Nous nous proposons, avec le secours de Dieu, de développer quelque peu les traits propres à l’épître aux Philippiens. Pour mieux comprendre ce qui est placé devant nous, comparons son caractère avec celui des autres épîtres. Quelques-unes de ces particularités apparaissent dès le tout premier verset. L’apôtre Paul se présente de la manière la plus simple possible : « Paul et Timothée, esclaves de Jésus Christ, à tous les saints dans le Christ Jésus qui sont à Philippes, avec les surveillants et les serviteurs : Grâce et paix à vous, de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ ! ». Ailleurs, même lorsque Paul se nomme esclave, il ne manque pas d’ajouter son titre apostolique ou quelque autre distinction par laquelle Dieu l’avait mis à part du reste de ses frères. Mais ce n’est pas le cas ici. Paul est conduit par le Saint Esprit à se présenter aux enfants de Dieu à Philippes sur le terrain le plus vaste ; il pouvait de la sorte s’associer pleinement Timothée. Ainsi dès le tout début de cette épître, nous saisissons que nous ne devons pas nous attendre aux merveilleuses révélations de la vérité tant au sujet de la position chrétienne que de l’Église, comme c’est le cas dans les épîtres aux Romains, aux Corinthiens ou aux Éphésiens, où l’apostolat de Paul est établi avec le plus grand soin.
Dans l’épître aux Romains, Paul s’intitule « esclave de Jésus Christ, apôtre appelé » (v. 1). Il n’était pas apôtre par naissance, mais par l’appel de Dieu. Il ajoute plus loin que ceux à qui il s’adresse étaient des saints en vertu du même appel divin par lequel lui était apôtre — ils étaient « saints appelés » et lui comme eux avaient été appelés par la même grâce souveraine de Dieu. Rien, ni chez lui ni chez eux, qui leur permît d’émettre une prétention quelconque devant Dieu. Le péché, et par conséquent la mort, leur étaient communs ; mais la grâce de Dieu qui avait fait d’eux tous des saints par appel, avait fait de Paul, également par appel, non seulement un saint mais un apôtre. Comme tel, il s’adresse à eux dans la pleine conscience de la place que Christ leur avait donnée, à eux comme à lui, et il développe la vérité en partant des tout premiers fondements sur lesquels repose l’évangile, savoir la grâce de Dieu et la ruine de l’homme. Aussi cette épître aux Romains se rapproche-t-elle, plus que toute autre portion du Nouveau Testament, d’un traité doctrinal. Dieu avait pris soin qu’aucun apôtre ne visitât Rome avant qu’il n’y eût déjà de nombreux saints dans cette ville ; et ensuite Il leur écrit par l’apôtre Paul. Ainsi l’orgueilleuse cité impériale ne peut se prévaloir d’une fondation apostolique ; les hommes n’en ont pas moins élevé cette prétention et l’ont imposée par le feu et par l’épée. Paul, cependant, a écrit dans la plénitude de son propre apostolat, et il leur révèle la vérité de Dieu avec le plus grand soin, de sorte que l’ignorance même des saints de Rome a été l’occasion pour l’Esprit Saint de nous donner l’exposé de la vérité chrétienne le plus vaste que contienne la Parole de Dieu. Par vérité chrétienne, j’entends ici l’instruction individuelle dont l’âme a besoin pour parvenir à la connaissance de sa position inébranlable devant Dieu et des devoirs qui en découlent. L’apôtre écrit là expressément comme apôtre. Cela ne saurait être compris comme quelque chose que l’homme eût composé. Il y faut voir l’autorité de Dieu, revendiquée par l’apôtre ; et en même temps qu’il affermit les Romains dans leur position de saints, l’apôtre développe par là la vérité chrétienne, ce qui rend cette épître si précieuse.
Dans l’épître aux Corinthiens, l’apôtre s’adresse à ceux-ci non pas simplement en tant que saints, en tant que chrétiens pris individuellement, mais en tant qu’assemblée ; et là aussi il affirme son apostolat. Cela n’illustre-t-il pas la vérité qu’il n’y a pas dans l’Écriture un seul mot ou une seule omission qui ne soit plein d’instruction pour nos âmes, pour autant que nous soyons disposés à être instruits ? Aux Corinthiens, Paul n’ajoute pas comme dans l’épître aux Romains : « esclave de Jésus Christ » ; il dit simplement : « apôtre appelé de Jésus Christ par la volonté de Dieu ». Il prend soin ici de mettre Sosthène à la place qui était la sienne, comme un frère, tandis qu’il distingue son propre apostolat. La raison en est évidente. Les Corinthiens étaient dans un état de désordre ; ils allaient jusqu’à contester l’apostolat de Paul. Mais Dieu ne rabaisse jamais ce qu’Il a donné quand même les hommes ne l’aiment pas. Agir et parler comme apôtre faisait partie autant de la grâce de Dieu envers Paul que de l’humble obéissance de Paul devant Dieu ; s’il ne l’avait pas fait, il aurait manqué à son devoir ; il n’aurait pas accompli ce qui était essentiel pour la gloire de Dieu et le bien de Ses saints. Chaque chose est mise à la place qui lui appartient. Si donc les Corinthiens mettaient en doute ce que Dieu avait opéré en et par l’apôtre Paul et la place que, dans Sa sagesse, Il lui avait donnée, l’apôtre revendique tout cela avec dignité ; ou plutôt, le Saint Esprit présente Paul devant eux uniquement comme apôtre ; Il parle d’autres hommes, mais non pas comme apôtres, et Il s’adresse aux Corinthiens comme à « l’assemblée de Dieu qui est à Corinthe, aux sanctifiés dans le Christ Jésus, saints appelés, avec tous ceux qui en tout lieu invoquent le nom de notre Seigneur Jésus Christ, et leur Seigneur et le nôtre ».
Seul quelqu’un qui savait ce que Dieu est pour Ses saints et qui connaissait la puissance de Sa propre grâce, pouvait considérer les Corinthiens comme tels ; seul un cœur qui comprenait l’amour de Dieu pour les siens, et, hélas ! jusqu’où ceux-ci peuvent être entraînés lorsque la chair l’emporte ; seul quelqu’un qui connaissait d’une façon remarquable, divine, et son propre cœur et Dieu, pouvait s’adresser à eux dans les termes que nous trouvons au début de cette épître. Mais c’était Dieu qui écrivait par Son apôtre. Et, vu que la conduite de l’Église sur la terre est le sujet de l’épître aux Corinthiens, il nous expose là le principe suivant lequel on exclut et l’on réintègre, l’administration de la cène du Seigneur et sa signification morale, l’opération des différents dons dans l’Église, etc. Toutes ces choses, qui sont les fonctions de l’Église, se trouvent dans les épîtres aux Corinthiens. Mais même dans l’exercice des dons, il s’agit des dons dans l’assemblée. Aussi l’évangélisation n’est-elle pas mentionnée en 1 Corinthiens 12 et 14, le don d’évangéliste ne s’exerçant pas au sein de l’Église. L’évangéliste va, à proprement parler, en dehors de l’Église pour exercer son don. Vous trouvez des prophètes, des docteurs, etc. C’étaient là des dons d’un ordre plus élevé, et exercés normalement dans l’assemblée de Dieu.
Ici aussi, dans l’épître aux Philippiens, nous allons voir comment l’introduction s’accorde de façon appropriée avec l’objet que le Saint Esprit a en vue tout au long de l’épître. « Paul et Timothée, esclaves de Jésus Christ, à tous les saints dans le Christ Jésus qui sont à Philippes, avec les surveillants et les serviteurs : Grâce et paix à vous, de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ ! ». Nous avons ici l’unique assemblée où l’apôtre s’adresse aux « surveillants » et aux « serviteurs » aussi bien qu’aux saints. La raison en est peut-être que c’était plus ou moins un état transitoire. Nous avons trois catégories de personnes dans l’Église du Nouveau Testament.
1. — Les apôtres, agissant dans la pleine puissance de leur don et de leur office.
2. — Les serviteurs, ainsi que les surveillants ou anciens (car ces deux termes désignent la même fonction, mais sous un nom différent), établis par les apôtres dans la charge que le Seigneur leur avait donnée ; les surveillants ayant affaire à ce qui est interne, les serviteurs, à ce qui est externe, mais les deux étant des charges locales, tandis que l’apôtre, où qu’il aille, tenait son autorité du Seigneur. Le Saint Esprit nous montre ainsi toute l’organisation dans les assemblées ; c’est-à-dire, les apôtres, dans leur sphère d’action élevée, appelés pour établir pratiquement les fondements de l’Église et pour exercer leur autorité sur une large échelle dans toute l’Église de Dieu sur la terre ; et à côté d’eux, les surveillants et les serviteurs, charges purement locales.
3. — Enfin, les saints eux-mêmes. L’apôtre était maintenant isolé de l’Église et, par conséquent, il ne pouvait plus veiller personnellement sur les saints. Il écrit alors à ceux qui ne jouissaient plus de ses soins apostoliques, non seulement là où ils n’avaient pas de surveillants ni de serviteurs, mais aussi, comme dans le cas de Philippes, là où ils en avaient. Pourtant, dans les dernières épîtres, alors que l’apôtre est conscient de l’imminence de son départ, il ne se trouve pas la moindre allusion à quelque mesure que ce soit en vue du maintien de ces charges — pas même lorsqu’il écrit confidentiellement à celui (Tite) à qui il avait ordonné d’établir des anciens en Crète, ni à cet autre qu’il avait revêtu d’une charge à Éphèse (Timothée).
Ainsi, cette épître nous amène à une sorte de transition. Elle suppose l’assemblée en bon ordre ecclésiastique. Mais l’absence personnelle de l’apôtre semble être voulue de Dieu pour préparer l’Église à l’absence définitive d’apôtres. Dans Sa grâce, Dieu a en quelque sorte préparé l’Église à leur disparition de la scène. De fait, bien que Paul fût encore sur la terre, il leur était retiré et avait quitté la scène, pour ce qui en était des soins apostoliques. Le moment arrivait où il n’y aurait plus de surveillants ni de serviteurs établis par les apôtres. L’Esprit de Dieu, semble-t-il, cherchait par là à accoutumer l’Église à trouver en Dieu son seul point d’appui stable, lorsque les apôtres ne seraient plus à portée de ceux qui avaient l’habitude de regarder à eux et de faire appel à leur sagesse, dans leurs difficultés. Mais si l’apôtre n’était pas là, ils avaient les « surveillants et les serviteurs », non pas un surveillant (ou évêque) et plusieurs serviteurs, et encore moins des surveillants (ou évêques) et des anciens (ou prêtres) et des serviteurs (ou diacres), mais plusieurs conducteurs spirituels, des plus élevés aux plus humbles.
En ces temps-là, un évêché n’était pas une grandeur terrestre convoitée, mais une charge spirituelle sérieuse ; si excellent que fût un tel service, il n’était pas un objet d’ambition ou une source de gain. « Si quelqu’un aspire à la surveillance, il désire une œuvre bonne » ; mais cela demandait un tel renoncement à soi-même, un exercice si constant nuit et jour, plus profond encore dans l’assemblée que face au monde extérieur, que même celui qui aurait été le plus qualifié par l’Esprit ne pouvait en aucun cas s’y engager à la légère, mais au contraire avec la plus grande gravité, comme ce à quoi il était appelé par Dieu. C’est l’une des raisons pour lesquelles l’Église ne prétendait jamais choisir ou établir un surveillant. Cela se faisait invariablement par l’autorité apostolique. Un ou plusieurs apôtres agissaient à cet effet — non pas nécessairement Paul seul, ou les douze. Ce pouvait être Barnabas ; du moins, trouvons-nous en certains cas Paul et Barnabas agissant ensemble pour choisir des anciens ou surveillants. Ce fait est propre à montrer combien c’était une tâche délicate. Le Seigneur ne la confie à personne d’autre qu’un apôtre ou un délégué apostolique (c’est-à-dire, un homme envoyé par un apôtre pour accomplir cette mission à sa place, tel Tite et peut-être Timothée). Mais l’Écriture ne dit rien de plus à ce sujet ; et tandis que nous avons des directives pour la marche de l’Église, et l’assurance du maintien des dons jusqu’à la fin, aucune indication n’est donnée en vue de perpétuer la nomination d’anciens ou de surveillants.
Y avait-il donc oubli d’un besoin élémentaire de la part de l’apôtre, ou plutôt de la part de Dieu ? Car c’est bien à quoi revient la question ; et celui qui suppose qu’une telle chose a été ainsi omise dans l’Écriture par négligence, s’en prend en fait à la fidèle sagesse de Dieu. Qui a écrit l’Écriture ? Ou bien vous adoptez la misérable notion que Dieu a été indifférent et les apôtres oublieux, ou bien, reconnaissant que l’Écriture découle de la source la plus élevée, vous ne pouvez échapper à la conclusion que Dieu est resté à dessein silencieux quant à la façon de pourvoir l’Église d’anciens. Mais le Dieu qui connaissait et ordonnait toutes choses dès le commencement, n’a rien oublié ; au contraire, dans Sa propre sagesse, Il n’a expressément laissé aucun moyen pour continuer à désigner des anciens et des serviteurs, dans l’état de ruine qu’Il prévoyait de la chrétienté. N’était-il donc pas désirable, sinon nécessaire pour les assemblées d’avoir de tels hommes ? Si nous raisonnons ainsi, les apôtres seraient certes aussi hautement réclamés que ceux qui avaient des fonctions moindres.
Il est de toute évidence que le même Dieu qui a jugé bon d’empêcher une lignée continue d’apôtres, ne s’est pas plu à donner les moyens scripturaires d’assurer la continuité des surveillants et des serviteurs. Comment se fait-il donc que nous n’ayons plus de tels hommes maintenant ? La réponse est très simple. C’est parce que nous n’avons pas d’apôtres pour les établir. Voulez-vous me dire si quelqu’un d’autre a jamais pu le faire ? Soyons au moins prêts à reconnaître toute notre incompétence à cet égard ; c’est notre devoir envers Dieu, pare que c’est la vérité ; et admettre la chose nous gardera de beaucoup de présomption. Car, d’une manière générale, la chrétienté fait sans les apôtres ce qui ne peut légitimement se faire que par eux ou avec eux. La désignation d’anciens et de serviteurs repose sur la notion qu’il réside encore dans des hommes ou dans l’Église la puissance nécessaire pour cela. Mais la seule puissance pouvant procéder à cette désignation selon les Écritures, c’est un apôtre, agissant directement ou indirectement. Tite ni Timothée ne pouvaient aller ordonner des anciens, si ce n’est quand et où des apôtres les habilitaient. Ainsi, une fois sa mission accomplie, Tite devait revenir auprès de l’apôtre. Il ne se trouvait en aucun cas investi d’un certain fonds qu’il pourrait employer en tout temps, où et comme il lui plairait. L’Écriture montre qu’il agissait sous la direction apostolique. Mais après la disparition des apôtres, il n’est plus dit un mot de l’autorité exercée par un Tite ou par un Timothée, ni par d’autres délégués de l’apôtre.
Que Dieu nous garde de prétendre soit nommer un apôtre soit faire peu de cas de son absence ! Il est plus humble de dire : nous sommes reconnaissants de nous servir de ce que Dieu a donné et de ce que Dieu veut continuer à donner, sans prétendre à davantage. N’y a-t-il pas de la foi, de l’humilité et de l’obéissance dans la position qui reconnaît la pauvreté actuelle de l’Église et qui se contente d’agir selon la puissance qui reste, puissance toute suffisante pour chaque besoin et pour chaque danger ? La vraie manière de glorifier Dieu n’est pas d’assumer une autorité apostolique que nous ne possédons pas, mais d’agir en nous confiant dans la puissance et dans la présence du Saint Esprit qui, Lui, demeure. C’était manifestement le Seigneur Lui-même qui, opérant par le Saint Esprit, agissait sur tous les saints et les mettait, chacun d’eux, dans le corps, à la place particulière qu’Il savait être la bonne. Il n’est pas question pour nous de déduire de l’existence des dons d’un homme qu’il est un apôtre. Être apôtre exigeait un appel formel, personnel, émanant du Seigneur, d’une manière remarquable ; et sans cela, il n’y a jamais eu de puissance adéquate, personnelle ou par délégation, pour en nommer.
Avant d’entrer dans le sujet de l’épître, l’apôtre éclate en actions de grâces envers Dieu. « Je rends grâces à mon Dieu », expression souvent répétée dans cette lettre. Cela aussi est individuel : il connaissait bien le Dieu en qui il se confiait, et en même temps il exprimait l’affection et l’intimité. Premièrement, dit l’apôtre, « je rends grâces à mon Dieu pour tout le souvenir que j’ai de vous, dans chacune de mes supplications pour vous tous, avec joie ». Cela m’amène à faire observer que la proximité de Dieu va toujours de pair avec un cœur débordant de la joie nécessairement produite lorsque Sa présence est réalisée, comme aussi avec un esprit d’intercession pour les objets de l’amour de Dieu sur la terre. Il peut y avoir parallèlement le plus profond exercice d’esprit et la douleur la plus vive ; car dans la présence de Dieu, chaque péché, chaque peine, chaque opprobre est ressenti de la manière la plus vraie et la plus complète. Ce qu’est Dieu est connu, et il en résulte une paix parfaite ; ce qu’est l’homme, et par conséquent la misère, est réalisé, et le Saint Esprit rend sensible au déshonneur jeté sur Christ. Mais ici la joie est le sentiment dominant et durable ; elle est l’effet grand et caractéristique de la présence de Dieu imprimée sur l’âme, là où la conscience est nette d’offense à l’égard de Dieu et de l’homme.
Non pas que même Paul pût parler ainsi de chaque assemblée ou de chaque saint de Dieu — loin de là. Tout le souvenir qu’il avait des saints de Philippes ouvrait les écluses de sa reconnaissance envers Dieu. Pourtant dès le début, les prières étaient nécessaires ; et l’apôtre faisait toujours des supplications pour eux tous, et cela, avec joie, « à cause, dit-il, de la part que vous prenez à l’évangile depuis le premier jour jusqu’à maintenant ». Quel fait merveilleux qu’un homme, bien qu’il fût le grand apôtre des Gentils, ait pu être sensible à une telle chose et qu’il se soit trouvé ici-bas des saints dont il ait pu écrire cela ! Hélas ! dans ces jours d’égoïsme, nous connaissons peu ce que nous avons perdu, et d’où nous sommes déchus. L’apôtre ne priait pour ces Philippiens qu’avec joie et cependant il les portait constamment devant Dieu. Si l’apôtre était ici-bas, pourrait-il avoir les mêmes pensées à notre égard ? Pourtant, aussi remarquable que cela fût, c’était la simple vérité ; et il est bienfaisant pour nos âmes de nous juger nous-mêmes par rapport à un tel modèle.
Un autre trait de l’épître aux Philippiens est que la condition pratique de l’âme y est beaucoup plus pleinement développée que partout ailleurs ; et cela non pas tant doctrinalement qu’en action et en expérience. L’apôtre met à nu ses propres motifs et sa marche, comme aussi ceux mêmes de Christ. C’est par conséquent dans cette épître que se trouve plus particulièrement déployé l’exercice de la vie chrétienne individuelle. Nous avons ici la puissance de l’Esprit de Dieu agissant dans l’âme du croyant, le rendant capable d’avoir en réalité Christ dans son cœur et dans son chemin ici-bas. Mais qu’est-ce qui a donné lieu à une instruction d’un tel caractère ? Quelles circonstances l’ont provoquée ? L’absence de l’apôtre, retiré aux Philippiens et à son ministère ordinaire, et emprisonné à Rome. Ce n’était pas, comme à Corinthe, que son absence eût permis de mettre au jour leur vanité, leur esprit de parti, leur relâchement mondain et leurs querelles. Elle amenait plutôt les Philippiens à sentir la nécessité de vivre toujours plus avec Christ, pour Christ et en vue de Christ. Pour chacun d’eux, il n’y avait rien d’autre à faire qu’à regarder au Seigneur Lui-même et à aider son frère à en faire autant. Cet effet ayant été produit, l’apôtre était rempli de joie en pensant à eux. Il était loin d’eux depuis de nombreuses années et extérieurement il se trouvait lui-même dans les circonstances les plus tristes ; mais sa joie n’était nullement assombrie. Au contraire, il ne se trouve aucune autre épître aussi pleine de bonheur réellement goûté ; alors que tout sur la terre paraissait particulièrement sombre et affligeant. Tant il est vrai que Christ est l’unique circonstance qui régit toutes les autres pour le croyant.
On peut comprendre la joie et la louange continuelles de l’apôtre quand il se déplaçait çà et là et voyait à la fois la piété des saints et la conversion de pécheurs amenés de partout à Dieu. Mais pensez à ce Paul emprisonné depuis des années, enchaîné entre deux soldats, privé du travail qu’il aimait, tandis que d’autres profitaient de son absence pour l’affliger en prêchant l’évangile par esprit de dispute et de parti ; et néanmoins son cœur était tellement débordant de joie qu’il la communiquait à d’autres !
Tel est le caractère de l’épître aux Philippiens. S’il est un témoignage de la puissance de l’Esprit de Dieu opérant par des affections humaines, par le cœur d’un saint sur la terre, au milieu de toute la faiblesse et de l’épreuve, c’est là qu’on le trouve. Ce n’est pas le tableau d’un homme accablé par les circonstances éprouvantes, car jamais l’apôtre ne l’a été : il avait conscience d’être plus que vainqueur. Non pas qu’il n’ait jamais su ce que c’était d’être abattu. Celui qui a écrit la seconde épître aux Corinthiens a pleinement expérimenté tout ce dont Dieu, dans Sa grâce, a fait comme une sorte de préparation morale pour apporter la consolation nécessaire aux saints, alors et pour tous les temps. Mais cette épître nous montre qu’il n’y a pas la moindre trace de lassitude, pas plus que de trouble dans son esprit. Vous ne pourriez davantage en déduire qu’il s’occupât du tout de la chair, bien que Paul fût quelqu’un qui tenait parfaitement compte de la chair ailleurs, dans les Romains et les Corinthiens par exemple, où vous avez un tableau effrayant de ce que peut être la condition du chrétien et de l’Église.
Non seulement il n’y a pas trace de cela dans les Philippiens, mais il n’y est pas non plus insisté sur nos privilèges et nos bénédictions, comme en Éphésiens 1. Ce que nous trouvons, c’est la puissance de l’Esprit de Dieu réalisée — puissance qui jour après jour élève un homme au-dessus de la terre, alors même qu’il y marche ; et cela en faisant de Christ le tout de l’âme, de sorte que les épreuves, si nombreuses et accablantes qu’elles puissent être, ne sont que les occasions d’une jouissance plus profonde. Voilà ce dont nous avons spécialement besoin, en tant que chrétiens, afin de glorifier Dieu ; et c’est ce sur quoi l’Esprit de Dieu insiste, une fois que nous avons saisi notre position chrétienne individuelle ainsi qu’elle nous est présentée dans les Romains, notre place comme membre de l’assemblée telle qu’elle est révélée dans les Corinthiens et enfin notre bénédiction dans les lieux célestes en Christ dont nous parlent les Éphésiens.
Une question se pose alors : Comment est-ce que j’apprécie et manifeste ces merveilleux privilèges, en tant que saint de Dieu sur la terre ? Supposer qu’une telle question est difficile et qu’elle engendre la servitude, serait d’une part douter de la parfaite bonté de Dieu et de l’autre tomber dans un piège du diable. Le désir de Dieu est que nous soyons bénis encore plus que nous ne le sommes. Il voudrait par là nous rendre plus heureux. L’épître aux Philippiens est propre à remplir le cœur de joie, pour autant que le regard soit fixé sur Christ. L’apôtre rend grâces à son Dieu pour eux : « à cause, dit-il, de la part que vous prenez à l’évangile depuis le premier jour jusqu’à maintenant ». Quel épanchement de cœur ! Quelle vigueur fortifiante ! Ce n’est pas maintenant « la communion de son Fils », comme dans 1 Corinthiens, qui certes serait vraie d’un chrétien dans quelque circonstance que ce soit. Que Satan fût parvenu à entraîner à nouveau un saint dans la folie et le péché, le Saint Esprit pouvait rappeler à celui-ci que Dieu, par qui il avait été appelé à la communion de Son Fils, est fidèle. Et peut-Il avoir communion avec les œuvres infructueuses des ténèbres ? C’est la raison pour laquelle nous devrions supplier Dieu qu’Il ne permette pas à l’ennemi d’entraîner dans la boue ceux qu’Il a appelés à la communion de Son Fils, mais qu’Il réveille leur conscience à l’égard de leur grave inconséquence.
Il y a toutefois davantage. Ici, il s’agit de leur participation à l’évangile, non pas seulement comme un message béni qu’ils avaient reçu pour eux-mêmes, mais à l’évangile dans son progrès, ses luttes, ses dangers, ses difficultés, etc. Cela ne signifie pas nécessairement prêcher l’évangile, mais, ce qui était aussi bon sinon même meilleur en soi — avoir le cœur totalement engagé en lui et avec lui. Devrais-je hésiter à dire que quel que puisse être l’honneur qui repose sur ceux qui sont appelés à répandre l’évangile, avoir le cœur à l’unisson avec l’évangile est une part supérieure à tout service comme tel ? Ainsi, les affections des Philippiens étaient attachées de la manière la plus simple et la plus chaleureuse à l’évangile ; ils s’identifiaient à sa carrière, du commencement à la fin. C’était réellement la communion avec Dieu dans la propagation de Sa propre bonne nouvelle à travers le monde. L’apôtre appréciait particulièrement de tels cœurs. Rien de moins que la puissance fortifiante de l’Esprit de Dieu avait opéré cela dans ces chers Philippiens.
Nous voyons, en Actes 16, comment l’évangile leur était parvenu. Paul était en prison, les pieds serrés dans des fers ; et néanmoins, au sein de la honte et de la souffrance, l’apôtre et son compagnon Silas chantaient les louanges de Dieu, sur le minuit ! Et ici, nous le retrouvons, seul cette fois, mais de nouveau prisonnier ; et les louanges de Dieu s’élèvent encore — chose extraordinaire — dans la grande ville de Rome. Les Philippiens étaient bien loin ; mais en esprit Paul pouvait les entendre, comme si de rien n’était, chantant les louanges de Dieu, de même que lui aussi rendait grâces à Dieu pour eux. C’était la même communion bénie dans l’évangile qui les avait caractérisés, non seulement lui, mais eux aussi, dès le premier jour et jusqu’à maintenant.
Mais l’apôtre poursuit : « Étant assuré de ceci même, que celui qui a commencé en vous une bonne œuvre, l’achèvera jusqu’au jour de Jésus Christ ». Remarquez le fondement de son assurance. Dans les Corinthiens, c’est parce que Dieu était fidèle. Dans les Galates, où l’épreuve était encore plus sérieuse, l’apôtre dit qu’il a été en perplexité à leur sujet jusqu’à ce qu’il pense au Seigneur ; et alors son cœur a été réchauffé par l’espérance réconfortante qu’ils étaient néanmoins des chrétiens. Il avait de la peine à comprendre comment des gens qui pratiquement étaient en train de délaisser Christ (encore qu’ils pussent n’en avoir que peu conscience) pour des éléments du monde, pouvaient être des chrétiens. Se tourner d’un Christ crucifié et ressuscité vers les rites d’une religion terrestre est pire que la simple mondanité, quelque destructive que soit celle-ci. Ici, c’est autre chose. L’assurance de Paul est fondée non pas seulement sur ce que Dieu est dans Son caractère et dans Ses conseils, mais sur ce qu’il voyait de Christ en eux par le Saint Esprit. Lorsqu’il se souvenait de ce qu’ils avaient été et étaient alors, pouvait-il hésiter à reconnaître le travail évident de Dieu par Son Fils ? Il voyait une jouissance de Dieu si manifeste et une telle identification d’intérêts avec Lui sur la terre, que sa confiance n’était pas seulement la pensée générale qu’il les verrait bientôt avec Christ, mais qu’elle reposait dans la solidité de l’œuvre de Dieu opérée en eux tout au long du chemin. Celui qui avait commencé en eux une bonne œuvre, l’achèverait jusqu’au jour de Jésus Christ, il en était assuré (v. 6).
« Comme il est juste que je pense ainsi de vous tous, parce que vous m’avez dans votre cœur » (v. 7). L’apôtre veut dire ici que cela leur était dû, non seulement parce qu’il les aimait, mais parce qu’il sentait et avait la preuve qu’eux l’avaient lui-même dans leur cœur. Le nom de Christ et Son évangile sont un lien béni entre les cœurs, dans tous les temps. D’une manière générale, l’état des saints peut être mesuré avec précision et mis en évidence par l’état de leurs affections pour ceux qui sont identifiés avec l’œuvre de Dieu sur la terre ! Satan déploiera ses plus puissants efforts pour détacher les saints de tels serviteurs et les tourner contre eux, qu’ils soient absents ou présents. Il en était ainsi aux jours de l’apôtre Paul ; ceux qui s’attachaient avec simplicité au Seigneur s’attachaient à lui aussi. C’était l’opposé même d’un simple sentiment charnel, comme en recherchaient ses adversaires qui, flattant les autres, étaient flattés en retour. Paul, lui, était parfaitement conscient que plus il aimait, moins il était aimé ; et quelle prise cela donnait à Satan pour détourner les saints de la vérité !
Les faux docteurs et ceux qui, tout en étant peut-être réellement convertis, n’ont pas jugé à fond la chair, et dont la mondanité est grande, cherchent toujours à gagner des adhérents pour former un parti autour d’eux, en épargnant la chair et en flattant le caractère naturel, de manière à parvenir à leurs fins sans obstacle (2 Cor. 11, 19, 20). Le but de l’apôtre était de gagner les âmes à Christ. Mais la fidélité l’appelait souvent à toucher des points sensibles à l’un ou à l’autre. Aussi longtemps que l’amour s’épanchait librement et que les regards étaient fixés sur Christ, tout allait bien ; mais lorsqu’un sentiment était froissé parce qu’ils n’avaient pas mortifié leurs membres sur la terre, la tendance invariable était de faire des partis, des divisions, des oppositions, précurseurs de maux pires encore. Toutefois, bien que l’apôtre méprisât une pensée telle que rassembler un parti autour de lui, ces saints l’avaient lui-même dans leur cœur.
Il appréciait cet amour. Comment se montrait-il ? « Dans mes liens et dans ma défense et dans la confirmation de l’évangile, vous avez tous été participants de la grâce avec moi ». Ils se jetaient, cœur et âme, dans les activités et les souffrances de la grâce de Dieu opérant dans l’apôtre. Est-ce que ses liens les rendaient honteux ou défiants ? Avoir un ami en prison n’a jamais été bien considéré. Commencèrent-ils à se dire : Il doit avoir fait quelque mal puisqu’il est prisonnier ? Au contraire, voyant que l’apôtre Paul se trouvait dans l’affliction la plus profonde, ils estimaient cela le plus grand honneur. S’il était monté à Jérusalem, ce n’était pas pour s’épargner ; et bien que cette visite ait pu être une erreur, personne certes ne devrait en parler à la légère. C’était un sacrifice total de soi-même, à chaque pas du chemin. L’apôtre, quoiqu’il fût maintenant de ce fait prisonnier à Rome, ne s’est jamais laissé aller à des regrets et encore moins à des murmures, mais il voyait tout dans la bonne main de Dieu, servant à l’avancement de la cause de Christ. Est-ce que, par exemple, ses propres liens ne tournèrent pas à la louange de Dieu ? Il était là, parfaitement heureux, plus heureux peut-être, ainsi lié, qu’il ne l’avait été. Les saints de Philippes comprenaient ce que c’était que de puiser à la source divine ; et par conséquent leur cœur était avec lui, en joie aussi bien qu’en sympathie. Cela affaiblissait-il l’amour de l’apôtre pour eux, personnellement ? « Dieu m’est témoin que je pense avec une vive affection à vous tous, dans les entrailles du Christ Jésus » (v. 8). Son bonheur comme prisonnier du Seigneur n’émoussait aucunement ses plus ardents sentiments d’amour envers eux.
Mais outre tout cela, son amour pour eux le remplissait de sollicitude à l’égard de leurs besoins réels ; aussi, il se tourne vers le Seigneur pour eux. « Et je demande ceci dans mes prières, que votre amour abonde encore de plus en plus en connaissance et toute intelligence » (v. 9). Il désirait qu’ils puissent aimer, non pas moins certes, mais avec une connaissance plus parfaite et une intelligence exercée. L’amour (ou la charité) est la base sans laquelle il n’y aurait pas d’édification ; sur ce fondement d’un amour qui abonde, la pleine connaissance, au lieu d’enfler, conduit et garde. Plus il y a d’intelligence, si celle-ci est réelle et spirituelle, plus grand sera le désir de croître en elle. Ceux pour lesquels l’Écriture n’est pas un objet d’étude constante, une source de croissance et d’un désir ardent d’en savoir davantage, sont ceux, on peut le craindre, qui ne voient rien de divin, pratiquement, en elle. Aussitôt que la lumière infinie qu’elle renferme est discernée, le désir d’en connaître toujours plus s’ensuit nécessairement. Mais c’est en vue de la pratique. Et cette épître nous montre le progrès spirituel dans l’apôtre et dans les saints, d’une manière plus complète que nulle autre, car c’est dans cette épître que nous voyons le plus ardent désir de poursuivre. Nous le savons par expérience : dès que nous commençons à être satisfaits de ce que nous avons reçu, c’est la fin du progrès ; tandis qu’un pas en avant, même petit, mais réel, s’accompagne du désir d’en faire d’autres. Tel était le cas des saints pour lesquels l’apôtre priait : « Pour que vous discerniez les choses excellentes », etc. Ils avaient besoin de croître en intelligence, afin d’être capables de juger de toutes choses et ainsi de s’approprier ce qui était plus excellent.
« Afin que vous soyez purs et que vous ne bronchiez pas jusqu’au jour de Christ » (v. 10). Admirable pensée ! L’apôtre, en effet, prie pour ces croyants comme s’il considérait possible que, croissant en amour et en intelligence, ils pussent marcher dans le sentier de la foi jusqu’au jour de Christ, sans aucun faux pas. Paul aurait sans doute été surpris que nous estimions la chose étonnante. Hélas ! nous savons que nous faillissons chaque jour parce que nous ne sommes pas spirituels. Pourquoi laissons-nous échapper une parole futile ou manifestons-nous un mauvais sentiment ? Parce que nous ne réalisons pas la présence et la grâce de Dieu. Aucun progrès dans les choses de Dieu ne gardera jamais personne — rien, sinon une réelle proximité du Seigneur et la dépendance de Lui. Qu’est-ce qu’un chrétien, et quelles sont la condition et les expériences que lui reconnaît l’Écriture ici-bas ? Par grâce, en vertu du sang de Christ, il est amené dans la présence de Dieu ; il a une puissance en lui, le Saint Esprit, et une puissance en dehors de lui sur laquelle il peut s’appuyer, le Seigneur Jésus Christ Lui-même ; et cela d’une façon permanente et constante. Voilà la théorie, mais qu’en est-il de la pratique ? Dans la mesure où ces choses sont réalisées, la marche est exempte de tout faux pas. Et souvenons-nous que c’est là l’unique chemin sanctionné pour tous les saints. Il n’appartient pas, de droit, à quelques âmes avancées. C’est ce que chaque chrétien doit désirer. Nous comprenons alors facilement comment certaines personnes, entendant exprimer de telles pensées, peuvent embrasser l’idée d’un état de perfection. Toutefois, bien que cela soit faux et ne réponde absolument pas à notre vraie position dans le second homme, le dernier Adam, un chrétien ne devrait jamais acquiescer à la pensée qu’il faut bien qu’il manque et pèche chaque jour. Qu’est-ce d’autre que prendre calmement notre parti de déshonorer Christ ? Si nous faillissons, soyons au moins toujours prêts à dire : c’est notre faute, notre manque de vigilance ; pour n’avoir pas usé de la grâce et de la force que nous avons en Christ. Ce trésor-là nous est ouvert ; nous n’avons qu’à y puiser ; le résultat est un progrès spirituel régulier et sans à-coups ; si la chair était continuellement jugée et le cœur débordant de joie en Christ il s’ensuivrait une marche sans un faux pas jusqu’au jour de Christ.
Il y a davantage encore, remarquons-le ; l’apôtre prie afin qu’ils soient remplis du fruit de la justice ; non pas seulement de tels ou tels actes justes dans le détail, mais de tout le produit béni de la justice « qui est par Jésus Christ à la gloire et à la louange de Dieu » (v. 11). Il n’y a pas ici la moindre pensée, la moindre intention d’imposer la loi ; celle-ci est plutôt éliminée, n’étant pas la mesure propre pour le chrétien. Mais ce qui est à la fois notre nouvel objet et notre règle c’est Christ Lui-même, l’image de Dieu, la vie et la puissance données au croyant pour porter du fruit. Quelle règle pour notre marche pratique journalière !
De l’introduction qui témoigne amplement de l’amour dans l’Esprit que l’apôtre portait aux saints de Philippes ainsi que de la confiance qu’il avait en eux et à son ardent désir envers eux, nous passons au premier grand sujet pour lequel Paul écrit : sa propre condition à Rome. Il sentait la nécessité de la placer devant eux, dans la lumière du Seigneur, non pas seulement à cause de leur affectueuse sollicitude à son égard, ni à cause des mauvais ouvriers qui s’en servaient volontiers contre lui et contre son ministère ; mais principalement dans le saint désir dicté par l’amour de faire tourner son emprisonnement à leur propre profit et même à leur affermissement dans la vérité, la diligence dans l’œuvre et l’unité de vues en les attachant au Seigneur.
L’apôtre était certes bien fondé à compter sur une bénédiction à travers les agissements de Satan pour nuire aux âmes. L’opposition de l’adversaire avait déjà tourné en résultats heureux en ce qui concernait l’œuvre de l’évangile ; et il attend d’aussi bons fruits quant à ce qui le touchait lui, soit pour le présent, soit pour l’avenir, que ce soit par la vie ou par la mort. Telle est la confiance et la joie de la foi. Elle est victorieuse du monde ; elle réalise la victoire de Christ sur l’ennemi. Que peut l’homme, que peut Satan, sur quelqu’un qui ne s’inquiète de rien, mais qui en toutes choses rend grâces ? Qu’est-ce qui parviendra à troubler quelqu’un dont la consolation est en Dieu et qui attribue toutes les circonstances à Son amour, avec une confiance inébranlable en Sa sagesse et en Sa bonté ?
Tel était l’apôtre, qui maintenant va faire tourner à salut pour les saints à Philippes, si tendrement aimés, ce dont la malice de Satan et de ses instruments ne manquerait pas de se saisir avec avidité pour en troubler quelques-uns et en faire broncher d’autres comme si Dieu de Son côté ne veillait pas sur Son Église et sur Son serviteur ! C’est d’expérience qu’il nous est parlé ici plutôt que de doctrine ; c’est le fruit riche, doux et mûr de l’Esprit dans le propre cœur de l’apôtre, tandis qu’il leur expose les faits de sa vie journalière selon Dieu. Quel privilège de l’entendre — et combien il est doux de savoir que cela n’a pas été écrit seulement ni principalement pour nous renseigner à son sujet, mais pour rendre ainsi les saints pratiquement conformes à Christ ! Quelque bénie qu’ait été pour Paul la leçon apprise dans les liens, c’est sans aucun doute pour nous que cela a été écrit. C’est pour cela que l’apôtre a été inspiré. L’inspiration n’exclut cependant pas les saints sentiments du cœur.
« Or, frères, je veux que vous sachiez que les circonstances par lesquelles je passe sont plutôt arrivées pour l’avancement de l’évangile ; en sorte que mes liens sont devenus manifestes comme étant en Christ, dans tout le prétoire et à tous les autres » (v. 12, 13). Le diable avait espéré placer l’apôtre au rang du commun des criminels ; mais Dieu qui veille toujours au bien, rendait manifeste que Son serviteur n’était emprisonné pour aucune faute morale, mais à cause de Christ. Ainsi, l’artifice de l’ennemi avait eu pour résultat un témoignage rendu au Sauveur, et l’évangile pénétrait là où auparavant il était tout à fait inconnu. Les liens de l’apôtre étaient manifestement pour la cause de Christ. La grâce de Christ était donnée à connaître et Son serviteur était justifié.
Mais ce n’était pas tout. Car, comme le leur dit l’apôtre : « La plupart des frères, ayant, dans le Seigneur, pris confiance par mes liens, ont beaucoup plus de hardiesse pour annoncer la parole sans crainte » (v. 14). Voici un pas de plus dans la bénédiction, et riche de promesses aussi. Combien peu s’y attendait l’ennemi ! Il était pourtant sur ses gardes ; et s’il ne pouvait faire taire les langues qui rendaient témoignage au Sauveur, il ne manquerait pas d’introduire des motifs mélangés et d’encourager quelques-uns à un esprit et à des fins profanes, même dans une œuvre aussi sainte. Cela n’échappait pas à l’apôtre, ni ne troublait en aucune mesure son assurance triomphante que toutes choses travaillaient ensemble non seulement pour le bien de ceux qui aiment Dieu, mais pour l’avancement de la bonne nouvelle de Sa grâce ; aussi l’apôtre ne cache-t-il pas la chose avec tristesse ou honte, mais il l’expose ouvertement. « Quelques-uns, il est vrai, prêchent le Christ aussi par envie et par un esprit de dispute, mais quelques-uns aussi de bonne volonté ; ceux-ci par amour, sachant que je suis établi pour la défense de l’évangile ; ceux-là annoncent le Christ par esprit de parti, non pas purement, croyant susciter de la tribulation pour mes liens » (v. 15-17).
Le fait est que l’apôtre jouissait alors de la manière la plus heureuse de cette vérité que, peu auparavant, il avait placée devant les saints de Rome. Il se glorifiait dans les tribulations du chemin, comme aussi dans l’espérance de la gloire de Dieu, au bout de la course ; et non seulement cela, mais aussi il se glorifiait en Dieu par notre Seigneur Jésus Christ (Rom. 5, 2, 3, 11). Ses liens ne servaient qu’à prouver combien la liberté de la grâce est totalement indépendante de tout ce que l’homme ou Satan peuvent déchaîner. Son secret : il tient ferme dans cette grâce et a devant son cœur Celui par qui seul cette grâce est venue et pouvait être donnée. Paul n’était nullement aveugle quant aux sentiments de ces hommes dont le zèle ne pouvait cacher les désirs malveillants ; mais rien n’affaiblissait la source de sa joie en Dieu, ni son assurance pleine de reconnaissance que, quelles que fussent les intentions de l’homme, le témoignage de la grâce se répandait au loin et avec puissance ; et Christ était toujours davantage présenté et exalté. Car ce n’était pas ici une question de doctrine ; il n’y a aucune raison de penser que même ces hommes, qui agissaient par un esprit de dispute ou de parti, ne prêchaient pas sainement. C’était le bien que Dieu se proposait qui occupait les pensées de Paul, quelles que fussent les leurs. Aussi donne-t-il libre cours aux épanchements d’un cœur dénué de tout égoïsme : « Quoi donc ? — Toutefois, de toute manière, soit comme prétexte, soit en vérité, Christ est annoncé ; et en cela je me réjouis et aussi je me réjouirai » (Phil. 1, 18).
Combien heureuse est la simplicité, combien profonde la sagesse de la foi qui voit ainsi en toutes choses, même lorsque la chair s’introduit dans l’œuvre du Seigneur, la défaite de Satan ! Quelle félicité présente pour son âme qui, délivrée de la confiance en soi d’une part et de l’anxiété de l’autre, discerne l’opération sûre, ferme et constante de Dieu pour la gloire de Christ. De même, bientôt, lorsque Christ sera manifesté dans Son royaume, tout sera ordonné à la gloire de Dieu le Père (chap. 2) ! Aussi dans le sentiment de l’avancement du témoignage de l’évangile et de sa propre bénédiction à travers tout ce que son emprisonnement occasionnait, l’apôtre peut dire : « Je sais que ceci me tournera à salut par vos supplications et par les secours de l’Esprit de Jésus Christ, selon ma vive attente et mon espérance que je ne serai confus en rien, mais qu’avec toute hardiesse, maintenant encore comme toujours, Christ sera magnifié dans mon corps, soit par la vie, soit par la mort » (v. 19, 20). Bien qu’emprisonné, il ne pouvait se dissocier du puissant combat qui se livrait dans le monde ; il savait que la victoire était assurée, si chaudement que l’ennemi la disputât. Ici comme dans toute notre épître, le mot « salut » signifie la défaite finale de l’ennemi ; ce n’est jamais une chose passée, comme en Éphésiens 2 et 2 Timothée 1, 9, mais toujours une chose future, ainsi que les chapitres 2 et 3 le montrent clairement. Dans l’épître aux Philippiens comme dans celle aux Hébreux, etc., c’est la pleine délivrance à la fin. Les deux points de vue sont vrais et chacun a son importance propre.
Nous avons vu l’attente et l’espérance de l’apôtre, qu’il ne serait confus en rien, mais qu’avec toute hardiesse, maintenant encore comme toujours, Christ serait magnifié dans son corps, soit par la vie, soit par la mort. Son regard était ainsi fixé sur Christ, non pas seulement pour le début et pour la fin, mais pour tout le chemin. Dans le verset suivant, verset 21, il se met à justifier la confiance de son cœur. Car, dit-il : « Pour moi, vivre, c’est Christ ; et mourir, un gain ». Ailleurs, l’apôtre nous dit que la pensée de l’Esprit est vie et paix. Ici, parlant de sa propre expérience journalière, il montre qu’il n’avait qu’un seul but, un seul motif, un seul objet, une seule préoccupation — Christ. Et il le dit non pas au commencement de sa carrière, tout étreint par la surabondante grâce du Sauveur envers celui qui avait été Son persécuteur enflé d’orgueil et de propre justice, mais après de longues années d’un labeur qui n’a pas eu son pareil, de péril et d’afflictions à l’extérieur, ainsi que de peines à l’intérieur de l’Église. « Pour moi, vivre, c’est Christ ». Certes le principe était vrai dès le début de sa vie si mouvementée en tant que chrétien. Toutefois je ne doute pas que cela fut vérifié plus que jamais à l’époque même où il écrivait, prisonnier dans la cité impériale.
Il est remarquable de voir quels débats et quelles difficultés a engendrés ce verset, quoique le langage en soit clair. « Les interprètes [dit un homme célèbre] ont jusqu’à présent, à mon avis, donné un mauvais rendu et un exposé faux de ce passage ; car ils font cette distinction, que Christ était la vie pour Paul, et mourir était un gain ». Ce n’est certainement pas ce que voulait dire le Saint Esprit, qui donna à l’apôtre de dire que pour lui, vivre (à savoir, ici-bas), c’était Christ, et mourir un gain. Que Christ fut sa vie est parfaitement vrai ; c’est la doctrine des Galates et des Colossiens, dans des passages pleins de beauté et d’intérêt (voir Gal. 2 ; Col. 3). Mais ici, il n’est pas question de doctrine, de position ou de vie en Christ. Tout ce dont il s’agit, c’est du caractère de sa vie journalière ; et c’est cela qu’il déclare être « Christ », comme l’arrêt de la vie ou la mort serait, dit-il, un « gain ». Et qu’y substitue cet écrivain ? « Moi, d’un autre côté, je fais de Christ le sujet du discours dans les deux clauses, de sorte qu’Il est déclaré être un gain pour lui, et dans la vie, et dans la mort ; car il est courant en grec de laisser le mot « pros » sous-entendu. Outre le fait que cette signification est moins forcée, elle correspond aussi mieux à la déclaration précédente, et contient une doctrine plus complète. Il déclare qu’il lui est indifférent de vivre ou de mourir, parce que, ayant Christ, il estime les deux comme un gain ». De même Calvin, suivi par de Bèze, qui ajoute que « Christ » est le sujet des deux membres de la phrase, et « gain » le prédicat, et que l’ellipse de kata est non seulement tolérable, mais un atticisme ! Le lecteur peut être bien assuré qu’on a rarement proposé une interprétation plus féroce et plus violente. En vérité, « vivre » est le sujet, et « Christ » le prédicat de la première proposition ; « mourir » est le sujet, et « gain » le prédicat de la seconde, comme dans la version autorisée. La véritable force est perdue par cet étrange bouleversement des réformateurs français, et la vraie liaison est rompue.
« Car pour moi, vivre c’est Christ ; et mourir, un gain ; mais si je dois vivre dans la chair, il en vaut bien la peine ; et ce que je dois choisir, je n’en sais rien ; mais je suis pressé des deux côtés, ayant le désir de déloger et d’être avec Christ, car cela est de beaucoup meilleur ; mais il est plus nécessaire à cause de vous que je demeure dans la chair. Et ayant cette confiance, je sais que je demeurerai et que je resterai avec vous tous pour l’avancement et la joie de votre foi, afin qu’en moi vous ayez plus abondamment sujet de vous glorifier dans le Christ Jésus, par mon retour au milieu de vous » (v. 21-26). Ainsi l’apôtre met en comparaison la continuation de sa vie et sa mort ; vivre, pour lui il en valait bien la peine, et ce qu’il devait choisir, il n’en savait rien. Il était perplexe à l’égard des deux choses ; car certes il avait le désir d’échapper à tout ce qui le retenait ici-bas et d’être avec Christ ; mais d’un autre côté, il sentait qu’il était plus nécessaire à cause des saints qu’il demeure ici-bas. À peine cette pensée lui monte-t-elle à l’esprit que tout devient clair. Il n’est plus pressé des deux côtés. Il a confiance ; il sait qu’il demeurera et restera avec eux tous pour l’avancement et la joie de leur foi. Quelle douceur et quel désintéressement dans l’amour que le Saint Esprit donne au cœur concentré sur Christ ! Leur profit spirituel fait pencher la balance, quel que soit son désir personnel.
Je suis sûr que la plupart d’entre nous perdons beaucoup en méconnaissant qu’à nous aussi ce sentier est ouvert et que c’est la volonté de notre Dieu à notre égard que nous le suivions. Nous sommes trop peu conscients de l’effet déprimant, obscurcissant et endurcissant qu’exerce sur notre expérience spirituelle le fait de nous permettre un objet ou un désir autre que Christ. Combien souvent, par exemple, a-t-on l’air de trouver normal qu’une courte période après la conversion constitue non seulement le moment propice au premier amour, mais l’unique moment où il ait lieu de se manifester ! Quel contraste lumineux forme avec de telles pensées ce que nous venons de lire des expériences de l’apôtre bien-aimé ! Cela pouvait-il laisser insensibles les Philippiens ? Et cela n’est-il pas aussi pour nous ? Jamais Dieu ne laisse supposer, dans Sa Parole, que le saint doive fléchir après sa conversion ; que son amour, son zèle, la simplicité de sa foi doivent aller en s’appauvrissant et en s’affaiblissant. Des dangers l’attendent plus tard sans doute, mais les premiers jours ont les leurs, comme ceux qui suivent d’ailleurs ; beaucoup de choses ne sont considérées comme bonnes au début que par manque de spiritualité. Là où existe une vraie décision du cœur de s’attacher au Seigneur, Il donne, au contraire, une connaissance toujours plus approfondie de Lui-même. Ce n’est pas : Pour moi, vivre c’est l’évangile, ou même l’Église, mais : « Pour moi, vivre c’est Christ ». L’avoir Lui comme le seul motif qui absorbe et gouverne la vie, jour après jour, est la force ainsi que la pierre de touche de tout ce qui est de Dieu ; cela donne, comme rien d’autre ne saurait le faire, à chaque chose sa place et sa proportion divines. « Pour moi, vivre c’est Christ », semble aller plus loin que : « mourir est un gain ». Car cette dernière déclaration est vraie dans l’expérience de bien des saints, qui pourraient difficilement prendre à leur compte la première. Il n’y a cependant pas de phrase plus caractéristique ; c’est la substance même de notre épître. L’expérience chrétienne est le grand sujet. Dans les Philippiens, nous avons avant tout le développement de cet important problème : comment vivre Christ. Quant à Paul, c’était la seule chose qu’il fît ; et ainsi la mort qui entraîne naturellement la perte de tel ou tel objet, en fait de toutes les choses terrestres, il la considérait, lui, au contraire comme un gain. C’est là la vérité, et il en jouissait.
Depuis des années, l’apôtre, prisonnier, avait la mort devant lui comme son sort probable. Mais certainement son œil spirituel n’en est que plus vif ; sa force n’est nullement abattue, elle est accrue au contraire, et sa connaissance de Dieu, de Sa volonté et de Ses voies, plus vaste que jamais. Aussi, au lieu de penser que c’était une question qu’il appartenait à l’empereur de décider, il voit, sent et parle comme si Dieu avait tout placé entre ses mains ; dans un autre chapitre, il dit : « Je puis toutes choses en celui qui me fortifie ». Vous le voyez ici délibérant, comme le juge lui-même, s’il doit vivre ou mourir. Il laisse entièrement César de côté et considère la chose comme si Dieu demandait à Son serviteur s’il désirait vivre ou mourir. Sa réponse est que, quant à lui, mourir serait de beaucoup meilleur, mais que, pour l’Église, il serait bon qu’il vive encore un peu. Ainsi sa décision est éminemment selon le modèle de Christ, à l’encontre de son ardent désir, parce que son œil était simple ; et il sacrifie le moi pour le bien de l’Église. En conséquence il conclut, avec une foi et un désintéressement magnifiques, qu’il doit vivre.
« Je suis pressé des deux côtés, ayant le désir de déloger et d’être avec Christ, car cela est de beaucoup meilleur ; mais il est plus nécessaire à cause de vous que je demeure dans la chair ». Cela, parce que Christ prédominait dans son cœur, Lui qui certes ne décidait pas des questions en fonction de son propre gain, mais du bien des autres ; c’est pourquoi, persuadé en lui-même, Paul dit : « Ayant cette confiance, je sais que je demeurerai et que je resterai avec vous tous pour l’avancement et la joie de votre foi, afin qu’en moi vous ayez plus abondamment sujet de vous glorifier dans le Christ Jésus, par mon retour au milieu de vous ». Je ne connais pas de preuve plus étonnante et plus instructive de la puissance de l’Esprit de Dieu, accordant à un homme d’être en communion pratique avec Dieu. La chair étant brisée et jugée en lui, il pouvait entrer dans la pensée et les sentiments de Dieu, et dans le cœur de Christ quant à l’Église. Était-il vraiment désirable pour l’Église que Paul demeurât ? Alors, sans hésitation ni sentiment charnel, il peut dire : Paul demeurera. Il tranche ainsi la question et déclare avec calme et confiance qu’il les reverra. Et c’est un homme emprisonné, à la merci du plus impitoyable des empereurs romains, qui pense, décide et dit tout cela !
Il ajoute encore : « Seulement conduisez-vous d’une manière digne de l’évangile du Christ, afin que, soit que je vienne et que je vous vois, soit que je sois absent, j’apprenne à votre sujet que vous tenez ferme dans un seul et même esprit, combattant ensemble d’une même âme, avec la foi de l’évangile ». Le désir de son cœur était, lorsqu’il viendrait et les reverrait, de les trouver tous ensemble heureux dans l’unité, et qu’il en fût ainsi non seulement comme un bonheur découlant de Christ pour eux, mais débordant tellement de Lui que leurs cœurs soient libres de répandre partout la connaissance de l’évangile.
Il désirait ensuite qu’ils ne soient « épouvantés en rien par les adversaires : ce qui pour eux est une démonstration de perdition mais de votre salut, et cela de la part de Dieu : parce qu’à vous, il a été gratuitement donné, par rapport à Christ, non seulement de croire en lui, mais aussi de souffrir pour lui ». Il ressort clairement de ce passage qu’il est très important, spirituellement, que nous gardions bon courage dans notre âme face à l’ennemi, et confiance en Dieu, non seulement à cause de nous-mêmes, mais pour les autres. Il ne peut être rendu aucun témoignage exprimant mieux la grâce, ni plus solennel pour nos adversaires. Néanmoins qu’il est heureux de savoir que le jour viendra où, si nous marchons avec Dieu, tous les adversaires, si orgueilleux soient-ils, disparaîtront ; où toute la malice, les ruses et la puissance qui peuvent s’unir pour faire tomber les saints, ne seront là que pour faire mieux ressortir la puissance de Dieu en faveur de ceux-ci ! La foi sait que toute la puissance de Dieu lui appartient, avant que vienne ce jour.
Il est de la plus grande importance que nous entretenions une confiance calme, humble et patiente en Dieu, et que notre cœur se repose en Son amour ; mais il ne peut jamais en être ainsi sans une soumission présente à Christ et la jouissance de ce qu’Il est pour notre âme. Pour leurs adversaires, cette assurance était une démonstration de perdition, de même qu’elle l’était du triomphe final des saints de Philippes sur tout ce que Satan pourrait entreprendre pour leur nuire. Dieu permettait cela, parce qu’il leur avait été donné, par rapport à Christ, non seulement de croire en Lui, mais aussi de souffrir pour Lui. Paul, qui à ce moment même souffrait pour Christ, en était parfaitement heureux et il place la chose devant eux. C’était un don excellent de la grâce ; il pouvait dire : « Les cordeaux sont tombés pour moi en des lieux agréables », bien qu’il fût prisonnier. Ils avaient à soutenir le même combat qu’ils avaient vu en lui lorsqu’il était prisonnier à Philippes et qu’ils apprenaient être maintenant en lui à Rome. Si le Seigneur daigne nous accorder en quelque mesure cette place bénie, puissent nos cœurs savoir l’apprécier !