Matthieu 12 complète le tableau de la transition commencé au chapitre 11, et montre que, devant Dieu, la crise était arrivée. Le Seigneur pouvait continuer à devenir l’objet d’une réjection encore plus profonde, mais l’esprit qui L’a crucifié s’était déjà clairement manifesté. Au centre de ce chapitre, nous avons l’avertissement touchant le péché qui ne peut pas être pardonné, non seulement contre le Messie, mais contre le Saint Esprit apportant Son témoignage au Messie ; et, de plus, le fait qu’Israël en tant que nation serait coupable de ce péché, et par là serait abandonné au pouvoir de Satan, au-delà de tout ce qui est arrivé dans leur triste histoire. De sorte que le mal pour lequel Dieu avait permis qu’ils soient emmenés captifs à Babylone était peu de choses, en comparaison de l’iniquité dont ils étaient maintenant coupables, en esprit, et dans laquelle ils allaient sombrer. C’est ce qui amène la crise qui met fin à l’annonce du royaume à Israël ; et le chapitre 13 introduit une nouvelle chose — le royaume des cieux qui allait commencer dans sa forme actuelle mystérieuse, à cause du rejet du Messie.
Je dois maintenant montrer dans quelle mesure tous les incidents de ce chapitre sont en harmonie avec la pensée principale — la rupture entre Christ et Israël. C’est pourquoi le Saint Esprit ne se limite pas, ici, au simple ordre temporel dans lequel les événements eurent lieu. « En ce temps-là, Jésus allait par les blés, un jour de sabbat ; et ses disciples avaient faim, et se mirent à arracher des épis et à manger » (v. 1). Nous ne devons pas supposer que « en ce temps-là » signifie « au même moment ». C’est un terme général, qui embrasse des événements qui sont liés entre eux, quoiqu’il puisse y avoir eu des mois entre eux. Ce n’est pas comme « aussitôt », ou « immédiatement », ou « la semaine suivante », etc. Ce qui s’est produit entre, nous devons le trouver dans les autres évangiles. En Marc, nous voyons que la scène du champ de blé a eu lieu tôt dans le ministère de notre Seigneur. Ainsi, au chapitre 2, le jour du sabbat qui suivit l’appel de Lévi et le discours sur le jeûne, il nous est dit que « il passait par les blés ». Ici, nous trouvons cet incident complètement sorti de son contexte historique. Marc suit l’ordre des événements ; Matthieu s’en écarte, afin de montrer le grand changement consécutif au rejet du Messie par Israël. La parole de notre Seigneur maudissant Chorazin et Bethsaïda, et la bénédiction de ceux qui Le recevaient, ne fut pas prononcée très tôt. Ici, les deux sont mis ensemble, parce que l’objet du Saint Esprit dans Matthieu est de montrer ce changement. De là vient que ce qui démontre ce changement est sélectionné et réservé pour cet endroit.
En bref, le Saint Esprit nous donne un tableau historique indépendamment de la simple date à laquelle les événements eurent lieu ; et les événements et les discours qui illustrent la grande transition sont regroupés tous ensemble. Les disciples passaient par les blés, et commencèrent à arracher des épis et à manger, selon la liberté qui leur était accordée dans la loi. « Et les pharisiens voyant cela, lui dirent : Voilà, tes disciples font ce qu’il n’est pas permis de faire en un jour de sabbat ». Notre Seigneur cite alors deux cas : l’un d’eux, un fait récurrent parmi les sacrificateurs ; l’autre, se rapportant à leur roi le plus remarquable, David ; tous deux démontrant le péché et la ruine complète d’Israël. Quel était l’état de choses quand David fut obligé d’utiliser le pain de proposition ? N’était-ce pas parce que le vrai roi était un homme méprisé et persécuté — parce que le roi du choix de leur propre cœur était établi ? Il en était de même maintenant. Le péché d’Israël profanait le pain sacré. Dieu n’accepterait rien de saint de la part d’un peuple qui vivait dans le péché. Aucune cérémonie ne vaut même une paille, si le cœur n’honore pas Christ. Pourquoi les disciples en étaient-ils réduits à arracher et manger les épis de blé ? Pourquoi ceux qui suivaient le vrai Roi en étaient-ils réduits à avoir faim ?
De plus, « n’avez-vous pas lu dans la loi, que, le jour de sabbat, les sacrificateurs dans le temple profanent le sabbat et ne sont pas coupables ? » (v. 5). Les sacrificateurs faisaient un travail très important ce jour-là. Ils offraient alors des sacrifices, parce qu’il y avait du péché ; et le péché du peuple exige ce qui, selon la lettre de la loi, semblait à un pharisien être une transgression de celle-ci. Peu importe ce que la loi peut exiger d’ordinaire, s’il y a du péché de la part du peuple de Dieu, le sacrifice ne peut pas être différé. Ainsi, que vous preniez le cas particulier de l’oint du Seigneur aux jours de Saül, ou le service sacerdotal continuel le jour du sabbat, une seule chose est à l’origine de tous les désordres, qu’ils soient réels ou apparents — Israël était des pécheurs. Ils avaient permis que l’élu du Seigneur soit chassé sur les montagnes, en son jour ; et un plus grand que David était là. Et de même pour les sacrificateurs et leur service. Quelqu’un d’infiniment plus grand que le temple était là — le Messie Lui-même ; et quelle n’était pas leur indifférence, et même leur inimitié, envers Lui ?
Un autre jour de sabbat était nécessaire pour compléter le tableau. Et là, Jésus opère Lui-même l’œuvre ; et ces deux choses sont réunies ici. « Et étant parti de là, il vint dans leur synagogue. Et voici, il y avait là un homme qui avait la main sèche. Et ils l’interrogèrent, disant : Est-il permis de guérir, le jour de sabbat ? — afin de l’accuser ». Le Seigneur accepta le défi. « Il leur dit : Quel sera l’homme d’entre vous, qui aura une brebis, et qui, si elle vient à tomber dans une fosse un jour de sabbat, ne la prendra et ne la relèvera pas ? ». Bien sûr qu’ils délivreraient la pauvre brebis de la fosse, parce que c’était leur propre brebis. Ils n’avaient pas de scrupule à faire ce qui était à leur propre avantage, du fait que c’était le jour du sabbat. Et le Seigneur ne les en blâme pas ; mais Il leur impose cette conclusion des plus fortes — « Combien donc un homme vaut-il mieux qu’une brebis ! De sorte qu’il est permis de faire du bien le jour de sabbat ». En un mot, Il montre, par ce second cas, que non seulement Israël était un peuple coupable vis-à-vis du vrai Bien-aimé, mais que, s’ils avaient connu leur véritable condition, ils se seraient reconnus semblables à l’homme avec la main sèche, ayant besoin de Sa grande puissance. Il était là en grâce pour accomplir tout ce qui était nécessaire pour la guérison. Le Seigneur insistait sur leur triste condition. La nation tout entière, devant Dieu, était moralement aussi sèche que la main de cet homme, physiquement ; mais ils ne voulaient pas, hélas, être guéris, comme lui le voulait. « Alors il dit à l’homme : Étends ta main. Et il l’étendit, et elle fut rendue saine comme l’autre » (v. 13). Pourquoi est-il rapporté ici que cela eut lieu le jour du sabbat — en particulier en lien avec l’incident du champ de blé ? Dans le premier, le Seigneur démontre la culpabilité d’Israël, en contraste avec la sainteté du sabbat ; et dans le second, Il déclare que Lui-même est là pour opérer la restauration, même pendant le sabbat. C’est un récit de toute importance, parce que le Seigneur met en pièces, pour ainsi dire, la lettre extérieure du lien entre Lui et Israël, dont le jour du sabbat était un signe particulier.
Je ferai observer ici que le jour du Seigneur diffère du sabbat, pour l’essentiel ; et dans l’Église primitive, il y avait un soin scrupuleux à ne pas confondre les deux choses. Le sabbat et le jour du Seigneur sont des signes de vérités tout à fait distinctes. Le premier tire son origine de Dieu consacrant Son repos, une fois que la création fut achevée ; et c’était la marque que, quand Dieu aurait fini Son œuvre, il y aurait un saint repos pour l’homme. Puis le péché est entré, et tout fut ruiné. Nous n’en entendons pas parler (du moins directement) jusqu’à ce qu’un peuple soit tiré du milieu de tous les autres pour servir le vrai Dieu, comme Sa nation élue. Nous avons vu, dans l’Ancien Testament aussi bien que dans le Nouveau, combien ils avaient complètement failli ; et maintenant, le seul espoir d’avoir un vrai sabbat est quand Christ Lui-même l’introduira. Quand Adam eut péché, la mort passa à tous, et le repos de la création fut détruit. Alors (après le type de Christ dans la manne, le sabbat le suivant) vint la loi, qui prit le sabbat, l’incorpora dans les dix commandements et les statuts d’Israël, et en fit non seulement un jour consacré, mais un jour commandé, qui leur était enjoint tout comme les neuf autres paroles ; un jour dans lequel tout Israélite était tenu, non seulement de s’abstenir de travailler lui-même, mais de donner du repos à tout ce qui lui appartenait. Il n’était pas question d’un peuple spirituel. Tout Israël était tenu à cela, et ils partageaient ce repos avec leur bétail. Il ne fut jamais question du jour du Seigneur, d’un autre côté, jusqu’à ce que Christ ressuscite d’entre les morts. De là provint un ordre de choses entièrement nouveau. Christ, le commencement, la Tête d’une nouvelle création, ressuscita d’entre les morts le premier jour de la semaine. Ainsi, alors que l’ancien monde continuait, que le péché était encore à l’œuvre, et que Satan n’était pas encore lié, Dieu avait opéré le salut, qu’Il accorde à toute âme qui croit. Ceux-ci reconnaissent que le Christ ressuscité est leur Sauveur, et qu’en conséquence, ils ont une nouvelle vie en Lui. Ceci, et bien plus encore, ils viennent ensemble le reconnaître le jour du Seigneur. Ils « annoncent la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne ». Rien ne peut être plus clair dans l’Écriture, si notre désir est de connaître et suivre la Parole de Dieu. Il n’était plus question de savoir si les gens étaient des Juifs ou des Gentils. Étaient-ils des chrétiens ? Avaient-ils Christ comme leur vie et leur Seigneur ? S’ils Le confessaient avec reconnaissance, le jour du Seigneur était pour eux le jour important. Les chrétiens qui avaient été Juifs continuaient à fréquenter la synagogue le jour du sabbat. Mais cela montre seulement plus clairement que ce n’était pas un simple changement de jour. En écrivant aux saints de Rome, l’apôtre insiste pour que celui qui avait égard au jour, y ait égard à cause du Seigneur ; et que celui qui n’y avait pas égard, n’y ait pas égard à cause du Seigneur. S’agissait-il du jour du Seigneur ? Non, mais des jours et des fêtes juifs. L’apôtre ne considérait jamais le jour du Seigneur comme étant à observer ou non de façon facultative. Certains de ces croyants voyaient qu’ils avaient été délivrés de la loi, et n’observaient pas les fêtes ou les jeûnes juifs. Les Gentils, bien entendu, n’étaient pas du tout sous la loi. Mais certains, en tout cas, des Juifs croyants, avaient toujours des scrupules à l’égard de leurs anciens jours saints, et c’est d’eux que parle l’apôtre. Le jour du Seigneur ne fut jamais et ne sera jamais un jour juif. Il a son caractère propre imprimé sur lui ; et les chrétiens, quoique n’étant pas sous la loi comme les Juifs vis-à-vis du sabbat, sont toutefois par grâce appelés d’une façon bien plus solennelle à en faire usage pour le Seigneur, comme ce qui les convoque à se réunir ensemble au nom de Jésus, dans la séparation de ce monde, conscients de la rédemption et de la justification par Sa mort et Sa résurrection. C’est le type de la bénédiction que le chrétien a obtenue, et qui doit encore être manifestée en gloire. Le monde le confond toujours avec le sabbat, tout comme beaucoup de chrétiens. On entend quelquefois de vrais chrétiens, mal instruits, parler du « sabbat chrétien ». C’est, bien sûr, parce qu’ils ne réalisent pas leur délivrance de la loi, et les conséquences qui découlent de ce qu’ils appartiennent à Celui qui est ressuscité d’entre les morts. L’apôtre développe ces vérités bénies.
Notre Seigneur ne s’occupe ici que des Juifs. Ses disciples n’étaient pas empêchés d’arracher des épis de blé le jour du sabbat, comme dans un autre, Il opéra ouvertement un miracle en présence de tous (donnant ainsi une occasion aux pharisiens, qui en cherchaient contre Lui). Il est vrai que les œuvres étaient des œuvres de miséricorde et de bonté ; mais il n’y avait aucune nécessité pour elles, s’il n’y avait pas eu un but. Il aurait pu parler sans faire une seule chose. Ainsi en fut-il avec l’aveugle dans l’évangile de Jean. Toute la boue du monde n’aurait pas pu le guérir, mais seulement par la puissance de notre Seigneur. Sa parole aurait été suffisante ; mais Il fait parfois Lui-même quelque chose, et fait faire à l’homme quelque chose d’autre, le jour du sabbat. Il nous est dit expressément : « Or c’était un jour de sabbat que Jésus fit la boue, et qu’il ouvrit ses yeux ». Le Seigneur brisait le sceau de l’alliance entre l’Éternel et Israël. Le sabbat scellait ce lien, et était en Israël désormais pire qu’inutile, aux yeux de Dieu, parce que ceux qui prétendait garder si soigneusement le sabbat, étaient les ennemis les plus acharnés de Son Fils. Il était totalement faux de L’assujettir au sabbat. Le Fils de l’homme était « Seigneur du sabbat ». Il prend hardiment cette position, comme il nous est dit ici (v. 8), et le sabbat suivant, Il opère ce miracle. Les pharisiens sentaient que c’était un coup fatal pour tout leur système, et, se réunissant ensemble, ils « tinrent conseil contre lui pour le faire périr ». Ce fut le premier conclave dans le but de Le mettre à mort. Jésus, le sachant, se retire de là, « et de grandes foules le suivirent, et il les guérit tous » — image de ce qu’Il ferait quand Israël Le mettrait à mort. À partir de ce moment, la grande œuvre devait être parmi les Gentils. Le prophète Ésaïe est cité, en lien avec cet événement, pour montrer ce qu’était le caractère de notre Seigneur : « Voici mon serviteur que j’ai élu, mon bien-aimé, en qui mon âme a trouvé son plaisir ; je mettrai mon Esprit sur lui, et il annoncera le jugement aux nations. Il ne contestera pas, et ne criera pas, et personne n’entendra sa voix dans les rues ; il ne brisera pas le roseau froissé, et il n’éteindra pas le lumignon qui fume, jusqu’à ce qu’il ait produit en victoire le jugement ; et les nations espéreront en son nom ».
Le Seigneur s’en allait d’Israël ; mais ce n’était pas tout. Il y a un témoignage final avant qu’Il ne prononce la sentence sur Israël : « Alors il lui fut amené un démoniaque aveugle et muet, et il le guérit ; de sorte que l’homme aveugle et muet parlait et voyait ». C’était la condition dans laquelle Israël était sur le point d’être, sans un œil ou une voix pour Jésus ; l’image appropriée de la condition de la nation, le Messie n’étant pas vu et Sa louange n’étant pas prononcée au milieu d’eux. Et c’est là la chose solennelle. Le pauvre, l’ignorant, tous peuvent s’écrier : « Celui-ci serait-il le fils de David ? Mais les pharisiens, ayant entendu cela, dirent : Celui-ci ne chasse les démons que par Béelzébul, chef des démons. Et Jésus, connaissant leurs pensées, leur dit : Tout royaume divisé contre lui-même sera réduit en désert ; et toute ville ou maison divisée contre elle-même ne subsistera pas. Et si Satan chasse Satan, il est divisé contre lui-même ; comment donc son royaume subsistera-t-il ? » — Il condescend à raisonner avec eux. « Et si c’est par Béelzébul que moi je chasse les démons, vos fils par qui les chassent-ils ? C’est pourquoi ils seront eux-mêmes vos juges. Mais si moi je chasse les démons par l’Esprit de Dieu, alors le royaume de Dieu est parvenu jusqu’à vous » (v. 27, 28). Mais ils étaient muets et aveugles. L’homme qui s’était soumis à Jésus fut guéri ; mais les pharisiens tenaient conseil ensemble pour mettre à mort le Fils de David. Le Seigneur leur répond encore davantage. Il leur dit que maintenant, il y avait un point d’arrêt. « Celui qui n’est pas avec moi, est contre moi ; et celui qui n’assemble pas avec moi, disperse ». Tout dépendait d’être et d’agir avec Lui ; c’est pourquoi notre Seigneur ajoute : « Tout péché et tout blasphème sera pardonné aux hommes ; mais le blasphème contre l’Esprit ne sera pas pardonné aux hommes » (v. 31). La raison pour cela était celle-ci : non seulement le Fils de l’homme opérait ces miracles, mais la puissance du Saint Esprit était aussi là. Bien que Jésus puisse subir l’humiliation, Il ne pouvait qu’affirmer la gloire de Dieu. Le Saint Esprit mettait en avant ces actes puissants, et l’incrédulité qui refusait le témoignage de l’Esprit tandis que Jésus était là, serait d’autant plus contre après Son départ. Ils seraient démontrés être comme leurs pères : « Vous résistez toujours à l’Esprit Saint ; comme vos pères, vous aussi ». Et quelle en serait la conséquence ? Ils seraient coupables d’un péché impardonnable, celui de rejeter (non seulement Jésus Lui-même, comme homme tel que présenté ici, mais) la puissance du Saint Esprit, qu’elle opérât en Lui alors, ou maintenant par Lui et pour Lui.
C’est le rejet final du témoignage de l’Esprit envers Christ. C’était vrai tandis que le Seigneur était ici-bas, mais c’est encore plus entièrement vrai maintenant qu’Il est dans le ciel. Ils avaient refusé Christ sur la terre, et après, quand Il fut monté au ciel, quand, par la puissance de l’Esprit Saint, Son nom seul pouvait faire ressusciter les morts, et prouver ainsi Sa gloire davantage encore que ce qu’Il avait fait personnellement quand Il était ici-bas. Ceux qui résistaient à un tel témoignage étaient de toute évidence perdus sans espoir, dans l’incrédulité et le mépris de Dieu dans la personne de Son Fils. C’est pourquoi notre Seigneur proclame que rien ne peut répondre à un tel blasphème. Ce n’est pas l’ignorance qui rejette ainsi Christ. Un homme peut ne pas avoir de lumière ; et quand il s’approche, il peut, par grâce, être rendu capable de Le recevoir. Mais celui qui refuse tout témoignage divin, et fait de la puissance manifestée du Saint Esprit, l’occasion de montrer son inimitié contre Jésus, est évidemment perdu pour jamais : il porte la marque sans équivoque de la perdition sur son front. C’était exactement le péché dans lequel Israël allait tomber bientôt. Le Saint Esprit pourrait être envoyé ici-bas, et opérer des actes de puissance encore plus grands que ceux que le Seigneur Lui-même avait faits ; cela ne changerait pas leur cœur. La race blasphématrice et incrédule d’Israël ne serait pardonnée ni dans ce « siècle », ni dans celui à venir. Je n’ai pas de préjugé pour le mot « dispensation » — qui veut dire une certaine période de temps, régie par des principes particuliers ; mais le point en question est que ni dans ce siècle (αἰών), ni dans celui à venir, ce péché ne pourrait être pardonné. Le siècle à venir est celui dans lequel les fils d’Israël seront sous la domination du Messie ; alors qu’à présent, et depuis la captivité à Babylone, ils ont été sous la domination des Gentils. Ce péché ne pourrait être pardonné ni maintenant ni alors. Quant à toute autre iniquité, il y avait toujours espoir que ce qui n’était pas pardonné maintenant le soit quand le Messie viendrait. Il est vrai qu’il y a un pardon illimité pour toute âme qui Le reçoit ; mais eux Le rejetaient : ils attribuaient à Béelzébul la puissance de l’Esprit opérant dans Sa personne ; et ce blasphème ne serait jamais pardonné. Tel était le danger croissant pour Israël. Rejetant ainsi le Messie, ils étaient condamnés. C’était rejeter le témoignage de l’Esprit Saint ; et une nouvelle œuvre de Dieu doit alors être introduite.
De là vient que le Seigneur les appelle une race de vipères. « L’arbre est connu par son fruit ». C’était un arbre mauvais, et Il ne pouvait en attendre aucun bon fruit. « Race de vipères », ajoute-t-Il, « comment, étant méchants, pouvez-vous dire de bonnes choses ? car de l’abondance du cœur la bouche parle. L’homme bon, du bon trésor, produit de bonnes choses, et l’homme mauvais, du mauvais trésor, produit de mauvaises choses. Et je vous dis que, de toute parole oiseuse (c’est-à-dire, je suppose, de tout ce qui trahit le mépris de Dieu) qu’ils auront dite, les hommes rendront compte au jour de jugement ; car par tes paroles tu seras justifié, et par tes paroles tu seras condamné » (v. 34-37). Ce sur quoi Dieu insiste est le témoignage rendu à Jésus. Ces paroles oiseuses trahissent le rejet de Jésus par le cœur, et méprisent le témoignage que Lui rend le Saint Esprit. « Par tes paroles tu seras justifié, et par tes paroles tu seras condamné ». C’est de la bouche que confession est faite à salut ; et les paroles qui laissent Jésus de côté prouvent que le cœur préfère son péché à Lui. Les paroles de la bouche mettent en évidence l’état du cœur. Elles sont l’expression extérieure des sentiments, et elles montrent l’homme d’une certaine manière, comme sa conduite le montre d’une autre manière. Si le cœur est mauvais, les paroles sont mauvaises, la conduite est mauvaise : tout vient donc en jugement.
Après cela, les pharisiens demandent un signe, et le Seigneur leur en donne un très significatif ; mais, avant cela, Il prononce Sa sentence morale sur la nation : « Une génération méchante et adultère recherche un signe ; et il ne lui sera pas donné de signe, si ce n’est le signe de Jonas le prophète » (v. 39). Quel était le caractère particulier de Jonas en tant que prophète ? À qui prophétisa-t-il ? Il fut envoyé hors d’Israël vers les Gentils ; et, plus que cela, avant que Jonas ne délivre correctement son message, il dut passer par l’image de la mort et de la résurrection. Il était si obstiné en ne voulant pas aller là où il était envoyé, que l’Éternel prit soin que Jonas soit jeté hors du bateau ; et alors, Il s’occupa de lui comme d’un homme mort, et opéra une grande œuvre dans son âme. Jonas, ayant passé par ce type si remarquable de la mort et de la résurrection, était maintenant prêt pour le message que l’Éternel lui donne. C’est là le signe que le Seigneur place devant les pharisiens. L’état de la nation juive était tel, qu’Il devait les laisser et aller vers les Gentils ; et cela, également après la mort et la résurrection, dans leur réalité, quand les espérances d’Israël auraient péri. Le Seigneur a une bénédiction en réserve pour Israël, prochainement ; mais pour le présent, tout est perdu pour eux. Ils ont rejeté leur Seigneur. Dieu allait maintenant s’occuper des Gentils. C’est pourquoi les exemples utilisés pour confirmer cela sont, tout d’abord, le cas des hommes de Ninive, qui se repentirent à la prédication de Jonas ; « et voici, il y a ici plus que Jonas ». Puis la reine de Sheba, aussi une Gentile, qui ne se repentit pas simplement du péché, mais montra une énergie de foi, je puis dire, digne d’intérêt, sans même qu’un message lui ait été envoyé. L’ardeur de son cœur était telle, et son désir de sagesse, que, entendant parler de Salomon, elle se hâta afin de l’entendre de ses propres lèvres. Quelle réprimande pour Israël ! « Voici, il y a ici plus que Salomon » ; et une sagesse tout autant supérieure à celle de Salomon, que la personne de Jésus l’était vis-à-vis de Salomon. Mais eux étaient une génération méchante et adultère. Ils ne savaient pas que Celui qui les avait faits était leur mari ; ils Le méprisèrent ; et, ajoute notre Seigneur, « une reine du midi se lèvera au jugement avec cette génération et la condamnera ». Mais désormais, Il annonce ce que sera leur condition finale. Le lien entre Israël et Lui était rompu ; et ils devaient être jugés pour ce mépris blasphématoire du témoignage de l’Esprit rendu à Jésus comme Fils de l’homme.
C’est ce que montre maintenant le Seigneur. « Quand l’esprit immonde est sorti d’un homme, il va par des lieux secs, cherchant du repos, et il n’en trouve point » (v. 43). Toute personne qui étudie l’Écriture reconnaîtra que l’esprit immonde signifie l’idolâtrie, et son adoration en lien avec les démons plutôt qu’avec Dieu. Devons-nous supposer que notre Seigneur passe soudain de ce qu’Il disait sur la nation, à ce qui relève de simples individus ? Clairement, ce qu’Il dit concerne Israël. En tant que nation, Israël n’est jamais retombé comme auparavant dans l’idolâtrie, après le retour de Babylone. Non pas qu’ils fussent meilleurs ; mais l’esprit immonde de l’idolâtrie n’était plus leur tentation particulière. Il y avait de nouvelles manières pour le diable de les inciter à pécher, si ce n’était pas selon l’ancienne. La maison avait été balayée et ornée. Elle était telle quand notre Seigneur vint ici-bas. Israël avait mis de côté ses habitudes idolâtres ; ils allaient à la synagogue chaque sabbat ; et ils étaient zélés au point de parcourir la mer et la terre pour faire un prosélyte. La maison était apparemment propre, et rien extérieurement ne choquait l’œil, quand on la considérait. Mais l’esprit immonde doit y revenir. « Alors il va, et prend avec lui sept autres esprits plus méchants que lui-même ; et étant entrés, ils habitent là ; et la dernière condition de cet homme-là est pire que la première. Ainsi en sera-t-il aussi de cette génération méchante ». L’esprit immonde doit revenir, avec la pleine puissance de Satan — « sept esprits plus méchants que lui-même ». Plus méchants que l’idolâtrie ! L’image d’un homme est utilisée pour illustrer l’état d’Israël, comme les paroles qui suivent le montrent clairement : « Ainsi en sera-t-il aussi de cette génération méchante ». Et quand cela doit-il avoir lieu ? C’est leur dernier état, encore à venir. L’état vide, balayé et orné qui existera alors, peut être toujours en cours. Humainement parlant, ils peuvent être moraux. Ils peuvent ne pas abandonner les livres de Moïse, et affirmer qu’ils n’adorent nul autre que le vrai Dieu. Ils continueront un certain temps, mais non pas à toujours ; car nous savons, par l’Écriture, que Dieu a réservé cette nation dans un but spécial, tout d’abord en jugement, puis en miséricorde. Il les convertira, et fera d’eux une semence d’Abraham sainte, puisqu’ils en sont les descendants. Israël doit encore manifester les derniers résultats de la puissance de Satan sur leurs âmes, avant que Dieu ne convertisse un résidu, et en fasse une nation forte et sauvée.
Mais en attendant, que va-t-Il faire ? Prononçait-Il simplement le jugement sur Israël ? Loin de là. Alors qu’Il parlait encore au peuple, quelqu’un vint et Lui dit : « Voici, ta mère et tes frères se tiennent dehors, cherchant à te parler » (v. 47). Le Seigneur saisit immédiatement l’occasion pour montrer qu’Il ne reconnaît plus les simples relations selon la chair. Il avait eu une relation spéciale avec Israël, « desquels, selon la chair, est issu le Christ ». Il ne la reconnaît plus. Ils ne L’auraient plus, et deviendraient la demeure du diable dans toute sa puissance — leur dernier état étant pire que le premier. Mais, dit le Seigneur, je vais avoir désormais quelque chose de nouveau — un peuple selon mon propre cœur. Et ainsi, Il étend Sa main vers Ses disciples, et dit : « Voici ma mère et mes frères ». Ses seules véritables relations étaient avec ceux qui recevaient la parole de Dieu, et la faisaient. « Quiconque fera la volonté de mon Père qui est dans les cieux, celui-là est mon frère, et ma sœur, et ma mère » — Il renonçait à toute relation terrestre pour le temps présent. Le seul lien qu’Il reconnaît désormais, est une relation avec un Père céleste, formée par la parole de Dieu reçue dans l’âme.
Ainsi, nous trouvons dans ce chapitre le Seigneur en terminant avec Israël, en ce qui concernait le témoignage. Dans le chapitre suivant, nous verrons ce qui provient, dispensationnellement, de ces nouvelles relations que le Seigneur allait révéler.