Chapitre 15

Nous trouvons dans ce chapitre une preuve frappante du grand changement qui arrivait désormais rapidement suite au rejet de Jésus par Israël. Car, tout d’abord, nous avons certains guides religieux, « les scribes et les pharisiens de Jérusalem », qui avaient les meilleures capacités spirituelles de la nation, et qui venaient revêtus de tout ce parfum d’antiquité et de sainteté extérieure. Ces hommes posent une question à notre Seigneur : « Pourquoi tes disciples transgressent-ils la tradition des anciens, car ils ne lavent pas leurs mains quand ils mangent du pain ? ». Le Seigneur continue de s’occuper de leur conscience. Il n’entre pas dans une discussion abstraite sur la tradition ; Il ne discute pas non plus avec eux de l’autorité des anciens ; mais Il établit immédiatement le fait évident que, dans leur zèle pour la tradition des anciens, ils se dressaient nettement contre le commandement clair et positif de Dieu. C’est, je crois, l’effet invariable de la tradition, peu importe en qui elle se trouve. Si nous prenons l’histoire de la chrétienté, et considérons n’importe quelle règle qui ait jamais été inventée, on trouvera qu’elle entraîne ceux qui la suivent, en opposition à la pensée de Dieu. Cela peut sembler la chose la plus naturelle possible, et qui s’accroît des nouvelles circonstances de l’Église ; mais nous ne sommes jamais en sûreté en nous écartant de la Parole de Dieu, au profit d’un autre standard.

Je ne suis pas en train de défendre une interprétation littérale de l’Écriture. Une certaine conduite que la Parole de Dieu indique à Ses saints pour traiter un mal, peut ne pas être leur devoir dans une autre crise. De nouvelles circonstances modifient le chemin que l’Église doit suivre. Si vous deviez appliquer les directives données pour juger l’immoralité, aux erreurs fatales touchant la personne de notre Seigneur, vous auriez une mesure de discipline très insuffisante. La fausse doctrine ne touche pas la conscience naturelle comme une conduite grossière le fait. Non, vous trouverez bien souvent un croyant entraîné par ses affections à chercher des excuses à ceux qui sont fondamentalement hétérodoxes. Toutes sortes de difficultés encombrent l’esprit, là où l’œil n’est pas vraiment simple. Beaucoup peuvent ainsi être impliqués, quoique ne tenant pas eux-mêmes la fausse doctrine. Si je tiens pour principe de n’avoir affaire qu’avec celui qui n’apporte pas la doctrine de Christ, cela ne suffira pas ; car il peut y en avoir d’autres mêlés avec cela. Qu’est-ce qu’un individu, qu’est-ce même que l’Assemblée, en comparaison du Sauveur, le Fils du Père ? En conséquence, la règle établie par l’Esprit pour défendre la personne de Christ contre ses assaillants blasphémateurs, ou leurs partisans, est bien plus stricte que là où il s’agit de corruption morale, quelque mauvaise qu’elle soit.

Là encore, il y a une tendance forte à stéréotyper nos propres pratiques précédentes, et quand quelque nouveau mal survient, à insister sur ce qui a été fait précédemment, ou de manière générale, sans s’enquérir de nouveau auprès de Dieu et rechercher dans Sa Parole ce qui concerne le cas actuellement devant nous et notre propre responsabilité. L’esprit de dépendance est nécessaire afin de marcher correctement avec Dieu. Il y a, dans la Parole écrite de Dieu, ce qui répondra à toutes les demandes ; mais chaque cas devrait être une occasion renouvelée de consulter cette Parole dans la présence de Celui qui l’a donnée. On aime à être cohérent avec soi-même, et à tenir ferme des opinions et des pratiques antérieures.

Notre Seigneur, à ce sujet, affirme que le respect de la simple tradition humaine mène à une désobéissance directe à la volonté de Dieu. Se laver les mains peut avoir semblé être un acte des plus appropriés. Personne ne pouvait prétendre que l’Écriture l’interdisait ; et, sans aucun doute, les docteurs juifs pouvaient insister sur sa grande importance. Ils pouvaient très bien avancer l’argument que c’était prévu pour garder devant leur pensée la pureté sur laquelle Dieu insiste, et en particulier que nous ne devons rien recevoir de Sa main sans ôter toute souillure des nôtres. Ils pouvaient raisonner ainsi devant un peuple qui aimait tout ce qui était routine extérieure. Dans tous les cas, ils pouvaient dire : Quel est le mal d’une telle tradition ? Mais notre Seigneur en vient simplement à ce problème : « Pourquoi transgressez-vous le commandement de Dieu à cause de votre tradition ? ». Du fait de leur tradition, ils désobéissaient à Dieu. Le commandement d’honorer son père et sa mère était le premier commandement avec promesse, comme le dit l’apôtre en écrivant aux Éphésiens. D’autres commandements avaient une menace de mort qui leur était attachée ; ce commandement portait la promesse d’une longue vie sur la terre. Le raisonnement de l’apôtre est que, si un enfant juif n’était pas simplement tenu, mais encouragé par une telle promesse, d’honorer ses parents, combien plus un enfant chrétien doit-il leur obéir — non seulement selon la loi, mais dans le Seigneur.

Le Seigneur confronte alors les pharisiens avec : « Dieu a commandé, disant : « Honore ton père et ta mère » ; et : « que celui qui médira de père ou de mère, meure de mort » ; mais vous, vous dites : Quiconque dira à son père ou à sa mère : Tout ce dont tu pourrais tirer profit de ma part est un don, — et il n’honorera point son père ou sa mère… ». Les Juifs avaient introduit une astuce (pour tranquilliser leur conscience) par laquelle ils pouvaient s’affranchir de l’obligation de remplir leurs devoirs filiaux. Ils avaient seulement à prononcer les paroles : « C’est un don » (corban), et un parent pouvait être oublié ! Sans doute, c’était une de leurs traditions permises, et pour le profit du sacrificateur, mais au regard de Dieu, c’était une violation directe de Son commandement. « Vous avez annulé le commandement de Dieu à cause de votre tradition ». Et c’est ce que fait la tradition de façon générale, que ce soit dans le romanisme ou ailleurs. Ajouter à l’Écriture amène la ruine : peu importe par qui cela a pu être fait, ou quels saints motifs les hommes peuvent alléguer ; Dieu est jaloux à ce sujet, et ne permettra pas que Sa Parole soit élargie ou modifiée. La révélation est complète, et notre simple affaire est d’être obéissants à la Parole de Dieu.

Prenez, par exemple, le choix d’un ministre. Les gens, les chrétiens, disent : Nous devons faire venir des ministres, et choisir entre eux lequel sera le nôtre. Je suis prêt à concevoir du soin et de la conscience dans l’exercice de leur jugement. Mais où se trouve la justification pour choisir quelqu’un pour prêcher l’évangile ou enseigner l’Église ? Y a-t-il un seul précepte, ou un seul exemple de cela, dans tout le Nouveau Testament ? Dieu n’a-t-Il donc pas prévu les difficultés et les besoins des congrégations ? Évidemment qu’Il l’a fait. Pourquoi donc y a-t-il absence de direction quelconque les concernant ? Parce que c’était un péché de le faire ; non seulement ce n’était pas Sa pensée, mais c’était son opposé. Il n’y a pas un seul cas, ni rien de semblable, dans l’Écriture, depuis le moment où le Saint Esprit a été envoyé à la Pentecôte. Pourtant, il est parlé de multitudes d’assemblées, dans l’Écriture. Que doit donc faire une congrégation quand elle veut un ministre ? Pourquoi ne pas chercher et voir dans l’Écriture la manière de répondre au besoin ? La difficulté provient de ce qu’ils sont déjà dans une mauvaise position. La vérité centrale de l’Église est la présence du Saint Esprit. Je parle là d’une assemblée chrétienne, où l’Esprit est personnellement présent pour agir selon Sa propre volonté au milieu des disciples assemblés là dans le but de glorifier Dieu et d’exalter Christ. Dans un tel rassemblement, la question de choisir un ministre ne devrait pas se poser. De telle sorte que, si vous prenez cette tradition protestante courante de choisir un ministre, elle est en opposition directe avec la Parole de Dieu. Il peut être bon, pour une assemblée chrétienne, de sentir sa faiblesse. Il peut n’y avoir parmi elle personne avec un don particulier : certains peuvent bien aider dans l’adoration et la prière, mais pas dans la prédication ou l’enseignement. Mais la consolation bénie est que, même s’il n’y avait personne de particulièrement doué dans la Parole, le Saint Esprit est capable d’édifier les saints même sans cela. Dieu, dans Sa sagesse, peut se plaire à ne susciter personne dans une assemblée particulière, ou bien Il peut envoyer là deux ou trois ministres, ou davantage. Je ne crois pas qu’aucun homme ait les dons suffisants pour l’Assemblée. La notion d’avoir une seule personne pour être l’organe exclusif des communications de Dieu envers les siens est un mal, pour eux et, par-dessus tout, pour le Seigneur. Lors de la Réformation, le point important était d’obtenir la Bible pour que les pauvres âmes puissent apprendre de Christ pour leur salut. Mais quasiment tout ce qui était connu de la vérité s’arrêtait là. La Réformation ne s’est jamais occupé de la vraie question de l’Assemblée. Les réformateurs avaient affaire avec un ennemi très rude. Ils devaient casser les blocs de rocher dans la carrière ; et nous ne devons pas leur tenir rigueur de ne pas avoir façonné ni édifié les pierres avec la même habileté. Mais nous ne devons pas nous arrêter à leurs limites.

Ici, avec les pharisiens, il ne s’agissait pas seulement de suivre la tradition, mais de l’utiliser pour satisfaire un égoïsme hypocrite. « Hypocrites ! », dit notre Seigneur, « Ésaïe a bien prophétisé de vous, disant : Ce peuple m’honore des lèvres, mais leur cœur est fort éloigné de moi ». Ceux qui affichaient un tel zèle pour la loi, étaient ceux qui la détruisaient par leur tradition, déshonorant la propre autorité de Dieu dans les relations terrestres qu’Il avait établies et honorées. C’est pourquoi Il ajoute : « mais ils m’honorent en vain, enseignant comme doctrines des commandements d’hommes ».

Sur ce, le Seigneur appelle la foule et leur dit : « Écoutez et comprenez : ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l’homme ; mais ce qui sort de la bouche, c’est là ce qui souille l’homme ». C’étaient surtout les chefs religieux qui s’occupaient de la tradition. Le grand piège, en général, est de nier le mal dans l’homme. La tromperie que Satan utilise constamment actuellement est l’idée que l’homme n’est pas si mauvais, mais que la culture morale peut l’améliorer. Les progrès du monde sont étonnants, disent-ils. Il y a des sociétés pour promouvoir tout but philanthropique, et pour l’amélioration de l’homme. Les fautes sont cherchées dans les circonstances environnantes plutôt que dans l’homme. Voici une parole qui s’applique à ce sujet dans l’ensemble : « Ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l’homme ; mais ce qui sort de la bouche, c’est là ce qui souille l’homme ». Le véritable secret de la condition déplorable de l’homme est son cœur. Cela affecte tout ce qui en sort.

Ce n’est pas du tout ce que Dieu a fait. L’homme est désormais une créature corrompue dont la corruption se transmet à tout ce qu’il entreprend. C’est pourquoi restreindre simplement la chair est totalement inutile, au regard de Dieu, et faux dans son essence. Le Seigneur dit à la foule : « Ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l’homme ; mais ce qui sort de la bouche, c’est là ce qui souille l’homme ». Observez qu’Il en a fini avec la question de Jérusalem et de la tradition. Il parle de ce qui touche la nature humaine. L’homme est perdu. Mais personne ne croit cela entièrement de lui-même, jusqu’à ce qu’il ait trouvé Christ. Il peut croire qu’il est un pécheur, mais croit-il qu’il est mauvais au point qu’aucun bien pour Dieu ne peut provenir de lui ? La théorie et les efforts qui prévalent ne consistent-ils pas à améliorer la condition de l’homme ? Mais notre Seigneur déclare ici que le cœur est mauvais ; et jusqu’à ce que le cœur soit atteint, tout le reste est vain. « Car la parole est très près de toi, dans ta bouche et dans ton cœur ». La manière de faire de Dieu est d’avoir affaire avec le cœur. Qu’y a-t-il de plus simple, de plus béni, de plus puissant, que l’évangile ? Qui prétend que l’évangile a besoin d’un serviteur ? Le serviteur a failli à sa mission et en est renvoyé. Agar a été chassée de la maison, et le fils né de la chair se moque seulement de l’enfant de la promesse. L’homme n’est pas actuellement dans un état de probation. L’épreuve a été faite. Dieu a déclaré que la chair est totalement sans valeur ; et pourtant, l’homme repose constamment la question, au lieu de croire Dieu.

Les disciples n’appréciaient pas vraiment ce que le Seigneur avait dit. Ils vinrent et Lui dirent : « Sais-tu que les pharisiens ont été scandalisés en entendant cette parole ? ». Ils n’étaient peut-être pas offensés eux-mêmes, mais étaient disposés à sympathiser avec ceux qui l’étaient. Mais notre Seigneur répond encore plus sévèrement : « Toute plante que mon Père céleste n’a pas plantée sera déracinée ». Il y avait besoin d’une nouvelle vie de la part de Dieu, non d’une amélioration de l’ancienne. Une plante d’origine céleste doit donc être plantée, et le Père céleste doit le faire. Toute autre plante sera déracinée. « Laissez-les ; ce sont des aveugles, conducteurs d’aveugles ». Raisonner avec ces pharisiens est tout à fait inutile. Ils ont besoin des premiers principes, et de l’œuvre de Dieu dans leur âme. C’est pourquoi toute discussion est inutile. « Laissez-les ; ce sont des aveugles, conducteurs d’aveugles ». Il n’appliquait pas cela à la foule, mais aux chefs qui étaient scandalisés par la doctrine de la corruption complète de l’homme. Il vaut mieux les laisser à eux-mêmes. « Laissez-les… Et si un aveugle conduit un aveugle, ils tomberont tous deux dans une fosse ».

Mais le Seigneur n’abandonne pas les disciples là où ils en étaient. Pierre répond et Lui dit : « Expose-nous cette parabole ». Que voulait-il dire en appelant cela une parabole ? Il ne le comprenait pas lui-même. Voici quelqu’un, le chef même des douze apôtres, et il ne pouvait comprendre notre Seigneur quand Il leur dit que l’homme est entièrement mauvais — son cœur par-dessus tout ; faisant que ce qui provient de lui est mauvais — et non pas ce qui entre en lui. Et cela serait une parabole ! La difficulté de l’Écriture provient moins d’un langage difficile que d’une vérité déplaisante. La vérité est contraire aux désirs des gens ; ils ne peuvent pas la voir, parce qu’ils n’aiment pas la recevoir. Un homme peut ne pas toujours être conscient lui-même de cela, mais c’est le véritable secret que voit Dieu. L’obstacle consiste en ce que l’homme n’aime pas la vérité. Jésus répondit : « Et vous aussi, êtes-vous encore sans intelligence ? N’entendez-vous pas encore que tout ce qui entre dans la bouche va dans le ventre, et passe ensuite dans le lieu secret ? Mais les choses qui sortent de la bouche viennent du cœur, et ces choses-là souillent l’homme. Car du cœur viennent les mauvaises pensées, les meurtres, les adultères, les fornications, les vols, les faux témoignages, les injures ». La source du mal de l’homme provient de son intérieur. Et c’est pourquoi, jusqu’à ce qu’une nouvelle vie soit introduite — jusqu’à ce que l’homme soit né de nouveau, d’eau et de l’Esprit — tout est inutile. « Ce sont ces choses qui souillent l’homme ; mais de manger avec des mains non lavées ne souille pas l’homme ».

Ici se termine l’enseignement béni et important de notre Seigneur, montrant que le jour des formes extérieures était passé, et qu’il s’agissait maintenant de la réalité de l’état de l’homme au regard de Dieu.

Le Seigneur se détourne maintenant de ces scribes et de ces pharisiens, et va vers les quartiers de Tyr et de Sidon, tout à l’extrémité de la Terre sainte, et dans cette région particulière de la frontière qui avait été expressément la scène des jugements de Dieu.

Au chapitre 11, notre Seigneur y avait fait référence, et avait dit que le jour du jugement serait plus supportable pour Tyr et pour Sidon, que pour les villes où Ses miracles avaient été faits. Elles étaient proverbiales comme étant des monuments de la vengeance de Dieu parmi les Gentils[12]. Là, une femme cananéenne Le rencontra. S’il y avait une race qui était plus particulièrement sous l’interdit de Dieu, c’était bien Canaan. « Maudit soit Canaan », avait dit Noé. Le jeune Canaan semble avoir été tout particulièrement le chef de file de son père, dans sa méchanceté contre son grand-père Noé. « Maudit soit Canaan ! Il sera l’esclave des esclaves de ses frères ». Et quand Israël fut introduit dans le pays, les Cananéens, qui avaient sombré dans une profonde corruption, durent être exterminés sans merci. Leurs abominations étaient montées jusqu’aux cieux, avec un cri de vengeance de la part de Dieu. Ici, cette femme sort des quartiers de Canaan, et crie à Lui, disant : « Seigneur, Fils de David, aie pitié de moi ; ma fille est cruellement tourmentée d’un démon » (v. 22). Si nous pouvions envisager un cas plus opposé à ce que nous avons eu auparavant — les scribes et les pharisiens de Jérusalem, pleins de connaissance et de vénération extérieure pour la loi — nous le trouvons dans cette pauvre femme cananéenne.

Les circonstances aussi étaient épouvantables. Non seulement cela se passait à Tyr et à Sidon, rappelant les jugements de Dieu, mais le diable avait pris possession de sa fille. Toutes ces circonstances mises ensemble rendaient le cas aussi déplorable que possible. Comment le Seigneur devait-Il agir avec elle ? Le Seigneur montre, en s’occupant de son cas, un grand changement dans Ses voies. Il avait déclaré les Juifs hypocrites ; leur culte était intolérable pour Dieu, et ils avaient été déclarés tels par leurs propres prophètes : car en les déclarant hypocrites, Il le faisait d’après les paroles de leur propre prophète Ésaïe. Maintenant vient quelqu’un qui n’avait pas le moindre lien avec Israël. Comment le Messie allait-Il avoir affaire à elle ? Elle crie à Lui, disant : « Seigneur, Fils de David, aie pitié de moi ; ma fille est cruellement tourmentée d’un démon. Et il ne lui répondit mot ». Pas un mot !

Pourquoi cela ? Elle était sur un terrain totalement faux. Qu’avait-elle affaire avec le Fils de David ? Si le Seigneur avait simplement été le Fils de David, aurait-Il pu lui donner la bénédiction qu’Il avait dans Son cœur ? Elle faisait appel à Lui comme si elle faisait partie du peuple élu, qui avait des droits sur Lui comme leur Messie. Avait-il jamais été promis que le Messie devait guérir les Cananéens ? Il n’en est pas dit un mot. Quand le Messie viendra comme Fils de David, les Cananéens ne seront pas là. Voyez Zacharie 14, quand notre Seigneur sera Roi sur toute la terre : « Et il n’y aura plus de Cananéen dans la maison de l’Éternel des armées, en ce jour-là ». Les jugements, qui n’avaient pas été entièrement exécutés par Israël, parce qu’ils avaient été infidèles à la confiance du Seigneur, devront être exécutés quand le Fils de David prendra Son héritage. Cette femme était tout à fait dans la confusion à ce sujet. Elle avait la conviction qu’Il était bien plus que le Fils de David, mais elle ne savait pas comment l’exprimer. C’est, je crois, un peu de la même manière que bien des personnes, actuellement, anxieuses au sujet de leurs péchés, ont utilisé la prière du Seigneur, et ont demandé au Père de leur pardonner leurs péchés, comme eux pardonnent aux autres. Elles vont à Dieu comme à leur Père, et Lui demandent de les traiter comme des enfants. Mais c’est la chose même qui n’est pas encore établie. Sont-elles des enfants ? Peuvent-elles dire que Dieu est leur Père ? Elles reculeraient devant cela. C’est ce qu’elles désirent avant tout, mais elles craignent qu’il n’en soit pas ainsi ; c’est-à-dire, qu’elles n’ont aucun droit à s’approcher de Dieu sur le pied d’une relation qui n’existe pas. Et quand des personnes sont ainsi dans la confusion, elles n’obtiennent jamais une paix complète pour leur âme. Quelquefois, elles espèrent être des enfants de Dieu, quelquefois elles craignent de ne pas l’être, abattues par le sentiment du mal qui est en elles. Le fait est qu’elles ne comprennent pas du tout la question. Elles ont tout à fait raison de vouloir se tourner vers Dieu, mais elles ne savent pas comment le faire. Elles craignent d’aller à Dieu simplement comme elles sont, abandonnant toute pensée d’avoir des promesses ou autres choses semblables. Cela montre l’erreur d’une âme anxieuse qui recherche Dieu sur la base des promesses. On parle beaucoup de pécheurs qui « saisissent les promesses » : mais les promesses de l’Ancien Testament étaient pour Israël ; dans le Nouveau, pour les chrétiens. Mais vous n’êtes ni un Israélite, ni un chrétien. Une âme arrivée à ce point est déconcertée.

Il est bon pour une âme d’être amené à cela : je n’ai aucun droit devant Dieu à quoi que ce soit ; je suis un pécheur perdu. Si Dieu prive une personne de ce à quoi elle n’a pas droit, s’Il la dépouille de tout, c’est dans le but de lui donner une bénédiction que Lui a le droit de lui donner. On oublie que désormais, c’est la justice de Dieu — le droit de Dieu de bénir par Jésus Christ, selon tout ce qui est dans Son cœur. Les hommes sont perdus ; mais ils ont peur de confesser la véritable ruine dans laquelle ils se trouvent. C’est à cela que le Seigneur amena la pauvre femme cananéenne. Il l’abaissait pour lui faire sentir qu’elle n’avait aucun droit aux promesses — faites en effet à Israël, mais où y avait-il une quelconque promesse faite aux Cananéens ? Ainsi, sur la base de ce qu’Il était le Fils de David, il était impossible pour le Seigneur de lui donner ce qu’elle demandait. Elle ne comprenait pas cela. Elle pensait que si un Israélite pouvait venir sur le terrain de la promesse, elle le pouvait aussi. Mais c’est une erreur. La pauvre femme a ainsi fait en sorte qu’Il ne lui réponde pas. C’étaient la grâce et la tendresse qui Le conduisirent à ne pas lui répondre : Il reste silencieux jusqu’à ce qu’elle abandonne le terrain qu’elle avait d’abord pris.

Mais les disciples n’étaient pas silencieux ; ils voulaient se débarrasser de son importunité ; ils n’appréciaient pas qu’elle les dérange. « Ils s’approchèrent et le prièrent, disant : Renvoie-la, car elle crie après nous ». Mais le Seigneur confirme ce qui a déjà été dit quant à l’erreur de sa demande. Il dit, en quelque sorte : Elle n’appartient pas à la maison d’Israël ; je ne peux pas lui donner une bénédiction sur le terrain qu’elle prend, mais je ne la renverrai pas sans une bénédiction. Il était là avec des privilèges spéciaux pour les brebis de la maison d’Israël, mais elle n’était pas une brebis. « Lui, répondant, dit : Je ne suis envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël ». Alors la pauvre femme « vint et lui rendit hommage, disant : Seigneur, assiste-moi ». Elle abandonne les termes « Fils de David ». Elle n’utilise plus le titre qui Le relie à Israël, mais reconnaît Son autorité de manière générale. Maintenant Il lui répond, quoiqu’elle ne soit pas encore suffisamment abaissée. Quand elle fait appel à Lui comme Seigneur, un titre convenable, Il répond : « Il ne convient pas de prendre le pain des enfants et de le jeter aux chiens ». Dès que cela est prononcé, tout secret est dévoilé. « Oui, Seigneur », dit-elle, « car même les chiens mangent des miettes qui tombent de la table de leurs maîtres ». Elle prend la place d’un chien. Elle reconnaît qu’Israël était, dans les voies extérieures de Dieu, le peuple élu, comme les enfants mangeant du pain à table ; alors que les Gentils n’étaient que des chiens sous la table. Elle le reconnaît, et c’est très humiliant. On n’aime pas cela, actuellement. Mais elle est abaissée jusque-là. Le Seigneur peut, dans le but de nous amener dans une bénédiction plus profonde, nous faire tomber au plus bas niveau quant à la vérité nous concernant. Mais n’y avait-il aucune bénédiction, même pour un chien ? Elle prend appui sur cette vérité : Soit, je suis un chien ; Dieu n’a-t-Il pas quelque bénédiction pour moi ? Là, le Seigneur lui répond avec la plus complète bénédiction. Il lui répond avec la plus forte approbation de sa foi — « Ô femme, ta foi est grande ; qu’il te soit fait comme tu veux ». Le Seigneur avait prononcée la sentence sur la nation des Juifs, qui n’étaient que des hypocrites, et était sorti vers les Gentils. La foi Le rencontre là ; une foi qui pénètre à travers les circonstances extérieures, et amène la découverte de la position abaissée que nous devons prendre ; et la pauvre femme est bénie selon ce qui est dans son cœur. « Qu’il te soit fait comme tu veux. Et dès cette heure-là sa fille fut guérie ». Une grâce illimitée est accordée à un Gentil sous une malédiction particulière ; et le cœur de notre Seigneur est rafraîchi par sa foi.

Mais il y a plus. Ayant visité les Gentils, le Seigneur revient maintenant vers Israël en bonté souveraine. « Et Jésus, étant parti de là, vint près de la mer de Galilée ; et montant sur une montagne, il s’assit là. Et de grandes foules vinrent à lui, ayant avec elles des boiteux, des aveugles, des muets, des estropiés, et beaucoup d’autres ; et elles les jetèrent à ses pieds, et il les guérit ; de sorte que les foules s’étonnèrent en voyant les muets parler, les estropiés guérir, les boiteux marcher, et les aveugles voir ; et elles glorifièrent le Dieu d’Israël » (v. 29-31). Je considère cela comme une image d’Israël sentant sa condition réelle. Ils viennent à Jésus, regardant à Lui et disant, en quelque sorte : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ». Ils allaient bientôt s’exprimer ainsi ; et le Seigneur déclarait qu’ils ne devaient plus Le voir jusqu’à ce qu’ils disent : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ». Ce qu’ils voyaient en Jésus les conduisait à glorifier le Dieu d’Israël. Ainsi, le Seigneur aura des relations avec Israël. Ils viennent, non plus désormais pour la controverse, mais comme une foule pauvre, estropiée, aveugle et misérable ; et le Seigneur les guérit tous. Mais ce n’est pas tout : Il les nourrit tout aussi bien qu’Il les guérit ; et nous trouvons le beau miracle de la multiplication des pains.

Mais remarquez les différences. Dans un cas précédent, les disciples voulaient renvoyer les foules ; et le Seigneur leur permit alors de manifester leur incrédulité. Dans le cas présent, c’est Christ Lui-même qui pense à eux et se propose de les bénir. « Je suis ému de compassion envers la foule », dit-Il, « car voici trois jours déjà qu’ils demeurent auprès de moi, et ils n’ont rien à manger ; et je ne veux pas les renvoyer à jeun, de peur qu’ils ne défaillent en chemin » (v. 32). Vous vous souvenez peut-être qu’il est dit en Osée 6 : « Dans deux jours, il nous fera vivre ; au troisième jour, il nous mettra debout, et nous vivrons devant sa face ». C’est le temps approprié pour l’épreuve du peuple. Littéralement, c’était le moment où notre Seigneur gisait dans le tombeau. Mais il est aussi en lien avec la bénédiction future d’Israël. « Je ne veux pas les renvoyer à jeun, de peur qu’ils ne défaillent en chemin. Et ses disciples lui disent : D’où aurions-nous dans le désert assez de pains pour rassasier une si grande foule ? ». Combien sont-ils lents à apprendre à connaître les ressources de Christ, comme auparavant à apprendre à connaître l’inutilité complète de l’homme. « Jésus leur dit : Combien avez-vous de pains ? Et ils dirent : Sept, et quelques petits poissons ». Ce n’est pas ici cinq pains et douze paniers pleins ; mais ils commencent avec sept pains, et terminent avec sept corbeilles pleines. La raison en est que sept, dans l’Écriture, représente la plénitude spirituelle, et cela est destiné à montrer la plénitude avec laquelle le Seigneur fait découler la bénédiction pour Son peuple — la plénitude de provisions qu’ils avaient en Lui. « Ayant pris les sept pains et les poissons, il rendit grâces et les rompit et les donna à ses disciples, et les disciples à la foule ». Je considère cela comme une image du Seigneur pourvoyant largement aux besoins des Juifs — le peuple bien-aimé de Son choix, qu’Il ne peut jamais abandonner, envers lequel Il doit accomplir Ses promesses, parce qu’Il est le Dieu fidèle. Ici le Seigneur, de Son propre cœur, pourvoit pleinement même au rafraîchissement de leur corps. Ce sera le caractère du jour millénial, quand non seulement l’âme sera bénie, mais que toutes sortes de grâces abonderont ; Dieu délivrant Sa terre de la main de Satan, qui l’a longtemps souillée. Dans les sept pains présents avant qu’ils mangent, et les sept corbeilles de restes récoltées après qu’ils ont mangé, vous trouvez une idée de la plénitude, une ample provision pour le présent et pour les besoins à venir.