L’apôtre avait mentionné diverses sources de joie pour lui-même et pour les saints auxquels il s’adressait. C’était avec joie qu’il faisait des supplications pour eux tous (chap. 1, 4) ; c’était avec joie, et une joie toute nouvelle, qu’il voyait ses liens même donner une impulsion nouvelle à la prédication de Christ (chap. 1, 18). Ainsi encore a-t-il confiance qu’il demeurera avec eux tous pour l’avancement et la joie de leur foi, afin qu’en lui ils aient plus abondamment sujet de se glorifier dans le Christ (chap. 1, 25). Il les exhorte ensuite à rendre sa joie accomplie (chap. 2, 2), non seulement en manifestant leur amour pour lui, mais en cultivant l’unité de pensée et l’amour mutuel selon Christ, Lui qui, bien qu’étant le plus grand, a pris, en grâce, la place la plus basse, et qui maintenant est exalté au faîte de la gloire. « Mais si même je sers d’aspersion sur le sacrifice et le service de votre foi, j’en suis joyeux et je m’en réjouis avec vous tous. Pareillement, vous aussi, soyez-en joyeux et réjouissez-vous-en avec moi » (chap. 2, 17, 18). Ainsi encore, l’apôtre renvoie son compagnon et son réconfort, Épaphrodite, une fois celui-ci rétabli, aux Philippiens qui étaient en peine, ayant appris sa grave maladie, « afin qu’en le revoyant, dit-il, vous ayez de la joie, et que moi j’aie moins de tristesse » (chap. 2, 28).
Il y a toutefois une joie indépendante de toutes les circonstances passagères, plus profonde que toutes les autres, parce qu’elle est plus intime et parce qu’en vérité elle est l’unique source de toute joie ; c’est à celle-là que l’apôtre les invite maintenant. « Au reste, mes frères, réjouissez-vous dans le Seigneur ». Il est de toute importance que nous — que tous les saints — soyons attentifs à cette exhortation. Nous avons vis-à-vis de Celui en qui nous sommes appelés à nous réjouir, le devoir de rendre un vrai témoignage à cet égard. Je ne dis pas un témoignage digne de Lui, car aucun ne l’est, sinon celui que Dieu le Père a rendu et rend, et celui que le Saint Esprit rend en paroles et en actes. Néanmoins, quelque grande que soit notre insuffisance, le Saint Esprit est en nous pour donner une appréciation divine du Seigneur. Veillons alors à ne pas Le déshonorer par des pensées sombres, par des sentiments d’incrédulité, par des manières d’être trahissant la crainte, le doute, le mécontentement, la soif des plaisirs humains sous quelque forme que ce soit ; mais puissions-nous, par la foi, d’un cœur vrai, avec simplicité, seul ou avec d’autres, en public ou en privé, nous réjouir « dans le Seigneur ».
Il en était ainsi de Paul et de Silas lorsque le fondement de l’assemblée à Philippes fut posé, vers minuit, dans la prison, et que le geôlier et sa maison furent parmi les premiers fruits recueillis (Act. 16, 25-34). Depuis lors, il y avait eu de longs travaux, de nombreuses années d’opprobre et de souffrance. L’apôtre, dont le cœur était aussi sensible que jamais, bien que prisonnier à Rome exhorte les saints à se réjouir « dans le Seigneur ». C’est ce qu’il leur avait enseigné lorsqu’il était avec eux ; c’est ce qu’il leur avait déjà rappelé dans cette épître, bien que maintenant il insistât avec plus de netteté sur le motif et la source de cette joie. « Vous écrire les mêmes choses n’est pas pénible pour moi, et c’est votre sûreté ». Ce n’était pas pénible pour lui, il les aimait trop pour que ce fût le cas, et c’était leur sûreté, face aux menaces de Satan. La joie dans le Seigneur est la plus sûre sauvegarde contre les pièges religieux de l’ennemi. Là où la vérité est connue, le principal est d’avoir les affections fixées sur le bon objet, et cela dans une heureuse liberté. Celle-ci est assurée par la joie dans le Seigneur, ce qui suppose un cœur se reposant dans Sa grâce, et Lui-même connu et aimé comme l’objet le plus cher et le plus précieux devant nous. Tenez-Le à distance, enveloppez-Le de nuages et d’obscurité, pensez à Lui surtout comme au Juge inflexible prêt à être révélé en flammes de feu pour tirer vengeance, mêlez à tout cela vos propres associations et relations avec Lui, selon votre expérience ; est-il étonnant que, dans ces conditions, la paix soit inconnue, et que la vie éternelle reste une question irrésolue et insoluble jusqu’au jour de la mort ou du jugement ? Dans un tel état, le « réjouissez-vous dans le Seigneur » n’a aucune réalité, pas d’application pratique, ni même de signification précise ; et, si la miséricorde divine n’emploie pas d’autres moyens pour la préserver, l’âme est exposée à s’enfoncer de plus en plus profondément dans le bourbier et les tromperies des judaïsants.
Aussi, dit l’apôtre, « prenez garde aux chiens, prenez garde aux mauvais ouvriers, prenez garde à la concision » (v. 2). La mise en garde s’accompagne d’une accumulation d’amer mépris envers ces orgueilleux. Car, rejetant la grâce et ne se soumettant pas à la justice de Dieu, ils rôdaient partout sans relâche, eux qui étaient impurs malgré leurs prétentions ; leur œuvre était néfaste, les privilèges dont ils se vantaient, non seulement nuls, mais méprisables à l’extrême. Ils étaient des « chiens » maintenant, même plus des Gentils, encore moins des chrétiens, tout au plus des judaïsants. Ils étaient de mauvais ouvriers, et, au lieu de la circoncision dont ils se prévalaient littéralement ou en principe, ils n’étaient que « la concision »[1]. « Car », dit l’apôtre avec emphase, « nous sommes la circoncision (quels que nous ayons pu être dans la chair, Juifs ou Gentils — peu importe), nous qui rendons culte par l’Esprit de Dieu, et qui nous glorifions dans le Christ Jésus, et qui n’avons pas confiance en la chair » (v. 3).
Ce serait une erreur d’imaginer que ces adversaires de l’œuvre de Dieu plaidaient pour un retour au simple judaïsme. D’autres le faisaient — comme on le voit dans l’épître aux Hébreux — mais ils sont traités là d’apostats. La catégorie en vue ici est plutôt composée de personnes qui professaient le christianisme, mais qui cherchaient à y mélanger la loi — un système pernicieux qui, loin d’être rare, est aujourd’hui des plus commun. N’entendez-vous pas parler d’un nouveau recours à la croix, et d’une nouvelle aspersion du sang pour restaurer l’âme ? N’y a-t-il pas des âmes qui prennent place dans l’Église comme enfants de Dieu, et qui cependant confessent n’être que de misérables pécheurs, implorant la grâce — des brebis de Son troupeau et cependant attachées et liées par les chaînes de leurs péchés ? N’est-ce pas là retourner à l’expérience juive, sous des tuteurs et des curateurs, rejeter le christianisme, nier la rédemption et l’Esprit d’adoption ? N’y a-t-il pas, parmi ceux qui sont baptisés pour la mort de Christ, des notions telles que des lieux saints et des castes saintes, des jours de fêtes et des jours de jeûne, et l’administration de sacrements ? Même lorsque la Parole de Dieu est lue, et Christ plus ou moins prêché, ces éléments incontestablement juifs sont mélangés avec ce qui est chrétien. Il s’ensuit que des formules humaines de prière, des ordonnances, etc., prennent la place de l’Esprit de Dieu comme puissance du culte ; l’accomplissement de la loi (quoique par Christ) est ouvertement présenté comme la porte conduisant au ciel, et notre seul titre de justice. Le fait d’être ressuscité en Christ, d’être non pas dans la chair, mais dans l’Esprit, est considéré comme illusion et exaltation, au lieu d’être reçu comme l’unique condition proprement chrétienne que le Saint Esprit reconnaisse maintenant.
Puis, dans les versets 4 à 6, l’apôtre expose brièvement toute l’inanité de leurs prétentions en comparaison des siennes, si la chair devait avoir de la valeur dans les choses divines : « Bien que moi » (il parle de nouveau avec emphase), « j’aie de quoi avoir confiance même dans la chair. Si quelque autre s’imagine pouvoir se confier en la chair, moi davantage : moi circoncis le huitième jour, de la race d’Israël, de la tribu de Benjamin, Hébreu des Hébreux ; quant à la loi, pharisien ; quant au zèle, persécutant l’assemblée ; quant à la justice qui est par la loi, étant sans reproche ». Si donc l’on prenait en considération l’appartenance à la meilleure classe terrestre, l’honneur dû aux ordonnances anciennes et divines, un haut rang acquis à l’école de la tradition, le rejet et la haine tenace des nouveautés en matière de religion, et enfin une vie irréprochable quant à la loi, qui pouvait s’affirmer avec autant de force que Paul ? « Mais, ajoute-t-il, les choses qui pour moi étaient un gain, je les ai regardées, à cause du Christ, comme une perte. Et je regarde même aussi toutes choses comme étant une perte, à cause de l’excellence de la connaissance du Christ Jésus, mon Seigneur, à cause duquel j’ai fait la perte de toutes et je les estime comme des ordures, afin que je gagne Christ, et que je sois trouvé en lui, n’ayant pas ma justice qui est de la loi, mais celle qui est par la foi en Christ, la justice qui est de Dieu, moyennant la foi ; pour le connaître, lui, et la puissance de sa résurrection, et la communion de ses souffrances, étant rendu conforme à sa mort, si en quelque manière que ce soit je puis parvenir à la résurrection d’entre les morts » (v. 7-11).
Qu’était-ce donc qui avait opéré un changement si profond, si définitif et, ainsi que nous le savons par Actes 9, si soudain ? Qu’est-ce qui avait rendu méprisables tous les avantages naturels, tous les avantages religieux, que Paul avait eus depuis sa naissance jusqu’au jour où, muni de lettres du souverain sacrificateur, il approchait de Damas ? La vision céleste qui l’avait arrêté sur le chemin : Christ vu dans la gloire, et pourtant un avec ceux que, dans son zèle acharné, Paul persécutait jusqu’à la prison et la mort. « Je suis Jésus que tu persécutes ». Convaincu que Celui dont la lumière brillait sur lui plus éclatante que la splendeur du soleil, n’était nul autre que le Seigneur, le Dieu d’Israël, Saul de Tarse terrassé apprend de Sa propre bouche qu’Il était le Crucifié dont lui, Saul, voulait jusqu’à ce moment en toute conscience exterminer les disciples. Il n’est pas étonnant donc que cet Israélite converti et délivré, obéissant à la vision céleste, juge toutes choses à cette lumière nouvelle et divine. Nouvelle création en Christ, pour lui les choses vieilles étaient passées ; toutes choses étaient faites nouvelles et toutes étaient de ce Dieu qui nous a réconciliés avec lui-même par Jésus Christ. Ainsi les choses qui pour lui étaient un gain, il les regarde comme étant une perte, à cause de Christ ; et il regardait même toutes choses comme une perte à cause de l’excellence de la connaissance « du Christ Jésus, mon Seigneur », comme il le dit avec tant de tendresse. À cause de Lui, il avait non seulement fait au début la perte de toutes choses, mais maintenant et jusqu’à la fin, il continuait à les estimer comme des ordures, afin qu’il gagnât Christ (ou, qu’il L’eût pour son gain). Quelle était la justice dont il se glorifiait maintenant ? Sa seule préoccupation était d’être trouvé en Christ, n’ayant pas sa propre justice qui devait nécessairement être selon la loi, mais celle qui est par la foi en Christ, la justice qui est de Dieu, moyennant la foi ; pour connaître Christ et la puissance de Sa résurrection (non pas même Christ de ce côté-ci du tombeau), et la communion de Ses souffrances. Son regard était fixé sur Christ en haut, et s’il s’y joignait quoi que ce fût de Christ ici-bas, ce n’était pas Christ dans Ses actes de puissance, ni Christ reconnaissant l’ancienne bergerie juive, mais Christ dans la gloire morale de Ses souffrances. C’était dans ce qui prouvait l’éloignement total de Dieu où l’homme se trouve non seulement dans ses mauvaises œuvres mais aussi dans ses bonnes ; dans sa religion, et non pas simplement dans ses convoitises et ses passions. Sa propre expérience en témoignait. Sa confiance en la tradition des anciens, en Israël, en la loi même, n’était que ruine et rébellion contre Dieu tel qu’Il se révèle maintenant Lui-même en Celui qui est mort, ressuscité, et monté au ciel. Rien, par conséquent, sur quoi son âme se reposât, rien qui eût de la valeur à ses yeux, sinon Christ ; et même si quelque chose d’autre pouvait lui paraître bon, il ne voulait connaître personne que Christ, et n’avoir pour sa portion rien qu’un Christ souffrant, ressuscité et maintenant dans le ciel. La conformité à Sa mort était maintenant un joyau à gagner plutôt qu’un mal à fuir. Quelque dangereux que soit le chemin, quoiqu’il puisse arriver, tout serait accepté, « si en quelque manière que ce soit je puis parvenir à la résurrection d’entre les morts » (v. 11). Ce n’est pas là une expression de crainte ou de défaillance, mais le langage d’un cœur qui estimait si haut la bénédiction d’être ainsi avec Christ qu’il ne regardait pas aux souffrances qui pouvaient intervenir.
Quel que fût le chemin, l’apôtre se déclarait tenu d’y être. Telle était à ses yeux la valeur de la résurrection des justes. Comme pour l’Israélite se rendant à Jérusalem, au psaume 84, les chemins frayés étaient dans son cœur. Il aimait le sentier de Jésus, de Ses souffrances, de la croix, et non pas seulement la gloire à la fin. « Non que j’aie déjà reçu le prix ou que je sois déjà parvenu à la perfection ». Il ne s’agissait pas simplement du bonheur de l’âme. « Plût à Dieu », avait-il dit au roi Agrippa, « que non seulement toi, mais aussi tous ceux qui m’entendent aujourd’hui, vous devinssiez de toutes manières tels que je suis, hormis ces liens ». Quel homme était aussi heureux que l’apôtre Paul ? Pourtant, il nous met en garde contre la supposition qu’il eût déjà obtenu ce qu’il désirait. Il n’est pas question pour nous de recevoir le prix avant la résurrection d’entre les morts. Mais il ajoute : « Je poursuis, cherchant à le saisir, vu aussi que j’ai été saisi par le Christ » (v. 12). Il garde les yeux fixés sur Christ tout le long du chemin aussi bien que pour la fin. C’était là le secret de ses victoires sur toutes les difficultés qui survenaient. Aucune expérience présente, aucune joie du moment ne détourne son cœur du but de Dieu. L’apôtre désirait saisir Christ bientôt ; mais aussi Christ l’avait déjà saisi.
« Frères, pour moi, je ne pense pas moi-même l’avoir saisi (quelles que puissent être les prétentions d’autres) ; mais je fais une chose : oubliant les choses qui sont derrière et tendant avec effort vers celles qui sont devant, je cours… » (v. 13, 14). L’apôtre ne veut pas dire qu’on doive oublier ou qu’il oubliait ses péchés et ses manquements passés. Il serait, au contraire, très mauvais de méconnaître ce que Christ a souffert pour nous sauver, et aussi les innombrables occasions dans lesquelles nous avons déshonoré Dieu. S’en souvenir ne troublera en rien la paix établie — bien au contraire. Quelqu’un peut d’autant plus se réjouir dans le Seigneur qu’il a jugé à fond ses manquements. Vouloir éviter de penser à tout ce en quoi nous nous sommes sciemment détournés, en attristant l’Esprit Saint, provient d’une conscience qui n’est pas complètement heureuse. Il est juste de nous sonder entièrement ; il est bon de demander à Dieu qu’Il nous sonde et nous éprouve, et nous conduise dans la voie éternelle. La confiance en la grâce, bien loin d’affaiblir le sentiment de nos propres insuffisances ou de couvrir nos manquements, est le ressort même qui nous permet de voir la réalité des choses dans la présence de Dieu et d’agir en conséquence. Aussi quand l’apôtre parle d’oublier « les choses qui sont derrière », il n’a pas en vue ses manquements, mais plutôt ses différents progrès, les pas ou les étapes par lesquels il avait avancé dans la connaissance de Christ. Au lieu de s’attarder sur quelque succès, comme si c’était une chose remarquable (tel le pharisien qui se comparait avec son prochain), nous avons ici ce bienheureux apôtre oubliant tout ce qui aurait pu nourrir sa propre suffisance ou ce qui aurait pu lui être à honneur. Il tournait le dos au terrain parcouru. « Tendant avec effort vers celles qui sont devant, je cours droit au but pour le prix de l’appel céleste de Dieu dans le Christ Jésus » (v. 14). Cela ne peut être que dans l’état de résurrection. Jusque-là, il était satisfait de courir. C’était sa seule affaire. Il avait à vivre Christ, car Christ était son objet.
Vient ensuite un autre point dont il faut nous souvenir. Nous trouvons, chez les enfants de Dieu, différentes conditions, et un degré de progression pas du tout égal. Quel est donc le grand principe directeur pour nous ? Supposons un groupe de croyants rassemblés, tous du même avis, chacun d’eux amené à penser exactement de même sur tout, du baptême d’eau à la venue et au royaume de Christ, ayant leurs pensées formées à s’accorder même sur les points de détail. Cela satisferait-il le cœur ? Cela donnerait-il un témoignage juste des voies de Dieu envers Ses enfants ? Je n’oserais le penser. Il est heureux d’avoir un même sentiment quand Dieu y amène les âmes en exerçant leur jugement spirituel. Mais peut-il y avoir quelque chose de plus misérable que l’uniformité résultant d’un endoctrinement de gens auxquels on a ressassé les choses pour les leur imposer, et de règles et ordonnances comprimant les esprits dans la monotonie ? L’apôtre pose la seule règle divine pour traiter ces cas. Nous avons affaire à un état de choses comprenant tous les degrés de connaissance. Dans le ciel, nous connaîtrons comme nous avons été connus, mais la question est de savoir comment nous conduire quant à ces choses, ici-bas. Il est naturel de désirer que tous croissent et parviennent à un certain niveau de la stature de Christ. Mais ne sommes-nous pas enclins à confondre la mesure désirée avec l’idée propre que nous nous en faisons ? À vouloir que tous aient notre pensée ? Nous avons à prendre garde à cela ; et le vrai correctif est donné ici.
« Nous tous donc qui sommes parfaits, ayons ce sentiment » (v. 15). Il parle de lui-même et d’autres aussi, comme étant des « parfaits » ; il n’y a toutefois pas contradiction avec ce qui précédait. Lorsque, au verset 12, il avait reconnu n’avoir pas encore reçu le prix ni être parvenu à la perfection, il voulait dire qu’il n’en avait pas encore fini avec la lutte et n’était pas encore dans une condition de résurrection. Mais quand il s’adresse ici à « nous tous… qui sommes parfaits« , il entend ceux qui sont d’âge mûr dans la foi, pleinement fondés dans la position chrétienne, y entrant par la foi et par l’intelligence spirituelle. Cela désigne un chrétien qui n’est pas un petit enfant, mais un adulte ; non pas, évidemment, un chrétien qui a tout à fait achevé sa course, car cela ne peut être que dans la résurrection, mais quelqu’un qui est devenu un homme en Christ. Un tel croyant ne sera pas parvenu à une pleine ressemblance de Christ avant que Christ vienne et nous transforme en la conformité de Sa gloire. Mais il doit se produire ici-bas une croissance jusqu’à la pleine connaissance de la pensée de Dieu, et elle se produit en ayant maintenant devant nous Christ dans la gloire comme objet personnel de notre âme. Mais supposez que d’autres parmi les enfants de Dieu soient encore dans les difficultés et dans le doute ; allons-nous leur faire adopter nos propres façons de sentir et de juger ? Certes pas. Ce serait une perte positive, à moins que ce ne soit par la puissance du Saint Esprit, amenant les saints à mieux saisir Christ.
Il n’est pas fait ici allusion à des questions de foi ou de pratique qui excluent toute divergence. Nous ne devons pas avoir d’hésitation quand la gloire du Seigneur est en cause. Il ne peut y avoir le moindre doute quant au péché. Dans la Bible, il est admis comme allant de soi qu’aucune divergence de pensée ne saurait être tolérée là où il s’agit de Christ. Tous les saints sentent instinctivement l’énormité qu’il y aurait à apporter un mal moral à la table du Seigneur. Le Saint Esprit attend de nous que nous ayons le sentiment de ce qui offense Dieu. L’obéissance que nous Lui devons dirige la conscience et éveille le cœur de chaque saint de Dieu, s’il est bien fondé. Dieu compte sur cela. Aussi ce ne sont pas seulement les sages et les intelligents qui sont capables de juger les choses de cette sorte, mais également les petits enfants. Les seuls cas qui devraient être portés devant l’assemblée comme telle sont ceux que tout croyant est capable de juger. C’est une erreur complète de traîner tout, d’une façon habituelle, devant l’assemblée ; mais lorsque des choses qui ont un caractère nettement immoral ou hérétique se manifestent, chaque saint rejette le poison, l’un aussi bien que l’autre. Ce ne sont généralement pas les petits enfants qui ont des difficultés ou occasionnent du trouble. Combien souvent des personnes capables et intelligentes font du mal alors que les simples sentiraient tout de suite ce qu’il y a de mauvais dans de telles choses ! Ici, au contraire, il s’agit de questions telles que certains peuvent y entrer et d’autres pas. Ce peuvent être des questions pratiques ou doctrinales, comme la manière particulière selon laquelle les enfants devraient être élevés, ou le mode de vie, d’ameublement, de maison. Là, il nous faut nous contenter d’indiquer les saints principes de Dieu, et non pas supposer hâtivement que notre propre mesure est telle que nous devrions chercher à amener tous les autres à s’y conformer, pour leurs enfants, ou leur maison. Dieu se réserve jalousement l’éducation de Ses saints. Un bon exemple est précieux et nous ne saurions être trop soigneux quant à ce que nous nous permettons. Mais cela dit, c’est aux enfants de Dieu à s’examiner consciencieusement à la lumière de Sa Parole. En de telles choses il nous faut être patients et nous attendre à Dieu pour qu’Il agisse par Sa propre vérité sur les âmes de Ses saints.
Nous pouvons suggérer ce que nous savons de la vérité de Dieu pour influencer le cœur ; mais il n’existe aucune règle absolue qui puisse être imposée par qui que ce soit sur des points de ce genre. On a souvent connu des personnes s’avançant hardiment sous l’empire d’une certaine idée et cherchant avec zèle à y assujettir les autres. Combien de temps cela dure-t-il ? Cela même dont elles s’étaient glorifiées est propre à les faire tomber. C’est Christ que Dieu donne comme mesure de tout. Le reste disparaît. Pourquoi insister avec tant d’énergie et de hâte ? « Si en quelque chose vous avez un autre sentiment, cela aussi Dieu vous le révèlera ». Il n’y a alors pas lieu de s’inquiéter. « Cependant, dans les choses auxquelles nous sommes parvenus, marchons dans le même sentier » (v. 16). Tant que nous sommes occupés ensemble de Christ, et que nous voyons Sa pensée ou Sa volonté, il est de toute importance que nous marchions ensemble.
Mais l’apôtre va plus loin ; il se réfère à son propre exemple, et, comme un phare, indique la marche de certains, reconnus une fois comme frères. Ai-je besoin de dire qu’il n’y avait rien de charnel en l’apôtre à parler ainsi de lui ? En tant qu’homme, il serait honteux pour quelqu’un de parler de lui-même : ce serait de la vanité. L’apôtre était tellement au-dessus des pensées des hommes, il réalisait si complètement la puissance de Dieu en Christ, que parler ainsi ne faisait qu’illustrer l’énergie de l’Esprit en lui. Il était conduit par le Saint Esprit à le faire. Il les invite par conséquent à être tous ensemble ses imitateurs et à porter leurs regards sur ceux qui marchent ainsi suivant le modèle que tous avaient dans les apôtres (v. 17). « Car plusieurs marchent, dont je vous ai dit souvent et dont maintenant je le dis même en pleurant, qu’ils sont ennemis de la croix du Christ, dont la fin est la perdition, dont le dieu est le ventre et dont la gloire est dans leur honte, qui ont leurs pensées aux choses terrestres » (v. 18, 19). Il ne nous est même pas dit si ces hommes avaient été retranchés de l’Église de Dieu. Ils sont caractérisés comme ennemis de la croix du Christ, et cependant ils peuvent ne pas avoir été formellement mis dehors. Si tel était le cas, quel état de choses déplorable devant les yeux de l’apôtre ! Des personnes probablement non coupables d’un mal assez flagrant pour exiger l’exclusion, et néanmoins source de la plus profonde affliction pour lui. Elles allaient de l’avant, insouciantes, indifférentes. Combien il est terrible de voir certains « du dedans » qui laissent peut-être moins d’espoir que d’autres qui ont dû être retranchés pour un péché flagrant ! Nous savons tous combien cela se vérifie, hélas, dans l’état présent de la chrétienté. Combien portent le nom de Christ mais manifestent par leurs voies qu’il n’y a pas en eux le moindre souffle de vie divine ! Professant de connaître Dieu, ils Le renient par leurs œuvres (Tite 1, 16).
Cela arrachait des larmes à l’apôtre au milieu même de sa joie ; mais il tourne la chose en profit pratique et invite les saints à prendre garde. Soyons en garde contre les premiers symptômes d’indulgence envers nous-mêmes ou de tolérance de la mondanité. « Car notre bourgeoisie est dans les cieux » (v. 20) ; notre vraie association est avec Celui qui est là. Quoi que nous ayons pu être en tant que citoyens de la terre, c’en est fini maintenant et pour toujours. Nous appartenons à Christ en haut. Ce n’est pas seulement que nous allons là-haut, mais nous appartenons dès maintenant au ciel. Notre bourgeoisie, notre citoyenneté est là ; et par conséquent, c’est de là aussi que « nous attendons le Seigneur Jésus Christ comme Sauveur ». Il veut nous avoir dans une pleine communion avec l’habitation à laquelle nous appartenons, parce que c’est la sienne. Il va venir du ciel, et lorsqu’Il viendra, Il « transformera le corps de notre abaissement en la conformité du corps de sa gloire, selon l’opération de ce pouvoir qu’il a de s’assujettir même toutes choses » (v. 21). Alors sera manifesté ce que nous sommes maintenant de par notre appel, notre vie et notre espérance. Nous sommes maintenant célestes, et alors la chose sera manifestée et prouvée. Nous appartenons au ciel même pendant que nous sommes sur la terre ; alors il sera rendu manifeste que nous n’avions point de lien réel avec la terre, mais bien avec Christ en haut.
Que le Seigneur nous accorde de chercher à introduire cette pensée dans tout ce avec quoi nous avons affaire, dans le cœur, dans le foyer, dans toute la vie. Il a fait de nous Ses amis, et nous invite, avec une conscience purifiée et un cœur qui se réjouit en Lui, à attendre ce moment béni où nous Le trouverons fidèle à toutes les promesses qu’Il nous a données.