La croix (Chap. 15)

Dans les scènes qui se rattachent à la croix, la méchanceté de l’homme déchu paraît dans toute son horreur. Toutes les classes de la société y sont représentées — les Juifs et les Gentils, les sacrificateurs et le peuple, le gouverneur et ses soldats, les passants et les brigands. Malgré leurs différences sur le plan politique ou social, ils sont tous unis dans leur haine et leur rejet de Christ (v. 1-32).

Quand l’homme et toute sa méchanceté disparaissent dans les ténèbres qui couvrent le pays, il nous est accordé d’entendre le cri du Sauveur, exprimant Son abandon de Dieu, au moment où, comme la sainte victime, Il a été fait péché afin que nous devenions justice de Dieu en Lui (v. 33-38).

Enfin, après les heures d’abandon, nous avons le triple témoignage rendu au Seigneur Jésus par le centurion, par quelques femmes pieuses et par Joseph d’Arimathée (v. 39-47).


Versets 1 à 15. Le Seigneur a déjà été condamné injustement par le sanhédrin des Juifs. Mais il faut que le monde entier soit démontré coupable ; ainsi, comme le parfait serviteur de l’Éternel, le Seigneur consent à comparaître devant le tribunal de la puissance romaine, ce qui n’aura d’autre résultat que de prouver la faillite totale du gouvernement placé entre les mains des Gentils.

Pilate interroge de nouveau le Seigneur quant à la vérité, car la première chose qu’il demande est : « Toi, tu es le roi des Juifs ? ». Le Seigneur répond : « Tu le dis ». Comme quelqu’un l’a dit : « Que ce soit devant le souverain sacrificateur ou devant Pilate, c’est la vérité qu’Il confessait et c’est pour la vérité qu’Il a été condamné par l’homme » (W.K.). Aux accusations des Juifs, Il ne répond rien. Dans la perfection de Sa marche, Il sait quand parler et quand garder le silence. Il parlera pour établir la vérité, mais quand il ne s’agit que de méchanceté contre Lui-même, Il se tait. Puissions-nous tirer profit de Son exemple parfait et suivre les traces de Celui qui, lorsqu’on L’outrageait, ne rendait pas d’outrage. Il y a des moments où le silence produit sur la conscience un effet beaucoup plus grand que n’importe quelle parole. Pourtant, un tel silence est totalement étranger à notre nature déchue. Aussi Pilate s’en étonne-t-il.

Sachant parfaitement que toutes les accusations des Juifs contre Christ n’avaient aucune valeur, Pilate cherche d’une part à apaiser les Juifs et d’autre part à ne pas commettre l’infamie de condamner un innocent. Pour cela il recourt à la coutume de relâcher un prisonnier à la fête de la Pâque, quel que soit celui qu’ils demandaient. À cette époque, il y avait un prisonnier célèbre, nommé Barabbas, qui était détenu pour cause de sédition et de meurtre. Encouragé par la foule qui réclamait à grands cris qu’il soit fait selon cette coutume, Pilate suggère de relâcher Jésus, le Roi des Juifs, plutôt que Barabbas, le meurtrier.

Le recours à cette coutume n’était qu’un compromis et ajoutait à la méchanceté du juge ; car si le Seigneur était innocent — comme Pilate le savait — un jugement juste aurait exigé qu’Il soit relâché indépendamment de toute coutume. En outre, l’injustice de Pilate en ne relâchant pas immédiatement un innocent est aggravée par le fait qu’il était parfaitement conscient que c’était par envie que ces hommes méchants avaient lié le Seigneur et L’avaient amené devant le tribunal. Chez un pécheur ou chez un croyant, l’envie — ou la jalousie — est l’une des plus puissantes incitations au mal dans le monde. C’est la jalousie qui a conduit au premier meurtre, quand Caïn tua son frère ; c’est la jalousie qui a mené au plus grand des meurtres, quand les Juifs ont mis à mort leur Messie. Le prédicateur peut bien dire : « La fureur est cruelle et la colère déborde, mais qui subsistera devant la jalousie ? » (Prov. 27, 4). Les cœurs remplis de jalousie, ces chefs religieux excitent le peuple à choisir Barabbas plutôt que Christ. Poussés par la jalousie, ils rejettent Christ, Celui dont toute la personne « est désirable », et choisissent un meurtrier et un rebelle. Puissent tous les croyants prendre à cœur les leçons de cette scène solennelle, et être attentifs aux paroles de l’apôtre Jacques, qui nous met en garde contre « une jalousie amère et un esprit de querelle » dans nos cœurs. Si ces choses ne sont pas jugées dans le cœur, elles conduiront à du désordre et à toute espèce de mauvaises actions, même parmi les croyants (Jacq. 3, 14-16).

Pilate est peut-être un homme du monde endurci, mais du moins fait-il quelque faible objection à la condamnation de Celui que tous savent être innocent. Et s’il doit relâcher Barabbas, il demande : « Que voulez-vous donc que je fasse de celui que vous appelez le roi des Juifs ? ». Sans aucune hésitation, ils s’écrient : « Crucifie-le ! ». Nous ne tenons pas à la compagnie d’un rebelle et d’un meurtrier, mais l’inimitié de la chair contre Dieu est telle que si nous sommes laissés à nous-mêmes, et que nous ayons à choisir entre un meurtrier et Christ, nous préférons le premier.

Pilate demande encore : « Mais quel mal a-t-il fait ? ». Leur réponse est ce seul cri irraisonné : « Crucifie-le ! ». Voulant contenter la foule, Pilate renonce à toute apparence de justice, relâche Barabbas et, ayant fait fouetter Celui qu’il sait être innocent, il Le livre pour être crucifié.


Versets 16 à 20. Dans le traitement que les soldats infligent au Seigneur, nous voyons toute la brutalité de l’homme prenant plaisir à outrager Celui qui est sans défense. Il ne faisait pas partie du devoir d’un soldat de maltraiter un détenu ; mais l’humilité, la grâce et la perfection de ce saint prisonnier les mettaient en présence de Dieu ; et cela, l’homme déchu ne peut le supporter. Celui qui sera bientôt couronné de plusieurs diadèmes par la main d’un Dieu juste, consent à ce que les mains d’hommes iniques mettent sur Sa tête une couronne d’épines. Celui qui paîtra les nations avec une verge de fer permet à de misérables hommes de Le frapper avec un roseau. Par dérision, ils se mettent à genoux et rendent hommage à Celui devant lequel ils devront se courber au jour du jugement.


Verset 21. Ces soldats brutaux, ne se souciant ni de la liberté ni des droits des autres, contraignent un homme venant des champs de porter la croix. Simon le Cyrénéen a eu l’honneur de porter la croix pour Celui qui, sur elle, a souffert pour le monde entier. Apparemment, Dieu n’est pas resté indifférent à ce petit service rendu au Seigneur, car il nous est dit que ce Simon était le père d’Alexandre et de Rufus. On peut voir là une allusion au Rufus mentionné en Romains 16, 13, ce qui impliquerait qu’Alexandre et Rufus étaient des croyants bien connus à l’époque où Marc écrivit son évangile.


Versets 22 à 32. Aucun affront, aucune humiliation ne sont épargnés au Seigneur. Après L’avoir crucifié au « lieu du crâne », les soldats partagent Ses vêtements, en tirant au sort. Par dérision et par mépris pour la nation, ils inscrivent sur l’écriteau portant le sujet de Son accusation : « Le roi des Juifs », et en même temps, ils Le crucifient entre deux brigands. À leur insu, ils accomplissent l’Écriture qui dit : « Il a été compté parmi les iniques ».

On aurait pu penser que les passants au moins s’abstiendraient d’intervenir dans cette scène terrible, mais même eux hochent la tête, se raillent de Lui, déforment Ses paroles, et Le provoquent en disant : « Sauve-toi toi-même, et descends de la croix ! ».

Les principaux sacrificateurs aussi se moquent du Seigneur avec les scribes, disant : « Il a sauvé les autres, il ne peut se sauver lui-même ». C’était certes vrai, même s’ils réalisaient bien peu la vérité de leurs paroles. Mais ce qu’ils ajoutent : « Que le Christ, le roi d’Israël, descende maintenant de la croix, afin que nous voyions et que nous croyions ! » est entièrement faux. La foi vient de ce qu’on entend et non pas de ce qu’on voit. En outre, s’Il était descendu de la croix, la foi aurait été vaine. Nous serions encore dans nos péchés.

Finalement, le Christ de Dieu est rejeté et méprisé par les plus vils criminels ; nous lisons en effet : « Ceux aussi qui étaient crucifiés avec lui l’insultaient ».


Versets 33 à 36. Nous avons vu le Seigneur rejeté par tous les hommes, des plus élevés aux plus misérables, et abandonné de Ses disciples. Il nous est accordé maintenant de considérer des souffrances infiniment plus profondes, celles qu’Il endure lorsqu’Il est abandonné de Dieu. Ce ne sont plus l’envie, la méchanceté et la cruauté des hommes qu’Il doit supporter, mais le châtiment du péché alors qu’Il est livré à la mort par un Dieu saint. Personne ne peut, ni ne doit, pénétrer dans cette scène solennelle. Il y eut des ténèbres sur tout le pays. Christ était seul avec Dieu, caché à tous les regards, quand Il a été fait péché, Lui qui n’avait pas connu le péché. Fait péché, Il a dû endurer l’abandon de Dieu. Mais ne pouvons-nous pas dire que jamais Il n’a été plus précieux pour Dieu que lorsque, dans une obéissance parfaite, Il a connu l’abandon de Dieu ? Il a toujours glorifié le Père, mais jamais à un degré plus élevé que quand Il a été fait péché et qu’Il a été abandonné. Qu’un tel sacrifice ait été nécessaire magnifie la nature sainte de Dieu ; qu’un tel sacrifice ait pu être offert, exalte Son amour. Rien de moins que ce sacrifice ne pouvait satisfaire la gloire de Dieu ou obtenir le salut des hommes.

Mais qu’est-ce que cela a dû être pour Sa nature sainte que d’être fait péché ! Lorsqu’Il est entré dans le monde, Il a été désigné comme la « sainte chose » qui naîtrait ; lorsqu’Il en est sorti, Il a été « fait péché ». Celui qui était l’objet des délices du Père de toute éternité est abandonné. Le psaume 22 nous apprend que Celui qui a poussé le cri : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » peut seul donner la réponse : « Et toi, tu es saint, toi qui habites au milieu des louanges d’Israël ». Si le propos du cœur de Dieu de demeurer au milieu d’un peuple qui Le loue doit trouver son accomplissement, il faut d’abord que la sainteté de Dieu soit satisfaite. Et rien ne peut répondre aux saintes exigences d’un Dieu saint à l’égard du péché, si ce n’est l’offrande sans tache de Christ.


Versets 37 et 38. Lorsque tout fut accompli, « Jésus, ayant jeté un grand cri, expira ». Ce grand cri était la preuve que Sa mort ne résultait pas de la défaillance et de l’épuisement des forces naturelles. On a dit[11] : « Jésus n’est pas mort parce qu’Il ne pouvait plus vivre, comme il en est pour tous les autres hommes ». Pour que la sainteté de Dieu puisse être satisfaite, et que le salut des pécheurs soit rendu possible, il fallait qu’Il meure, mais personne ne Lui a ôté la vie, Il l’a laissée de Lui-même.

Aussitôt le voile du temple se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas. Le voile séparait le lieu saint du lieu très saint. Il parlait bien de la présence de Dieu, mais montrait que l’homme en était exclu. C’était là le caractère de la période de la loi : Dieu présent, mais l’homme incapable de s’approcher de Lui. Le voile déchiré proclamait que c’en était fini du judaïsme ; mais de plus, il nous dit que Dieu peut maintenant, en toute justice, se révéler en grâce et apporter à l’homme la bonne nouvelle du pardon ; et que l’homme lui-même peut s’approcher de Dieu sur le fondement du sang précieux de Christ.


Verset 39. L’œuvre de la croix étant achevée, la première voix à se faire entendre en témoignage à la gloire de la personne de Christ est celle d’un Gentil, précurseur du jour nouveau où une grande multitude de Gentils reconnaîtront le Sauveur comme étant le Fils de Dieu. Ce centurion avait certainement été témoin de bien des morts sur les champs de bataille, mais il n’avait jamais vu une mort semblable à celle de Christ. Il reconnaît que Celui qui peut ainsi rendre Son esprit en jetant un grand cri, doit être plus qu’un homme. Aussi peut-il dire : « Certainement, cet homme était Fils de Dieu ».


Versets 40 et 41. Quelques femmes dévouées, qui avaient suivi le Seigneur et L’avaient assisté de leurs biens dans les jours de Sa chair, sont ensuite honorées d’une mention. Par amour, elles avaient suivi le Seigneur pendant Sa vie de service, elles ne L’avaient pas quitté au moment de Sa mort sur la croix et elles regardent lorsque Son corps est déposé dans le sépulcre. On peut facilement s’attarder sur leur manque d’intelligence, tout en étant bien loin derrière elles dans leur amour plein de dévouement.


Versets 42 à 47. Si ces femmes dévouées se distinguent au jour du danger, alors que les disciples s’étaient enfuis, ainsi aussi, un conseiller honorable prend sur lui d’aller demander le corps du Seigneur pour l’ensevelir. Il était un vrai croyant qui attendait le royaume de Dieu ; toutefois sa position sociale élevée l’avait peut-être retenu de s’identifier avec Jésus dans Son abaissement et de s’associer à Ses humbles disciples. Mais, comme cela arrive si souvent, l’intensité du mal contraint la foi à se manifester, et ceux que nous aurions pu considérer comme étant spirituellement de peu de poids, se déclarent résolument pour le Seigneur, alors que d’autres dont nous aurions pensé qu’ils montreraient l’exemple, faillissent entièrement.

Ainsi la Parole de Dieu s’accomplit : bien que les hommes Lui aient donné Son sépulcre avec les méchants, Il a été avec le riche dans Sa mort (És. 53, 9). Et s’il a été permis aux hommes de clouer ignominieusement Christ sur une croix, afin que le conseil de Dieu s’accomplisse, il est pourvu — une fois cette grande œuvre achevée — à ce que Son corps soit enseveli avec tous les honneurs qui Lui sont dus, et sans que les hommes méchants ne puissent Lui infliger davantage d’affronts.