Quiconque examine attentivement ce chapitre avec le suivant, ne peut manquer de voir que la division correcte se trouve à la fin du verset 35, les trois derniers versets formant effectivement l’introduction du chapitre 10. Ce que nous avons dans le chapitre 9, dans la mesure où je l’ai compris, est l’effet de la présence de Jésus sur les chefs religieux d’Israël : je crois que c’est là le grand sujet. Le chapitre 8 nous donne la vue d’ensemble de la présence du Seigneur en Israël, et ses résultats. Autrement dit, il s’agissait d’un tableau général ; et c’est pourquoi nous avons vu que le Saint Esprit néglige complètement le simple ordre historique, regroupant des passages de la vie de Christ qui étaient séparés, en réalité, par des mois ou même une année. Il n’y a là pas la moindre tentative, de la part de l’Esprit de Dieu, de les présenter tels qu’ils sont survenus ; mais au contraire, le Saint Esprit s’applique au but de réunir de différents époques et lieux certains grands faits qui illustraient la présence du Messie au milieu de Son peuple, Sa réjection par Israël, et quels seraient les résultats de cette réjection. Ce que nous avons vu, c’était que, tout d’abord, Il a été démontré être Dieu, le Dieu d’Israël — Jéhovah ; pour qui la guérison du lépreux était simplement la question de Sa volonté ; car même le lépreux ne doutait pas de Sa puissance. « Si tu veux, tu peux me rendre net ». Nul autre que Dieu ne pouvait le faire. À cet égard, nul n’avait un sentiment plus profond quant à ce mal répugnant qu’un Juif, parce que Dieu Lui-même avait décrit si soigneusement la nature et la preuve de la lèpre dans Sa loi. Car il s’agissait d’une souillure sans espoir — la solennelle leçon emphatique de combien le péché est horrible, dans ses effets et en lui-même. Dieu peut guérir et Dieu peut purifier : nul autre ne le peut. Ce n’était pas exactement un cas de pardon, mais de purification et de suppression de la souillure. L’Esprit de Dieu réservait la question du pardon (qui est en lien avec les droits de Dieu et avec Son caractère judiciaire, comme la purification du lépreux est plus particulièrement en lien avec Sa sainteté) pour le chapitre que nous allons maintenant considérer. Dans le premier de ces chapitres (Matt. 8), il y avait le caractère général que le Messie était là — Dieu Lui-même en grâce, et n’agissant pas selon la loi, qui aurait banni le lépreux hors des lieux d’habitation et du peuple, et de Sa propre présence. C’est un fait des plus merveilleux, de réaliser qu’une personne se trouvait là, sur la terre et en Israël, aussi manifestement Dieu dans Sa puissance qu’Il était Dieu dans Son amour ! La loi exposait simplement ce qui était juste, mais ne pouvait donner de puissance, et condamnait seulement les injustes. Elle devait rendre désespéré le cas d’un pécheur, simplement parce qu’elle était la loi de Dieu, car la loi ne peut jamais se mêler avec le péché. Mais ici, il y avait quelqu’un qui avait donné la loi, et qui pourtant était au-dessus de la loi. Il est évident, de ce fait, qu’à moins qu’il n’y ait en Dieu un principe supérieur à la loi, il ne pouvait y avoir de secours pour le coupable. Mais la grâce est ce principe. Et ici se trouvait Celui qui montrait, dans Ses actes et dans Ses paroles, qu’Il n’était en rien plus manifestement Dieu que dans la plénitude de Sa grâce. Il toucha le lépreux et dit : « Je veux ; sois net ». L’état de cet homme était exactement l’image de la véritable condition d’Israël ; et ce que le Seigneur fit pour le lépreux solitaire, Il voulait également le faire pour toute la nation ; mais « Il vint chez soi, et les siens ne l’ont pas reçu ». Dieu serait-Il alors déconcerté dans Son amour ? Si le Juif Le refusait, qu’en était-il du Gentil ? Eux écouteraient ; et c’est pourquoi nous avons immédiatement à la suite le centurion et son serviteur. Mais je ne répèterai pas les faits du chapitre 8. Dans le chapitre devant nous maintenant, nous trouvons, non pas le tableau général de la présence de Dieu et ses résultats en Israël, mais ses conséquences particulières sur les chefs religieux du peuple.
Nous commençons de nouveau avec le Seigneur donnant un cas remarquable de guérison ; non pas le cas évident de la lèpre, qui devait avoir frappé tout Juif, mais un autre qui l’illustre également. « Étant monté dans la nacelle, il passa à l’autre rive, et vint dans sa propre ville » (v. 1) — c’est-à-dire, Capernaüm. Ainsi, nous sommes maintenant sur un terrain plus étroit. Capernaüm était le lieu où le Seigneur vivait et opérait Ses miracles les plus puissants, et sur qui, pour cette même raison, vint ensuite la plus terrible malédiction qu’Il pouvait prononcer. C’est un principe des plus solennels. Quand le jour du Seigneur viendra, le coup le plus fort du jugement tombera, non sur les parties ténébreuses de la terre, mais sur celles qui ont été favorisées, là où il y a eu le plus de lumière, mais hélas, aussi le plus d’infidélité. Pour ma part, je ne doute pas que notre propre pays doive souffrir d’une manière particulière ; mais, par-dessus tout, Jérusalem, et aussi Rome ; quant à cette dernière, à laquelle la plus remarquable de toutes les épîtres a été écrite, comme posant les fondements du christianisme, mais où il y a eu le plus grand éloignement. Ils viendront sous le jugement de Dieu d’une manière toute particulière, non seulement religieusement, mais civilement. Peu importe qui règne, ou qui peut être abattu, cela doit être le cas partout où, en dépit des faveurs spéciales de Dieu et de la lumière de Sa Parole répandue largement, les personnes sont demeurées infidèles, et sont même devenues plus relâchées et superstitieuses ou sceptiques. Le Seigneur enlèvera ceux qui sont siens avant le jugement, et le reste demeurera pour souffrir Sa juste rétribution. « Comme il arriva aux jours de Noé, ainsi en sera-t-il aux jours du fils de l’homme aussi ».
Dans cette scène, le Seigneur montre la nécessité morale d’un tel jugement. Il n’en était pas ainsi seulement dans le pays des Gergéséniens, ou à Nazareth. Mais prenez des gens qui auraient dû connaître les Écritures plus que d’autres, dont la profession même était de les connaître et de les enseigner — quelle était l’estimation qu’ils faisaient de Jésus ? C’est cela qui est mis en évidence dans notre chapitre. « Et voici, on lui apporta un paralytique couché sur un lit. Et Jésus, voyant leur foi, dit au paralytique : Aie bon courage, enfant » — un mot très béni, englobant tout l’ensemble de l’homme ; un mot qui touche ses affections et atteint sa conscience. « Aie bon courage, mon enfant, tes péchés sont pardonnés ». Il y avait la consolation à la fois pour son cœur et pour sa conscience. Ses péchés devaient avoir pesé plus lourdement sur son cœur que sa paralysie sur son corps ; mais cette parole répond à tous ses besoins. « Et voici, quelques-uns des scribes dirent en eux-mêmes : Cet homme blasphème » (v. 3). Dans ce chapitre, ce n’est pas le scribe dans sa vaine confiance charnelle, qui prétend honorer Jésus ; mais les scribes Le jugent et Le condamnent. À leur point de vue, Jésus blasphémait quand Il disait : « Tes péchés sont pardonnés ». Affreuse tromperie du cœur mauvais de l’homme. « Cet homme blasphème ! ». Et ce n’étaient pas des gens ignorants, qui disaient en eux-mêmes : « Cet homme blasphème ». « Mais Jésus, voyant leurs pensées, dit : Pourquoi pensez-vous du mal dans vos cœurs ? Car lequel est le plus facile, de dire : Tes péchés sont pardonnés, ou de dire : Lève-toi et marche ? ». Et alors, Il prononce une parole qui aurait immédiatement dû parler aux scribes, qui étaient familiers avec les Écritures, où il était dit du Dieu d’Israël : « qui pardonne toutes tes iniquités, qui guérit toutes tes infirmités », et de laquelle ils avaient maintenant une illustration sous leurs yeux.
Ce n’est pas l’expérience actuelle d’un saint, quoique nous puissions la prendre dans un sens plus béni. Mais pouvons-nous dire que : « qui pardonne toutes tes iniquités, qui guérit toutes tes infirmités », est la manière dont le Seigneur agit maintenant envers les chrétiens ? Quand Il pardonne les iniquités d’une personne, la guérit-Il nécessairement de toutes ses maladies ? Tandis qu’ici, il est évident que le Seigneur envisageait l’union de la guérison des maladies du corps avec le pardon des péchés dans la même personne et au même moment. Quand cela sera-t-il ? Quand Dieu prendra le gouvernement du monde dans Ses mains. Quand Celui qui a été crucifié sera glorifié — non seulement dans le ciel, mais ici-bas ; quand ce jour viendra, le monde extérieur, le corps de l’homme, et en particulier Israël, le propre peuple de Dieu, en sentiront l’effet immédiat. Alors que nous pouvons nous inspirer de l’esprit des Psaumes, dans la mesure où ils s’appliquent à notre condition actuelle, n’oublions pas qu’il y a davantage dans les Psaumes qui ne s’applique pas à nous.
Le pardon des iniquités et la guérison des désordres corporels, étaient tous deux promis à Israël, et ainsi, le Seigneur les accomplit ici tous deux. Il montre que, dans Sa personne et par Son ministère actuel au milieu d’Israël, il y avait le témoignage de la puissance d’accomplir les deux. Afin qu’ils sachent que le Fils de l’homme avait « le pouvoir sur la terre de pardonner les péchés (alors il dit au paralytique) : Lève-toi, prends ton lit, et va dans ta maison. Et il se leva et s’en alla dans sa maison ». C’était une preuve de la réalité du pardon, dans le fait que la maladie était guérie devant leurs yeux. L’union de ces deux choses aurait dû fortement frapper un scribe. Dans ce miracle, nous avons le témoignage le plus fort de ce qu’était la gloire de Sa personne.
C’était donc la réponse du Seigneur au blasphème des scribes, qui L’accusaient de blasphème. « Et les foules, ayant vu cela, furent saisies de crainte, et elles glorifièrent Dieu qui donnait un tel pouvoir aux hommes » (v. 8). Hélas, ils ne savaient pas que c’était la puissance de Dieu exercée par Celui qui Lui-même était Dieu. Ils voyaient qu’Il était le vase de la puissance de Dieu, et c’était tout. Un homme pouvait l’être, et ne pas être Dieu. Il pouvait se plaire à opérer des miracles même par un homme mauvais. De telle sorte que, alors qu’ils donnaient gloire à Dieu qui donnait un tel pouvoir aux hommes, il n’y avait pas de foi réelle dans la personne de Christ. Mais le grand but du miracle est de manifester le véritable état du cœur dans les chefs ecclésiastiques du peuple. Un jugement solennel, applicable à tout moment, commence à poindre avec ce chapitre ; et avant de l’avoir terminé, nous trouverons que le cas est clos, pour ce qui les concerne. Jéhovah-Jésus était intolérable à Israël ; mais, par-dessus tout, à ceux qui avaient la plus haute réputation de connaissance et de sainteté.
Le Seigneur passe plus avant de cette scène, et voit « un homme nommé Matthieu, assis au bureau de recette ; et il lui dit : Suis-moi. Et se levant, il le suivit ». Si nous comparons avec les évangiles selon Marc et Luc, nous trouvons qu’à la fois le cas de l’homme paralytique et l’appel de Lévi, eurent lieu longtemps avant bien des circonstances que nous avons déjà rencontrées ; mais ils sont réservés pour deux buts particuliers dans le récit de Matthieu. Ils sont donnés au début de Marc 2, tels qu’ils sont survenus dans l’ordre du temps ; mais l’Esprit de Dieu, en Matthieu, les sort de cet ordre dans le but de donner de larges tableaux, d’après un ordre dispensationnel, de la présence de notre Seigneur sur la terre et de ses conséquences pour Israël ; et tous les faits qui concernent leur aveuglement pour un temps et leur restauration future, sont regroupés ensemble.
Ici, nous voyons l’effet de Sa présence sur les conducteurs religieux. L’appel de Matthieu était très significatif. L’Esprit de Dieu le conduit à donner ici son nom — le nom par lequel il a été connu par la suite, à la fois sur la terre et dans le ciel. En accord avec cela, Matthieu montre la grâce du Seigneur, en dépit des animosités de ces scribes contre Lui, et la forme que prend Sa grâce, en conséquence de leur incrédulité. Il sort et appelle Matthieu, alors qu’il était assis au bureau de recette. D’autres personnes avaient amené l’homme paralytique, mais Matthieu ne semble pas avoir manifesté de foi avant l’appel de Jésus. Ce n’était pas Matthieu qui cherchait Jésus, mais Jésus qui appelait Matthieu, occupé des impôts, dont il était le percepteur attitré. Les publicains étaient toujours classés avec les pécheurs, et le Seigneur va et appelle le publicain Matthieu alors qu’il était occupé à son travail, assis au bureau de recette. Obéissant à l’appel du Messie, Matthieu non seulement Le suit immédiatement, mais invite Jésus à s’asseoir à table dans sa maison. « Et voici, beaucoup de publicains et de pécheurs vinrent et se mirent à table avec Jésus et ses disciples ; ce que les pharisiens ayant vu, ils dirent à ses disciples : Pourquoi votre maître mange-t-il avec les publicains et les pécheurs ? ». C’était une subversion positive et claire de toutes les convenances et de l’ordre, au point de vue d’un Juif. S’asseoir à table sans le moindre sentiment de mépris envers ces publicains et ces pécheurs était, de fait, étrange, au regard des pharisiens. Que faisait le Seigneur ? Il manifestait toujours plus la grâce de Dieu — l’incrédulité se manifestant toujours plus de la part des gens religieux simplement extérieurement : car des personnes peuvent avoir des pensées quant à Dieu, mais non fondées sur Sa Parole, et peuvent même être vraiment sérieuses dans leurs pensées et dans leur cœur, mais sans avoir ni foi ni lumière de Dieu. D’un côté, ces hommes prouvaient leur totale incrédulité à l’égard de Jésus et de Sa gloire ; mais, d’un autre côté, Dieu, dans la personne de Jésus, allait plus avant dans Sa grâce et plus à l’encontre des pensées de ces personnes religieuses en Israël. Il appelle Matthieu, et Il mange avec ces publicains et ces pécheurs ; et quand les pharisiens y reprochent une faute auprès des disciples, le Seigneur prononce immédiatement cette parole bénie de l’Ancien Testament : « Je veux miséricorde et non pas sacrifice » — car « je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs à la repentance ». Il justifie cet appel et le maintient, non comme un cas exceptionnel, mais comme un principe.
C’était ce que Dieu était descendu faire sur la terre. Ce n’était plus la loi, mais la grâce, désormais. Cela donne naissance à quelque chose de plus, et une parole très instructive du Seigneur est placée ici devant nous. Les disciples étaient mis en défaut parce qu’ils ne jeûnaient pas comme les disciples de Jean et les pharisiens. Et le Seigneur en donne la raison : « Les fils de la chambre nuptiale peuvent-ils mener deuil tant que l’époux est avec eux ? ». C’est-à-dire, qu’Il montre l’absurdité de jeûner quand la source de toute leur joie était présente. Combien cela aurait été entièrement contraire à leur foi en Lui, le Messie, de se soumettre à cette marque de tristesse et d’humiliation, en présence de la source de toute leur joie et de toute leur satisfaction ! Mais il y avait à apprendre quelque chose de plus profond que cela. Il y avait non seulement la présence de Celui que les disciples comprenaient, et pas les autres, mais le Seigneur montre que vous ne pouvez mélanger les prescriptions qui découlent de la loi avec les principes et la puissance de la grâce divine (un principe très important, et celui précisément que la chrétienté a détruit en pratique). Car qu’est-ce qui a amené à l’état actuel de la chrétienté ? Le christianisme est le système de la grâce en Christ, maintenue en sainteté par le Saint Esprit parmi ceux qui croient. La chrétienté est la grande maison de la profession, où il y a des vases impurs mélangés avec ceux qui sont à honneur, là où abondent et règnent des principes qui ne sont jamais venus de Christ, et qui ont été adoptés, certains du judaïsme, d’autres de la pensée propre d’un homme, sans tenir compte de la Bible. Mais ce que montre le Seigneur est que, même si vous prenez ce que Dieu sanctionnait autrefois sous la loi, ce n’est plus maintenant le cas. Le même Dieu qui éprouva Israël par la loi, a envoyé l’évangile ; et c’est l’évangile qu’Il envoie maintenant, et non pas la loi. C’est la grâce avec laquelle nous avons affaire. C’est Christ ressuscité et dans le ciel avec lequel je suis en relation, et non pas avec la loi. Je suis mort à la loi, si je suis un chrétien. La chrétienté a oublié et s’est écarté de cela ; et, partant du principe que la loi est bonne, et l’évangile également, ils disent : Ne serait-il pas plus sûr de les mettre ensemble ? Le résultat en est ce que notre Seigneur disait ne pas devoir être fait, les hommes l’ont recherché avec le plus grand zèle. Ils ont essayé de mettre le vin nouveau dans de vieilles outres : c’est-à-dire, de mettre la grâce qui produit la joie dans les réceptacles des principes légaux. Le Seigneur a apporté le vin nouveau, et Il veut des outres neuves.
La vertu et la puissance intérieures du christianisme doivent se revêtir de leurs propres formes. Les nouveaux habits sont la manifestation convenable de l’évangile, qui diffère totalement des manières édictées par la loi. Le légalisme est le vieil habit, et c’est mépriser la bonté de Dieu que de simplement rapiécer l’ancien. Et après tout, cela ne marchera jamais. La tentative ne fera que rendre pire le vieil habit. C’est ce qu’a fait la chrétienté. Elle a essayé de raccommoder le vieil habit avec un morceau neuf — d’introduire une certaine mesure de morale chrétienne dans le vieil habit comme une sorte d’amélioration du judaïsme. Et quel en a été le résultat ? En outre, il y a le vin nouveau versé dans de vieilles outres. Il y a une certaine mesure de prédication de Christ, mais tellement en rapport avec les vieilles outres ! Ces versets embrassent à la fois le développement extérieur et la puissance intérieure, et montrent que le christianisme est une chose entièrement nouvelle, qui ne peut en rien être mêlée avec la loi. Si vous trouvez un homme qui pense qu’il a obtenu quelque justice par lui-même, vous pouvez l’abattre par la loi. C’est l’utilisation légitime de la loi. Il est en réalité impie, et vous pouvez utiliser la loi pour prouver qu’il est tel. Mais dans le chrétien, vous avez quelqu’un qui est pieux ; et la loi, comme Paul y insiste expressément, n’est pas pour lui. Je ne dois pas mettre le vin nouveau dans de vieilles outres, ni le vieux dans de nouvelles. Cela conduit le Seigneur à manifester l’entière nouveauté de la conduite et des principes qui découlent de Lui-même et de Sa grâce. Et tout cela était fortement opposé aux pensées et aux préjugés des scribes et des pharisiens, qui venaient ensuite avec leurs questions sur le jeûne. Non pas que le jeûne ne soit pas un principe chrétien (nous l’avons déjà considéré au chapitre 6) ; mais alors, ce doit être sur des principes chrétiens, et non pas juifs.
Maintenant, nous en venons à un événement du plus profond intérêt. Un chef de synagogue demande au Seigneur de guérir sa fille, puis vient et Lui rend hommage, disant : « Ma fille vient de mourir ; mais viens et pose ta main sur elle, et elle vivra. Et Jésus se levant le suivit, ainsi que ses disciples » (v. 18, 19). C’était une illustration exacte de l’attitude du Seigneur à l’égard d’Israël. Il était là avec la vie en Lui-même. Israël était comme la jeune fille qui avait besoin de Lui ; elle n’avait pas de vie en elle : telle était la condition d’Israël. Mais le Seigneur est immédiatement en éveil, et va à l’appel du chef de synagogue. Il reconnaît l’appel de la foi, quelque faible qu’il soit. Le centurion savait qu’une parole suffisait ; mais ce chef juif, avec la pensée naturelle d’un Juif, veut que le Seigneur vienne dans sa maison et pose Sa main sur sa fille, afin qu’elle vive. Il met en relation la présence personnelle du Seigneur avec la bénédiction qui devait être conférée à son enfant malade ; tandis que nous, Gentils, marchons par la foi, et non par la vue. Nous croyons et aimons quelqu’un que nous ne voyons pas. Les Juifs cherchent quelqu’un qu’ils peuvent voir ; et ils Le trouveront de cette manière. Comme Thomas, après huit jours, put voir le Seigneur, et fut invité à mettre sa main dans Son côté, et à voir les marques des clous dans Ses mains, ainsi en sera-t-il d’Israël. « Ils regarderont vers moi, celui qu’ils auront percé ». Alors que nous croyons en Lui, quoique nous ne L’ayons pas vu. De sorte que notre position est complètement différente de celle d’Israël.
Ici, dans ce cas, le Seigneur entend l’appel, et part immédiatement pour ressusciter la fille du chef juif qui était morte. Mais pendant qu’Il allait, une femme Le touche. Alors que la mission du Seigneur est envers Israël — et tel était le cas, et cela n’est qu’en suspens — tandis qu’Il est en chemin, quiconque vient, quiconque touche, obtient la bénédiction. Nulle incrédulité des scribes, nulle propre justice des pharisiens, n’entravera ni ne pourra entraver le Seigneur dans Sa mission d’amour. Il allait introduire de nouveaux principes qui ne se mélangeraient pas avec la loi — la grâce qui s’adresserait à tous, et répondrait au pire ; qui est clairement présentée par cette femme qui vient et Le touche. Mais tout d’abord, vous avez la promesse de la résurrection d’Israël ; car nous avons la garantie de la Parole de Dieu, quant à ce qui concerne la condition d’Israël comme mort. Regardez, par exemple, Ézéchiel 37, où Israël est comparé à des ossements secs. « Fils d’homme, ces os sont toute la maison d’Israël. Voici, ils disent : Nos os sont desséchés, et notre attente a péri… Voici, j’ouvrirai vos sépulcres, et je vous ferai monter hors de vos sépulcres, mon peuple… Et vous vivrez, et je vous placerai sur votre terre ». Il en est ainsi, je crois, dans ce miracle. Il représente, non pas simplement la conversion de pécheurs morts, mais la résurrection d’Israël comme nation. Le Seigneur a été rejeté par le peuple qui avait la plus grande responsabilité de Le recevoir ; mais très certainement, comme Il ressuscita cette jeune fille de son lit de mort, ainsi Il restaurera Israël en un jour à venir. Mais entre-temps, quiconque vient reçoit la guérison et la bénédiction. Il en était ainsi avec cette pauvre femme. Le Seigneur, non seulement lui donne la conscience qu’elle est guérie, mais lui fait connaître que Ses affections sont toutes avec elle. « Ma fille », lui dit-Il, « aie bon courage ; ta foi t’a guérie ». Il y a tout de suite eu une parole d’assurance. Le Seigneur met Son sceau sur ce qu’a fait sa foi, bien qu’elle l’ait fait en tremblant[8]. Puis, au temps convenable, nous trouvons la résurrection de celle qui était morte, dans laquelle il n’est pas question de foi, mais de la puissance de Dieu et de Sa fidélité à Sa promesse.
Après cela (v. 27), nous trouvons deux aveugles qui Le suivent : ailleurs, un seul d’entre eux est mentionné ; mais je crois que les deux sont mentionnés ici pour la même raison que nous avons trouvé les deux démoniaques. Ils crient à Lui et disent : « Aie pitié de nous, Fils de David ». C’est la confession de Christ en relation avec Israël. Ils s’adressent à Lui comme le Fils de David. Le Seigneur leur demanda : « Croyez-vous que je puisse faire ceci ? Ils lui disent : Oui, Seigneur. Alors il toucha leurs yeux, disant : Qu’il vous soit fait selon votre foi. Et leurs yeux furent ouverts » (v. 28-30). Puis vint l’homme muet possédé par un démon : « Et le démon ayant été chassé, le muet parla. Et les foules s’en étonnèrent, disant : Il ne s’est jamais rien vu de pareil en Israël » (v. 33). Je crois que tout cela est rassemblé dans le même but. Le Seigneur donnait type sur type, et gage sur gage, qu’Israël ne serait pas oublié, qu’Israël serait ressuscité de la mort : s’ils sont aveugles, ils verront ; s’ils sont muets, ils parleront. Que les pharisiens et les scribes soient complètement incrédules et blasphémateurs, et prêts à détourner tout le monde de Christ — qu’il en soit ainsi à présent ; mais la mort cèdera, l’aveuglement sera ôté, la parole sera donnée à Israël, en un jour à venir. La confession même de la foule était qu’il ne s’était jamais rien vu de pareil en Israël.
Laissez-moi répéter qu’en appliquant ainsi ces miracles de notre Seigneur, je ne nie pas du tout la bénédiction d’une partie d’entre eux pour une âme aujourd’hui. Mais ce n’est pas une raison qui prouve que le Seigneur n’avait pas en vue quelque chose au-delà, et que nous ne devons pas oublier. « Mais les pharisiens disaient : Il chasse les démons par le chef des démons » (v. 34). Que pouvait-il y avoir de pire que cela ? N’était-ce pas, en principe, le blasphème contre le Saint Esprit ? Telle est la forme que prenait alors le péché. Il y avait la puissance du Saint Esprit qui opérait en Christ et par Lui ; et ils attribuaient cette puissance à Satan. Il ne peut rien y avoir de plus déterminé qu’une telle hostilité. Ils ne pouvaient pas nier la justice de l’homme, ni les faits de l’énergie surnaturelle ; mais ils pouvaient attribuer la puissance qui était entièrement au-dessus de l’homme, non pas à Dieu, mais à l’adversaire ; et c’est ce qu’ils faisaient. Leur ruine était complète et définitive. Quoi de plus terrible ! Rien ne pouvait convaincre un homme à qui toutes ces preuves et ces appels ont été prodigués ; et l’aboutissement de tout cela était que, non seulement les ignorants, mais les sages, les religieux, les pharisiens s’enorgueillissant dans la loi, l’élite de la nation choisie, d’après l’homme — même eux disaient : « Il chasse les démons par le chef des démons ».
Rien de plus n’est nécessaire. Le Seigneur pouvait envoyer un témoignage par d’autres ; mais pour ce qui concernait Son propre ministère, il était pratiquement terminé. Il envoie les douze immédiatement après ; mais cela aboutit au même résultat. Le Seigneur est entièrement rejeté, comme nous le voyons en Matthieu 11. Et alors, Matthieu 12 fournit le jugement final prononcé sur cette génération. Ce péché dont ils s’étaient rendus coupables se transformerait en blasphème contre le Saint Esprit, et ne pourrait pas leur être pardonné, ni dans ce siècle ni dans celui qui est à venir. La conséquence en est que le Seigneur se détourne de la race incrédule, et introduit le royaume des cieux, en lien avec lequel Il nous donne les paraboles dans Matthieu 13. Il prend la place d’un semeur, ne cherchant plus à récolter du fruit d’Israël, et s’occupant Lui-même de la nouvelle œuvre dans ce monde qu’Il était sur le point d’entreprendre — qu’Il poursuit encore actuellement, quoique désormais par l’intermédiaire d’autres instruments. De telle sorte que la beauté de tout cet arrangement dans l’évangile selon Matthieu ne peut pas être surpassé, quoique les autres évangiles soient, quant à leur objet propre, également parfaits. Chacun présente les faits de l’histoire de notre Seigneur de manière à donner une vue distincte de la personne ou du service de Christ, avec les effets de cette manifestation ; et nous devrions tous les comprendre.
Que le Seigneur permette que l’effet de considérer ces choses soit, non seulement que nous connaissions les Écritures, mais que nous connaissions mieux Jésus ! C’est ce que nous avons à cultiver par-dessus tout — afin que nous comprenions les voies de Dieu, les merveilleuses voies de Son amour, toutes exprimées en Jésus.