Chapitre 28

Ici le récit devient rapide et abrupt. Marie-Magdeleine et l’autre Marie arrivent à la fin du sabbat, c’est-à-dire le soir du samedi, pour voir le sépulcre. Puis, dans la matinée du dimanche, le sépulcre s’ouvre, un ange ayant roulé la pierre de devant l’entrée. La gloire de cet ange effraie les soldats qui le gardent, tellement qu’ils deviennent comme morts. Le même ange console et encourage les femmes ; il leur montre où le corps du Seigneur avait été couché, disant : « N’ayez point de peur ; car je sais que vous cherchez Jésus le crucifié ; il n’est pas ici ; car il est ressuscité, comme il l’avait dit ».

Ce qui suit tient à tout le caractère de cet évangile ; il est important de le faire remarquer. Nous ne trouvons ni les entretiens profondément intéressants et instructifs qui sont racontés dans l’évangile de Jean, ni l’ascension qui eut lieu à Béthanie et qui est rapportée par Luc. L’ange dit aux femmes d’aller tout de suite annoncer à Ses disciples qu’Il était ressuscité, qu’Il se rendait devant eux dans la Galilée et que là ils Le verraient. Ceci met en relief un tout nouveau caractère de Ses relations avec eux depuis Sa résurrection. Il est encore avec le résidu, avec les pauvres du troupeau, dans l’endroit où le Messie a dû paraître en Israël selon la prophétie d’Ésaïe. Ces relations sont renouées sur le pied de la résurrection. Sans doute, Il possédait toute puissance dans les cieux et sur la terre ; mais Il rétablissait Ses relations avec le résidu d’Israël, non pas encore comme roi manifesté en gloire pour subjuguer les nations, mais comme associé avec Ses disciples, vus dans le caractère de messagers du royaume, là où le Christ rejeté de Jérusalem avait recueilli les restes d’Israël et les avait reconnus en grâce. Tel est le caractère que les disciples revêtent ici. Les femmes s’en vont pour annoncer ces choses aux disciples ; elles jouissent, en vertu de leur fidélité et de leur attachement à Jésus, de ce privilège spécial. Elles sont les premiers témoins (et cela pour les apôtres eux-mêmes) de la victoire que la grâce et la puissance de Dieu a remportée sur les efforts de l’ennemi, maintenant vaincu à tout jamais.

Ce n’est pourtant pas seulement l’ange qui les envoie. Lorsqu’elles s’en vont porter le message aux disciples, Jésus Lui-même, plein d’amour, vient à leur rencontre, afin qu’elles soient témoins oculaires de Sa présence sur la terre — touchante réponse du Sauveur à leur fidélité ; témoignage béni qui prouve que le cœur de Jésus est aussi plein d’amour et de condescendance humaine, maintenant qu’Il est ressuscité, que lorsqu’Il marchait en humilité ici-bas, Lui le plus accessible des hommes. Lui aussi les encourage. Mais ce fait est en rapport avec d’autres vérités, qui se lient à la position que le Seigneur prend dans cet évangile et plus particulièrement dans cette occasion. En Jean, où le côté céleste et la position actuelle du Sauveur sont en question, Il défend à Marie-Magdeleine de Le toucher. Elle pensait avoir retrouvé Celui qu’elle aimait, comme revenu sur la terre pour y rester en Sa qualité de Messie ressuscité. Tel n’était pas le cas : Il montait vers Son Père et notre Père, vers Son Dieu et notre Dieu. Sa présence corporelle sur la terre ne devait plus être l’objet de l’affection des siens. Il les avait placés dans Sa propre position à Lui-même devant Son Père ; dans une même relation avec Lui — homme toujours avec Dieu, Fils bien-aimé du Père. C’est pourquoi, lorsque Thomas ne veut croire qu’à la condition de Le toucher, le Seigneur Lui accorde cette grâce, en lui faisant sentir toutefois que ceux qui croient maintenant sans avoir vu sont plus heureux que ceux qui ne croiront que lorsqu’ils verront. Les chrétiens, bien qu’ils ne le voient pas, se réjouissent d’une joie ineffable et pleine de gloire, tandis que le résidu, typifié par Thomas, ne croira que lorsqu’ils contempleront Celui qu’ils ont percé.

Les malheureux Juifs cherchent à cacher leur confusion sans s’humilier, sans se repentir. Par des largesses ils induisent les soldats à répandre le bruit, même au risque de tomber sous la sévérité de la discipline romaine, que les disciples avaient dérobé Son corps pendant qu’ils dormaient.

Enfin les onze se rendent en Galilée, sur une montagne que le Sauveur leur avait indiquée. Là, Il leur apparaît. Le doute demeurait encore dans le cœur de quelques-uns, mais ils Lui rendent hommage dès qu’ils Le voient. Leur doute est changé pour nous en une certitude, basée non seulement sur l’opération du Saint Esprit dans l’âme — vrai fondement de la foi — mais sur l’évidence claire que ce n’était ni une fable de leur invention, ni une histoire arrangée d’avance, ni le fruit d’une imagination ardente qui ne voyait que ce qu’elle voulait. Quelques-uns des disciples eux-mêmes doutent, comme nous l’avons vu dans le cas de Thomas ; ils ne croient que sur une évidence irrésistible, scellée par le don et par l’opération puissante du Saint Esprit, descendu du ciel le jour de la Pentecôte. Je pense qu’il y avait, présents en cette occasion, d’autres disciples que les onze ; peut-être les cinq cents dont Paul parle.

Ici, la mission des apôtres a son point de départ dans l’entrevue en Galilée avec leur Maître ressuscité ; c’est un résidu déjà associé avec Jésus ; ce n’est pas, comme en Luc, un Sauveur qui monte dans le ciel et qui, du ciel, commence par Jérusalem, ainsi que cela a eu lieu. Ici Jérusalem est délaissée et livrée aux mains des méchants et des nations, tandis que le résidu d’Israël est associé avec le Messie rejeté, mais maintenant ressuscité ; puis ceux qui sont ainsi associés avec le Seigneur méconnu, sont envoyés pour faire des disciples de toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit. Cette mission, jusqu’à présent, n’a jamais été accomplie. La mission aux nations a été formellement transférée à Paul par ceux qui étaient des colonnes parmi les apôtres (Gal. 2), avec l’autorité divine de la part de Jésus glorifié, et par l’envoi direct du Saint Esprit (Act. 13, 4 ; 26, 16-18). Il se peut bien que les autres apôtres y soient allés plus tard ; mais l’histoire qui nous est donnée dans la Parole, n’en parle pas, à moins que ce ne soit un verset très général et même vague à la fin de Marc. Les apôtres sont restés à Jérusalem lors de la persécution qui arriva après la mort d’Étienne ; alors l’évangile fut porté aux nations par les dispersés, et plus tard confié à Paul. Jean est trouvé à Patmos, laissé le tout dernier pour veiller sur l’Église en décadence. Les derniers versets de Marc disent qu’ils sont allés partout et que le Seigneur a opéré avec eux pour confirmer la parole prêchée, par les signes qu’il leur fut accordé d’opérer. Quoi qu’il en soit, ici en Matthieu, la commission leur en est donnée. Ils devaient aussi enseigner aux nations baptisées à observer tout ce que Jésus avait ordonné aux disciples ; et Lui-même serait avec eux jusqu’à la consommation du siècle. Ce n’est pas la mission chrétienne proprement dite ; celle-ci se trouve plutôt en Jean 20, Luc 24, et Marc 16[7].