Chapitre 2, 1 à 10

Cette portion du livre de l’Exode abonde en principes de vérité divine de la plus haute importance, et que nous pouvons classer sous trois chefs principaux, savoir : la puissance de Satan ; la puissance de Dieu ; et la puissance de la foi. Au dernier verset du chapitre précédent, nous lisons : « Le Pharaon commanda à tout son peuple, disant : Tout fils qui naîtra, jetez-le dans le fleuve ; mais toute fille, laissez-la vivre ». C’est là la puissance de Satan ! Le fleuve était le lieu de la mort, et par la mort, l’Ennemi cherchait à rendre vain le dessein de Dieu. De tout temps, le serpent a veillé d’un œil malin sur les instruments dont Dieu voulait se servir pour accomplir Ses conseils de miséricorde. Que voyons-nous au chapitre 4 de la Genèse, si ce n’est le serpent veillant sur Abel, le vase choisi de Dieu, et s’efforçant de le faire disparaître par la mort ? Dans l’histoire de Joseph (Gen. 37), on voit encore l’Ennemi à l’œuvre, cherchant à faire mourir l’homme choisi de Dieu pour l’accomplissement de Ses desseins. Il en est de même lors de l’extermination de la « semence royale » (2 Chron. 22) ; des petits enfants de Bethléhem (Matt. 2) ; dans la mort de Christ (Matt. 27) : dans chacun de ces cas, l’Ennemi a cherché à interrompre, par le moyen de la mort, la courant de l’action divine. Mais, que Dieu en soit béni, il existe quelque chose au-delà de la mort. Toute la sphère de cette action de Dieu, en tant qu’elle est liée à la rédemption, se trouve au-delà des limites du domaine de la mort. C’est quand Satan a épuisé toute sa puissance que Dieu commence à se montrer. Le tombeau est le terme de l’activité de Satan ; mais là commence l’activité de Dieu. Glorieuse vérité ! Satan a la puissance de la mort ; mais Dieu est le Dieu des vivants, et Il communique une vie qui est au-delà des atteintes et de la puissance de la mort ; une vie à laquelle Satan ne peut toucher. Le cœur croyant trouve ainsi un doux soulagement au milieu d’une scène où règne la mort ; il peut sans effroi contempler Satan déployant la plénitude de son pouvoir ; il peut s’appuyer avec confiance sur la puissante intervention de Dieu dans la résurrection. Il peut s’arrêter devant la tombe qui vient de se fermer sur un objet bien-aimé et recueillir, de la bouche de Celui qui est « la résurrection et la vie », la bienheureuse assurance d’une glorieuse immortalité. Sachant que Dieu est plus fort que Satan, il peut attendre en paix la pleine manifestation de la force supérieure de Dieu et, en attendant ainsi, trouver la victoire de cette force et la paix assurée qu’elle porte avec elle. Les premiers versets de ce chapitre nous offrent un bel exemple de cette puissance de la foi.

« Et un homme de la maison de Lévi alla, et prit une fille de Lévi ; et la femme conçut, et enfanta un fils ; et elle vit qu’il était beau ; et elle le cacha trois mois. Et comme elle ne pouvait plus le cacher, elle prit pour lui un coffret de joncs, et l’enduisit de bitume et de poix, et mit dedans l’enfant, et le posa parmi les roseaux sur le bord du fleuve. Et sa sœur se tint à distance pour savoir ce qu’on lui ferait » (v. 1-4). De quelque manière que nous l’envisagions, cette scène est d’un vif intérêt. Nous y voyons la foi, triomphant des influences de la nature et de la mort, et permettant au Dieu de résurrection d’agir dans la sphère et selon le caractère qui Lui sont propres. Sans doute, la puissance de l’Ennemi se montre, elle aussi, d’une manière évidente, en ce qu’il a fallu que l’enfant se trouvât placé dans une semblable position, une position de mort, en principe. De plus, une épée transperce le cœur de la mère, quand elle voit son enfant bien-aimé couché ainsi dans la tombe. Mais, si Satan pouvait agir, si la nature pleurait, Celui qui vivifie les morts était derrière le sombre nuage, et la foi Le contemplait là, dorant de Ses brillants et vivifiants rayons le côté céleste du nuage. « Par la foi, Moïse, étant né, fut caché trois mois par ses parents, parce qu’ils virent que l’enfant était beau, et ils ne craignirent pas l’ordonnance du roi » (Héb. 11, 23).

Par cet acte, cette noble fille de Lévi nous donne une sainte leçon. Son « coffret de joncs, enduit de bitume », proclame la confiance qu’elle avait en la vérité, qu’il y avait quelque chose qui, comme autrefois pour Noé, « le prédicateur de justice », pouvait abriter ce bel enfant contre les eaux de la mort. En effet, le coffret de joncs était-il seulement une invention humaine, la création de la prévoyance et de l’adresse naturelle de l’homme, l’inspiration d’un cœur de mère, nourrissant la chère, mais chimérique espérance d’arracher son trésor aux mains impitoyables de la mort par l’eau ? Ou n’est-ce pas plutôt la foi qui l’a formé pour être un vaisseau de miséricorde, pour porter en toute sûreté un bel enfant, par-dessus les sombres eaux de la mort, à la place qui lui était destinée par le décret immuable du Dieu vivant ? Lorsque nous contemplons la fille de Lévi, penchée sur « ce coffret de joncs » que sa foi a construit, et y déposant son enfant, la mère de Moïse nous apparaît comme une image de la foi qui, s’élevant hardiment bien au-dessus de cette terre de mort et de désolation, perce, de son regard d’aigle, les sombres nuages qui s’amoncellent autour d’une tombe, et voit le Dieu de résurrection déployer les résultats de Ses éternels conseils, dans une sphère où nulle flèche de la mort ne peut atteindre. Appuyée sur le « Rocher des siècles », elle écoute dans un saint triomphe, pendant que les vagues de la mort bruissent à ses pieds.

Or quelle pouvait être la valeur de « l’ordonnance du roi », pour une âme qui possédait ce principe céleste ? Quelle importance pouvait-elle avoir pour celle qui pouvait se tenir calmement à côté de son coffret de joncs, et regarder la mort en face ? Le Saint Esprit nous l’apprend : Par la foi, les parents de Moïse ne craignirent pas l’ordonnance du roi (Héb. 11, 23). L’âme, qui sait un peu ce que c’est que la communion avec le Dieu qui ressuscite les morts, n’a peur de rien ; elle peut emprunter le langage triomphant de l’apôtre (1 Cor. 15, 55-57), et dire : « Où est, ô mort, ton aiguillon ? Où est, ô mort, ta victoire ? Or l’aiguillon de la mort, c’est le péché ; et la puissance du péché, c’est la loi. Mais grâces à Dieu, qui nous donne la victoire par notre seigneur Jésus Christ ! ». Elle peut prononcer ces paroles de triomphe sur le martyre d’Abel, sur Joseph dans la fosse, sur Moïse dans son coffret de joncs, sur la race royale exterminée par la main d’Athalie ; sur les petits enfants de Bethléhem, mis à mort par l’ordre du cruel Hérode ; et, par-dessus tout, elle peut les prononcer sur la tombe du Chef de notre salut.

Mais quelques-uns peut-être ne savent pas discerner, dans la construction du coffret de joncs, l’œuvre de la foi. Plusieurs sont peut-être incapables d’aller plus près que la sœur de Moïse, laquelle « se tint à distance pour savoir ce qu’on lui ferait ». Il est bien évident que « la sœur » n’était pas à la hauteur de « la mère », quant à « la mesure de la foi ». Il y avait en elle, sans aucun doute, cet intérêt profond, cette affection réelle que nous voyons en « Marie de Magdala et l’autre Marie,… assises vis-à-vis du sépulcre » (Matt. 27, 61). Mais il y avait, dans l’auteur du « coffret », quelque chose de bien supérieur à l’intérêt ou à l’affection. Il est vrai, la mère ne se tenait pas à distance pour savoir ce qu’on ferait à son enfant, et comme il arrive fréquemment, la grandeur morale de la foi chez elle pouvait paraître comme de l’indifférence, toutefois, ce n’était pas de l’indifférence, mais de la vraie grandeur, la grandeur de la foi. Si son affection naturelle ne la retient pas près du théâtre de la mort, la puissance de la foi avait donné à la mère de Moïse une œuvre plus noble à accomplir, en la présence du Dieu de résurrection ; sa foi avait fait place pour Lui, sur la scène ; et Il s’y manifesta d’une manière infiniment glorieuse.

« Et la fille du Pharaon descendit au fleuve pour se laver, et ses jeunes filles se promenaient sur le bord du fleuve ; et elle vit le coffret au milieu des roseaux, et elle envoya sa servante, qui le prit ; et elle l’ouvrit, et vit l’enfant ; et voici, c’était un petit garçon qui pleurait. Et elle eut compassion de lui, et dit : C’est un des enfants des Hébreux » (v. 5, 6). La réponse divine commence ici à se faire entendre à l’oreille de la foi par les plus doux accents. Dieu était dans tout cela. Que le rationaliste, l’incrédule, l’athée, rient à cette idée : la foi aussi en rit, mais d’un rire bien différent. Le rire des premiers est le rire froid du dédain à l’idée d’une intervention divine dans une affaire aussi triviale que celle de la promenade d’une fille de roi ; le rire de la foi est un rire de bonheur, à la pensée que Dieu est dans tout ce qui arrive ; et si jamais l’intervention de Dieu s’est montrée en quelque chose, c’est assurément dans cette promenade de la fille du Pharaon, bien que celle-ci n’en sût rien.

L’une des plus douces occupations de l’âme régénérée est de suivre les traces de l’intervention divine dans des circonstances et des événements, dans lesquels un esprit léger ne sait voir qu’un hasard aveugle ou un destin cruel. Il arrive parfois que la chose la plus insignifiante devient un anneau important dans une suite d’événements que le Dieu Tout-puissant fait concourir aux déploiements de Ses grands desseins. Ainsi, par exemple, au chapitre 6 du livre d’Esther, verset 1, vous voyez un monarque païen, passant une nuit sans sommeil ; circonstance sans doute assez ordinaire pour lui et pour beaucoup d’autres ; et, cependant, cette circonstance même devint un anneau dans cette longue chaîne d’événements providentiels que nous voyons se terminer par la délivrance de la postérité opprimée d’Israël. Il en est de même de la fille du Pharaon dans sa promenade au bord de la rivière. Elle ne songeait guère qu’elle allait concourir à l’avancement du dessein de Jéhovah, « le Dieu des Hébreux » ! Combien elle pensait peu que cet enfant, qui pleurait dans ce coffret de joncs, était l’instrument destiné par Jéhovah pour ébranler l’Égypte jusque dans ses fondements ! Cependant il en était ainsi. L’Éternel peut faire que « la colère de l’homme le loue » et Il peut se ceindre « du reste de la colère » (Ps. 76, 10).

« Et sa sœur dit à la fille du Pharaon : Irai-je et appellerai-je auprès de toi une nourrice d’entre les Hébreues, et elle t’allaitera l’enfant ? Et la fille du Pharaon lui dit : Va ! Et la jeune fille alla, et appela la mère de l’enfant. Et la fille du Pharaon lui dit : Emporte cet enfant, et allaite-le pour moi, et je te donnerai ton salaire. Et la femme prit l’enfant, et l’allaita. Et l’enfant grandit, et elle l’amena à la fille du Pharaon, et il fut son fils ; et elle appela son nom Moïse, et dit : Car je l’ai tiré des eaux » (chap. 2, 7-10). La foi de la mère de Moïse trouve ici sa pleine récompense ; Satan est confondu, et la merveilleuse sagesse de Dieu est manifestée. Qui aurait imaginé que celui qui avait dit : « Si c’est un fils, vous le ferez mourir », et encore : « Tout fils qui naîtra, jetez-le dans le fleuve », aurait à sa cour un de ces mêmes fils, et un pareil « fils » ! Le diable fut vaincu par ses propres armes, et le Pharaon, dont il voulait se servir pour anéantir le dessein de Dieu, fut employé par Dieu pour nourrir et élever ce Moïse qui devait être l’instrument de Dieu pour confondre la puissance de Satan. Vraiment, « l’Éternel se montre merveilleux en conseil et grand en sagesse » (És. 28, 29). Confions-nous en Lui avec plus de simplicité ; alors notre sentier sera plus heureux, et notre témoignage plus efficace.