Chapitres 27 à 35

Ces chapitres nous font connaître l’histoire de Jacob, ou tout au moins les principaux événements de sa vie ; l’Esprit de Dieu nous y donne un enseignement profond sur les conseils de la grâce de Dieu, ainsi que sur l’entière incapacité et la corruption absolue de la nature humaine.

Au chapitre 25, j’ai, avec intention, laissé de côté un passage qui se rapporte à Jacob, et qui sera mieux à sa place ici où nous allons nous occuper de lui : « Et Isaac pria instamment l’Éternel au sujet de sa femme, car elle était stérile ; et l’Éternel se rendit à ses prières, et Rebecca sa femme conçut. Et les enfants s’entrepoussaient dans son sein ; et elle dit : S’il en est ainsi, pourquoi suis-je là ? Et elle alla consulter l’Éternel. Et l’Éternel lui dit : Deux nations sont dans ton ventre, et deux peuples se sépareront en sortant de tes entrailles ; et un peuple sera plus fort que l’autre peuple, et le plus grand sera asservi au plus petit » (voyez les versets 19 et suivants). Malachie fait allusion à ce passage : « Je vous ai aimés, dit l’Éternel ; et vous dites : En quoi nous as-tu aimés ? Ésaü n’était-il pas frère de Jacob ? dit l’Éternel ; et j’ai aimé Jacob ; et j’ai haï Ésaü » (Mal. 1, 2, 3) ; et ces paroles du prophète sont citées par l’apôtre Paul (Rom. 9, 11-13) : « Car avant que les enfants fussent nés et qu’ils eussent rien fait de bon ou de mauvais, afin que le propos de Dieu selon l’élection demeurât, non point sur le principe des œuvres, mais de celui qui appelle, il lui fut dit : « Le plus grand sera asservi au plus petit », ainsi qu’il est écrit : J’ai aimé Jacob, et j’ai haï Ésaü ».

Le conseil éternel de Dieu, selon l’élection de la grâce, nous est ainsi clairement présenté. Cette expression : l’élection de la grâce a une immense portée. Elle anéantit toutes les prétentions de l’homme et proclame le droit de Dieu à agir comme il Lui plaît. Ceci est de la plus haute importance. L’homme ne peut jouir d’aucun bonheur réel aussi longtemps qu’il n’a pas été amené à courber sa tête devant la grâce souveraine. Il lui convient de faire ainsi, attendu qu’il est pécheur et que, comme tel, il est absolument sans titre pour agir, ou pour prescrire à Dieu quelque chose. Le grand avantage qui résulte pour nous de cette position, c’est que, quand nous sommes sur ce terrain, il ne s’agit plus pour nous de ce que nous méritons, mais de ce qu’il plaît à Dieu de nous donner. Le fils prodigue peut vouloir, comme par humilité, se faire serviteur ; mais du moment qu’il est question de mérite, il n’est, de fait, pas digne d’occuper une place de serviteur, et il ne lui reste qu’à accepter ce que le père trouve bon de lui donner, savoir la position la plus élevée, celle de la communion avec lui-même. Il ne peut pas en être autrement, car la grâce couronnera toute l’œuvre dans tous les siècles des siècles. Heureux sommes-nous qu’il en soit ainsi ! À mesure que nous avançons, faisant jour après jour de nouvelles découvertes au sujet de ce que nous sommes, nous avons besoin, pour être soutenus, de l’inébranlable fondement de la grâce. La ruine de l’homme est sans espoir ; il faut, par conséquent, que la grâce soit infinie ; or elle est infinie ; Dieu Lui-même en est la source, Christ le canal et le Saint Esprit la puissance qui l’applique à l’âme et en communique la jouissance. La Trinité est manifestée dans la grâce et par la grâce qui sauve un pauvre pécheur. « La grâce règne par la justice pour la vie éternelle par Jésus Christ notre Seigneur » (Rom. 5, 21). La grâce ne pouvait régner qu’en rédemption. Dans la création, nous pouvons contempler la sagesse et la puissance ; dans la providence, la bonté et la longanimité ; mais ce n’est que dans la rédemption que nous voyons le règne de la grâce, et ce règne fondé sur le règne de la justice.

Or, nous voyons en Jacob la puissance de la grâce divine, parce que nous trouvons en lui un exemple remarquable de la puissance de la nature humaine. La nature apparaît en Jacob dans toute l’obliquité de ses voies, et ainsi la grâce se montre dans toute sa puissance et sa beauté morales. Il semble, d’après les faits qui nous sont rapportés que, déjà avant sa naissance, au moment de sa naissance et après sa naissance, l’énergie extraordinaire de sa nature se soit montrée. Avant sa naissance, nous lisons que « les enfants s’entrepoussaient dans son ventre » ; — à sa naissance : « et sa main tenait le talon d’Ésaü » ; — et après sa naissance, nous ne voyons d’un bout à l’autre de sa carrière, sans en excepter la phase du chapitre 32, que des manifestations de la nature la moins aimable ; mais tout cela, comme un fond noir, ne sert qu’à faire ressortir la grâce de Celui qui condescend à s’appeler du nom de « Dieu de Jacob », de ce nom qui est la touchante expression de la grâce.

Nous avons à nous occuper maintenant de l’examen des chapitres 27 à 35.