Sa dépendance

« Je me confierai en lui »

(Héb. 2, 13)

Quel moment que celui où le Seigneur calma la fureur du vent sur la mer de Galilée ! Que cette scène dut être belle et merveilleuse pour ceux qui en furent les témoins, et combien elle le serait encore pour nous maintenant, eussions-nous, pour y penser, des cœurs sensibles aux gloires de Christ ! On peut parler de la force nécessaire des principes ou des lois de la nature, et du cours absolu des choses ; mais assurément, la première loi de la nature est qu’elle obéisse à son Créateur. Et ici (voir Marc 4), en un clin d’œil, la mer de Galilée sentit la présence et répondit à la parole de Celui qui, à Son gré, change le cours de la nature, ou par un signe la bouleverse tout entière.

C’était Jésus Jéhovah. C’était le Dieu à qui autrefois le Jourdain et la mer Rouge avaient obéi : « Qu’avais-tu, mer, pour t’enfuir ; toi, Jourdain, pour retourner en arrière ? Vous, montagnes, pour sauter comme des béliers ; vous, collines, comme des agneaux ? Devant la face du Seigneur, tremble, ô terre ! » (Ps. 114). La réponse est là, soit que nous écoutions la voix de la mer Rouge aux jours de l’Exode, ou celle de la mer de Galilée au temps de l’évangile : la présence de Dieu, tel est le secret. « Il a parlé, et la chose a été ».

Quand le soleil et la lune s’arrêtèrent au milieu des cieux, il est dit que l’Éternel écouta la voix d’un homme. Josué parla à l’Éternel, et l’Éternel combattit pour Israël. La chose était tout à fait merveilleuse ; l’Esprit Saint qui la rapporte la caractérise ainsi : « Cela n’est-il pas écrit dans le livre de Jashar ? Et le soleil demeura au milieu des cieux, et ne se hâta point de se coucher, environ un jour entier. Et il n’y a point eu de jour comme celui-là, ni avant ni après, où l’Éternel écoutât la voix d’un homme » (Jos. 10). Mais Jésus agit immédiatement, et de Lui-même, et sans que l’écrivain sacré en fasse une chose merveilleuse. Tout l’étonnement manifesté vient des cœurs mal préparés et incrédules des disciples qui ne connaissaient pas la gloire du Dieu d’Israël. Mais sous l’enseignement de l’Esprit qui prend de ce qui est à Christ et nous l’annonce, nous, bien-aimés, devrions mieux la comprendre, comme aussi mieux la discerner, soit à la mer Rouge, dont les eaux se fendirent pour laisser passer Israël, soit au Jourdain qui retourna en arrière, soit au vagues calmées du lac de Galilée.

Mais à la mer Rouge, nous voyons plus touchant Jésus, que le fait de fendre les eaux.

La nuée qui apparut à Israël aussitôt qu’il eut été racheté par le sang en Égypte, la nuée qui l’accompagna à travers le désert, était le guide du camp. Mais elle était aussi le voile qui couvrait la gloire. Tel était le mystère admirable qui se trouvait au milieu d’Israël. Ordinairement c’était une gloire cachée, parfois elle était manifestée, mais elle était toujours là — le guide et le compagnon d’Israël, mais son Dieu aussi. Celui qui était assis entre les chérubins, marcha à travers le désert devant les pas d’Éphraïm, de Benjamin et de Manassé (Ps. 80). La gloire demeurait dans la nuée pour conduire Israël, mais elle était aussi dans le sanctuaire, et ainsi, tandis que, sous sa forme humble et voilée, elle guidait le camp, elle réclamait les honneurs divins du sanctuaire.

Or tel était Jésus, « Dieu manifesté en chair » — habituellement voilé sous la forme de serviteur, mais toujours, pour la foi et l’adoration des saints, Celui qui ne regardait pas comme un objet à ravir d’être égal à Dieu, et parfois se manifestait en grâce et en autorité divines.

En approchant de la mer Rouge, Israël avait besoin de protection. La nuée accomplit ce service de miséricorde. Elle vient se placer entre les Égyptiens et le camp, obscurité pour les uns, lumière pour les autres, de sorte qu’ils n’approchèrent point les uns des autres de toute la nuit. Quand enfin, le matin, l’Éternel, dans la colonne de nuée, regarda l’armée des Égyptiens, Il la mit en désordre. C’est ainsi que, dans une occasion semblable, Jésus agit comme le firent alors la nuée et la gloire. Il se place entre Ses disciples et ceux qui les poursuivent : « Si c’est moi que vous cherchez », dit-Il, « laissez aller ceux-ci ». Il les abrite comme autrefois par Sa présence. Il regarde comme autrefois à travers la nuée qui voile Sa gloire, et jette le trouble parmi la troupe ennemie. « Jésus leur dit : C’est moi. Quand donc il leur eut dit : C’est moi, ils reculèrent et tombèrent par terre ». Il montra cette fois encore que Son bras n’était pas raccourci. Avec la même facilité et la même autorité que le Dieu d’Israël agit au passage de la mer Rouge, Jésus agit au jardin de Gethsémané (Ex. 14 ; Jean 18). Les dieux d’Égypte s’inclinèrent devant Lui à la mer Rouge, comme les dieux de Rome à Gethsémané, et quand Il sera manifesté une seconde fois au monde, il sera dit : « Que tous les anges de Dieu l’adorent ».

Il y a plus. La suite de l’histoire des fils d’Israël montre qu’ils eurent besoin d’être réprimandés et avertis, aussi bien que protégés ; d’être disciplinés aussi bien que rachetés. C’est ce que nous voyons, lorsqu’ils quittent la mer Rouge pour entrer dans le désert. Mais la gloire cachée dans la nuée opéra cette œuvre divine pour eux, tout comme elle fit la première. Dans toutes les occasions où ils provoquèrent la sainteté de l’Éternel, aux jours de la manne, des espions et de l’affaire de Coré, comme aux eaux de Meriba, la gloire se montre dans la nuée en témoignage du ressentiment divin (Ex. 16 ; Nomb. 14 ; 16 ; 20). Il en était de même de Jésus. Attristé (comme l’était la gloire dans la nuée) de la dureté de cœur ou de l’incrédulité des disciples, Il donne quelque signe, quelque expression de Sa puissance divine, et, en même temps, leur adresse des paroles de répréhension. C’est ainsi que, dans l’occasion à laquelle j’ai fait allusion, lorsqu’Il était avec Ses disciples au milieu de la tempête, Il leur dit : « Pourquoi avez-vous peur ? » puis Il reprit le vent et dit à la mer : « Fais silence ! ». Il agit de même à maintes et maintes reprises, lorsque les disciples montrent leur ignorance et leur incrédulité touchant Sa personne. Par exemple, Il dit à Philippe, dans une occasion remarquable : « Je suis depuis si longtemps avec vous, et tu ne m’as pas connu, Philippe ? Celui qui m’a vu, a vu le Père ; et comment toi, dis-tu : Montre-nous le Père ? ». N’était-ce pas là ce que ressentait la gloire cachée dans la nuée ?

Assurément, nous sommes là en face du même mystère. Le Seigneur était encore là pour confondre la désobéissance ou l’incrédulité d’Israël. La gloire se montrait dans la nuée comme aux jours dont j’ai parlé plus haut ; les formes sous lesquelles se manifestait la puissance divine correspondaient exactement. La nuée était la chose habituelle ; la gloire qu’elle cachait se manifestait de temps à autre, mais était toujours là. Celui qui guidait et accompagnait le camp était aussi le Seigneur du camp. Et tout cela n’est-il pas Jésus en mystère ? La gloire était le Dieu d’Israël (voy. Éz. 43, 4 ; 44, 2), et Jésus de Nazareth était le Dieu d’Israël ou la gloire (comp. És. 6, 1 ; Jean 12, 41). Le Nazaréen voilait une lumière, ou manifestait dans la chair une gloire qui, dans sa propre plénitude, était « inaccessible » à l’homme.

Il est beau de voir Moïse refuser la gloire, mais Jésus la cachait. Moïse, « devenu grand, refusa d’être appelé fils de la fille du Pharaon », et ce fut une belle victoire remportée sur le monde. Nous aimons à être honorés, à faire valoir autant que possible ce que nous sommes, et même à nous élever plus que nous n’en avons le droit, si les hommes sont disposés à se faire illusion en notre faveur. Mais Moïse sut s’abaisser lui-même dans le palais du roi d’Égypte, et ce fut une victoire signalée de la foi sur le cours et l’esprit du monde. Mais Jésus fit davantage. Il n’avait, il est vrai, ni serviteurs, ni courtisans à enseigner, car Il fut étranger aux palais. Mais les habitants de la pauvre Nazareth Le connaissaient comme « le fils du charpentier », et Il voulut bien porter ce nom. La gloire des gloires, le Seigneur des anges, le Créateur des bouts de la terre, le Dieu des cieux, était caché sous cette humble désignation qu’Il acceptait sans rien dire.

L’Esprit Saint, en Hébreux 2, nous ouvre les sources de ce grand mystère. La grâce de Dieu voulait se répandre — précieuse pensée ! — et la louange de Celui « pour qui et par qui sont toutes choses », réclamait, pour ainsi dire, le mystère (voy. Héb. 2, 9, 10). Là, ces choses nous sont dites ; là, nous voyons ces sources abondantes d’où découlent le grand dessein et l’opération de Dieu, le mystère ineffable de la rédemption par l’humiliation du Fils de Dieu, qui doit imprimer son caractère à l’éternité. La grâce divine cherchait à se satisfaire elle-même, et la gloire divine voulait se déployer d’une manière parfaite. Tout sort de ces deux sources. Celui qui sanctifie a participé à la chair et au sang ; Il a passé par la mort ; comme Ses frères, Il a enduré les tentations, à part le péché ; Il a connu les relations avec Dieu, les expériences dans Son âme et les sympathies pour les saints ; Il a su ce qu’était la vie de la foi sur la terre, avec ses larmes et ses supplications adressées à Celui qui pouvait Le sauver de la mort, et, dans le ciel, la vie d’intercession. Il avait tout ce qui était nécessaire pour être une victime parfaite et un sacrificateur accompli : la capacité pour secourir et la dignité pour purifier. Toutes ces choses, ainsi que la résurrection, l’ascension, l’attente présente et le royaume et les gloires à venir, ont leur origine et leur source dans la grâce et la gloire divines.

C’est en vue de toutes ces choses que le Fils de Dieu a pris Sa place ici-bas. Il a été dépendant, obéissant, plein de foi, de confiance et d’espérance ; Il a été affligé, souffrant, méprisé, crucifié et enseveli ; Il a passé par tout ce que nécessitait le grand et éternel dessein de Dieu. Pour cela Il s’est anéanti, mais tout ce qu’Il a fait était infiniment digne de Sa personne. La parole qu’Il prononçait au commencement : « Que la lumière soit, et la lumière fut », n’était pas plus digne de Lui que ne l’étaient les prières et les supplications qu’Il offrait « avec de grands cris et avec larmes », durant les jours de Sa chair. Il n’aurait jamais pu être associé à rien qui fût indigne de la divinité, bien qu’Il se trouvât entièrement et à tous Ses dépens, dans les conditions et les circonstances où L’avaient amené notre culpabilité et Sa grâce qui s’en chargeait pour l’ôter.

Le petit enfant dans la crèche était la même personne que Celui qui fut cloué sur la croix. C’était Dieu manifesté en chair. Et c’est en gardant le plein sentiment de cette gloire que nous pouvons parler de Lui, comme s’étant humilié et abaissé depuis le premier jusqu’au dernier moment du chemin qu’Il a suivi sur la terre. Dans la crèche, Il fut adoré par les bergers et acclamé par les anges. Les mages de l’Orient, conduits par Dieu, vinrent Lui apporter leurs hommages. Siméon aussi, dans cette première période de la vie de Christ, L’adore dans le temple, et, chose étrange, dont rien ne peut rendre compte, sinon la lumière de l’Esprit Saint, dont il était rempli, il bénit la mère et non point l’enfant. Il Le tenait dans ses bras, et il aurait semblé naturel que dans cette occasion il eût béni l’enfant. Mais non, car Celui qu’il tenait dans ses bras n’était pas un faible enfant qu’il avait à recommander aux soins de Dieu : c’était le salut de Dieu. C’est dans ce caractère glorieux, au moment où Il était dans toute la faiblesse de la nature humaine, que Siméon L’élevait dans ses bras et se glorifiait en Lui. « Le moindre est béni par celui qui est plus excellent ». Ce n’était pas à Siméon de bénir Jésus, mais sans lui faire tort et sans rien usurper, il pouvait bénir Marie.

Anne, la prophétesse, reçut Jésus dans le même esprit. Avant cela, alors qu’Il n’était pas encore né, Il fut adoré, j’ose le dire, par l’enfant qui tressaillit de joie dans le sein d’Élisabeth, à l’ouïe de la salutation de Marie. De même aussi, avant qu’Il fut conçu, l’ange Gabriel Le reconnaît comme le Dieu d’Israël, devant la face duquel devait marcher le fils de Zacharie ; et Zacharie lui-même, par l’Esprit Saint qui l’animait, Le célébrait comme le Seigneur, le Dieu d’Israël, et comme « l’Orient d’en haut ».

L’obéissance et l’abnégation parfaites, une soumission qui n’appartenait qu’à Lui, est donc ce que l’on voit dans chaque acte et à toutes les époques de la vie du Seigneur. Et comment Celui envers qui il était rendu, estimait-Il ce service ? Comme né dans ce monde, circoncis, baptisé et oint de l’Esprit Saint, comme serviteur, comme affligé et crucifié, puis comme ressuscité, Il a passé ici-bas sous le regard de la faveur de Dieu. Dans le secret du sein de la vierge, dans les solitudes de Nazareth, dans l’activité et le service au milieu des villes et villages d’Israël, dans le suprême sacrifice de Lui-même sur la croix, et ensuite dans la fraîcheur de la nouvelle vie de résurrection, cet homme « merveilleux » a été l’objet des délices divines — parfait, sans tache, renouvelant, mais plus parfaitement, la joie que le cœur de Dieu éprouva dans l’homme, lorsque celui-ci fut créé à Son image, et faisant plus qu’annuler le repentir divin d’avoir fait l’homme sur la terre (Gen. 6).

Sa personne prêtait à tout Son service et à Son obéissance, une gloire qui leur donnait une valeur infinie. Ce n’est pas simplement parce qu’Il accomplissait volontairement ce service et cette obéissance. Il y avait quelque chose de beaucoup plus grand ; c’est ce que communiquait la personne elle-même, « l’homme qui est mon compagnon, dit l’Éternel des armées ». Qui peut peser ou mesurer une telle gloire ?

Nous connaissons bien cela dans ce qui a lieu parmi nous — je veux dire dans son genre. Plus celui qui nous sert est élevé en dignité — en dignité personnelle — plus est grande la valeur que nos pensées attribuent à son service. Et cela est juste, parce qu’il y a plus d’abnégation et de dévouement que si le service est rendu par un inférieur ; et notre cœur saisit instinctivement que c’est vraiment notre avantage qui est en vue, ou que la satisfaction de nos désirs et de nos besoins est l’objet de la pensée de celui qui sert. Le service ne nous fait pas oublier la personne. Il en est ainsi dans le précieux mystère sur lequel nous méditons. Le service et l’obéissance de Jésus étaient parfaits, sans mélange et infiniment dignes de toute acceptation.

Mais au-delà de la qualité du fruit, il y avait la personne qui le produisait, et cela lui donnait, comme nous l’avons dit, une valeur et une gloire ineffables.

La même valeur qui rendait inestimables les services de Sa vie ici-bas, caractérisa aussi Sa mort. Ce fut Sa personne qui donna tout son prix à Sa mort ou à Son sacrifice, comme ce fut Sa personne qui répandit une gloire toute spéciale sur Sa vie entière d’abaissement et d’obéissance volontaires. Et le bon plaisir que trouvait Dieu dans cette dernière, était aussi parfait que Son acceptation judiciaire de la première. La foi contemple plusieurs symboles — tels que, par exemple, celui du voile déchiré — comme exprimant le souverain délice que Dieu trouvait dans chaque acte de la vie de Jésus[6]. Oh ! que nous eussions des yeux pour voir et des oreilles pour entendre, tandis que nous suivons les voies de Jésus de la crèche à la croix ! Mais que nous les voyions ou non, elles demeurent dans tout ce qu’elles ont d’ineffable. Le bon plaisir de Dieu reposait au-delà de tout ce que la pensée peut concevoir, sur tout ce qu’Il faisait et tout ce qu’Il était, à travers Sa vie d’obéissance. Ainsi qu’on l’a dit[7] : « La sagesse divine est la voix de notre salut par Jésus Christ, « Dieu manifesté en chair », destiné à glorifier l’état d’obéissance. Dieu a rendu cet état incomparablement plus aimable, plus désirable et plus excellent, qu’il n’aurait jamais apparu dans l’obéissance de tous les anges dans le ciel et de tous les hommes sur la terre, y eussent-ils persévéré , en ce que Son Fils, le Fils éternel, y est entré, et a pris sur Lui la forme ou la condition de serviteur pour Dieu ».

Ces pensées touchant les voies de Jésus sont fortifiantes. Son sentier de service et de soumission à Dieu prend à nos yeux son caractère spécial ; l’obéissance a été glorifiée dans Sa personne et a été manifestée dans toute son ineffable beauté et dans tout ce qu’elle a de désirable, de sorte que nous pouvons dire non seulement que le bon plaisir de Dieu en Lui s’est toujours maintenu dans sa plénitude, mais qu’il va au-delà de la pensée de toute créature intelligente.

« La forme d’esclave », en Lui, était tout autant une réalité que « la forme de Dieu » ; une réalité qu’Il avait aussi vraiment prise, que l’autre était une réalité essentielle, intrinsèque en Sa personne. Étant ainsi « en forme d’esclave », Ses voies étaient celles d’un serviteur, de même qu’étant Fils, Ses gloires et Ses prérogatives étaient celles de Dieu. Il priait — Il passait des nuits entières en prière. Il vivait par la foi, modèle parfait du croyant, ainsi qu’il nous est dit qu’Il est « le chef et le consommateur de la foi ». Dans la souffrance, Il prenait Dieu pour Son refuge. En présence de Ses ennemis, « il se remettait à celui qui juge justement ». Il ne faisait pas Sa propre volonté, toute parfaite qu’elle fût, mais la volonté de Celui qui « l’avait envoyé ». Dans toutes ces voies et d’autres semblables, Il manifestait « la forme d’esclave » ; elle était vue et connue en Lui d’une manière parfaite. C’était une grande et vivante réalité. Du commencement jusqu’à la fin, la vie de ce serviteur fut la vie de la foi.

Dans l’épître aux Hébreux, nous sommes enseignés à considérer Jésus comme « l’apôtre et le souverain sacrificateur de notre confession » ; et aussi comme « le chef et le consommateur de la foi » (3, 1 ; 12, 2, 3). Dans le premier passage, Il est placé devant nous pour le soulagement de nos consciences et comme notre ressource dans les moments de tentation ; dans le second, Il nous est présenté pour encourager nos cœurs à vivre de la même vie de foi. Comme « apôtre et souverain sacrificateur de notre confession », Il est seul ; comme « chef et consommateur de la foi », Il est associé à une grande nuée de témoins. Dans le premier cas, Il agit pour nous ; dans le second, Il va devant nous. Mais même quand Il va devant nous dans le combat et la vie de la foi, il y a à le distinguer de ceux qui suivent ce sentier. Le Saint Esprit nous appelle à contempler le chef et le consommateur de la foi d’une manière dont Il ne parle pas quand il s’agit des autres. Il parle de ceux-ci comme nous environnant, mais nous invite à fixer les yeux sur Lui.

Ce fut « la contradiction de la part des pécheurs contre lui-même », qui fit de la vie de Jésus une vie d’épreuve et de foi. Ces paroles ne peuvent s’appliquer d’une manière particulière qu’à Lui seul. D’autres engagés comme Lui dans le combat de la foi, ont eu à subir les moqueries cruelles et les coups ; ils ont été égorgés par l’épée, ont été éprouvés par les liens et par la prison, ont enduré les tortures et ont dû chercher leur refuge dans les cavernes de la terre. Ils ont souffert toutes ces choses par l’inimitié de l’homme. Mais il n’est point parlé de leur combat dans les termes qui s’appliquent à Jésus. Il n’est pas appelé « la contradiction de la part des pécheurs contre eux-mêmes ». Ces expressions ont une force et une élévation qui ne conviennent qu’à la vie de foi que Jésus a menée et dans laquelle Il a combattu.

Combien parfaits sont tous les détails, souvent les plus minutieux, que l’Esprit, dans Sa sagesse, nous donne dans la Parole ! Le psaume 16 nous décrit Jésus dans cette vie de la foi. Là, le Fils de Dieu est quelqu’un en qui « la foi est l’assurance des choses qu’on espère, et la conviction de celles qu’on ne voit pas », comme en Hébreux 12, 2 et 3. Il jouit de la portion actuelle d’un homme sacerdotal. Il s’est toujours proposé l’Éternel devant Lui, et sait que, comme Il est à Sa droite, Lui ne sera pas ébranlé. Il attend aussi les plaisirs qui sont à la droite de Dieu, et la joie de Sa présence sur une autre scène que celle de ce monde.

Le psaume 116 est le couronnement de Sa vie de foi, en résurrection, en joie et en louange ; et l’apôtre, « dans le même esprit de foi », peut attendre de partager la même joie de résurrection avec son divin Seigneur et précurseur (2 Cor. 4, 13, 14).

« Je me confierai en lui », c’est là, on peut le dire, ce qu’exprime toute la vie de Jésus. Mais Sa foi était de l’or, de l’or pur, rien que de l’or. Éprouvé par la fournaise, Il en ressortait tel qu’Il y était entré, car il n’y avait aucun alliage. Les saints, au contraire, ont à être purifiés dans la fournaise. Il faut que l’impatience, ou l’égoïsme, ou les murmures, soient réduits au silence, comme on le voit dans les psaumes 73 et 77. Job fut vaincu : il fut atteint par le trouble et il faillit, bien que souvent il eût fortifié les mains défaillantes et soutenu par ses paroles ceux qui tombaient. « Les plus forts », a dit un ancien écrivain, « sont souvent ceux qui se montrent les plus faibles ». Pierre s’endort au jardin de Gethsémané, puis, au prétoire, il ment et blasphème. Mais il y a eu un homme dont la valeur précieuse au-delà de toute expression, a été manifestée dans la fournaise chauffée sept fois.

Lisez le magnifique chapitre 22 de Luc. Contemplez-y Jésus à l’heure de l’épreuve de la foi. Tout d’abord, Il se trouve en présence de la douleur qui L’attend, puis nous Le voyons avec Ses disciples, ensuite avec le Père, et enfin avec Ses ennemis ; remarquez, bien-aimés, combien tout cela est indiciblement parfait ; contempler la valeur sans mélange de Sa foi quand elle est éprouvée par le feu. Mais la vie entière de Jésus était la vie et l’obéissance de la foi. D’un côté, c’était assurément la vie du Fils de Dieu sous « la forme d’esclave », s’abaissant Lui-même jusqu’à la mort, bien qu’Il fût en « forme de Dieu », et qu’Il ne regardât point « comme un objet à ravir d’être égal à Dieu » ; mais de l’autre, c’était la vie de la foi : « Je me confierai en lui ». « Je me suis toujours proposé l’Éternel devant moi ; parce qu’il est à ma droite, je ne serai point ébranlé ». Telles étaient les expressions par lesquelles Il exhalait les sentiments de Son âme, et dans notre mesure, nous célébrons Sa vie de foi en chantant :

Témoin fidèle au sein de l’infidélité
Et dans la nuit pure lumière,
Tu proclamas le nom du Père
Et ton plaisir était Sa sainte volonté.

À toute cette précieuse vie de foi et de dépendance répondirent les soins et la protection de Dieu : « Celui qui habite dans la demeure secrète du Très-haut logera à l’ombre du Tout-puissant » (Ps. 91). La foi de Celui qui servait sur la terre était parfaite, et parfaite aussi la réponse de Celui qui habitait dans les cieux.

La sollicitude de Celui qui veillait sur Lui fut incessante, depuis le sein de Sa mère jusqu’à Son tombeau. L’Esprit l’avait autrefois déclaré par la bouche des prophètes : « C’est à toi que je fus remis dès la matrice ; tu es mon Dieu dès le ventre de ma mère ». « Tu m’as donné confiance sur les mamelles de ma mère ». Et à travers tout, cette sollicitude ne se lassa point. « Tu maintiens mon lot… Même ma chair reposera en assurance. Car tu n’abandonneras pas mon âme au shéol, et tu ne permettras pas que ton saint voie la corruption ». Ces secours, ces soins, cette vigilance de la part du Père, que nous voyons dans l’histoire de Jésus, étaient tout pour Lui. Ils s’exercèrent envers Lui, dans la nuit même où l’Ange avertit Joseph de fuir en Égypte. C’était la joie ineffable du Père en cette heure d’étendre Sa main pour protéger Son Fils ; Celui qui gardait cet Israël, ne sommeillait point alors.

Mais tout ce que nous venons de dire, bien loin d’être incompatible avec les divines prérogatives de Sa personne, en tire son caractère spécial. La gloire de cette relation, de la joie et du bon plaisir du Père qui en étaient la conséquence, est perdue, du moment que la personne de Jésus n’est pas défendue et honorée. Si grande était la dignité de la personne, que Son entrée dans cette relation était un acte d’anéantissement de Sa part. Au lieu de ne commencer Sa carrière de dépendance qu’au moment de la fuite en Égypte ou quand Il était dans la crèche, Il avait pris « la forme d’esclave » en conseil, avant que le monde fût, et comme conséquence, Il fut « trouvé en figure comme un homme ». Tous Ses actes et tout Son service, du commencement à la fin, furent les voies de quelqu’un qui s’est anéanti Lui-même. Car Il était aussi réellement « Dieu manifesté en chair », lorsqu’Il allait en Égypte, porté dans les bras de Sa mère, que lorsqu’en Gethsémané, dans la gloire et la puissance de Sa personne, Il se présenta à Ses ennemis venus « pour dévorer sa chair, mais qui ont bronché et sont tombés » (Ps. 27). Il était aussi réellement Emmanuel comme enfant à Bethléhem, qu’Il l’est maintenant à la droite de la Majesté dans les cieux[8]. Tout, du sein de Marie à la croix, ne fut autre chose que l’abaissement de Lui-même. Douter de cela, c’est méconnaître Sa personne. Mais en contemplant ce glorieux mystère sous un autre aspect, nous avons à voir dans la position que Jésus avait prise, les tendres soins, et la constante et parfaite sollicitude du Père envers Lui. Ce sont là des points de vue, ou des caractères différents, sous lesquels les évangélistes présentent le Seigneur, comme nous le savons. Il était l’objet des soins du Père, et cependant le compagnon de Jéhovah, et nous pouvons considérer Son sentier dans la lumière pure dont la sollicitude et la vigilance divine L’entourent, aussi bien que Le contempler dans cette lumière plus brillante et cette gloire très excellente dans laquelle Ses droits et Ses prérogatives comme Fils de Dieu nous Le présentent. S’Il était dans cette relation de dépendance, qu’Il avait prise selon les conseils éternels, d’autre part, toutes les créatures, terrestres ou célestes, angéliques ou humaines, dans tout l’univers, se trouvent envers Lui dans cette même relation, c’est-à-dire dépendantes de Lui.

C’est à cause de ces divers faits également vrais qu’Il pouvait dire, d’une part : « Détruisez ce temple, et en trois jours je le relèverai », et que, d’un autre côté, l’Esprit Saint disait de Lui que Dieu L’avait ramené d’entre les morts. Ses ennemis qui cherchaient Sa vie tombent à Ses pieds, lorsqu’Il dit : « C’est moi », et cependant, Sa foi parfaite reconnaît les soins parfaits et la protection de Dieu, quand Il prononçait ces paroles : « Ne puis-je pas maintenant prier mon Père, et il me donnera plus de douze légions d’anges ? ». Il pouvait, d’un seul attouchement, guérir l’esclave du souverain sacrificateur dont Pierre avait coupé l’oreille droite, et dans la même nuit avoir Son front saignant sous la couronne d’épines. Parfait dans la position d’humiliation qu’Il avait prise, Il demandait à Ses disciples leur sympathie, et disait : « N’avez-vous pu veiller une heure avec moi ? » et quelques heures après, dans un moment bien plus sombre en un sens, Il se montre comme étant au-dessus de la compassion des filles de Jérusalem qui pleuraient sur Lui, et honore la foi d’un malfaiteur mourant, en lui promettant le paradis avec Lui. Car dans l’éclat de la gloire dont Il resplendit, même au moment de Son plus profond abaissement, Il fait savoir aux pécheurs que ce n’est pas la compassion des hommes que Ses douleurs recherchent, mais leur foi — qu’Il ne demande pas qu’avec les émotions humaines ils sentent ce qu’est cette heure, mais que, dans la foi de leurs cœurs et pour la pleine paix de leur conscience, ils soient bénis par cette heure — qu’Il désire non qu’on s’apitoie sur Ses souffrances à la croix, mais que l’on s’appuie sur elle, et que, tout en étant un symbole de faiblesse, Sa croix est la colonne même qui soutient éternellement la création de Dieu.

C’est ainsi que, sous diverses formes, mais qui s’harmonisent entre elles, nous apprenons à connaître la vie du Fils de Dieu. Une forme est-elle moins réelle, parce que l’autre est vraie ? Les larmes de Jésus sur Jérusalem étaient tout à fait réelles, comme s’il n’y avait eu dans Son cœur rien d’autre que le chagrin d’un Seigneur et Sauveur rejeté par un peuple incrédule et rebelle ; et cependant Sa joie en contemplant les desseins de la sagesse et de la grâce divines avaient la même réalité sans mélange, sans partage. Le « Malheur à toi, Chorazin », et ensuite le « Je te loue, ô Père », étaient des sentiments également vivants et vrais dans l’âme de Jésus. Rien ne manquait à la réalité de chacun d’eux, et ainsi « la forme d’esclave », avec tous ses parfaits résultats, et la « forme de Dieu », dans toutes les gloires qui lui appartiennent, étaient également des mystères réels et vivants dans la même personne.

N’est-il pas à propos, tandis que nous repassons soit les actes de Sa vie, soit les secrets de Son amour et de Sa vérité, de faire de temps en temps comme Moïse, de nous « détourner » pour contempler plus attentivement Sa personne ? Faire ainsi, est un des traits de l’obéissance de la foi. « La crainte de l’Éternel est pure » — mais il y a une crainte qui n’est pas tout à fait pure, parce qu’il s’y mêle un certain esprit de servitude et d’incrédulité. C’est de là que peut venir le refus de se détourner pour contempler ces grandes visions. Le « mystère » est là, je l’accorde, et il est « grand ». C’était une vision grande et mystérieuse que celle vers laquelle Moïse se détourna pour la voir — mais, ses sandales ôtées de ses pieds, il put regarder et écouter. Ne l’eût-il pas fait, il s’en serait allé sans avoir goûté la bénédiction. Mais il écouta jusqu’à ce qu’il eut découvert que Celui qui se nomme « Je suis » était dans le buisson, et que c’était le Dieu d’Abraham. Lieu étrange pour pour qu’une telle gloire s’y enfermât ! Cependant il en était ainsi : le Dieu Tout-puissant se trouvait dans le buisson.

Gravissons le Calvaire et contemplons là le « Berger frappé » ; et si nos yeux sont ouverts, ne découvrirons-nous pas en Lui, l’homme qui est le compagnon de l’Éternel des armées (Zach. 13) ? Et si nous nous mêlons à la foule qui entourait le siège judiciaire de Pilate à Jérusalem, qui verrons-nous sous les traits de cet homme souillé par les crachats, accablé d’outrages et de railleries, si ce n’est Celui qui autrefois dessécha la mer Rouge et revêtit de ténèbres les cieux de l’Égypte (És. 50, 3, 6) ?

Je le demande, quand j’aurai ainsi contemplé ces grandes choses, quand, par la lumière de l’Esprit dans les prophètes, j’aurai fait ces merveilleuses découvertes, me hâterai-je de me retirer ? Où irai-je pour trouver des sources plus rafraîchissantes pour mon âme ? Si ma foi découvre, dans ce Jésus affligé et insulté au milieu des courtisans d’Hérode et des officiers romains, le Dieu qui, dans les jours anciens, remplit la terre de Cham des signes de Sa puissance, ne dois-je pas m’arrêter sur cette montagne de Dieu, et comme Moïse, me détourner pour voir et écouter ? Cette vue serait-elle trop grande pour moi ? Non, je ne puis croire que ce soit la pensée de l’Esprit. En contemplant ces grandes choses, je dois réprimer toute liberté d’esprit qui dépasserait les bornes — mais s’y arrêter pour adorer n’est pas transgresser. Je parle de principes, non d’expériences. Les exercices du cœur sur ce sujet sont ternes et froids, et, si je puis parler pour d’autres, le mal est, non pas que nous arrêtons trop notre pensée sur le mystère de la personne du Fils de Dieu, mais que nous la laissons trop vite s’égarer sur d’autres objets.

Cette glorieuse personne sera « la merveille éternelle et l’ornement de la création de Dieu ».

Plusieurs reconnaissent, d’une manière générale, l’humanité et la divinité dans la personne de Christ. Mais nous avons aussi à reconnaître Sa gloire pleine, parfaite et sans tache, de l’une comme de l’autre. Ni l’âme ou l’homme moral, ni le temple de Son corps ne doivent être profanés. Nous avons à défendre et à honorer l’homme tout entier[9]. Et quoique la relation dans laquelle Jésus se trouvait avec Dieu, les soins qu’elle comportait et l’obéissance qu’elle impliquait, soient des objets bien dignes d’attirer la vue de notre âme, cependant nous ne verrons pas juste et ne pourrons contempler cette position de Jésus dans ce qu’elle a de glorieux, si nous oublions en quelque manière que ce soit la personne qui s’y trouvait.

Les divins enseignements de l’épître aux Hébreux, entre autres choses, nous montrent que l’efficacité de la sacrificature de Christ dépend entièrement de Sa personne. C’est ce que nous trouvons essentiellement dans les sept premiers chapitres. Quel merveilleux écrit !

Il faut que notre sacrificateur soit un homme, capable de secourir Ses frères, ayant été tenté comme eux. C’est pourquoi nous devons voir notre grand souverain sacrificateur traversant les cieux après avoir passé par les souffrances et les douleurs de la scène d’ici-bas. Mais en Lui aussi, nous avons besoin de trouver le Fils, parce que dans aucun autre, participant à la chair et au sang, il n’y avait « la puissance d’une vie impérissable ». C’est pourquoi Melchisédec représente la personne, aussi bien que les vertus, les dignités, les droits et l’autorité du véritable sacrificateur de Dieu (voyez Héb. 7, 1-3), ainsi que nous lisons de lui : « Sans père, sans mère, sans généalogie, n’ayant ni commencement de jours, ni fin de vie, mais assimilé au Fils de Dieu, il demeure sacrificateur à perpétuité ».

Quelle connaissance tout ceci nous donne « du souverain sacrificateur de notre profession » ! Il vint du ciel dans la pleine gloire personnelle du Fils, et au temps convenable, Il remonta au ciel, y portant la vertu de Son sacrifice pour le péché, et ces compassions et cette sympathie qui viennent en aide aux saints !

La foi apprend à connaître tout ce sentier de Jésus. Elle reconnaît en Lui le Fils, tandis qu’Il habitait en chair au milieu de nous ; et quand Sa carrière d’humiliation et de souffrance eut pris fin ici-bas, la foi confesse comme glorifié dans le ciel, l’homme qui a été rejeté et crucifié, car c’est la même personne : Dieu manifesté en chair ici-bas, l’homme caché là-haut dans la gloire. C’est ce qui nous est dit de Lui-même et de Sa voie bénie et merveilleuse : « Dieu a été manifesté en chair, a été justifié en Esprit, a été vu des anges, a été prêché parmi les nations, a été vu au monde, a été élevé dans la gloire »[10].

Sous la forme de Dieu, Il était vraiment Dieu ; sous la forme de serviteur, Il était vraiment serviteur. Il ne regardait pas « comme un objet à ravir d’être égal à Dieu », exerçant toutes les prérogatives divines, et se servant avec une pleine autorité de tous les trésors, de toutes les ressources divines ; et cependant Il s’est anéanti Lui-même et est devenu obéissant. Cela nous dit le secret. Tout ce qui apparaît dans l’histoire est expliqué par le mystère. Nous trouvons encore ici la gloire dans la nuée. Celui qui accompagnait le camp d’Israël, « en détresse dans toutes leurs détresses », était le Seigneur du camp. La gloire qui traversait le désert, en suivant Israël dans ses campements, était la gloire qui demeurait entre les chérubins dans le saint des saints.

Mais les paroles qui suivent dans ce passage (Phil. 2, 5-11), nous invitent à nous y arrêter encore un peu : « C’est pourquoi aussi Dieu l’a haut élevé ». De nouvelles merveilles se découvrent à nous dans ces paroles. Qu’est-ce qui pouvait élever Jésus ? pourrions-nous demander. Avant d’entrer dans Sa carrière de « souffrances » et de « gloires » — les gloires qui devaient suivre ces souffrances — Il était en Lui-même infiniment grand et béni. Rien ne pouvait personnellement L’exalter, étant comme Il l’était, « le Fils ». Sa gloire était divine, ineffable et infinie. Aucuns honneurs autres ne pouvaient accroître Sa gloire personnelle ; et cependant nous Le voyons poursuivre un sentier qui Le conduit encore à la gloire et à l’honneur.

Mystère étrange et d’une beauté exquise ! Encore plus étranges et excellentes sont, nous pouvons le dire, ces gloires nouvelles et acquises, et dans un sens les plus précieuses pour Lui. L’Écriture nous autorise à parler de la sorte, comme elle nous révèle bien des traits de Sa grâce que le cœur n’aurait jamais pu concevoir. Si nous comparons les choses divines aux choses humaines, comme aussi l’Esprit le fait pour nous instruire, ce dont je parle se voit parmi les hommes. Que quelqu’un d’une haute naissance, un prince, un fils de roi, acquière des honneurs, quoique ces honneurs ne puissent lui procurer un rang personnel plus élevé que celui qu’il occupe, ils seront pour lui ses distinctions les plus chères, et formeront dans l’estime des autres les matériaux choisis de son histoire. Nous comprenons tous cela. Or dans l’ineffable et précieux mystère de Christ, il en est ainsi du Fils de Dieu. Selon les conseils éternels, Il s’est mis en avant pour le combat, et les honneurs qu’Il a acquis, les victoires qu’Il a remportées ou qu’Il doit encore remporter, diront Sa joie durant l’éternité. Ils formeront la lumière dans laquelle Il sera connu, et les caractères dans lesquels Il sera célébré à jamais, bien que personnellement, Il habite « la lumière inaccessible, qu’aucun homme n’a vu, ni ne peut voir ». C’est là ce qu’Il estime : Jéhovah-Jiré, Jéhovah-Shalom, Jéhovah-Tzidkenu, Jéhovah-Nissi, sont des noms qui rappellent tous des honneurs qu’Il a acquis[11]. Combien leur valeur prévaut pour Lui selon les voies ineffables de Sa grâce infinie ! En Exode 3, Il communique Son nom personnel à Moïse, en disant du milieu du buisson : « Je suis celui qui suis ». Mais ensuite, lui faisant aussi connaître le nom qu’Il s’est acquis, Il se proclame « le Dieu d’Abraham, et le Dieu d’Isaac, et le Dieu de Jacob », et à ce nom qu’Il s’est acquis, Il ajoute : « C’est là mon nom éternellement, et c’est là mon mémorial de génération en génération », paroles qui nous disent avec force combien Il estimait cette gloire qu’Il a acquise dans Ses actes de miséricorde envers de pauvres pécheurs. Dans le tabernacle aussi, comme dans le temple, où Son nom était inscrit, c’était celui qu’Il avait acquis, et non pas Son nom personnel, qui était écrit et lu. Les mystères de Sa maison ne parlaient pas de Ses attributs essentiels, toute-puissance, toute-science, éternité, ni d’autres gloires semblables, mais ils proclamaient Celui en qui la miséricorde se glorifie vis-à-vis du jugement, et qui avait découvert un chemin pour ramener à Lui ceux qui étaient bannis de Sa présence.

Tout cela assurément rend témoignage du prix qu’Il attache au nom qu’Il a gagné dans Son service pour nous. Mais « Dieu est amour », nous explique tout et nous révèle le secret. Si les manifestations sont excellentes et merveilleuses, les sources cachées qui sont ouvertes en Lui, nous donnent la clef de tout.

Nous avons à Le connaître comme « né sous la loi », aussi bien que nous Le connaissons dans Sa gloire personnelle, bien au-dessus de toute loi. Toute Sa vie a été la vie d’un homme obéissant. Et ainsi, le Dieu sur toutes choses, le Jéhovah d’Israël, et le Créateur des extrémités de la terre, était aussi l’homme Christ Jésus. Il était Jésus de Nazareth, oint du Saint Esprit, allant de lieu en lieu en faisant du bien, et guérissant tous ceux qui étaient opprimés par le diable, car Dieu était avec lui. C’est sous ces divers aspects que nous Le voyons et que nous lisons Sa merveilleuse histoire. Il communiquait le Saint Esprit, et Il était Lui-même oint du Saint Esprit.

Le Fils vint participer à la chair et au sang. Ainsi le voulait la grâce des conseils éternels, ainsi le requéraient nos besoins. Il fut trouvé « en figure comme un homme ». Il fut exercé dans une vie d’entière dépendance de Dieu, et subit une mort qui (entre autres vertus) était en entière soumission à Dieu. C’était Sa place selon l’alliance éternelle, et, dans cette place, Il agit et souffrit d’une manière parfaite. De là le service et les afflictions, les cris et les larmes, les labeurs et les douleurs du Fils de l’homme sur la terre. Mais plus encore — même maintenant qu’Il est dans le ciel, c’est, dans un sens, la même vie. Une promesse Lui a été faite, Il en attend là-haut l’accomplissement : « Assieds-toi à ma droite, jusqu’à ce que j’aie mis tes ennemis pour marchepied de tes pieds », Lui fut-il dit quand Il monta en haut, et, dans la foi et l’espérance en cette promesse, Il a pris Sa place dans les cieux : « Il s’est assis à la droite de Dieu, attendant désormais jusqu’à que ses ennemis soient mis pour marchepied de ses pieds ». L’espérance répondait à la promesse et se trouvait dans le cœur de Jésus lorsqu’Il montait au ciel et s’asseyait à la droite de Dieu, de même que, sur cette terre où nous sommes, Il fut Celui qui croyait, qui espérait, qui obéissait et servait. Plus tard, dans ces voies de gloire à venir, ne sera-t-Il pas encore assujetti ? « Toute langue confessera qu’il est Seigneur », mais ne sera-ce pas « à la gloire de Dieu le Père » ? Et quand Il aura remis le royaume, n’est-il pas dit : « Alors le Fils aussi lui-même sera assujetti à celui qui lui a assujetti toutes choses, afin que Dieu soit tout en tous » ?

Et dans ces mêmes régions de gloire à venir, où Il sera assujetti à Celui qui a mis toutes choses sous Ses pieds, Sa grâce trouvera ses délices à servir Ses saints, comme il est écrit : « Il se ceindra, et les fera mettre à table, et s’avançant, il les servira » ; et encore : « Celui qui est assis sur le trône dressera sa tente sur eux. Ils n’auront plus faim et ils n’auront plus soif, et le soleil ne les frappera plus, ni aucune chaleur, parce que l’Agneau qui est au milieu du trône les paîtra, et les conduira aux fontaines des eaux de la vie, et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux.