Chapitre 16

Dans le dernier chapitre, qui introduit une nouvelle partie du sujet considéré dans Matthieu, nous avons vu deux grands tableaux : tout d’abord, la désobéissance hypocrite de ceux qui s’enorgueillissaient de la loi complètement exposée par leurs propres prophètes, ainsi que la pierre de touche qu’était le Seigneur Lui-même ; et, en second lieu, la véritable nature de la grâce manifestée envers quelqu’un dont les circonstances ne demandaient rien d’autre qu’une miséricorde souveraine pour être bénie. À la fin, la grâce parfaite et patiente du Seigneur envers Israël est manifestée, malgré la condition des conducteurs juifs. S’Il avait compassion des Gentils, Son cœur soupirait toujours après Son peuple, et Il le montrait en répétant le grand miracle de nourrir des milliers, dans leur état de besoin ; non plus, ici, avec l’image de se retirer de la terre, que nous avons vue au chapitre 14 à la suite du premier miracle pour nourrir les foules — le type de l’occupation de notre Seigneur à la droite de Dieu.

Ici, nous trouvons un autre tableau, tout à fait distinct du précédent, quoiqu’il s’y apparente. Ce n’est pas la désobéissance flagrante à la loi par la tradition humaine, mais l’incrédulité — la source de toute désobéissance. C’est pourquoi, dans la langue employée par le Saint Esprit, il y a seulement une différence de nuance entre les mots incrédulité et désobéissance. La première est la racine dont la dernière est le fruit. Nous ayant montré la violation flagrante et systématique de la loi de Dieu, même par ceux qui étaient les conducteurs religieux en Israël, et les en ayant convaincus, un principe plus profond est désormais mis en avant. Toute cette désobéissance envers Dieu découlait de l’incrédulité à Son égard, et, en conséquence, de la mauvaise compréhension de leur propre état moral. Ces deux choses vont toujours ensemble. L’ignorance de soi découle de l’ignorance de Dieu ; et l’ignorance à la fois de nous-mêmes et de Dieu est démontrée par le mépris de Jésus. Et ce qui est entièrement vrai de l’incrédule, s’applique partiellement au chrétien qui, en quelque mesure, néglige la volonté et la personne du Seigneur. Toutes ces choses ne sont que les résultats de ce cœur d’incrédulité contre lequel l’apôtre met en garde même les croyants. La grande provision contre cela, l’opération du Saint Esprit, en contraste avec le travail de l’esprit naturel de l’homme, apparaît clairement ici.

« Les pharisiens et les sadducéens, s’approchant, lui demandèrent, pour l’éprouver, de leur montrer un signe du ciel ». Ils recommençaient encore la même histoire ; mais désormais, elle est d’une source plus élevée et de ce fait, bien entendu, pire en principe. C’est une chose affreuse de trouver deux partis opposés, avec une seule chose qui les unit — la haine de Jésus ; des personnes qui se seraient entredéchirées en d’autres occasions, mais qui se retrouvent sur un point — tenter Jésus. « Les pharisiens et les sadducéens, s’approchant pour l’éprouver », etc. Il n’y avait pas de conflit entre les scribes et les pharisiens, mais un grand fossé séparait les sadducéens et les pharisiens. Les premiers étaient les libres penseurs de l’époque ; les derniers étaient les champions pour tenir ferme pour les ordonnances et l’autorité de la loi. Mais tous deux se rejoignaient pour tenter Jésus. Ils désiraient un signe du ciel. Le témoignage le plus important que Dieu ait jamais donné à l’homme, se trouvait devant eux dans la personne de Son Fils, lequel éclipsait tous les autres signes. Mais l’incrédulité était telle, qu’elle peut se trouver dans la présence de la pleine manifestation de Dieu et contempler une lumière plus brillante que le soleil à midi, et pourtant demander alors à Dieu de lui donner une pauvre chandelle.

Mais Jésus « répondant, leur dit : Quand le soir est venu, vous dites : Il fera beau temps, car le ciel est rouge ; et le matin : Il y aura aujourd’hui de l’orage, car le ciel est rouge et sombre. Vous savez discerner l’apparence du ciel ; et ne pouvez-vous pas discerner les signes des temps ? » (v. 2, 3). Leur propre condition morale était le signe et la preuve que le jugement était imminent. Pour ceux qui pouvaient voir, il y avait le temps convenable, l’Orient d’en haut qui les avait visités en Jésus. Ils ne le voyaient pas ! Mais ne pouvaient-ils pas discerner le mauvais temps ? Ils étaient en présence du Messie, et ils demandaient un signe du ciel ! Le Dieu qui a fait le ciel et la terre était là, mais les ténèbres ne l’ont pas compris. « Il vint chez soi ; et les siens ne l’ont pas reçu ». Ils étaient totalement aveugles. Ils pouvaient discerner des changements physiques, mais ils ne percevaient rien des gloires morales et spirituelles qui étaient alors devant eux. Combien il est vrai que « une génération méchante et adultère recherche un signe ; et il ne lui sera pas donné de signe, si ce n’est le signe de Jonas. Et les laissant, il s’en alla ».

Les hommes errent continuellement, en ce qui concerne le caractère de Jésus. Ils imaginent qu’Il ne pouvait pas utiliser un langage fort et qu’Il ne ressentait aucune colère ; pourtant, on trouve cela dans la Parole, écrit en pleine lumière. L’incrédulité est toujours aveugle, et trahit son aveuglement d’autant plus contre Jésus. La même incrédulité qui ne pouvait pas discerner alors qui et quel était Jésus, ne voit pas maintenant Jésus venir, et ne discerne pas les signes de sa propre ruine imminente. C’est la condition morale des hommes, peu importe qui ils sont, qui est manifestée de la manière la plus remarquable seulement là où se trouve la lumière de Dieu.

Notre Seigneur n’hésite pas à toucher le mal avec une main ferme. Il était la manifestation parfaite de l’amour ; mais qu’on se rappelle qu’Il est aussi Celui qui disait : « génération méchante et adultère », « race de vipères », etc. ! Cela provient du véritable amour — si les hommes voulaient seulement s’incliner devant la vérité qui les accuse. Se soumettre à la parole de Dieu, à la vérité, maintenant, dans ce monde, c’est être sauvé ; être convaincu de la vérité seulement dans le monde à venir, c’est être perdu pour toujours. Christ était le témoin fidèle et véritable ; Il amenait Dieu vis-à-vis de l’homme, et faisait resplendir sur eux Sa parfaite lumière. Jésus pouvait rencontrer une âme dans sa ruine ; Il pouvait manger avec les publicains pour montrer qu’Il pouvait recevoir des pécheurs — oui, étant venu pour chercher et sauver ceux qui étaient perdus, et pardonner les péchés jusqu’à l’extrême limite ; mais Il ne donnera jamais aucun signe pour satisfaire l’incrédulité qui Le rejette. Ces pharisiens et ces sadducéens ne voulaient pas entendre Sa voix de grâce, et ils devaient entendre leur propre sentence de la part du juge de toute la terre : « Une génération méchante et adultère recherche un signe ; et il ne lui sera pas donné de signe, si ce n’est le signe de Jonas ». Si Jésus n’avait pas été présent, demander un signe n’aurait pas été une telle méchanceté ; mais Sa présence en fait une audacieuse incrédulité et une épouvantable hypocrisie. Et quel était ce signe ? Le signe de celui qui disparut de la terre ; qui, par la figure de la mort, avait été retranché du peuple, et après un moment, leur avait été rendu. C’était le symbole de la mort et de la résurrection, et notre Seigneur agit immédiatement en conséquence. Il « les laissa et s’en alla ». Il allait passer sous la puissance de la mort ; Il ressusciterait, et le message qu’Israël avait méprisé, Il le porterait aux Gentils.

Mais il y a d’autres formes d’incrédulité ; et la scène suivante (v. 5) se passe avec Ses disciples : tant il est vrai que ce que vous trouvez à l’œuvre dans un homme inconverti, dans sa forme la plus grossière, peut se retrouver, peut-être sous une forme différente, dans les croyants. « Jésus leur dit : Voyez, et soyez en garde contre le levain des pharisiens et des sadducéens ». Ils ne Le comprirent pas ; ils raisonnaient entre eux ; et quand les chrétiens se mettent à raisonner, ils ne comprennent jamais rien. « Ils raisonnaient en eux-mêmes, disant : C’est parce que nous n’avons pas pris du pain ».

Il existe, bien sûr, une déduction saine et solide. La différence est que le mauvais raisonnement commence toujours par l’homme et essaye d’atteindre Dieu, alors que le bon raisonnement part de Dieu vers l’homme. L’esprit naturel ne peut faire de déduction que de son expérience, et ainsi, se forme ses idées sur ce que Dieu doit être. C’est la base de la spéculation humaine dans les choses divines ; alors que Dieu est la source, la force et le guide des pensées de la foi. Comment est-ce que je connais Dieu ? Dans la Bible, qui est la révélation de Christ depuis le début de la Genèse jusqu’à la fin de l’Apocalypse. Je Le vois là, la clé de voûte de l’arche, le centre de tout ce dont parle l’Écriture ; et à moins de voir la relation de Christ avec toute chose, rien n’est compris correctement. La première grande erreur est de ne pas tenir compte que Dieu s’est révélé dans Son Fils. Ce n’est pas la lumière derrière le voile, comme dans le système juif, mais une bénédiction infinie, maintenant que Dieu est devenu un homme, et que l’homme est amené à Dieu. Dans la vie de Christ, je vois Dieu s’approchant de l’homme, et dans Sa mort, l’homme approché de Dieu. Le voile est déchiré ; tout est mis en vue, ce qui est de l’homme d’un côté, et de Dieu de l’autre, dans la mesure où il plaît à Dieu de se révéler à l’homme dans ce monde. Tout est mis en évidence de la façon la plus vive dans la vie et la mort de Christ. Mais les disciples ont tendance à être très durs d’oreille sur ces choses, maintenant comme alors ; et ainsi, quand Il les mettait en garde contre le levain des pharisiens et des sadducéens, ils pensaient qu’Il parlait simplement de quelque chose de la vie quotidienne — de manière très semblable à ce que nous voyons aujourd’hui. Mais notre Seigneur « leur dit : Pourquoi raisonnez-vous en vous-mêmes, gens de petite foi, sur ce que vous n’avez pas pris du pain ? » (v. 8). Pourquoi ne pensaient-ils pas à Christ ? Auraient-ils été troublés au sujet du pain s’ils avaient correctement pensé à Lui ? Impossible ! Ils s’inquiétaient, ou pensaient que Lui aussi, au sujet du pain ! « N’entendez-vous pas encore », dit le Seigneur, « et ne vous souvient-il pas des cinq pains des cinq mille hommes, et combien de paniers vous en recueillîtes ? ni des sept pains des quatre mille hommes, et combien de corbeilles vous en recueillîtes ? Comment n’entendez-vous pas que ce n’était pas touchant du pain que je vous disais : Soyez en garde contre le levain des pharisiens et des sadducéens ? Alors ils comprirent que ce n’était pas contre le levain du pain qu’il leur avait dit d’être en garde, mais contre la doctrine des pharisiens et des sadducéens » (v. 9-12). Et c’est ce que les disciples, même aujourd’hui, comprennent souvent mal. Ils ne comprennent pas l’horreur de la mauvaise doctrine. Ils sont conscients du mal moral. Si une personne s’enivre ou tombe dans quelque autre scandale grossier, ils savent, bien sûr, que c’est très mauvais ; mais si le levain de la fausse doctrine opère, ils ne le sentent pas. Comment se fait-il que les disciples sont plus attentifs à ce que la simple conscience naturelle peut juger, plutôt qu’à la doctrine qui détruit les fondements de toute chose, à la fois pour ce monde et pour celui qui est à venir ? Quelle chose sérieuse que les disciples doivent être avertis par le Seigneur à ce sujet, et même alors ne comprennent pas ! Il dut le leur expliquer. C’était l’influence néfaste de l’incrédulité parmi les disciples, faisant du corps le grand objet, et ne voyant pas l’importance primordiale de ces doctrines corrompues, qui menaçaient les âmes de tant de manières insidieuses autour d’eux.

Mais il y a une autre manière et une autre scène dans laquelle opère l’incrédulité. Ce chapitre dissèque la racine de nombreuses formes d’incrédulité. « Par la foi, nous comprenons », dit l’apôtre aux Hébreux. L’homme du monde essaye d’abord de comprendre, puis de croire ; le chrétien commence peut-être avec la plus faible compréhension, mais il croit Dieu : sa confiance est en Celui qui est au-dessus de lui ; et ainsi, de la pierre est suscité un enfant à Abraham. Le Seigneur interroge maintenant les disciples quant à l’essence même de la question, que ce soit parmi les pharisiens, les sadducéens, ou les disciples eux-mêmes. « Il interrogea ses disciples, disant : Qui disent les hommes que je suis, moi, le fils de l’homme ? ». C’est maintenant la personne de Christ qui se présente ; et cela, j’ai à peine besoin de le dire, est plus profond que toute autre doctrine. « Qui disent les hommes que je suis, moi, le fils de l’homme ? Et ils dirent : Les uns disent : Jean le baptiseur ; les autres : Élie ; et d’autres : Jérémie ou l’un des prophètes » (v. 13, 14). Il y a tant d’opinions parmi les hommes, avance l’incrédulité, que toute certitude est impossible. Certains disent une chose et d’autres une autre ; vous parlez de la vérité et de l’Écriture ; pourtant, après tout, c’est seulement votre point de vue. Mais que dit la foi ? La certitude, de la part de Dieu, est notre portion, du moment que nous discernons qui est Jésus. Il est le seul remède qui bannit la difficulté et le doute de l’esprit de l’homme. « Qui dites-vous que je suis ? » (v. 15). C’était dans le but de mettre en évidence quel est maintenant le pivot de la bénédiction de l’homme et de la gloire de Dieu, et cela devient le tournant du chapitre. Parmi ces mêmes disciples, nous trouvons une confession bénie de l’un d’entre eux — la puissance de Dieu opérant dans un homme qui avait été repris auparavant pour son manque de foi, comme il le sera aussi de fait juste après. Quand nous sommes réellement abaissés devant Dieu à cause de notre peu de foi, le Seigneur peut révéler quelque vue de Lui-même plus profonde et plus élevée que ce que nous avons jamais eu. Les disciples avaient fait mention des diverses opinions des hommes : l’un disait qu’Il était Élie ; un autre, Jean le baptiseur ; etc. « Mais qui dites-vous que je suis ? Et Simon Pierre, répondant, dit : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ». Glorieuse confession ! Dans les Psaumes, il est parlé de Lui comme le Fils de Dieu, mais de manière très différente. Là, Il a affaire avec les rois de la terre, qui sont appelés à prendre garde à la manière dont ils se comportent. Mais le Saint Esprit lève maintenant le voile pour montrer que le « Fils du Dieu vivant » implique des profondeurs dépassant de beaucoup une domination terrestre, quelque glorieuse qu’elle soit. Il est le Fils de ce Dieu vivant qui peut communiquer la vie même à ceux qui sont morts dans le péché. « Jésus, répondant, lui dit : Tu es bienheureux, Simon Barjonas, car la chair et le sang ne t’ont pas révélé cela, mais mon Père qui est dans les cieux ».

Tout d’abord, le Père révèle ; et du moment que Christ s’entend confesser comme le Fils du Dieu vivant, Il y met aussi Son propre sceau et honore celui qui Le confesse. C’est l’affirmation de quelqu’un qui s’élève immédiatement à Sa propre dignité intrinsèque : « Et moi aussi, je te dis que tu es Pierre ; et sur ce roc je bâtirai mon assemblée, et les portes du hadès ne prévaudront pas contre elle ». Il donne à Simon un nouveau nom. Comme Dieu en avait donné un à Abraham, à Sara, etc., à cause de quelque nouvelle manifestation de Lui-même, ainsi fait le Fils de Dieu. Cela avait été annoncé prophétiquement auparavant ; mais maintenant est manifestée, pour la première fois, la raison pour laquelle il lui avait été donné. « Tu es Pierre ; et sur ce roc je bâtirai mon assemblée ». Quel roc ? La confession qu’avait fait Pierre que Jésus était le Fils du Dieu vivant. C’est sur cela que l’Église est bâtie. Israël était gouverné par une loi ; l’Église est édifiée sur un fondement solide, impérissable et divin — sur la personne du Fils du Dieu vivant. Et quand cette confession plus complète sort des lèvres de Pierre, la réponse survient : Tu es Pierre — tu es une pierre : un homme qui tire son nom de ce roc sur lequel l’Assemblée est bâtie.

Dans les premiers chapitres des Actes, Pierre parle toujours de Jésus comme le saint Serviteur de Dieu. Il parle de Lui comme d’un homme qui allait faisant du bien ; comme le Messie mis à mort par les mains d’hommes méchants, que Dieu a ressuscité d’entre les morts. Quelle que soit la connaissance de Jésus que pouvait avoir Pierre, toutefois, quand il prêche aux Juifs, il Le leur présente simplement comme le Christ, comme le Fils annoncé de David, qui a marché ici-bas, qu’ils ont crucifié, et que Dieu a ressuscité. Puis, au martyre d’Étienne, un nouveau terme est utilisé au sujet du Seigneur. Ce témoin béni regarde en haut et dit : « Je vois les cieux ouverts, et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu ». Ce n’est plus maintenant seulement Jésus comme le Messie, mais « le Fils de l’homme », ce qui implique Sa réjection. Quand Il fut rejeté comme Messie, Étienne, voyant que ce témoignage était rejeté, est conduit par Dieu à témoigner de Jésus comme le Fils de l’homme exalté à la droite de Dieu. Lorsque Paul fut converti, ce que nous trouvons deux chapitres plus loin, il prêche tout de suite « Christ dans les synagogues, disant que Lui est le Fils de Dieu ». Il ne Le confesse pas simplement, mais il Le prêche comme tel. Et à Paul fut confié le grand service de mettre au jour la vérité quand à « l’Assemblée de Dieu ».

Ainsi ici, d’après la confession de Pierre, le Seigneur dit : « Sur ce roc je bâtirai mon assemblée ». Tu comprends la gloire de ma personne ; je te montrerai l’œuvre que je vais accomplir. Remarquez l’expression. Ce n’est pas : J’ai bâti, mais : Je bâtirai mon Assemblée. Il ne l’a pas encore bâtie, ni n’a commencé à le faire : tout cela était nouveau. Je ne veux pas dire qu’il n’y ait pas eu d’âmes ayant cru en Lui auparavant, et ayant été régénérées par l’Esprit ; mais c’est une erreur d’appeler « Assemblée » l’ensemble des saints du début à la fin des temps. C’est une notion courante, qui n’a pas une once de l’Écriture pour la soutenir. L’expression en Actes 7, 38 : « l’assemblée au désert », signifie l’ensemble de la congrégation — la masse d’Israël — dont la plus grande partie tombèrent comme cadavres dans le désert. Pouvez-vous appeler cela « l’Assemblée de Dieu » ? Il n’y avait que peu de croyants parmi eux. Les gens sont induits en erreur à ce sujet par le mot. L’expression « assemblée dans le désert » signifie simplement la congrégation qui était là. Le même mot est appliqué au rassemblement plein de confusion en Actes 19, qui voulait mettre en pièces Paul. S’il était traduit comme en Actes 7, ç’aurait été « l’église dans le théâtre », et l’erreur est évidente. Le mot qui est traduit par « église » signifie simplement assemblée. Pour trouver quelle est la nature de l’assemblée, nous devons examiner l’utilisation scripturaire et le but du Saint Esprit. Car vous pouvez avoir une bonne ou une mauvaise assemblée : une assemblée de Juifs, de Gentils, ou une assemblée de Dieu, distincte des deux premières et en contraste avec elles, comme on peut facilement et incontestablement le voir en 1 Corinthiens 10, 32. Ici, c’est de cette dernière que nous parlons, c’est-à-dire l’Assemblée de Dieu, quand nous parlons de « l’Assemblée ».

Qu’est-ce donc, pour revenir à notre sujet, qu’indique le Seigneur, quand Il dit : « Sur ce roc, je bâtirai mon assemblée » ? C’est clairement quelque chose qu’Il allait ériger sur la confession qu’Il était le Fils du Dieu vivant, que la mort ne pouvait vaincre, mais seulement Lui fournir l’occasion de faire briller Sa gloire par la résurrection. « Sur ce roc je bâtirai mon assemblée, et les portes du hadès » — la puissance de la mort — « ne prévaudront pas contre elle ». Le hadès ne signifie pas l’endroit de ceux qui sont perdus, mais la condition des esprits séparés du corps. « Et je te donnerai les clefs du royaume des cieux ».

L’Assemblée et le royaume des cieux ne sont pas la même chose. Il n’est jamais dit que Christ a donné les clefs de l’Église à Pierre. Si les clés de l’Église ou du ciel lui avaient été données, je ne serais pas étonné que l’on ait pensé à un pape. Mais « le royaume des cieux » signifie la nouvelle dispensation qui allait commencer sur la terre. Dieu allait ouvrir une nouvelle économie, libre pour les Juifs et les Gentils, et dont Il a confié les clefs à Pierre. Une de ces clefs a été utilisée, si je puis dire, à la Pentecôte, quand il a prêché aux Juifs ; et l’autre, quand il a prêché aux Gentils[13]. C’était l’ouverture du royaume aux hommes, qu’ils soient Juifs ou Gentils. « Je te donnerai les clefs du royaume des cieux ; et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux ; et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux » (v. 19). Le pardon éternel des péchés a affaire seulement avec Dieu, quoiqu’il y a un sens dans lequel le pardon fut confié à Pierre et aux autres apôtres, ce qui demeure encore vrai aujourd’hui. Chaque fois que l’Assemblée agit au nom du Seigneur, et fait vraiment Sa volonté, le sceau de Dieu est mis sur ses actes. « Mon Assemblée », bâtie sur ce roc, est Son corps — le temple des croyants édifié sur Lui-même. Mais « le royaume des cieux » embrasse tous ceux qui confessent le nom de Christ. Cela commença par la prédication et le baptême. Quand un homme est baptisé, il entre dans « le royaume des cieux », même s’il devait s’avérer un hypocrite. Il ne se trouvera jamais dans le ciel, bien entendu, s’il est un incrédule ; mais il est dans « le royaume des cieux ». Il peut être de l’ivraie ou du bon froment, dans le royaume des cieux ; un mauvais serviteur, ou un serviteur fidèle ; une vierge folle ou une vierge prudente. Le royaume des cieux englobe toute la scène de la profession chrétienne.

Mais, comme nous l’avons vu, quand Christ parle de « mon Assemblée », c’est une autre chose. Elle est édifiée sur ce que Sa personne est reconnue et confessée — « le Fils du Dieu vivant ». Nous savons que « quiconque croit que Jésus est le Christ, est né de Dieu ». Et, encore, que « celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu est victorieux du monde ». Mais il y a une puissance plus profonde du Saint Esprit, en Le reconnaissant comme le Fils de Dieu ; et plus la connaissance de Christ est grande, plus l’énergie spirituelle est grande pour traverser et vaincre le monde. Si un croyant est plus spirituel qu’un autre, c’est parce qu’il connaît et apprécie mieux la personne de Christ. Toute puissance pour la marche chrétienne et le témoignage dépend de l’appréciation de Christ.

Remarquez aussi l’ordre des paroles de notre Seigneur. Tout d’abord, « tu es bienheureux, Simon Barjonas, car la chair et le sang ne t’ont pas révélé cela, mais mon Père qui est dans les cieux ». Christ doit être trouvé en dehors de l’Assemblée, et avant elle ; Christ doit être discerné en premier lieu et avant tout par l’âme individuelle ; Christ et ce qu’Il est doivent, avant et par-dessus tout, être révélés au cœur par le Père. Il peut employer comme instruments des personnes qui appartiennent à l’Assemblée, ou Il peut utiliser directement Sa propre Parole. Mais quels que soient les moyens employés, c’est le Père révélant la gloire du Fils à un pauvre homme pécheur ; et quand cela est établi pour l’individu, Christ dit : « Sur ce roc, je bâtirai mon assemblée ». La foi en Christ est fondamentalement l’ordre et la voie de Dieu, avant que surgisse la question de l’Assemblée. C’est une grande controverse entre Dieu et le mystère d’iniquité, qui opère maintenant dans ce monde. Le but du Saint Esprit est de glorifier Christ ; alors que celui de l’autre est de se glorifier soi-même. Le Saint Esprit poursuit cette révélation bénie que le Père a faite du Fils ; et quand la question individuelle est réglée, alors viennent le privilège et la responsabilité collectifs — l’Assemblée.

Si j’ai obtenu Christ, c’est une bénédiction infinie. Mais je dois aussi croire qu’Il bâtit Son Assemblée. Est-ce que je connais ma place là ? Suis-je trouvé marchant dans la lumière de Christ — une pierre vivante dans ce qu’Il bâtit — agissant sainement comme membre de Son corps ? Le salut a été opéré ici sur la terre, et c’est ici que l’Assemblée est construite sur ce roc ; et les portes du hadès — l’état invisible, ou la condition de séparation de l’esprit et du corps — ne prévaudront pas contre elle. La mort peut venir, mais les portes du hadès ne prévaudront pas contre elle. Le Seigneur dit, dans l’Apocalypse, qu’Il tient les clés de la mort et du hadès. La mort du chrétien est dans les mains de Christ. Par la croix, Il a annulé la puissance de Satan, et Il est le Seigneur à la fois des morts et des vivants ; notre seigneur n’est pas la mort, mais Christ. « Soit que nous vivions, nous vivons ayant égard au Seigneur, soit que nous mourions, nous mourons ayant égard au Seigneur ; soit donc que nous vivions, soit que nous mourions, nous sommes du Seigneur ». Le Seigneur a un droit absolu sur nous ; et c’est pourquoi la mort est privée de tout ce qui la rend si terrible. Dans l’Apocalypse, vous trouvez le Seigneur avec les clés de la mort et du hadès. Il donne les clefs du royaume des cieux à Pierre, parce que c’est lui qui devait prêcher aux Juifs et aux Gentils. La porte a été ouverte tout d’abord le jour de la Pentecôte, et ensuite bien plus largement quand les Gentils furent introduits.

L’administration est aussi confiée à Pierre, à la fois pour lier et délier ; c’est l’autorité d’agir publiquement ici-bas, avec la promesse d’une ratification en haut : « Tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux ; et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux ». C’est dit à Pierre en premier lieu ; et sans aucun doute, de ce que nous trouvons en Matthieu 18, 18 : « En vérité, je vous dis : Tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel », l’acte de lier et délier s’applique aussi aux autres disciples ; non pas aux apôtres seulement, mais, je crois, aux disciples comme tels. Comparez aussi la commission en Jean 20, 19 à 23. Sur ce principe, on est reçu dans l’Assemblée chrétienne, et sur ce principe les personnes méchantes sont mises dehors jusqu’à ce que la repentance justifie leur restauration. Les apôtres ou les disciples ne pardonnent pas les péchés en ce qui concerne le jugement éternel, bien sûr, ce que Dieu seul a le pouvoir de faire. Mais Dieu nous demande de juger l’état d’une personne pour sa réception ou son exclusion du cercle qui confesse le nom de Christ ici-bas. En Actes 5, Pierre lie leur péché sur Ananias et Sapphira. Cela ne prouve pas qu’ils étaient perdus ; mais le péché était lié sur eux, et amenait un jugement actuel. Ni Pierre ni Paul n’étaient à Corinthe ; et là, le Seigneur Lui-même a mis Sa main sur les coupables : plusieurs étaient faibles et malades, et certains s’étaient endormis. Cela ne s’oppose pas à leur salut final — plutôt l’inverse, de fait. Quand ils étaient jugés par le Seigneur, ils étaient châtiés, afin qu’ils ne soient pas condamnés avec le monde (c’est-à-dire, qu’ils ne soient pas perdus). Ils devaient être ôtés par la mort, et cependant être sauvés dans le jour du Seigneur. L’Assemblée met dehors une personne méchante. L’homme à Corinthe, qu’il leur était demandé d’excommunier, était coupable d’un affreux péché, mais n’était pas perdu. Il fut livré à Satan pour la destruction de la chair, afin que l’esprit soit « sauvé dans la journée du Seigneur Jésus ». Dans l’épître suivante, nous trouvons cette personne si accablée de tristesse à cause de son péché, qu’il leur était demandé de ratifier leur amour envers lui. Cette action de lier et délier est de fait simple, alors qu’on en fait souvent quelque chose de mystérieux. Les seuls péchés que l’Assemblée doit juger sont ceux qui sont manifestés de façon si évidente, qu’ils exigent une répudiation publique selon la Parole de Dieu. L’Assemblée ne doit pas être un petit tribunal de jugement pour toute chose. Nous ne devons jamais réclamer l’intervention de l’assemblée, sauf au sujet du mal qui est si manifeste qu’il peut emporter la conscience de tous avec lui. C’est ce que je considère être la signification de lier et délier.

« Alors il enjoignit aux disciples de ne dire à personne qu’il fût le Christ ». Un changement remarquable a lieu ici. Pierre L’avait confessé comme étant le Christ, le Fils du Dieu vivant ; maintenant, le Seigneur leur ordonne de ne dire à personne qu’Il était le Christ. Cela revenait à dire : Il est trop tard ; je suis rejeté comme le Christ — le Messie, l’Oint de l’Éternel. Israël L’a refusé, et Il accepte ce fait. Mais remarquez une autre chose : « Dès lors Jésus commença à montrer à ses disciples qu’il fallait qu’il allât à Jérusalem, et qu’il souffrît beaucoup de la part des anciens et des principaux sacrificateurs et des scribes, et qu’il fût mis à mort, et qu’il fût ressuscité le troisième jour » (v. 21). En Luc 9, 20, il nous est dit : « Il leur dit : Et vous, qui dites-vous que je suis ? Et Pierre, répondant, dit : Le Christ de Dieu ». « Le Fils du Dieu vivant » n’est pas mentionné en Luc : en conséquence, rien n’est dit de l’édification de l’Assemblée. Comme l’Écriture est parfaite ! En Luc, le Seigneur continue en disant : « Il faut que le fils de l’homme souffre beaucoup », etc. Il y a une grande différence entre « le Christ » et « le fils de l’homme ». Ce dernier est Son titre en tant que rejeté, puis en tant qu’exalté dans le ciel.

Interdire aux disciples de dire qu’Il était le Christ est le tournant du ministère de Christ. Cela signifie que Christ abandonne Son titre juif, et Il parle de Son Assemblée. Avant cela, Il dit : « Sur ce roc, je bâtirai mon assemblée ». À partir de ce moment, Il commença à leur montrer comment Il devait « aller à Jérusalem, et souffrir beaucoup de la part des anciens et des principaux sacrificateurs et des scribes, et être mis à mort, et être ressuscité le troisième jour ». Luc ajoute que « Il doit d’abord souffrir », etc. Tout cela est en lien avec l’édification de l’Assemblée, qui commença à être bâtie après que Christ fut ressuscité d’entre les morts et eut pris Sa place dans le ciel. Dans les Éphésiens, il est parlé de l’Assemblée seulement après que la résurrection de Christ et la nouvelle place qu’Il a prise dans le ciel ont été mis en évidence. Nous voyons Dieu élire les saints dans le Christ Jésus, mais pas l’Assemblée. L’élection est une chose individuelle. Il nous a choisis — vous et moi, et tous les autres saints — afin que « nous fussions saints et irréprochables devant lui en amour ». Mais quand Paul eut introduit la mort et la résurrection de Christ, il dit que Dieu « l’a donné pour être chef sur toutes choses à l’assemblée, qui est son corps, la plénitude de celui qui remplit tout en tous ».

Mais remarquez une chose solennelle. Immédiatement après que Simon eut fait cette glorieuse confession du Seigneur Jésus, il est appelé, non plus Pierre, mais Satan ! Il n’avait prononcé aucune parole inconvenante, au jugement de l’homme. Il n’avait pas même cédé à la précipitation, comme il en avait souvent l’habitude. Le Seigneur n’a jamais appelé la simple excitation, « Satan » ; mais Il appelle Pierre ainsi parce qu’il songeait à Le détourner de la souffrance et de la mort. Le secret se trouvait en ceci : Pierre avait à l’esprit un royaume terrestre, et n’avait pas pleinement senti ce qu’était le péché, ni ce qu’était la grâce de Dieu. Il se mettait en travers du chemin du Seigneur allant à la croix. N’était-ce pas pour Pierre qu’Il allait là ? Si Pierre y avait songé, aurait-il dit : « Seigneur, Dieu t’en préserve » ? C’était l’homme contrecarrant Christ, et Il le nomme Satan. « Lui, se retournant, dit à Pierre : Va arrière de moi, Satan, tu m’es en scandale ; car tes pensées ne sont pas aux choses de Dieu, mais à celles des hommes » (v. 23). Les sentiments et les actes de Pierre sont ainsi en lien avec le mystère d’iniquité, et non pas avec ce qui avait été enseigné par le Père.

Notre Seigneur se tourne vers les disciples et place devant eux que ce n’est plus simplement Lui qui va à la croix, mais qu’ils doivent être préparés à Le suivre là. Si je dois être dans le vrai chemin de Jésus, je dois me renoncer moi-même et prendre la croix et suivre — non pas les disciples — non cette église-ci ou celle-là, mais — Jésus Lui-même. Je dois me détourner de ce qui plaît à mon cœur naturel. Je dois rencontrer l’opprobre et le rejet dans ce présent siècle mauvais. Si ce n’est pas le cas, ce qui en dépend, c’est que je ne suis pas Jésus ; et souvenez-vous que c’est une chose dangereuse que de croire en Jésus sans Le suivre. Suivre Jésus peut sembler être comme perdre sa vie. À l’heure actuelle, confesser Christ est la plupart du temps relativement facile. Il y a peu d’opposition ou de persécution. Les gens s’imaginent que le monde a changé ; ils parlent de progrès ou d’être éclairé. En réalité, les chrétiens ont changé. Demandons-nous si nous désirons être trouvés prenant notre croix et suivant Jésus. « Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il se renonce soi-même, et qu’il prenne sa croix, et me suive : car quiconque voudra sauver sa vie la perdra ; et quiconque perdra sa vie pour l’amour de moi, la trouvera » (v. 24, 25).

Quelle leçon pour nos âmes ! La chair s’arroge facilement la domination sur l’esprit ; et l’indulgence envers le chemin de la facilité se montre (bien qu’étant de Satan) sous le faux prétexte de l’amour et de la bonté. La croix de Christ est-elle notre gloire ? Sommes-nous prêts à souffrir en faisant Sa volonté ? Quelle tromperie que l’honneur et la jouissance actuels !