Chapitre 24

Versets 1 à 12. — Luc nous montre maintenant l’homme ressuscité, présent de nouveau au milieu de Ses disciples, et s’occupe du témoignage adressé au monde sur le fondement de la résurrection, nouvelle vérité et puissance qui est supérieure à tous les principes naturels. La croix a fermé la porte à tout ce qu’est « l’homme dans la chair », et une chose nouvelle est introduite dans le Christ ressuscité. La résurrection est une toute nouvelle condition ; sans elle, le Juif même ne pouvait pas jouir des grâces assurées de David. L’homme, sans loi et sous la loi, se trouvait placé sous une sentence de mort. Il peut se glorifier de ses facultés naturelles, mais il est sans Dieu. Il a rejeté Celui qui vint à lui, comme homme, en parfaite et divine grâce ; et en le faisant, il a montré pleinement ce qu’il était. C’est pourquoi le Seigneur dit : « Maintenant est le jugement de ce monde ». Un terrain et une scène entièrement nouveaux apparaissent ici et sont mis en évidence en Christ Lui-même. Nos corps restent les mêmes ; mais la vie, le caractère, les mobiles du cœur, les moyens, le but, sont entièrement nouveaux dans le chrétien : « Les choses vieilles sont passées et toutes choses sont faites nouvelles ».

Les femmes, préoccupées de leurs propres pensées et de leurs affections, viennent avec des aromates, pour embaumer le corps mort de Jésus, alors qu’Il était déjà vivant devant Dieu dans le parfum de Son œuvre et de Son sacrifice, ayant accompli tout ce qui plaçait l’homme, le dernier Adam vivant, en justice et en faveur devant Dieu le Père. Les femmes rencontrent d’abord une difficulté inattendue, car elles ne trouvent pas le corps du Seigneur, ne sachant pas encore qu’Il était ressuscité. Elles ne comprenaient pas qu’il ne restait plus ni jugement, ni péché. Il peut y avoir une vraie et grande affection pour Jésus, là où l’on ignore ces choses. Mais bientôt la question qui impliquait la réponse à tout, leur est posée : « Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celui qui est vivant ? ». Ces femmes ignorantes mais fidèles n’étaient pas oubliées du Seigneur ; Lui, dont les voies sont amour, a conservé leur mémoire et le souvenir de leur sortie matinale à Sa recherche, d’où elles devaient rapporter à Ses apôtres eux-mêmes, le précieux message. « Et leurs paroles semblèrent à leurs yeux comme des contes, et ils ne les crurent pas ». Mais Pierre, dont le cœur brisé et repentant était plus que les autres affecté par ce qu’il venait d’entendre, court au sépulcre ; et se baissant pour regarder, il voit les linges là, tout seuls, et s’en retourne, s’étonnant en lui-même de ce qui était arrivé. Assurément c’était un merveilleux secret, qui confondait toutes les pensées des hommes et s’élevait au-dessus d’elles.

Le récit des circonstances fourni par Luc est toujours général ; Jean nous donne plus de détails, et développe plus particulièrement l’affection dévouée de Marie-Madeleine pour la personne de Jésus, montrant aussi combien peu, jusqu’alors, elle connaissait la puissance de Dieu en résurrection.

Versets 13 à 27. — Nous n’avons pas besoin d’entrer dans le détail de la touchante entrevue du Seigneur avec les disciples, sur le chemin d’Emmaüs. Comme Il éveille leurs affections ! Mais Il apparaît ici, entièrement comme homme, et les disciples parlent de la vérité au point de vue juif. Leurs cœurs restent toujours enfermés dans le même cercle. Combien cela est naturel ! Jésus était un prophète, et ils espéraient que c’était Lui qui délivrerait Israël. Le fait de la résurrection occupait bien leurs pensées, mais il était sans lien avec les conseils de Dieu. Les disciples étaient étonnés, mais, comme d’autres avant eux, ils en restaient là. Christ se place sur un terrain absolument différent, quoiqu’il ne s’agisse encore ici que d’intelligence et non de la puissance du Saint Esprit : « Ô gens sans intelligence et lents de cœur à croire toutes les choses que les prophètes ont dites ! ». Et commençant par Moïse et par tous les prophètes, Il leur explique, dans toutes les Écritures, les choses qui Le regardent, et ouvre leur intelligence pour les entendre ; car, quoique présenté ici entièrement comme homme, Il opère divinement et spirituellement dans leurs âmes. « Ne fallait-il pas ? » dit-Il ; n’était-ce pas le conseil de Dieu, clairement révélé dans Sa Parole ? Ce sur quoi Il insiste, c’est sur la pensée de Dieu dans les Écritures, relativement au Christ. C’était là un pas immense qui faisait sortir les disciples de leur préoccupation d’eux-mêmes et de leur égoïsme juif. Ils pensaient que Jésus délivrerait Israël par puissance ; ils n’avaient aucune idée d’une vie nouvelle et céleste, quoique, sans doute, ils la possédassent. Même pour ce qui regarde le Christ, il faut que la mort intervienne pour que Dieu soit glorifié et l’homme réellement béni ; ainsi l’avaient enseigné Moïse et tous les prophètes. « Ne fallait-il pas que le Christ souffrît ces choses et qu’il entrât dans sa gloire ? ». Non pas qu’Il « établît son royaume ici-bas », mais « entrât dans sa gloire ».

Les versets 28 à 35 nous fournissent un tableau vivant de la scène d’Emmaüs. « Il fit comme s’il allait plus loin ». Pourquoi Lui, qui à leurs yeux était « un étranger », serait-Il entré avec eux ? Mais ils Le forcèrent, disant : « Demeure avec nous, car le soir approche et le jour a baissé… Et il arriva que, comme il était à table avec eux, il prit le pain et il bénit ; et l’ayant rompu, il le leur distribua. Et leurs yeux furent ouverts, et ils le reconnurent ; mais lui devint invisible et disparut de devant eux ». Ce n’était pas ici manger la cène du Seigneur avec eux, c’était cependant en relever une partie, la fraction du pain qui était le signe de Sa mort. Il n’était pas là seulement comme le pain vivant descendu du ciel, mais comme ayant dit : « C’est ma chair, laquelle moi je donnerai pour la vie du monde » — non pas la chair que je prendrai, mais que je donnerai. Il prit part à la chair, sans doute, afin de la donner ; mais c’est Sa mort qui devint la vie du monde. Pour le Juif, aussi bien que pour le Gentil, il n’y avait pas d’autre moyen de salut. La condition de l’homme était telle qu’il ne pouvait être vivifié qu’en liaison avec la croix. Tout ce qui était dans l’homme, comme enfant d’Adam, était sous une sentence de mort et de jugement. Christ, en grâce, entra là où l’homme se trouvait, où j’étais, afin que je fusse dans la même position que Lui, quant à l’acceptation devant Dieu : Son corps rompu me montre que j’ai part à ce qui m’amène à Dieu. Un pécheur mort ne peut trouver la vie et la faveur de Dieu que dans un Christ mort : c’est ce que le Seigneur avait enseigné au chapitre 6 de Jean ; il fallait manger Sa chair et boire Son sang pour avoir la vie. Il ne s’agissait plus simplement de Sa présence corporelle dans l’incarnation ; il fallait nécessairement la rédemption et la foi en elle. Il fallait qu’on se nourrît de Christ, non pas seulement comme Messie vivant, ou comme ayant revécu pour toujours dans la résurrection, mais comme de Celui qui était mort, dont le corps avait été rompu et le sang versé pour l’expiation.

C’est ainsi que le Seigneur se fait connaître aux disciples à Emmaüs, quoique ce ne fût pas la cène du Seigneur. Leurs cœurs avaient été ouverts par ce qui les encourageait, en liant la vérité de Dieu avec le fait de la réjection de Christ et en changeant leur désespoir en joie et en paix, quand les conseils de Dieu dans ces choses leur avaient été montrés. Mais la révélation présente du Seigneur avait lieu par la circonstance touchante de Son association personnelle avec eux dans la fraction du pain. C’était Lui-même qui avait rompu le pain ; il ne pouvait y avoir à cet égard aucun doute. Un instant après, Il avait disparu de devant leurs yeux ; mais Il avait atteint Son but. Ils avaient la vie par Sa mort, et Lui était ressuscité ; Son corps était un corps spirituel, mais avait de la chair et des os qu’un esprit n’a pas. Il avait montré aux siens, non seulement le fait, mais la nécessité du fait de la résurrection. Pourquoi ne dit-Il pas qu’Il « était » ressuscité, mais qu’il « fallait… qu’il ressuscitât d’entre les morts » ? — Parce qu’il faut que la sentence tout entière tombe sur le premier Adam et en finisse avec lui. Tout ce que j’ai maintenant, je le possède dans le dernier Adam ; je ne suis pas seulement vivifié, mais vivifié ensemble avec Christ, ayant le pardon de tous mes péchés. Christ, par Sa mort, les a tous ôtés pour tous ceux qui croient ; et pour eux, tout ce qui se rattachait au premier Adam est désormais passé. C’est la puissance contre le principe du péché, qui de fait est encore en nous ; c’est pourquoi l’apôtre appelle les croyants à se tenir eux-mêmes pour morts au péché (Rom. 6). Dans la puissance du Saint Esprit, qui me donne la conscience de la vie nouvelle que je possède en Christ, j’ai à mortifier mes membres qui sont sur la terre, car j’ai à faire l’application de la mort de Christ à ma vieille nature. Le principe monacal s’efforce de tuer le péché afin de trouver la vie ; mais l’apôtre montre qu’il faut que nous ayons la vie, par la foi en Christ, pour traiter le péché comme une chose morte (Rom. 6, 7, 8).

C’est une chose importante que les yeux des disciples aient été retenus. Dans la condition où ils se trouvaient, reconnaître Jésus eût satisfait leurs pensées. D’un autre côté, le Seigneur engageait leurs cœurs par toutes les choses que Dieu avait dites de Lui, et ouvrait leur intelligence spirituelle, et ensuite, dans l’intimité de la communion, par la fraction du pain, qui rappelait la grande vérité de Sa mort, découvrait à leurs yeux Sa grande délivrance. « Nous marchons par la foi, non par la vue ». Pleins du grand événement qui commença un monde nouveau, les deux disciples retournent en hâte à Jérusalem où les onze étaient assemblés ainsi que ceux qui étaient avec eux, disant : « Le Seigneur est réellement ressuscité, et il est apparu à Simon » ; ils font le récit de leur merveilleuse rencontre et de la manière plus merveilleuse encore dont Jésus s’était fait reconnaître en rompant le pain. Le Seigneur prouvait ainsi qu’Il voulait des témoins indépendants.

Versets 36 à 53. — Leurs cœurs étaient préparés ; mais à cette chose nouvelle, « le commencement, le premier-né d’entre les morts », des cœurs terrestres s’associaient difficilement. Le Seigneur se présente à eux comme toujours et de toute manière le même homme. Dans Son entretien avec les deux disciples, il en avait été exactement de même ; tout était humain, quoique ce qu’aucun homme ne fut jamais et ce que nul, sauf Dieu, ne pouvait être, fût ainsi mis en évidence. Ici aussi, le Seigneur montre à Ses disciples Ses mains, Ses pieds, les blessures qui Lui avaient été faites ; Il mange devant eux quelque peu d’un morceau de poisson cuit et d’un rayon de miel. Deux sentiments dominent dans le cœur des disciples, la joie de Le revoir de nouveau et l’étonnement. Le Seigneur présente la vérité de la résurrection, non pas comme doctrine, mais comme une vivante réalité, pour restaurer les âmes des disciples et leur faire connaître la sienne de la manière la plus familière, ressuscité désormais, et cependant toujours réellement et véritablement homme. « Et il leur dit : Ce sont ici les paroles que je vous disais quand j’étais encore avec vous, qu’il fallait que toutes les choses qui sont écrites de moi dans la loi de Moïse, et dans les prophètes, et dans les psaumes, fussent accomplies. Alors il leur ouvrit l’intelligence pour entendre les Écritures ».

Le Seigneur met ainsi en évidence la vraie position devant Dieu en justification de vie et en liberté ; mais il fallait une autre chose devant les hommes, savoir la puissance. Ce n’est pas ce dont il s’agit devant Dieu, devant qui le chrétien est placé comme Christ Lui-même, « agréable dans le bien-aimé » ; mais pour le témoignage qu’il est appelé à rendre ici-bas, soit par la parole de la prédication ou de quelque autre manière que ce soit, l’homme a besoin de puissance. Cette puissance était promise aux disciples ; mais ils devaient attendre encore pour la recevoir. Il faut nous garder de confondre le service, quel qu’il soit, avec la position chrétienne. La puissance de l’Esprit est nécessaire pour vivre devant les hommes — la puissance outre la régénération, qui est une chose distincte de l’intelligence spirituelle. Nous avons besoin de cette dernière pour saisir notre position en Christ ; et quand Il ouvre nos intelligences pour comprendre les Écritures, cette intelligence ne nous élève pas ; c’est une révélation de Lui-même qui met en communion avec Lui ; le besoin de puissance subsiste néanmoins. Même la connaissance n’est pas nécessairement la puissance. Le témoignage et le propos de Dieu dans la Parole doivent être accomplis. La grande vérité d’un Christ qui a souffert et est ressuscité, atteint jusqu’aux Gentils. Dans Matthieu, l’association de Christ avec le résidu juif est mise en évidence ; c’est pourquoi le Seigneur rencontre les siens en Galilée après et avant Sa résurrection ; et c’est le point de départ de leur mission d’aller et de faire disciples les nations. Tout cela manque en Luc, où Jérusalem, Emmaüs, et Béthanie avant tout, occupent la première place, car c’est de là que le Seigneur monte au ciel ; le témoignage vient de plus haut que du terrain où le formalisme légal du Juif et le péché plus grossier du Gentil pouvaient être distingués ; le Juif, enfant de colère comme le Gentil, est placé sur le même pied que celui-ci.

Le témoignage devait toutefois commencer expressément par Jérusalem : il faut que les richesses de la grâce soient d’abord manifestées là où le péché est le plus grand. La croix brisait le lien de Christ comme Messie juif avec les Juifs, mais elle ouvrait la porte de la repentance et de la rémission des péchés au Juif premièrement, puis au Gentil. « Et vous, vous êtes témoins ». Le Saint Esprit vient répondre au besoin de puissance : « Et voici, moi, j’envoie sur vous la promesse de mon Père. Mais vous, demeurez dans la ville, jusqu’à ce que vous soyez revêtus de puissance d’en haut ». Ce glorieux témoin de l’exaltation de Christ, le Saint Esprit, ne pouvait devenir la part de l’homme que par la réception de Christ dans le ciel, une fois la rédemption accomplie. Le Saint Esprit avait toujours été actif, en création, en révélation, en providence, en régénération, et dans tout ce qui est bon, mais Il n’avait jamais été donné auparavant. Le don dépendait de la gloire de Jésus : le Saint Esprit pouvait devenir serviteur de cette gloire dans l’homme, car c’était le conseil de Dieu et la perfection de l’amour.

En attendant, et jusqu’à ce qu’ils fussent revêtus de cette puissance, les disciples s’en retournent avec une grande joie à la ville que leur Seigneur avait quittée. Leurs cœurs étaient remplis de l’influence de ce grand fait que leur Maître était glorifié, quoiqu’ils L’associassent encore à des pensées juives. Ces deux éléments se retrouvent dans les Actes, particulièrement dans la première partie du livre.