Chapitre 13

À la fin du chapitre précédent, notre Seigneur désavoua tous les liens naturels qui Le liaient à Israël. Je parle là simplement de ce qu’Il mit en évidence quant à l’enseignement ; car nous savons que, historiquement, le moment de la rupture finale avec eux fut la croix. Mais du point de vue du ministère, si je puis parler ainsi, la rupture eut lieu et est indiquée ici. Il prit occasion d’une allusion à Sa mère et à Ses frères, pour dire qui était réellement Sa parenté — non plus ceux qui étaient en relation avec Lui d’après la chair : la seule famille qu’Il pouvait désormais reconnaître était ceux qui faisaient la volonté de Son Père dans les cieux. Il ne reconnaît rien d’autre que le lien formé par la Parole de Dieu reçue dans le cœur et obéie en conséquence. Le Saint Esprit poursuit Son sujet en rapportant, sous une forme qui les associe, un certain nombre de paraboles qui avaient pour but de montrer la source, le caractère, la conduite et les buts de cette nouvelle famille, ou du moins de ceux qui professaient y appartenir. C’est le sujet de Matthieu 13. C’est un exemple frappant de la manière manifeste dont le Saint Esprit a groupé les matériaux sous la forme particulière dans laquelle nous les trouvons ; car nous savons que notre Seigneur prononça davantage de paraboles que celles qui sont données ici. En comparant avec l’évangile de Marc, nous trouvons une parabole qui diffère matériellement de tout ce qui apparaît dans Matthieu. En Marc, c’est une personne qui ensemence le sol et dort, et se lève nuit et jour, attendant la germination et la pleine croissance et le mûrissement du blé, et puis le récolte lui-même. Cela diffère très considérablement de toutes les paraboles du premier évangile ; pourtant, nous savons par Marc que la parabole en question fut prononcée le même jour. « Par plusieurs paraboles de cette sorte, il leur annonçait la parole, selon qu’ils pouvaient l’entendre ; mais il ne leur parlait pas sans parabole… Et en ce jour-là, le soir étant venu, il leur dit : Passons à l’autre rive ».

Tout comme le Saint Esprit sélectionne certaines paraboles en Marc pour les y insérer, alors que d’autres sont laissées de côté (et de même en Luc), c’est aussi le cas dans Matthieu. Le Saint Esprit communique pleinement la pensée de Dieu quant au nouveau témoignage, couramment appelé christianisme, et même chrétienté. Par conséquent, le début même de ce chapitre nous prépare à la nouvelle scène. « En ce jour-là, Jésus, étant sorti de la maison, s’assit près de la mer » (v. 1). Jusqu’à ce moment-là, la maison de Dieu était en rapport avec Israël. Dieu habitait là, dans la mesure où cela pouvait être dit quant à la terre ; Il le considérait comme Son habitation. Mais Jésus sortit de la maison, et s’assit au bord de la mer. Nous savons tous que la mer, dans le langage symbolique de l’Ancien et du Nouveau Testaments, est utilisée pour représenter les masses des hommes, errant dehors ici et là, et qui ne sont pas sous le gouvernement établi de Dieu. « Et de grandes foules étaient rassemblées auprès de lui, de sorte que, montant dans une nacelle, il s’assit ». De là, Il les enseigne. « Et toute la foule se tenait sur le rivage ». L’action même de notre Seigneur indiquait qu’il devait y avoir un témoignage très largement répandu. Les paraboles elles-mêmes ne sont pas limitées à la sphère des actions précédentes de notre Seigneur, mais prennent une portée bien plus vaste que tout ce dont Il avait parlé par le passé. « Il leur dit beaucoup de choses par des paraboles » (v. 3). Il n’est pas indiqué que nous ayons toutes les paraboles qu’a prononcé notre Seigneur ; mais le Saint Esprit nous donne ici sept paraboles liées entre elles, toutes présentées ensemble et regroupées en un système cohérent, comme je vais m’efforcer de le montrer. Le Saint Esprit exerce clairement une certaine autorité, quant aux paraboles choisies ici, car nous savons tous que sept est le nombre scripturaire pour ce qui est complet : qu’il s’agisse de bien ou de mal, spirituellement, sept est le nombre utilisé de façon habituelle. Quand le symbole de douze est utilisé, il exprime l’intégralité, non pas spirituelle, mais quant à ce qui a affaire avec l’homme. Là où l’administration humaine est mise en avant pour réaliser les desseins de Dieu, là le nombre douze apparaît. C’est pourquoi nous avons les douze apôtres, qui ont une relation spéciale avec les douze tribus d’Israël ; mais quand l’Église doit être présentée, nous entendons de nouveau le nombre sept — « les sept assemblées ». Quoi qu’il en soit, nous avons ici sept paraboles, dans le but de donner un récit complet du nouvel ordre de choses qui allait commencer — la chrétienté ou le christianisme, le véritable comme le faux.

La première question qui se pose alors est : Comment se fait-il que nous avons cette série de paraboles ici et nulle part ailleurs ? Certaines d’entre elles se trouvent dans Marc, et certaines dans Luc ; mais nulle part, sinon en Matthieu, nous n’avons les sept, la liste complète. La réponse est celle-ci : Rien ne peut être plus beau, ou plus approprié, que le fait qu’elles sont données dans un évangile qui présente Jésus comme le Messie à Israël ; alors dans Sa réjection, montrant ce que Dieu voulait introduire ensuite. Pour les disciples, alors que leurs espérances s’évanouissaient, que pouvait-il y avoir de plus profondément intéressant que de connaître la nature et la fin de ce témoignage ? Si le Seigneur allait envoyer Sa parole parmi les Gentils, quel en serait le résultat ? Par conséquent, l’évangile de Matthieu est le seul qui nous donne une esquisse complète du royaume des cieux ; comme il nous donne aussi l’indication que le Seigneur allait bâtir l’Assemblée. C’est seulement dans Matthieu que nous avons ces deux choses dévoilées. Je réserve cependant cela pour un autre jour ; mais je dois faire observer que le royaume des cieux n’est pas la même chose que l’Assemblée, mais plutôt la scène où l’autorité de Christ est reconnue, au moins extérieurement. Cela peut être réel ou pas, mais tout chrétien professant se trouve dans le royaume des cieux. Toute personne qui, même dans un rite extérieur, confesse Christ, n’est pas un simple Juif ou Gentil, mais est dans le royaume. C’est une chose très différente que d’être un homme né de nouveau et baptisé par le Saint Esprit dans le corps de Christ. Quiconque porte le nom de Christ appartient au royaume des cieux. Il se peut qu’il ne soit là qu’un plant d’ivraie, mais toutefois, il est là. C’est une chose très solennelle. Là où Christ est confessé extérieurement, il y a une responsabilité qui dépasse ce qui s’attache au reste du monde.

La première parabole était clairement vraie quand notre Seigneur était sur la terre. Elle est très générale, et peut s’appliquer au Seigneur en personne ou en esprit. C’est pourquoi il peut être dit qu’elle se poursuit toujours ; car nous trouvons, dans la deuxième parabole, le Seigneur présenté de nouveau, toujours semant la bonne semence : seulement là, c’est le « royaume des cieux » qui est fait semblable à un homme qui sème de bonne semence dans son champ. La première est l’œuvre de Christ en publiant la Parole parmi les hommes, tandis qu’Il était ici-bas. La seconde s’applique plutôt à notre Seigneur semant par le moyen de Ses serviteurs ; c’est-à-dire, le Saint Esprit opérant par eux selon la volonté du Seigneur tandis qu’Il est en haut, le royaume des cieux étant alors établi. Cela fournit d’emblée une clé importante pour l’ensemble du sujet. Mais dans la mesure où le sujet de la première parabole est très général, il y a beaucoup de choses dans tout son enseignement moral qui s’appliquent aussi bien maintenant que quand notre Seigneur était sur la terre. « Un semeur sortit pour semer » — assurément une vérité de poids. Ce n’était pas ainsi que les Juifs attendaient leur Messie. Les prophètes avaient rendu témoignage à un dirigeant glorieux, qui établirait Son royaume au milieu d’eux. Sans doute, il y avait des prédictions claires de Ses souffrances aussi bien que de Son exaltation. Notre parabole ne décrit ni les souffrances ni la gloire extérieure ; mais une œuvre poursuivie par le Seigneur, d’un caractère distinct de tout ce que les Juifs auraient naturellement déduit de l’ensemble des prophéties. Néanmoins, notre Seigneur, me semble-t-il, faisait allusion à Ésaïe. Ce n’est pas exactement l’évangile de la grâce et du salut pour les pauvres, les méchants et les coupables, mais c’en est un qui, au lieu de venir réclamer les fruits de la vigne établie en Israël, dut commencer une œuvre entièrement nouvelle. Un semeur sortant pour semer indique évidemment le début de ce qui n’existait pas auparavant. Le Seigneur commence une œuvre, qui n’était pas connue dans le monde précédemment. « Et comme il semait, quelques grains tombèrent le long du chemin, et les oiseaux vinrent et les dévorèrent ». C’était clairement le cas le plus désespéré de tous. Il était nul et stérile, non pas à cause de la semence, mais du fait de l’activité destructrice des oiseaux qui dévorèrent ce qui avait été semé.

Ensuite, nous avons : « D’autres tombèrent sur les endroits rocailleux, où ils n’avaient pas beaucoup de terre ; et aussitôt ils levèrent, parce qu’ils n’avaient pas une terre profonde ». Il y avait, dans ce cas, une apparence plus prometteuse. La parole était reçue, mais le terrain était rocailleux ; il n’y avait pas une terre profonde. Les apparences se manifestent très rapidement — « aussitôt ils levèrent ». Il y a peu, ou pas, de sentiment de péché. Tout est accepté, mais trop aisément. « Le plan du salut » peut être considéré comme excellent ; l’esprit peut être éclairé d’une façon indéniable ; mais celui qui est tel n’a jamais mesuré son affreuse condition au regard de Dieu. La bonne parole de Dieu est goûtée, mais le terrain est rocailleux. La conscience n’a pas bien été exercée. Alors que, dans un véritable travail de cœur, la conscience est le sol dans lequel la Parole de Dieu prend effet. Il ne peut jamais y avoir de véritable travail de Dieu sans un sentiment de péché. Quand les sentiments sont échauffés et excités, mais que le péché est traité légèrement, c’est le cas dont il est parlé ici — la Parole reçue immédiatement, mais le terrain demeurant en réalité non brisé — rocailleux. Il n’y a pas de racine, parce qu’il n’y a pas une terre profonde : en conséquence, « le soleil s’étant levé, ils furent brûlés, et parce qu’ils n’avaient pas de racine, ils séchèrent ».

Mais, de plus, « d’autres tombèrent entre les épines, et les épines montèrent et les étouffèrent ». C’est un autre cas ; non pas exactement celui où le cœur a reçu immédiatement la Parole. Et nous devrions avoir aussi peu confiance dans le cœur que dans la tête. La chair est différente selon les individus. Certains peuvent avoir plus de réflexion, et d’autres plus de sentiments. Mais aucun des deux ne peut recevoir la Parole de Dieu à salut, à moins que le Saint Esprit n’agisse sur la conscience et produise le sentiment d’être entièrement perdu. Là où c’est le cas, c’est une véritable œuvre de Dieu, que les peines et les difficultés ne font qu’approfondir. Ceux qui reçoivent la semence au milieu des épines sont une classe dévorée par les soucis de ce siècle, et menée en avant par la tromperie des richesses, qui étouffent la parole, de sorte qu’aucun fruit ne parvient à maturité.

Mais maintenant vient le bon terrain. « D’autres tombèrent sur une bonne terre et produisirent du fruit, l’un cent, l’autre soixante, l’autre trente. Qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende » (v. 8, 9). Le semeur ici est le Seigneur Lui-même, quoique sur les quatre semences jetées, trois soient infructueuses. C’est seulement dans le dernier cas que la semence porte du fruit mûr ; et même là, les résultats sont variables et entravés — « l’un cent, l’autre soixante, l’autre trente » — des choses naturelles gênent encore plus ou moins la fécondité.

Quelle histoire du cœur de l’homme et du monde nous dévoilent ces paraboles ! Même là où le cœur ne refuse pas, mais reçoit extérieurement la vérité, il peut l’abandonner aussi rapidement. La même volonté qui a fait qu’un homme a reçu volontiers l’évangile, lui fait l’abandonner en face des difficultés. Mais, dans certains cas, la Parole produit des effets bénis. Elle tombe sur une bonne terre, et produit du fruit à des degrés divers. « Qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende ». C’est un avertissement solennel pour les âmes, à bien considérer si elles produisent ou non du fruit selon la vérité qu’elles ont reçu.

Les disciples s’approchent maintenant et Lui disent : « Pourquoi leur parles-tu en paraboles ? », et le Seigneur en fait une occasion pour leur expliquer ces choses. « Lui, répondant, leur dit : C’est parce qu’à vous il est donné de connaître les mystères du royaume des cieux ; mais à eux, il n’est pas donné ». La même parabole serait comme la nuée d’Israël au jour d’autrefois — pleine de lumière pour ceux qui l’avaient, pleine d’obscurité pour ceux qui étaient dehors. Il en est ainsi avec les paroles de notre Seigneur. La crise avec Israël incrédule était si solennelle désormais, qu’il n’était pas dans Son intention de donner davantage de lumière. La conscience s’en était allée. Ils avaient eu le Seigneur au milieu d’eux, apportant la pleine lumière, et Il avait été refusé, en particulier par les conducteurs religieux. Il avait maintenant rompu avec eux : c’était là ce qui expliquait Sa conduite. « À vous il est donné de connaître », etc. Ce n’était pas donné à la foule, et cela, parce qu’ils avaient déjà rejeté les preuves les plus claires possibles que Jésus était le Messie de Dieu. Mais, comme Il le dit ici, « À quiconque a, il sera donné, et il sera dans l’abondance ». Tel était le cas des disciples. Ils avaient déjà reçu Sa personne, et maintenant le Seigneur veut leur fournir la vérité pour les conduire. « Mais à quiconque n’a pas » (Israël qui rejetait Christ) « cela même qu’il a sera ôté » — la présence corporelle du Seigneur et la preuve des miracles allaient bientôt disparaître. « C’est pourquoi je leur parle en paraboles, parce que voyant ils ne voient pas, et qu’entendant ils n’entendent ni ne comprennent » (v. 13). Cette sentence judiciaire d’aveuglement qu’Ésaïe avait prononcée à leur encontre des siècles auparavant, allait maintenant être scellée, quoique le Saint Esprit leur donne encore un nouveau témoignage. Et ce passage même est cité ensuite pour bien indiquer que c’est une chose terminée avec Israël. Ils ont mieux aimé les ténèbres que la lumière. À quoi sert une lumière pour quelqu’un qui ferme ses yeux ? C’est pourquoi la lumière serait aussi ôtée. « Mais bienheureux sont vos yeux, car ils voient, et vos oreilles, car elles entendent ; car en vérité, je vous dis, que plusieurs prophètes et plusieurs justes ont désiré de voir les choses que vous voyez, et ils ne les ont pas vues, et d’entendre les choses que vous entendez, et ils ne les ont pas entendues » (v. 16, 17).

Alors vient l’explication de la parabole. Nous avons la signification des « oiseaux » qui nous est donnée. Ce n’est pas laissé à notre propre supposition. « Toutes les fois que quelqu’un entend la parole du royaume » (ce qui était alors prêché : ce n’est pas exactement la parole de l’évangile, mais « du royaume ») « et ne la comprends pas », etc. En Luc, elle n’est pas appelée « la parole du royaume », et il n’est pas non plus dit : « ne la comprends pas ». Il est intéressant d’observer la différence, parce qu’elle montre la manière selon laquelle l’Esprit Saint a agi dans cet évangile. Comparez avec Luc 13. La première de ces paraboles nous est donnée en Luc 8, 11 : « Or voici ce qu’est la parabole : La semence est la parole de Dieu » — non pas la parole du royaume, mais « de Dieu ». Il y a, bien sûr, bien des choses en commun entre les deux ; mais l’Esprit avait une sage raison pour utiliser des expressions différentes. Ce serait plutôt donner une opportunité à un ennemi, s’il n’y avait pas eu certaines bonnes raisons pour cela. Je répète que c’est « la parole du royaume » en Matthieu, et « de Dieu » dans Luc. Dans ce dernier, nous avons « qu’en croyant », et dans le premier, « qu’ils ne comprennent ». Que nous enseigne la différence ? Il est clair que, dans Matthieu, le Saint Esprit a particulièrement en vue le peuple juif ; alors qu’en Luc, le Seigneur a tout spécialement les Gentils devant Lui. Ils comprenaient qu’il y avait un grand royaume que Dieu allait établir, destiné à engloutir tous leurs royaumes. Avec les Juifs, déjà familiers avec la Parole de Dieu, le grand point était de comprendre ce que Dieu enseignait — ce que la propre justice ne comprend jamais. Vous pourriez être contredit si vous aviez dit à un Juif : Vous ne croyez pas ce qu’Ésaïe dit ; et vient une sérieuse question : L’avez-vous compris ? Mais pour le Gentil, qui n’avait pas les oracles vivants, au lieu de se reposer sur sa propre sagesse, la question était de croire ce que Dieu disait ; et c’est ce que nous trouvons dans Luc. Dans Matthieu, s’adressant à un peuple qui avait déjà la Parole, la grande chose était de la comprendre. Ce n’était pas leur cas. Le Seigneur montre que, s’ils entendaient de leurs oreilles, ils ne comprenaient pas de leurs cœurs. Cette différence, en lien avec les idées et buts différents des deux évangiles, est également intéressante et instructive.

« Toutes les fois que quelqu’un entend la parole du royaume, et ne la comprend pas » (v. 19). Nous apprenons de ceci une autre vérité solennelle : la grande chose qui entrave la compréhension spirituelle est les préjugés religieux. Les Juifs étaient accusés de ne pas comprendre. Ils n’étaient ni idolâtres, ni ouvertement infidèles, mais ils avaient un système de religion dans leurs pensées, dans lequel ils avaient été élevés dès l’enfance, système qui obscurcissait leur intelligence de ce que le Seigneur manifestait. Il en est de même maintenant. Mais parmi les Gentils, quoique l’état soit moralement mauvais, pourtant, dans un désert aride, la Parole de Dieu peut être librement semée et, par grâce, être crue. Ce n’est pas le cas là où on a été nourri d’ordonnances et de superstitions : là, la difficulté est de comprendre la Parole. « Alors le méchant vient et ravit ce qui est semé dans le cœur ». Ce qui correspond aux oiseaux, dans la première parabole, comme nous l’avons vu, c’est le méchant qui ôte la parole du royaume aussitôt qu’elle est semée.

« Et celui qui a été semé sur les endroits rocailleux, c’est celui qui entend la parole, et qui la reçoit aussitôt avec joie » (v. 20). Là, vous avez le cœur, remué dans ses affections, mais sans exercice de conscience. La Parole est reçue aussitôt avec joie. Il y a une grande allégresse à son sujet, mais cela s’arrête là. C’est seulement le Saint Esprit agissant sur la conscience qui montre ce que sont les choses au regard de Dieu. « Mais il n’a pas de racine en lui-même, mais n’est que pour un temps : et quand la tribulation ou la persécution survient à cause de la parole, il est aussitôt scandalisé ».

Puis nous trouvons le terrain avec les épines : « Celui qui a été semé dans les épines, c’est celui qui entend la parole ; et les soucis de ce siècle et la tromperie des richesses étouffent la parole, et il est sans fruit ». C’est un cas qui peut avoir semblé être prometteur pendant un temps ; mais les soucis de ce monde, ou l’aisance facile de la prospérité ici-bas, l’ont rendu stérile, et tout est perdu. « Et celui qui a été semé sur la bonne terre, c’est celui qui entend et comprend la parole » (partout, il s’agit d’une compréhension spirituelle), « qui aussi porte du fruit, et produit l’un cent, l’autre soixante, l’autre trente ».

Nous en arrivons maintenant à la première des similitudes du royaume des cieux. La parabole du semeur était le travail préparatoire de notre Seigneur sur la terre. « Il leur proposa une autre parabole, disant : Le royaume des cieux a été fait semblable à un homme qui semait de bonne semence dans son champ. Mais pendant que les hommes dormaient, son ennemi vint et sema de l’ivraie parmi le froment, et s’en alla » (v. 24, 25) — exactement ce qui s’est produit dans la profession de Christ. Il y a deux choses nécessaires à l’intrusion du mal au milieu des chrétiens. La première est le manque de vigilance des chrétiens eux-mêmes. Ils deviennent négligents, ils dorment ; et l’ennemi vient et sème l’ivraie. Cela a commencé très tôt dans la chrétienté. Nous en trouvons les germes déjà dans les Actes, et encore davantage dans les épîtres. 1 Thessaloniciens est la première épître inspirée qu’ait écrite l’apôtre Paul ; et la seconde fut écrite peu après. Là, il leur dit que le mystère d’iniquité opérait déjà ; que l’apostasie et l’homme de péché devaient suivre ; et que quand l’iniquité serait pleinement manifestée (au lieu d’œuvrer en secret), alors le Seigneur mettrait fin à l’inique et à tous ceux qui lui sont liés. Le mystère d’iniquité est semblable à semer l’ivraie, dont il est parlé ici. Quelque temps après, « lorsque la tige monta et produisit du fruit » — quand le christianisme commença à faire de rapides progrès sur la terre, « alors l’ivraie aussi parut ». Mais il est évident que l’ivraie avait été semée presque immédiatement après la bonne semence. Quelle que soit l’œuvre de Dieu, Satan est toujours sur ses talons. Quand l’homme fut créé, il écouta le serpent, et tomba. Quand Dieu donna la loi, elle fut violée avant même d’être remise entre les mains d’Israël. Telle a toujours été l’histoire de l’homme.

Ainsi le méfait est fait dans le champ, et jamais réparé. L’ivraie n’est pas ôtée du champ pour le moment : il n’y a pas de jugement sur elle. Cela veut-il dire que nous devions avoir de l’ivraie dans l’Assemblée ? Si le royaume des cieux signifiait l’Assemblée, il ne pourrait pas y avoir de discipline du tout : l’impureté de chair ou d’esprit, ceux qui jurent, les ivrognes, les adultères, les schismatiques, les hérétiques, les antichrists, devraient être tolérés en elle. Voilà l’importance de comprendre la distinction entre l’Assemblée et le royaume. De l’ivraie qui est maintenant dans le royaume des cieux, le Seigneur dit : « Laissez-les croître tous deux ensemble jusqu’à la moisson » (v. 30), c’est-à-dire, jusqu’à ce qu’Il vienne en jugement. Si le royaume des cieux était identique à l’Assemblée, il s’agirait, je le répète, de rien de moins que ceci : qu’aucun mal, quelque flagrant ou évident qu’il soit, ne peut être mis hors de l’Assemblée jusqu’au jour du jugement. Nous voyons alors l’importance de faire ces distinctions, que trop méprisent. Elles sont de toute importance pour la vérité et la sainteté ; il n’y a pas un seul mot de la Parole de Dieu dont nous puissions nous passer.

Mais cette parabole n’a rien à voir avec la question de la communion de l’Assemblée. C’est du « royaume des cieux » dont il est parlé — la scène de la confession de Christ, véritable ou non. Ainsi Grecs, Coptes, Nestoriens, Catholiques romains, aussi bien que Protestants, sont dans le royaume des cieux ; non pas seulement les croyants, mais tous ceux qui professent extérieurement le nom de Christ. Certains peuvent être immoraux ou hérétiques, mais ils ne sont pas pour autant ôtés du royaume des cieux. Mais serait-il juste de recevoir de tels à la table du Seigneur ? À Dieu ne plaise ! L’Église (l’Assemblée de Dieu) et le royaume des cieux sont deux choses différentes. Une personne qui tombe dans un péché manifeste n’est pas autorisée à avoir part à la communion de l’Assemblée ; mais vous ne pouvez pas la mettre hors du royaume des cieux. En fait, cela ne peut être fait qu’en lui ôtant la vie ; car le déracinement de l’ivraie implique cela. Et c’est ce en quoi est tombé le christianisme mondain, dans un laps de temps assez court après que les apôtres aient quitté la terre. Les punitions temporelles furent introduites comme discipline ; des lois furent faites dans le but de livrer les réfractaires au pouvoir civil assujetti. S’ils n’honoraient pas la soi-disant église, ils ne devaient pas être laissés en vie. Ainsi, le mal même contre lequel notre Seigneur mettait en garde les disciples, advint ; et l’empereur Constantin utilisa l’épée pour réprimer les contrevenants ecclésiastiques. Lui et ses successeurs introduisirent les punitions temporelles pour traiter l’ivraie, pour essayer de la déraciner. Prenez l’église de Rome, où vous avez d’une manière si complète la confusion de l’Église avec le royaume des cieux : ils prétendent, si un homme est un hérétique, le remettre aux tribunaux de ce monde pour être brûlé ; et ils ne confessent ou ne corrigent jamais le mal, parce qu’ils prétendent être infaillibles. En supposant même que leurs victimes étaient de l’ivraie, c’est les ôter du royaume. Si vous déracinez une ivraie du champ, vous la tuez. Il peuvent être des hommes qui profanent ouvertement le nom de Dieu ; mais nous devons laisser Dieu s’en occuper.

Quant à la responsabilité du chrétien envers ceux qui entourent la table du Seigneur, nous avons des instructions complètes dans ce qui est écrit au sujet de l’Assemblée. « Le champ est le monde » ; mais l’Assemblée embrasse seulement ceux qui sont membres du corps de Christ. Prenez 1 Corinthiens, où le Saint Esprit nous donne l’ordre de la maison de Dieu et sa discipline. Supposez que certains là sont coupables d’un péché sans s’en repentir ; de telles personnes ne doivent pas être reconnues, tant qu’elles persistent dans ce péché. Un vrai saint peut tomber dans un péché manifeste, mais l’Assemblée, le sachant, est tenue d’intervenir pour exprimer le jugement de Dieu sur le péché. S’ils permettaient délibérément à un tel de s’approcher de la table du Seigneur, ils rendraient, de fait, le Seigneur participant de ce péché. La question n’est pas si la personne est ou non convertie. S’ils sont inconvertis, les hommes n’ont rien affaire avec l’Assemblée ; s’ils sont convertis, le péché ne doit pas être négligé. Les coupables ne sont pas mis hors du royaume des cieux ; ils doivent être mis hors de l’Assemblée. De sorte que l’enseignement de la Parole de Dieu est des plus clair quant à ces deux vérités. C’est une erreur d’utiliser des punitions mondaines pour traiter une personne méchante dans le domaine spirituel. Je peux chercher le bien de son âme, et maintenir l’honneur de Dieu quant au péché, mais ce n’est pas une raison pour utiliser une punition mondaine. Les inconvertis doivent être jugés par le Seigneur à Son apparition. C’est l’enseignement de la parabole de l’ivraie ; et cela donne une vue très solennelle du christianisme. Il y a un remède pour le mal qui entre dans l’Assemblée, mais pas encore pour le mal dans le monde.

C’est le seul évangile qui contient la parabole de l’ivraie. Luc donne celle du levain. Matthieu a aussi l’ivraie. Elle enseigne de façon particulière la patience pour le temps présent, en contraste avec les actions judiciaires juives, ainsi qu’avec leur juste attente d’un champ nettoyé sous le règne du Messie. Les Juifs diraient : Pourquoi permettrions-nous des ennemis, des hérétiques impies ? Même quand notre Seigneur était ici-bas, et que quelques Samaritains ne Le recevaient pas, Jacques et Jean voulaient commander au feu de descendre du ciel pour les consumer. Mais le Seigneur n’était pas venu alors pour le jugement, mais pour sauver. Le jugement du monde doit attendre Son retour.

Mais nous avons une instruction supplémentaire. « Laissez-les croître tous deux ensemble jusqu’à la moisson ; et au temps de la moisson, je dirai aux moissonneurs : Cueillez premièrement l’ivraie, et liez-la en bottes pour la brûler, mais assemblez le froment dans mon grenier » (v. 30). Ainsi, les saints célestes doivent être assemblés dans le grenier du Seigneur, être enlevés de la terre au ciel. Mais « le temps de la moisson » implique une certaine période occupée par les différentes opérations de rassemblement. Il n’est pas dit que le froment doit être lié en faisceaux pour être pris dans le ciel. Il n’y a pas d’indication d’un travail préparatoire particulier concernant les saints avant qu’ils ne soient pris. Mais il y a une opération de Dieu telle pour l’ivraie. Les anges doivent assembler l’ivraie en bottes avant que le Seigneur ne les ôte du champ. Je ne prétends pas dire comment cela aura lieu, ou si le système des associations dans le temps actuel ne prépare pas le chemin pour l’action finale du Seigneur pour ce qui concerne l’ivraie. Mais le principe de l’association mondaine se développe rapidement.

La parabole du champ de blé a pleinement montré, ce qui a dû être un coup inattendu pour les pensées des disciples, que la dispensation qui s’ouvrait manquerait, en ce qui concerne la responsabilité de l’homme de maintenir la gloire de Dieu, aussi complètement que la précédente. Israël avait déshonoré Dieu ; ils avaient apporté sur la terre, non la délivrance, mais la honte et la confusion ; ils avaient manqué sous la loi, et rejetteraient la grâce si complètement que le Roi serait obligé d’envoyer Ses armées pour détruire ces meurtriers et brûler leur ville. Mais s’il devait y avoir une nouvelle œuvre en rassemblant les disciples au nom de Jésus par la parole qui leur était prêchée, cela aussi devait-il être gâté entre les mains de l’homme ? Le salut des âmes est de fait en sécurité dans les mains de Dieu ; mais l’épreuve de ce qui est confié à la responsabilité de l’homme s’avère maintenant, comme toujours, un complet échec. L’homme n’a pas atteint à la gloire de Dieu dans le paradis, et en dehors, il a corrompu sa voie et rempli la terre de violence. Après cela, Dieu a choisi un peuple pour être mis à l’épreuve, et ils sont tombés. Et maintenant vient une nouvelle épreuve : Qu’en serait-il des disciples qui professaient le nom de Christ ? La réponse a été donnée : « Pendant que les hommes dormaient, l’ennemi sema de l’ivraie » ; et la déclaration solennelle annonce qu’aucun zèle de leur part ne pourrait remédier au mal. Ils pouvaient être eux-mêmes fidèles et sérieux ; mais le mal qui avait été fait par l’introduction de l’ivraie — de faux professants du nom de Christ — ne serait jamais éradiqué. Le Seigneur parle évidemment du vaste champ de la profession chrétienne, et du triste fait que le mal devait être introduit dès le commencement ; et, une fois introduit, il n’en serait jamais chassé, jusqu’à ce que le Seigneur Lui-même revienne en jugement et, par Ses anges, rassemble l’ivraie en bottes pour les brûler, tandis que le froment est assemblé dans le grenier.

Si l’Église est dans nos pensées en lisant Matthieu 13, nous ne pourrons jamais comprendre ce chapitre. « Le champ est le monde » — la sphère où le nom du Seigneur est professé, et qui s’étend bien au-delà de ce qui peut être appelé l’Église. Il peut y avoir, et il y a, bien des personnes qui s’appellent chrétiens, et qui pourtant montrent par leurs voies qu’il n’y a aucune foi réelle en elles. Celles-ci sont appelées « ivraie ». Il y en a beaucoup qui, quoiqu’aucun ne se croit né de Dieu, seraient pourtant choqués s’ils étaient considérés comme des infidèles. Ils reconnaissent Christ comme le Sauveur du monde, le vrai Messie, mais c’est totalement inopérant dans leur âme, comme ceux qui croyaient en Christ quand ils voyaient les miracles qu’Il faisait (Jean 2, 23). Jésus Lui-même ne se fie pas à eux, pas plus maintenant qu’Il ne le faisait alors.

La parabole suivante indique que le mal ne serait pas simplement le mélange d’une fausse profession, mais que quelque chose de tout à fait différent devait sûrement s’ensuivre. Elle peut être en relation avec l’ivraie, et provenir d’elle ; mais une autre parabole était nécessaire pour la manifester. En commençant avec la plus petite des semences, la plus humble au jugement de ce monde, il devait y avoir ce qui prendrait de vastes proportions sur la terre, qui enfoncerait ses racines profondément dans les institutions des hommes, et élèverait un système de grande puissance et d’influence terrestre. C’est le grain de moutarde croissant en un grand arbre, dans les branches duquel les oiseaux des cieux viennent et demeurent. Le Seigneur a déjà expliqué ces derniers comme étant le méchant, ou ses émissaires (comp. v. 4, 19). Nous ne devons jamais nous écarter de la signification d’un symbole, dans un chapitre, à moins qu’il n’y ait quelque raison nouvelle et expresse pour cela, ce qui ne paraît pas être le cas ici. Ainsi, nous avons la plus petite de toutes les semences qui croît en quelque chose comme un arbre ; et de ce très petit commencement provient un tronc avec des branches suffisantes pour fournir un abri et une demeure aux oiseaux du ciel. Quel changement, pour la profession chrétienne ! Le destructeur est maintenant logé dans son sein !

Puis suit la troisième parabole, de nouveau d’une nature différente. Ce n’est pas une semence, bonne ou mauvaise. Ce n’est pas ce qui est petit devenant grand et élevé, une puissance protectrice sur la terre, et dans quel but ? Mais ici, nous trouvons qu’il y aurait une diffusion de la doctrine à l’intérieur — « le levain », utilisé ici, comme ailleurs, pour la doctrine. Par exemple, nous avons « la doctrine des pharisiens et des sadducéens », que notre Seigneur appelle levain. La pensée ici est de symboliser ce qui diffuse et imprègne tout ce qui lui est exposé. « Le royaume des cieux est semblable à du levain qu’une femme prit et qu’elle cacha parmi trois mesures de farine, jusqu’à ce que tout fût levé » (v. 33). Il n’est pas légitime de supposer que les trois mesures de farine signifient le monde entier, comme beaucoup l’ont fait, et le font encore[9]. Ce n’est pas ainsi que l’on trouve d’habitude la vérité. Nous savons ce qu’est le cœur, et nous pouvons en déduire que la doctrine qui est si complètement répandue sous le nom de Christ doit être bien éloignée de sa pureté d’origine, quand elle devient bien accueillie par la masse des hommes. Nous avons, de plus, vu l’ivraie — qui n’implique rien de bon — mêlée avec le froment. Nous avons eu le grain de moutarde croissant en un arbre, et abritant de façon étrange les oiseaux du ciel, qui autrefois s’en étaient pris à la semence que semait Christ. De nouveau, quand on trouve symboliquement « le levain » dans la Parole de Dieu, il n’est jamais employé autrement que pour caractériser la corruption qui tend à œuvrer activement et à se répandre ; de sorte qu’on ne peut pas supposer qu’il représente l’extension de l’évangile. Sa signification, je n’en doute pas, est un système de doctrine qui remplit et donne le ton à une certaine masse donnée d’hommes. D’un autre côté, l’évangile est la semence — la semence incorruptible — de vie, comme étant le témoignage de Dieu à Christ et à Son œuvre. Nulle part, le levain n’a à voir avec Christ ou avec le don de la vie, mais bien tout le contraire. C’est pourquoi il n’y a pas la moindre analogie entre l’action du levain et la réception de la vie en Christ par l’évangile. Je crois que le levain ici manifeste la propagation des dogmes et des décrets, après que la chrétienté est devenue une grande puissance sur la terre (répondant à l’arbre — ce qui fut historiquement le cas au temps de Constantin le Grand). Nous savons que le résultat de cela fut un affreux éloignement de la vérité. Quand le christianisme crût en respectabilité dans le monde, au lieu d’être persécuté et en opprobre, des foules d’hommes y furent introduites. Une armée entière fut baptisée à un mot de commandement. Désormais, l’épée était utilisée pour défendre ou imposer le christianisme.

Remarquez aussi qu’ainsi, l’interprétation en découle harmonieusement. Nous avons des paraboles consacrées à des choses différentes, qui ont une certaine mesure d’analogie l’une avec l’autre, et pourtant mettent en avant des vérités distinctes, dans un ordre qui ne peut que se recommander à un esprit spirituel sans préjugés. Une bonne compréhension dépend en grande partie de ce qui est entendu par « le royaume des cieux ». N’oublions pas que c’est simplement l’autorité du Seigneur dans le ciel, reconnue sur la terre. Quand elle devient une chose que le monde prend en compte comme puissance civilisatrice sur la terre, ce n’est plus le simple champ semé de bonne semence, que l’ennemi a gâté avec de la mauvaise, mais c’est l’arbre imposant et le levain travaillant profondément dans l’ensemble. Telle est la conclusion très inattendue que fait notre Seigneur. La foule peut admirer, mais le sage comprendra. Les disciples ont besoin d’être instruits sur le fait qu’il devait y avoir un état de choses totalement différent de ce qu’ils attendaient ; que bien que le Messie soit venu, Il allait s’en aller ; que, tandis qu’Il serait dans le ciel, le royaume serait introduit en patience, non en puissance — mystérieusement, et non pas encore à la vue de tous ; et qu’à l’intérieur, le diable serait autorisé à œuvrer tout comme avant, ne faisant que mettre à profit son avantage habituel pour gâter et corrompre d’une manière particulière, la nouvelle vérité et la nouvelle condition qui allaient être introduites.

Jusqu’ici donc, ces paraboles montrent la croissance graduelle du mal. Tout d’abord, il y a le mélange d’un peu de mal avec une grande quantité de bien, comme dans le cas du champ de blé. Puis l’ascension de ce qui est élevé et influent, à partir de l’origine humble du christianisme primitif. Au lieu d’avoir de la tribulation dans le monde, le corps chrétien devient un patron ou un bienfaiteur, y exerçant l’autorité, et les plus grands ambitieux du monde le recherchent pour ce qu’ils désirent. Après cela, une grande propagation de la doctrine appropriée aux conditions mondaines s’ensuit, alors que la folie du paganisme et l’étroitesse du judaïsme sont devenus plus apparents aux hommes, et alors que leurs intérêts les portaient vers le nouveau système mondain.

Un changement est alors marqué. Le Seigneur cesse de s’adresser à la foule, qui avait été en vue jusque-là. Comme il est dit : « Jésus dit toutes ces choses aux foules en paraboles, et sans parabole il ne leur disait rien ». Mais maintenant, Jésus renvoie la foule, et entre dans la maison. J’attire votre attention sur ce fait, parce que cela divise les paraboles et inaugure un ensemble distinct. Les paraboles qui suivent n’étaient pas de nature à pouvoir être vues ou saisies par la foule. Dans la séparation entre ces trois dernières paraboles d’avec les quatre précédentes, nous avons une analogie avec ces fêtes établies en Lévitique 23, où après la Pâque et les pains sans levain, l’offrande des prémices et la fête des semaines, qui se suivaient l’une l’autre, vous avez une interruption ; après quoi vient la fête des trompettes, des propitiations et, enfin, des tabernacles. L’apôtre nous enseigne que Christ notre pâque a été sacrifié pour nous ; de sorte que nous devons célébrer la fête des pains sans levain qui lui était inséparablement liée. Puis nous avons la résurrection de Christ — la gerbe des prémices, suivie de la Pentecôte, comme nous le lisons en Actes 2 : « comme le jour de la Pentecôte s’accomplissait ». Ces fêtes sont accomplies en nous, chrétiens. Mais la fête des trompettes, le jour des propitiations et la fête des tabernacles, qui suivent les quatre premières, il serait absurde de les appliquer à l’Église ; leur application sera pour les Juifs. Ainsi, comme au milieu de Lévitique 23, la division indique un nouvel ordre de sujets, il en est de même dans ce chapitre, où elle est aussi marquée. Et tandis que les premières paraboles s’appliquent à la profession extérieure du nom de Christ, les dernières se rapportent spécialement et intimement à ce qui concerne les vrais chrétiens. La foule ne pouvait pas y entrer. Elles étaient les secrets de la famille et c’est pourquoi le Seigneur appelle les disciples dedans, et là, Il les leur dévoile toutes.

Mais avant d’entrer dans un nouveau sujet, Il donne plus d’information sur le précédent. Les disciples Lui demandent : « Expose-nous la parabole de l’ivraie du champ ». Tout ignorants qu’ils soient, ils avaient cependant confiance dans leur Seigneur, et ce dont Il avait parlé, Il était désireux de l’expliquer. « Et lui, répondant, leur dit : Celui qui sème la bonne semence, c’est le fils de l’homme ; et le champ, c’est le monde ; et la bonne semence, ce sont les fils du royaume ; et l’ivraie, ce sont les fils du méchant » (v. 37, 38). Le Fils de l’homme et le méchant, on l’a fait remarquer à juste titre, sont opposés l’un à l’autre. Comme dans la Trinité, nous savons qu’il y a une part appropriée portée par chaque personne bénie dans Son œuvre de bénédiction, ainsi le triste contraste apparaît dans le mal extérieur. Comme le Père manifeste spécialement Son amour, et sépare du monde par la révélation de celui-ci en Christ ; comme vous avez le Saint Esprit, en opposition à la chair, le grand agent de toute la grâce, les conseils et les voies du Père ; ainsi l’Écriture présente Satan agissant toujours comme le grand antagoniste personnel du Fils. Le Fils de Dieu est venu « afin qu’il détruisît les œuvres du diable ». Le diable utilise le monde pour piéger les gens, pour exciter la chair, agitant les désirs naturels du cœur pour l’honneur et le confort actuels. En opposition avec tout cela, le Fils de Dieu présente la gloire du Père comme l’objet en vue duquel Il travaillait par le Saint Esprit.

La discrimination caractérise fortement toute l’explication du Seigneur aux disciples, dans la maison. Dans la première des paraboles, le bon est entièrement séparé du mal, mais dans la dernière des trois, tout est mélangé dans une masse indistincte. Au début, tout était clair. D’un côté, le Fils de l’homme sème la bonne semence, et le résultat en est les enfants du royaume. De l’autre, il y a l’ennemi, et il sème sa mauvaise semence — fausses doctrines, hérésies, etc. ; et le résultat en est les enfants du méchant. Le diable a saisi l’occasion du christianisme pour rendre les hommes pires que s’il n’y avait jamais eu de nouvelle révélation céleste. Au regard de Dieu, ce qui porte faussement le nom de Christ est une chose plus mauvaise que toute autre. Jamais autant de sang juste n’a été versé que par la main de la soi-disant religion, de la main de laquelle il sera redemandé. Voyez Matthieu 23, 34 à 36. La papauté a été la manifestation complète de cette religion terrestre. Et tout système religieux du monde tend à persécuter tout ce qui n’est pas en accord avec lui. L’amertume et l’opposition envers ceux qui cherchent à suivre le Seigneur, de nos jours, est de la même nature que ce qui déclencha les horreurs des siècles de ténèbres, et se prolongea encore dans le « saint office » de l’Inquisition, quand et où elle se présente.

Pour poursuivre : « la moisson, c’est la consommation du siècle ; et les moissonneurs sont des anges ». « Le monde », dans le verset 38, ne doit pas être confondu avec « le siècle » dans le verset 39. Ce sont deux mots et deux choses totalement distincts. « Le siècle », dans le verset 39, signifie la période. C’est une période de temps, et non une sphère géographique. Dans le verset 38, la sphère est en vue, là où l’évangile se répand ; dans le verset 39, c’est la période de temps pendant laquelle l’évangile progresse ou est entravé par la puissance de l’ennemi. La moisson est la consommation du siècle, c’est-à-dire, de la dispensation actuelle — le temps pendant lequel le Seigneur est absent, et l’évangile proclamé sur la terre. La grâce se manifeste activement, maintenant. Les seuls moyens que Dieu emploie pour agir sur les âmes sont d’une nature morale ou spirituelle. Les anges introduisent un jugement providentiel ; alors que l’évangile se saisit de pauvres pécheurs pour les sauver. Le Seigneur indique ici qu’il sera mis fin à l’envoi actuel de la parole du royaume, et qu’il y aura un jour où les effets de l’œuvre de Satan devront être pleinement développés et jugés. « Les moissonneurs sont des anges ». Nous n’avons rien affaire avec la partie judiciaire, seulement avec la diffusion du bien ; les anges, eux, ont affaire avec le jugement du méchant. « Comme donc l’ivraie est cueillie et brûlée au feu, il en sera de même à la consommation du siècle ». Le même mot est utilisé pour « siècle » au verset 40 comme au verset 39. Malheureusement, notre version anglaise donne le même mot pour tous[10].

Beaucoup de passages montrent un temps et un état de choses à venir pour le monde totalement différent de ce que l’évangile envisage. Je me référerai à un ou deux dans les prophètes. Prenez Ésaïe 11, qui parle d’abord de notre Seigneur sous la figure d’un rejeton du tronc de Jessé. Il est clair que cela est vrai de Christ, que ce soit lors de Sa première ou de Sa seconde venue. Il était né Israélite, et de la famille de David. Et encore, en ce qui concerne l’Esprit Saint reposant sur Lui, nous savons que cela était vrai de Lui quand Il était un homme ici-bas ; mais au verset 4, nous trouvons autre chose : « il jugera avec justice les misérables, et reprendra avec droiture les débonnaires de la terre ». Si vous affirmez que cela s’applique aujourd’hui, parce que dans le royaume des cieux le Seigneur agit sur les âmes des débonnaires, etc., je vous demanderai de lire encore quelques mots : « et il frappera la terre avec la verge de sa bouche, et par le souffle de ses lèvres il fera mourir le méchant ». Le Seigneur agit-Il ainsi maintenant ? Clairement pas. Au lieu de faire mourir le méchant par le souffle de Ses lèvres, ne convertit-Il pas le méchant par la parole de Sa grâce ? — en contraste complet avec ce qui est décrit ici. Dans Apocalypse 19, nous avons la même période de jugement, où le Seigneur est vu avec une épée sortant de Sa bouche. Elle représente le juste jugement exécuté par la seule parole du Seigneur. Comme Il a appelé le monde à l’existence, Il parlera aux méchants pour leur perdition. En prenant cela comme la signification indubitable de ce qui est mentionné ici en Ésaïe, que s’ensuit-il ? — un état de choses tout à fait différent de celui que nous avons aujourd’hui sous l’évangile : « La justice sera la ceinture de ses reins, et la fidélité, la ceinture de ses flancs. Et le loup habitera avec l’agneau, et le léopard couchera avec le chevreau ; et le veau et le jeune lion, et la bête grasse, seront ensemble, et un petit enfant les conduira…On ne fera pas de tort, et on ne détruira pas, dans toute ma sainte montagne ; car la terre sera pleine de la connaissance de l’Éternel, comme les eaux couvrent le fond de la mer ».

Tout cela n’est pas ce que nous avons actuellement. Au lieu d’un monde converti par la prédication de l’évangile, l’Écriture déclare avec force que dans les derniers jours, il surviendra des temps fâcheux ; et que dans les derniers temps, ce n’est pas la vérité de Christ, mais le mensonge de l’Antichrist, qui prévaudra (1 Jean 2) ; non pas le triomphe du bien, mais du mal, jusqu’à ce que le Seigneur y mette Sa main ; et c’est ce qui est réservé pour Son apparition et pour Son règne. « Il frappera la terre avec la verge de sa bouche, et par le souffle de ses lèvres il fera mourir le méchant ». Le Seigneur ne frappe pas la terre, actuellement. Il a ouvert le ciel : mais bientôt, Il prendra la terre. Dans l’Apocalypse, vous avez la vision de l’ange puissant, avec son pied droit sur la mer et son pied gauche sur la terre. C’est le Seigneur prenant l’ensemble de l’univers sous Son gouvernement immédiat. Actuellement, le mystère d’iniquité est laissé sans être jugé. Il est permis au mal de se répandre dans le monde. Mais cela ne durera pas à toujours. Le mystère de Dieu doit être terminé. Alors commencera cet étonnant changement, « la régénération », comme notre Seigneur l’appelle, quand l’Esprit de Dieu sera versé, et que la terre sera pleine de la connaissance du Seigneur comme les eaux couvrent le fond de la mer. Mais jusqu’à ce que ces temps de rafraîchissement viennent de devant la présence du Seigneur, l’Écriture appelle l’espace dans l’intervalle, un temps mauvais. Ainsi en Galates 1, 4, ce n’est pas du monde matériel qu’il s’agit, mais du cours moral des choses, à savoir « ce présent siècle mauvais ». Le nouvel âge, au contraire, sera glorieux, saint et béni.

Dans le verset qui suit immédiatement en Ésaïe 11, nous avons la restauration prédite de l’ancien peuple de Dieu, le rassemblement de tout Israël aussi bien que de Juda. Au retour de la captivité de Babylone, tel ne fut pas le cas. Une petite fraction de Juda et de Benjamin revint, et seuls quelques individus d’Israël. Les dix tribus sont universellement appelées « les tribus perdues » ; alors que « il arrivera, en ce jour-là, que le Seigneur mettra sa main encore une seconde fois pour acquérir le résidu de son peuple, qui sera demeuré de reste, de l’Assyrie, et de l’Égypte, et de Pathros, et de Cush, et d’Élam, et de Shinhar, et de Hamath, et des îles de la mer. Et il élèvera un étendard devant les nations, et rassemblera les exilés d’Israël, et réunira les dispersés de Juda des quatre bouts de la terre. Et la jalousie d’Éphraïm s’en ira, et les adversaires de Juda seront retranchés ; Éphraïm ne sera pas rempli d’envie contre Juda, et Juda ne sera pas l’adversaire d’Éphraïm… Et l’Éternel desséchera la langue de la mer d’Égypte » — une chose qui n’a jamais été faite, ni rien de semblable. « Et il secouera sa main sur le fleuve dans l’impétuosité de son vent, et le frappera pour qu’il devienne sept ruisseaux, et y fera marcher avec des souliers. Et il y aura un chemin battu pour le résidu de son peuple, qui sera demeuré de reste, de l’Assyrie, selon ce qui est arrivé à Israël au jour qu’il est monté du pays d’Égypte ». À la fois dans la mer d’Égypte et dans le Nil, il y aura cette grande œuvre de Dieu, surpassant ce qu’Il a fait quand Il a tiré le peuple de là la première fois, par Moïse et Aaron.

Ce sera le siècle à venir, mais dans l’actuel, l’ivraie et le froment doivent croître ensemble jusqu’à la moisson, qui est la consommation de ce siècle ; et quand celle-ci arrivera, le Seigneur enverra Ses anges, « et ils cueilleront de son royaume tous les scandales et ceux qui commettent l’iniquité ». La séparation a alors lieu : l’ivraie est recueillie et jetée dans une fournaise de feu, et « alors les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père ». Remarquez la précision de l’expression : « Alors les justes resplendiront » ; non pas « Alors ils seront enlevés ». Ce sera un nouveau siècle, dans lequel il n’y aura aucun mélange de bien et de mal : mais le rassemblement des méchants pour le jugement clôt cette période, afin que le bien puisse être béni dans celle qui suit.

Nous avons donc ici la région supérieure, appelée le royaume du Père ; et la région inférieure, le royaume du Fils de l’homme. « Le fils de l’homme enverra ses anges, et ils cueilleront de son royaume tous les scandales et ceux qui commettent l’iniquité ». Ceux-ci ne sont pas même autorisés à demeurer sur la terre, mais sont jetés dans une fournaise de feu. « Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père ». Tous deux sont « le royaume de Dieu ». Quelle glorieuse perspective ! N’est-ce pas une douce pensée que même cette scène actuelle de ruine et de confusion doit en être délivrée ? que Dieu doit avoir la joie de Son cœur, non seulement en remplissant les cieux de Sa gloire, mais dans le Fils de l’homme honoré dans le lieu même où Il a été rejeté ?

Mais considérons maintenant la parabole suivante. « Le royaume des cieux est semblable à un trésor caché dans un champ, qu’un homme, après l’avoir trouvé, a caché ; et de la joie qu’il en a, il s’en va, et vend tout ce qu’il a, et achète ce champ-là » (v. 44). C’est la première des nouvelles paraboles données dans la maison. Le Seigneur montre là, non pas l’état de choses trouvé sous la profession publique du nom de Christ, mais les choses cachées, ou celles qui nécessitent du discernement. C’est un trésor caché dans un champ, qu’un homme trouve et cache, et de la joie qu’il en a, il vend tout ce qu’il a et achète le champ. Je suis conscient qu’on a l’habitude d’appliquer cela à une âme qui trouve Christ. Mais que fait l’homme dans la parabole ? Il vend tout ce qu’il a pour acheter le champ. Est-ce de cette manière que l’homme doit être sauvé ? Si c’était le cas, le salut ne serait pas une question de foi, mais de renoncer à tout pour gagner Christ, ce qui n’est pas la grâce, mais les œuvres poussées à l’extrême. Quand un homme a Christ, il renoncera sans doute à tout pour Lui. Mais ce ne sont pas là les conditions d’après lesquelles un homme reçoit d’abord Christ pour les besoins de son âme. Mais ce n’est pas tout : « Le champ est le monde ». Dois-je acheter le monde afin d’obtenir Christ ? Cela seul montre les difficultés dans lesquelles nous tombons quand nous nous écartons de la simplicité de l’Écriture. Le Seigneur Lui-même réfute une telle interprétation. Il montre qu’il y a un homme, un seul, qui a vu ce trésor au milieu de la confusion. C’est Lui-même, qui a renoncé à tous Ses droits afin de pouvoir obtenir des pécheurs lavés dans Son sang et rachetés pour Dieu ; c’est Lui qui acheta le monde, afin d’acquérir le trésor qu’Il appréciait. Les deux choses sont présentées de façon distincte en Jean 17, 2 : « Comme tu lui as donné autorité sur toute chair, afin que, quant à tout ce que tu lui as donné, il leur donne la vie éternelle ». Voilà le trésor : « Tous ceux que tu lui as donnés ». Il achète le tout, le monde extérieur, afin de posséder son trésor caché.

Mais, de plus, « le royaume des cieux est semblable à un marchand qui cherche de belles perles ; et ayant trouvé une perle de très grand prix, il s’en alla, et vendit tout ce qu’il avait, et l’acheta » (v. 45, 46). La parabole du trésor caché ne traduisait pas suffisamment ce que les saints sont pour Christ. Car le trésor peut consister en une centaine de pièces d’or et d’argent. Et comment cela dénoterait-il la bénédiction et la beauté de l’Assemblée ? Le marchand trouve « une perle de très grand prix ». Le Seigneur ne voit pas seulement la valeur précieuse des saints, mais l’unité et la beauté céleste de l’Assemblée. Chaque saint est précieux à Christ ; mais « Il a aimé l’assemblée et s’est livré lui-même pour elle ». C’est ce qui est vu ici — « une perle de très grand prix ». Je ne doute pas le moins du monde que l’esprit de ceci peut être appliqué à chaque croyant ; mais je crois que l’intention est de mettre en évidence la beauté de l’Assemblée aux yeux de Christ. Il ne pourrait être pleinement dit d’un homme s’éveillant pour croire à l’évangile, qu’il cherche de belles perles. Et avant la conversion, le pécheur se nourrit plutôt des gousses des pourceaux. Ici, nous avons quelqu’un qui cherche « de belles perles », ce qu’aucun homme inconverti ne peut jamais réellement chercher. Il n’y aucune possibilité d’appliquer ces paraboles, sauf au Seigneur Lui-même. Combien il est béni que, au milieu de toute la confusion que le diable a produite, Christ voit dans Ses saints un trésor, et la beauté de Son Église, en dépit de toutes les infirmités et de tous les manquements !

Puis le tout est conclu par la parabole de la seine qui est jetée dans la mer (v. 47-50). C’est une image utilisée pour nous rappeler que notre énergie et nos désirs doivent être dirigés vers ceux qui flottent dans la mer de ce monde. La seine est jetée dans la mer, et rassemble toute sorte de poissons, « et quand elle fut pleine, ils la tirèrent sur le rivage, et s’asseyant, ils mirent ensemble les bons dans des vaisseaux, et jetèrent dehors les mauvais ». Qui sont les « ils » ? Nous ne trouvons jamais les anges rassembler ce qui est bon, mais toujours séparant les méchants pour le jugement. Les pêcheurs sont des hommes, comme les serviteurs dans la première parabole. Mais ce n’est pas seulement l’évangile que nous avons ici. La seine rassemble toute sorte. Il nous est montré que dans chaque classe, avant que le Seigneur revienne en jugement, il doit y avoir une puissante opération de l’Esprit par le moyen des pêcheurs d’homme, rassemblant les saints d’une manière tout à fait sans précédent. L’esprit de ceci ne se poursuit-il pas aujourd’hui ? L’évangile sort avec une puissance remarquable dans tous les pays. Mais il y a une autre action — le rassemblement des bons pour être mis dans des vaisseaux. Les mauvais sont jetés dehors ; mais ce n’est pas leur fin. « Les anges sortiront, et sépareront les méchants du milieu des justes, et les jetteront dans la fournaise de feu ». Le travail des anges est toujours en lien avec les méchants ; celui des serviteurs, en relation avec les bons. La séparation des méchants du milieu des justes n’est pas du tout le travail des pêcheurs ; et le fait qu’ils jettent dehors les mauvais n’est pas la même chose que la fournaise de feu.[11]

En commentant les chapitres 8 et 9 de notre évangile, certains exemples frappants de déplacement ont été déjà signalés. Ainsi, les incidents de la traversée du lac dans la tempête, de la guérison des démoniaques, de la résurrection de la fille de Jaïrus, et de la femme guérie en chemin, appartiennent, historiquement, à la période entre les paraboles dont nous avons été occupés dernièrement et le mépris de notre Seigneur bien-aimé, que notre évangéliste présente ensuite, dans l’ordre qui est le sien. J’ai cherché à expliquer les principes selon lesquels, il me semble, le Saint Esprit s’est plu à agir en arrangeant ainsi les événements, afin de développer d’une manière des plus vivantes le ministère messianique du Seigneur en Israël, avec Son rejet et ses conséquences. De là vient que, des faits intermédiaires ayant été insérés dans cette portion précédente, l’incrédulité d’Israël en présence de Son enseignement vient naturellement à la suite. Il était dans Son propre pays et les enseignait dans leurs synagogues ; mais le résultat, en dépit de l’étonnement quant à Sa sagesse et à Ses œuvres puissantes, est l’interrogation méprisante : « Celui-ci n’est-il pas le fils du charpentier ?… Et ils étaient scandalisés en lui ». Il était un prophète, mais sans honneur dans Son propre pays et dans Sa propre maison. La manifestation de la gloire n’est pas niée ; mais Celui en qui elle était manifestée, n’est pas reçu selon Dieu, mais jugé d’après la vue et les perceptions de la nature (v. 54-58).