni un père, ni un mari n’ont le droit de réclamer ce qui est contraire au Seigneur ; mais ici, il est supposé que tout est selon Lui. Ce sur quoi l’apôtre insiste, c’est sur le fait que les enfants devraient en toutes choses obéir à leurs parents. Et combien l’obéissance est bonne ! Ailleurs, l’Écriture introduit une limite, mais pas ici. « Enfants, obéissez à vos parents dans le Seigneur » (Éph. 6, 1) pose une restriction très importante ; en tous cas, cela délimite la sphère de l’obéissance et indique comment et jusqu’où on doit aller. En général, même un mauvais père désire avoir un enfant sage. La plupart de ceux qui boivent et jurent seraient très contrariés si leurs fils faisaient de même. Ici nous avons : « Enfants, obéissez à vos parents en toutes choses, car cela est agréable dans le Seigneur ». La traduction « au Seigneur » donnée par quelques versions, présente simplement le Seigneur comme Celui auquel plaît cette obéissance ; tandis que « agréable dans le Seigneur » va beaucoup plus loin. Ce n’est pas le seul fait de regarder au Seigneur comme l’ultime juge qui alors sera satisfait ; mais le chrétien a conscience de l’amour que le Seigneur a actuellement pour nous et de l’intérêt qu’Il porte à toutes nos voies et à toutes nos épreuves jour après jour. Sans doute Il manifestera bientôt Son jugement à l’égard de tout ce qui aura été fait dans le corps ; mais cela ne devrait qu’encourager le chrétien à faire maintenant ce qui est agréable dans le Seigneur. Les meilleures autorités sont unanimes pour lire : « dans le Seigneur » plutôt que « au Seigneur ». Il est agréable que les enfants obéissent à leurs parents chrétiens, non pas seulement comme cela est naturel, mais dans le Seigneur. « Pères, n’irritez pas vos enfants, afin qu’ils ne soient pas découragés » (v. 21). La mère n’est pas exhortée à ce sujet, car en général, sa faute à elle est plutôt de les gâter. Rien ne décourage autant un enfant que des critiques continuelles et injustifiées de la part d’un père. De plus, que peut-il y avoir de plus propre à engendrer chez un enfant la méfiance et à affaiblir par là les ressorts de l’amour et du respect, qu’une punition non méritée ?
Nous en venons maintenant aux membres les plus humbles du foyer de jadis. « Esclaves, obéissez en toutes choses à vos maîtres selon la chair, ne servant pas sous leurs yeux seulement, comme voulant plaire aux hommes, mais en simplicité de cœur, craignant le Seigneur » (v. 22). Dans l’épître aux Colossiens, dans chacun des cas, les termes sont absolus, tandis que dans l’épître aux Éphésiens plus d’une limitation est introduite. Je crois pouvoir l’attribuer à l’état plus heureux et meilleur des Éphésiens. Ils avaient davantage besoin d’être limités par un devoir que d’y être poussés. Les Colossiens au contraire, devaient être exhortés à obéir. Ainsi, par exemple, si un homme est chef d’une famille en bonne condition, il ne lui est pas nécessaire d’insister autant sur l’obéissance que s’il y avait du désordre. Chose étrange à dire, vous trouverez toujours la volonté propre aller de pair avec un esprit légal. Il n’y a jamais de vraie obéissance sans la puissance de la grâce. Quel était entre tous les peuples celui dont le cou était le plus roide ? Les Juifs, ceux-là mêmes qui se glorifiaient de la loi. Vous constaterez que chaque fois que la loi a été prise comme règle de vie pour les chrétiens, eux aussi sont moins obéissants et n’ont pas de scrupule à aller à l’encontre des Écritures. C’était un danger pour les Colossiens — un esprit d’ordonnances et de légalisme.
Personne ne devient obéissant par de bons règlements. Qu’est-ce donc qui produit l’obéissance ? Le cœur doit être rempli de motifs justes ; et qu’est-ce qui opère cela ? L’amour. Aimer une personne crée un sentiment du devoir envers elle et agit sur le cœur. L’obéissance devient ainsi facile. Les règles ne sont jamais la puissance, mais seulement la mise à l’épreuve de l’obéissance dans des cas déterminés. Cela est vrai même des commandements de Christ. Celui qui L’aime, et celui-là seul, les garde. L’amour pousse à obéir ; alors ce que Christ dit — non seulement Ses commandements mais Sa parole — demeure dans nos cœurs, nos esprits et nos mémoires ; tandis que si nous n’aimons pas, combien rapidement tout est oublié ! Jean 14, 21 et 23 établit une différence importante. Le Seigneur parle d’abord de Ses commandements, puis de Sa parole. La vérité est que, pour un cœur aimant, toute expression de volonté, même sans commandement positif, gouverne les affections.
« Esclaves, obéissez en toutes choses à vos maîtres selon la chair ». C’est très important. Des sentiments, des habitudes, etc., ont sans doute été introduits par le christianisme — des difficultés aussi (non pas qu’elles fussent inévitables, mais en raison d’un esprit charnel) — il faut en tenir compte. Un esclave devenait soudain le frère en Christ de son maître ; s’il ne veillait pas, il se serait mis bientôt à juger celui-ci quand à ce qu’il devait dire ou faire. Si son maître devait le blâmer en quelque chose, il aurait pu estimer que son maître avait agi d’une manière dure, charnelle. Combien il est facile de glisser dans un mauvais esprit, particulièrement pour un serviteur, témoin journalier des infirmités du maître, et en danger de le juger selon les mauvaises pensées de son propre cœur ! Mais certes, chacun devait accomplir toutes choses beaucoup mieux après avoir connu Christ qu’avant. L’idée que, sous prétexte qu’ils ont affaire à des chrétiens, les maîtres devraient se contenter de travaux mal accomplis, n’est que de l’égoïsme de la part des serviteurs. Le fait que ceux-ci ne sont maintenant plus des esclaves ne change rien à la chose. En ces jours-là, ils avaient souvent à servir des maîtres païens. Dans tous les cas, la grande affaire est de se souvenir du Seigneur Jésus et de Sa volonté, dans quelque place que ce soit. Il nous a acquis entièrement et nous avons à faire tout ce qu’Il nous demande. Pour bien marcher avec Dieu, il me faut prendre garde à rester dans une position conforme à Sa volonté, où je n’aie rien sur la conscience. Une conscience trop scrupuleuse est toutefois dangereuse, quoique de beaucoup préférable à une conscience chargée ou mauvaise ; mais elle est dangereuse parce que l’effort tend à se relâcher et l’aboutissement en est une mauvaise conscience. Alors qu’il n’y a point de place dans ce monde où l’on ne puisse glorifier Dieu, le péché excepté, naturellement.
« Quoi que vous fassiez, faites-le de cœur, comme pour le Seigneur et non pour les hommes, sachant que du Seigneur vous recevrez la récompense de l’héritage : vous servez le Seigneur Christ » (v. 23, 24). Mais ne soyez pas tellement occupés par le fait que vous servez un maître terrestre ; souvenez-vous que « vous servez le Seigneur Christ ». Ainsi vous serez d’autant plus soumis à votre maître terrestre, faisant de cœur ce que vous accomplissez, non seulement parce que c’est juste, mais de cœur. L’apôtre ajoute ici une parole remarquable. « Car celui qui agit injustement, recevra ce qu’il aura fait injustement ; et il n’y a pas d’acception de personnes » (v. 25). Cela embrasse à la fois le présent et l’avenir ; c’est, je le suppose, un principe général.
La condition des Éphésiens était telle que l’amour de Christ pour l’Église pouvait être développé et placé devant eux. Les Colossiens n’étant pas dans un aussi bon état, sont exhortés sur un terrain moins élevé. Leur conscience avait besoin d’être exercée.