Versets 1 à 25. — L’iniquité religieuse n’avait plus maintenant qu’à achever son œuvre et à conduire le monde dans la voie dans laquelle elle l’avait elle-même dirigé. Il faut que le pouvoir civil cède à l’iniquité volontaire d’un peuple apostat. C’est là l’histoire du monde ; et si, du pouvoir civil ou du pouvoir religieux, il en est un qui soit plus près de Satan que l’autre, c’est toujours le dernier. Les principaux sacrificateurs manifestent leur inimitié par l’accusation qu’ils portent contre le Seigneur et qui était calculée de manière à exciter la jalousie du gouverneur ; ils accusent le Christ de ce qui était absolument faux quant à César, mais en comptant perfidement sur la confession qu’Il ferait de la vérité à laquelle ils savaient bien qu’Il ne pouvait pas ne pas rendre témoignage. La culpabilité des Juifs est complète, comme aussi celle des Gentils, car Ponce Pilate lui-même déclare Jésus innocent, et il eût désiré Le relâcher. Cruel lui-même, le gouverneur romain n’aimait pas la cruauté chez les autres ; mais il ne voulait pas aller jusqu’à sauver Christ de la fureur de Ses ennemis ; il lui en aurait coûté quelque chose de le faire, ses intérêts eussent été compromis, et il cède. Ce qui seul a de la puissance dans le monde, c’est l’inimitié contre Christ.
Mais il y a une autre forme du mal ; il y a Hérode, roi apostat d’Israël apostat ; et Hérode et Pilate, quoique jaloux l’un de l’autre et divisés entre eux, sont amis pour rejeter Christ : union terrible entre la quatrième bête et ceux qui professent être le peuple de Dieu. Mais si les Gentils se rendent honteusement coupables, en ne protégeant pas le Juste et en prononçant contre Lui un jugement inique, c’est chez les Juifs que se trouve l’activité d’une volonté méchante. Trois fois l’occasion leur est donnée de revenir à d’autres sentiments ; mais tandis que l’indifférence du gouverneur est aussi évidente que l’insolence désappointée d’Hérode, chaque fois la voix du peuple ne fait que s’élever plus haut pour demander la mort du Messie ; et pour l’apaiser, Pilate relâche le coupable Barabbas qu’ils lui demandent, et livre Jésus à leur volonté.
Versets 26 à 31. — C’est une heure terrible, une heure de violence. Peu leur importe l’homme qu’ils rencontrent, pourvu qu’ils puissent le forcer à leur venir en aide dans leur iniquité. Leur heure avait sonné ; ils s’accordent tous pour rejeter et outrager Christ, avec cette seule différence que les Juifs agissent avec plus de connaissance de cause. Les privilèges extérieurs se tournent en affliction et en messagers de terreur ; il faut qu’ils soient rabaissés, car tout est faux maintenant, quelle que soit d’ailleurs, chez les filles de Jérusalem, l’expression des sentiments naturels suscités par les circonstances. Elles ne comprenaient ni la croix de Christ, ni le sort terrible qui les attendait. On peut être touché de compassion, comme si on était supérieur à Christ, et tomber sous le jugement qui est la conséquence de Sa réjection et de Sa mort. Aucune humiliation n’enlève jamais à Jésus la parfaite capacité de s’occuper des autres de la part de Dieu. Hélas ! ce n’était pas seulement sur Pilate et Hérode, ou sur les principaux sacrificateurs, que le jugement allait tomber, mais sur les femmes qui se lamentaient et pleuraient sur Jésus, dans l’ignorance de leur propre condition et de la condamnation qui pesait sur elles. Conscience naturelle, religion naturelle, sentiments naturels, tout est insuffisant, tout, sauf la gloire de Dieu en Christ. Et si Lui, le vivant et vrai cep, qui portait réellement du fruit pour Dieu, était traité ainsi, quelle serait la part des branches stériles, ou du bois sec ? Où paraîtra l’impie et le pécheur ? L’homme rejette le bois vert, et Dieu rejette le bois sec. La vie était là, dans la personne de Jésus ; ils n’en ont pas voulu et sont par conséquent rejetés ; et maintenant, on ne peut avoir part à cette vie que par un Christ mort et ressuscité.
Versets 32 à 43. — Toutes les espérances de délivrance présente sur la terre sont mises de côté : il faut que Christ meure. Mais si Dieu nous montre jusqu’à quel point l’homme peut s’abaisser moralement, Il nous montre en même temps que Christ, dans Sa grâce, peut descendre plus bas encore : « À moins que le grain de blé, tombant en terre, ne meure, il demeure seul » (Jean 12, 24). C’est pourquoi toutes les fois qu’on tentera (et c’est l’effort de la religion de l’homme) d’associer un Christ vivant, avant la mort et la résurrection, avec des pécheurs vivants, vous pouvez compter qu’on est dans l’erreur, car c’est unir le péché avec le Seigneur du ciel, et c’est nier que les gages du péché c’est la mort. Si Christ était descendu de la croix, comme les gouverneurs et le peuple L’y invitaient, en se moquant de Lui, Il ne nous aurait pas délivrés. Il faut que Jésus passe par la mort et qu’Il prenne une place plus élevée dans la résurrection ; et là Il nous prend à Lui. L’incarnation par elle-même ne peut pas donner la vie et la rédemption à ceux qui sont morts dans leurs fautes et dans leurs péchés ; il faut que Dieu nous donne une place bien au-delà, dans la vie de résurrection de Christ.
Ainsi donc, en dépit de la grâce de Jésus qui intercède, les Juifs et les Gentils s’associent pour L’outrager et Le crucifier. Mais Dieu avait préparé, même ici, dans un pauvre pécheur, la consolation de Sa grâce pour Son Bien-aimé. Or aucune douleur, aucune honte, aucune souffrance n’accablent assez le cœur, pour qu’il n’insulte pas Jésus : un malfaiteur crucifié L’outrage ! Il y a dans tout cœur non renouvelé, une opposition instinctive contre Christ, que n’apaise même pas la puissance de l’amour qui faisait descendre le Fils de Dieu jusque dans la plus profonde humiliation, pour souffrir la colère due au péché. Ne pensez pas que vous soyez en aucune manière meilleurs que ce misérable : « Il n’y a point de juste, non pas même un seul ; il n’y a personne qui ait de l’intelligence, il n’y a personne qui recherche Dieu… ils se sont tous ensemble rendus inutiles » — en un mot, « il n’y a pas de différence » ! Vous êtes aussi mauvais devant Dieu que le brigand impénitent et moqueur. Mais voyez maintenant le fruit de la grâce dans l’autre brigand. La grâce opère dans un homme, dont la condition est tout aussi dégradée que celle de son compagnon qui, en dépit de sa propre agonie et de son sort ignominieux, trouvait son plaisir à outrager le Seigneur de gloire : tous les deux, en effet, ils avaient insulté Christ (Marc 15, 32). Mais quoi de plus glorieux et de plus certain que le salut de ce malfaiteur, lorsqu’il s’incline devant le nom de Jésus ? Il s’en va au paradis avec le Seigneur, qu’il reconnaît comme tel.
On a dit quelquefois sans réflexion, que l’un des deux hommes fut sauvé ainsi, afin que personne ne désespérât, et qu’il n’y en eût qu’un seul afin que personne ne présumât de lui-même. Ce qu’il y a de vrai, c’est que c’est ici le seul moyen par lequel un pauvre pécheur, quel qu’il soit, peut être sauvé ; il n’y a qu’un seul et même salut pour tous. Le temps eût manqué évidemment s’il se fût agi pour le brigand de faire quoi que ce soit, mais tout est fait pour le pécheur qui croit. Ce même jour, ses jambes devaient être brisées, comment pouvait-il entrer dans le paradis ? Christ opérait sa délivrance par Sa propre mort, et l’œil de cet homme était ouvert par la foi à ce que Christ accomplissait.
Ce n’est pas seulement que l’œuvre de Christ, accomplie pour lui, fût la base sur laquelle son âme se reposait pour le salut ; il y avait aussi une grande œuvre morale opérée en lui par la révélation de Christ à son âme, par le Saint Esprit qui le convainquait de sa complète iniquité : « Et tu ne crains pas Dieu, toi », dit-il, en censurant son compagnon, « car tu es sous le même jugement ? Et pour nous, nous y sommes justement ». Tout n’était pas joie. La conscience était réveillée ; il y avait un vrai sentiment du bien et du mal, car, en esprit, le brigand avait trouvé la présence de Dieu ; et ainsi, oubliant ses propres circonstances, il devenait prédicateur de justice. Il reconnaît la justice de sa propre condamnation dans la sincère et loyale confession de son péché ; mais quel témoignage merveilleux il rend en même temps à Christ : « Celui-ci n’a rien fait qui ne se dût faire » ! Il parle comme s’il avait connu Christ toute sa vie ; il a une perception divine du caractère du Sauveur ; et il en est de même pour le chrétien, maintenant. Êtes-vous si jaloux de la pureté et de la gloire de Christ, que vous ne puissiez faire autrement que de vous récrier, quand on parle de Lui sans révérence ? Le brigand croyait que Jésus était le Seigneur, le Fils de Dieu, et il pouvait répondre ainsi avec assurance de ce qu’Il avait été comme homme. Christ était parfaitement homme, aussi vraiment et parfaitement homme que tout autre, mais Son obéissance était aussi divine : « Celui-ci n’a rien fait qui ne se dût faire ». Quelle réponse du cœur renouvelé à la joie qu’il trouve dans la pureté et l’absence de péché. Son œil embrasse, pour ainsi dire, toute la vie de Christ ; il peut répondre pour Christ partout et toujours, parce qu’il a appris à Le connaître Lui-même.
Puis, se tournant vers Jésus, il dit : « Souviens-toi de moi, Seigneur, quand tu viendras dans ton royaume ». Aussitôt qu’il peut se débarrasser de cette triste obligation — quand il en a fini avec l’autre brigand, et a rendu témoignage — son cœur se tourne instinctivement vers Christ. Rien ne le distrait de Lui ! Pense-t-il à ses souffrances ? S’occupe-t-il du peuple qui entoure la croix ? Non, comme il arrive toujours quand la présence de Dieu domine, il est absorbé. Dans l’extrémité de l’impuissance, pour ce qui est de l’apparence extérieure, il entend la voix du Berger, et il Le reconnaît comme le Sauveur et le Roi. Il Lui demande de se souvenir de lui. Le jugement des hommes était que Christ était un malfaiteur ; les femmes qui pleuraient sur Lui ne discernaient pas Sa personne ; mais les circonstances les plus avilissantes ne pouvaient cacher au brigand la gloire de Celui qui était crucifié à son côté. Il reconnaît Jésus comme le Seigneur, il sait que Son royaume viendra certainement. L’autre brigand, s’il pensait à quelque chose, ne pensait qu’à la délivrance présente ; mais celui-ci voyait les souffrances de Christ et les gloires qui suivraient. Son âme ne recherchait pas la délivrance des souffrances corporelles, mais se portait tout entière sur la personne de Christ dans la gloire. Ses yeux n’étaient pas tournés vers la terre, ni vers la nature, mais vers un autre royaume où la mort ne peut entrer. Il n’y avait aucun nuage, aucun doute, rien qui obscurcît chez lui la paisible et ferme assurance que le Seigneur viendrait dans Son royaume.
Le Seigneur lui donne plus que sa foi ne demande. Il lui donne la paix actuelle. Il ne lui parle pas même du royaume qui allait venir, mais Il lui dit : « En vérité, je te dis : Aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis ». C’est comme s’Il eût dit : Tu auras le royaume, quand il viendra ; mais je donne maintenant un salut d’âme ; tu vas être immédiatement associé à moi, d’une manière infiniment plus excellente et plus glorieuse que tout ce que le royaume apportera, quelque béni qu’il soit. En effet, l’œuvre qui pouvait transporter une âme dans le paradis fut accomplie à la croix. Si le Sauveur a pris la place du pécheur, le pécheur est, par grâce, en droit de prendre la place du Sauveur. Sans doute, le pauvre brigand n’avait que peu de connaissance de l’œuvre de Christ et de ses effets, mais le Saint Esprit avait fixé son cœur sur la personne de Christ. La parole du Seigneur (v. 43) implique l’expiation, en vertu de laquelle nous sommes rendus propres à être Ses compagnons en présence de Dieu. L’œuvre de Christ est aussi parfaite pour nous, maintenant, qu’elle l’était alors pour le pauvre brigand ; elle est tout aussi bien accomplie pour nous que si nous étions déjà réellement ravis dans le paradis. Combien cela est différent de tout ce qui ressemble à un progrès de l’âme, qui la rendrait propre pour le ciel ! Quelle chose merveilleuse qu’une telle âme devienne une consolation pour le Sauveur ! Jésus était descendu jusque sous la condamnation, et tous les flots de la colère ont passé sur Lui ; et maintenant, le brigand converti était le glorieux témoin de la grâce parfaite et du salut éternel par le sang de Jésus.
Versets 44 à 49. — La scène où resplendit la lumière d’un autre monde par un cœur purifié par la foi, fait place maintenant aux ténèbres qui convenaient à cette heure, et qui s’étendaient, paraît-il, spécialement sur Israël : « Et le soleil fut obscurci, et le voile du temple se déchira par le milieu ». Ainsi le chemin des lieux saints est rendu manifeste par l’acte qui s’accomplissait dans ces ténèbres ; et Dieu, dans la grâce du sacrifice de Christ, luisait sur ce monde. À travers les ténèbres du jugement, la lumière jaillit, et le chemin était ouvert pour entrer au-dedans du voile. Tout était accompli, et le Seigneur, d’une voix forte, non affaiblie, s’écrie : « Père, entre tes mains je remets mon esprit ». C’est ici quelque chose de bien plus glorieux que la bénédiction juive, car, quant à Israël, « le vivant, le vivant est celui qui te louera » (És. 38, 19) ; c’est l’adoption, la mort vaincue et devenue l’occasion seulement pour remettre l’esprit sain et sauf, heureux, confiant, en dépit de la mort, aux soins et dans la présence du Père. Principe d’une immense importance et que rien, si ce n’est la résurrection, ne peut dépasser. La mort dans les mains de Jésus — quel fait ! — Le centurion, présent dans l’accomplissement de son devoir, atteint tout au moins dans sa conscience naturelle, glorifie Dieu et reconnaît que « en vérité, cet homme était juste ». Les foules assemblées, voyant les choses qui étaient arrivées, s’en retournent se frappant la poitrine, n’augurant rien de bon. Ceux de Sa connaissance et les femmes qui L’avaient accompagné de la Galilée, plus intéressés que les autres, se tiennent loin toutefois, regardant ces choses.
Versets 50 à 56. — Mais la providence et l’opération de Dieu, le juste Juge, prennent soin du corps du Juste. Si les premiers témoins sont disparus, d’autres, faibles en foi, sont rendus actifs et fidèles au poste du danger, dans la confession et l’attachement au Seigneur. Combien souvent les difficultés qui effraient les uns, poussent en avant les autres ! Il en fut ainsi pour Joseph d’Arimathée, car il fallait que Jésus fût « avec le riche dans sa mort ». Les femmes aussi, dans une vraie mais ignorante affection, font d’inutiles préparatifs, attendant l’heure juive pour un Seigneur qui s’en était allé bien au-delà de leur foi. La résurrection allait briller à l’aurore d’un glorieux matin, car les honneurs du tombeau, semblables aux intentions des femmes de Galilée, avaient un caractère juif, et tout cela prenait fin maintenant dans la mort.