Le chapitre précédent nous a montré Jésus rejeté comme Christ ou Messie, confessé comme le Fils du Dieu vivant, et sur le point de revenir en gloire comme le Fils de l’homme. Mais avec la gloire dans laquelle Il doit venir et récompenser chacun selon ses œuvres, nous avons Ses souffrances : non seulement le rejet, mais Sa mise à mort — ressuscité en effet le troisième jour, mais toujours le Fils de l’homme souffrant, et devant revenir en gloire. À la suite du sujet de la gloire de Son Père, dans laquelle Il déclare qu’Il doit venir avec Ses anges et juger dans Son royaume, nous avons maintenant un tableau qui nous est donné sur la sainte montagne — un tableau frappant à un double point de vue. La gloire du royaume, comme nous l’avons vu, dépend de ce qu’Il est le Fils de l’homme, l’homme exalté qui a souffert autrefois, et dans les mains duquel toute gloire est remise — qui a restauré l’honneur de Dieu à tout prix, et doit donner effet à la bénédiction de l’homme ; qui, en vertu de Ses souffrances, a déjà réduit à néant la puissance de Satan pour ceux qui croient, et qui en fin de compte, quand le royaume sera établi, doit chasser complètement Satan, et introduire ce pour quoi Dieu a attendu — un royaume préparé depuis la fondation du monde. En accord avec cela, « après six jours » (type de la fin du travail ordinaire ici-bas), « Jésus prend avec lui Pierre, et Jacques, et Jean son frère, et les mène à l’écart sur une haute montagne » (v. 1). C’est-à-dire qu’Il prend des témoins choisis ; car c’était seulement un témoignage au royaume — l’exemple de ce à quoi Il faisait référence quand Il disait : « Il y en a quelques-uns de ceux qui sont ici présents, qui ne goûteront point la mort jusqu’à ce qu’ils aient vu le fils de l’homme venant dans son royaume ».
Le point important ici est que le Fils de l’homme vient, plutôt que le royaume lui-même ; et ce qui suit dans notre chapitre n’est qu’une illustration partielle de la gloire du Fils de l’homme rejeté. Toute partielle qu’elle soit, rien ne peut être plus béni, sinon le royaume lui-même ; et la foi nous amène à une réalisation actuelle très réelle de ce qui doit arriver. C’est « l’assurance des choses qu’on espère, et la conviction de celles qu’on ne voit pas ». Le royaume, dont parlait notre Seigneur, n’est bien entendu pas encore arrivé. Quand il est dit : « Si quelqu’un n’est né d’eau et de l’Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu », Il parle d’un royaume dans lequel nous entrons maintenant. Car Jean ne le présente pas comme une chose simplement manifestée extérieurement, mais donne une révélation plus profonde du royaume, qui est vraie maintenant, dans lequel entrent tous ceux qui sont nés de Dieu, et qui doit encore être manifesté dans sa puissance céleste et dans sa puissance terrestre. Mais Matthieu, qui présente le côté juif, ou les prédictions du royaume selon l’Ancien Testament, nous esquisse la présentation du Fils de l’homme venant dans Son royaume.
En conséquent, le Seigneur prend ces disciples « à l’écart sur une haute montagne. Et il fut transfiguré devant eux ; et son visage resplendit comme le soleil, et ses vêtements devinrent blancs comme la lumière ». Le soleil est l’image de la gloire suprême, comme ce qui domine sur le jour. « Et voici, Moïse et Élie leur apparurent, parlant avec lui » — Moïse, par qui la loi avait été donnée, et Élie, le grand exemple des prophètes, qui avait rappelé le peuple à la loi de l’Éternel. Ils étaient comme tels les piliers du système juif, vers qui tout vrai Israélite se tournait avec les plus profonds sentiments de révérence : l’un d’eux distingué comme le seul Juif monté au ciel, sans passer par la mort ; l’autre, de peur qu’il ne devienne un objet d’adoration après sa mort, ayant eu l’honneur particulier d’être enseveli par l’Éternel. Ces deux hommes apparaissent en présence de notre Seigneur. Ils étaient connus comme étant Moïse et Élie : il semble n’y avoir eu aucune difficulté à les reconnaître. Ainsi, dans l’état de résurrection, la distinction des personnes sera entièrement maintenue. Il n’y aura rien de tel qu’une sorte d’uniformité qui efface les particularités de chacun. Quoique les relations terrestres aient alors disparu, et qu’aucun lien terrestre particulier qui lie l’un à l’autre ne subsistera, dans le ciel, pourtant, chacun conservera sa propre individualité — avec cette immense différence, bien sûr, que tous les saints porteront l’image du céleste ; car tandis que dans le corps nous ressemblons tous actuellement à Adam tombé, nous ne sommes toutefois pas tous perdus dans une masse commune indiscernable. Nous avons chacun notre propre caractère et notre propre forme de corps. De même dans la gloire, chacun sera connu pour ce qu’il est. Moïse et Élie sont vus comme glorifiés, mais pourtant toujours comme Moïse et Élie ; et le Seigneur est transfiguré au milieu d’eux. « Et Pierre, répondant, dit à Jésus : Seigneur, il est bon que nous soyons ici ; si tu le veux, faisons ici trois tentes : une pour toi, et une pour Moïse, et une pour Élie » — montrant qu’il savait parfaitement bien qui était qui. « Comme il parlait encore, voici, une nuée lumineuse les couvrit ; et voici une voix de la nuée, disant : Celui-ci est mon fils bien-aimé, en qui j’ai trouvé mon plaisir ; écoutez-le » (v. 4, 5).
Ici, me semble-t-il, se trouve la profondeur de tout le passage. Pierre, voulant rendre honneur à son Maître, mais d’une façon humaine — goûtant encore dans une mesure les choses des hommes et non celles de Dieu — propose de placer son Maître sur un même pied que les chefs de la loi et des prophètes. Mais il ne doit pas en être ainsi. Quel que puisse être l’honneur de Moïse, quelle que puisse être la charge particulière d’Élie, qui et qu’étaient-ils, en présence du Fils de Dieu ? Le Fils ne peut rien faire de Lui-même ; mais le Père aime le Fils. Pierre voudrait Le mettre sur un même niveau avec les hommes les plus honorés ; mais le propos du Père est que tout genou se ploie devant Lui — que tous honorent le Fils, comme ils honorent le Père. L’homme ne le fait jamais, voyant simplement l’homme dans le Fils, ne L’honorant pas comme il convient d’un hommage divin. La foi le fait, car elle voit Dieu dans le Fils, elle entend Dieu en Lui, et elle Le trouve aussi dans Sa relation particulièrement bénie avec le Père. Car si Jésus était saisi comme étant simplement Dieu, et non le Fils, ce serait une révélation incomparablement moins bénie que celle que nous avons réellement. Quant à nous, si nous avions une nature divine sans la relation bénie de fils devant le Père, nous perdrions la partie la plus douce de notre bénédiction. Et ce n’est pas seulement la divinité de Jésus qui doit être reconnue (quoique cela soit à la base de toute vérité), mais la relation éternelle du Fils avec le Père. Il n’était pas seulement Fils dans ce monde : il est très dangereux de limiter ainsi la filiation de Christ, car elle est de toute éternité. On raisonne que, parce qu’Il est appelé Fils, Il doit avoir eu un commencement dans le temps, ultérieurement au Père. De telles argumentations doivent être bannies de l’âme d’un chrétien. La doctrine de l’Écriture ne parle d’aucune priorité de temps. Il est appelé Fils en raison de l’affection et de la proximité intime de la relation. C’est le modèle de la position bénie dans laquelle la grâce nous introduit par l’union avec le Seigneur Jésus Christ. Quoiqu’en Lui, bien sûr, il y ait des hauteurs et des profondeurs ineffables qui vont bien au-delà. Mais si nous demeurons simples à cet égard, nous en recueillerons la plus profonde joie que l’on puisse trouver dans la connaissance du vrai Dieu — et cela, dans Son Fils.
Le Père interrompt alors le discours de Pierre, et répond Lui-même. La nuée lumineuse qui les couvrit, Pierre la connaissait pour être la nuée de la présence de l’Éternel ; et le Père ajoute : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai trouvé mon plaisir ». Ce n’est pas : Voici votre Messie — Il l’était, bien entendu, mais Il introduit la grande révélation de Jésus dans le Nouveau Testament. Il Le révèle comme Son propre Fils bien-aimé, et Son plaisir sans réserve en Lui. « Celui-ci est mon fils bien-aimé, en qui j’ai trouvé mon plaisir ; écoutez-le » — cette dernière déclaration étant aussi de toute importance. Qu’étaient désormais Moïse et Élie ? Ils sont ici entièrement laissés de côté par le Père. Je n’ai pas besoin de dire que tous ceux qui connaissent Jésus comme le Fils de Dieu, sont bien loin de mépriser Moïse et Élie. Ceux qui comprennent la grâce ont un respect pour la loi bien plus profond que l’homme qui mêle la loi et la grâce. Le seul vrai moyen d’apprécier quelque chose qui est de Dieu, est dans la compréhension de Sa grâce. Je ne me comprends pas moi-même, ni Dieu, jusqu’à ce que je connaisse Sa grâce ; et je ne peux connaître Sa grâce, sinon telle que je la vois révélée dans Son Fils. « La loi a été donnée par Moïse ; la grâce et la vérité vinrent par Jésus Christ ». Il était plein de grâce et de vérité.
« Écoutez-le » est la demande du Père. Ce n’est plus : Écoutez Moïse, ou : Écoutez Élie, mais « écoutez-Le ». Pouvait-il y avoir quelque chose de plus surprenant, pour un Juif ? Tout doit faire place au Fils. La dignité des autres n’est pas niée, ni la place qui leur est due amoindrie. Affirmer la gloire du soleil dans les cieux n’est en aucun cas mépriser les étoiles. Dieu a mis Moïse à sa place, et Élie dans une autre, comme Il l’a trouvé bon ; mais qu’étaient-ils comparés à Son Fils ? Combien il est clair et triste que les hommes fassent encore deux tentes — une pour Moïse (si ce n’est pour Élie), et une pour le Seigneur Jésus ! Ils parlent de Dieu comme étant le Dieu immuable : mais Celui qui a ordonné la nuit a fait le jour ; et tout aussi sûrement qu’Il a autrefois prononcé la loi, Il a maintenant envoyé l’évangile. Je vois ici la manifestation de la gloire de Dieu, montrant là une partie de Son caractère, et là une autre.
Cela ne change pas. Dieu nous donne à voir Ses différents attributs, et Sa sagesse variée, et Sa gloire infinie ; mais je dois les voir chacun dans sa propre sphère, et comprendre dans quel but Dieu a donné chacun. Moïse et Élie étaient les deux grands points cardinaux du système juif ; mais désormais, il y en a Un qui éclipse tout ce système — Jésus, le Fils de Dieu ; et en Sa présence, même les représentants de la loi et des prophètes n’ont pas à être écoutés. Il y a une plénitude de vérité qui se manifeste dans le Fils de Dieu ; et si je veux comprendre la pensée de Dieu, pour ce qui me concerne maintenant, je dois L’écouter. C’était très difficile, pour un Juif, d’entrer dans cela, parce que sa religion était basée sur la loi. Maintenant, le bien-aimé Fils de Dieu, en qui le Père Lui-même exprime Sa parfaite satisfaction, est placé devant tous — « Écoutez-Le ».
De même que Jésus est l’objet de l’amour infini du Père, Il est aussi le moyen pour que ce même amour parvienne jusqu’à nous. Si je Le vois être le bien-aimé Fils du Père, mon âme se repose sur Lui et entre en communion avec le Père. « Or notre communion est avec le Père et avec son Fils Jésus Christ ». Qu’est-ce que la communion ? C’est avoir une joie commune dans un objet commun, que nous partageons les uns avec les autres. Nous participons à la joie du Père et du Fils. Le Père m’invite à écouter le Fils, et le Fils révèle le Père. Nous avons communion avec le Père, qui Le montre à nos cœurs comme Celui en qui Il trouve Son plaisir ; nous avons communion avec le Fils, dans la mesure où Il nous fait connaître le Père. Comment connaîtrai-je le Père ? — Comment connaître Ses sentiments ? D’une seule façon : Je regarde à Son Fils, et je vois le Père. Le Fils parle, et j’écoute Sa voix. Je sais comment Il agit ; je connais Son amour — un amour qui peut s’abaisser jusqu’au plus vil. Tel était Christ ; et maintenant, je suis assuré que tel est aussi le Père. Je sais ce qu’est Dieu le Père quand je suis le Fils et que je L’écoute. C’est le Père qu’Il révèle, non Lui-même : le Fils vint pour faire connaître ce qu’est le Père, dans un monde qui ne Le connaissait pas. Même ceux qui avaient la foi, quelles pensées avaient-ils au sujet du Père ? Nous n’avons qu’à considérer les disciples pour voir quelle maigre réponse ils donnaient au cœur du Père. Bien qu’ils soient nés de Dieu, jusqu’à ce moment-là, ils ne savaient pas que le Père se révélait Lui-même en Jésus. Philippe disait : « Montre-nous le Père, et cela nous suffit ». Non pas qu’il ne connaissait pas divinement Jésus comme le Messie ; mais il n’était pas entré dans la bénédiction de ce qu’Il était comme le Fils révélant le Père. Ce fut seulement après que le Saint Esprit fut descendu, après le départ du Fils pour le ciel, qu’ils prirent conscience de la grâce dans laquelle ils se trouvaient. Ainsi l’apôtre Paul dit encore : « Si même nous avons connu Christ selon la chair, toutefois maintenant nous ne le connaissons plus ainsi ». Connaître Christ à la droite de Dieu — apprécier ce qu’Il est là, c’est Le connaître bien mieux que si nous avions entendu chacun de Ses discours et vu chacun de Ses miracles sur la terre. Le Saint Esprit Le fait ressortir plus pleinement à travers Sa Parole. Je ne parle pas là de combien pleinement nous entrons en pratique dans ce que le Saint Esprit enseigne, parce que cela doit dépendre, après tout, et de façon juste, de la mesure de notre spiritualité. Mais le Saint Esprit est ici pour prendre les choses de Christ et nous les montrer — pour faire connaître Sa gloire, et Ses souffrances, comme c’est le plaisir du Père qu’Il soit ainsi connu. Mais il y a bien des choses qu’ils ne pouvaient supporter alors. Quand le Saint Esprit serait venu, Il les conduirait dans toute la vérité.
Tel est le but du Père. Il profite de la gloire de Jésus, manifesté comme Fils de l’homme, pour montrer qu’une gloire encore plus grande s’attache à Lui. Le royaume de Christ ne diminue en rien la gloire de Sa personne ; et c’est en relation avec Sa gloire plus profonde que l’existence de l’Église est dévoilée. Ce fut la confession de Lui comme Fils qui suscita la parole : « Sur ce roc je bâtirai mon assemblée ». C’est le cœur de la révélation du Nouveau Testament — c’est le Père révélant Son Fils, et l’Esprit nous permettant de recevoir ce qu’est le Fils, à la fois comme l’image du Dieu invisible, et comme nous introduisant dans la communion avec le Père. Ce n’est pas Dieu simplement connu comme tel, mais le Père dans le Fils que le Saint Esprit a fait connaître. C’est pourquoi c’est ici, dans un évangile écrit spécialement pour les croyants juifs, que le Saint Esprit souligne particulièrement cela (comparez avec la fin de Matthieu 11).
Les disciples, confondus par ce qu’ils ont entendu, tombent sur leur face et sont saisis de peur. Il n’y avait encore aucune communion avec ces choses. Pour le moment, ils n’y entraient que très peu, bien qu’ils le firent plus tard quand cela leur fut rappelé par l’Esprit de Dieu. « Et Jésus, s’approchant, les toucha et dit : Levez-vous, et n’ayez point de peur. Et eux, levant leurs yeux, ne virent personne que Jésus seul » (v. 7, 8). La vision céleste avait disparu pour un temps : ils étaient sur la montagne, seuls avec Jésus. Quelle joie ! — si cela s’évanouit, Lui demeure !
Reportons-nous juste brièvement au récit de cette scène tel que nous le donnent les autres évangiles. Dans Marc, les mots : « en qui j’ai trouvé mon plaisir », sont omis. Le point mis en évidence, et qui n’est oublié nulle part, est qu’Il était le Fils — dans Marc, comme dans Matthieu (non pas seulement un serviteur, quoique réellement tel) — qui doit être écouté. Mais Matthieu ajoute : « en qui j’ai trouvé mon plaisir ». La satisfaction du Père dans le Fils est donnée comme la raison pour laquelle Il devait être écouté, comme la pleine expression de Sa pensée. En Luc, nous trouvons une autre chose : « Voici, deux hommes, qui étaient Moïse et Élie, parlaient avec lui » (Luc 9, 30). Ils sont appelés là des « hommes », d’une manière distincte — cet évangile ayant été écrit plus particulièrement en vue des hommes en général. Ces hommes « apparaissant en gloire, parlaient de sa mort qu’il allait accomplir à Jérusalem ». C’est le sujet de leur conversation — du plus profond intérêt pour nous tous. La mort et les souffrances de Jésus sont le grand thème de ce dont les hommes dans la gloire parlent avec Jésus, le Fils de Dieu. Et Jérusalem — Jérusalem ! — serait l’endroit de Sa mort, au lieu de L’accueillir pour régner ! Mais nous trouvons ici les tristes traits de la faiblesse humaine : Pierre et ceux qui étaient avec lui étaient accablés de sommeil. Ici de nouveau, nous trouvons l’affection du Père pour Son Fils. Les plus hautes gloires du judaïsme déclinent — le Fils doit être écouté. Les caractères moraux sont mis en évidence tout du long.
Mais, observons-le, Jean laisse complètement de côté la transfiguration ; parce que son œuvre propre était de s’attarder, non sur la manifestation extérieure de Christ au monde comme Fils de l’homme dans Son royaume, mais sur Sa gloire éternelle comme Fils unique de Dieu ; ou, comme il le dit lui-même : « Nous vîmes sa gloire, une gloire comme d’un fils unique de la part du Père ».
En 2 Pierre 1, 16 à 18, nous avons une allusion à cette scène. Il est dit là : « Il reçut de Dieu le Père honneur et gloire » (confirmant la remarque, que cette scène ne nous montre pas tant Sa gloire essentielle, que celle qu’Il a reçue de Dieu le Père) — « lorsqu’une telle voix lui fut adressée par la gloire magnifique » (ou la nuée, qui était le symbole extérieur bien connu de la majesté de l’Éternel), « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai trouvé mon plaisir ». Pierre laisse de côté « Écoutez-le », parce que, la révélation de Jésus ayant été faite, le point qui demeure est le plaisir du Père en Jésus. Je ne prétends pas dire jusqu’où les écrivains inspirés connaissaient toute la pensée de Dieu dans une telle chose : ils écrivaient comme poussés par le Saint Esprit.
Comme les disciples descendaient de la montagne, le Seigneur leur enjoint, disant : « Ne dites à personne la vision, jusqu’à ce que le fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts » (v. 9). Il ne s’agissait plus de témoigner du royaume de Christ. Il était rejeté. La vision était pour les disciples, pour fortifier leur foi en Jésus. Le Seigneur s’occupait des âmes des croyants, non du monde. Il y a toujours un temps où le témoignage extérieur peut s’éteindre. Vous pouvez vous souvenir du temps où Paul sépare les disciples qui étaient à Éphèse de la foule, et les conduisit dans ce qui les concernait plus particulièrement. Pour le moment, jusqu’à ce que l’Esprit Saint soit donné, jusqu’à ce que le Seigneur soit ressuscité d’entre les morts, et que la puissance vienne d’en haut pour faire de ces choses un nouveau point de départ, il était inutile d’en parler davantage.
Puis nous trouvons : « Ses disciples l’interrogèrent, disant : Pourquoi donc les scribes disent-ils qu’il faut qu’Élie vienne premièrement ? Et lui, répondant, leur dit : En effet, Élie vient premièrement, et il rétablira toutes choses ; mais je vous dis qu’Élie est déjà venu, et ils ne l’ont pas reconnu ; mais ils lui ont fait tout ce qu’ils ont voulu » (v. 10-12). Il montre que, pour la foi, Élie était venu. Si la nation avait reçu la parole prêchée par Jean, la mission d’Élie aurait été accomplie, selon la prophétie de Malachie ; mais la nation ayant refusé Jésus aussi bien que Son précurseur, la foi seule pouvait reconnaître le témoignage de Jean le baptiseur comme étant virtuellement celui d’Élie. Cela est en accord avec la déclaration que nous avons en Matthieu 11 : « Si vous voulez recevoir ce que je vous dis, celui-ci est Élie qui doit venir » ; montrant que ce n’était pas réellement et littéralement Élie, mais l’esprit et la puissance d’Élie dans la personne de Jean le baptiseur. Le Messie doit venir en gloire dans l’avenir, et Élie doit venir aussi. Mais le Messie était venu là en faiblesse et dans l’humiliation, et Son précurseur avait été mis à mort. C’était Élie qui était venu dans la personne de Jean le baptiseur souffrant, et son témoignage avait été méprisé. Les disciples sont introduits dans le secret de ces choses : « Élie est déjà venu, et ils ne l’ont pas reconnu ; mais ils lui ont fait tout ce qu’ils ont voulu ; ainsi aussi le fils de l’homme va souffrir de leur part. Alors les disciples comprirent qu’il leur parlait de Jean le baptiseur » (v. 12, 13).
Mais au pied de cette même montagne où Jésus avait manifesté la gloire du royaume, Satan manifestait aussi sa puissance. Il n’était pas encore brisé. Le royaume était seulement une affaire de témoignage. Les disciples n’ont pas su puiser dans les ressources de Christ de quoi vaincre la puissance de l’ennemi. Un homme vient au Seigneur, s’agenouille devant Lui et dit : « Seigneur, aie pitié de mon fils, car il est lunatique et souffre cruellement, car souvent il tombe dans le feu, et souvent dans l’eau » — les épreuves les plus opposées étaient ainsi réunies. « Et je l’ai apporté à tes disciples, et ils n’ont pu le guérir. Et Jésus, répondant, dit : Ô génération incrédule et perverse, jusques à quand serai-je avec vous ; jusques à quand vous supporterai-je ? Amenez-le-moi ici. Et Jésus le tança ; et le démon sortit de lui ; et le jeune garçon fut guéri dès cette heure-là » (v. 15-18). Les disciples désiraient savoir comment se faisait-il qu’ils n’avaient pas pu le chasser, et Il leur dit : « À cause de votre incrédulité ». Il est aussi triste que merveilleux que l’incrédulité soit à la racine des difficultés dans lesquelles Satan s’immisce ; car il a perdu sa puissance sur ceux qui ont la foi. Cet enfant est lunatique et très agité ; mais l’incrédulité est incapable d’utiliser la puissance de Dieu, qui aurait dû agir au commandement des disciples. « Si vous aviez de la foi comme un grain de moutarde, vous diriez à cette montagne : Transporte-toi d’ici là ». La moindre action de la foi dans l’âme est disponible jusqu’à maintenant pour les difficultés actuelles. La puissance du monde, la puissance établie de quoi que ce soit ici-bas, qui est ce que la montagne représente, disparaîtrait complètement devant la foi. « Mais cette sorte ne sort que par la prière et par le jeûne » (v. 20, 21). Il doit y avoir la dépendance envers Dieu, dans la lutte avec la puissance du mal. C’était la gloire morale de Christ et le secret de la force. Supposer la force, du fait de l’association avec Jésus, échoue simplement et tourne à la honte. Il faut aussi être vidé de soi et se renoncer soi-même, pour que Dieu puisse agir. Quand Jésus descend, toute la puissance de Satan est brisée et disparaît.
Puis vient une autre déclaration de Ses souffrances, mais je ne m’attarderai pas dessus maintenant, au-delà de faire remarquer que, comme en Matthieu 16, 21, nous avons Ses souffrances de la part des Juifs (anciens, principaux sacrificateurs et scribes), ainsi ici c’est plutôt le rejet par les Gentils : « Le fils de l’homme va être livré entre les mains des hommes ». Cela vient à la suite de la manifestation de Sa gloire comme Fils de l’homme, alors que l’autre suit la confession de Sa gloire encore plus profonde comme Fils de Dieu.
En conclusion, considérons la merveilleuse leçon dans la pièce de monnaie demandée pour le temple. Pierre répond là avec hâte, selon l’ardeur habituelle de son caractère. Quand le collecteur d’impôt, qui était en lien avec le temple, vint, et que la taxe usuelle fut demandée, Pierre répondit, de façon très hâtive, que bien sûr, son Maître payerait le tribut. Sa pensée ne va pas au-delà de leur position juive. Ce n’était pas que quelque roi de la terre leur demandait là le tribut ; c’était pour le temple de l’Éternel. Et notre Seigneur anticipe ce que Pierre allait dire, quand ils vinrent à la maison, et lui dit : « Que t’en semble, Simon ? Les rois de la terre, de qui reçoivent-ils des tributs ou des impôts, de leurs fils ou des étrangers ? ». Pierre répond assez justement : « Des étrangers ». Alors Jésus lui dit : « Les fils en sont donc exempts ». Rien n’est plus beau que la vérité qui nous est enseignée ici : quelle que soit la gloire du royaume à venir, quelle que soit la puissance de Satan, qui disparaît à la parole de Jésus, quelle que soit la foi qui peut déplacer des montagnes, rien ne peut faire sortir le Fils de Dieu de Sa position de grâce. Il est le Roi, et Pierre un de ces « fils » qui sont libres, et à qui pourtant cette demande a été faite. « Mais, afin que nous ne les scandalisions pas », dit le Seigneur, « va-t’en à la mer, jette un hameçon, et prends le premier poisson qui montera ; et quand tu lui auras ouvert la bouche, tu y trouveras un statère ; prends-le, et donne-le-leur pour moi et pour toi » (v. 27).
C’est la grande merveille en Christ, et la merveille pratique du christianisme, qu’alors même que nous avons conscience de la gloire, et devons traverser le monde comme des fils de la gloire aussi bien que des fils de Dieu, pour cette raison même, le Seigneur nous appelle à être les plus humbles et les plus débonnaires, ne prenant aucune place sur la terre — je ne veux pas dire ne revendiquant aucune place pour Christ, bien entendu. C’est notre affaire de vivre pour Christ et la vérité ; mais quand il s’agit de nous-mêmes, d’accepter d’être foulé aux pieds et considéré comme le rebut du monde. La chair et le sang sont opposés à cela ; mais c’est la puissance de l’Esprit de Dieu s’élevant au-dessus de la nature.
Le Seigneur pourvoit à tous les besoins. Il indique à Pierre comment trouver la pièce de monnaie, et dit : « Prends-la, et donne-la-leur pour moi et pour toi ». Quelle joie que Jésus nous associe avec Lui, et pourvoie à tout ! — que Jésus, qui en cela même montre qu’Il est Dieu le Créateur, avec une connaissance divine et ayant autorité sur les abîmes agités, faisant apporter par un poisson la pièce de monnaie nécessaire pour payer la taxe du temple, nous donne ainsi une place avec Lui, et s’occupe de tous nos besoins ! Rien ne peut nous montrer de manière plus merveilleuse comment, avec la conscience de la gloire, notre position devrait toujours être celle de l’abaissement et de l’humilité de Christ. Quelle bénédiction que le Fils se soit abaissé pour être serviteur, et qu’Il conduise les fils dans le même chemin de grâce !
Que le Seigneur nous accorde de savoir comment concilier ces deux choses. Nous ne pouvons le faire qu’autant que notre œil est fixé sur Christ.