Avec le chapitre 14, nous abordons les dernières scènes de la vie du Seigneur, scènes bien solennelles dans lesquelles de nombreux cœurs se trouvent révélés. Nous y trouvons la corruption et la violence des chefs juifs, l’amour d’une femme dévouée, la perfidie du traître et la chute d’un vrai disciple. Au-dessus de tout cela, brillent l’amour infini et la grâce parfaite de Christ, tandis qu’Il institue la cène, qu’Il passe par l’agonie de Gethsémané et qu’Il se soumet en silence aux insultes des hommes.
Versets 1 et 2. Le chapitre commence par une brève mention de l’hostilité meurtrière des chefs de la nation. Déjà ils avaient entouré le Seigneur de paroles de haine, et Lui avaient fait la guerre sans cause ; ils Lui avaient rendu le mal pour le bien, et la haine pour Son amour (Ps. 109, 2-5). À chaque pas Il avait manifesté une grâce parfaite ; partout Il n’avait fait que le bien. Il avait guéri les malades, vêtu ceux qui étaient nus, rassasié les affamés, pardonné les péchés, délivré du pouvoir du diable et ressuscité les morts. Il avait averti ces hommes, plaidé avec eux, pleuré sur eux, mais tout cela était en vain.
Maintenant le temps est finalement arrivé où ils sont déterminés à se saisir de Lui et à Le mettre à mort. Pour accomplir leur dessein, ils doivent recourir à la ruse, ce qui prouve bien que leurs mobiles étaient mauvais, et que s’ils avaient quelque crainte des hommes, ils n’en avaient aucune de Dieu. Si le peuple avait peu conscience d’un besoin personnel de Christ, il pouvait du moins apprécier Sa bonté et profiter de Ses miracles. Craignant qu’il y ait du tumulte alors que des foules étaient assemblées à Jérusalem pour la Pâque, les chefs du peuple décident de ne pas se saisir du Seigneur le jour de la fête. Dieu, cependant, en avait décidé autrement et, comme toujours, c’est Sa volonté qui l’emporte, quels que soient la ruse et les complots des hommes.
Versets 3 à 9. Après cette brève allusion aux chefs du peuple, nous arrivons à la scène merveilleuse de la maison de Béthanie. Comme le Seigneur était à table dans la maison de Simon le lépreux, une femme — que par d’autres récits nous savons être Marie, la sœur de Marthe — vient avec un vase d’albâtre plein d’un parfum de nard pur de grand prix, et en répand le contenu sur la tête du Seigneur. Marie exprime ainsi son appréciation de Christ, son affection pour Lui et son discernement spirituel. À ce moment-là, son intelligence semble avoir surpassé celle des autres disciples. Gagnée par Sa grâce et attirée par Son amour, elle s’était précédemment assise à Ses pieds pour écouter Sa parole. Quelqu’un a dit[9] : « La grâce et l’amour de Jésus avaient produit de l’amour pour Lui, et Sa parole avait produit de l’intelligence spirituelle ».
Son amour pour Christ l’avait rendue sensible à la haine croissante des Juifs. Son acte était le témoignage de son amour et de son appréciation de Christ au moment même où les complots des hommes exprimaient leur haine contre Lui. L’acte d’adoration de Marie met en lumière, hélas ! l’avarice de quelques-uns de ceux qui étaient là. Nous savons par le récit de l’évangile selon Jean que Judas était à la tête de ceux qui se sont indignés contre Marie. Ce que Christ estimait gain, Judas l’estimait perte. Les hommes peuvent apprécier les bienfaits accomplis en faveur de leurs semblables, mais ils mesurent peu, ou pas du tout, la valeur d’un hommage ayant Christ pour seul objet. Comme chrétiens, ne sommes-nous pas en danger d’être animés du même esprit quand nous sommes actifs, et à juste titre, pour prêcher l’évangile aux pécheurs ou prendre soin des croyants, et que nous attribuons peu d’importance à un acte d’adoration qui donne toute la place à Christ ? N’oublions pas que ceux qui murmurent en voyant le dévouement de Marie, déprécient Christ en réalité. Si l’acte de Marie n’est que pure perte, alors Christ n’est pas digne de l’hommage des siens.
Mais si l’acte de Marie suscite l’indignation des hommes, il lui vaut l’approbation de Christ. Le Seigneur se plaît à dire : « Elle a fait une bonne œuvre envers moi ». En Luc 10, nous lisons que Marie a choisi « la bonne part ». Ici nous apprenons qu’elle a fait « une bonne œuvre ». La bonne part est de s’asseoir à Ses pieds et d’écouter Sa parole ; une bonne œuvre, c’est une œuvre qui a Christ pour motif. Il peut y avoir beaucoup d’activité dans le service, mais si Christ n’en est pas le mobile, cela aura peu de valeur dans le jour à venir. De plus, le Seigneur approuve l’acte de Marie non seulement à cause de la pureté de ses motifs, mais aussi parce qu’elle a fait « ce qui était en son pouvoir ». Dans le service pour Christ, il n’est pas juste de négliger une occasion d’accomplir une tâche comparativement petite et obscure, et d’aspirer plutôt à une grande œuvre publique qui, finalement, peut avoir le mauvais motif de s’exalter soi-même. Cette belle scène n’est-elle pas un encouragement pour nous à faire ce qui est en notre pouvoir, même le service le plus insignifiant, avec le motif pur d’exalter Christ ?
Le Seigneur se plaît à nous donner la vraie signification spirituelle de l’acte de Marie. Elle avait anticipé le moment d’oindre Son corps pour Sa sépulture. En effet, il sera trop tard quand les autres viendront avec leurs aromates, pour exprimer leur appréciation de Christ, sincère mais sans intelligence. Marie, avec plus de discernement spirituel, exprime son amour pour Lui avant qu’Il soit mis dans le tombeau. Le Seigneur attribue une telle valeur à l’acte de Marie qu’Il dit : « En quelque lieu que cet évangile soit prêché dans le monde entier, on parlera aussi de ce que cette femme a fait, en mémoire d’elle ». Son œuvre d’amour restera dans tous les temps un exemple magnifique de ce que produit véritablement l’évangile. Non seulement il nous apporte la connaissance du salut et le pardon des péchés, mais il attache notre cœur à Christ, qui devient ainsi l’objet suprême de notre vie. Nous savons que la cène du Seigneur, repas célébré tout au long des âges, rappelle continuellement la perfection du Sauveur et l’infini de Son amour pour les siens ; mais ce repas-là, qui a eu lieu une fois à Béthanie, rappellera toujours le dévouement d’une croyante, et son amour pour Christ.
Versets 10 et 11. La « bonne œuvre » de Marie est suivie immédiatement par la mauvaise œuvre de Judas. Poussé au-dehors par l’inimitié du diable, et au-dedans par la convoitise de la chair, sans conscience envers Dieu, Judas s’en va vers les principaux sacrificateurs pour livrer le Seigneur entre leurs mains. Eux, pareillement dépourvus de conscience et de crainte de Dieu, promettent de lui donner de l’argent. Par appât du gain, Judas poursuit son mauvais dessein et cherche à trahir le Seigneur à un moment qui puisse convenir aux principaux sacrificateurs.
Versets 12 à 16. Sans se laisser arrêter par les complots de ces hommes méchants, le Seigneur continue à manifester Son amour parfait envers les siens, et institue le repas par lequel nous pouvons tous avoir le privilège d’imiter l’acte d’adoration de Marie. Les incidents qui précèdent le souper, bien que tout simples en eux-mêmes, manifestent la gloire de la personne du Seigneur. Deux disciples sont envoyés pour préparer la fête. Le Seigneur va au-devant de la mort, mais Il n’en est pas moins le Roi, ayant le droit de réclamer une chambre d’hôte ; et à Sa volonté souveraine tous doivent se soumettre. En outre, Il est une personne divine et toutes choses Lui sont connues. L’homme portant « une cruche d’eau », le « maître de la maison », la « grande chambre garnie » sont tous devant Ses yeux. Les disciples envoyés pour exécuter Ses instructions trouvent tout comme Il leur avait dit.
Versets 17 à 21. Le soir étant arrivé, Il vient avec les douze et ils se mettent à table pour manger la Pâque — la commémoration de la délivrance des Israélites hors d’Égypte. Le Seigneur allait accomplir pour les siens une délivrance infiniment plus grande. Pour cette rédemption éternelle, il fallait Sa mort, et celle-ci serait amenée par la trahison de l’un des douze. Le Seigneur, dans Son amour parfait, ressentait profondément le fait que l’un de ceux qui avaient vécu dans Sa sainte présence, qui avaient entendu Ses paroles de grâce, qui avaient été témoins de Son amour et de Sa patience infinis, puisse agir ainsi. Lorsqu’Il dit : « L’un d’entre vous qui mange avec moi, me livrera », Il exprime l’angoisse de Son cœur. Plus l’amour est grand et plus il est parfait, plus l’angoisse en présence d’une telle trahison est grande. Jamais l’amour dans toute sa perfection n’avait été exprimé comme il l’a été en Christ, et jamais personne n’avait vécu extérieurement aussi près de Christ que Judas. Mais tout cela avait été en vain, car si même il avait quelque peu apprécié l’amour de Christ, il aimait plus encore l’argent. La cruauté, la méchanceté de cette trahison ressort dans le fait que celui qui allait trahir le Seigneur pouvait tremper avec Lui au plat. Le Seigneur désire que d’autres entrent dans Ses souffrances. On a dit : « Il ne les cache pas avec fierté, mais désire déposer dans des cœurs humains les douleurs qu’Il éprouve comme homme ; l’amour compte sur l’amour » (J.N.D.). Nous ne pouvons pas avoir part aux souffrances que le Seigneur a connues sur la croix, étant abandonné de Dieu ; mais ici, il s’agit de souffrances causées par l’homme, et nous pouvons, en tant qu’hommes, y entrer dans notre faible mesure. La trahison de Judas avait été annoncée longtemps à l’avance ; tout se passait « selon qu’il est écrit ». Mais malheur au traître, car comme on l’a dit : « L’accomplissement des conseils de Dieu n’ôte pas l’iniquité de ceux qui les accomplissent ; autrement, comment Dieu pourrait-il juger le monde ? » (J.N.D.).
Versets 22 à 24. Nous trouvons ensuite l’institution de la cène. Les mots « comme ils mangeaient » distinguent nettement le repas de la Pâque auquel ils participaient, et la cène du Seigneur. Dans cette dernière, le pain représente Son corps ; et la coupe, Son sang versé, non seulement pour les Juifs, mais pour plusieurs. C’est un mémorial. Nous sommes aimés d’un tel amour que le Seigneur apprécie que nous nous souvenions de Lui. Le sang de Christ dans sa valeur infinie est toujours devant les yeux de Dieu, et Il désire que les siens s’en souviennent toujours.
Verset 25. Le Seigneur se sert de la coupe comme symbole de Son sang versé pour plusieurs. Le vin, dans son sens naturel de fruit de la vigne, représente la joie terrestre. La mort de Christ rompt Ses liens avec la terre et avec ce qui est terrestre, jusqu’au moment où le royaume de Dieu sera établi sur la terre. Aujourd’hui les croyants sont unis à un Christ céleste qui a souffert sur la terre ; ils attendent le royaume futur pour avoir part avec Christ aux gloires et aux joies du royaume terrestre.
Verset 26. Après le souper, « ayant chanté une hymne, ils sortirent et s’en allèrent à la montagne des Oliviers ». L’association de ces deux choses est merveilleuse. Nous comprendrions mieux qu’Il chante une hymne et reste dans la chambre haute, ou bien qu’Il sorte sans chanter. Mais chanter une hymne au moment où Il sort pour affronter Ses ennemis, la trahison, le reniement, l’agonie de Gethsémané et l’abandon de la croix, cela témoigne d’une tranquillité d’esprit qui venait certainement de ce qu’Il avait en vue la volonté du Père, et la joie qui était devant Lui au-delà de la croix.
Versets 27 à 31. Toutefois, les circonstances mêmes qui révèlent la perfection du Seigneur montrent la faiblesse des disciples. Ils peuvent chanter ensemble en présence du Seigneur et néanmoins, cette même nuit, lorsqu’ils ne seront plus avec Lui, ils seront scandalisés et dispersés. Hélas ! ne présentent-ils pas d’une manière bien solennelle ce qui s’est produit parmi les enfants de Dieu ? Nous ne pouvons chanter ensemble que dans Sa présence, chacun de nos cœurs Lui étant attaché. Le prophète peut dire : « Elles élèvent la voix, elles exultent ensemble avec chant de triomphe ; car elles verront face à face » (És. 52, 8). Et c’est seulement lorsque tous les yeux sont fixés sur Lui que nous pouvons Le voir face à face. Loin de Sa présence, nous sommes facilement scandalisés à cause de Christ et nous nous scandalisons les uns les autres ; et les croyants scandalisés ne tarderont pas à se séparer et deviendront des brebis dispersées. Plus jamais les croyants dispersés, qu’ils appartiennent à Israël ou à l’église divisée, ne pourront chanter ensemble jusqu’au moment où ils seront tous réunis autour du Seigneur et Le verront face à face.
Mais, béni soit Son nom, Il ne fait jamais défaut ; aussi la dispersion prendra fin et le moment du rassemblement viendra. Ceci, les disciples allaient déjà l’expérimenter en leur temps ; ils allaient apprendre que le Seigneur, après Sa résurrection, était le même, manifestant toujours l’amour et la grâce de Son cœur. Lui, le grand Berger des brebis, irait devant eux et une fois encore Ses brebis Le suivraient.
Le Seigneur a donné une parole d’avertissement, suivie d’une parole d’encouragement. Hélas ! comme Pierre, à cause de notre confiance en nous-mêmes, nous sommes trop souvent inattentifs à Ses avertissements et nous perdons la bénédiction de Ses paroles d’encouragement. Ignorant notre faiblesse, nous pensons être à l’abri là où d’autres peuvent faillir. Ainsi Pierre dit : « Si même tous étaient scandalisés, je ne le serai pourtant pas, moi ». Ils allaient tous être scandalisés, mais le premier à exprimer sa confiance en soi est celui qui connaîtrait la chute la plus grave. Nous tombons dans les choses mêmes dont nous nous glorifions. Pierre se vante de ce qu’il ne serait jamais scandalisé. Le Seigneur dit : « Cette nuit-ci… tu me renieras trois fois ».
Cette annonce de sa chute prochaine ne fait qu’augmenter la véhémence avec laquelle Pierre proteste de son dévouement au Seigneur. Il dit : « Quand il me faudrait mourir avec toi, je ne te renierai point ». Il était sans aucun doute sincère, mais nous devons apprendre que la sincérité ne suffit pas pour nous garder fidèles au Seigneur. Nous avons besoin d’être fortifiés dans la grâce qui est dans le Christ Jésus pour pouvoir vaincre la faiblesse de la chair, échapper aux ruses du diable et être délivrés de la crainte de l’homme. La simple question d’une jeune fille suffit au diable pour entraîner la chute d’un apôtre, quand celui-ci n’est plus en contact avec Christ. Les paroles de vanterie de Pierre, reprises par tous les disciples, n’appellent pas de réponse de la part du Seigneur. Il est évident qu’il y a des occasions où les déclarations des croyants sont si manifestement charnelles qu’il est inutile de chercher à y répondre. Il y a un temps de se taire, et un temps de parler.
Versets 35 à 42. Le Seigneur éprouvait une profonde souffrance en voyant que la nation complotait pour Le mettre à mort, que l’un des douze était sur le point de Le trahir, qu’un autre allait Le renier, et que tous seraient scandalisés à cause de Lui. Mais à Gethsémané, le Seigneur se trouve devant une douleur incomparablement plus profonde, celle qu’Il allait endurer sur la croix lorsque, étant fait péché, Il serait abandonné de Dieu. En présence de cette terrible souffrance, comme dans toutes les autres épreuves de Sa vie parfaite, Il s’adonne à la prière. Mais quel que soit le soulagement que cette dernière puisse apporter, son effet immédiat est de rendre l’épreuve plus sensible encore. La prière place toutes les circonstances dans la présence de Dieu, et là, elles sont réalisées dans leur vrai caractère. La ruine d’Israël, la trahison d’un Judas, la faiblesse et les manquements des siens, le pouvoir et l’inimitié de Satan, la réalité du jugement, les justes exigences d’un Dieu saint, voilà certainement ce que notre Seigneur a pleinement réalisé dans la présence du Père.
Le Seigneur prend avec Lui dans le jardin Pierre, Jacques et Jean — ceux qui, le moment venu, occuperont une place spéciale comme colonnes dans l’assemblée. Sur la montagne, ils avaient déjà été choisis comme témoins de Ses gloires ; maintenant, dans le jardin, l’occasion leur est donnée de partager Ses douleurs. Personne ne pouvait partager avec Lui l’abandon effectif qu’Il devait subir sur la croix, mais d’autres pouvaient, dans leur mesure, avoir part à l’exercice profond que connaissait Son âme en anticipant la croix. Pour Lui, notre saint substitut, mourir c’était porter le jugement du péché ; c’est pourquoi Il peut dire : « Mon âme est saisie de tristesse jusqu’à la mort ». Ayant porté le châtiment de la mort, Il a, pour le croyant, dépouillé celle-ci de ses terreurs. Étienne peut se réjouir à la perspective de la mort, et Paul peut dire que mourir et être avec Christ est de beaucoup meilleur. Redouter la croix faisait partie de Sa perfection et, par conséquent, Il peut dire au Père : « Toutes choses te sont possibles ; fais passer cette coupe loin de moi ». Mais accepter la croix et accomplir la volonté de Son Père faisait également partie de Sa perfection ; aussi ajoute-t-Il : « Toutefois non pas ce que je veux, moi, mais ce que tu veux, toi ! ».
Pour la pauvre et faible nature humaine des disciples, les souffrances du jardin étaient trop profondes, tout comme les gloires de la montagne avaient été trop grandes. Dans les deux occasions, ils se réfugient dans le sommeil. Lorsque le Seigneur vient et trouve les disciples dormant, c’est à Pierre qui s’était vanté plus que les autres de son dévouement pour Lui, qu’Il s’adresse spécialement ; Il lui demande : « Simon, tu dors ? Tu n’as pu veiller une heure ? ». Seule la prière, expression de notre dépendance de Dieu, nous préparera à rencontrer la tentation. La confiance en soi qui caractérise notre nature fait que, trop souvent, nous redoutons peu la tentation et sommes par conséquent peu conscients de notre besoin de prier. Pourtant, avec une tendre compassion, le Seigneur reconnaît la réalité de leur amour pour Lui, tout en constatant leur faiblesse : « L’esprit est prompt, mais la chair est faible ».
De nouveau Il s’éloigne, et Il prie ; et quand Il revient Il trouve de nouveau Ses disciples endormis. Ils n’avaient pas pris garde aux avertissements du Seigneur, car leurs yeux étaient appesantis. La troisième fois que le Seigneur revient vers eux, Il doit leur dire : « Dormez dorénavant et reposez-vous ». Ils avaient manqué l’occasion de veiller avec le Seigneur et avaient démontré leur propre faiblesse ; aussi le Seigneur doit leur dire : « Il suffit ». Le temps de veiller et de prier avait pris fin ; le moment de l’épreuve était là : le traître s’était approché, et Celui qui seul avait veillé et prié peut dire maintenant, dans la confiance et la dépendance de Dieu : « Levez-vous, allons ».
Versets 43 à 45. Dans la scène solennelle qui suit, celle de la trahison, nous voyons la méchanceté de nos propres cœurs lorsqu’ils sont laissés à eux-mêmes et endurcis par Satan. Sans la grâce de Dieu, combien facilement nous pouvons céder à la chair et, donnant libre cours à nos convoitises, nous placer sous le pouvoir de Satan et aller même jusqu’à trahir Christ. Ce fut le cas de Judas ; il peut dire aux ennemis du Seigneur : « Saisissez-le, et emmenez-le sûrement ». Il semblerait que Judas les trompait lorsqu’il leur disait : « Emmenez-le sûrement ». Apparemment, il s’attendait à ce que le Seigneur passe au milieu de Ses ennemis, comme Il l’avait fait en des occasions précédentes ; ainsi le Seigneur se délivrerait de Ses ennemis tandis que Judas obtiendrait l’argent convoité. Ne connaissant rien des conseils de Dieu et ignorant la perfection de l’obéissance du Seigneur, Judas n’était pas préparé à ce que Jésus se soumette à Ses ennemis pour accomplir la volonté du Père, selon les paroles qu’Il venait de prononcer dans le jardin : « Non pas ce que je veux, moi, mais ce que tu veux, toi ! ».
Ainsi, tout à la satisfaction de sa propre convoitise et aveugle à la gloire de Christ, Judas ose non seulement trahir le Seigneur, mais encore le faire par un baiser. Un peu plus tard, les ennemis du Seigneur Lui cracheront au visage. Avec une même grâce, le Seigneur se soumet à l’horrible hypocrisie du traître qui L’embrasse, et au mépris insultant de Ses ennemis qui crachent contre Lui. Sauveur merveilleux, qui a enduré une telle contradiction de la part des pécheurs contre Lui-même.
Versets 46 et 47. Mais si Judas, le traître, n’était pas préparé à la soumission du Seigneur à Ses ennemis, Pierre, un vrai disciple, ne l’était pas non plus. Bien que son nom ne soit pas mentionné ici, nous savons que c’est lui qui tira son épée et frappa un esclave du souverain sacrificateur. Poussé par la convoitise, Judas trahit le Seigneur ; poussé par l’amour, Pierre Le défend. Toutefois, malgré sa sincérité, Pierre entravait en fait le chemin du parfait serviteur de l’Éternel. Dans cet évangile, la guérison de la blessure n’est pas mentionnée, la pensée n’étant pas tellement de présenter la puissance du Seigneur, mais plutôt Sa soumission comme parfait serviteur.
Versets 48 et 49. Nous avons vu la convoitise de Judas, puis l’énergie charnelle de Pierre, qui était prêt à se battre, s’il ne l’était pas à prier. Nous découvrons maintenant la lâcheté et la bassesse des chefs des Juifs. Ils auraient pu se saisir du Seigneur tous les jours dans le temple, ouvertement, car le Seigneur avait enseigné en public, sans se cacher ; mais leur lâcheté, leur crainte du peuple, et l’absence en eux de tout principe, les conduisent à agir comme s’ils avaient affaire à un brigand. Ils connaissaient les brigands et la manière de les traiter, mais les perfections infinies de Christ dépassaient leur compréhension.
Versets 50 à 52. Nous voyons ici la faiblesse des disciples : « Tous le laissèrent et s’enfuirent ». Un jeune homme pourtant se risque à Le suivre, mais seulement pour se sauver ensuite d’une façon encore plus honteuse.
Versets 53 à 65. Dans Sa soumission à la volonté du Père, le Seigneur consent à être emmené pour comparaître devant le sanhédrin. Pierre, animé d’un véritable amour pour Lui, Le suit ; mais agissant dans la confiance en soi, il le fait sans avoir la pensée du Seigneur et, ainsi, il Le suit « de loin ». Comme cela nous arrive trop souvent à nous-mêmes, en marchant sans direction divine, Pierre subit la tentation sans le soutien divin, et apprend alors la faiblesse totale de la chair.
Dans la scène qui vient ensuite, avec les principaux sacrificateurs et leur sanhédrin, nous voyons à quelles profondeurs de méchanceté la chair religieuse peut atteindre. Ils avaient déjà décidé de mettre Christ à mort ; aussi Son procès n’avait pas pour but de déterminer s’Il avait commis quelque chose qui mérite la mort, mais n’était qu’un horrible stratagème pour couvrir un meurtre d’un semblant de justice. Dans la méchanceté de leurs cœurs, ils ne recherchent pas la vérité, mais « quelque témoignage contre Jésus, pour le faire mourir ». N’en trouvant pas, ils ont recours à de faux témoignages ; ils doivent cependant constater que ceux-ci ne serviront pas leur dessein, car ils se condamnent eux-mêmes en se contredisant l’un l’autre.
Finalement, le souverain sacrificateur est contraint d’interroger Christ Lui-même. Face à toute cette inimitié et cette méchanceté, le Seigneur « garda le silence, et ne répondit rien ». Pierre, un témoin de ces scènes solennelles, peut nous dire des années plus tard que « lorsqu’on l’outrageait, [Il] ne rendait pas d’outrage ». « Comme une brebis muette devant ceux qui la tondent… il n’a pas ouvert sa bouche » (És. 53, 7). Il n’avait rien à répondre à de méchantes accusations ; mais lorsque la gloire de Sa personne est mise en cause, Il rend témoignage à la vérité, sans hésitation, quelles que puissent en être les conséquences — exemple parfait pour tous Ses serviteurs. N’étant pas parvenus à leurs fins par des mensonges, ils cherchent maintenant à condamner le Seigneur pour Son témoignage à la vérité. Tout ce que le diable réussit à faire, c’est de mettre en lumière la vérité quant à la gloire de la personne de Christ et de manifester la méchanceté absolue de la chair religieuse. Si, pour un moment, il est permis à ces hommes d’accomplir leurs mauvais desseins, ils ne sont que des instruments pour faire les choses que le conseil de Dieu avait « à l’avance déterminé devoir être faites ».
Le Seigneur Jésus était effectivement le Christ, le Fils du Béni, mais Il était également le Fils de l’homme qui sera vu « assis à la droite de la puissance », et revenant sur la terre en gloire. Rejeté comme Fils de Dieu selon le psaume 2, Il prend la place de Fils de l’homme selon le psaume 8.
Pour ces chefs, aveuglés par leur incrédulité, la vérité apparaît comme un blasphème et, à l’unanimité, « tous le condamnèrent comme méritant la mort ». Dans une soumission parfaite à la volonté du Père, Celui qui va bientôt être exalté à la droite de la puissance et revenir en gloire, n’offre pas de résistance aux outrages de ceux qui Lui crachent au visage et Le frappent de leurs mains.
Versets 66 à 72. Hélas ! le Seigneur ne doit pas seulement endurer les insultes d’hommes méchants, mais aussi le reniement d’un de Ses disciples. Plein de confiance en lui, Pierre n’a pas été attentif aux avertissements du Seigneur et a négligé Ses exhortations à veiller et prier. La chair l’a exposé à une tentation dans laquelle elle ne peut pas lui offrir d’appui. Tandis que le Seigneur, en face de la méchanceté de Ses ennemis, gardait le silence dans Sa grâce, Pierre se taisait par crainte, tout en se chauffant au feu du monde, en compagnie des ennemis du Seigneur. Et tandis que le Seigneur parle pour confesser la vérité, Pierre parle pour la renier. Dans sa confiance en lui-même, Pierre avait dit : « Quand il me faudrait mourir avec toi, je ne te renierai point ». Mis à l’épreuve par la simple question d’une servante, alors que rien ne suggère qu’un mal quelconque puisse lui arriver, et encore moins la mort, il pressent un danger et renie le Seigneur. Mais sa conscience ne va pas lui permettre de rester avec ceux auxquels il a menti. Il sort dans le vestibule et aussitôt, selon les paroles d’avertissement du Seigneur, il entend le coq chanter. Mais de nouveau, la servante le voit et dit à ceux qui étaient là : « Celui-ci est de ces gens-là ». Pour la deuxième fois, Pierre renie le Seigneur. Un peu plus tard, d’autres lui disent : « Certainement tu es de ces gens-là ». Et alors, non seulement il renie le Seigneur pour la troisième fois, mais il le fait avec des imprécations et des serments. Pierre avait à apprendre — ce que nous-mêmes sommes si lents à reconnaître — que « le cœur est trompeur par-dessus tout, et incurable ». Trompé par sa confiance en lui-même, il n’a pas réalisé que la méchanceté de son cœur était telle qu’il était prêt, si l’occasion se présentait, à renier son Maître bien-aimé, même avec des imprécations et des serments.
Combien solennelle est la conduite de Pierre, dans ces scènes pleines de gravité ! Cela nous est présenté, non pas pour que nous nous attardions sur sa chute et que nous rabaissions un serviteur dévoué du Seigneur, mais plutôt pour que nous apprenions à connaître le mal qui est dans nos propres cœurs et que nous soyons sur nos gardes. Lorsque le Seigneur le prévient qu’il va Le renier, Pierre, sûr de lui, reprend le Seigneur et se vante de son dévouement. Un peu plus tard, tandis que le Seigneur veille et prie, Pierre est endormi. Lorsqu’en présence de Ses ennemis, le Seigneur est muet, comme une brebis devant ceux qui la tondent, Pierre utilise l’épée. Pendant que le Seigneur fait la belle confession devant le souverain sacrificateur, Pierre Le renie devant une simple servante.
Pierre est tombé ; mais le Seigneur demeure, et Il reste le même. Les souffrances qu’Il a endurées en étant rejeté par la nation, trahi par un faux disciple, renié par un vrai disciple, et abandonné par tous, ne pouvaient pas Le détourner des siens, ni diminuer l’amour de Son cœur. En entendant le coq chanter pour la seconde fois, Pierre se ressouvint de la parole que Jésus lui avait dite : « Avant que le coq chante deux fois, tu me renieras trois fois ». Ces paroles brisent le cœur du pauvre Pierre et lui font verser des larmes de repentance. « En y pensant, il pleura ». On a dit[10] très justement : « Si la vigilance et la prière sont toujours nécessaires, seul sera irréprochable, innocent et n’aura pas à avoir honte celui qui marche avec la conviction profonde qu’il doit craindre de tomber dans les pires péchés si son âme n’est pas occupée de Jésus ». Nous ne connaissons pas la fourberie de notre propre cœur ; car le même passage qui nous dit qu’il est trompeur par-dessus tout, et incurable, continue en posant la question : « Qui le connaît ? ». Le prophète donne immédiatement la réponse : « Moi, l’Éternel, je sonde le cœur, j’éprouve les reins » (Jér. 17, 9, 10). Celui qui sonde et qui connaît nos cœurs peut seul nous préserver de chute et nous relever quand nous sommes tombés. C’est ce que Pierre restauré est amené à confesser, au jour de la résurrection, quand il dit : « Seigneur, tu connais toutes choses ». Il ne parlera plus jamais de son propre cœur, ni ne se vantera de ce qu’il fera ou ne fera pas. Il se remettra plutôt entre les mains de Celui qui sait toutes choses — toute la méchanceté de nos cœurs et toute la puissance de l’ennemi — et qui seul peut nous garder de chute.
« De toi que rien ne me sépare. Ô mon Sauveur ! Enseigne-moi, Si de nouveau mon pied s’égare, À revenir bientôt à toi. »