Isaac, ou Genèse 25 à 27[17]

Dans les articles précédents, intitulés Hénoc, Noé et Abraham, j’ai suivi le cours du livre de la Genèse jusqu’à la fin du chapitre 24. Je me propose maintenant de continuer cette étude par la considération des chapitres 25 à 27, où Isaac, après Abraham, est le principal personnage en vue.

Il ne nous est dit toutefois que peu de chose de son histoire et peu de chose de son caractère. À certains égards, ceci importe peu ; car, qu’il y ait peu ou beaucoup, son nom vit dans le souvenir de nous tous qui avons appris à connaître les voies du Dieu de grâce, « le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob », son nom éternellement, son mémorial de génération en génération (Ex. 3).

Isaac était étranger sur la terre, un étranger céleste, comme l’avait été son père ; nous le voyons, comme Abraham, avec sa tente et son autel ; nous entendons l’Éternel lui donner les promesses, comme Il les avait données à Abraham.

« Par la foi, Abraham demeura dans la terre de la promesse comme dans une terre étrangère, demeurant sous des tentes avec Isaac et Jacob, les cohéritiers de la même promesse ».

Cette vie des patriarches sous des tentes avait un caractère particulier de grandeur. C’est ce que nous enseigne Hébreux 11, 9 et 10. Ce passage nous dit que les pères se contentaient de vivre à la surface de cette terre. Une tente n’a point de fondements. En quelques instants on la dresse ou la plie. Ce lien faible et momentané avec la terre, et la vie sous une tente, suffisaient à ces patriarches ; ils n’en voulaient point d’autre ; ils ne recherchaient pas une cité, ni des fondements, dont Dieu ne fût pas le constructeur. Tant que l’édifice de Dieu n’était pas manifesté, ils étaient en séjour ici-bas ; ils ne faisaient que passer sur la plaine, c’est-à-dire sur la surface de la terre, sans y prendre aucunement racine.

C’est ce que nous disent les tentes de ces pères pèlerins. Et tandis que leurs tentes rendaient témoignage qu’ils étaient des étrangers célestes, leurs autels montraient qu’ils étaient des adorateurs, de vrais adorateurs, car ils élevaient leur autel à Celui qui leur était apparu. Ils ne prétendaient pas trouver Dieu par leur sagesse, puis L’adorer selon les lumières et les imaginations de leurs propres pensées. Ils ne se disaient pas sages, comme le fait la foule dans sa folie ; mais ils connaissaient Dieu, et ils ne L’adoraient que selon la révélation qu’Il leur avait donnée de Lui-même. C’est pourquoi, ce n’était pas l’autel d’un « dieu inconnu » qu’ils servaient ; ils servaient, adoraient en vérité. L’autel des patriarches était, en son temps, aussi beau que la tente des patriarches. La tente exprimait leur relation propre avec le monde qui les entourait ; l’autel exprimait la relation avec l’Éternel, le Dieu des cieux et de la terre, qui était au-dessus d’eux.

Tout cela était également vrai d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. Aucun nouveau secret dispensationnel n’est donc révélé en Isaac, aucun nouveau propos des conseils divins, comme en Abraham[18]. Néanmoins, quoiqu’il ne soit point présenté de nouvelle scène typique, nous trouvons, dans l’histoire d’Isaac, un plus ample déploiement des gloires déjà révélées à Abraham et liées à la dispensation ou à l’appel de Dieu. Ce déploiement est aussi d’une très grande importance, et, si nous avons des affections divines, nous devrions l’apprécier immensément. Voici ce que je veux dire : l’appel céleste, ou la position d’étranger sur la terre, était chose commune aux patriarches ; mais, quant au fait caractéristique, nous voyons présentées en Abraham l’élection, et en Isaac la position de fils, l’adoption.

Dieu avait appelé Abraham à sortir du monde, à quitter sa parenté, son pays et la maison de son père, le mettant à part pour Lui-même et pour Ses promesses. Mais Isaac, dans la maison de son père, était déjà choisi, appelé et sanctifié. Il était dans la maison dès sa naissance, et il y était avec Dieu, étant né suivant la promesse, et en vertu d’une énergie qui vivifie les morts ; et dans toutes ces choses, la position de fils nous est présentée en lui, comme l’élection nous avait été présentée en Abraham. En Isaac, nous voyons cette famille qui est « née, non pas de sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu », et qui est placée dans la liberté, comme dit l’apôtre : « Or vous, frères, comme Isaac, vous êtes enfants de la promesse ». Si nous sommes à Christ, nous sommes tous de la semence d’Abraham, des Isaacs, enfants de la femme libre, possédant l’adoption.

Or, comme le mystère de l’élection avait été donné à connaître en Abraham, le mystère de la position de fils ou de l’adoption, figuré en Isaac, est selon l’ordre divin. Car l’élection de Dieu est pour l’adoption, ainsi que nous lisons : « Nous ayant prédestinés pour nous adopter pour lui par Jésus Christ » ; et, par conséquent, cette haute prérogative personnelle étant figurée en Isaac, nous trouvons dans le cours de l’histoire du fils de Sara une figure extrêmement belle et remarquable du mystère des fils de la femme libre.

Nous voyons, en effet, la naissance, et aussi le sevrage d’Isaac. Or chacun de ces événements fut une occasion de joie dans la maison du père. Le nouveau-né fut appelé « rire », et il y eut un festin le jour où il fut sevré.

Ce sont là de merveilleux secrets du Dieu de grâce. La joie d’un père est d’avoir des enfants ; une autre joie pour lui est que les enfants sachent qu’ils sont enfants. C’est ainsi qu’Isaac naquit et qu’il fut sevré, comme nous le raconte le livre de la Genèse. Et tout cela, nous le retrouvons avec une vivante réalité, après un long intervalle de temps, dans l’épître aux Galates. Car ce qui était figuré en Isaac, se trouve réalisé en nous par l’Esprit. Nous apprenons dans cette épître que nous sommes fils par la foi dans le Christ Jésus. Nous y apprenons aussi que, étant fils, nous en recevons l’Esprit. Nous sommes nés, et nous sommes aussi sevrés. Paul travaillait de nouveau pour l’enfantement des Galates, comme il le dit : « Mes enfants, pour l’enfantement desquels je travaille de nouveau jusqu’à ce que Christ ait été formé en vous ». Le Christ de ce passage, c’est Christ, le Fils : et Paul désirait ardemment qu’ils arrivassent à l’état de fils comme Isaac, à la liberté, dans la conscience de leur adoption. Ils étaient exposés à la tentation de s’attacher de nouveau à des ordonnances, qui enfantaient pour la servitude, et qu’avaient prescrites les tuteurs et les gouverneurs d’une dispensation précédente. L’apôtre voulait, au contraire, les ramener dans la liberté dont il jouissait lui-même dans sa propre âme. Il avait plu à Dieu, comme il le dit, de révéler son Fils en lui. Ce qu’il vivait dans la chair, il le vivait dans la foi au Fils, qui l’avait aimé. Il pouvait donc s’en aller en Arabie, où il n’y avait ni chair, ni sang, dont il pût prendre conseil, point de Jérusalem, de ville à solennités, point d’apôtres, ni d’ordonnances, point de sacrificature selon l’ordre charnel, point de sanctuaire terrestre, par lesquels il pût être approuvé, scellé, rendu parfait. Il ne voulait rien de ce que ces choses, soit en particulier, soit toutes ensemble, pouvaient lui donner, car il avait le Fils révélé en lui. Il était un Isaac sevré, et son désir était que les Galates fussent tels que lui ; il pouvait entendre les paroles autrefois entendues au sujet d’Issac dans la maison d’Abraham : « Chasse la servante et son fils ; car le fils de la servante n’héritera pas avec le fils de la femme libre ».

Tout ceci nous est présenté, d’une manière symbolique, en Isaac, l’enfant de la femme libre, dont la naissance avait donné lieu au rire et à l’allégresse, et dont le sevrage avait été célébré par un festin. Nous voyons donc que ce mystère, rappelé, est pleinement exposé dans l’épître aux Galates.

Lorsque nous pensons à la prédestination, il ne nous faut pas seulement penser à des gloires. Les desseins de Dieu à notre égard sont plus riches encore. Nous sommes prédestinés à un état d’affections satisfaites, aussi bien qu’à une position de gloires manifestées, savoir à être aussi bien enfants par l’adoption et à être « devant lui en amour », qu’à hériter de toutes choses (Éph. 1). L’Esprit qui nous a été donné, nous rend capables de crier : « Abba, Père » ; — chose non moins certaine que le fait qu’Il est le sceau de notre droit à la rédemption à venir.

Nous sommes portés à l’oublier. Nous pensons à l’appel et à la prédestination, en rapport avec la gloire, plutôt qu’en rapport avec l’amour, la relation, la famille et la maison du Père.

Et pourtant, c’est la relation qui donnera une joie plus profonde, même que l’héritage et la gloire. La jouissance d’être dans le palais de son père est, pour le plus jeune enfant de la famille royale, d’une autre espèce que celle du plus noble et du plus élevé en dignité dans le palais du roi. L’enfant est là sans aucune question de rang, car il a droit d’y être en raison de sa relation ; d’autre part, les nobles du pays peuvent y être, mais ils sont à la cour en raison de leur dignité ou de leur office. Or, comme je l’ai dit, la jouissance de l’enfant à être dans le palais est d’un caractère plus élevé ; elle est personnelle et non officielle ; le palais pour lui est son chez-lui, et non pas simplement la cour du roi.

Or, en Isaac, ce que nous voyons, c’est le fils, l’enfant chez lui, l’enfant dans les privilèges de la relation. C’est ce qu’Isaac nous présente, ce qu’il est mystiquement. Isaac fut gardé chez son père, soigné dans la famille, nourri et recevant sa part ; les richesses, ainsi que le bien-être de la maison de son père, étaient à lui, comme nous lisons : « Et Abraham donna tout ce qui lui appartenait à Isaac. Et aux fils des concubines qu’eut Abraham, Abraham fit des dons ; et, tandis qu’il était encore en vie, il les renvoya d’auprès d’Isaac, son fils, vers l’orient, au pays d’orient ».

Considéré mystiquement, Isaac l’est comme un fils, né de la femme libre, enfant de la promesse, né de Dieu, comme il est dit : « Je viendrai, et Sara aura un fils ». Isaac est une figure des enfants adoptés, rendus « agréables dans le Bien-aimé », qui ont revêtu Christ, qui sont dans Sa joie, et sont animés de Son Esprit.

Nous avons toutefois à considérer Isaac moralement, aussi bien que typiquement, c’est-à-dire dans son caractère, aussi bien que dans sa personne. Nous n’avons, il est vrai, que peu d’éléments pour notre étude. Il ne nous est guère raconté d’incidents de sa vie, peu de choses qui nous mettent à même de juger de son caractère. Cela est propre à nous encourager. Nous rencontrons quelquefois chez des élus de Dieu un excellent naturel, une noblesse d’âme, une vertu humaine d’un caractère délicat et captivant ; d’autres fois, au contraire, le naturel est pauvre, peu sympathique, ou même très mauvais. Cela donne quelque soulagement à nos pauvres cœurs. Comme nous nous connaissons nous-mêmes mieux que les autres, il nous est facile de reconnaître que notre propre naturel est pauvre et misérable ; alors c’est pour nous un encouragement, dans un certain sens, de rencontrer chez d’autres enfants de Dieu, des natures semblables à la nôtre.

Isaac manquait de caractère. Son naturel n’était ni bon, ni mauvais. Il avait, comme l’on dit, beaucoup d’aimables qualités qui, selon l’estimation humaine, attiraient le cœur. Mais il manquait de caractère. La manière dont il avait été élevé, pouvait y avoir été pour beaucoup. Son enfance avait été entourée de tendresse. Il n’avait jamais quitté sa mère ; il était l’enfant de sa vieillesse, son unique ; de telles habitudes l’avaient amolli, et lui avaient fait conserver la douceur ordinaire d’une amabilité naturelle. On voit en lui l’amour de la tranquillité et de la retraite, la disposition à la soumission plutôt qu’au ressentiment, et ceci joint à l’indulgence amollissante de la vie domestique. Il était irréprochable, nous avons tout lieu de le supposer, pieux et strict à remplir ses devoirs de famille, comme enfant et comme mari, et il s’attirait le bon vouloir de ses voisins ; mais il manquait de l’énergie qui l’aurait fait être un témoin parmi eux, plus, du moins, que par la séparation dont faisaient foi sa circoncision, son autel et sa tente. Or une telle vie est toujours une vie effacée. Il était, dans une mesure ordinaire, fidèle à sa tente et à son autel ; mais, en dressant l’une et en bâtissant l’autre, il le faisait d’une main plutôt faible.

Isaac avait quarante ans, lorsqu’il reçut Rebecca pour femme. Pendant vingt ans, ils n’eurent point d’enfants ; mais, dans cette épreuve, ils se conduisirent mieux que n’avaient fait Abraham et Sara. Ces deux derniers n’ayant point d’enfants, Sara donne sa servante à son mari. Isaac et Rebecca, n’ayant point d’enfants, prient instamment l’Éternel et s’attendent à Sa bonté. C’était là une différence en leur faveur et, dans ce moment, les derniers sont les premiers et les premiers sont les derniers ; aujourd’hui encore, nous trouvons la même variété morale parmi les enfants de Dieu. Mais ces deux familles suggèrent, quant à leurs enfants, des mystères divins différents, comme aussi la conduite des parents dans chaque cas nous présente un enseignement moral différent.

Abraham avait eu deux fils, Isaac et Ismaël, mais par deux femmes ; Isaac a maintenant deux fils : Jacob et Ésaü, enfants de la même femme.

L’inimitié entre les enfants d’Abraham commença lorsque Ismaël, âgé de quatorze ans, se moqua d’Isaac, quand il fut sevré. Mais la lutte entre les fils d’Isaac eut lieu dans le sein de leur mère. Il y avait là deux nations, comme l’avait dit l’Éternel à Rebecca : « Deux peuples se sépareront, en sortant de tes entrailles ». C’est ce qui arriva. L’homme de Dieu se trouva en Jacob, l’homme du monde en Ésaü ; le principe de la foi fut dans l’un, le principe de la nature dans l’autre. Deux peuples différents se séparèrent, en effet, en sortant de ses entrailles, et s’étaient entre-poussés dans son sein : « L’amitié du monde est inimitié contre Dieu ». Tel était Ésaü. Ésaü fit de la terre la scène de son énergie, de ses jouissances et de ses espérances. Il était « un homme des champs » et « habile à la chasse ». Il prospéra en sa génération. Il aimait la terre et savait en tirer profit. Son désir se portait sur la vie présente, et il sut employer ses dons naturels pour s’en procurer les jouissances. Ses fils ne tardèrent pas à devenir des chefs, et même des rois : ils eurent des villes, comme les enfants d’Ismaël étaient devenus des princes et avaient eu des villages. Leur dignité, leur grandeur procédaient d’eux-mêmes ; et le monde put les voir dans leur magnificence.

Jacob, au contraire, était « un homme simple », un homme de la tente. Il était comme ses pères. De même qu’Abraham et Isaac, il était étranger ici-bas, séjournant pour un temps sur la surface de la terre, l’œil fixé sur la promesse. Tandis que les enfants d’Ésaü étaient des chefs, établis dans leurs domaines, avec l’éclat de leurs dignités et de leurs richesses — ceux de Jacob durent errer de nation en nation, endurer les mauvais traitements et les injustices des Égyptiens arrogants, ou traverser, comme pèlerins, un désert désolé, sans chemin frayé.

Ésaü était l’homme « profane ». Les désirs de son cœur et ses espérances se rapportaient uniquement à la vie de ce monde, car il disait : « Je m’en vais mourir ; et de quoi me sert le droit d’aînesse ? ». Comme les Gadaréniens, et comme Judas, il était prêt à vendre la part qu’il avait à Christ. Mais Jacob avait la foi, et fut prompt à acheter ce qu’Ésaü était prompt à vendre.

Deux peuples différents, sortis des entrailles de Rebecca, se séparaient ainsi, comme nous le voyons. C’est ce qui apparaît dès qu’ils sont mis au monde ; leurs premières habitudes, leurs premières poursuites sont caractéristiques. Ce n’étaient plus la servante et la femme libre, ou les enfants des deux alliances, ainsi que l’avaient été Ismaël et Isaac ; en Ésaü et Jacob, nous avons les deux natures plus clairement exprimées : l’une, réprouvée, héritée d’Adam, profane, mondaine, qui prend sa part sur la terre, et non point en Dieu ; l’autre, divine, reçue de Christ, croyante, pleine d’espérance, s’attendant aux promesses de Dieu et espérant le royaume.

Ces deux natures subsistent encore aujourd’hui ; elles sont très vivantes en divers individus au milieu de nous et autour de nous. On rencontre toujours sur la terre les Caïns, les Nimrods, les Ismaëls et les Ésaüs ; or ces récits et ces exemples offrent des enseignements pour nos âmes. Ils sont d’une merveilleuse simplicité ; mais ils sont trop profonds pour la sagesse du monde, et trop purs pour que le monde les aime.

J’ai réuni ici ces pensées, en raison des leçons morales et des mystères qui y abondent. Mais notre sujet est avant tout Isaac.

Isaac, comme je l’ai déjà fait remarquer, fut élevé dans la tente de sa mère. Il était, à vrai dire, plutôt l’enfant de sa mère que celui de son père — ce qui est le cas habituel pour nous tous dans notre première enfance. Mais pour Isaac, cela persista jusqu’à la mort de Sara ; et à ce moment-là, il devait avoir bien plus de trente ans.

Il connaissait mieux la tente de Sara que la sphère du travail et des occupations plus pénibles des hommes. Dans cette tente, il avait été instruit, aussi bien qu’élevé ; et cette éducation laissa sur son caractère des impressions qui ne s’effacèrent jamais. Quoique incidemment, nous trouvons, au chapitre 24, 67, une preuve très évidente de la force de l’influence maternelle sur Isaac. Isaac, est-il dit, conduisit Rebecca dans la tente de sa mère, et Isaac se consola quant à sa mère.

Ceci nous donne une idée assez claire du pli qu’il avait pris dans son enfance. Son caractère fut formé ainsi. Il fut l’Isaac facile, doux, docile, pieux aussi, et, comme je l’ai dit, irréprochable et aimable.

Mais, bien qu’il eût assurément toutes ces qualités, ce dont je ne doute pas, je le demande : Fut-ce simplement son naturel ou son caractère qui lui fit prendre sans hésiter le chemin de la montagne de Morija (voir chap. 22) ? Fut-ce simplement la piété filiale qui le fit consentir à être lié comme un agneau pour la boucherie, sans ouvrir la bouche ? Pouvons-nous le supposer ? Était-ce là simplement de la force de caractère ? Je dis : Non. Un tel sacrifice était trop pour la douceur, la soumission humaine, même en un Isaac ou en une fille de Jephthé. Je dois plutôt dire que la main de l’Éternel fut sur lui en cette occasion, de même que, longtemps après, elle fut sur le maître de l’ânesse dont il était besoin pour porter le Roi à Jérusalem ; puis sur la multitude qui, en chemin, L’honora comme roi ; ou sur le maître de maison qui prépara la chambre garnie pour la dernière pâque du Seigneur. Dans ces différentes occasions, la main de l’Éternel fut puissante pour façonner la matière, et lui faire prendre l’impression du moment. Il en fut de même aux jours de l’enfance de Samuel, lorsque les vaches portèrent l’arche de l’Éternel tout droit par le chemin vers le pays d’Israël, bien que la nature s’y opposât, car elles laissaient leurs veaux en arrière. Mais la puissance divine était sur elles. En cette occasion-ci, Isaac était aussi sous l’effet de cette même puissance, de franche volonté, je l’admets pleinement, mais rendu tel en un jour de puissance ; car il devait être le type d’un plus grand que lui. Le sceau était appliqué par une main énergique, et il fallait que l’empreinte fût distincte, profonde et lisible : « Voici, je viens pour faire, ô Dieu, ta volonté », telle est l’inscription sur le sceau. « Comme un agneau muet devant celui qui le tond, ainsi il n’ouvre point la bouche ».

Ce fut un moment important dans la vie d’Isaac, un événement d’une profonde signification. Il en est de même de son union avec Rebecca (voir chapitre 24). Dans le fait qu’il prend une femme, non pas de son choix, mais celle que son père lui procure, nous reconnaissons la même main puissante qui est sur lui. Il peut bien y avoir eu en ceci, plus de docilité humaine et de piété filiale, que dans le cas du sacrifice sur la montagne de Morija ; c’est ce que nous pouvons admettre ; néanmoins c’était, comme dans l’autre cas, un moment où le sceau était appliqué. Ce mariage était un type, un mystère, aussi bien que l’avait été le sacrifice. La femme, amenée au fils du père et à son héritier, chez le père, par le serviteur qui était dans son secret et avait sa pleine confiance, était un mystère ; et il faut de nouveau que la matière soit tendre pour prendre l’empreinte qu’elle reçoit de la main. Le potier faisait des vases pour l’usage de sa maison, et il fallait que l’argile s’y pliât. Plusieurs siècles plus tard, les enfants du prophète reçurent les noms qu’il plut à l’Éternel de leur donner, et Ésaïe dut dire d’eux : « Voici, moi et les enfants que l’Éternel m’a donnés, nous sommes pour signes et pour prodiges » (És. 8). De même, Isaac et Rebecca, au jour et dans les circonstances de leur mariage, étaient donnés comme « signes et prodiges ». C’est là leur principal honneur — ils déclarent les mystères de Dieu. Ce sont des paraboles aussi bien que des mystères, des événements placés comme types dans le cours de l’histoire du monde, comme le soleil, la lune et les étoiles, sont placés dans les cieux pour signes. Sur chacun de ces types, nous voyons une écriture tracée par la main de Dieu : « J’en graverai la gravure, dit l’Éternel des armées » ; car Il a empreint sur ces événements l’image de quelques-uns de Ses conseils éternels.

Mais, quoique ce naturel doux et docile de notre patriarche Isaac ne fût pas à même de faire les mêmes sacrifices que son père, ou d’abandonner ses droits comme lui, du moins son naturel doux et docile lui donne un caractère spécial. Tantôt ce naturel est aimable et attire le cœur, tantôt il se trahit d’une triste manière. Mais toute la vie, et en toute circonstance, dans les quelques incidents qui nous sont rapportés de lui, nous voyons le même Isaac facile, doux, prompt à céder. Or une seule vertu, toujours la même en toute occasion, je n’ai pas besoin de le dire, est un indice de faiblesse de caractère. C’est dans la réunion de différentes vertus qu’on reconnaît la force de caractère et le cachet d’une œuvre divine. « Le royaume de Dieu est justice, et paix, et joie dans l’Esprit Saint ». L’âme est alors ferme, aussi bien que pleine de grâce et de joie. C’est en cela que consiste la gloire morale ; de même que plusieurs rayons colorés se réunissent pour former un tout immaculé, dans la lumière dont nous jouissons et que nous admirons. Mais cela ne brille ni en Isaac, ni en aucun autre, dans toute sa beauté, sauf en Celui en qui sont réunies et resplendissent toutes les gloires dans leurs manifestations variées.

Jérémie, je me permets de le dire, me paraît avoir été l’homme d’une seule passion, comme Isaac était l’homme d’une seule vertu ; je veux dire, on le comprend, quant à ce qui caractérisait chacun d’eux. Chez Jérémie, c’était une passion pieuse, la douleur au sujet des désolations morales de Sion. Mais cette passion, étant ce qui seul occupait son cœur, le seul sentiment qui remplissait son âme, nous fait éprouver en général un vif intérêt pour lui ; cependant, parfois cette passion l’entraîne à des choses que Dieu réprouve. Il se met en colère contre le peuple qui excitait la douleur de son cœur, et murmure contre Dieu Lui-même. Je parle, cela va sans dire, du caractère de Jérémie, comme il nous est présenté dans son ministère. Je sais, avec toute certitude, que par ce ministère, considéré dans son exercice, il était le prophète de Dieu, et qu’il faisait connaître les messages inspirés par le Saint Esprit. Mais je parle de lui comme homme : comme tel, il était l’homme d’une seule passion, comme Isaac était l’homme d’une seule vertu. Mais ceux chez lesquels se trouvent réunies diverses vertus, nous montrent plus distinctement le cachet de l’œuvre divine, leur ressemblance avec des arbres plantés près des ruisseaux d’eaux, qui rendent leur fruit en leur saison (Ps. 1). C’est cette production du fruit en sa saison qui constitue la vraie beauté. Tout est beau en sa saison, et seulement alors. La douceur perd sa beauté, quand le zèle et l’indignation sont requis. L’homme d’une seule vertu est loin d’atteindre à la hauteur de celui qui est décrit dans le psaume 1 ; ce dernier possède un caractère fort, il a de la décision et de l’individualité ; évidemment, c’est en Dieu que son âme puise sa force. « Il sera comme un arbre planté près des ruisseaux d’eaux, qui rend son fruit en sa saison, et dont la feuille ne se flétrit point ; et tout ce qu’il fait prospère ». C’est ce que produit la culture divine ; mais en Isaac, nous ne voyons rien de tel. Chez Abraham, selon sa mesure, et certainement en contraste avec Isaac, nous trouvons la réunion de vertus dont j’ai parlé plus haut ; cette différence entre les deux ressort dans leur manière d’agir en des circonstances semblables, lorsque Abraham, au chapitre 20, et Isaac, au chapitre 26, commettent le même péché, en reniant leurs femmes, et les appelant leurs sœurs (voyez « Abraham »).

Les Philistins avaient traité Isaac très méchamment. Ils s’étaient emparés de force, et l’un après l’autre, des puits qu’il avait creusés lui-même, et avaient bouché ceux que son père avait creusés avant lui. Il avait supporté cette injustice dans un esprit de douceur et de grâce, esprit qui convenait bien à un étranger et forain ici-bas, qui attend sa bourgeoisie dans un autre monde. Il allait d’un lieu à l’autre, à mesure que les Philistins contestaient avec lui et le pressaient. C’était en accord avec la disposition d’esprit, qui, comme nous l’avons dit, le caractérise dans tous les incidents de sa vie. Quand il souffre, il ne menace pas — faisant le bien, et souffrant en conséquence, il accepte patiemment le tort — et ceci, nous le savons, est digne de louange devant Dieu (1 Pier. 2, 20). Dieu l’affirme ici ; car Il approuve cette conduite de Son serviteur ; Il vient vers lui de nuit et l’encourage, comme Il avait encouragé Abraham. Mais lorsque, avec le temps, les Philistins sont amenés à de meilleurs sentiments, et qu’Abimélec, le roi, avec Akhuzzath, son ami, et Picol, chef de son armée, vient le trouver et rechercher son alliance, je le demande, son caractère ne se révèle-t-il pas ?

Isaac, cela va sans dire, avait raison de les recevoir, de leur jurer amitié, et de faire avec eux échange de bons offices, de gages et de garanties de bon voisinage, comme ils le demandaient. Car notre devoir est de pardonner, fût-ce soixante-dix fois sept fois en un jour. Mais en même temps, il faut qu’il y ait fidélité au moment opportun, fidélité aussi bien que pardon. « Si ton frère pèche, reprends-le, et s’il se repent, pardonne-lui ». Mais Isaac n’était pas tout à fait à la hauteur de cette vertu plus énergique. Il fait bien quelques plaintes à Abimélec, mais avec tant de douceur et d’indulgence qu’elles ne paraissent pas capables d’atteindre sa conscience. Il met bien plus de zèle à faire alliance avec lui. Il frappe dans la main sans hésiter et, on peut le dire, de grand cœur. Il fait un festin au roi de Guérar, et le renvoie comme son allié, sans l’avoir amené à reconnaître le tort commis par son peuple contre celui duquel il recherchait et obtenait l’amitié. Isaac ne réfute non plus en rien l’assertion d’Abimélec qu’il ne lui avait fait que du bien tout le temps qu’il avait été dans son pays. À en juger par les paroles échangées entre eux, et autant que nous pouvons discerner les pensées du roi de Guérar, les reproches d’Isaac ne lui avaient fait éprouver aucune componction : il retourna chez lui avec ses amis, en paix avec lui-même, aussi bien qu’avec le patriarche. Isaac n’avait pas fait arriver jusqu’à la conscience d’Abimélec les plaintes qu’il avait fait entendre à son oreille. Il n’y avait point en cela de force de caractère, et l’on y reconnaît sa disposition naturelle.

Ce n’était là qu’une pauvre vertu en Isaac. Ce n’est qu’une pauvre vertu lorsqu’elle se fait voir en nous ; et quelques-uns d’entre nous ont à la traiter, et parfois à la confesser comme telle. Elle est agréable dans une certaine forme de la nature humaine aimable, mais ce n’est pas là servir Dieu. Elle est, quand il s’agit de nos propres voies, un sujet d’humiliation. C’est une pauvre vertu et, dans une certaine mesure, notre patriarche Isaac nous en donne ici l’exemple.

Il en avait été autrement d’Abraham. Le roi de Guérar, en son jour, était venu le trouver, et cela pour une raison semblable, et avec le même désir. Abraham le reçoit avec un esprit de pardon non moins noble que celui d’Isaac ; son cœur et sa main sont tout aussi empressés à le recevoir et à lui jurer amitié. Néanmoins, il lui adresse des reproches et les lui fait sentir : « Abraham reprit Abimélec », lisons-nous ; ce que nous ne lisons pas dans le cas d’Isaac. Abraham ne veut pas le renvoyer satisfait de lui-même, sans remarque aucune, lorsqu’il se vante de ses propres vertus et de celles de son peuple. Il lui donne aussi, tout comme aurait pu le faire Isaac, l’assurance d’un plein pardon et d’une pleine réconciliation ; mais il ne lui cache pas que sa conscience peut avoir quelque reproche à se faire, bien que son voisin l’accueille et lui pardonne ; qu’il y a, entre l’Éternel et lui, certaines choses que, ni le festin d’Abraham, ni son amitié, ne peuvent aucunement régler.

C’était la vérité, la vérité devant Dieu, devant qui, bien-aimés, la vérité nous place toujours. Puissions-nous apprendre à mieux connaître ce secret, et à être droits devant Lui ! C’était beau à Abraham d’agir ainsi ; et par là, il fut en bénédiction à Abimélec, au lieu de lui être simplement agréable. Il n’en fut pas de même d’Isaac, et nous pouvons ne rien ajouter sur sa conduite en cette occasion, au chapitre 26, tout en nous posant seulement cette question : Cette manière de faire venait-elle simplement de la nature, ou bien d’un esprit renouvelé ? — question qui est toujours de saison pour nous-mêmes.

Isaac était un élu, tout aussi certainement qu’Abraham ; il était étranger avec Dieu sur la terre ; non seulement il portait son autel avec lui, mais il en faisait usage. Il était en prières dans les champs, lorsqu’il reçut sa femme Rebecca. C’est en réponse à ses prières qu’Ésaü et Jacob lui furent accordés. Nous ne parlons que de ce qui concerne son caractère, lorsque nous le mettons ainsi en contraste avec d’autres. Nous parlons des voies d’un croyant dans sa vie pratique : nous voyons en lui un témoignage pour Dieu devant les hommes, uni à l’amabilité et au dévouement dans sa famille. Voilà ce que nous trouvons en Isaac ; nous voyons encore parmi nous des choses semblables, comme le savent bon nombre d’entre nous, pour notre confusion. Quelqu’un me disait une fois : « Beaucoup de ce qui passe auprès de nos frères pour être de la spiritualité, nous le faisons pour avoir leur approbation et pour leur être agréables, et non point comme étant dans la présence de Dieu et en simplicité de cœur ».

C’est assurément une parole vraie ; et il y a profit à nous laisser sonder par elle. Ces remarques sur nos voies habituelles nous blessent, mais il ne faut pas qu’elles nous découragent. Tout au contraire, nous devons les recevoir avec reconnaissance, comme étant pour notre bien. La lumière qui vient dissiper nos ténèbres, reste ensuite pour nous réjouir ; elle a droit à tout remplir en nous, de sorte que nous pouvons chanter en esprit le triomphe de la lumière actuelle sur les ténèbres du passé, en reconnaissant ce que nous étions et ce que nous sommes maintenant.

« Ce que j’étais — mon péché, ma souillure,
Ma mort — tout était bien à moi.
Ce que je suis, ô Dieu de toute grâce,
À toi seul je le dois.

Le mal en moi, ma mauvaise nature,
Était bien, hélas ! tout à moi.
Le bien qui fait déjà toute ma joie,
À toi seul je le dois.

Jadis j’étais gisant dans les ténèbres,
Captif, enchaîné, sans espoir.
Mais maintenant, je suis dans la lumière,
Libre — affranchi par toi. »

Telle est notre position actuelle et non future ; c’est là ce que la foi nous met à même de chanter. Elle parle ainsi, et l’âme qui l’entend, comprend sûrement son langage. La foi nous fait réaliser ces choses par l’énergie du Saint Esprit qui opère en nous. En Hébreux 11, du commencement à la fin, c’est la foi qui est en jeu. Énoch, Moïse, David, les prophètes, les martyrs d’autrefois, y sont présentés avec leurs œuvres et leurs victoires ; mais c’est la foi, et non le peuple de Dieu, que l’Esprit, par la plume de l’apôtre, met en vue dans ce beau chapitre.

Mais revenons à Isaac.

À la fin du chapitre 26, nous lisons : « Et Ésaü était âgé de quarante ans, et il prit pour femmes Judith, fille de Beéri, le Héthien, et Basmath, fille d’Élon, le Héthien ; et elles furent une amertume d’esprit pour Isaac et pour Rebecca ».

Ces deux versets contiennent pour nous un important avertissement ; mais pour en tirer un vrai profit, il nous faut considérer certaines choses qui sont en rapport avec ce qui est dit ici, ou y ressemblent, dans l’histoire d’Abraham et dans celle de Jacob, et de son fils Juda.

Le commandement donné dès le commencement à la nation d’Israël était de garder avec un soin très particulier la voie de l’Éternel au sujet du mariage. Les Israélites ne devaient en aucune façon, ni donner leurs filles aux fils des Cananéens, ni prendre les filles des Cananéens pour leurs fils (Deut. 7, 3). S’ils le faisaient, c’était sous peine de n’être plus reconnus par l’Éternel (Jos. 23). Les jours de l’apostasie de Salomon se font remarquer par la désobéissance à cet ordre (1 Rois 11) ; et dans la suite, on ne pouvait considérer aucun retour vers Dieu comme réel, s’il n’y avait de nouveau observation de ce principe dans le mariage (Esdr. 10 ; Néh. 10).

L’obéissance à cet égard était donc un critérium particulier de l’état de la nation. C’est ainsi que je considère cette obéissance, dans ces temps primitifs dont la Genèse nous parle ; car, quoique alors la loi divine n’eût pas encore été promulguée, les principes divins étaient compris. On peut considérer l’observation de cette loi, comme exprimant l’état de la religion de la famille telle qu’elle était alors, tandis que plus tard elle exprima l’état de la religion de la nation.

Abraham se distingue éminemment à cet égard, par la manière dont il garde « la voie de l’Éternel » ; de même Éliézer, un des « hommes de sa maison » ; de même Isaac, un de « ses fils ». En effet, Abraham envoie une ambassade spéciale dans un pays lointain, afin d’y chercher pour son fils une femme selon le Seigneur. Éliézer est tout prêt à s’y rendre comme ambassadeur ; et Isaac attend avec patience le résultat de cette ambassade, sans chercher à contracter aucune alliance avec les nations plus rapprochées ; et, bien que triste et solitaire, il se conserve pour la compagne que l’Éternel lui destine. Comme Adam, il attend une compagne de la main même de l’Éternel, quoiqu’il lui faille de la patience et de la douleur dans sa solitude. C’est ce que prouve sa méditation dans les champs à l’approche du soir. Il aurait pu avoir une fille de Canaan, mais il tient ferme. L’attente différée rend le cœur malade : il préfère souffrir que de se marier autrement que « dans le Seigneur », ou de prendre une femme d’entre toutes celles qu’il pourrait choisir. Tout ceci est d’une grande beauté dans la première génération de cette famille élue. Le père, le serviteur et le fils, chacun à sa manière, font voir qu’Abraham avait réglé sa maison selon Dieu, lui enseignant, ainsi qu’à ses fils, la voie de l’Éternel (voir chap. 18, 19).

Toutefois, nous remarquons un triste déclin et l’abandon de cette manière d’agir.

Isaac, à son tour, devient le chef de la famille. Mais, comparativement à son père, il est tristement indifférent à cet égard, comme nous le fait voir la fin du chapitre 26. Il ne veille pas sur les voies de ses fils, pour prévenir le mal, comme avait fait Abraham. Ésaü, son fils, épouse des filles des Héthiens. Isaac et Rebecca en sont affligés, il est vrai ; car ils avaient des âmes justes, qui ne pouvaient qu’en être « tourmentées » ; mais c’était leur indifférence qui avait été la cause de ce tourment.

Nous ne pouvons trouver aucune beauté en cela. Néanmoins, il y avait chez eux un symptôme favorable, une âme juste qui pouvait être tourmentée, qui avait le sentiment de la souillure. C’était une bonne chose. Jacob, lui, tombe encore plus bas. Il ne prévient pas le mal, comme Abraham ; et quand le mal arrive, son âme n’est pas tourmentée, comme celle d’Isaac. D’un cœur indifférent, autant que l’histoire nous l’apprend, il laisse ses fils contracter les alliances qu’il leur plaît, et prendre des femmes d’entre toutes celles qu’ils choisissent.

Cela est triste. Il n’y a point ici de joie pour le cœur, comme dans l’obéissance d’Abraham ; il n’y a point d’encouragement, comme dans la tristesse d’Isaac et de Rebecca.

Juda, fils de Jacob, va bien plus loin encore dans sa terrible chute. Il représente la quatrième génération de cette famille élue. Non seulement il ne prévient pas le mal, comme Abraham, en donnant des préceptes à sa famille, ni ne s’afflige du mal quand il arrive, comme Isaac, ni n’est simplement indifférent comme Jacob, quand le mal arrive, mais lui-même introduit le mal ! Il ne fait rien moins que de prendre une fille des Cananéens pour femme à son fils Er !

Ceci dépasse toute mesure. C’était pécher à main levée. Ainsi, dans cette histoire de quatre générations des patriarches de la Genèse, nous voyons un déclin graduel, mais solennel, jusqu’à l’entier abandon de la voie de l’Éternel.

Mais si ces choses sont sérieuses et tristes, ne sont-elles pas utiles et de saison ? Ne pouvons-nous pas reconnaître sans hésiter qu’elles ont été « écrites pour notre instruction » ? Comme elles nous mettent en garde contre la tendance à nous départir des principes de Dieu ! Ce qui eut lieu dans une même famille élue, génération après génération, peut avoir lieu dans le même individu, année après année. On peut s’éloigner très graduellement des principes de Dieu. On peut d’abord les retenir faiblement, puis les oublier, ensuite les mépriser. La main, d’abord ferme, peut devenir lâche, puis indifférente, et enfin rebelle, au point de les rejeter entièrement. Combien nous en voyons qui, en présence de difficultés et de tentations qui les fascinaient, sont restés d’abord fermement attachés aux principes de Dieu, comme Abraham ; puis, comme Isaac, se sont simplement affligés de ne plus les posséder ; ensuite, comme Jacob, n’en ont pas senti la perte, ni désiré les maintenir ; et enfin, comme Juda, les ont violés à main levée !

Cette remarque nous est suggérée par ce qui est dit à la fin du chapitre 26. Dans la suite de l’histoire d’Isaac, nous trouverons que son tempérament doux et facile l’associe non seulement à des faiblesses, mais à de la souillure, lorsqu’il se laisse entraîner par les impulsions de la nature animale. Je veux parler du dernier acte de sa vie, lorsqu’il bénit Ésaü et Jacob.

C’est une scène vraiment solennelle, pleine d’instruction pour nous mettre en garde contre nous-mêmes.

Bien qu’Isaac, comme nous l’avons vu, eût été affligé du mariage d’Ésaü avec deux filles des Héthiens, il nous est dit, aussitôt après, que les plus profondes affections de son cœur étaient pour ce même Ésaü, auquel, s’il l’avait pu, il aurait tout sacrifié. Un tel fait est extrêmement triste. Il nous rappelle Josaphat. Josaphat avait une sensibilité selon Dieu ; mais l’énergie correspondante lui faisait défaut. La vanité lui fit commettre de graves péché : en premier lieu, il s’allia par mariage avec Achab, roi d’Israël ; ensuite, il alla à la guerre avec lui. Néanmoins, Dieu avait produit en lui quelque sensibilité spirituelle ; car, au milieu des prophètes de Baal, il n’était pas à son aise. Il avait au-dedans de lui le témoignage que cela n’était pas bien ; aussi demande-t-il : « N’y a-t-il pas ici encore un prophète de l’Éternel, pour que nous nous enquerrions auprès de lui ? ». Malgré tout cela, il monte à la bataille à Ramoth de Galaad, en alliance avec ce même Achab, qui avait blessé si grièvement les affections les plus élevées de son âme et avait, en sa propre présence, dans un esprit d’entière révolte contre le Dieu d’Israël, consulté les prophètes de Baal.

Chose étrange et terrible aussi ; mais tel était le roi Josaphat. De la même manière, notre patriarche Isaac, à l’occasion du mariage d’Ésaü, avait une sensibilité selon Dieu, mais sans l’énergie correspondante. Ayant la crainte de Dieu, il fut affligé de ce mariage avec les filles de Heth ; et cependant, ce même Ésaü, qui attristait ainsi le cœur de son père, s’attira dans la suite et posséda les plus profondes sympathies d’Isaac, et leur fit appel au point d’ôter à ce dernier la liberté d’accomplir la volonté de Dieu.

Ce ne fut point la vanité, comme dans le cas de Josaphat, qui conduisit Isaac à ce triste et étrange faux pas ; mais plutôt la faiblesse habituelle de son caractère, un relâchement général de force morale dans son âme. Mais quelle qu’en fût la cause, il fut séduit, puis-je dire, par cet Ésaü, précurseur d’Achab, bien que son âme eût conscience de l’apostasie de son fils. Il fit tout son possible pour procurer la bénédiction à Ésaü, de même que Josaphat fit tout son possible pour faire obtenir au roi d’Israël la victoire à Ramoth de Galaad.

Quel spectacle pour nous, quelle instruction et quel avertissement dans ces deux cas !

Mais considérons de plus près la scène de famille du chapitre 27.

Au chapitre 24, Éliézer, serviteur d’Abraham, arrivant chez Bethuel, apportait de la maison de son maître deux choses : d’abord, des paroles : ce qu’il avait à dire au sujet de ce que l’Éternel avait fait pour Abraham ; ensuite, des présents.

Ces paroles et ces présents deviennent les pierres de touche de cette famille en Mésopotamie. Les paroles traitaient de choses à venir et lointaines, et Dieu y était nécessairement en vue ; quant aux présents, ils auraient pu n’avoir aucun rapport avec Dieu, et la possession en était immédiate. Ce qui fait impression sur Rebecca, ce sont les paroles. Elle accepte les joyaux, il est vrai ; mais elle prend garde avant tout aux nouvelles apportées par le serviteur. La description de ce qui l’attendait au loin, au milieu d’une race que l’Éternel avait bénie, fut assez puissante pour la détacher de la maison paternelle. Ce ne furent pas seulement les richesses d’Abraham. Son père à elle était riche, et elle n’avait pas à aller loin pour trouver un asile assuré et les jouissances de la vie de famille. Mais c’était l’Éternel qui avait béni Abraham, et avait maintenant fait prospérer le voyage de son serviteur. La question pour Rebecca n’était pas si elle devait accepter Isaac et sa part des richesses d’Abraham, ou bien rester pauvre et solitaire. La question pour elle était : Accepterait-elle la portion que l’Éternel lui apportait maintenant, ou bien celle qui lui venait de sa famille et de ses circonstances dans le monde ?

Il en est de même pour nous, bien-aimés. Le choix n’est pas entre le ciel et rien du tout, mais entre le ciel et le monde, entre le bonheur qu’offre le Seigneur dans Ses promesses, ou celui qu’offrent les circonstances humaines pour le temps présent. Aspirons-nous à la joie divine et aux richesses célestes ? Pouvons-nous dire au Seigneur Jésus : « Toi, tu nous choisiras notre héritage » ? Notre but est-il le pays lointain dont il nous a été parlé ? Il en était ainsi de Rebecca ; à ces questions elle répondait : « Oui ». On lui ferait tort de penser que, pour elle, le choix était entre les richesses d’Abraham et la main d’Isaac, d’un côté, et rien du tout, de l’autre. Nullement. Comme nous l’avons déjà dit, et sûrement nous en avons la preuve dans le récit, elle avait de grandes espérances de tout genre, si elle restait dans la maison de son père. Elle n’avait nul besoin d’entreprendre un long voyage à travers l’inconnu, avec un étranger et vers un peuple étranger. Mais toutes les difficultés ne furent rien pour elle, dès qu’elle eut reçu avec foi les paroles du serviteur. Elle partit à l’appel de Dieu.

Rebecca était une vraie fille d’Abraham. Abraham avait traversé le désert à l’appel du Dieu de gloire, et Rebecca traverse maintenant le même désert, lorsqu’elle apprend ce que le Dieu de gloire a fait pour Abraham. Tous les deux avaient le même « esprit de foi ». Cet esprit peut être plus évident en Abraham, mais c’est le « même esprit de foi ». Abraham était parti dans la foi à un appel dont il n’avait aucune preuve ; Rebecca part maintenant, ayant accepté avec foi le rapport du serviteur accrédité d’Abraham. De Canaan à Ur, aucun fruit d’Eshcol n’avait été apporté pour encourager Abraham à entreprendre le voyage ; mais à Rebecca, les serviteurs et les chameaux, l’or et les joyaux disaient : « En voici le fruit ». — C’était un sarment avec une grappe assurément riche et bien fournie. Pour Rebecca, le rapport était muni de son sceau, tandis qu’il n’y en avait point eu pour Abraham. Pour lui, la route était entièrement inconnue ; Rebecca n’avait qu’à marcher sur les traces du troupeau ; mais tous les deux suivirent le même chemin et arrivèrent au même lieu.

La conduite de Rebecca est simple et belle ; et tel est jusqu’à aujourd’hui le chemin de la foi. Mais, bien-aimés, il y a encore un autre côté à considérer. Le caractère de Rebecca avait été déjà formé, comme il l’est chez nous tous, avant que nous ayons été vivifiés par Dieu. Le moment où sa puissance agit en nous, arrive : nous sommes alors rendus vivants de la vie divine ; nous répondons aussi à l’appel qui nous met à part pour Dieu ; mais nous avons déjà un certain caractère, un certain cachet, et une certaine complexion morale. Il se peut que nous soyons des Crétois (Tite 1), ou bien des frères et des sœurs de Laban, ou que nous portions la forte empreinte d’une dépravité particulière de notre nature. Alors, ce caractère, cette empreinte, qui nous vient de la nature ou de la famille, de l’éducation ou de choses semblables, nous la gardons en nous après être nés de l’Esprit, et nous la portons à travers le désert de Paddan-Aram jusque chez Abraham.

C’est une chose sérieuse que, bien que nous ayons été vivifiés par l’Esprit, la nature ou la force de l’habitude et de l’éducation dans la jeunesse, ou encore celle du caractère de famille, persiste toujours en nous. « Les Crétois sont toujours menteurs ».

Laban, avec qui Rebecca avait grandi, était un homme mondain, rusé et astucieux. Il est évident que, lors de la visite d’Éliézer, il fut touché seulement par les présents. Les présents ouvrirent un chemin facile au serviteur d’Abraham, comme il est dit : « Le don d’un homme lui fait faire place » (Prov. 18, 16). Laban était évidemment l’homme remuant, actif, important, dans la maison de son père Bethuel. Il avait goût aux affaires qui demandaient de l’adresse, ce qui est un très mauvais symptôme. C’en est un aussi quand on a la bourse. Il y a lieu de se méfier de quelqu’un qui est prématurément adroit et habile, ou qui aime, à un âge quelconque, tout ce qui exige du savoir-faire, soit dans les affaires d’état, soit dans les affaires de famille. Tel était précisément Laban ; or Laban était le frère de Rebecca ; Rebecca avait passé toute sa vie jusqu’à son mariage, avec lui ; et le caractère de famille se fait tristement voir dans la seule occasion importante où elle joue un rôle.

Si Abraham et Sara, en quittant la maison de leur père afin de marcher avec Dieu, avaient apporté avec eux leur pacte peu honorable, Rebecca apporta avec elle son caractère de famille, le levain de Laban. Après notre conversion, nous avons encore en nous l’homme naturel dans sa dépravation ; mais nous avons aussi nos traits caractéristiques charnels, qui ne sont pas communs à tous. Notre devoir est de ne les ménager en aucune façon, de sorte que nous restions sains dans la foi, c’est-à-dire que notre foi soit en excellent état moralement (Tite 1, 13). Nous retrouvons la même instruction dans le chapitre de l’histoire de cette femme distinguée, qui est devant nous.

Mais Rebecca n’est pas le seul exemple de cette disposition d’esprit. Jacob, aussi bien que sa mère, eut son caractère formé par la même influence pendant sa jeunesse. Il fut toute sa vie — je parle de toute sa vie pratique, active — l’homme des artifices ; c’est ce que nous voyons dans cette scène de famille, au chapitre 27 — élève prompt et intelligent de sa mère, sœur de Laban, et de laquelle il avait été dès sa naissance l’enfant favori. Ainsi, de même que Laban avait corrompu sa sœur Rebecca, Rebecca avait corrompu son fils Jacob.

Il y a plus encore. Comme il nous est dit dans ce même chapitre, Isaac — dont l’esprit et le caractère, nous l’avons vu, avaient été si remarquablement formés dans ses premières années sous la tente de Sara — était tombé si bas, qu’il se laissait aller à obéir à quelques-uns des moins nobles désirs de la nature humaine. Il aimait son fils Ésaü, parce qu’il mangeait de son gibier. Une telle raison était vraiment plus que misérable. Le fait qu’il aimait le gibier, nous pouvons sûrement le supposer, devait encourager Ésaü à la chasse, tout comme l’habileté de Rebecca, acquise et apportée de chez son frère, avait formé l’esprit et le caractère de Jacob, son fils favori. Ainsi, l’un des parents aidait à corrompre l’un des enfants, et l’autre, l’autre.

Quel mal pernicieux, quelle triste souillure dans toute cette scène de famille ! Mais nous n’avons pas encore tout mis au jour ; car non seulement le cœur peut se laisser aller à une telle souillure, mais parfois, il peut avoir l’audace de la porter dans le sanctuaire même. « Peu s’en est fallu que je n’aie été dans toute sorte de mal, au milieu de la congrégation et de l’assemblée » (Prov. 5, 14).

Il fut dit longtemps après à Aaron : « Vous ne boirez point de vin ni de boisson forte, toi et tes fils avec toi, quand vous entrerez dans la tente d’assignation » (Lév. 10). La nature ne doit être sous l’effet d’aucune excitation, pour vaquer à l’œuvre du service de Dieu et pour l’acquit des devoirs du sanctuaire. La boisson forte peut causer de l’excitation et exalter l’esprit animal ; mais ce n’est pas ce qui rend capable d’être sacrificateur dans la maison de Dieu.

Isaac paraît s’être laissé avilir jusqu’à ce point. « Je te prie, prends tes armes », dit-il à Ésaü, « ton carquois et ton arc, et sors dans les champs, et prends-moi du gibier ; et apprête-moi un mets savoureux, comme j’aime, et apporte-le-moi, et j’en mangerai, afin que mon âme te bénisse avant que je meure ». Il allait accomplir le dernier acte religieux d’un sacrificateur patriarcal, et il demande la nourriture qui correspond au vin et à la boisson forte, afin d’être par elle inspiré et doué pour le service !

C’était chose bien triste qu’il fût occupé de gibier à un pareil moment. Nous pouvons tous avoir conscience combien la nature souille les choses saintes, combien nous nous trompons nous-mêmes en prenant la simple excitation de la chair pour la contrainte et la puissante énergie de l’Esprit. Nous pouvons le reconnaître, lorsque nous sommes dans le lieu où la communion s’exerce ; et il y a de quoi nous affliger et nous humilier ; aussi confessons-le comme mauvais, ou du moins comme étant de la faiblesse, et gardons-nous-en. Mais s’y préparer en mixtionnant avec soin le vin et la boisson forte, et en boire à pleine coupe, c’est l’excès même de la souillure.

Il ne résulte de tout ceci que déshonneur et perte. La souillure de cette famille est jugée selon la sainteté de Dieu, parce que c’est une famille de Dieu sur la terre. « Je vous ai connus vous seuls, de toutes les familles de la terre ; c’est pourquoi je visiterai sur vous toutes vos iniquités ». Isaac est mis de côté. Rebecca ne revoit jamais Jacob, et l’habile « supplanteur », engagé au milieu de perplexités, d’injustices et de difficultés, est maintes fois supplanté et trompé lui-même, et proscrit pendant vingt longues années de la maison de son père. Tout ceci n’aboutit à rien, ni les artifices des uns, ni le favoritisme charnel de l’autre ; tout n’est que désappointement et honte, étant réprouvé par la sainteté de l’Éternel.

Une chose réjouit toutefois, chose très importante, au milieu de cette scène déplorable. « Par la foi, Isaac bénit Jacob et Ésaü, à l’égard des choses à venir ». C’est ainsi que le Saint Esprit lui-même en parle dans Hébreux 11.

Mais avant de parler du rafraîchissement que nous trouvons ici en pensant à Isaac, je profite de l’occasion pour dire un mot sur la signification et le caractère des bénédictions prononcées par les patriarches sur leurs enfants, et que nous trouvons plus d’une fois mentionnées dans le livre de la Genèse.

Il y avait une bénédiction dans les mains de Melchisédec, au chapitre 14, comme longtemps après, nous la trouvons entre les mains d’Aaron (Nomb. 6). Nous le comprenons facilement : c’était en vertu de leur office, que des sacrificateurs établis de Dieu conféraient ou prononçaient ces bénédictions. Elles n’avaient nullement le caractère de prophéties ou d’oracles. Les paroles dont les sacrificateurs faisaient usage, au moins dans le cas d’Aaron, étaient plutôt préparées pour eux, qu’inspirées. Elles avaient été auparavant divinement prescrites, plutôt que communiquées au moment même par une illumination divine.

Mais il est tout aussi clair qu’il en était autrement d’une bénédiction patriarcale. Ici, au chapitre 27, nous trouvons une prophétie, un oracle, dans les paroles concernant Ésaü et Jacob. Il en fut de même, au chapitre 49, dans les paroles de Jacob au sujet de ses enfants, et, au chapitre 48, dans ses paroles sur les fils de Joseph ; il en avait été de même aussi, au chapitre 9, dans les paroles concernant Sem, Cham et Japheth.

Mais pourquoi cette haute fonction est-elle ici confiée aux patriarches ? À la réponse sont liés, si je ne me trompe, quelques-uns des secrets de la religion, du culte et du ministère des patriarches. Dans ces jours du commencement, les grandes vérités qui étaient la vie et le principe de la religion, étaient les mêmes qu’aujourd’hui. La chute et le relèvement de l’homme, autrement dits la ruine et la rédemption, étaient révélés et étaient acceptés par la foi. Les autels des pères, l’ordonnance quant aux choses pures et impures, nous disent qu’en ces jours-là il y avait de la foi, et que cette foi saisissait la signification de ces choses. La tente des patriarches pendant leur vie, et le sépulcre des patriarches à Macpéla, nous montrent que ces hommes comprenaient l’appel à la vie d’étranger et la résurrection à venir. Le tamarisc planté par Abraham à Beër-Shéba (Gen. 21), et son alliance avec le Gentil au puits du serment, nous disent de même, en un langage symbolique, mais facile à saisir, qu’ils comprenaient quelques-uns des secrets de la gloire et du bonheur du monde millénaire, ou du siècle à venir.

Dans ces jours d’enfance, le culte et le ministère étaient des plus simples dans leurs formes. La nature donnait à comprendre que le père ou chef de la maison devait être le prophète, le sacrificateur et le roi. Dans la suite, lorsque l’état de choses se fut développé, et qu’avec le temps la corruption se fut introduite, la sainteté de Dieu exigea qu’il y eût un peuple séparé, circoncis ; et, en rapport avec lui, des sacrificateurs séparés, oints. Or, au jour actuel, au jour du royaume de Dieu, qui, nous le savons, « n’est pas en parole, mais en puissance », il faut que le ministère ne soit pas seulement ce que suggère la nature ou ce que demande la sainteté ; il faut qu’il y ait la puissance que l’Esprit communique à l’instrument préparé par Lui ; mais aux jours du commencement dont parle la Genèse, en ces jours de la famille — aux jours de la première enfance — on écoutait la voix de la nature ; et c’est ce qu’il convenait alors de faire ; par conséquent, le chef de la famille était le ministre de Dieu pour la famille ; et la dignité, le service comme prophète, sacrificateur et roi dans le domaine ou dans le temple de la famille, tout était réuni dans la personne du père.

La bénédiction des enfants paraît découler de ce fait. Cette bénédiction était un acte accompli en vertu du fait que les pères, comme nous le voyons, étaient dans leurs propres personnes à la fois prophètes et sacrificateurs. Ils recevaient communication du conseil divin, puis le déclaraient « comme oracles de Dieu » ; et, représentants de Dieu, mis à part comme sacrificateurs pour leurs enfants, ils prononçaient sur eux la bénédiction divine.

Les pères paraissent conserver le caractère de sacrificateurs, d’un bout à l’autre du livre de la Genèse.

Il est extrêmement triste de voir comment cette sacrificature fut exercée par notre patriarche Isaac, plutôt comment il en abusa ; et il en a été de même en tout temps des hautes charges que Dieu a confiées aux hommes ; j’en citerai comme exemples la dignité sacerdotale dans la personne d’Éli, bien qu’il fût un pieux vieillard, et l’autorité royale, dont abusa d’une manière épouvantable, même un homme bien-aimé et hautement honoré, tel que le fils de Jessé.

C’est ainsi qu’Isaac voulait faire servir sa dignité sacerdotale, non seulement à obtenir ce que lui dictait sa partialité personnelle, mais même à satisfaire ses appétits sensuels, et cela en dépit d’un solennel avertissement divin. La parole était venue auparavant concernant les enfants d’Isaac (Ésaü l’aîné et Jacob le plus jeune) : « Le plus grand sera asservi au plus petit ». Mais le favoritisme charnel et les appétits d’Isaac, l’avaient rendu indifférent à cette parole et la lui avaient fait oublier ; il aurait voulu faire d’Ésaü l’aîné, l’héritier de la promesse.

Nous pouvons rappeler ici que Caïphe, en son jour, était tel qu’Isaac, à la fois prophète et sacrificateur en sa propre personne. Caïphe aurait voulu abuser de son office et de son don pour satisfaire sa haine. Il prononça une vraie prophétie, mais en respirant le meurtre contre le Seigneur Jésus (Jean 11). Longtemps auparavant, le prophète Balaam avait été de la même génération. Il fit tout ce qu’il put pour faire servir son don à assouvir ses convoitises. Dieu toutefois se servit de lui, malgré lui, et obligea ses lèvres à prononcer la sentence de justice, le jugement de vérité. Et quoiqu’il soit triste de nommer ensemble de tels hommes, même à propos d’une seule de leurs actions, la chose n’en est pas moins vraie ; car tel fut Isaac, en Genèse 27. Bien qu’il fût un vase sanctifié et rempli, il aurait voulu faire servir le trésor qu’il portait en lui à la satisfaction des secrets désirs de son cœur ; mais Dieu se servit de lui malgré lui, et comme oracle de Son souverain propos arrêté. Je le répète, il est triste de classer ensemble deux hommes tels qu’Isaac et Balaam, en raison d’un acte moral semblable qu’ils ont commis. Mais nous savons que « ce qui est né de la chair, est chair ». Comme l’a dit un vieil auteur : « L’eau sale du puits ne sera pas propre une fois versée dans le seau ». La chair en Isaac est comme la chair en Balaam ; et le monde est le même monde dans le cœur de chacun d’eux.

Mais ces deux hommes ne vont pas ensemble jusqu’au bout. C’est là la consolation, la consolation par grâce dont j’ai parlé plus haut. Balaam est toujours Balaam, celui qui aima le salaire d’iniquité et s’abandonna à sa propre erreur pour une récompense ; il resta Balaam, conseillant à Balak de jeter une pierre d’achoppement devant le peuple de Dieu, et il tomba enfin, toujours le même Balaam, avec les incirconcis, tué par l’épée, semblable à ceux qui descendent dans la fosse. Isaac, au contraire, se repentit d’une tristesse selon Dieu et qui opère une repentance dont on n’a pas de regret. Lorsque ses yeux furent ouverts, et qu’il reconnaît ce qu’il a fait, et comment Jacob a obtenu la bénédiction qu’il avait préparée pour Ésaü, lorsqu’il se trouve en présence du fait qu’il a résisté à Dieu, mais qu’il n’a pu prévaloir, son âme paraît se réveiller comme d’un sommeil, et avoir alors conscience de tout ce qu’il a fait ; car il fut saisi, lisons-nous, d’un tremblement très grand (27, 33). La vue, la perception morale du rôle qu’il a joué, épouvante son âme. Il tremble au-dedans de lui-même. La chair qu’il avait nourrie ne peut le maintenir debout dans un pareil moment — aussi n’a-t-il pas recours à la chair — il lui a été donné de voir ce qu’elle est ; et, dans la lumière et l’énergie de l’homme nouveau, il est guidé par la foi, et il dit, parlant maintenant de Jacob et non plus d’Ésaü : « Je l’ai béni : aussi il sera béni ».

Il n’y eut rien de semblable en Balaam ; Balaam ne revint pas en arrière. Lorsque l’ange lui résista dans le chemin étroit et que son ânesse se coucha sous lui, il n’y eut aucune tristesse selon Dieu, opérant la repentance. Mais Isaac est restauré. Il cherche un autre chemin et le suit ; il marche dès ce moment vers le but de Dieu. Ce n’est pas de « la folie du prophète » que l’Esprit fait mention en Isaac, comme il dut le faire en Balaam ; mais c’est de la foi du prophète. Car en cette heure où il rentre dans l’heureuse communion avec la pensée de Dieu, après son tremblement, « saisi d’un tremblement très grand », l’Esprit met Son sceau sur la conduite d’Isaac et la signale à notre attention : « Par la foi, Isaac bénit Jacob et Ésaü à l’égard des choses à venir ». Or c’est le seul trait dans la vie d’Isaac que l’Esprit mentionne dans ce chapitre 11 de l’épître aux Hébreux.

Mais cet acte d’Isaac était preuve de caractère, et l’Esprit l’a mis en relief. Les victoires de la foi remportées par Moïse sont très belles. Il résista aux attractions de l’Égypte et aussi à ses terreurs, d’abord en refusant d’être appelé fils de la fille du roi, puis en quittant le pays, ne craignant pas la colère du roi. Ce furent là deux grandes victoires ; et elles sont grandes encore aujourd’hui, lorsqu’elles sont remportées par un homme de Dieu. Mais il y a des victoires beaucoup moins glorieuses, qui n’en sont pas moins des victoires, et qui sont rappelées dans ce chapitre où sont célébrés les actes de foi. On peut les voir en Isaac et en Jacob. Ces deux témoins de la foi, chacun en son jour, bénirent leurs fils ou leurs petits-fils devant eux, selon la pensée de Dieu, bien que contrairement à la nature. Isaac aurait préféré Ésaü, et Joseph aurait préféré Manassé ; mais Isaac persista à bénir Jacob, et Jacob persista à bénir Éphraïm ; or en ceci, la nature fut vaincue. Il est vrai, ce n’était pas le monde, qui, soit par ses pièges, soit par ses dangers, s’élevait pour éprouver la force de la foi de l’homme de Dieu ; néanmoins, c’était un adversaire : c’était la nature, soit par ses suggestions, ses sympathies ou sa partialité ; et, tout en admirant l’éclat des victoires d’un Moïse ou d’un Abraham, rappelons-nous, et veillons-y, que nous combattons le combat de la foi contre la nature, et que nous devons avoir le dessus dans cette lutte en compagnie d’Isaac et de Jacob.

Quant au rôle de Jacob dans cette scène de famille, nous pouvons assurément dire que, s’il avait laissé les choses entre les mains du Seigneur, telles qu’elles avaient été dès le commencement, dès avant sa naissance, et s’il n’avait pas laissé sa mère les prendre entre les siennes, il s’en serait bien mieux trouvé. Combien de fois, depuis les jours de Genèse 27, plus d’un Jacob a fait la même expérience ! L’Éternel lui avait promis la bénédiction sans condition quelconque. « Le plus grand sera asservi au plus petit ». Mais il ne sut pas, dans la patience de la foi, attendre le moment du Seigneur, et Sa manière à Lui d’accomplir sa promesse. En conséquence, la promesse s’encombre de restrictions, de difficultés et de fardeaux. Elle s’accomplira certainement. La promesse du Seigneur est assurée, et jamais encore elle n’est tombée à terre. Il est puissant pour la maintenir. Le plus grand sera asservi au plus petit — mais maintenant, en conséquence de l’incrédulité et des artifices de Jacob, l’aîné causera du tourment au plus jeune ; et puisque le plus jeune a cru bon de travailler à faire aboutir la promesse par sa propre adresse et son habileté, il ne pourra l’obtenir qu’après beaucoup de retard, de chagrins et de honte.

Aussi Ésaü lui-même, en cette occasion, reçoit-il de l’Éternel, par la bouche de son père Isaac, une promesse qui n’avait pas été d’abord en vue dans le propos divin de grâce envers Jacob. « Et Isaac, son père, répondit et lui dit : Voici, ton habitation sera en la graisse de la terre et en la rosée des cieux en haut. Et tu vivras de ton épée, et tu serviras ton frère ; et il arrivera que, lorsque tu seras devenu nomade, tu briseras son joug de dessus ton cou » (v. 39, 40).

Tout ceci se réalisa dans la suite. David, qui procédait de Jacob, mit des garnisons en Édom, et les Édomites lui sont asservis. Joram, qui descendait aussi de Jacob, perd plus tard les Édomites comme serviteurs et tributaires. Ils se révoltèrent jusqu’à ce jour (2 Sam. 8, 14 ; 2 Chron. 21, 8).

Des sauveurs monteront ci-après en Sion pour juger la montagne d’Ésaü (Abd. 21). Le tabernacle de David qui est tombé, sera relevé, et Israël possédera Édom et le résidu des nations (Amos 9). Ceci s’accomplira en son temps, car le plus grand sera asservi au plus petit : la promesse est oui et amen. Depuis les jours de Joram, fils de Josaphat, de la maison de David et de la famille de Jacob, Ésaü ou Édom a été en révolte ; et la promesse est ainsi retardée, compliquée et entravée, quand ce n’avait jamais été le propos de la grâce de Dieu — et par des voies telles que Jacob n’aurait jamais eu à les subir, si sa foi avait été plus simple.

On trouve bien des choses semblables dans l’expérience chrétienne. Voyez les disciples sur la mer de Galilée (Marc 4). Le Seigneur leur avait dit : « Passons à l’autre rive ». Cette parole leur était une garantie qu’ils l’atteindraient certainement. Ils n’avaient nullement à être craintifs. Ils auraient pu, s’ils l’avaient voulu, se coucher et dormir avec leur Maître. Mais non : ils ont peur, et ils consultent la chair et le sang ; la conséquence en est qu’ils atteignirent l’autre rive avec tremblement et honte. En raison de leurs craintes, leur esprit a à porter ce poids qui leur aurait été épargné si, pour l’accomplissement de la parole, ils s’en étaient remis à Celui qui avait donné le commandement. De même, l’incrédulité de Jacob, en Genèse 27 — le fait qu’il plaça la promesse de Dieu entre les mains de sa mère — ajouta à l’histoire de sa maison des perplexités, des contradictions et des changements qui, comme nous l’avons dit, n’avaient rien à faire avec la promesse, telle qu’elle avait été déclarée au commencement, le don devant être tout gratuit.

L’incrédulité des disciples leur fit faire bien d’autres expériences semblables, pendant qu’ils étaient dans la compagnie du Seigneur Jésus, tout le temps qu’Il entra et sortit au milieu d’eux ; et l’incrédulité nous en a fait aussi faire beaucoup, à nous Ses saints d’aujourd’hui. Il en résulte pour nous étonnement et honte, tandis que nous aurions pu ne connaître que les calmes et sereines jouissances de la foi, regardant, pour ainsi dire, à Jésus endormi, et connaissant Sa suffisance pour toutes les promesses, malgré tout le tumulte des vents et des vagues.

Ainsi en fut-il de Jacob, en raison du rôle qu’il joua, dans cette triste scène de famille. Ici, Ésaü n’est pas le coupable. Il est plutôt celui qui souffre, et, en conséquence, selon les dispensations de Celui par qui « les actions sont pesées », Ésaü est le seul à gagner quelque chose. Tous les autres doivent apprendre ce qui se trouve au bout de la voie tracée par leurs propres cœurs. C’est le cas de chacun d’eux : Isaac, Rebecca, Jacob. Ésaü, celui qui souffrit alors, est celui qui y gagne quelque chose, comme nous l’avons dit. Il vit de son épée, et, dans la suite, et pour un temps, il brise de dessus son cou le joug de son plus jeune frère[19].

Après toutes ces choses, à la fin de ses voies, quoique non à la fin de ses jours, suivant le désir de Rebecca, soupçonneuse et effrayée, Isaac fait partir Jacob, et cela avec tristesse, honte et désappointement, fruit amer de leur manière d’agir. Tout aurait été bien différent, si l’esprit et l’obéissance de la foi les avaient fait rester dans la voie du Seigneur (Gen. 27, 42 ; 28, 5).

Ici, nous arrivons à la fin de la vie pratique de notre patriarche. Il vit encore, il est vrai, quarante ans de plus, peut-être davantage ; mais il est perdu pour nous. Il est comme s’il n’existait pas.

À la fin du chapitre 35, nous lisons : « Et Jacob vint vers Isaac, son père, à Mamré, à Kiriath-Arba, qui est Hébron, où Abraham et Isaac avaient séjourné. Et les jours d’Isaac furent cent quatre-vingts ans. Et Isaac expira et mourut, et fut recueilli vers ses peuples, âgé et rassasié de jours ; et Ésaü et Jacob, ses fils, l’enterrèrent ».

Abraham avait eu soin d’acquérir Macpéla lors de la mort de Sara ; là il avait enterré Sara, et là Isaac et Ismaël l’avaient enterré ; là encore Jacob et Ésaü enterrent maintenant Isaac ; et là, dans la suite, les douze fils de Jacob enterrent leur père.

L’achat de cette portion de champ, et le soin que prenaient les patriarches de s’y faire enterrer, nous disent qu’ils croyaient à une bienheureuse résurrection et à leur entrée en possession du pays qui en est la conséquence. Ils nous disent que leur espérance était aussi ferme que leur foi ; ils s’appuyaient en parfaite assurance sur la certitude de leur appel et de leur adoption, et avec une assurance non moins ferme, sur la certitude de la vie et de l’héritage préparé pour eux dans le siècle à venir. Ils vécurent dans la foi, et moururent dans la foi. Les patriarches étaient des hommes qui connaissaient dans leurs âmes la vie de foi et d’espérance, et en savouraient les jouissances. La nature se laisse voir en eux mainte et mainte fois ; ils s’égarent, ils changent, ils usent d’artifices, et parfois, dans leur incrédulité, veulent tromper Dieu ; ils s’attirent la discipline et la répréhension ; et parfois ils sont humiliés devant les hommes ; mais ils paraissent ne jamais douter du fait béni que c’est le Dieu de gloire qui les a adoptés et leur a donné leur portion. La foi et l’espérance étaient vivantes dans leurs âmes. Je ne dis pas qu’ils possédassent ce que nous possédons. Nous avons maintenant une onction, des arrhes et un témoignage, fruit de l’Esprit qui a été donné, qui demeure en nous, et nous communique non seulement la puissance, mais aussi le caractère du jour actuel. Toutefois, les patriarches, dans ce siècle d’enfance, paraissent ne jamais douter. Or c’est une chose précieuse que Dieu, dans les toutes premières communications de Lui-même à Ses élus, même aux jours d’enfance dont parle la Genèse, ait voulu être connu d’eux comme un Dieu en qui ils pouvaient se confier pour le présent et pour l’avenir.

Je le répète, c’est une chose précieuse. L’Esprit nourrit l’espérance dans l’âme des élus, aussi certainement que la foi. C’est ce que nous enseigne Macpéla, quant aux patriarches. Mais il en avait été ainsi avant eux, et depuis il en a toujours été de même. Adam avait l’espérance aussi bien que la foi : dès qu’il eut la foi, il eut l’espérance. Il marcha en étranger sur la terre, ayant en même temps conscience qu’il possédait la vie. Les saints d’avant le déluge marchèrent avec lui, et comme lui.

Les Israélites, dans la suite, célébrèrent la dernière nuit de leur séjour en Égypte, leurs bâtons à la main, et leurs sandales aux pieds, avec la même simplicité et la même assurance dans laquelle ils avaient mis le sang sur les linteaux de leurs portes. Leur espérance d’un objet au-delà de l’Égypte était tout aussi ferme que la certitude de leur sécurité en Égypte.

Moïse avait devant les yeux de son esprit cet état d’âme d’Israël, état qui convenait dans le camp de Dieu selon la puissance de la foi et de l’espérance, lorsque plus tard il disait à Hobab : « Nous partons pour le lieu dont l’Éternel nous a dit : Je vous le donnerai ». De même, Paul, en parlant devant le roi Agrippa : « À laquelle [promesse] nos douze tribus, en servant Dieu sans relâche nuit et jour, espèrent parvenir ».

L’huile, dans les vaisseaux des vierges prudentes, est l’expression de la puissance de l’espérance. Elles avaient une provision pour veiller jusqu’à l’apparition retardée de Celui dont elles n’attendaient que le retour, qu’elles eussent beaucoup ou peu de temps à attendre.

Et afin que notre espérance possède sa gloire morale la plus élevée, la plus magnifique, il nous est révélé que le ciel actuel de Jésus est un ciel d’espérance. Bien qu’assis à la droite de la Majesté dans les hauts lieux, Il attend, nous le savons, « jusqu’à ce que ses ennemis soient mis pour marchepied de ses pieds ». Dans les temps à venir, la pensée de l’Église glorifiée sera en unisson avec cette pensée de son Seigneur glorifié ; car le ciel d’Apocalypse 5 est aussi ce ciel d’espérance. « Tu es digne », disent dans le ciel les animaux et les vingt-quatre anciens, qui ont quitté leurs trônes pour tomber sur leurs faces : « Tu es digne de prendre le livre et d’en ouvrir les sceaux ; car tu as été immolé, et tu as acheté pour Dieu par ton sang, de toute tribu, et langue, et peuple, et nation ; et tu les as faits rois et sacrificateurs pour notre Dieu ; et ils régneront sur la terre ».

Nous voyons que les pères du livre de la Genèse sont tous unis dans cette vie de foi et d’espérance. Ils nous présentent des figures de divers mystères, et nous fournissent diverses leçons morales ; mais ils sont un dans cette vie de foi et d’espérance, et chacun d’eux en son jour — Abraham, Isaac, Jacob — est recueilli vers ses peuples (Gen. 25 ; 35 ; 49). Chacun d’eux est « une poignée de poussière sainte » déposée dans la caverne du champ d’Éphron, le Héthien, dans l’espérance sûre et certaine d’une résurrection pour la vie éternelle et pour la possession de l’héritage.

On connaît le dicton : « Mieux vaut s’user que se rouiller ». Mais ce ne fut pas le cas d’Isaac. Il fut atteint de la rouille. Tel fut le résultat naturel d’une telle vie.

Isaac fut-il un vase gâté sur le tour du potier et mis de côté comme étant impropre, ou du moins comme n’étant plus propre à l’usage du Maître ? C’est ce que semble nous dire son histoire. Tel n’avait point été Abraham. En lui, et jusqu’à son dernier jour, s’étaient fait voir tous les fruits propres de cette énergie qui l’avait vivifié au début. C’est ce que nous avons déjà considéré dans la marche d’Abraham. La feuille de cet arbre-là ne se flétrit point. Il rendit son fruit dans sa vieillesse. Il en fut de même de Moïse, de David, et de l’apôtre Paul. Ils moururent sous le harnais, à la charrue, ou dans la bataille. Ils commirent en chemin des fautes et parfois des actions pires que des fautes, soit pour soutenir leur cause, soit dans leur travail ; mais jamais ils ne furent mis de côté. Moïse donne ses conseils à Israël campé près des rives du Jourdain ; David règle l’ordre du royaume et remet ce dernier dans sa beauté et sa force entre les mains de Salomon ; Paul a jusqu’au bout son armure sur lui et ses reins ceints pour le combat et pour la course. Nous pouvons dire que, lorsque le temps de leur départ arrive, le Maître les trouve « faisant ainsi » (Luc 12), comme cela convenait à des esclaves. Il n’en est pas ainsi d’Isaac : Isaac est mis de côté. Pendant un long espace de quarante années, il ne nous est rien dit de lui. Il a été, pour ainsi dire, consumé par la rouille. Le vase s’est détruit peu à peu jusqu’à tomber en poudre.

Il y a sûrement pour nous instruction et avertissement en cela.

Cependant — tant les témoignages de Dieu sont riches en instructions — l’Écriture nous parle d’autres hommes dans d’autres générations, par lesquels nous recevons des enseignements et des avertissements encore plus solennels. C’est une chose humiliante d’être mis de côté comme n’étant plus d’aucune utilité, mais il est triste d’être laissé dans ce monde simplement pour se réveiller de son sommeil, et il est terrible d’y être laissé pour se souiller. Les témoignages de Dieu nous présentent des exemples de ces divers cas. Jacob, pendant ses dernières années en Égypte, n’est pas un vase inutile ; c’est là qu’il se réveille. Je sais que plusieurs choses précieuses nous sont dites au sujet de Jacob pendant ces dix-sept années, et nous pouvons retirer le plus grand profit des enseignements de l’Esprit par ce qu’Il nous dit de la vie de Jacob en Égypte. Néanmoins, la grande leçon morale pour nous, c’est que nous voyons ici un croyant, après qu’il a été l’objet d’une sainte discipline, se réveiller et produire du fruit tel que doit en produire celui qui est réveillé. Si nous y réfléchissons, ce n’est encore qu’un pauvre résultat. Mais la fin de Salomon est bien plus triste. Il finit par la souillure, chose déplorable et terrible. Ce n’était ni la fin d’Isaac, ni celle de Jacob — ni celle d’un saint mis simplement de côté, ni celle d’un saint auquel il est accordé du temps pour se réveiller. Isaac, dans un sens général, fut irréprochable jusqu’au bout, et les derniers jours de Jacob furent ses meilleurs jours ; mais quant à Salomon, nous lisons : « Il arriva, au temps de la vieillesse de Salomon, que ses femmes détournèrent son cœur après d’autres dieux ». La conséquence en est que la tablette placée à sa mémoire, au-dessus de son nom, a jusqu’à aujourd’hui un sens équivoque, et qu’elle est difficile à déchiffrer.

Telles sont, bien-aimés, les leçons que nous donnent Isaac, Jacob et Salomon ; telles sont les instructions détaillées et variées présentées à nos âmes dans les pages riches et vivantes des oracles de Dieu. Elles nous mettent à même de voir, dans la maison de Dieu, des vases utiles et utilisés jusqu’au bout, des vases mis de côté pour se rouiller plutôt que pour s’user, des vases qui réussissent tout au plus à se purifier de leur souillure, et des vases qui, à la fin de leur service, se déshonorent en en contractant de nouvelles.

Merveilleux et variés sont les enseignements et les voies de la grâce, de la surabondante grâce ! Combien l’âme est prompte à concevoir à l’égard de Dieu, des pensées selon les suggestions de la nature, au lieu de Le connaître par la foi. La nature Le présente à l’âme comme un juge, comme imposant une loi, ou comme exigeant la justice, comme voulant, la balance à la main, peser toutes les pensées et toutes les œuvres des hommes, étant attentif au moindre contact de mal pour en tirer vengeance. La foi, au contraire, Le présente aux yeux de notre cœur, qui se prosterne devant Lui, comme étant Celui qui nous aime toujours, quoi qu’Il fasse, ou dise. Car la foi opère par l’amour (Gal. 5, 6) — elle opère, ayant en vue le Dieu qui est amour, et par suite dans un esprit de confiance et de liberté. Nos âmes sont-elles oppressées par un esprit de crainte, de servitude ou d’incertitude, nous pouvons être certains que la main de notre foi a lâché prise, et que nous nous sommes laissé conduire par les tuteurs et les curateurs que nous fournit la nature. Il ne devrait point en être ainsi. Il nous faut savoir que nous avons toujours affaire avec l’amour ! Soit que nous lisions, que nous priions, que nous conversions, que nous confessions, que nous servions, que nous chantions, que nous considérions Sa main dans Sa providence, ou que nous méditions en secret sur Son nom, puissions-nous jouir de la communion de la foi avec Dieu ! Il nous aime. La relation dans laquelle nous sommes avec Lui, et dont notre patriarche Isaac était l’expression, fait que c’est là une vérité nécessaire.

C’est à Lui-même que Dieu nous a amenés, et pour Lui-même qu’Il nous a adoptés, « nous ayant prédestinés pour nous adopter pour lui par Jésus Christ, selon le bon plaisir de sa volonté » (Éph. 1, 5). Ces mots « pour lui » nous disent la joie propre de Dieu à adopter les élus, à faire d’eux des fils — joie semblable à celle d’Abraham lorsqu’il sevra Isaac. Christ se présente l’Assemblée à Lui-même (Éph. 5, 27), et le Père réunit les élus comme fils, en les adoptant pour Lui. L’un et l’autre ont un intérêt personnel et une joie personnelle dans les mystères de la grâce ; et, en conséquence, le Saint Esprit, dans l’épître aux Galates, à laquelle l’histoire d’Isaac a trait d’une manière si remarquable, plaide devant nous la cause du Père, aussi bien que celle de Christ. Il nous enseigne que, par Christ, nous sommes rachetés de la malédiction de la loi, et que, par l’Esprit qui nous a été donné par le Père, nous sommes rachetés de la servitude de la loi. Tout ceci est plein de bénédiction pour nous, et nous est suggéré par le mystère d’Isaac, le fils de la femme libre.

La foi est en nous le principe en vertu duquel le Seigneur Jésus peut (Dieu seul le peut, en effet) entièrement par Lui-même, soutenir la confiance du pécheur et en être l’objet immédiat, unique. Mais, dans la dispensation actuelle, la foi implique la relation. Par la foi, nous sommes dans la personne de Christ, en même temps que nous nous reposons sur Son œuvre ; or Christ étant le Fils, nous sommes fils, de même que nous sommes des pécheurs sauvés. « Nous sommes tous fils de Dieu par la foi dans le Christ Jésus » (Gal. 3, 26). Quant à Ismaël, il ne doit pas avoir part dans la maison avec Isaac. L’esprit de servitude engendré par la loi ou par la religion des ordonnances, doit être exclu, et l’esprit de liberté seul doit remplir la maison. Car l’héritage est maintenant assuré à un fils, et non à un serviteur ; à Isaac, et non à Éliézer ; et cette relation est la joie de Dieu comme elle est la nôtre. « Le Père en cherche de tels qui l’adorent ». Merveilleuses paroles de grâce surabondante, bien-aimés ! Et la joie de Sara en Isaac le déclara aux jours des patriarches.