Chapitre 2, 11 à 25

En méditant l’histoire de Moïse, il fait considérer ce grand serviteur de Dieu sous le double point de vue de son caractère personnel et de son caractère typique.

Il y a, dans le caractère personnel de Moïse, beaucoup de choses à apprendre pour nous. Dieu dut, non seulement le susciter, mais encore le former, d’une manière ou d’une autre, durant une longue période de quatre-vingts années ; d’abord dans la maison de la fille du Pharaon, ensuite « derrière le désert » (chap. 3, 1). À nos esprits bornés, quatre-vingts années paraissent un temps bien long pour l’éducation d’un serviteur de Dieu ; mais les pensées de Dieu ne sont pas nos pensées. Dieu savait que ces deux fois « quarante ans » étaient nécessaires à la préparation de ce vaisseau choisi par Lui. Quand Dieu fait l’éducation de quelqu’un, Il la fait d’une manière qui est digne de Lui-même et de Son saint service. Il ne veut pas d’un novice pour faire Son œuvre. Le serviteur de Christ doit apprendre plus d’une leçon : il doit passer par plus d’un exercice, et soutenir plus d’une lutte en secret avant que d’être véritablement propre pour agir en public. La nature n’aime pas cela ; elle aimerait mieux jouer un rôle en public que d’apprendre en secret ; elle aimerait mieux être l’objet de l’admiration des hommes que d’être disciplinée par la main de Dieu. Mais il faut que nous suivions le chemin de Dieu. La nature peut bien se précipiter dans le champ de l’action ; mais Dieu n’en a que faire là : il faut qu’elle soit brisée, consumée, mise de côté. Le lieu de la mort est la place qui lui convient. Si elle veut agir, Dieu, dans Sa fidélité et Sa sagesse parfaites, conduira les choses de telle manière que le résultat de cette activité de la nature tournera à sa complète confusion. Dieu sait ce qu’il faut faire de la nature ; Il sait là où elle doit être placée et là où elle doit être retenue. Puissions-nous tous entrer plus profondément dans les pensées de Dieu à l’égard du « moi » et de tout ce qui s’y rapporte ; ainsi nous tomberons moins souvent dans l’erreur ; notre marche sera ferme et moralement élevée, notre esprit paisible, et notre service efficace.

« Et il arriva, en ces jours-là, que Moïse, étant devenu grand, sortit vers ses frères ; et il vit leurs fardeaux. Et il vit un homme égyptien qui frappait un Hébreu d’entre ses frères ; et il regarda çà et là, et vit qu’il n’y avait personne, et il frappa l’Égyptien, et le cacha dans le sable » (v. 11, 12). Moïse montre ici du zèle pour ses frères, mais non pas « selon la connaissance » (Rom. 10, 2). Le temps fixé par Dieu pour le jugement de l’Égypte et la délivrance d’Israël, n’était pas encore venu ; or le serviteur intelligent attend toujours le temps de Dieu. Moïse devenu grand, « fut instruit dans toute la sagesse des Égyptiens », de plus, « il croyait que ses frères comprendraient que Dieu leur donnerait la délivrance par sa main » (Act. 7, 22-28). Tout cela était vrai. Néanmoins, il est évident que Moïse courut avant le temps ; et quand il en est ainsi, la chute est proche[1] ; et non seulement la chute, à la fin, mais encore l’incertitude, et le défaut de calme et de sainte dépendance dans la marche même d’une œuvre commencée avant le temps de Dieu. Moïse « regarda çà et là ». Quand on agit avec Dieu et pour Dieu, dans la pleine intelligence de Ses pensées quant aux détails de l’œuvre, on n’a pas besoin de regarder çà et là. Si le temps de Dieu eût été réellement là, si Moïse eût eu en lui-même la conscience qu’il avait reçu de Dieu la mission d’exécuter le jugement sur l’Égyptien, et s’il eût été sûr que la présence de Dieu était avec lui, il n’eût pas « regardé çà et là ».

L’acte de Moïse, à l’égard de l’Égyptien, renferme une leçon profondément pratique pour tout serviteur de Dieu. Deux circonstances s’y rattachent : savoir, la crainte de la colère de l’homme et l’espoir d’obtenir la faveur de l’homme. Or le serviteur de Dieu ne devrait s’inquiéter ni de l’une, ni de l’autre. Qu’importe la colère ou la faveur d’un pauvre mortel, à quiconque est investi d’une mission divine et jouit de la présence de Dieu ? Elles ont, pour un tel homme, moins d’importance que la menue poussière qui s’attache à une balance. « Ne t’ai-je pas commandé : Fortifie-toi et sois ferme ? Ne te laisse point terrifier, et ne sois point effrayé ; car l’Éternel, ton Dieu, est avec toi partout où tu iras » (Jos. 1, 9). « Et toi, ceins tes reins, et lève-toi, et dis-leur tout ce que je te commanderai ; ne sois point effrayé d’eux, de peur que moi je ne t’épouvante devant eux. Et moi, voici, je t’établis aujourd’hui comme une ville forte, et comme une colonne de fer, et comme des murailles d’airain, contre tout le pays, contre les rois de Juda, ses princes, ses sacrificateurs, et le peuple du pays. Et ils combattront contre toi, mais ils ne prévaudront pas sur toi, car moi je suis avec toi, dit l’Éternel, pour te délivrer » (Jér. 1, 17-19).

Placé sur ce terrain élevé, le serviteur de Christ ne regarde par « çà et là » ; il agit selon ce conseil de la sagesse divine : « Que tes yeux regardent droit en avant, et que tes paupières se dirigent droit devant toi » (Prov. 4, 25). La sagesse divine nous conduit toujours à regarder en haut et en avant. Il y a du mal en nous, et nous ne sommes pas sur le vrai terrain du service pour Dieu, soyons-en sûrs, quand nous regardons autour de nous, soit pour éviter le regard courroucé d’un mortel, soit pour rencontrer le sourire de son approbation : nous n’avons pas l’assurance que notre mission est d’autorité divine, et que nous jouissons de la présence de Dieu, choses qui, toutes deux, sont absolument nécessaires à tout serviteur de Dieu. Un grand nombre de personnes, il est vrai, soit par une profonde ignorance, soit par une confiance excessive en elles-mêmes, entrent dans une sphère d’activité à laquelle Dieu ne les destinait point, et pour laquelle, par conséquent, Il ne les avait point qualifiées ; et, de plus, ces personnes montrent un sang-froid, une possession d’elles-mêmes, étonnants pour ceux qui sont en état de juger avec impartialité de leurs dons et de leurs mérites. Mais toute cette belle apparence fait place bien vite à la réalité, et ne peut porter la moindre atteinte au principe, que rien ne peut réellement délivrer un homme de la tendance à regarder « çà et là », si ce n’est la conscience d’une mission de Dieu et de la présence de Dieu. Celui qui possède ces deux choses est entièrement délivré des influences humaines ; il est indépendant des hommes. Et nul n’est en état de servir les autres, qui n’est pas entièrement indépendant d’eux ; mais celui qui connaît sa vraie place peut s’abaisser pour laver les pieds de ses frères.

Si nous détournons nos regards de l’homme, et que nous les portions sur le seul fidèle et parfait Serviteur, nous ne Le voyons pas « regarder çà et là », par la raison bien simple que Ses yeux n’étaient jamais arrêtés sur les hommes, mais toujours sur Dieu. Jésus ne craignait pas la colère de l’homme, ni ne recherchait sa faveur. Il n’ouvrit jamais la bouche pour obtenir les applaudissements des hommes ; Il ne se tut jamais pour éviter leur blâme : c’est pourquoi toutes Ses paroles et toutes Ses actions étaient empreintes d’élévation et de sainte fermeté. Il est le seul dont on ait pu dire avec vérité : « Sa feuille ne se flétrit point ; et tout ce qu’il fait prospère » (Ps. 1, 3). Tout ce qu’Il faisait tournait à profit, parce qu’Il faisait toutes choses pour Dieu. Tous Ses actes, toutes Ses paroles, tous Ses mouvements, Ses regards, Ses pensées ressemblaient à un beau bouquet de fruits, fait pour réjouir le cœur de Dieu et dont le parfum montait vers Lui. Il n’avait jamais aucune crainte quant au résultat de Son œuvre, parce qu’Il agissait toujours avec Dieu et pour Dieu, et dans une pleine intelligence de Ses pensées. Jamais Sa propre volonté, quelque divinement parfaite qu’elle fût, ne se mêla à quoi que ce soit de ce qu’Il fit comme homme, sur la terre. Il a pu dire : « Je suis descendu du ciel, non pour faire ma volonté, mais la volonté de Celui qui m’a envoyé » (Jean 6, 38). C’est pourquoi Il rendait Son fruit « en sa saison ». Il faisait toujours les choses qui plaisaient au Père (Jean 8, 29), et, par conséquent, n’avait jamais rien « à craindre », jamais besoin de « se repentir » ou de « regarder çà et là ».

Or, à cet égard, comme à tout autre, le bienheureux Maître forme un contraste frappant avec les plus distingués et les plus éminents de Ses serviteurs. Moïse même « eut peur », et Paul « eut du regret » (v. 14 et 2 Cor. 7, 8) ; le Seigneur Jésus ne fit jamais ni l’un ni l’autre ; Il n’eut jamais à revenir sur Ses pas, ni à retirer une parole, ni à rectifier Sa pensée. Tout en Lui était parfait d’une manière absolue ; tout était « du fruit en sa saison ». Le courant de Sa vie sainte et céleste coulait en avant sans trouble, ni déviations. Sa volonté était parfaitement soumise. Les hommes les meilleurs et les plus dévoués commettent des erreurs ; mais il est certain que plus nous pourrons, par la grâce, mortifier notre propre volonté, moins nous en commettrons. C’est un bonheur, quand, en somme, notre sentier est réellement un sentier de foi et de sincère dévouement à Christ.

Ainsi marchait Moïse. Il était un homme de foi, un homme qui s’abreuvait et se pénétrait de l’esprit de son Maître, et marchait sur Ses traces avec une fermeté et une constance merveilleuses. Il anticipa, il est vrai, de quarante années, le temps fixé par Dieu pour le jugement de l’Égypte et la délivrance d’Israël ; cependant, nous ne voyons pas qu’il soit fait mention de ce fait dans le commentaire inspiré que nous trouvons au chapitre 11 aux Hébreux, où il n’est question que du principe divin sur lequel, en somme, sa marche était fondée. « Par la foi, Moïse, étant devenu grand, refusa d’être appelé fils de la fille du Pharaon, choisissant plutôt d’être dans l’affliction avec le peuple de Dieu, que de jouir pour un temps des délices du péché, estimant l’opprobre du Christ un plus grand trésor que les richesses de l’Égypte ; car il regardait à la rémunération. Par la foi, il quitta l’Égypte, ne craignant pas la colère du roi, car il tint ferme, comme voyant celui qui est invisible » (Héb. 11, 24-27).

Ce passage nous présente la conduite de Moïse d’une manière pleine de grâce. C’est toujours ainsi que le Saint Esprit traite l’histoire des saints de l’Ancien Testament. Quand Il écrit l’histoire d’un homme, Il nous montre cet homme tel qu’il est avec toutes ses fautes et toutes ses imperfections ; mais quand, dans le Nouveau Testament, Il commente cette même histoire, Il se borne à faire connaître le vrai principe et le résultat général de la vie de cet homme. Ainsi, bien qu’il soit rapporté dans l’Exode que « Moïse regarda çà et là », qu’« il eut peur, et dit : Certainement le fait est connu », et enfin que « Moïse s’enfuit de devant le Pharaon », nous lisons dans l’épître aux Hébreux que ce que Moïse fit, il le fit « par la foi », « qu’il ne craignit pas la colère du roi », qu’« il tint ferme comme voyant celui qui est invisible ».

Il en sera bientôt de même, quand le Seigneur viendra, « qui mettra en lumière les choses cachées des ténèbres, et manifestera les conseils des cœurs ; alors chacun recevra sa louange de la part de Dieu » (1 Cor. 4, 5). C’est là une vérité bien consolante et bien précieuse pour toute âme droite et pour tout cœur fidèle. Le cœur peut former plus d’un dessein, que, pour diverses raisons, la main est incapable d’exécuter ; tous ces desseins seront « manifestés » quand « le Seigneur viendra ». Bénie soit la grâce qui nous en a donné l’assurance ! Les conseils d’amour d’un cœur qui Lui est attaché sont bien plus précieux à Christ que les œuvres extérieures les plus parfaites. Celles-ci pourront briller aux yeux des hommes et faire l’objet de leurs discours ; les premiers ne sont que pour le cœur de Jésus, et ils seront manifestés devant Dieu et les saints anges. Puissent les cœurs de tous les serviteurs de Christ être exclusivement occupés de Sa personne ; puissent leurs yeux être fermement arrêtés sur Son retour !

En étudiant la vie de Moïse, nous voyons que la foi lui fit suivre une route tout opposée au cours ordinaire de la nature, portant Moïse non seulement à mépriser tous les plaisirs, toutes les séductions et tous les honneurs de la cour du Pharaon, mais encore à abandonner un champ d’activité utile, en apparence très étendu. Les raisonnements des hommes l’auraient conduit dans une voie toute contraire ; ils l’auraient porté à user de son influence en faveur du peuple de Dieu et à agir en faveur de ce peuple, plutôt qu’à souffrir avec lui. Selon le jugement de l’homme, la providence semblait avoir ouvert à Moïse un champ de travail étendu et très important ; et, en effet, si jamais la main de Dieu a manifestement placé quelqu’un dans une position toute particulière, c’est bien le cas pour Moïse. Ce fut par une intervention merveilleuse et par un enchaînement incompréhensible de circonstances, dont chacune révélait la main du Tout-puissant et que nulle prévoyance humaine n’eût pu combiner, que la fille du Pharaon devint l’instrument par lequel Moïse fut retiré des eaux, nourri et élevé jusqu’à ce que « il fût parvenu à l’âge de quarante ans » (Act. 7, 23). En de pareilles circonstances, l’abandon de sa haute positon et de l’influence qu’elle lui permettait d’exercer ne pouvait être envisagé chez Moïse que comme le résultat d’un zèle malentendu.

Ainsi raisonne notre pauvre nature aveugle ; mais la foi pensait autrement : car la nature et la foi sont toujours en opposition l’une avec l’autre. Elles ne peuvent s’accorder sur un seul point ; et peut-être n’est-il rien sur quoi elles diffèrent davantage que sur ce qu’on appelle généralement « des directions providentielles ». La nature envisagera toujours ces directions comme des autorisations pour se laisser aller à ses propres penchants ; tandis que la foi les considérera comme autant d’occasions de renoncement à soi-même. Jonas aurait pu voir, dans la rencontre d’un vaisseau allant à Tarsis, une direction bien remarquable de la providence ; tandis que, de fait, ce fut une porte par laquelle il se détourna du chemin de l’obéissance.

Sans doute, c’est le privilège du chrétien de voir la main et d’entendre la voix de son Père en toutes circonstances. Le chrétien, qui se laisse conduire par elles, ressemble à un vaisseau en mer, sans boussole et sans gouvernail ; il est exposé à la merci des vagues et des vents. La promesse de Dieu à Son enfant est : « Je te conseillerai, ayant mon œil sur toi » (Ps. 32, 8) ; et Sa parole d’avertissement : « Ne soyez pas comme le cheval, comme le mulet, qui n’ont pas d’intelligence, dont l’ornement est la bride et le mors, pour les réfréner quand ils ne veulent pas s’approcher de toi » (Ps. 32, 9). Or il vaut mieux être guidé par l’œil de notre Père que par le mors et le frein des circonstances ; et nous savons que, dans l’acception ordinaire de l’expression, « la providence » n’est qu’un autre terme pour exprimer l’action des circonstances.

Or la puissance de la foi se montre constamment dans le refus et l’abandon de ces prétendues directions providentielles. Il en fut ainsi dans le cas de Moïse. « Par la foi, il refusa d’être appelé fils de la fille du Pharaon », et « par la foi, il quitta l’Égypte ». S’il eût jugé sur la vue de ses yeux, il eût saisi la dignité qui lui était offerte comme un don manifeste de la providence et il fût resté à la cour du Pharaon, où en apparence la main de Dieu lui avait préparé un vaste champ de travail. Mais comme il marchait par la foi, et non par la vue de ses yeux, il abandonna tout ! Quel noble exemple à suivre !

Et remarquez que ce que Moïse estima « un plus grand trésor que les richesses de l’Égypte », c’était non pas seulement l’opprobre pour Christ, mais « l’opprobre du Christ ». « Les outrages de ceux qui t’outragent sont tombés sur moi » (Ps. 69, 9). Le Seigneur Jésus s’identifia en parfaite grâce avec Son peuple. Quittant le sein du Père et déposant toute la gloire dont Il était revêtu, Il descendit du ciel ; Il se mit à la place de Son peuple ; Il confessa les péchés des siens et porta leur jugement sur le bois maudit. Tel fut Son dévouement volontaire ; Il ne se borna pas à agir pour nous, mais Il se fit un avec nous, nous délivrant ainsi de tout ce qui pouvait être contre nous.

Nous voyons de cette manière à quel degré Moïse, dans ses sympathies, entrait dans les pensées et les sentiments de Christ à l’égard du peuple de Dieu. Placé, comme il l’était, au milieu de tout le bien-être, de la pompe et de la gloire de la maison du Pharaon, là où les « délices du péché » et « les richesses de l’Égypte » abondaient, il eût pu vivre et mourir dans l’opulence, et traverser un chemin éclairé, du commencement à la fin, par le soleil de la faveur royale ; mais ce n’eût pas été « la foi », ce n’eût pas été conforme à Christ. De la position élevée qu’il occupait, Moïse vit ses frères courbés sous le poids des pesants fardeaux qu’on avait mis sur eux ; et, par la foi, il comprit que sa place était avec eux. Oui, avec eux, dans leur opprobre, dans leur servitude, dans leur affliction et leur avilissement. S’il n’eût été mû que par un sentiment de bienveillance, de philanthropie ou de patriotisme, il eût pu faire valoir son influence personnelle en faveur de ses frères ; il fût parvenu, peut-être, à engager le Pharaon à diminuer le fardeau sous lequel il les accablait et à leur rendre la vie plus douce par des concessions royales qu’il leur eût fait accorder ; mais une voie pareille ne sera jamais celle d’un cœur quelque peu en communion avec le cœur de Christ, et ne le satisfera jamais. Or tel était, par la grâce, le cœur de Moïse. C’est pourquoi, avec toute l’énergie et toutes les affections de ce cœur, il se jeta, corps, âme et esprit, au milieu même de ses frères opprimés, « choisissant plutôt d’être dans l’affliction avec le peuple de Dieu ». Et, de plus, c’est « par la foi » qu’il agit ainsi.

Pesez bien ceci, cher lecteur : nous ne devons pas nous contenter de désirer le bien du peuple de Dieu, de nous employer pour lui, ou de parler avec bienveillance en sa faveur ; nous devons nous identifier pleinement avec lui, quelque méprisé et persécuté qu’il puisse être. Un esprit généreux et bienveillant peut trouver une certaine jouissance à patronner le christianisme ; mais c’est quelque chose de tout à fait différent de s’identifier avec les chrétiens et de souffrir avec Christ. C’est une chose que d’être un protecteur, c’est tout une autre chose d’être un martyr ; ces deux choses sont distinguées l’une de l’autre d’un bout à l’autre de l’Écriture. Abdias prit soin des témoins de Dieu (1 Rois 18, 3, 4), mais Élie fut un témoin pour Dieu. Darius était si fort attaché à Daniel que, à cause de lui, il passa une nuit sans sommeil ; mais Daniel passa cette même nuit dans la fosse aux lions, comme témoin de la vérité (Dan. 6, 18). Nicodème hasarda une parole pour Christ, mais une plus mûre connaissance du Maître l’aurait porté à s’identifier avec Lui.

Ces considérations sont éminemment pratiques. Le Seigneur Jésus n’a pas besoin de protecteurs ; Il veut des compagnons. La vérité qui Le concerne nous est révélée, non pas pour que nous prenions la défense de Sa cause sur la terre, mais pour que nous ayons communion avec Sa personne dans les cieux. Il s’est identifié avec nous au prix immense de tout ce que l’amour pouvait donner. Il n’y était point obligé ; Il eût pu garder Sa place éternelle « dans le sein du Père » ; mais alors comment le puissant fleuve d’amour qui était retenu dans Son cœur eût-il pu descendre jusqu’à nous, pécheurs coupables et dignes de l’enfer ? Entre Lui et nous il ne pouvait y avoir d’unité qu’à des conditions qui exigeaient de Sa part l’abandon de toutes choses. Mais béni soit, à jamais, Son nom adorable ! Il s’y est volontairement soumis : « Il s’est donné lui-même pour nous, afin qu’il nous rachetât de toute iniquité et qu’il purifiât pour lui-même un peuple acquis, zélé pour les bonnes œuvres » (Tite 2, 14). Il n’a pas voulu jouir tout seul de Sa gloire, Il a voulu satisfaire Son cœur aimant en s’associant « plusieurs fils » dans cette gloire. « Père, dit-Il, je veux, quant à ceux que tu m’as donnés, que là où moi je suis, ils y soient aussi avec moi, afin qu’ils voient ma gloire, que tu m’as donnée ; car tu m’as aimé avant la fondation du monde » (Jean 17, 24). Telles étaient les pensées de Christ à l’égard de Son peuple ; et nous pouvons juger combien le cœur de Moïse sympathisait avec ces pensées bénies. Sans contredit, il participait à un haut degré de l’esprit de son Maître, et montra cet esprit en sacrifiant, de son plein gré, toute considération personnelle et en s’associant, sans réserve, au peuple de Dieu.

Dans le chapitre suivant, nous aurons à considérer de nouveau le caractère personnel et les actes de ce grand serviteur de Dieu ; nous nous bornons à le considérer ici comme type du Seigneur Jésus. D’après ce que nous lisons, Deutéronome 18, 15 : « L’Éternel, ton Dieu, te suscitera un prophète, comme moi, du milieu de toi, d’entre tes frères ; vous l’écouterez » (comp. Act. 7, 37), il est évident que Moïse était un type de Christ. Nous ne nous livrons donc pas à des pensées d’homme en considérant Moïse comme un type, mais nous suivons l’enseignement clair et exprès de l’Écriture, qui, dans les derniers versets du chapitre 2 de l’Exode nous présente ce même type sous un double aspect : d’abord (v. 14 et Act. 7, 27, 28), dans sa réjection par Israël ; ensuite dans son union avec une étrangère du pays de Madian (v. 21, 22). Nous avons déjà développé ces deux points, en quelque mesure, dans l’histoire de Joseph, qui, rejeté par ses frères selon la chair, s’unit avec une femme égyptienne. La réjection de Christ par Israël, et Son union avec l’Église sont représentées en figure dans l’histoire de Joseph comme dans celle de Moïse ; mais sous des aspects différents. Dans l’histoire de Joseph, on voit la manifestation de l’inimitié positive contre sa personne ; dans celle de Moïse, il s’agit plutôt de la réjection de sa mission. De Joseph il est écrit : « Ils le haïssaient, et ne pouvaient lui parler paisiblement ». À Moïse, ils dirent : « Qui t’a établi chef et juge sur nous ? ». En un mot, le premier fut personnellement haï ; le dernier, publiquement rejeté.

Il en est de même quant à la manière dont le grand mystère de l’Église est présenté dans l’histoire de ces deux saints de l’Ancien Testament. Asnath représente une phase de l’Église toute différente de celle qui est représentée par Séphora. Asnath fut unie à Joseph pendant le temps de son exaltation ; Séphora fut la compagne de Moïse pendant le temps de sa vie obscure au désert (comp. Gen. 41, 41-45 avec Ex. 2, 15 ; 3, 1). Joseph et Moïse étaient, tous deux, rejetés par leurs frères à l’époque de leur union avec une étrangère ; mais le premier était gouverneur sur tout le pays d’Égypte, tandis que le dernier paissait un troupeau « derrière le désert ».

Soit donc que nous contemplions Christ manifesté en gloire, ou caché à la vue du monde, l’Église Lui est intimement associée. Et, de même que le monde ne Le voit pas maintenant, il ne peut pas non plus prendre connaissance de ce corps qui est un avec Lui. « Le monde ne nous connaît pas, parce qu’il ne l’a pas connu » (1 Jean 3, 1). Bientôt, Christ apparaîtra dans Sa gloire, et l’Église apparaîtra avec Lui. « Quand le Christ, qui est notre vie, sera manifesté, alors vous aussi, vous serez manifestés avec lui en gloire » (Col. 3, 4) ; et encore : « La gloire que tu m’as donnée, moi, je la leur ai donnée, afin qu’ils soient un, comme nous, nous sommes un ; moi en eux, et toi en moi ; afin qu’ils soient consommés en un, et que le monde connaisse que toi tu m’as envoyé, et que tu les as aimés comme tu m’as aimé » (Jean 17, 22, 23)[2].

Telle est la haute et sainte position de l’Église. Elle est une avec Celui qui est rejeté du monde, mais qui occupe le trône de la Majesté dans les cieux. Le Seigneur Jésus s’est rendu responsable pour elle sur la croix, afin qu’elle partageât Sa réjection présente et Sa gloire à venir. Plût à Dieu, que tous ceux qui font partie d’un corps aussi glorieusement privilégié fussent plus profondément pénétrés du sentiment intelligent de la marche qui leur convient et du caractère qu’ils doivent revêtir ici-bas ! Alors, assurément, les enfants de Dieu devraient répondre tous, plus pleinement et plus nettement, à cet amour dont Il les a aimés, à ce salut qu’Il leur a donné, et à cette dignité dont Il les a revêtus. La marche du chrétien devrait toujours être le résultat naturel d’un privilège compris et réalisé, non le résultat forcé de promesses et de résolutions légales ; le fruit naturel d’une position connue et dont on jouit par la foi, non le fruit des propres efforts de l’homme pour arriver à une position « par des œuvres de loi ». Tous les vrais croyants sont une partie de l’Épouse de Christ ; ils doivent donc à Christ les affections qui conviennent à cette relation. On n’entre pas dans la relation à cause des affections, mais les affections découlent de la relation. Qu’il en soit ainsi, Seigneur, de tout ton peuple bien-aimé que tu as racheté au prix de ton sang !