Chapitre 27

La mort de Jésus étant déjà arrêtée dans le conseil improvisé tenu au commencement de la nuit, lorsqu’Il avait été amené devant Caïphe, les scribes et les pharisiens tiennent un conseil formel, le matin de très bonne heure, pour prononcer Sa sentence définitive ; puis ils L’amènent à Pilate. Ici nous trouvons l’iniquité et l’aveuglement de tous, en présence de Celui qui devait mourir. Judas qui, évidemment ce me semble, pensait que Jésus leur échapperait comme Il avait échappé tant de fois alors que Son heure n’était pas encore venue, frappé, en tout cas, dans sa conscience, en voyant Jésus condamné, vient aux principaux sacrificateurs avec les trente pièces d’argent. Saisi de remords, il déclare qu’il a péché en livrant le sang innocent. Peu de sympathie l’attend là. Ils avaient atteint leur but ; leur affaire avait réussi ; quant au péché de Judas, cela le regardait. Voilà toute la compassion que le remords trouve chez ceux qui se servent de l’iniquité qui le produit. Le but est atteint ; et si leur instrument est perdu pour toujours, tant pis pour lui, c’est son affaire. Eux ont atteint leur but. Judas jette dans le temple l’argent, pauvre prix de son âme ; puis s’en va se pendre, triste fin d’une vie passée sans conscience près du Seigneur. Rien n’endurcit comme cela. La cruelle et insolente indifférence des chefs d’Israël, que ne soulage pas une conscience mauvaise, pousse au suicide cet homme, qui perd sa vie, son âme et l’argent pour lequel il l’avait vendue.

Mais quel tableau du cœur de l’homme nous trouvons dans ce qui suit : les hommes, qui n’avaient eu aucun scrupule d’acheter le sang de Jésus, ne peuvent pas mettre dans le trésor l’argent qu’ils avaient ainsi employé, parce que c’était le prix du sang ! Quel témoignage à l’aveuglement de la conscience ! Combien les scrupules diffèrent de la conscience ! Le bien et le mal affectent la conscience qui, en soi, est la plus noble des facultés. Le scrupuleux est servile, craint pour soi, s’occupe des ordonnances et craint de les violer. Le dieu que sert le scrupuleux est un dieu qui veille sur ce qui l’affecte, lui ; et il abandonne son misérable serviteur qui ne tient pas compte de ce qui concerne l’honneur et la volonté de ce maître qu’il craint. C’est un faux dieu rancuneux, le dieu d’un cœur qui ne connaît pas le vrai Dieu, lors même que ce cœur le nomme l’Éternel. Si l’âme n’est qu’extérieurement en relation avec le vrai Dieu, elle négligera ce qui porte atteinte à Son vrai caractère : la justice, la vraie sainteté, l’amour, pour s’occuper de ces ordonnances, que l’homme sans foi et sans connaissance de Dieu peut accomplir et qu’il craint de négliger, parce qu’il a peur de Dieu. Or les principaux sacrificateurs pouvaient attacher de l’importance à Israël qui se perdait et qui était rejeté dorénavant à cause de son iniquité : Israël ne devait pas être souillé ; mais pour de misérables Gentils auxquels allait s’ouvrir la porte, fermée sur Israël, un champ souillé par l’argent qui l’avait acquis, était assez bon. C’est ainsi qu’un lieu de sépulture est acheté pour les étrangers. Tout est aveuglement, orgueil et ténèbres. La lumière, ils ne la voulaient pas. Mais le conseil de Dieu, déclaré longtemps auparavant par le prophète, devait être accompli. Quand leur conseil, à eux, s’y opposait, il n’aboutissait à rien, mais leurs propres actes de folie accomplissaient les prophéties qu’ils n’écoutaient pas, bien qu’elles fussent constamment lues dans leurs synagogues.

Or Jésus se tenait là devant le gouverneur. Il rend un beau témoignage devant Ponce Pilate. Il est le roi des Juifs. Lorsque les Juifs L’accusent, Il est muet. Il est là pour être la victime. Dieu Lui rend témoignage par le songe de la femme de Pilate ; alors celui-ci fait des tentatives pour Le délivrer de la malice acharnée des Juifs, en profitant d’une habitude qu’on avait de relâcher un prisonnier à Pâques. Mais les malheureux Juifs doivent consommer leur iniquité, car il arrive un moment où Dieu permet que l’iniquité ait son cours jusqu’au bout, afin qu’elle se manifeste telle qu’elle est ; ainsi s’accomplissait la propitiation, par les souffrances et par la mort de Jésus. Pilate ne montre que la faiblesse d’un homme qui méprisait tout ce qui l’entourait ; d’un homme qui voudrait sauvegarder sa conscience, mais n’en a que très peu et encore moins de crainte de Dieu ; d’un homme qui, lorsqu’il devient trop incommode de maintenir la justice, cède à la violence et à la persévérance dans le mal d’une volonté qui s’acharne contre Dieu et contre le bien. Aux yeux de Pilate, il ne valait pas la peine, pour un pauvre juste qui n’avait aucune importance humaine, de compromettre et sa personne et la paix publique. Il s’en lave les mains et laisse la responsabilité de cette mort à ceux qui la désiraient. Pauvres Juifs ! Cette responsabilité, ils la prennent sur eux. Aussi en portent-ils la peine encore aujourd’hui. « Que son sang, disent-ils, soit sur nous et sur nos enfants ! ». Terrible anathème, qu’appelle sur lui-même ce pauvre peuple ; anathème qui pèse sur lui jusqu’à ce que la grâce souveraine, en amenant un petit résidu à la repentance dans laquelle il sentira le péché qui a été commis, change le sang d’anathème en un sang d’expiation ; et cela de la part de Dieu qui les nettoiera du péché qu’ils ont commis en le répandant. Cette grâce souveraine de Dieu est la seule qui puisse trouver, dans l’iniquité même de l’homme, le moyen d’accomplir le salut de celui qui l’a commise. C’est ainsi que nous, qui avons été sauvés par cette même grâce, nous pouvons en rendre témoignage éternellement. Dans l’œuvre qui nous sauve, nous n’avons d’autre part que nos péchés et la haine qui l’a accomplie du côté de l’homme. Ce pauvre peuple devait, dans cette occasion, montrer jusqu’à quel point il était tombé, abandonné de Dieu : ils choisissent un brigand à la place du Fils de Dieu, un meurtrier, mais un homme qui flattait leurs propres passions en les excitant contre les Romains, leurs maîtres, auxquels ils étaient assujettis à cause de leurs péchés. Or Pilate leur relâche Barabbas et leur livre Jésus après L’avoir fait fouetter, Lui reconnu innocent ; car ce qui caractérise ici Pilate, c’est le manque de cœur et une indifférence orgueilleuse tout empreinte de cruauté.

Maintenant le bien-aimé Sauveur subit tous les outrages qui peuvent monter au cœur de l’homme brutal et libre d’exercer un pouvoir qui trouve ses délices à faire souffrir ceux sur lesquels il domine pour un moment. Car l’homme est tyran par nature ; et lorsque plusieurs sont réunis, il ne se trouve aucune force morale là où des dispositions plus aimables existent, et ainsi l’on tombe au plus bas de l’échelle ; on a honte de ce qui est bon, même de l’amabilité, et tout est au niveau de ce qui est le plus bas. Pauvre créature déchue ! Au reste, Pilate, leur chef, leur en avait donné l’exemple.

Néanmoins ce qui nous regarde spécialement ici, ce qui doit nous intéresser, c’est l’Agneau destiné à la boucherie, la brebis muette devant celui qui la tond. Le précieux Sauveur supporte les insultes et les injures de ceux qui n’étaient capables que de se complaire dans le mal et d’agir en conséquence. Ce n’est pas Lui qui voudrait résister, ni faire quoi que ce fût pour s’y soustraire. Il était venu pour souffrir et donner Sa vie en rançon pour plusieurs. Seulement, nous pouvons remarquer que Juifs et nations s’unissent pour Le rejeter et Le fouler aux pieds, Lui qui ne leur résiste pas. La nation élue et la dernière Bête, la Bête romaine à laquelle Dieu avait transmis les rênes du pouvoir sur la terre, se mettent d’accord, tout ennemies qu’elles soient entre elles, pour persécuter et insulter le Fils de Dieu. Si les Juifs se mettent en avant pour demander Son sang, les nations se prêtent aux Juifs pour le répandre. Maintenant tout s’accomplit. Le Sauveur est emmené pour être crucifié, victime propitiatoire pour nos péchés.

Il semblerait que Jésus fût physiquement faible, car ils ont forcé un homme de Cyrène, nommé Simon, à porter Sa croix. Eux, au moins, ne voulaient pas le faire ; seul, Jésus ne le pouvait pas. L’insolence et la tyrannie sont en jeu ici ; il y avait, dans les hommes, de la joie à opprimer et à mettre à mort le Fils de Dieu. L’homme s’en débarrassait pour sa ruine. Mais quoique ces taureaux de Basan fussent là, que ces chiens entourassent le Sauveur, la grande et, pour nous, la précieuse figure dans le cadre, c’est la victime silencieuse et muette, l’agneau qui va à la boucherie. Le récit est d’une simplicité parfaite ; mais l’accomplissement des prophéties se déroule devant nos yeux d’une manière admirable ; la vue spirituelle perce à travers les circonstances, contemplant la figure patiente et divinement calme du Fils de Dieu, parfait dans Sa soumission. On Lui offre du vinaigre mêlé avec du fiel, dont l’effet devait être de stupéfier au milieu des souffrances ; mais le Sauveur ne cherchait pas de pareils soulagements. Il était là pour souffrir et pour accomplir la volonté de Son Père, non point pour échapper à la conscience de ce que Lui coûtait cette obéissance. Ils partagent Ses vêtements et jettent le sort sur Sa robe, que, sans cela, ils auraient dû déchirer. Ainsi était-il écrit ; or le Sauveur, exposé nu à la dérision des soldats, n’était point insensible à l’ignominie dont Il souffrait, bien qu’Il n’en détournât pas Sa face. Il n’y avait personne pour avoir compassion de Lui ; personne pour confesser Son nom, sinon que Dieu le Père avait forcé l’homme à Lui rendre témoignage, car Pilate avait fait inscrire Son titre sur la croix : « Celui-ci est Jésus, le roi des Juifs ». Les Juifs auraient voulu éviter cet affront ; mais cela devait leur tourner à confusion sans remède et sans voile, et Celui qu’ils avaient rejeté devait recevoir Son vrai titre malgré eux. Leur roi était crucifié, mais Dieu avait pris soin qu’Il fût reconnu et proclamé tel. Toutefois, personnellement, Il devait être outragé au dernier point. Le plus bas état où l’homme pût se trouver, le laissait toujours homme ; et, dans ce moment suprême, il ne s’agissait pas de faire la différence entre un homme ouvertement méchant et un autre qui aurait échappé à la dégradation que produit le péché ; il s’agissait de placer l’homme tel qu’il est en face du Fils de Dieu ; aussi un brigand est-il, ici, du parti des hommes, associé avec eux contre le Dieu d’amour. En cela, ils sont ensemble et égaux. Ce brigand pouvait, de concert avec les autres, insulter le Fils de Dieu. Tout est nivelé ; Christ seul est abaissé au-dessous de l’homme : un ver, comme Il le dit, et non point un homme ; et cependant c’est Dieu révélé dans l’homme. L’homme qui révélait Dieu était là, et les outrages de ceux qui outrageaient Dieu tombaient sur Lui. Le Seigneur souffrait et accomplissait Son œuvre, sensible plus qu’aucun homme à tout cela, car, en Lui, il n’y avait pas trace de la dureté qui rend insensible aux circonstances, ni de l’orgueil qui se les cache ou qui, tout au moins, cherche à se les cacher. Il sentait tout avec une sensibilité que la malice des hommes n’avait pu altérer ; et, parfait en patience, Il en appelait à Son Dieu. « Et toi, Éternel ! ne te tiens pas loin ». Les Juifs se glorifiaient d’avoir atteint leur but. L’homme, trompé par Satan, pensait s’être débarrassé de Dieu dont la présence le troublait. Ils hochaient la tête en disant : « Il a sauvé les autres, il ne peut se sauver lui-même ». Quelles paroles ! Reconnaître Sa puissance pleinement manifestée, rejeter ce qui était divin, avouer qu’ils avaient effectivement banni Dieu du milieu d’eux ! En effet, Il ne pouvait se sauver, ne pouvant penser à Lui-même : l’amour qui avait sauvé les autres, allait plus loin et se donnait pour nous. L’amour parfait pour Son Père, l’obéissance à Son commandement, Son parfait amour pour nous, Lui défendaient de se sauver Lui-même. Il aurait pu avoir Ses douze légions d’anges, mais Il était venu pour les autres, non pour Lui-même ; enfin, aimant les siens qui étaient dans le monde, Il les aimait jusqu’à la fin. S’Il devait sauver les autres, Il ne pouvait se sauver Lui-même. Son amour et Son obéissance étaient complets. Ce qui marque l’aveuglement affreux de ces pauvres sacrificateurs, c’est qu’ils citent des paroles qui, dans le psaume où Sa mort est dépeinte telle qu’elle est ici racontée, sortent de la bouche des athées et des méchants (Ps. 22, 7, 8). Dans tout ceci il s’agit des hommes et de Christ ; mais, ainsi que je l’ai dit, Il en appelle à Dieu. C’est ce que nous trouvons dans le psaume 22 : « Ne te tiens pas loin de moi ».

Maintenant vient le moment où Sa position, Sa relation avec Dieu, doivent passer devant nos yeux : « Depuis la sixième heure, il y eut des ténèbres sur tout le pays, jusqu’à la neuvième heure ». Ainsi, même par des circonstances extérieures, Dieu a séparé Son Fils des outrages et des insultes purement humains pour qu’Il fût seul avec Lui, et tout entier à Son œuvre solennelle. Il était seul avec Dieu, fait péché ; rien pour détourner le coup de la justice ; rien pour l’amortir. La puissance qui était en Lui ne L’abritait pas ; elle Le rendait capable de supporter ce qui s’appesantissait sur Son âme : le sentiment de l’horreur de la malédiction, dans la mesure dans laquelle l’amour du Père Lui était familier ; le sentiment de ce que c’était que d’être fait péché, dans la mesure de la sainteté divine qui était en Lui ; et ni l’un ni l’autre ne pouvait se mesurer. Il buvait la coupe du jugement de Dieu contre le péché. Tout Le force à pousser le cri — cri qu’il nous est accordé d’entendre afin que nous sachions ce qui se passait là, la réalité de l’expiation : « Mon Dieu ! mon Dieu ! pourquoi m’as-tu abandonné ? ». Abandon que nul ne peut sonder, sinon Celui qui l’a senti, mais qui, dans la petite mesure où son ombre seulement nous atteint et passe sur nous, est plus terrible que tout ce que peuvent subir le cœur ou le corps humain. Dans la bouche de Jésus, ce cri exprimait tout ce que Son cœur, à Lui, et ce que ce cœur seul, pouvait sentir. Aussi le psaume 22, d’où il est tiré, et la voix de Jésus Lui-même (Ps. 20 et 21), parlent-ils des souffrances du Christ, telles seulement que l’homme peut les comprendre en les voyant. Elles sont comme infligées par les hommes et portent les conséquences qui en résultent pour leur victime et pour ceux qui les Lui infligent : — exaltation à la droite de Dieu de Celui qui souffrait ; colère destructive sur Ses ennemis. Mais qui était l’ennemi de Christ, dans Son caractère d’Agneau expiatoire ? Personne. Il souffrait en se donnant Lui-même, de la part de Dieu en justice ; le coup même — les souffrances — était le coup de la justice. Aussi, quant à ses conséquences, dans le psaume 22, tout est grâce et bénédiction pour tous ceux qui en sont les objets — depuis le petit résidu qui, alors, reconnaissait Jésus et qui est devenu l’Église, jusqu’au millénium et au « peuple qui naîtra ». Tous témoignent qu’Il a fait cette œuvre. Il est intéressant de voir tous les témoignages de Dieu dans ces psaumes 19 à 22 : — la création en haut (car ici-bas elle est trop ruinée pour servir comme telle) ; la loi (Ps. 19) ; puis (Ps. 20), le témoignage de Jésus, vu prophétiquement, tel qu’il se présente au cœur de Ses disciples ; la réponse (Ps. 21) ; puis enfin ce que Jésus seul peut manifester, ce qui se passait entre Son âme et Dieu, ce que Son âme seule était capable d’exprimer. Or ce n’était ni la faiblesse ni l’épuisement, comme quelques personnes à petites pensées se sont imaginé de le dire ; matérialisme auquel non seulement la doctrine chrétienne est inconnue, mais qui trahit un manque total de sentiment et de sain jugement.

Maintenant, non seulement l’œuvre a été achevée, mais toutes les circonstances que la prophétie avait annoncées comme devant arriver, ont reçu leur accomplissement. Aussi devait-Il Lui-même remettre Sa vie entre les mains de Son Père. Elle ne devait point Lui être ôtée. Il la laissait Lui-même. Il confie Sa mère à Jean ; puis Il accomplit la dernière circonstance prophétique. Vrai homme, absolument calme et, comme nous disons nous autres hommes, se possédant parfaitement Lui-même, Il déclare avoir soif à la suite de Ses souffrances, et goûte le vinaigre qu’on porte à Sa bouche au moyen d’une éponge attachée à un roseau. Tout était fini : l’expiation, parfaite selon Dieu ; l’œuvre de la rédemption ; toutes les circonstances prophétiques, tout absolument avait reçu son accomplissement, soit quant à l’homme, soit quant à Dieu. Alors, avec un cri qui indiquait à la fois une force dans son entier et une entière confiance en Son Père[5], Il Lui remet Son âme dans ce moment critique où la mort avait eu, mais où elle perdait dorénavant toute son horreur, au moins pour le croyant. Avec ce cri, qui annonce la fin de toute relation humaine avec Dieu, sauf en jugement, et la fin de tous les moyens que Dieu pouvait employer pour rétablir une telle relation avec les enfants d’Adam, Jésus expira.

Dans ce moment même, ce qui exprimait l’impossibilité pour l’homme de s’approcher de Dieu, le voile du temple, est déchiré du haut en bas, et le sanctuaire, le lieu très saint où le trône de Dieu se trouve, est ouvert. Nous pouvons entrer en pleine liberté (Héb. 10, 19, 20) par ce chemin nouveau et vivant, à cause du sang précieux qui a été répandu. L’ancien état de choses était terminé, soit quant aux relations de l’homme avec Dieu, soit en ce qui concerne la création même. Non pas toutefois que le nouvel ordre de choses soit encore établi, parce que la grâce cherche encore des cohéritiers de Christ ; mais, dans le rejet du Fils de Dieu, toute relation du premier homme et de la première création avec Dieu a été terminée à tout jamais. Une nouvelle base a été posée en justice et par la pleine révélation de Dieu en amour souverain, pour la joie éternelle de l’homme, dans le dernier Adam et dans la nouvelle création. Le voile, qui caractérisait l’état de l’homme quant à ses relations avec Dieu, de l’homme qui était non seulement pécheur en Adam, mais qui avait toujours failli, quoique Dieu employât tous les moyens possibles pour renouer Ses relations avec lui — le voile qui disait : « l’homme ne peut pas venir jusqu’à Dieu », est déchiré ; la terre tremble et les rochers se fendent. La puissance de la mort est aussi détruite, ainsi que celle du diable qui la possédait. Historiquement, ce ne fut qu’après la résurrection de Jésus que les morts ressuscitèrent et apparurent à plusieurs dans Jérusalem, comme témoignage de ce qui avait été opéré ; le fait est néanmoins rattaché ici à la mort de Jésus, parce que c’est par cette mort qu’a été accomplie l’œuvre de délivrance qui rendait la résurrection possible ; œuvre à laquelle témoignage a été ainsi rendu d’une manière extraordinaire. Il s’agit des corps des saints — anticipation précieuse de la première résurrection, alors que la mort sera engloutie en victoire. On demandera peut-être : « Que sont-ils devenus ? ». Nul ne le sait, parce que Dieu ne l’a pas dit. Le fait lui-même est un témoignage rendu à l’efficace de la mort de Jésus. La question ne provient que de la vaine curiosité de l’homme, et Dieu ne fait pas de révélations pour satisfaire cette curiosité.

L’officier romain qui était de garde, ensuite de la sentence prononcée contre les prisonniers, ainsi que les soldats qui se trouvaient là avec lui, voyant le tremblement de terre et tout ce qui était arrivé, sont saisis de frayeur et reconnaissent que Jésus est, en effet, « Fils de Dieu ». C’était la cause de Sa condamnation par les sacrificateurs et les scribes. Ils avaient involontairement rendu témoignage à Pilate qu’Il se disait tel — ce qui avait effrayé ce dernier, qu’une mauvaise conscience rendait déjà craintif — de sorte que, avec tout ce qui était ébruité en Palestine par les œuvres de puissance qu’Il y avait faites, cette pensée courait le monde ; elle était connue de tous. Ces faits extraordinaires qui accompagnaient Sa mort, le cri plein de force avec lequel Il rendait, sans motif apparent, le dernier soupir, toutes les circonstances qui entouraient Son départ de ce monde, rendaient témoignage que cette mort était plus qu’une mort humaine. Les cœurs des assistants, dominés par de tels événements, pouvaient (même dans leur état naturel) déclarer que c’était là le Fils de Dieu. Quant au résultat en eux, nul n’en peut rien savoir. Ici, c’est le témoignage que de pauvres cœurs païens sous l’influence des événements qui se passaient sous leurs yeux, ne pouvaient pas récuser, tandis que les cœurs endurcis des Juifs — « des siens » — de ceux chez lesquels Il était venu, se réjouissaient dans Sa mort. Rien n’endurcit comme la religion, lorsque le cœur n’est pas changé. Le cœur naturel est mauvais, non endurci, et des faits où Dieu se manifeste peuvent agir sur ce cœur-là.

Dorénavant il s’agit de la résurrection, témoignage que Dieu rend à la perfection de la victime et à la perfection de Son œuvre ; à la perfection divine de Celui qui est descendu, jusqu’à la mort, dans les parties les plus basses de la terre, afin que, monté en haut, Il remplît toutes choses, non seulement comme Dieu, mais selon l’efficace de la rédemption qu’Il venait d’opérer (Éph. 4). Pour le moment, ce qui nous occupe c’est la part qu’ont prise les hommes à ces événements, mais avant tout, la part qu’y ont prise les femmes. C’est ici qu’est la bonne part de ces fidèles servantes du Seigneur. Les disciples n’y sont pour rien ; ils s’étaient enfuis ; et, dans toute cette scène de douleur, à l’exception de Jean, on ne les voit plus. Aussi est-ce Marie-Magdeleine qui devient la messagère du Seigneur ressuscité, pour communiquer aux disciples les privilèges qu’Il venait de leur acquérir. Les femmes L’avaient déjà suivi de Galilée, Lui avaient fourni ce qu’il fallait pour Ses besoins pendant qu’Il marchait comme homme sur la terre ; maintenant elles allaient prendre soin de Son ensevelissement, si Dieu Lui-même ne les eût devancées. Déjà elles avaient accompagné Jésus jusqu’au lieu où Il devait être crucifié, regardant de loin la scène solennelle du crucifiement qui se déployait devant leurs yeux. Or Jésus devait être « avec le riche dans sa mort ». Joseph d’Arimathée se rend donc auprès de Pilate, qui lui remet le corps du Sauveur. Dieu a voulu honorer le Christ, malgré le déshonneur qui Lui était infligé de la part des hommes, et même à cause de ce déshonneur. Joseph le place dans son propre tombeau, où aucun corps n’avait été encore déposé, l’enveloppant dans un linceul ; puis il attend, selon que l’exigeait la loi, que le sabbat fût passé pour achever l’ensevelissement honorable qu’il Lui préparait ; en attendant, il roule une grosse pierre devant l’ouverture du sépulcre.

Marie-Magdeleine et l’autre Marie (femme de Cléopas) se trouvent là, veillant et contemplant, avec le profond intérêt produit par une affection ardente et un attachement que la grâce divine avait créé dans leurs cœurs, spécialement en celui de Marie-Magdeleine, de laquelle Il avait chassé sept démons. Toutefois ce n’étaient pas seulement ces femmes bienheureuses et Joseph, le disciple jusqu’à présent timoré, mais que l’extrême iniquité des Juifs, comme il arrive souvent, forçait à se montrer, qui furent occupés du corps de Jésus : les principaux sacrificateurs, aiguillonnés par une mauvaise conscience qui inspire toujours la crainte, pensent à ce qu’avait dit Jésus — car ils le savaient très bien — savoir, qu’Il ressusciterait. Chez eux c’était un parti pris, une inimitié contre le bien et contre tout témoignage rendu à Sa puissance[6], inimitié qui ne leur laissait ni repos, ni relâche. Ils se rendent auprès de Pilate, protestant que Ses disciples pourraient bien venir de nuit, ôter Son corps à la dérobée, puis dire qu’Il était ressuscité. Ils voulaient que Pilate s’assurât lui-même du corps de Jésus. Mais eux-mêmes devaient servir de témoins involontaires à la certitude de la résurrection du Sauveur. Pilate, plein de mépris et ne se souciant pas de servir leur malice, leur laisse la tâche de se prémunir contre la soustraction du corps du Seigneur par Ses disciples. Ils mettent les scellés sur la tombe, outre une garde qui veillerait contre toute tentative de ce genre. Ce n’était que rendre le fait de Sa résurrection plus patent et en assurer la constatation de manière à ne laisser lieu, pour la bonne foi humaine, à aucune controverse.