Dans Matthieu 16, nous avons deux sujets en lien avec la révélation de la personne du Seigneur à Simon Pierre : l’un, l’Assemblée, entièrement nouveau, ou divulgué pour la première fois ; l’autre, le sujet familier du royaume des cieux. Nous trouverons, dans le chapitre qui est devant nous, ces deux choses de nouveau réunies — non pas confondues ou identifiées l’une avec l’autre. Nous sommes appelés à voir le royaume et l’Assemblée dans leur portée pratique. Nous avons déjà appris que le Seigneur devait bâtir l’Assemblée. « Sur ce roc » (la confession de Sa personne) « je bâtirai mon assemblée ». Après cela, Il promit de donner les clés du royaume des cieux à Pierre.
Maintenant nous trouvons (en lien, je pense, avec le principe qui Le poussait à agir) la conscience de la gloire, et de l’autorité absolu sur tout ce qu’Il avait fait. Il était le Seigneur du ciel et de la terre — même si, en grâce, Il avait payé le tribut du temple ; car la grâce renonce à ses droits ; du moins, elle ne cherche pas à les revendiquer et à les exercer pour le présent. Et dans la conscience même qu’elle possède toute gloire, elle peut s’incliner dans ce monde mauvais. Mais, alors, observez bien que l’âme ne doit jamais abandonner les droits de Dieu, seulement les siens propres. Nous devons être aussi inflexibles qu’un silex, là où il est question de Dieu. La grâce n’abandonne jamais la vraie sainteté, les droits ou la volonté de Dieu ; de fait, c’est ce qui fortifie l’âme, de les apprécier et d’y marcher. Il y a souvent une difficulté pratique que l’on ne comprend pas. Tandis que nous sommes appelés à marcher dans la grâce, c’est faire un abus de la grâce que de supposer qu’elle soit une permission pour le mal, ou pour l’indifférence à son égard, dans nos relations avec Dieu. La grâce, tandis qu’elle nous rencontre dans notre ruine, nous accorde une puissance que nous n’avions pas auparavant, parce qu’elle révèle Christ, fortifie l’âme, donne une nouvelle vie, et agit sur cette vie de manière à nous faire avancer dans l’obéissance aussi bien que dans la jouissance de Christ. Notre Seigneur montre que cela devrait tout gouverner.
Mais tout d’abord, nous avons l’esprit qui nous convient. « En cette heure-là les disciples vinrent à Jésus, disant : Qui donc est le plus grand dans le royaume des cieux ? ». Cela fournit à notre Seigneur l’occasion d’indiquer l’esprit qui est digne du royaume des cieux : « Jésus, ayant appelé auprès de lui un petit enfant, le plaça au milieu d’eux, et dit : En vérité, je vous dis : si vous ne vous convertissez et ne devenez comme les petits enfants, vous n’entrerez point dans le royaume des cieux » (v. 3). Là, c’est ce qui est opéré dans une âme quand elle est convertie : une nouvelle vie est donnée, à savoir Christ. De là vient qu’il y a bien plus qu’un changement. Ce serait très loin de la vérité, pour un chrétien. Bien sûr, le chrétien est un homme changé ; mais alors, le changement provient de quelque chose d’encore plus profond. Un chrétien est un homme né de nouveau, possédant désormais une vie qu’il n’avait pas auparavant. Je ne veux pas dire simplement qu’il vit d’une nouvelle manière, mais qu’une nouvelle vie lui a été donnée, qu’il ne possédait pas auparavant. C’est de cette manière qu’il devient un petit enfant. Alors, cette nouvelle vie doit être cultivée et fortifiée. Notre vie naturelle, comme homme, se développe, ou bien elle peut être freinée et entravée par diverses circonstances. Il en est de même avec la vie spirituelle.
Notre Seigneur montre ici quel est le caractère moral caractéristique qui convient au royaume des cieux ; et cela, en opposition avec les pensées juives de grandeur. Ils pensaient encore au royaume selon certaines définitions qu’en donnait l’Ancien Testament. Quand David parvint à la royauté, ceux qui le suivaient, qui avaient été fidèles avant, furent exaltés selon leur dignité précédente. Vous avez les trois grands chefs, et puis trente autres hommes forts, et ainsi de suite ; chacun d’eux ayant sa place déterminée par la manière selon laquelle il s’était conduit au jour de l’épreuve. Les disciples vinrent au Seigneur avec des pensées similaires, pleins de ce qu’ils avaient fait et souffert. Le même esprit se manifeste en de nombreuses occasions, et même au dernier souper. Ici, notre Seigneur l’utilise pour montrer que l’esprit qu’Il aime dans Ses disciples, c’est de n’être rien — d’être sans une pensée pour soi, dans un esprit d’abaissement, de dépendance et de confiance, qui ne pense pas à lui-même. C’est le sentiment naturel d’un petit enfant. Dans l’enfant spirituel, cet oubli de soi est exactement le sentiment qui convient. Le petit enfant est le témoin manifeste de la vraie grandeur dans le royaume des cieux. Cela était pleinement montré dans notre Seigneur Lui-même. La merveille était que Lui qui connaissait toutes choses, qui avait toute puissance et tout pouvoir, pouvait prendre la place d’un petit enfant ; et c’est ce qu’Il fit. Et, en effet, vous pouvez être assuré que la petitesse d’un enfant n’est en rien incompatible avec une personne profondément enseignée dans les choses de Dieu. Il ne s’agit pas d’un abaissement qui se manifeste lui-même dans des phrases ou dans des formes, mais de la réalité de la douceur qui ne se confie pas en soi, mais dans le Dieu vivant ; et cela, avec le respect envers ceux qui l’entourent, comme Dieu aime qu’il y ait. L’humilité parfaite était tout aussi bien un caractère de notre Seigneur Jésus que la conscience de Sa gloire. Les deux choses peuvent très bien aller ensemble ; et vous ne pouvez pas réaliser l’humilité chrétienne sans qu’il y ait conscience de la gloire. Nous comporter nous-mêmes humblement, comme enfants de Dieu, est la magnifique chose que le Seigneur place ici devant nous.
« Quiconque donc s’abaissera comme ce petit enfant, celui-là est le plus grand dans le royaume des cieux » (v. 4). Ce n’est pas simplement devenir comme un petit enfant en tant que né de Dieu, mais il y a une humiliation pratique de nous-mêmes. Et non seulement l’humiliation de nous-mêmes, mais ce que nous ressentons envers les autres : « Quiconque reçoit un seul petit enfant tel que celui-ci en mon nom, me reçoit ». Quelle que puisse être l’abaissement d’un chrétien, il devrait être considéré avec toute la gloire de Christ, ce que veut dire le fait de le recevoir au nom de Christ. C’est une personne qui ne défend pas ses droits, ni n’affirme sa propre gloire, mais qui est prête à s’incliner et à faire place à toute autre, tout en étant consciente de la gloire qui repose sur elle. Il peut y avoir tout l’opposé de cela — « quiconque est une occasion de chute pour un de ces petits qui croient en moi ». Que veut dire ceci ? Quelque chose qui est calculé pour ébranler leur confiance en Christ, pour mettre une pierre d’achoppement sur leur chemin. Il ne s’agit pas de ce qui peut être dit dans un amour fidèle pour leur âme. On peut s’en offusquer ; mais ce n’est pas de cela dont il est parlé ici. C’est ce qui tend à ébranler la confiance des petits en Dieu Lui-même. « Quiconque est une occasion de chute pour un de ces petits qui croient en moi, il serait avantageux pour lui qu’on lui eût pendu au cou une meule d’âne et qu’il eût été noyé dans les profondeurs de la mer ». Ces choses se produisent continuellement, dans le monde. C’est pourquoi, dit le Seigneur, « Malheur au monde à cause des occasions de chute ! car il est nécessaire qu’il arrive des occasions de chute ; mais malheur à cet homme par qui l’occasion de chute arrive ». Que faut-il faire ? Le Seigneur montre de deux manières le chemin pour se garder de ces pierres d’achoppement. La première, c’est que je dois commencer par moi-même. C’est le moyen le plus important pour ne pas faire broncher les autres. « Et si ta main ou ton pied est pour toi une occasion de chute, coupe-les et jette-les loin de toi ». Ce peut être dans le service ou la marche de quelqu’un ; mais si la main ou le pied deviennent une occasion de chute (quelque chose dont l’ennemi tire avantage contre Dieu), il faut traiter immédiatement et résolument la chose mauvaise. « Il vaut mieux pour toi d’entrer dans la vie boiteux ou estropié, que d’avoir deux mains ou deux pieds, et d’être jeté dans le feu éternel » (v. 6-8).
Le Seigneur place toujours le plein résultat du mal devant l’âme. En parlant du royaume des cieux, Il prend en compte qu’il peut y avoir en lui des personnes aussi bien fausses que vraies. C’est pourquoi Il parle d’une façon générale. Il ne se prononce pas sur eux ; car certains pouvaient être vraiment nés de Dieu, et d’autres non. Le Seigneur place solennellement devant eux que ceux qui sont ainsi indifférents à l’égard du péché ne sont pas de Dieu. Il est impossible qu’une âme soit régénérée et négligente de façon habituelle à l’égard de ce qui attriste le Saint Esprit. C’est pourquoi Il met devant eux la certitude que de tels seront jetés dans le feu éternel. Cela ne pourrait être dit de nul qui est né de Dieu. Mais comme il peut y avoir, dans le royaume des cieux, une fausse profession aussi bien qu’une vraie, le croyant doit bien faire attention à cela, afin de ne pas permettre de péché dans aucun de ses membres. « Et si ton œil est pour toi une occasion de chute, arrache-le et jette-le loin de toi ; car il vaut mieux pour toi d’entrer dans la vie n’ayant qu’un œil, que d’avoir deux yeux, et d’être jeté dans la géhenne du feu ». Cela peut coûter très cher, mais Dieu n’est pas un Maître dur ; aucun n’est si tendre et si aimant. Et pourtant, c’est Dieu nous donnant Sa pensée par le Seigneur Jésus, nous montrant que c’est la seule manière de traiter ce qui peut devenir une occasion de péché (comp. Éph. 5, 5-6).
La première grande source d’offense pour les autres, et qui doit être supprimée en premier lieu, est ce qui est une pierre d’achoppement pour notre propre âme. Nous devons commencer par le jugement de nous-mêmes. Mais il y a aussi le mépris de ces petits qui appartiennent à Dieu. « Prenez garde », dit notre Seigneur, « de ne pas mépriser un de ces petits ; car je vous dis que, dans les cieux, leurs anges voient continuellement la face de mon Père qui est dans les cieux.[14] Car le fils de l’homme est venu pour sauver ce qui était perdu » (v. 10, 11). Parole magnifique, d’autant plus qu’elle est énoncée de façon très générale par notre Seigneur, de manière à englober littéralement un petit enfant, aussi bien que les petits qui croient en Lui. Je crois que ce chapitre a pour but de donner un encouragement touchant ces petits. L’argument que présente notre Seigneur est, non pas qu’ils étaient innocents (ce qui est la manière de parler si fréquente parmi les hommes), mais que le Fils de l’homme est venu sauver ce qui était perdu. Cela suppose la tache du péché, mais que le Fils de l’homme est venu pour y répondre : de sorte que nous avons le droit d’avoir confiance dans le Seigneur, non seulement pour nos propres âmes, mais aussi pour celles des petits.
Mais notre Seigneur va plus loin. « Que vous en semble ? Si un homme a cent brebis, et que l’une d’elles se soit égarée, ne laisse-t-il pas les quatre-vingt-dix-neuf sur les montagnes, pour s’en aller chercher celle qui s’est égarée ? Et s’il arrive qu’il la trouve, — en vérité, je vous dis qu’il a plus de joie de celle-là que des quatre-vingt-dix-neuf qui ne se sont pas égarées. Ainsi, ce n’est pas la volonté de votre Père qui est dans les cieux, qu’un seul de ces petits périsse » (v. 12-14). Sans aucun doute, nous pouvons embrasser tous ceux qui sont sauvés, sur le même principe. L’évangile de Luc nous montre (Luc 15) cette même parabole appliquée à tout pécheur. Mais ici, le Seigneur la donne en lien avec ce qui précède, à savoir, les sentiments justes pour quelqu’un qui appartient au royaume des cieux. En partant d’un petit enfant qu’Il plaça au milieu d’eux, Il poursuit la pensée du petit enfant tout au long de cette partie de Son discours. Et maintenant, Il l’achève avec la preuve, dans Sa propre mission, de l’intérêt que le Père prend dans ces petits.
Le Seigneur applique alors cela notre conduite pratique. Supposez que votre frère vous fasse du mal ; une parole mauvaise, peut-être, ou une méchante action faite contre vous — quelque chose que vous sentez profondément comme une véritable atteinte personnelle contre vous ; c’est un péché, bien sûr. Personne ne le connaît, probablement, sauf lui-même et vous. Que devez-vous faire ? Immédiatement, ce même principe est appliqué : Quand vous étiez ruiné et loin de Dieu, qu’est-ce qui a répondu à votre cas ? Dieu a-t-Il attendu jusqu’à ce que vous vous débarrassiez de votre péché ? Il a envoyé Son propre Fils pour vous chercher, pour vous sauver. « Le fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu ». Voilà le principe selon lequel vous devez agir. Vous appartenez à Dieu ; vous êtes un enfant de Dieu. Votre frère vous a fait du tort ? Allez vers lui, et cherchez à le remettre dans le droit chemin. C’est l’activité de l’amour que le Seigneur préconise à Ses disciples. Nous avons à chercher la délivrance, dans la puissance de l’amour divin, de ceux qui ont erré loin de Dieu. La chair ressent et est irritée par le mal fait contre elle-même. Mais la grâce ne se drape pas dans sa propre dignité, attendant que celui qui a fait l’offense vienne et s’humilie et reconnaisse son tort. Le Fils de l’homme est venu chercher ceux qui étaient perdus. Il dit : Je veux que vous marchiez selon le même principe, pour être des vases du même amour — pour être caractérisés par la grâce, allant après ceux qui ont péché contre Dieu. C’est une grande difficulté, à moins que l’âme ne soit rafraîchie dans l’amour de Dieu, et jouisse de ce que Dieu est pour elle. Qu’est-ce que Dieu ressent à l’égard de l’enfant qui a mal agi ? Son désir d’amour est de le remettre dans le droit chemin. Quand l’enfant est assez près pour connaître le cœur du Père, il sort pour faire la volonté du Père. Un mal peut avoir été fait à son encontre, mais il ne pense pas à cela. C’est son frère qui a glissé dans le mal, et le désir de son cœur est que son frère qui s’est égaré soit redressé — non pour se justifier soi-même, mais pour que son âme soit restaurée pour le Seigneur.
« Et si ton frère pèche contre toi, va, reprends-le, entre toi et lui seul » (v. 15). Il ne s’agit pas ici d’un péché connu de beaucoup, mais quelque atteinte personnelle connue seulement de vous deux. Va donc vers lui, et parle-lui de sa faute, entre toi et lui seul. « S’il t’écoute, tu as gagné ton frère ». L’amour cherche à gagner son frère. Il en est ainsi pour celui qui comprend et ressent avec Christ. Ce n’est pas celui qui a offensé, mais ton frère, qui est la pensée devant le cœur : « tu as gagné ton frère »[15].
« Mais s’il ne t’écoute pas, prends avec toi encore une ou deux personnes, afin que par la bouche de deux ou de trois témoins toute parole soit établie ». Est-il possible qu’il résiste à un ou deux qui viennent à lui, témoins de l’amour de Christ ? Il a refusé Christ plaidé par un seul ; peut-il refuser Christ maintenant qu’Il est plaidé par davantage ? Ce peut être le cas, hélas. « Et s’il ne veut pas les écouter, dis-le à l’assemblée ». L’Assemblée signifie l’assemblée de Dieu à l’endroit où tous se trouvent. « Et s’il ne veut pas les écouter, dis-le à l’assemblée ; et s’il ne veut pas écouter l’assemblée non plus, qu’il te soit comme un homme des nations et comme un publicain » (v. 17). L’assemblée est donc mise au courant de la faute du coupable. La chose a été investiguée et insistée auprès de lui. L’assemblée avertit et implore cet homme, mais il refuse d’écouter ; et la conséquence en est — « qu’il te soit comme un homme des nations et comme un publicain ». Résultat des plus solennels ! Un homme qui est appelé un frère au verset précédent, est pour moi comme un homme des nations et un publicain, désormais. Nous ne devons pas supposer que l’homme est un ivrogne ou un voleur, mais quelqu’un qui montre la dureté de la propre volonté et un esprit de propre justification. Ce peut être le résultat de petites circonstances ; mais cet orgueil inébranlable quant à lui-même et sa propre faute est ce pour quoi il doit, selon le Seigneur, être considéré comme un homme des nations et un publicain — ne plus le reconnaître dans son état d’impénitence. Et pourtant, cela peut provenir essentiellement de la pensée de se justifier soi-même. Dans le cas d’un péché manifeste ou d’une méchanceté, le devoir de l’assemblée est clair : la personne est mise dehors. Mais dans un tel cas, il n’y a pas de raison pour que un aille, puis un ou deux de plus. Mais le Seigneur montre ici comment la fin de cette atteinte personnelle peut être que l’assemblée doive finalement en entendre parler — et cela peut déboucher sur quelque chose de supplémentaire.
« En vérité, je vous dis : Tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel ». Ce n’est pas une simple question d’accord, mais de ce qui est fait au nom du Seigneur (voir 1 Cor. 5, 4). « Tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel. Je vous dis encore que si deux d’entre vous sont d’accord sur la terre pour une chose quelconque, quelle que soit la chose qu’ils demanderont, elle sera faite pour eux par mon Père qui est dans les cieux ; car là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis là au milieu d’eux ». Que ce soit pour la discipline ou pour adresser des requêtes à Dieu, le Seigneur pose ce grand principe, que là où deux ou trois sont assemblés en Son nom, Il se trouve au milieu d’eux. Rien ne peut être plus doux ou plus encourageant. Et je suis persuadé que le Seigneur avait en vue la ruine actuelle de l’Église, où il peut n’y en avoir que si peu réunis correctement, assemblés en obéissance à la Parole de Dieu, et l’exécutant selon la volonté du Seigneur Jésus Christ.
Mais quelqu’un pourrait demander : Y a-t-il quelqu’un sur ce terrain ? Je peux seulement dire que les chrétiens qui s’appuient sur les Écritures, reconnaissant la présence fidèle de l’Esprit dans l’Assemblée sur la terre, se donnent beaucoup de mal pour une illusion, s’ils n’y sont pas. Ils sont complètement fous en agissant comme ils le font, à moins d’être sûrs que cela est selon la pensée de Dieu. Devriez-vous avoir davantage de doutes sur la manière dont les chrétiens doivent se réunir pour l’adoration ou l’édification mutuelle, que pour toute autre direction dans la Parole de Dieu ? Si nous ne sommes pas retenus par des règles humaines, si la Parole de Dieu seule est suivie, il y a une entière liberté pour exécuter ses directives. Mais tout en parlant ainsi avec confiance, ne devrions-nous pas, d’un autre côté, prendre une position très humble ? Quand des membres du corps de Christ sont dispersés ici et là, seule l’humiliation nous convient ; non seulement à cause du chemin des autres, mais du nôtre. Car qu’avons-nous été pour Christ et pour l’Assemblée ? Il serait très mauvais de nous appeler nous-mêmes l’Assemblée ; mais si nous n’étions que deux ou trois à nous réunir au nom de Christ, nous aurions la même sanction et la présence de Christ, que si nous avions les douze apôtres avec nous. Si, par incrédulité et faiblesse, l’Église dans son ensemble a été brisée et dispersée, et si, dans toute cette confusion, il n’y en avait que deux ou trois qui aient la foi pour agir selon la volonté du Seigneur, pour eux, la parole demeurerait vraie : « Là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis là au milieu d’eux ». C’est la présence de Christ et Lui obéir qui donne la sanction à leurs actes. Si l’Église est tombée en ruine, l’affaire de ceux qui ressentent cela est de se séparer du mal connu — « Cessez de mal faire ; apprenez à bien faire ». Nous avons toujours à revenir aux principes du commencement, quand les choses se perdent. C’est l’obligation d’un homme chrétien.
Pierre demande alors à notre Seigneur : « Combien de fois mon frère péchera-t-il contre moi, et lui pardonnerai-je ? Sera-ce jusqu’à sept fois ? » (v. 21). Nous avons eu l’instruction sur comment nous devons agir en cas d’atteinte personnelle. Mais Pierre soulève une autre question. En supposant que mon frère pèche contre moi encore et encore, combien de fois dois-je lui pardonner ? La réponse est : « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois ». Dans le royaume des cieux — non pas sous la loi, mais sous la règle d’un Christ rejeté — le pardon est illimité. Quelle merveille — la plus profonde sainteté révélée dans le christianisme est en même temps ce qui a le sentiment d’amour le plus profond, et sors avec vers les autres ! Ainsi, nous trouvons ici : « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois », ce qui était pour Pierre l’idée de la grâce la plus étendue, « mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois ». Notre Seigneur insiste sur le fait qu’il n’y a en réalité pas de limite au pardon. Il doit toujours se trouver dans le cœur du chrétien.
« C’est pourquoi le royaume des cieux a été fait semblable à un roi qui voulut compter avec ses esclaves » (v. 23). Et alors, deux esclaves sont placés devant nous. Le roi pardonne à l’un d’eux qui avait été très coupable (qui lui devait dix mille talents — en pratique, une dette qui ne pourrait jamais être payée par un esclave). Sur sa requête, le roi lui pardonne. L’esclave sort alors et rencontre un qui était esclave avec lui et qui lui devait cent deniers — une petite somme, de fait, en comparaison de ce qui venait juste de lui être pardonné. Pourtant, il saisit son compagnon d’esclavage à la gorge, disant : « Paye-moi ce que tu me dois ». Et le roi, entendant cela, convoque le coupable devant lui. Qu’est-ce qui nous est enseigné par cela ? C’est une similitude du royaume des cieux, et qui se rapporte à un état de choses établi ici-bas par la volonté de Dieu. Alors que nous pouvons — et devons — nous appliquer ce principe, il est enseigné bien plus que cela[16]. Pris comme ensemble, l’esclave qui doit les dix mille talents représente les Juifs, particulièrement favorisés de Dieu, et qui avaient pourtant contracté une énorme dette, qu’ils ne pourraient jamais payer. Quand ils eurent complété cette dette par la mort de leur Messie, un message de pardon leur fut envoyé — « Repentez-vous donc et vous convertissez, pour que vos péchés soient effacés ». C’est tout ce qu’ils avaient à faire, et leurs péchés seraient effacés : Dieu enverrait de nouveau le Messie, et introduirait les temps de rafraîchissement. Le Saint Esprit, répondant à la prière de notre Seigneur sur la croix, utilise Pierre pour leur dire : « Frères, je sais que vous l’avez fait par ignorance, de même que vos chefs aussi… Repentez-vous donc et vous convertissez, pour que vos péchés soient effacés », tout comme le Seigneur avait dit : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font ». Ainsi, l’esclave avait entendu la voix du pardon qui lui était adressée, sans pourtant vraiment la saisir. Il sort et jette en prison un compagnon d’esclavage pour une très petite dette. C’est la manière selon laquelle les Juifs ont agi envers les Gentils. Et ainsi, toute la dette que Dieu leur avait pardonnée leur devint attachée. Le maître dit à l’esclave : « Méchant esclave, je t’ai remis toute cette dette, parce que tu m’en as supplié ; n’aurais-tu pas dû aussi avoir pitié de celui qui est esclave avec toi, comme moi aussi j’ai eu pitié de toi ? Et son seigneur, étant en colère, le livra aux bourreaux, jusqu’à ce qu’il eût payé tout ce qui lui était dû » (v. 32-34).
Je ne doute pas que vous puissiez appliquer cela à un individu qui a entendu l’évangile, et qui n’agit pas en accord avec lui. Le principe en est vrai aujourd’hui de tout simple professant de l’évangile de nos jours, qui agit comme un homme du monde. Mais en le considérant sur un plan plus large, vous devez introduire les voies de Dieu avec les Juifs. Le jour vient où le Seigneur dira que Jérusalem a reçu de Sa main le double pour tous ses péchés. Il leur appliquera le sang de Christ, qui peut peser bien davantage que les dix mille talents. Mais la génération incrédule d’Israël est jetée en prison, et ne sortira jamais ; le résidu, lui, sortira, par la grâce de Dieu ; et le Seigneur fera du résidu une nation forte.
En attendant, pour nous, le grand principe du pardon est ce dont nous avons à nous souvenir. Nous avons particulièrement à le rappeler à nos âmes dans le cas de quelque chose qui est contre nous. Que nous puissions immédiatement regarder fermement à ce que notre Dieu et Père a fait pour nous ! Si nous pouvons, en présence d’une telle grâce, être durs pour quelque chose insignifiante contre nous, considérons comment le Seigneur juge ici.
Que le Seigneur nous accorde que Ses paroles ne soient pas vaines pour nous, afin que nous puissions chercher à nous souvenir de la grâce surabondante qui a abondé en faveur de notre âme, et à ce que Dieu attend de nous !