La vérité principale, qui occupait les pensées de l’apôtre et qu’il avait été chargé par le Seigneur de placer devant le cœur des saints de Philippes, était maintenant clairement exprimée et développée. Le reste de l’épître, ce dernier chapitre, comprend plutôt les exhortations en relation avec cette vérité et son application pratique, pour leur profit présent. En fait, on aura remarqué que cette épître, d’un bout à l’autre, est éminemment pratique. Absolument tout en elle a une portée immédiate et importante sur la communion et la marche du saint de Dieu. Certes, d’une façon générale, il n’y a point de vérité qui ne soit destinée à atteindre d’une manière ou d’une autre le cœur et à influer sur la marche ; je n’hésite cependant pas à dire que cette épître est remarquable surtout parce qu’elle est l’expérience personnelle de l’apôtre, lui-même cherchant à élever celle des saints de Philippes à la hauteur de la sienne, selon le modèle de Christ Lui-même. Aussi, après nous avoir pleinement révélé Christ, tant comme modèle ici-bas que comme motif dans le ciel (l’exemple terrestre étant spécialement donné au chapitre 2, et le motif céleste au chapitre 3), nous arrivons maintenant à l’objet pratique auquel cela s’applique.
« Ainsi donc, dit-il, mes frères bien-aimés et ardemment désirés, ma joie et ma couronne, demeurez ainsi fermes dans le Seigneur, bien-aimés ». Il est évident que les affections spirituelles de l’apôtre étaient profondément émues. Son amour fraternel se déversait avec puissance par le fait qu’il avait été occupé de Christ, du sentiment profond de ce que Christ avait été et est aujourd’hui, ainsi que de la bienheureuse anticipation de ce que les saints sont destinés à être lorsqu’ils Le verront venir du ciel dans la plénitude de Sa grâce et de Sa puissance, pour changer le corps même de leur abaissement et les transformer en la conformité du corps de Sa gloire. Ce n’est qu’alors, et là, que le salut sera complet ; aussi les exhorte-t-il : « Demeurez ainsi fermes dans le Seigneur, bien-aimés ». Et cela d’autant plus que, à ce qu’il semble, quelques-uns de ces Philippiens étaient en désaccord entre eux.
Il y avait là des choses qui travaillaient à la désunion, au moins dans le service du Seigneur, de ceux qui y avaient été engagés dès les tout premiers jours. Et cela peut se trouver là où pourtant rien ne se produit qui ait un caractère scandaleux, car l’ardeur même et le zèle du serviteur de Dieu peuvent facilement le mettre en danger, s’il n’est pas occupé de Christ de façon appropriée ; même le service est en piège et met en danger lorsqu’il se substitue à Christ comme objet du cœur. Il semblerait que tel était le cas de certains saints actifs de Philippes. « Je supplie Évodie, et je supplie Syntyche, d’avoir une même pensée dans le Seigneur. Oui, je te prie, toi aussi, vrai compagnon de travail, aide celles (c’est-à-dire les femmes qu’il vient de nommer) qui ont combattu avec moi dans l’évangile avec Clément aussi et mes autres compagnons d’œuvre, dont les noms sont dans le livre de vie » (v. 3).
L’apôtre insiste manifestement sur deux choses : D’abord, la grande importance d’avoir une même pensée non seulement dans le Seigneur, mais aussi dans l’œuvre du Seigneur. Le danger est d’avoir quelque but ou quelque voie qui nous soient propres dans cette sainte activité. Le Seigneur est assurément jaloux de ceux qu’Il emploie et Il travaille sans cesse à maintenir chaque serviteur dans le sentiment direct de sa responsabilité propre envers Lui. Personne n’a à craindre que cela ne nuise au respect mutuel ou n’empêche l’épanchement de l’affection divine unissant les différents serviteurs de Dieu. L’homme serait enclin à le penser parce qu’il doit juger selon son cœur égoïste. C’est la chair qui cherche ses propres intérêts ; tandis que l’Esprit de Christ, quel que puisse être Son saint jugement du mal, n’est jamais égoïste. C’est une erreur des plus grossières de supposer que lorsque le cœur est conduit à estimer toutes choses selon Dieu, vous introduisez un élément de division entre les frères ; ce n’est pas cela, mais bien le fait de laisser agir la chair, qui ouvre la porte aux querelles et aux schismes.
Prenez un enfant de Dieu qui s’est égaré ; qu’est-ce qui le sépare de ses frères ? Rien sinon le mal auquel il a cédé. Puis le Saint Esprit agit dans l’âme de cet homme ; maintenant il sent, il confesse ce qui est charnel et s’en sépare. Aussitôt l’équilibre est rétabli et vous êtes peut-être davantage unis dans l’amour avec cette âme revenue de son égarement que vous ne l’aviez jamais été auparavant. Jusqu’à ce moment, il peut y avoir eu beaucoup de choses qui empêchaient la communion. Un esprit irritable, la disposition à la critique, la vanité, la confiance en soi se manifestaient trop souvent dans le service même et dans l’adoration de Dieu — tout cela avait précédemment inquiété des frères spirituels, justement parce qu’ils avaient un amour réel pour l’âme de celui qui s’était égaré. Et c’était cela, jusqu’ici, qui faisait séparation, non dans la marche extérieure, mais dans la communion des cœurs. Il est possible que, la chair n’ayant pas été jugée, le péché ait effectivement éclaté et entraîné une complète séparation, mais dès le moment où par l’action du Saint Esprit l’homme en question ressent le mal commis et reconnaît franchement avoir péché contre le Seigneur, votre cœur est attiré vers lui et vous avez en lui une confiance qui n’a peut-être jamais existé auparavant.
Par conséquent, la notion que le jugement sérieux du mal est ce qui divise les frères est fausse. Au contraire, c’est le mal (non pas la séparation du mal) qui sème la discorde ou rend la séparation nécessaire parmi les frères. La séparation du mal dans la grâce lie les cœurs de ceux qui sont vrais devant le Seigneur. C’est la sainteté en fait. Dans la séparation du péché, on jouit de Dieu Lui-même et de Sa volonté bonne et agréable. La sainteté ici-bas implique le jugement et la séparation du mal dans le cœur et en pratique, en ce qui nous concerne. La croix du Seigneur Jésus Christ rassemble les enfants de Dieu dans le sens que là toute leur méchanceté a été jugée et séparée d’eux à jamais par Sa mort.
Considérez la chose, sous quelque angle que ce soit, c’est toujours le mal qui divise et c’est le jugement du mal qui unit les cœurs dans un monde mauvais selon Dieu. Toute unité des enfants de Dieu qui ne serait pas fondée sur la séparation du mal est un péché positif contre Lui.
Nous étant arrêtés sur le principe capital de la séparation du mal, qui se révélera être éminemment pratique, nous pouvons maintenant examiner comment elle s’applique au sujet placé devant nous.
À Philippes, le cœur de l’apôtre rencontrait des personnes pieuses et actives ; mais l’activité n’est pas toujours selon Christ ; elle peut aussi être cause de division. La tendance à dénigrer ce qu’un autre fait et à nous exalter dans notre domaine, n’est hélas pas rare. Cela tend à rompre l’heureuse communion de cœur ; et s’il y a un tant soit peu d’atmosphère spirituelle, ces choses sont profondément ressenties. Chez les Corinthiens, ce n’aurait été qu’un petit détail en comparaison des maux grossiers qui sévissaient au milieu d’eux. Mais à Philippes, où l’état était comparativement sain et béni, où aussi, comme nous le savons, l’esprit d’obéissance prévalait, le manque d’harmonie, quelle qu’en ait été la cause, prend de l’importance. Aussi le désaccord entre ces deux sœurs est-il mis en avant par l’Esprit de Dieu, mais seulement après que de nombreuses consolations qui devaient encourager leurs cœurs à regarder à Christ, eurent été dispensées.
Combien l’appel adressé à ces deux femmes chrétiennes est tendre, et en même temps personnel ! « Je supplie Évodie, et je supplie Syntyche, d’avoir une même pensée dans le Seigneur ». Il commence par le Seigneur, non par le service, bien que le désaccord ait pu s’être manifesté dans l’accomplissement de celui-ci. Il les exhorte l’une après l’autre (car une pouvait écouter, si l’autre ne le faisait pas) à avoir une même pensée dans le Seigneur. Soyez sûrs que lorsque nous sommes occupés du Seigneur, les différences s’amoindrissent bientôt. Chacun ayant les yeux fixés sur Lui, Il est un objet d’attraction commun et ainsi l’espoir de l’ennemi de produire de la discorde est aussitôt détruit.
L’apôtre adresse une requête également à son vrai compagnon de travail (en grec : « celui qui est sous le même joug »). Je suppose qu’il s’agit d’Épaphrodite, dont il avait parlé avec une ardente affection au chapitre 2. Le « joug » dans l’Écriture est, suivant le cas, une marque d’union ou d’assujettissement dans le service. Ainsi, en 2 Corinthiens 6, le croyant est-il exhorté à ne pas se mettre sous un joug mal assorti avec les incrédules. Beaucoup limitent ce passage à la relation naturelle du mariage. Mais bien que le lien de mariage entre croyants et incrédules ne soit évidemment pas selon Dieu, je doute pourtant qu’il y soit fait allusion dans ce verset. L’objet de l’Esprit de Dieu y est plutôt de considérer l’association du croyant avec l’incrédule dans le service et dans le culte. L’apôtre présente le temple de Dieu ainsi que les affaires individuelles et montre que nous ne devons pas avoir communion — pas plus collectivement qu’individuellement — avec des incrédules. L’habitude erronée de restreindre cette injonction au mariage empêche que la conscience des enfants de Dieu soit exercée comme elle devrait l’être quant à la pleine portée de ce verset. Aussi mal que ce soit pour un croyant d’épouser une incrédule, Dieu ne dit même pas alors : Sortez de cette relation ; laissez votre femme ; séparez-vous de votre mari. — En donnant à ce verset sa portée véritable (c’est-à-dire l’association avec des incrédules dans les choses de Dieu), nous avons une maxime d’une importance extrême. Je ne dois m’associer au monde en rien de ce qui touche au service et à l’adoration de Dieu. Telle est la vraie signification de ce joug mal assorti. « Sortez du milieu d’eux, et soyez séparés », est alors l’injonction spéciale valable pour toute alliance profane de cette sorte.
Il devient facile de répondre à ceux qui demandent si nous n’avons pas quelque chose à faire pour le monde. N’avons-nous pas à aider ceux qui souffrent ? Tout en ayant une responsabilité particulière envers ceux de la maison de la foi, nous sommes aussi tenus de faire du bien à tous les hommes ; mais sans pour cela nous associer ni avoir communion avec d’autres en dehors de Christ. L’homme mondain donne parce qu’il est généreux, ou a de la sympathie pour les besoins d’autrui, ou parce qu’on s’attend à ce qu’il donne. L’enfant de Dieu le fait parce que c’est la volonté de Dieu. L’un agit en vertu de sentiments naturels, l’autre par la foi. Même dans les actes les plus ordinaires et les plus nécessaires, comme manger et boire, je peux et je devrais faire tout pour la gloire de Dieu.
Supposez un homme en train de se noyer, ou une maison en feu ; tout homme a évidemment le devoir de donner son assistance ; mais prétexter l’aide qu’un serviteur de Dieu pourrait apporter dans de telles occasions comme une raison pour associer le monde au saint dans le service de Dieu, c’est tromper ou être trompé — volontairement peut-être. Je n’ai aucune hésitation à dire qu’amener un incrédule à se joindre aux prières, aux cantiques et à la participation à la cène du Seigneur, sanctionner son association à vous dans de tels services, c’est, pour autant que cela dépende de vous, faire tort à l’âme de cet homme sinon la détruire. Ce que le Saint Esprit cherche pour l’âme irrégénérée, c’est de la convaincre de sa ruine ; mais si elle est associée à vous dans l’œuvre ou dans le temple de Dieu, vous la conduirez (ou elle vous conduit) sur un faux terrain. Vous la traitez ainsi comme un adorateur agréé et l’amenez à croire qu’elle accomplit le service de Dieu aussi réellement que vous, quoique peut-être pas aussi bien. C’est aussi contraire à la sainteté qu’à l’amour, aussi opposé à la gloire de Dieu qu’au bien de l’homme.
Ces deux femmes pieuses, énergiques, étaient-elles séparées en esprit ? Non seulement l’apôtre les exhorte chacune séparément, mais il demande à Épaphrodite comme, je le suppose, son vrai compagnon de service, de les aider. Car ces femmes avaient pris part aux souffrances de l’apôtre dans l’évangile lorsque celui-ci était venu à Philippes, sans qu’il soit fait aucune allusion ici à un service public ; il n’est pas dit qu’elles prêchaient.
Il y a une grande différence entre prêcher l’évangile et prendre part aux luttes de l’évangile. Quelqu’un peut avoir travaillé diligemment sans avoir jamais prêché dans sa vie. Et certains peuvent combattre journellement dans l’évangile avec autant de zèle, ou même davantage, que ceux qui l’annoncent publiquement chaque jour. Quelle précision merveilleuse dans le langage du Saint Esprit ! Nous devrions tous savoir que le Nouveau Testament place la femme chrétienne dans une très grande bénédiction, et bannir toute pensée qui lui attribuerait une position d’infériorité en Christ ; mais, en même temps, elle est mise aussi à l’arrière-plan chaque fois qu’il s’agit d’action publique. Là, officiellement, pour ainsi dire, l’homme est appelé à être découvert, la femme, à être voilée. Elle est ainsi, en quelque sorte, placée derrière l’homme ; tandis que lorsque vous parlez de nos privilèges en Christ, il n’y a ni homme ni femme. Il est important de distinguer les cas qui ne comportent pas de différence et ceux où il en existe une.
La première épître aux Corinthiens établit très clairement que le chef de la femme, c’est l’homme ; et que, de même que Christ est la gloire de l’homme, l’homme est la gloire de la femme. Nous trouvons là la différence administrative entre l’homme et la femme. Lorsque vous en venez aux privilèges célestes que nous avons en Christ, toutes ces distinctions disparaissent. À ma connaissance, aucune action publique dans le monde ou dans l’Église n’est assignée à la femme chrétienne. Quant à s’occuper d’âmes dans le particulier, le cas est différent. Dans la maison de leur père, les quatre filles de Philippe peuvent avoir prophétisé. Elles étaient manifestement des femmes hautement douées ; car il n’est pas dit d’elles qu’elles avaient travaillé dans l’évangile, mais qu’elles prophétisaient — l’une des formes les plus élevées des dons de Christ. Parallèlement, le Saint Esprit qui nous dit qu’une femme pouvait et avait réellement prophétisé, nous instruit qu’il est interdit à une femme de parler dans l’assemblée où la prophétie avait, à proprement dire, sa place. Mais là, il était interdit à une femme de parler, y compris pour poser une question et à plus forte raison pour donner une réponse. En revanche, dans le domaine privé, à la maison, même avec un Apollos, une femme pouvait agir à juste titre ; c’est-à-dire, si elle le faisait sous et avec son mari. Priscilla pouvait avoir spirituellement plus de poids qu’Aquilas ; mais cela même la conduisait à mettre d’autant plus de soin à garder une place humble et modeste. Le compagnon de service de l’apôtre semble avoir éprouvé quelque timidité à aider ces femmes. L’apôtre, par conséquent, le prie aussi de même qu’il l’avait exhorté. « Aide celles qui ont combattu avec moi dans l’évangile ». Elles ne se mettaient pas en avant d’une manière publique inconvenante, mais elles avaient pris part aux premières épreuves de l’évangile avec l’apôtre Paul.
À Corinthe, les femmes se permettaient beaucoup et l’apôtre manifeste ce qu’il en pense par la question réprobative : « La parole de Dieu est-elle procédée de vous, ou est-elle parvenue à vous seuls ? » (1 Cor. 14, 36). Ainsi, et non seulement en cela, ils s’étaient tout à fait écartés de ce qui prévalait dans les assemblées des saints. Sans aucun doute, leur raisonnement était que si les femmes avaient des dons, pourquoi ne les exerceraient-elles pas en tout lieu ? Mais Celui qui donne le don est seul en droit de dire quand et par qui il doit être exercé. À Philippes, où régnait un esprit d’obéissance, on aurait pu être trop peu enclin à intervenir entre ces femmes estimables par ailleurs, mais éloignées l’une de l’autre. L’apôtre ordonne à Épaphrodite de donner son aide. « Aide celles qui ont combattu avec moi dans l’évangile ». Il leur adresse un éloge spécial. Elles avaient lutté pour et avec lui dans l’œuvre. Il s’associe à ces personnes que son compagnon de service aurait pu craindre d’exhorter. Il les unit aussi à Clément et à d’autres compagnons d’œuvre. Quelle tendresse pour aborder le cas ! Il encourage la communion dans le service de l’évangile non seulement avec des hommes fidèles, mais avec des femmes dont la fidélité n’était pas oubliée, malgré les pénibles circonstances du moment présent.
Laissant maintenant la question de discorde parmi eux, il revient à son sujet qui est celui de la joie surabondante. Il venait d’encourager celui qui avait sa sympathie et sa confiance à aider ces sœurs. Maintenant, il les invite tous à se réjouir toujours dans le Seigneur. Il avait abordé ces sujets douloureux, mais qu’ils ne supposent pas qu’il voulait atténuer leur joie ; au contraire : « Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur ; encore une fois, je vous le dirai : réjouissez-vous » (v. 4). C’est là, permettez-moi de le répéter, une chose importante quant à la pratique. C’est une grande erreur de laisser les difficultés ou les discordes parmi les saints de Dieu entraver notre joie parfaite dans le Seigneur. Désirons-nous la gloire de Christ au milieu de ceux qui Lui appartiennent ? Il me faut toujours maintenir cette gloire dans ma propre âme si je veux être un témoin pour Christ parmi d’autres. Est-ce que l’amour du Seigneur est touché ou diminué en quelque mesure par ces circonstances passagères ? Sa gloire est-elle moins éclatante parce que quelques ombres du « moi » se trahissent sur le front de Ses saints ? Certes pas. Aussi revient-il à la note dominante de cette épître, cette joie dans le Seigneur dont il avait parlé comme étant sa propre portion maintenant et plus tard aux chapitres 1 et 2, et celle à laquelle ils étaient appelés, au chapitre 3 et encore au chapitre 4.
N’est-il pas affligeant de voir où les chrétiens en sont arrivés à cet égard — combien cette réponse du cœur à Christ a disparu chez un si grand nombre ? Même le rassemblement de nous-mêmes pour nous souvenir de Christ dans la cène n’éveille pas toujours une plénitude de joie, mais parfois un sentiment de malaise, d’où un éloignement des plus affligeants de Sa table, comme si celle-ci couvrait quelque danger caché, quelque lion aux embûches sur le chemin, et ne parlait pas hautement, au contraire, de Jésus mon Sauveur et Seigneur, qui m’a aimé et s’est donné Lui-même pour moi. Ne devrions-nous pas être humiliés en pensant à tout ce qui déshonore ainsi le nom de Christ ? Mais est-ce que Dieu veut que cela même fasse obstacle à notre joie ? En aucun cas. Que l’état de ruine du peuple de Dieu soit celui d’Israël ou celui de l’Église, ceux qui l’ont le plus ressenti ont invariablement joui de la plus grande proximité avec Lui et sont entrés dans Sa propre joie, tout en menant deuil sur les manquements de ceux qui portent Son nom. Les deux choses vont ensemble. Il y a des cœurs qui, bien que pieux, ne sont pas heureux : des cœurs absorbés par les circonstances de l’Église, constamment préoccupés du mal et du bas état qui règne ici et là ; ce ne seront jamais des âmes jouissant profondément du Seigneur et de Sa grâce. Tandis que chez celui qui jouit véritablement du Seigneur, qui a conscience de ce qu’est Christ et de ce que l’Assemblée de Dieu est en Christ et devrait être maintenant dans la puissance de l’Esprit ; chez celui qui par conséquent mesure le mieux ce qu’est devenue la chrétienté, les deux sentiments seront en harmonie — le cœur se reposant sur Christ, demeurant dans Son amour ; et parallèlement un sain jugement de la faiblesse de l’homme et de la malice de Satan pour tout ruiner. Nous devons cultiver ces deux courants de pensée.
« Que votre douceur soit connue de tous les hommes ; le Seigneur est proche ; ne vous inquiétez de rien, mais, en toutes choses, exposez vos requêtes à Dieu par des prières et des supplications avec des actions de grâces » (v. 5, 6). Aux prières sont ajoutées les actions de grâces, car le Seigneur y a droit. Nos cœurs ne devraient pas oublier quel est le Dieu auquel nous exposons nos requêtes. Dans cette confiance, rendons-Lui grâces, même lorsque nous plaçons nos besoins devant Lui. Mais l’apôtre avait dit auparavant : « Que votre douceur soit connue de tous les hommes » (v. 5). À supposer que quelqu’un nous ait vu un peu hors de nous-mêmes pour insister sur nos droits, réels ou imaginaires — ce qui est en contradiction avec la douceur de Christ — ne devrions-nous pas nous sentir humiliés, et saisir la première occasion pour effacer ce qui peut avoir donné une impression fâcheuse pour l’âme de cet homme ? Dieu veut que notre promptitude à céder, à ne pas résister, soit connue, non seulement en certaines occasions ou de quelques personnes, mais « de tous les hommes ». Par douceur, l’apôtre entend cet esprit de débonnaireté qui n’existe que là où notre volonté n’est pas laissée libre de poursuivre la satisfaction de tous nos désirs. Pour que nous n’ayons pas d’inquiétude, du fait que nous nous abstenons d’insister sur nos droits même lorsque nous avons raison, l’apôtre nous donne ce puissant motif : « Le Seigneur est proche » (v. 5). Lorsque l’âme est dans l’heureux sentiment qu’on fait ce qui plaît à Dieu, elle se trouve généralement disposée à se confier dans le Seigneur, disposition qui repousse l’inquiétude et abandonne tout entre Ses mains. D’ailleurs, Il vient bientôt.
Il manifestera tout ce qui est selon Lui. Il bénira tout désir partout où il a pu en résulter un vrai témoignage pour Lui. « Le Seigneur est proche ». Il n’est pas encore venu, mais vous pouvez aller à Lui maintenant et placer toutes vos requêtes devant Lui, avec l’assurance qu’Il est proche, qu’Il va venir. Et quel est le résultat ? « La paix de Dieu, laquelle surpasse toute intelligence, gardera vos cœurs et vos pensées dans le Christ Jésus » (v. 7). Lorsque le cœur remet à Dieu tout ce qui pour lui serait un fardeau, la conséquence est que Sa paix, la paix dans laquelle Il se meut et vit, nous préserve de tout ce qui pourrait nous harceler. Les sources d’inquiétude sont rejetées dans le sein du Seigneur et la paix de Dieu Lui-même, qui surpasse toute intelligence, devient la sauvegarde de nos cœurs.
Chaque fois que la grâce nous est accordée de placer devant Dieu ce qui nous éprouverait si nous nous en inquiétions et le gardions, la propre paix de Dieu est la réponse infaillible. Les affections sont en repos, de même que le travail d’esprit qui autrement envisagerait le pire. Tout est réglé par la paix de Dieu Lui-même.
La paix est considérée sous plus d’un aspect dans les Écritures. La paix de Dieu ici n’a rien affaire avec la purification de la conscience. C’est le cœur et les pensées qui sont gardés. Lorsque la conscience est encore chargée, il n’est qu’une seule manière de trouver la paix. « Ayant donc été justifiés sur le principe de la foi, nous avons la paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ ». Les péchés étaient là, et comment la nature morale et la majesté de Dieu pouvaient-elles être satisfaites à l’égard du péché ? Loin de Dieu, en inimitié contre Lui dans toutes nos voies, comment pouvions-nous avoir la paix avec Lui ? La seule porte par laquelle nous, pauvres ennemis, passons d’une telle condition à la paix avec Dieu, c’est de croire le témoignage qu’Il a rendu au sujet de Son Fils. Mais c’est là « la paix avec Dieu », non pas « la paix de Dieu ». Si je m’efforce d’acquérir le soulagement de ma conscience en exposant mes besoins devant Dieu, ma conscience ne trouvera jamais un plein repos. Le seul moyen pouvant donner le repos à ceux qui sont convaincus de péché est la foi en l’assurance donnée par Dieu que les péchés sont effacés par le sang du Seigneur Jésus Christ, et que le péché a été parfaitement jugé à la croix. « Quiconque croit est justifié par lui ». Si nous regardons à notre propre état, même un seul instant, c’est une illusion de nous attendre, sur une telle base, à la paix avec Dieu. Mais si je crois en Christ et en ce qu’Il a fait, je peux dire avec hardiesse que Christ a mérité que même mes péchés soient pardonnés. Aussi je puis ajouter : « Ayant… été justifiés sur le principe de la foi, nous avons la paix avec Dieu ». La valeur n’est pas dans la foi, mais dans notre Seigneur Jésus Christ. Vous ne pouvez obtenir la bénédiction sans croire, mais c’est une réponse à la valeur qu’a Christ aux yeux de Dieu.
Mais, outre cette paix établie que nous avons par l’œuvre de Christ, il y a la paix de Dieu en pratique, qui n’a rien affaire avec la rémission des péchés (bien qu’elle suppose que celle-ci soit fondamentalement réglée), mais avec les circonstances par lesquelles le croyant passe jour après jour. Paul était en prison lorsqu’il écrivait aux Philippiens, dans l’incapacité d’édifier les assemblées ou de travailler dans l’évangile. Il aurait pu être abattu dans son esprit ; pourtant il n’avait jamais été plus heureux dans sa vie. Comment est-ce possible ? C’est qu’au lieu de s’inquiéter et de se tourmenter à propos du danger guettant l’Église, des afflictions des saints, des âmes qui périssaient, il considérait tous ces sujets comme dépendant de Dieu et non pas de lui. Dieu était en paix quant à ces choses, pourquoi ne le serait-il pas, lui aussi ? Ainsi la simple ressource consistant à tout placer devant Dieu, à tout rejeter loin de soi-même pour le placer dans le sein de son Père, avait pour résultat que la paix de Dieu gardait son cœur et ses pensées. Et ce n’était pas le cas de l’apôtre seulement. Il met la chose devant les saints comme ce qui devrait être leur part également. L’anxiété n’a évidemment plus de place. Dieu ne veut pas que Ses enfants soient accablés ou troublés par les circonstances. La source bénie du soulagement est là jusqu’à la venue du Seigneur. Dieu est en activité, et Sa paix garde nos cœurs et nos pensées dans le Christ Jésus, lorsque nous Lui rendons l’honneur qui Lui est dû et que nous Lui donnons notre confiance.
Mais ce n’est pas encore tout ; d’autres choses nous sollicitent et nous éprouvent, outre les inquiétudes et les soucis. Nous avons besoin d’être fortifiés dans notre vie chrétienne ordinaire ; comment pourrons-nous l’être ? Voici la parole, la conseil apostolique (v. 8) : « Au reste, frères, toutes les choses qui sont vraies… ». Il peut ne pas y avoir beaucoup de points lumineux à l’horizon, mais il y en a quelques-uns ; ne dois-je pas penser à ceux-ci ? C’est ce que je suis appelé à faire — à être prompt à discerner non pas ce qui est mauvais, mais ce qui est bon. Il se peut que j’aie à juger ce qui est mauvais ; toutefois ce que Dieu attend, c’est que mon esprit soit occupé du bien. « Toutes les choses qui sont vraies, toutes les choses qui sont vénérables, toutes les choses qui sont justes, toutes les choses qui sont pures, toutes les choses qui sont aimables, toutes les choses qui sont de bonne renommée — s’il y a quelque vertu et quelque louange — que ces choses occupent vos pensées » (v. 8). Nos consciences peuvent dire si ce sont là les choses auxquelles nous sommes le plus portés à penser. Si nous sommes prompts à écouter plutôt tout ce qui est pénible, et lents à entendre ce qui est de Dieu, il en résulte qu’au lieu d’avoir le Dieu de paix comme compagnon, nous nous trouvons arrêtés, nous-mêmes et d’autres, par de mauvaises pensées et de fâcheuses communications. Car ce que l’âme désire, c’est seulement ce qui est bon. Nous ne sommes pas exhortés à être instruits dans l’iniquité du monde ou de l’Église, mais à être « sages quant au bien, et simples quant au mal ». Dieu a qualifié, pour juger le mal, des hommes spirituels qui peuvent s’en charger comme d’un devoir envers Lui, étant remplis d’affliction et d’amour à l’égard de ceux qui sont concernés. Mais Dieu emploie de tels hommes, entre autres desseins, pour garder la généralité de Ses saints de la nécessité d’accomplir de telles tâches. Il est heureux que nous ne soyons pas tous appelés à examiner et scruter le mal, à voir et à entendre les détails. Tandis que le Seigneur, dans Sa grâce, intervient pour nous préserver d’être trompés, puisse notre propre sagesse croître dans ce qui est selon Dieu. Appartient-il par exemple à n’importe quel enfant de Dieu de s’occuper ordinairement d’un mauvais livre ou d’un faux docteur ? Qu’il nous suffise d’avoir de bons motifs de juger qu’une chose est nuisible : la seule attitude à adopter alors est de l’éviter. Au contraire, ce que je reconnais bon a droit à mon amour et à mon respect ; non seulement pour moi, mais pour les autres. Nous n’avons jamais raison d’exclure de nos cœurs la sympathie de Christ pour les membres de Son corps, ou certaines opérations de Son Esprit ici-bas. Si même il y avait un prêtre catholique romain qui connût et exposât la vérité de Dieu plus clairement que d’autres, ne disons pas : « Peut-il venir quelque chose de bon de Nazareth ? », mais venons et voyons si la chose porte d’une manière évidente le sceau de Dieu sur elle. Ne limitons pas Celui qui est au-dessus de toutes circonstances ; même parmi ce qu’il y a de plus affligeant, rendons grâces à Dieu de ce que Sa puissance miséricordieuse refuse d’être entravée par quelque limite humaine que ce soit. Il est de toute importance que nous ayons le cœur assez large pour penser à tout ce qui est bon, où que ce puisse être.
« Ce que vous avez et appris, et reçu, et entendu, et vu en moi — faites ces choses » (v. 9). Si jamais il y a eu un homme au cœur large, c’était l’apôtre Paul. Et pourtant aucun serviteur de Dieu n’avait une vue plus profonde et une horreur plus intense du mal. Ici, l’Esprit dirige les Philippiens par ce qu’ils avaient vu dans les mobiles et dans les voies de l’apôtre. Il ne s’agit pas d’une question de doctrine, mais de vie pratique. Cela va plus loin que surmonter l’inquiétude par la sauvegarde qu’assure la propre paix de Dieu ; c’est la puissance pratique du bien positif. Quel est l’effet sur le cœur ? « Le Dieu de paix sera avec vous ». « Le Dieu de paix », c’est bien davantage que même « la paix de Dieu ». C’est Lui-même la source, c’est la jouissance de Sa propre présence bénie de cette manière. Il y a du soulagement à avoir la « paix de Dieu » pour garder nos cœurs et nos pensées ; mais il y a de la puissance à avoir « le Dieu de paix » avec nous. Nous manque-t-il quelque chose ? Impossible. « Or je me suis grandement réjoui dans le Seigneur de ce que maintenant enfin vous avez fait revivre votre pensée pour moi, quoique vous y ayez bien aussi pensé, mais l’occasion vous manquait » (v. 10). Ils avaient manifesté de l’amour à l’apôtre Paul précédemment, comme nous le voyons plus loin (v. 15) où il met en contraste le « commencement de l’évangile » avec « enfin ».
Les Philippiens avaient été comblés par Dieu et avaient montré leur amour envers l’apôtre dans les premiers jours. Il ne l’avait pas oublié. Il semblerait qu’il recevait rarement une aide de la part des saints de Dieu, peut-être parce qu’il n’avait affaire qu’avec un petit nombre, même parmi eux, en qui il aurait pu avoir confiance. En raison d’un manque général de spiritualité, certains auraient pu tirer de cette aide matérielle des déductions préjudiciables à l’évangile ou à d’autres serviteurs. Mais les Philippiens étaient suffisamment simples et spirituels, et nous savons quels sentiments délicats la puissance de l’Esprit peut produire. Ils eurent par conséquent le privilège de subvenir aux besoins de l’apôtre. C’est à cela qu’il fait allusion, avec une délicatesse touchante. Il sentait que le mot « enfin » pourrait être interprété comme une sorte de reproche, comme s’ils l’avaient oublié pendant longtemps. Aussi s’empresse-t-il d’ajouter : « Quoique vous y ayez bien aussi pensé, mais l’occasion vous manquait » (v. 10). D’autre part, il prévient la supposition qu’il désirait davantage d’eux. « Non que je parle ayant égard à des privations » (v. 11).
La corruption du cœur humain est telle que même l’expression de la gratitude peut être une allusion indirecte à ce que de nouvelles faveurs ne seraient pas malvenues. L’apôtre coupe court à de telles pensées par les paroles : « Moi, j’ai appris à être content en moi-même dans les circonstances où je me trouve ». Voilà un état d’esprit bien étranger à la nature humaine. Même un Paul pouvait ne pas l’avoir toujours connu ; il l’avait appris. « Je sais être abaissé, je sais aussi être dans l’abondance » (v. 12). Il avait connu de bonne heure, par expérience, ce que c’était que d’être dans le dénuement absolu, comme aussi il savait ce que c’était que de ne manquer de rien. « En toutes choses et à tous égards, je suis enseigné aussi bien à être rassasié qu’à avoir faim, aussi bien à être dans l’abondance qu’à être dans les privations. Je puis toutes choses en celui qui me fortifie ». Paroles merveilleuses dans la bouche d’un homme emprisonné, de quelqu’un qui apparemment se trouvait dans les circonstances les plus accablantes, et dans un danger certain — incapable de faire quoi que ce soit, auraient dit les hommes. Mais la foi parle selon Dieu, et l’homme qui, au jugement de ses semblables, ne pouvait rien faire, est celui-là même qui pouvait affirmer qu’il était capable de toutes choses en Celui qui le fortifiait (v. 13).
Lorsque le monde entre en conflit avec un chrétien, lorsqu’il l’accuse, le dépouille et l’emprisonne, et que le chrétien est manifestement aussi heureux qu’auparavant, le monde est forcé de ressentir qu’il est entré en contact avec une puissance qui est entièrement au-dessus de la sienne. Si tel n’est pas le cas, nous avons manqué. Ce que le monde devrait trouver en nous, dans toutes les circonstances, c’est l’expression de Christ et de Sa force. Ce n’est pas seulement quand l’épreuve survient qu’il nous faut aller au Seigneur et placer notre insuffisance devant Lui ; nous devons être avec Lui préalablement. Si nous attendons l’épreuve pour chercher Sa présence, nous ne résisterons pas. Dans la vie du Seigneur, on voit la victoire dans l’épreuve remportée par la foi alors qu’Il avait déjà traversé la souffrance. Il la traversait avec Dieu, et pourtant nul n’a ressenti l’épreuve comme Lui. La souffrance n’est pas diminuée pour autant, au contraire. Voyez par exemple Gethsémané. De quel autre que le Seigneur a-t-il jamais été dit que Sa sueur a découlé comme des grumeaux de sang, en pensant à la mort ? D’autres pourtant peuvent avoir connu cette angoisse, quoique à un degré bien moindre ; et la mesure a toujours été la puissance de l’Esprit de Dieu leur donnant de ressentir ce qui est contraire à Dieu dans ce monde ; car, dans ce monde, celui qui aime le plus souffre le plus. Mais ici, nous trouvons Paul, quelqu’un qui avait beaucoup souffert, qui avait connu l’opprobre comme peu d’hommes l’ont jamais connue, qui avait rencontré l’inimitié du monde comme bien peu ont eu à l’éprouver. Et cependant cet homme, en de telles circonstances, dit qu’il peut toutes choses en Celui qui le fortifie. Soyez assurés que Celui qui donne la force est près de tous ceux qui s’appuient sur Lui. Paul ne parle pas ici d’un privilège apostolique, mais il parle en tant que saint, il est sur un terrain où il peut s’unir à nous, afin que nous apprenions à marcher dans le même sentier que lui. Après avoir librement reconnu l’amour des Philippiens (dans les v. 14-16), après avoir montré que ce qu’il recherchait, c’était du fruit qui abondât pour leur compte, au verset 17, il conclut : « Or j’ai amplement de tout, et je suis dans l’abondance ; je suis comblé, ayant reçu d’Épaphrodite ce qui m’a été envoyé de votre part… un parfum de bonne odeur, un sacrifice acceptable, agréable à Dieu » (v. 18). Et, chose merveilleuse à remarquer, il est lui-même un donateur. En tout cas, il compte sur Celui qui donnerait tout ce qui était nécessaire en abondance. « Mais mon Dieu suppléera à tous vos besoins selon ses richesses en gloire par le Christ Jésus » (v. 19).
Quel langage chez un homme qui venait de connaître la nécessité, et dont les besoins avaient été comblés par les saints auxquels il écrivait ! Il se tourne vers eux maintenant et dit : « Mon Dieu suppléera à tous vos besoins ». Le Dieu dont il avait éprouvé l’amour, les soins et les ressources tout au long de sa carrière chrétienne — « mon Dieu », dit-il, « suppléera à tous vos besoins selon ses richesses en gloire par le Christ Jésus ». Il répond aujourd’hui aux besoins des saints selon toutes les richesses de Ses ressources en gloire même, en Christ. Là-haut toute ombre d’un besoin sera inconnue, mais Dieu agit selon les mêmes richesses déjà maintenant. Aussi l’apôtre donne-t-il aussitôt libre cours à la louange envers Dieu : « Or à notre Dieu et Père soit la gloire aux siècles des siècles ! Amen » (v. 20).
Notez le changement d’expression. Il dit d’abord : « Mon Dieu suppléera à tous vos besoins », et ensuite : « notre Dieu et Père ». Lorsqu’il s’agit de connaissance expérimentale et de confiance, il ne convenait pas de dire « notre Dieu » parce qu’ils pouvaient ne pas avoir la même mesure de connaissance de Son amour que lui qui avait éprouvé et appris si profondément et de façon si variée ce que Dieu est. Mais lorsqu’il attribue, aux siècles des siècles, la gloire à Dieu le Père, il ne peut que les associer pleinement à lui. « Or à notre Dieu et Père soit la gloire », etc. Son cœur s’ouvre à tous les croyants. « Saluez chaque saint dans le Christ Jésus » (v. 21). Quelle joie pour ceux qui étaient à Philippes d’entendre parler de frères dans des endroits inattendus ! L’apôtre était allé à Rome pour être jugé devant César. Maintenant, à ce qu’il paraît, il y avait des saints dans la maison impériale qui envoyaient une salutation spéciale aux Philippiens par l’apôtre. « Les frères qui sont avec moi vous saluent. Tous les saints vous saluent, et principalement ceux qui sont de la maison de César » (v. 21, 22).
Le cœur est merveilleusement soulagé en considérant les choses qui sont aimables et de bonne renommée, et propres à donner de la confiance dans les jours les plus sombres. Quelle que soit la grandeur de l’épreuve du moment présent (et jamais il n’y eut de pièges plus subtils ou de danger plus imminent), il n’en reste pas moins que la grâce de Dieu, Sa bénédiction envers les hommes suffit à tous égards. N’oublions pas l’exhortation : « Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur ; encore une fois, je vous le dirai : réjouissez-vous » (v. 4). Cette épître n’a pas été écrite en regardant en arrière au jour de la Pentecôte, mais en vue du temps où l’apôtre serait empêché d’aider les assemblées et à un moment où les saints étaient avertis qu’ils devaient travailler à leur propre salut avec crainte et tremblement. L’épreuve est toutefois plus grande pour l’esprit, si elle ne l’est pas corporellement, pour ceux qui marchent avec le Seigneur maintenant. Ne doutons pas de Son amour, mais soyons certains que Dieu est au-dessus de toutes les circonstances. Si Dieu a fixé notre lot dans ces jours, ne doutons pas de Sa bonté, mais sachons que nous pouvons avoir une joie aussi profonde et même plus profonde, parce qu’elle réside moins dans les saints, moins dans les circonstances, et plus exclusivement en Christ.
C’est le péché qui a fait obstacle à la bénédiction de l’Église, de cette manière et d’autres ; mais puisque nous avons été appelés à l’époque et au lieu où nous sommes maintenant, puissions-nous rejeter le souhait incrédule d’échanger notre place pour quelque autre. C’est, très simplement, une question de foi en Dieu. Il nous aime et Il prend soin de nous. Que nos cœurs sachent mieux répondre aux perfections de Sa grâce. Tout en ressentant plus profondément les afflictions des saints, les souffrances de l’évangile, l’état de l’Église, comme affectant la gloire de Dieu, sachons, dans nos cœurs, compter sur un Dieu connu, éprouvé, qui sera toujours Dieu, supérieur à toutes les difficultés, à tous les ennemis, à tous les pièges, à toutes les peines. « Que la grâce du Seigneur Jésus Christ soit avec votre esprit ! Amen » (v. 23).