Chapitre 10

À la fin du chapitre précédent, notre Seigneur, en considérant les brebis perdues de la maison d’Israël, parle d’elles, avec une profonde compassion, comme de brebis qui n’ont pas de berger. Ce qu’étaient réellement les pharisiens avait été pleinement dévoilé : non pas qu’Il ne le savait pas déjà ; mais la circonstance de Son entière réjection par eux, et de leur haine, manifestée de façon toujours plus décidée, amène devant Sa pensée l’exposition des brebis de Dieu. Si leur pensée était implacable contre Lui en qui il n’y avait pas de péché, qui était le propre Fils de Dieu, le Berger d’Israël, quel ne devait pas être le triste lot de ceux qui avaient des infirmités et des manquements qui les laissaient exposés à la malice de ceux qui ne prenaient pas soin d’eux pour l’amour de Dieu, qui avaient le regard le plus inquisiteur et le plus soupçonneux pour tout ce qu’ils avaient de faible et d’insensé en eux ! Souvenons-nous toujours de la grâce du Seigneur, que même ce qui est humiliant en nous n’attire que Sa compassion. Je ne parle pas là du péché, mais de ce qui est infirmité ; car les infirmités et les péchés sont deux choses bien différentes. Nous ne désirons pas la sympathie du Seigneur envers le mal. Le Seigneur a souffert et est mort pour notre péché. Mais nous désirons de la sympathie pour nous dans notre ignorance, notre faiblesse, nos tremblements, notre sensibilité aux anxiétés, aux soucis, aux troubles : dans toutes ces choses qui nous font souffrir ici-bas, nous désirons de la sympathie ; et le Seigneur en est plein envers nous. C’était aussi le cas avec Israël. Sans tenir compte de leur condition misérable, Jésus invite les disciples, dans l’amour de Son propre cœur, à supplier le Seigneur de la moisson qu’Il envoie des ouvriers dans Sa moisson. C’était Sa moisson, et Ses ouvriers seuls pouvaient la récolter. Mais immédiatement après — et c’est remarquable — Il montre qu’Il est Lui-même le Seigneur de la moisson ; et Il envoie les ouvriers. Le chapitre qui suit illustre cela, et manifeste merveilleusement le caractère de l’évangile selon Matthieu, qui Le dépeint comme Celui qui doit sauver Son peuple de leurs péchés — Emmanuel, Dieu avec nous. Remarquez les circonstances. Cela a lieu après Son rejet par Israël. Nous avons vu pleinement manifesté Son propre ministère, plein de grâce aussi bien que de puissance, et se terminant dans l’indifférence complète d’Israël et la haine des chefs religieux. Matthieu 8 nous montre le peuple, et Matthieu 9 leurs guides, ainsi manifestés à diverses reprises.

Maintenant, le chapitre 10 montre que Jésus, comme le Seigneur de la moisson, envoie des ouvriers, et cela aussi en leur conférant toute l’autorité et la puissance. Mais observez bien que c’est encore en relation particulière avec Israël ; et le Seigneur est conscient, depuis le début, du rejet par Israël. Pendant ce temps, c’est une mission juive des douze apôtres juifs envers les brebis perdues de la maison d’Israël. Je prends cela au pied de la lettre, et non comme si cela était dit de l’Église, dont il n’est jamais parlé comme de brebis perdues ; mais les brebis d’Israël, dans leur condition de désolation, sont décrites ainsi de façon très appropriée. Avant que l’Église soit rassemblée, ce dont nous avons besoin est un Sauveur. Nous, Gentils, n’étions pas du tout des brebis, mais des chiens, selon le point de vue de notre évangéliste (voir Matt. 15). Et après avoir été introduits dans l’Église, nous ne sommes pas, et ne pouvons pas être, des brebis perdues. Alors qu’il est parlé de ces pauvres du troupeau comme de brebis perdues de la maison d’Israël. Car jusqu’à ce moment, l’œuvre n’avait pas été faite pour les mettre dans une position connue de salut.

De nouveau, quand notre Seigneur les envoie, il est dit : « Ayant appelé ses douze disciples, il leur donna autorité sur les esprits immondes pour les chasser, et pour guérir toute maladie et toute langueur » (v. 1). C’était leur mission en particulier. Il n’est pas dit un mot de prêcher ce que nous appelons l’évangile, ou d’enseigner tout le conseil de Dieu ; mais ils devaient aller avec la puissance messianique contre Satan et les maladies corporelles, en témoignage à Israël. Ils devaient proclamer le royaume des cieux. « Quand vous irez », disait notre Seigneur, « prêchez, disant : Le royaume des cieux s’est approché » (v. 7). Mais le grand trait caractéristique de la mission était qu’il leur était conféré la puissance contre les démons et les maladies. La pertinence de ceci, en lien avec Israël, est manifeste. C’était une preuve évidente que le vrai Roi, l’Éternel, était là, Lui qui était capable non seulement de chasser les démons, mais de conférer cette puissance à Ses serviteurs. Qui, sinon le Roi, l’Éternel des armées, pouvait faire cela ? C’était un témoignage bien plus grand que si la puissance avait été confinée à Sa propre personne. La capacité de communiquer à d’autres la puissance (qui était ce que Simon le magicien, espérant en tirer profit, convoitait si ardemment), Dieu montre ici qu’elle se trouve dans Son propre Fils. Là, les serviteurs allaient être envoyés, et en bon ordre — douze d’entre eux, en lien avec les douze tribus de la maison d’Israël. Nous trouvons, après cela, la promesse qu’ils seront « assis sur douze trônes, jugeant les douze tribus d’Israël ». Il n’y a donc pas à se demander si c’était une mission juive. Quand l’Église fut appelée, Dieu bouleversa le simple ordre juif en appelant un apôtre extraordinaire, avec les Gentils particulièrement en vue — un qui fut appelé après que Christ est mort, et est ressuscité, et a pris Sa place à la droite de Dieu. Alors vint ce nouveau travail dans l’appel de l’Église, et l’apôtre Paul devint le ministre caractéristique de l’Église, quoique les douze aient aussi leur place. Mais à ce moment-là, les douze apôtres devaient être (ce que Paul n’était pas) les ministres pour Israël, en témoignage du royaume des cieux. Car, observez-le, l’injonction la plus stricte leur est donnée de ne pas sortir des limites d’Israël ; pas même de visiter les Samaritains, ni d’entrer dans les villes des Gentils. Leur affaire était seulement avec les brebis perdues de la maison d’Israël : preuve positive que cela veut dire ceux d’entre les Juifs qui avaient le sentiment du péché, et qui voulaient recevoir le témoignage du vrai Messie. Ils avaient affaire avec eux uniquement. C’est des plus remarquable, parce que dans cet évangile, il nous est dit qu’après Sa mort et Sa résurrection, le Seigneur les envoya vers les Gentils ; mais alors, c’était sur le terrain manifeste que Sa mort avait eu lieu. « Moi, si je suis élevé de la terre, j’attirerai tous les hommes à moi-même ». Christ sur la croix devient le centre d’attraction pour l’homme, aussi bien que le fondement de tous les conseils de Dieu. Ici, dans ce cas, nous n’avons rien de la sorte. Il n’est même pas fait allusion à la mort du Seigneur. Sa réjection est manifestée, mais rien n’est dit de l’édification d’une nouvelle structure — l’Église. Il fallait attendre une réjection encore plus forte avant qu’elle ne puisse être dévoilée, comme en Matthieu 16.

Mais ici, le Seigneur envoie les douze, et leur commande, disant : « Ne vous en allez pas sur le chemin des nations, et n’entrez dans aucune ville de Samaritains ; mais allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël. Et quand vous irez, prêchez, disant : Le royaume des cieux s’est approché. Guérissez les infirmes ; rendez nets les lépreux ; ressuscitez les morts ; chassez les démons : vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement. Ne faites provision ni d’or, ni d’argent, ni de cuivre dans vos ceintures, ni d’un sac pour le chemin, ni de deux tuniques, ni de sandales, ni d’un bâton, car l’ouvrier est digne de sa nourriture » (v. 5-10). C’est-à-dire qu’ils devaient aller tels qu’ils étaient, avec le vêtement qu’ils avaient sur eux, avec les sandales qu’ils avaient aux pieds. Ils ne devaient faire provision de rien, ni mettre quelque chose en réserve pour subvenir à leurs besoins, pendant leur mission. Ce n’est pas une règle universelle pour les serviteurs de Dieu dans tous les temps. C’était une mission particulière, pour une période particulière, et en relation avec Israël uniquement. Ce n’était pas l’évangile de la grâce de Dieu, mais celui du royaume. Les deux vont ensemble maintenant ; mais ce n’était pas le cas alors. Israël ne recevait pas le témoignage du royaume ; un changement complet se produit, et le royaume des cieux, dans son établissement extérieur, demeure en suspens. L’appel de Dieu pour les Gentils, désormais, survient comme une vaste parenthèse entre ce message aux brebis perdues en Israël et son plein accomplissement dans les derniers jours. Tout ce que le Seigneur commande doit s’accomplir, mais rien n’est parfaitement accompli jusqu’à ce que le Seigneur prenne tout en main Lui-même.

Tout ce qui doit être pris en main par Christ en puissance et en gloire dans l’avenir, est d’abord confié à l’homme. Mais l’homme faillit partout, Israël comme nation se détruit, l’Église est devenue mondaine et dispersée. Tout doit cependant être à la louange de Christ Lui-même. Ainsi, peu importe ce que vous considérez dans les voies de Dieu, il y a, comme règle générale, d’abord la présentation à l’homme ; cela est fait reposer sur lui, pour voir s’il peut en supporter la responsabilité et la gloire ; et il ne le peut pas. Mais tout ce en quoi l’homme a manqué, est destiné à reposer sur les épaules de Christ dans le jour de la gloire, et tout alors arrivera à la perfection, et brillera d’un éclat plus qu’immaculé, et rejaillira à Sa gloire.

Les douze étaient envoyés dans cette mission, et instruits pour dépendre de Christ seul. Il subviendrait à leurs besoins. Ils devaient annoncer le royaume des cieux ; et Lui, le Roi, assumerait toutes les charges. Ils devaient aller avec la plus complète confiance en Lui. Maintenant, bien que Ses serviteurs ne doivent pas regarder au monde, ou utiliser des moyens humains pour agir sur les saints, et bien qu’ils puissent regarder avec confiance à Dieu pour répondre à tous leurs besoins, ils ne sont pas placés dans les mêmes circonstances que ces disciples. La différence est fortement marquée. Prenez, par exemple, un commandement tel que celui-ci : « Dans quelque ville ou village que vous entriez, informez-vous qui y est digne ; et demeurez là jusqu’à ce que vous partiez » (v. 11). Un homme qui sort maintenant avec l’évangile doit-il demander qui est digne ? Il cherche les indignes. Mais c’était une mission envers Israël ; et l’Éternel voulait les excellents de la terre, dont les cœurs désiraient réellement le Messie. « Et quand vous entrerez dans une maison, saluez-la. Et si la maison en est digne, que votre paix vienne sur elle ; mais si elle n’en est pas digne, que votre paix retourne à vous ». Ce n’est pas du tout la manière de faire de l’évangile actuellement. Au contraire, c’est la paix avec Dieu que le serviteur de Christ est en droit de proclamer à Ses ennemis. La portée immédiate de l’évangile est pour ceux qui sont dans la misère — les vils et les délaissés ; parce que l’évangile est la plénitude de la grâce de Dieu envers l’homme qui n’a rien du tout à donner à Dieu. S’ils ne sont que brisés, s’ils sentent qu’ils sont totalement indignes de Dieu, et que Dieu a procuré un Sauveur tel que Sa Parole le déclare, alors nous ne pouvons Lui faire trop pleinement ou trop simplement confiance. L’essence de l’évangile est ceci : que Dieu ne me demande pas de donner, mais de recevoir. Voilà l’évangile de Dieu — l’évangile de Son Fils ; mais ici, en Matthieu, c’est l’évangile du royaume. Vous trouverez constamment cette expression, dans Matthieu. Cet évangile sort vers ceux qui sont dignes. Si la maison était digne, la paix du messager venait sur elle ; et si non, elle retournait à lui. « Et si quelqu’un ne vous reçoit pas et n’écoute pas vos paroles, — quand vous partirez de cette maison ou de cette ville, secouez la poussière de vos pieds » — le jugement viendrait sur eux. « En vérité, je vous dis : le sort du pays de Sodome et de Gomorrhe sera plus supportable au jour de jugement que celui de cette ville-là » — simplement parce qu’ils ont eu les messagers du royaume venant à eux avec un message de grâce, et qu’ils n’ont pas voulu les recevoir.

Depuis le verset 16, le Seigneur les avertit des circonstances dans lesquelles l’évangile du royaume devait être prêché. « Voici, moi je vous envoie comme des brebis au milieu des loups ; soyez donc prudents comme les serpents, et simples comme les colombes ». C’est-à-dire qu’Il les appelle à la prudence, à une prudence céleste. Il devait y avoir une entière sainteté quant à l’objet et au caractère de leur prudence, exempte de tout accusation juste de nuire aux hommes. « Et soyez en garde contre les hommes » — ne supposez pas que, bien que vous alliez plein d’amour dans votre cœur, vous ne rencontrerez pas des loups. Les Juifs sont clairement désignés. « Soyez en garde contre les hommes, car ils vous livreront aux sanhédrins et vous fouetteront dans leurs synagogues ; et vous serez menés même devant les gouverneurs et les rois ». Quoique haïssant le joug des Gentils, ils seraient tout à fait prêts à faire appel à l’autorité des Gentils, quand il s’agirait de ceux qui suivaient Christ. Les Juifs les tireraient devant les rois et les gouverneurs gentils, tout détestés qu’ils soient. Mais notre Seigneur ajoute cette parole de grâce — « à cause de moi, en témoignage à eux et aux nations ».

Ainsi, Dieu retourne les armes de l’adversaire contre lui. « Car la colère de l’homme te louera ; tu te ceindras du reste de la colère ». On ne peut que penser qu’une telle vérité, bien qu’elle s’applique spécialement aux apôtres envoyés pour cette mission, demeure très certainement vraie pour nous. « Et quand ils vous livreront, ne soyez pas en souci comment vous parlerez, ni de ce que vous direz ; car il vous sera donné dans cette heure-là ce que vous direz ; car ce n’est pas vous qui parlez, mais c’est l’Esprit de votre Père qui parle en vous ». En même temps, Il les prépare à une conduite des plus cruelle envers eux, même de la part de leurs proches. Le frère connaissait les habitudes de son frère, le père connaissait tout sur l’enfant, et l’enfant sur le père : tout ceci serait tourné contre les serviteurs de Christ. « Vous serez haïs de tous à cause de mon nom ; et celui qui persévérera jusqu’à la fin, celui-là sera sauvé » (v. 19-22). « Mais quand on vous persécutera dans cette ville, fuyez dans l’autre ; car, en vérité, je vous dis : Vous n’aurez point parcouru les villes d’Israël », ou, comme le comporte la marge, « achevé les filles d’Israël, que le Fils de l’homme ne soit venu » — déclaration remarquable. Elle rappelle l’expression que j’ai utilisée plus haut, que l’Église est une grande parenthèse. La mission des apôtres a été abruptement interrompue par la mort de Christ. Ils l’ont encore poursuivie un temps par la suite, mais elle fut complètement terminée par la destruction de Jérusalem : toute l’affaire était terminée pour le moment, mais pas pour toujours. L’appel de l’Église eut alors lieu ; et quand le Seigneur aura pris l’Église au ciel hors de ce monde, Dieu suscitera de nouveau des témoins pour le Messie sur la terre, quand les Juifs seront convertis. Dieu a déclaré qu’Il donnerait Son pays à Son peuple, et Il le fera, car Ses dons et Son appel sont sans repentir. La fidélité de Dieu est impliquée en cela, que le peuple juif doit être rétabli dans son propre pays quand la plénitude des nations sera entrée. L’appel de la plénitude des nations est la parenthèse qui est actuellement en cours. Quand elle sera terminée, le Seigneur reprendra Ses relations avec Israël. Ils retourneront dans le pays dans l’incrédulité. Le témoignage du royaume, qui avait commencé au temps du Seigneur par les apôtres, sera de nouveau repris, jusqu’à ce que le Fils de l’homme vienne. Alors « Il enverra ses anges, et ils cueilleront de son royaume tous les scandales et ceux qui commettent l’iniquité, et ils les jetteront dans la fournaise de feu… Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père ». Le Seigneur accomplira pleinement, en ce jour, ce qui a été confié à l’homme, et qui a été brisé par la main faible ou méchante de l’homme. Alors tout, sous le Germe d’Israël, sera glorieux. C’est, je pense, ce qui va avec l’expression remarquable qu’ils n’auraient pas parcouru toutes les villes d’Israël avant que le Fils de l’homme soit venu. Toute la période pendant laquelle le Seigneur s’est détourné pour appeler les Gentils, est passée sous silence. Il parle de ce qui se passe alors, et de ce qui sera repris en Israël — passant sur ce qui sera fait entre-temps.

Dans la dernière partie du chapitre, le Seigneur leur donne de doux motifs d’encouragement. « Le disciple n’est pas au-dessus du maître, ni l’esclave au-dessus de son seigneur. Il suffit au disciple qu’il soit comme son maître, et à l’esclave qu’il soit comme son seigneur : s’ils ont appelé le maître de la maison Béelzébul, combien plus les gens de sa maison ? » (v. 24, 25).

Il le prouvait maintenant, et, à leur tour, ils avaient à le sentir. « Ne les craignez donc pas ». Le premier motif pour ne pas craindre est : J’ai parcouru le même chemin ; ne craignez pas. « Ne les craignez donc pas… car il n’y a rien de couvert qui ne sera révélé, ni rien de secret qui ne sera connu ». Cela revient à dire : Vous comprendrez les raisons et les motifs de l’incrédulité des gens plus tard, si ce n’est pas maintenant. Tous ceux qui connaissent la vérité et ne la suivent pas, doivent avoir en aversion ceux qui la font. Comme il en a été avec moi, ainsi en sera-t-il avec vous : mais ne vous inquiétez pas. Ayez bon courage, et persévérez dans le témoignage. « Ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le dans la lumière ; et ce qui vous est dit à l’oreille, prêchez-le sur les toits » (v. 27). Il les encourage à la plus grande franchise et à la plus grande hardiesse. Une seconde exhortation à ne pas craindre est donnée sur un autre terrain : Et quel mal peuvent-ils vous faire ? Ils ne peuvent pas toucher à l’âme ; et ils ne peuvent pas non plus toucher au corps, à moins que votre Père céleste le permette. « Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et qui ne peuvent pas tuer l’âme ». Ils ne peuvent pas vous blesser. Il n’y a rien qu’un croyant ait à redouter, sinon peiner Dieu et pécher contre Lui. C’est pourquoi Il ajoute immédiatement : « Craignez plutôt celui qui peut détruire et l’âme et le corps, dans la géhenne ». Une chose effrayante se trouve devant les ennemis de Dieu — la destruction de l’âme et du corps dans la géhenne !

« Ne vend-on pas deux passereaux pour un sou ? Et pas un seul d’entre eux ne tombe en terre, sans votre Père. Et pour vous, les cheveux même de votre tête sont tous comptés. Ne craignez donc pas : vous valez mieux que beaucoup de passereaux » (v. 29-31). Le soin spécial et minutieux de notre Père pour Ses enfants est déduit de cela, que même le passereau, oiseau si méprisé et insignifiant pour les hommes, ne peut pourtant tomber en terre « sans votre Père ». Il aurait pu dire : Sans Dieu ; mais Il dit : Votre Père — l’amour d’un père se soucie de ses enfants.

Depuis le verset 32 jusqu’à la fin du chapitre, nous trouvons l’importance de confesser Christ, et les effets que cela a dans ce monde. Le premier grand principe est celui-ci : « Quiconque donc me confessera devant les hommes, moi aussi je le confesserai devant mon Père qui est dans les cieux ; mais quiconque me reniera devant les hommes, moi aussi je le renierai devant mon Père qui est dans les cieux ». Nous avons eu le soin du Père ; nous avons maintenant la confession du Fils à la fin. Nous connaissons les soins du Père sur la terre, quelle que puisse être l’épreuve. Le Fils nous confessant, ce sera dans le ciel, quand toute la scène de l’épreuve sera terminée.

Alors Il les avertit que le résultat de leur témoignage pourrait être très douloureux — des maisons dans la confusion, des membres d’une famille en désaccord les uns avec les autres. Mais ne soyez pas surpris. « Ne pensez pas », dit-Il, « que je sois venu mettre la paix sur la terre ». Nous savons que le Seigneur peut nous donner toujours la paix en toute manière ; mais Il parle ici de l’introduction de Son témoignage, par le moyen de Ses disciples, dans un monde qui Le hait. Inévitablement, donc, les deux principes entrent en conflit. Ce n’est pas qu’Il désire la confusion, mais c’est l’effet naturel de la connaissance de Christ entrant dans une maison où certains de ses membres Le rejettent.

Comme il en est dans le monde, ainsi en est-il dans la maison. Il y a ceux qui croient et ceux qui ne croient pas. « Ne pensez pas que je sois venu mettre la paix sur la terre ; je ne suis pas venu mettre la paix, mais l’épée ». N’imaginez pas que tout aille de manière triomphante. Le jour vient où le Seigneur fera couler la paix comme une rivière ; mais tel n’est pas l’effet de Sa première venue. C’est actuellement la marque de la guerre, à cause de l’opposition que crée toujours l’incrédulité contre la vérité. « Car je suis venu jeter la division entre un homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère ; et les ennemis d’un homme seront les gens de sa maison ». Le Seigneur répond hardiment à la question. Je suis venu introduire mon principe, et il dresse un enfant contre un parent. Or cela devient une de nos épreuves les plus difficiles — l’effet que le témoignage de Dieu a sur les familles. Les gens parlent de maisons brisées et de familles désunies. Le Seigneur utilise aussi les mêmes termes, et nous fortifie pour cela. « Celui qui aime père ou mère plus que moi, n’est pas digne de moi ; et celui qui aime fils ou fille plus que moi, n’est pas digne de moi ; et celui qui ne prend pas sa croix et ne vient pas après moi, n’est pas digne de moi. Celui qui aura trouvé sa vie, la perdra ; et celui qui aura perdu sa vie pour l’amour de moi, la trouvera » (v. 37-39). Il montre que Sa venue amènerait le contraire d’un chemin facile dans ce monde. Oui, vous devez vous attendre à souffrir l’épreuve, le rejet et la moquerie. Mais alors, Il ajoute l’autre côté : « Celui qui vous reçoit, me reçoit ; et celui qui me reçoit, reçoit celui qui m’a envoyé ». Il y aura ceux qui recevront, tout comme il y aura ceux qui rejetteront. « Celui qui reçoit un prophète en qualité de prophète » (c’est-à-dire, en tant que prophète), s’il savait qu’il était un serviteur de Dieu, et le recevait comme tel, malgré la honte et la moquerie, aurait la même récompense que le prophète lui-même. « Et celui qui reçoit un juste en qualité de juste » — d’autres peuvent l’appeler injuste, mais il le reçoit, non comme un simple homme ou un ami, mais comme un juste, et il « recevra la récompense d’un juste ». Il prouve que son propre cœur est droit envers Dieu. Nous montrons notre véritable état d’âme par l’opinion que nous donnons. Supposez que je parle ou que j’agisse injustement à l’égard d’un homme bon qui fait son devoir, je montre que je ne suis pas avec Dieu dans cette chose particulière. D’un autre côté, si j’ai la foi pour discerner ce qui est de Dieu, et que je prends ma place avec lui en face de la désertion générale, je suis de fait bienheureux. Dieu seul permet à un homme d’agir ainsi. Nous montrons où sont nos cœurs par nos jugements et notre conduite envers les autres.

« Et quiconque aura donné à boire seulement une coupe d’eau froide à l’un de ces petits, en qualité de disciple, en vérité, je vous dis, il ne perdra point sa récompense » (v. 42). Ce sera la preuve que l’Esprit était à l’œuvre dans son âme — son cœur attiré pour user de miséricorde et de sympathie envers ceux qui sont de Dieu, dans ce monde. Il ne perdra en aucun cas sa récompense. C’est la conduite extérieure découlant du principe intérieur. Dans tous ces cas, c’est clairement la mission juive de ces disciples. Je crois que nous trouvons ainsi le véritable caractère du chapitre et la position qu’il occupe dans cet évangile.

Le point de vue du chapitre tout entier est que le Seigneur, comme Seigneur de la moisson, non seulement leur demande de prier pour que des ouvriers soient envoyés dans la moisson (Matt. 9, 38), mais Lui-même anticipe la prière. « Avant qu’ils crient, je répondrai » ; et le Seigneur agit dans l’esprit même de ce qui sera pleinement vrai dans les derniers jours. Il envoie Lui-même les ouvriers.

En Luc 22, 35, en faisant référence à cette même mission, le Seigneur demande : « Quand je vous ai envoyés sans bourse, sans sac et sans sandales, avez-vous manqué de quelque chose ? Et ils dirent : De rien ». Alors le Seigneur leur dit que désormais, ils se munissent d’une bourse, et d’un sac, et d’une épée : les choses mêmes qu’ils ne devaient pas faire auparavant, ils devaient les faire à partir de ce moment-là. Le Seigneur abroge ce qu’Il avait enjoint précédemment, dans la mesure où cela concernait des circonstances particulières. Sa bonté et Son amour pour eux, et leur marche dans la sagesse et sans faire de mal, perdureraient ; mais le caractère particulier de cette mission prenait fin à la mort de Christ. Elle sera, je le comprends, reprise par d’autres dans un jour à venir ; mais les disciples actuellement envoyés devaient bientôt être appelés à une nouvelle œuvre, fondée sur la rédemption et la résurrection de notre Seigneur.