Le chapitre auquel nous sommes arrivés est plein d’intérêt et d’une grande importance, en particulier parce qu’il est une sorte de transition. Ce qui fournit à l’Esprit de Dieu l’occasion d’introduire cette transition du témoignage à Israël vers le nouvel ordre de choses que le Seigneur était sur le point d’introduire, est que Jean le baptiseur, en prison à cause de sa propre réjection, est exercé dans sa foi personnelle et sa patience. Dans l’accomplissement de son ministère prophétique, nul ne pouvait être plus inébranlable que Jean, dans son témoignage à Christ. Mais il peut y avoir des moments où la foi est mise complètement à l’épreuve, et où le plus fort peut connaître ce que c’est qu’être « abattu, mais ne périssant pas ».
Assurément, c’était le cas de Jean le baptiseur. Ce n’étaient pas seulement ses disciples qui achoppaient sur le fait qu’il était en prison. Les infidèles demandent maintenant : Si l’Écriture est vraie, comment se fait-il que les gens ne la reçoivent pas ? Pourquoi n’est-elle pas plus largement répandue ? etc.
Nous savons qu’au début, des dizaines de milliers confessèrent et suivirent le nom de Jésus, dans une seule ville ; et le poids moral était grand, car ils marchaient dans la supériorité vis-à-vis du monde. Nous savons aussi combien la puissance du christianisme s’était répandue loin et largement ; pourtant, la grande difficulté se présente à nouveau, et nous trouvons que ce qui opère dans la pensée d’un sceptique peut être trouvé troublant plus ou moins le croyant, parce que la nature tombée est encore en lui ; et ce que l’Écriture appelle « la chair » est toujours une chose incrédule. C’est ainsi qu’il arriva que, tout béni que fût Jean le baptiseur, il envoya pourtant ses disciples avec la demande : « Es-tu celui qui vient, ou devons-nous en attendre un autre ? ». Il semble que des questions se soient présentées à son esprit, et il désirait une confirmation de la foi. Même un prophète n’est pas au-delà des assauts de Satan. Et ici, nous trouvons cet homme favorisé et par ailleurs fidèle, posant une telle question, la dernière à laquelle nous nous soyons attendus. Au lieu de répondre avec la confiance de la foi à la question de ses disciples, s’il y en avait eu, Jean en envoie quelques-uns à Jésus, disant : « Es-tu celui qui vient, ou devons-nous en attendre un autre ? ». Le Seigneur répond : « Allez, et rapportez à Jean les choses que vous entendez et que vous voyez… et bienheureux est quiconque n’aura pas été scandalisé en moi » (v. 4, 6).
La réponse de notre Seigneur indique que ce n’étaient pas simplement les disciples de Jean, mais lui-même aussi, qui était ébranlé. Il y a deux parties dans le ministère de Christ — Ses paroles et Ses œuvres, « les choses que vous entendez et que vous voyez » ; la parole a toujours la place la plus importante ; les œuvres étant ce qui fait plutôt appel aux sens, alors que la parole de Christ est ce qui a affaire avec le cœur et la conscience par l’Esprit. Ils devaient aller et dire à Jean ce qu’ils entendaient et voyaient ; et en cela, nous avons ce que l’Ancien Testament avait prédit comme signes et effets de la puissance du Messie. Nous ne trouvons pas, je crois, un seul cas de guérison d’aveugle avant que Christ vint. C’était un miracle qui, selon la tradition juive, était réservé au Fils de David. Il était Celui qui, selon Ésaïe 35, devait ouvrir les yeux des aveugles. Le Seigneur place les aveugles recouvrant la vue comme le premier miracle extérieur, pour indiquer qu’Il était bien le Christ qui devait venir ; et en dernier lieu, mais non la moindre chose, il y a « l’évangile est annoncé aux pauvres ». Qu’est-ce, sinon un témoignage de la miséricorde tendre et immense de Dieu qui, alors que l’évangile est destiné à tous, le rend spécialement adapté à ceux qui connaissent la misère, l’épreuve, le mépris, dans un monde égoïste ? Le Seigneur ajoute : « Bienheureux est quiconque n’aura pas été scandalisé en moi ». Quelle parole d’avertissement ! Un homme envoyé de Dieu comme témoin, afin que tous croient en Christ ; et quand cet homme même est mis entièrement à l’épreuve, le Seigneur doit lui rendre témoignage, au lieu que ce soit lui qui rende témoignage au Seigneur. Combien nous voyons constamment l’homme tomber, quand il est mis à l’épreuve ; mais quelle chose bénie que nous ayons un tel Dieu à qui aller, si l’on compte sur Lui seul.
Mais quand ces messagers furent partis, le Seigneur montre Sa tendre compassion, et le considère, et commence à justifier ce même Jean qui avait montré sa faiblesse sous la souffrance et l’attente qui se prolongeait. Il leur demande : « Qu’êtes-vous allés voir au désert ? ». Un jugement superficiel pourrait avoir conclu que ce n’était qu’« un roseau agité par le vent », quand Jean envoyait ses disciples avec une telle question. Mais non, le Seigneur ne le permettra pas. Il maintient l’honneur et l’intégrité de Jean. Il lui avait envoyé une petite réprimande en privé, par le moyen de ses disciples ; mais devant les foules, Il le revêt d’honneur. « Mais qu’êtes-vous allés voir ? Un homme vêtu de vêtements précieux ? ». C’est dans les palais que vous recherchez la grandeur du monde. « Voici, ceux qui portent des choses précieuses sont dans les maisons des rois. Mais qu’êtes-vous allés voir ? Un prophète ? Oui, vous dis-je, et plus qu’un prophète », parce que Jean avait une place et un honneur particuliers, qui n’avaient été accordés à aucun prophète avant lui — d’être le précurseur immédiat du Seigneur, le héraut du Messie Lui-même. Jean n’était pas seulement un prophète, mais les prophètes avaient prophétisé de Jean ; et le Seigneur dit de lui : « En vérité, je vous dis : parmi ceux qui sont nés de femme, il n’en a été suscité aucun de plus grand que Jean le baptiseur ».
Mais remarquez cette parole frappante, dans ce chapitre de transition : « Mais le moindre dans le royaume des cieux est plus grand que lui » (v. 11). Qu’est-ce que cela veut dire ? En disant : « Parmi ceux qui sont nés de femme, il n’en a été suscité aucun de plus grand que Jean le baptiseur », le Seigneur est excepté. Il parle de Jean, non pas en le comparant avec Lui-même, mais avec les autres. Il était le plus grand de ceux nés de femme. « Mais le moindre dans le royaume des cieux est plus grand que lui ». Cela signifie clairement qu’il y avait un nouvel ordre de choses qui commençait, dans lequel les privilèges que la grâce souveraine de Dieu conférerait seraient si grands, que le moindre dans la dispensation qui allait s’ouvrir, serait plus grand que le plus grand de tous dans le passé. Bien entendu, il ne s’agit pas de quoi que ce soit en eux ; la foi d’un faible croyant maintenant n’est pas plus grande que la foi puissante d’un homme dans les temps passés ; et une pauvre âme anxieuse et troublée quant à son acceptation, n’est pas dans un meilleur état que ceux qui pouvaient se réjouir, comme Siméon, en Dieu leur Sauveur. Pourtant, le Seigneur dit que le plus grand de ceux qui sont passés est moins que le moindre maintenant.
« Le royaume des cieux » ne signifie jamais le ciel : ce sont des idées différentes, comme ce sont des expressions différentes. « Le royaume des cieux » signifie toujours ce qui, tout en ayant sa source dans le ciel, a sa sphère sur la terre. Il peut être appliqué, comme c’est souvent le cas, à ce qui a lieu maintenant ; ou, comme quelquefois, à ce qui arrivera quand le Seigneur viendra en gloire, et introduira Sa domination sous une forme visible sur toute la terre. Mais le royaume des cieux suppose toujours la terre comme scène sur laquelle les privilèges du ciel sont manifestés.
Le Seigneur Jésus se voit Lui-même rejeté ; mais Dieu, dans Ses voies et Sa grâce souveraines, fait tourner la réjection de Jésus en l’introduction d’une bénédiction bien supérieure à celle attendue si Jésus avait été reçu. En supposant que le Seigneur ait été accepté par l’homme quand Il est venu, Il aurait béni l’homme et l’aurait conservé en vie sur la terre ; Il aurait lié le diable, et introduit d’innombrables miséricordes pour la création en général. Cependant, qu’aurait été tout cela sans la justification de Dieu à l’égard du péché ? Ni la gloire morale ni l’amour suprême n’auraient été déployés tels qu’ils le sont actuellement. Car qu’est-ce que cela aurait pu être d’autre que l’énergie divine excluant la puissance de Satan ?
Mais la mort de Christ est, en même temps, la profondeur de la méchanceté de l’homme et la hauteur de la bonté de Dieu ; car dans la croix, l’un a prouvé sa haine absolue et son iniquité, l’autre Son amour saint et parfait. C’était l’injustice de l’homme qui L’avait mis là — c’était la grâce de Dieu qui L’y avait amené ; et Christ ressuscité d’entre les morts prend Sa place comme au commencement, la Tête d’une nouvelle création, et la manifeste dans Sa propre personne maintenant à la foi qui est dans ceux qui croient ; Il les met dans cette position de bénédiction alors qu’ils sont encore dans ce monde, luttant avec le diable ; Il verse la joie de la rédemption dans leur cœur, et les remplit de la certitude qu’ils sont nés de Dieu — leurs péchés étant tous pardonnés — et qu’ils attendent seulement qu’Il vienne et couronne l’œuvre de Son amour, quand ils seront ressuscités d’entre les morts et changés en Sa gloire. C’est vrai pour la foi maintenant, et sera bientôt vrai pour la vue ; mais c’est toujours vrai depuis le moment où cela a été introduit. Cela a commencé avec l’ascension de Christ dans le ciel, et se terminera par la descente de Christ du ciel, quand Il introduira cette puissance du royaume sur la terre. Qu’a donc obtenu le moindre croyant maintenant ? Regardez les saints d’autrefois. Jean le baptiseur se reposait sur les promesses. Même lui, tout béni qu’il fût, ne pouvait pas dire : Mes péchés sont ôtés, mes iniquités ont toutes disparu. Avant la mort et la résurrection de Christ, les saints ne pouvaient regarder à l’avenir avec joie et dire : Ce sera assurément béni ! Ils pouvaient être sûrs que c’était l’intention de Dieu ; mais ce n’était pas une chose accomplie. Et, après tout, si vous étiez en prison, vous connaîtriez la différence entre une promesse d’être libéré, et le fait de votre liberté une fois dehors. C’est justement cette différence. L’œuvre de l’expiation est faite, et la conséquence en est que tous ceux qui croient sont maintenant en droit de dire : Le péché n’est plus sur moi en présence de Dieu. Et cela n’est pas vrai de certains chrétiens en particulier, mais de tout chrétien qui prend la place que Dieu lui donne en Christ. Et quel en serait l’effet ? Les chrétiens ne marcheraient plus avec le monde, comme ils le font.
Ce que je trouve donc dans la Parole de Dieu est ceci : il y avait une nouvelle dispensation qui allait s’ouvrir, dans laquelle le moindre est investi de privilèges que le plus grand ne pouvaient posséder avant. Et cela, parce que Dieu accorde une valeur infinie à la mort de Son Fils. Dieu accorde le plus grand honneur possible à la mort de Christ.
Comme un souverain de cette terre accorde un honneur particulier à une époque de joie particulière pour lui-même, la foi peut s’attendre bien davantage encore à ce que Dieu attache une gloire particulière à cette œuvre de Christ par laquelle a été accomplie la rédemption, par la mort et la résurrection de Son Fils.
Maintenant, tout est accompli, et Dieu peut inviter les âmes — non à oublier leurs péchés, ou à en détourner leurs yeux, mais à les regarder de façon juste et complète devant la croix de Christ — Il les invite à dire : « Le sang de Jésus Christ son Fils nous purifie de tout péché ». Sachant cela, nous devons voir combien est entièrement mauvaise la position d’un sacrificateur désormais — un homme mis dans une position pour s’approcher de Dieu pour les autres. Tout chrétien est maintenant un sacrificateur. Tous les chrétiens ne sont pas des ministres. C’est une autre chose. Le ministère et la sacrificature, bien que souvent confondus, sont complètement distincts et différents. C’est un privilège donné de Dieu maintenant, que tout croyant est un sacrificateur de Dieu ; c’est-à-dire, qu’il a le droit de s’approcher dans le lieu très saint, le péché étant jugé, toutes ses iniquités étant ôtées, de sorte qu’il peut être entièrement heureux dans la présence de Dieu, alors qu’il est sur la terre. Tout cela n’est qu’une partie des privilèges du moindre dans le royaume des cieux, désormais. Et rappelez-vous ceci, que toutes les grandes prérogatives du christianisme sont des privilèges communs à tous. Quelqu’un peut prêcher, et un autre non ; mais cela ne veut rien dire quant aux privilèges du royaume. Paul, comme serviteur de Dieu, avait quelque chose que d’autres n’avaient pas : une personne douée peut prêcher même sans la vie divine dans l’âme. Caïphe a pu rendre témoignage, et Balaam aussi, et tous deux déclarer des choses vraies ; et Paul est prêt à prendre une telle position, pour montrer qu’on peut prêcher à d’autres et pourtant, si l’on ne s’inquiète pas de la sainteté, être soi-même un réprouvé. Mais cela n’a rien à voir avec les bénédictions dont j’ai parlé comme étant la portion actuelle des croyants.
Les privilèges du royaume sont désormais l’héritage universel de la famille de la foi ; le moindre d’entre eux est plus grand même que Jean le baptiseur. Une grande incompréhension a été manifestée quant à la signification de ce verset. Il a été enseigné que le moindre dans le royaume des cieux est Jésus Lui-même ! — Jésus, bien sûr, dans Son humiliation, dans Son chemin vers la croix. Mais quelle incompréhension de la pensée de Dieu est manifestée par une telle remarque. Car le royaume des cieux n’était pas encore venu. Il était prêché, mais pas encore réellement établi. Et Jésus, bien loin d’être « le moindre » dans ce royaume, était Lui-même le Roi ; de sorte qu’il serait attentatoire à Sa personne de L’appeler même le plus grand, pour ne rien dire du « moindre » dans le royaume. Ce serait un manque de respect, aussi bien que d’intelligence, de dire qu’Il était même simplement dans le royaume. Il serait plus juste de dire que le royaume était en Lui, à la fois moralement, et dans la puissance divine.
« Si moi », disait-Il aux Juifs, « je chasse les démons par l’Esprit de Dieu, alors le royaume de Dieu est parvenu jusqu’à vous ». Il était arrivé dans Sa personne : Il était le Roi, et Il en avait la puissance. Mais si vous considérez le « royaume des cieux » comme un état de choses introduit dans ce monde, Christ devait d’abord monter au ciel — un Roi rejeté, sans doute, mais toutefois assis comme tel à la droite de Dieu — et à partir de là, le royaume des cieux commençait. Le royaume n’était pas réellement établi jusqu’à ce que Jésus soit monté en haut. Alors il commença, d’abord spirituellement, comme bientôt il brillera en puissance et en gloire. De là, il est clair que dans ce chapitre, nous nous tenons sur les confins de la dispensation passée, et de celle qui allait s’ouvrir. Jean le baptiseur est sur la scène comme le dernier et le plus grand témoin de celle qui allait se terminer. Élie devait venir ; cela avait pu être accompli dans la personne de Jean le baptiseur. Jean faisait l’œuvre morale qui était associée à la mission d’Élie — préparer le chemin pour le Seigneur. Je ne dis pas qu’Élie ne viendra pas une autre fois, mais Jean était alors le témoin du service d’Élie. Il était venu « dans l’esprit et la puissance d’Élie » ; et, comme le dit notre Seigneur un peu après : « Si vous voulez le recevoir, celui-ci est Élie qui doit venir ». Il était tel pour la foi. Comme le royaume des cieux maintenant, c’est un témoignage au royaume à venir quand il sera manifesté en puissance et en gloire. Jean était alors pour la foi ce qu’Élie sera plus tard. Le royaume des cieux est pour la foi maintenant ce que le royaume des cieux sera pour la vue plus tard. Le Seigneur indique qu’une dispensation de foi arrivait, où les promesses ne seraient pas accomplies à la lettre.
Mais tout comme Jean le baptiseur était jeté en prison (une immense épreuve pour un Juif qui regardait à lui comme un grand prophète pour introduire le Messie dans une majesté visible), ainsi Il dit ici : « Qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende ». Cela doit être reçu par l’oreille attentive de la foi. Combien cela a dû paraître extraordinaire aux disciples, que le précurseur du Messie soit en prison, et que le Messie Lui-même, ensuite, soit cloué à la croix ! Mais avant que la gloire extérieure paraisse, la rédemption par la souffrance devait être effectuée. De là vient que le moindre désormais qui a cette bénédiction de la foi, qui jouit de ces privilèges étonnants que le Saint Esprit apporte comme le don de la grâce souveraine de Dieu, est plus grand que Jean le baptiseur. Car c’est l’œuvre, le don et l’ordre de Dieu. C’est Sa joie par Christ de bénir l’homme qui n’a pas le moindre droit sur Lui. Et telle est maintenant Son œuvre. Mais quel en serait l’effet parmi les Juifs ? Notre Seigneur les compare à des gens capricieux qui ne veulent faire ni une chose, ni l’autre. Si la joie est de mise, ils n’ont aucune sympathie pour elle ; ni n’en ont pour la tristesse. Jean le baptiseur les appela à mener deuil : ils n’avaient pas le cœur à cela. Puis vint Jésus, les invitant, en quelque sorte, à se réjouir des bonnes nouvelles d’une grande joie : mais ils ne L’ont pas écouté. Ils n’aimaient aucun des deux : Jean était trop strict, et le Seigneur trop plein de grâce. Ils ne pouvaient supporter ni l’un ni l’autre. La vérité est que l’homme n’aime pas Dieu ; et il n’y a pas de plus grande preuve de son ignorance de lui-même, que le fait qu’il ne le croie pas. Quoi qu’ils puissent prétexter comme abusif dans la marche de Jean le baptiseur, ou de Lui-même, « la sagesse a été justifiée par ses enfants ».
En conséquence, le Seigneur nous montre comment la sagesse a été justifiée, positivement et négativement. « Il commença à adresser des reproches aux villes dans lesquelles le plus grand nombre de ses miracles avaient été faits, parce qu’elles ne s’étaient pas repenties : Malheur à toi, Chorazin ! malheur à toi, Bethsaïda !… Et toi, Capernaüm, qui as été élevée jusqu’au ciel, tu seras abaissée jusque dans le hadès ; car si les miracles, etc. » (v. 20-24). Quoi de plus solennel ! Ils refusaient la voix de la sagesse céleste ; et le résultat doit en être un jugement plus sévère que celui qui avait jadis fait de Sodome le monument de la vengeance de Dieu. Y avait-il un endroit ou une ville dans le pays plus favorisé que tout autre ? C’était bien Capernaüm, où la plupart de Ses miracles avaient été opérés ; et pourtant, cette ville même serait abaissée jusque dans le hadès. Même la ville notoirement dépravée de Sodome n’avait pas fait l’objet d’une sentence aussi redoutable. Le Seigneur visite en jugement seulement quand tous les moyens et les appels à la repentance sont épuisés ; mais quand Il juge, qui peut subsister ? Ainsi la sagesse serait justifiée, dirai-je, par ceux qui ne sont pas ses enfants.
Mais alors, nous avons le côté positif. « En ce temps-là, Jésus répondit et dit : Je te loue, ô Père, Seigneur du ciel et de la terre ». Du « malheur » prononcé, Jésus se tourne et dit : « Je te loue, ô Père ». Non pas que les événements rapportés ici aient eu lieu simultanément. Toute la scène concernant Jean le baptiseur a eu lieu bien avant que le Seigneur fasse allusion aux sages et aux intelligents qui Le rejetaient, et aux petits enfants qui Le recevaient. L’évangile de Luc donne à certaines occasions des marques de temps précises, et montre que la réception par le Seigneur des messagers de Jean avait eu lieu dans une période antérieure de Son ministère, très peu de temps après la guérison de l’esclave du centurion ; alors que Son action de grâces au Père eut lieu après le retour des soixante-dix disciples qui avaient été envoyés comme témoignage final, lesquels ne sont pas mentionnés du tout dans Matthieu. Le Saint Esprit, dans notre évangile, met de côté, en général, les simples successions temporelles, et réunit ensemble des événements séparés, pour illustrer la grande vérité qui était l’objet qu’Il voulait manifester ici, à savoir le vrai Messie, présenté avec les preuves adéquates à Israël, mais rejeté ; et ceci devint, par la grâce de Dieu, l’occasion de meilleures bénédictions que si le Seigneur avait été reçu.
Et tandis que le spectacle solennel de la réjection croissante de l’homme est devant nous, Jésus dit : « Je te loue, ô Père, Seigneur du ciel et de la terre » (les espérances ne sont plus désormais limitées à la terre, mais Dieu est regardé comme le Seigneur du ciel et de la terre — souverain sur toutes choses), « parce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et que tu les as révélées aux petits enfants. Oui, Père, car c’est ce que tu as trouvé bon devant toi. Toutes choses m’ont été livrées par mon Père ». Le trône d’Israël pouvait Lui être refusé ; les Juifs pouvaient Le rejeter, les chefs Le mépriser : tout cela peut bien être, mais quel en est le résultat ? Non seulement ce qui avait été promis à David et Salomon, mais « toutes choses m’ont été livrées par mon Père ». Où de telles pensées avaient-elles été dévoilées auparavant ? Dans les Psaumes, dans les Prophètes, où trouvez-vous quelque chose qui y ressemble ? Le Messie rejeté est refusé par l’homme : Il s’y soumet. Ils Le dépouillent de Ses vêtements de gloire messianique, et qu’en ressort-il ? Il est le Fils du Père, le Fils de Dieu de toute éternité, la personne divine bénie qui peut regarder en haut et dire : « Père ». Refusez-Le dans Sa dignité terrestre, et Il brillera seulement dans Sa dignité céleste ; méprisez-Le comme homme, et Il sera manifestement Dieu.
« Et personne ne connaît le Fils, si ce n’est le Père ; ni personne ne connaît le Père, si ce n’est le Fils, et celui à qui le Fils voudra le révéler » (v. 27). Il révèle maintenant le Père. Ce n’est pas simplement qu’Il est venu pour accomplir les promesses de Dieu, mais Il révèle le Père — amenant les âmes à une connaissance plus profonde de Dieu que tout ce qui était possible auparavant. « Venez à moi, vous tous qui vous fatiguez et qui êtes chargés, et moi, je vous donnerai du repos ». C’est la grâce parfaite : pas de restriction ; pas de Juif placé au premier rang. Mais « venez à moi, vous tous qui vous fatiguez » — Juif ou Gentil, peu importe. Êtes-vous misérable ? Ne pouvez-vous pas trouver de réconfort ? « Venez à moi, vous tous qui vous fatiguez,… et je vous donnerai du repos ». C’est sans condition ni réserve que les nécessiteux vont à Lui. Dans Jean, nous trouvons : « Tout ce que le Père me donne viendra à moi ; et je ne mettrai point dehors celui qui vient à moi ». C’est la preuve du Père qui attire — afin que j’aille à Jésus. C’est le Fils du Père, en Jean ; car on trouve toujours la grâce la plus complète et la plus libre, là où le Fils est manifesté dans toute Sa gloire.
« Prenez mon joug sur vous, et apprenez de moi, car je suis débonnaire et humble de cœur ; et vous trouverez le repos de vos âmes. Car mon joug est aisé et mon fardeau est léger » (v. 29, 30). La grâce ne laisse pas les hommes faire comme ils l’entendent, mais permet au cœur qui la reçoit de désirer la volonté de Dieu. Ainsi, après avoir dit : « Je vous donnerai du repos », notre Seigneur ajoute : « Prenez mon joug sur vous, et apprenez de moi, car je suis débonnaire et humble de cœur ; et vous trouverez le repos de vos âmes ». Remarquez la différence. Au verset 28, c’est : « Venez à moi… et je vous donnerai du repos » — c’est la pure grâce pour l’âme dans le besoin, sans rien d’autre à apporter que ses péchés ; mais en disant : « Prenez mon joug sur vous… et vous trouverez le repos de vos âmes », Il parle de Lui être soumis, et le résultat en est de trouver le repos pour nos âmes. Quand le pécheur va à Jésus dans sa misère, le Sauveur lui donne du repos — « sans argent et sans prix ». Mais si cette âme ne poursuit pas dans le chemin de Christ, elle devient misérable et perd la consolation qu’elle avait au début. Pourquoi ? Parce qu’elle n’a pas pris le joug de Christ sur elle. Les conditions d’après lesquelles le Seigneur donne le repos au pécheur sont : « Venez à moi » simplement tels que vous êtes. Les conditions d’après lesquelles le croyant trouve le repos sont : « Prenez mon joug sur vous, et apprenez de moi ; car je suis débonnaire et humble de cœur ». Le Seigneur conserve Son gouvernement moral sur les siens, et ils sont plus perturbés que les autres, s’ils ne sont pas soumis à Christ ; ils ne peuvent jouir ni de Lui ni du monde. Si j’ai trouvé un tel Sauveur, et que pourtant je ne porte pas Son joug, Dieu ne veux pas que je sois heureux. Toute autre chose est un faux bonheur.