Chapitre 19

Nous avons eu l’annonce du royaume des cieux, puis de l’Assemblée. Nous les avons vus comme distincts, quoique reliés, en Matthieu 16 ; puis, en Matthieu 18, les voies pratiques qui leur conviennent. Il était aussi nécessaire de faire ressortir la relation entre le royaume des cieux et l’ordre de Dieu dans l’état naturel. Les relations que Dieu a établies dans l’état naturel sont entièrement à part de la nouvelle création, et se poursuivent quand une âme entre dans la nouvelle création. Le croyant est encore un homme ici-bas, bien que comme chrétien, il soit appelé, non pas à agir sur des principes humains, mais à faire la volonté de Dieu. Il était donc de la plus haute importance de savoir si les choses nouvelles affectaient la reconnaissance de ce qui avait été déjà établi dans l’état naturel. Par conséquent, ce chapitre révèle dans une grande mesure les relations mutuelles entre ce qui est de la grâce et ce qui est de l’état naturel. J’utilise, bien entendu, le terme « état naturel », non pas dans le sens de « la chair », qui exprime le principe et l’exercice de la volonté propre, mais de ce que Dieu avait ordonné dans ce monde avant que le péché y entre, et qui a survécu à la ruine. Ce n’est que l’homme qui comprend la grâce, qui peut entrer et reconnaître pleinement l’ordre naturel extérieur dans le monde. La grâce ne conduit jamais quelqu’un à manquer de respect à ce que Dieu a introduit, peu importe ce que c’est. Prenez par exemple la loi ; quelle profonde erreur de supposer que l’évangile affaiblit ou annule la loi de Dieu ! Au contraire, comme l’apôtre Paul l’enseigne en Romains 3, par la foi, « nous établissons la loi ». Si je suis sur un terrain légal, il y a de la terreur, de l’anxiété, des ténèbres ; la crainte de rencontrer Dieu comme un juge : la loi maintient toutes ces pensées aussi longtemps que je suis là, et de façon très juste. C’est pourquoi c’est seulement celui qui sait qu’il est sauvé par grâce, élevé au-dessus de la région où la loi applique ses coups mortels, qui peut la considérer avec gravité, quoique en paix, et reconnaître sa puissance, parce qu’il est en Christ, au-dessus de toute condamnation. Un croyant peut le faire, justement parce qu’il n’est pas sous la loi ; car « tous ceux qui sont sur le principe des œuvres de loi sont sous malédiction ». S’il était sous la loi, même quant à sa marche et à sa communion, et non pas dans sa position devant Dieu, il doit être misérable ; et d’autant plus, en proportion qu’il est honnête vis-à-vis de la loi. La tentative d’être heureux sous la loi est une lutte des plus douloureuses, avec le danger aussi de nous tromper nous-mêmes et les autres. La grâce délivre l’âme de tout cela, la plaçant sur un nouveau terrain. Mais le croyant peut regarder avec délices et voir la sagesse et la sainteté de Dieu qui brillent dans chacune de ses dispositions et dans tout Son gouvernement moral. La loi, en effet, est un témoignage à ce que Dieu interdit ou désire, mais n’est pas la révélation de ce qu’Il est. Cela, vous ne pouvez le trouver en dehors de Christ. Cependant, la loi pose la norme de ce que Dieu exige de l’homme. Elle montre Son intolérance du mal, et le jugement nécessaire de ceux qui le pratiquent. Mais nous serions impuissants et désespérément misérables, si c’était là tout ; et c’est seulement quand l’âme s’est saisie de la grâce de Dieu, qu’elle peut prendre plaisir à Ses voies.

Ce chapitre étudie donc les relations de l’état naturel à la lumière du royaume. La première de ces relations, et la plus fondamentale, est celle du mariage. « Les pharisiens vinrent à lui, l’éprouvant et lui disant : Est-il permis à un homme de répudier sa femme pour quelque cause que ce soit ? » (v. 3). Vous avez là la conduite de ceux qui sont sur un terrain légal. Il n’y a en réalité aucun respect pour Dieu, ni aucune véritable considération pour Sa loi. Le Seigneur justifie immédiatement l’institution et la sainteté du mariage d’après l’Écriture : « N’avez-vous pas lu que celui qui les a faits, dès le commencement les a faits mâle et femelle ? » (v. 4). C’est-à-dire qu’Il montre que ce n’est pas une simple question de ce qui a été introduit par la loi, mais Il remonte aux sources. Dieu l’avait établi au commencement ; et, loin de dissoudre le lien comme le font les hommes, Il en a fait un couple unique, et donc étant seulement l’un pour l’autre. Toutes les autres relations étaient moindres, en comparaison de ce lien le plus étroit — qui est même une union. « C’est pourquoi, l’homme laissera son père et sa mère et sera uni à sa femme ; et les deux seront une seule chair ». Après la relation du mariage, on trouve le lien entre un enfant et ses parents. Il est impossible d’exagérer l’importance du mariage, comme institution naturelle. Qui voudrait parler d’un enfant quittant son père et sa mère pour quelque cause que ce soit ? Les pharisiens même n’auraient pas pensé à une telle chose. « Ce donc que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas ». Leur réponse était prête : « Pourquoi donc Moïse a-t-il commandé de donner une lettre de divorce, et de la répudier ? » (v. 7). Il n’y avait en réalité pas de tel commandement : un divorce était seulement permis.

Notre Seigneur souligne parfaitement la différence. Moïse a souffert certaines choses qui n’étaient pas selon l’intention typique originelle de Dieu. Il ne faut pas s’en étonner, car la loi n’a rien amené à la perfection. Elle était bonne en elle-même, mais elle ne pouvait communiquer la bonté. La loi pouvait être parfaite dans son objet propre, mais elle ne rendait rien parfait, et ce n’était pas non plus l’intention de Dieu qu’elle le fasse. Mais plus que cela : il y avait certaines concessions contenues dans la loi qui n’exprimaient pas du tout la pensée divine ; car Dieu avait affaire, en elle, avec un peuple selon la chair. La loi ne considère pas un homme comme né de Dieu ; mais le christianisme le fait. Les hommes de foi, pendant l’économie de la loi, étaient bien entendu nés de Dieu. Mais la loi elle-même ne trace pas de ligne entre les régénérés et les irrégénérés ; elle s’adresse à tout Israël, et non aux croyants seulement ; c’est pourquoi elle a souffert certaines choses, à cause de la dureté de leurs cœurs. De sorte que notre Seigneur, tout en montrant une certaine considération pour la condition d’Israël dans la chair, justifiait en même temps la loi de Dieu contre les déductions corrompues de ces pharisiens égoïstes. « Au commencement il n’en était pas ainsi. Et je vous dis que quiconque répudiera sa femme, non pour cause de fornication, et en épousera une autre, commet adultère ; et celui qui épouse une femme répudiée, commet adultère » (v. 8, 9). Notre Seigneur ajoute ici ce qui ne se trouvait pas dans la loi, et manifeste la pensée complète de Dieu touchant cette relation. Il n’y a qu’un seul cas pour lequel elle puisse être justement dissoute ; ou plutôt, le mariage doit être moralement dissous, afin qu’il y soit mis un terme de fait. Dans un cas de fornication, le lien a complètement disparu devant Dieu ; et le divorce proclame simplement devant les hommes ce qui a déjà eu lieu sous le regard de Dieu. Tout est rendu parfaitement clair. La justice de la loi est établie aussi loin que possible, mais elle s’arrête avant la perfection, en admettant dans certains cas un mal moindre pour en éviter un plus grand. Notre Seigneur fournit la vérité nécessaire — revenant jusqu’au commencement même, et aussi jusqu’à la fin.

C’est ainsi que Christ, la vraie lumière, introduit, seul et comme toujours, la parfaite pensée divine, suppléant à toutes les déficiences, et amenant tout à la perfection. C’est le but, le travail et l’effet de la grâce. Toutefois, « Ses disciples lui disent : Si telle est la condition de l’homme à l’égard de la femme, il ne convient pas de se marier » (v. 10). Hélas ! quel égoïsme du cœur, même chez les disciples. C’était tellement une habitude alors de renvoyer sa femme pour un petit désagrément, etc., qu’ils étaient choqués d’entendre le Seigneur insister sur l’indissolubilité du lien du mariage.

Mais, dit le Seigneur, « tous ne reçoivent pas cette parole, mais ceux à qui il est donné ; car il y a des eunuques qui sont nés tels dès le ventre de leur mère ; et il y a des eunuques qui ont été faits eunuques par les hommes ; et il y a des eunuques qui se sont faits eux-mêmes eunuques pour le royaume des cieux. Que celui qui peut le recevoir, le reçoive » (v. 11, 12). Là, je comprends que, tout en maintenant l’institution du mariage selon la nature, le Seigneur montre qu’il y a une puissance de Dieu qui peut élever au-dessus. L’apôtre Paul agissait dans l’esprit de ce verset, quand il nous donne son propre jugement comme quelqu’un qui « a reçu miséricorde du Seigneur pour être fidèle » (1 Cor. 7, 25). Sans aucun doute, il était appelé à une œuvre remarquable, qui aurait rendu très difficile l’attention due aux relations familiales. Ses activités l’ont conduit partout. Partout où il y avait des assemblées dont prendre soin, partout où des âmes criaient : Passe et aide-nous — et bien au-delà des appels des saints ou des hommes, le Saint Esprit plaçant cela sur son cœur dévoué. Avec une femme ou une famille dont il fallait prendre soin, l’œuvre du Seigneur n’aurait pas pu être si complètement faite. De là le jugement sage et plein de grâce de l’apôtre, donné non pas comme un commandement, mais laissé à l’estimation de l’esprit spirituel. La dernière des trois classes, dans le verset, est exprimée de façon figurée : elle signifie simplement vivre non marié pour la gloire de Dieu. Mais remarquez que c’est un don, non pas une loi, encore moins une caste. Seuls ceux « à qui cela est donné » le reçoivent. C’est indiqué comme un privilège. Alors que l’apôtre insiste sur l’honorabilité du mariage, il est le dernier à porter la moindre atteinte à un tel lien ; mais il connaissait aussi un amour plus élevé et qui absorbait entièrement, une entrée, dans une certaine mesure, dans les affections de Christ pour l’Assemblée. Encore une fois, ce n’est pas une obligation imposée, mais un appel spécial et un don de grâce dans lequel il se réjouissait de glorifier son Maître. L’appréciation de l’amour de Christ pour l’Assemblée l’avait formé selon son propre modèle. Observez ici que c’est : « se sont faits eux-mêmes eunuques pour le royaume des cieux » — cet ordre de choses qui dépend de Christ maintenant dans le ciel. Et c’est pourquoi, forts de la grâce qui brille en Lui à la droite de Dieu, ceux à qui cela est donné marchent au-dessus des liens naturels de la vie — sans les mépriser, mais en les honorant, tout en s’abandonnant eux-mêmes à cette bonne part qui ne leur sera pas ôtée.

Et maintenant, des enfants Lui sont apportés — de petits enfants, enclins à être méprisés. Qu’y a-t-il, dans ce monde, de plus impuissant et dépendant qu’un bébé ? « Alors on lui apporta de petits enfants, afin qu’il leur imposât les mains et qu’il priât » (v. 13). Les disciples pensaient que c’était un désagrément ou une liberté, et « les reprenaient. Et Jésus dit : Laissez venir à moi les petits enfants, et ne les en empêchez pas ; car à de tels est le royaume des cieux. Et leur ayant imposé les mains, il partit de là » (v. 13-15). Toutes les demandes de l’amour étaient ainsi complètement satisfaites, même lorsque le désir semblait être hors de saison. Car pourquoi le Seigneur du ciel et de la terre s’occuperait-Il d’imposer les mains à ces petits ? Mais l’amour n’est pas limité par la raison humaine, et les pensées indignes des disciples furent mises de côté, eux qui pensaient ces petits enfants indignes de Son attention. Ah ! combien peu ils Le connaissaient, quoiqu’ayant été si longtemps avec Lui. N’était-il pas digne de Lui de bénir ainsi le moindre à l’estimation de l’homme ? Quelle importante leçon pour notre âme nous avons là ! Il n’est pas nécessaire qu’il s’agisse de quelqu’un qui nous soit lié ; ce peut être l’enfant d’un autre. Faisons-nous appel au Seigneur pour lui ? Quel est Son sentiment ? Il est grand, Il est puissant ; mais Il ne méprise personne.

Devant Sa gloire, il n’y a guère de différence entre un monde et un ver. Le monde n’est qu’un simple fantoche, si Dieu le mesure par Lui-même. Mais alors, le plus faible peut être l’objet de Son amour et de Ses soins les plus grands. Oh, avec quel intérêt notre Seigneur regardait à ces petits enfants ! Ils sont les objets de l’amour du Père, pour lesquels Il a donné Son Fils, et c’est pour les sauver que le Fils est venu. Chacun avait une âme ; et quelle était sa valeur ? Devait-il être un vase de la grâce dans ce monde, et de gloire dans le brillant jour éternel ? Les disciples n’entraient pas dans ces pensées ; et combien peu nos propres âmes y entrent. Jésus ne bénissait pas seulement les petits enfants, mais reprenait les disciples, qui avaient donné une fausse image de Lui ; et Il dit : « Laissez venir à moi les petits enfants, et ne les en empêchez pas ; car à de tels est le royaume des cieux ». Parole cinglante pour l’orgueil. Les disciples étaient-ils « de tels » en ce moment, ou du moins dans cet acte ?

Et maintenant, un jeune homme « vint et lui dit : Maître, quel bien ferai-je pour avoir la vie éternelle ? ». Il était de toute évidence un caractère naturel aimable ; un caractère qui combinait en sa personne toutes les qualités qui étaient estimables ; quelqu’un qui avait non seulement ce que tous les hommes estiment produire de la joie dans ce monde, mais apparemment sincère en désirant connaître et faire la volonté de Dieu. Et, de plus, il était attiré par Jésus et venait à Lui. Dans un autre évangile, nous lisons que « Jésus l’aima » ; non pas parce qu’il crut en Jésus et Le suivit ; car hélas, nous savons qu’il ne le fit pas. Mais il y a plusieurs formes d’amour divin, outre celui qui nous embrasse comme des prodigues de retour. Quoique nous ayons un amour particulier pour les enfants de Dieu, et que dans les choses de Dieu, nous ne devrions apprécier que ce qui est du Saint Esprit, il ne s’ensuit pas que nous ne devons pas admirer un bel esprit ou un caractère naturellement beau. Si nous ne le faisons pas, cela prouve seulement que nous ne comprenons pas la pensée de Dieu telle qu’elle est manifestée ici en Jésus. Même quant à la création, dois-je considérer froidement, ou même pas du tout, les rivières ou les montagnes, la mer, le ciel, les vallées, les forêts, les arbres, les fleurs, que Dieu a faits ? C’est une complète erreur qui rend spirituellement aveugle à Ses œuvres extérieures. Mais dois-je m’attacher à ces contemplations ? Devons-nous voyager partout dans le but de visiter tout ce que le monde compte de choses dignes d’être vues ? Si, dans mon chemin de service pour Christ, une grande et belle perspective passe devant moi, je ne pense pas que Celui dont c’est l’œuvre de Ses mains m’appelle à y fermer mes yeux ou mon esprit. Le Seigneur Lui-même prêtait attention aux lis des champs, plus splendides que Salomon dans toute sa gloire. L’homme admire ce qui lui permet d’encourager son amour-propre et son ambition dans ce monde. C’est simplement la chair. Mais quant à ce qui est beau, moralement ou dans la nature, la grâce, au lieu de le mépriser, apprécie tout ce qui est bon dans sa propre sphère, et rend hommage au Dieu qui a ainsi manifesté Sa sagesse et Sa puissance. La grâce ne méprise ni ce qui est dans la création, ni ce qui est dans l’homme. Le Seigneur « aima » ce jeune homme, alors qu’il n’y avait certainement pas encore de foi en lui. Il s’en alla de Jésus tout triste. Mais quel croyant fit jamais cela, depuis le commencement du monde ? Sa tristesse provenait de ce qu’il n’était pas prêt pour le chemin de la foi. Jésus désirait qu’il Le suive, mais non pas comme un homme riche. Il aurait aimé faire « quelque grande chose » ; mais le Seigneur a mis à nu le moi dans son cœur. Il savait que (en dépit de tout ce qui, naturellement et même selon la loi, était beau en lui) il y avait au fond l’estime de soi — la chair faisant tourner tous ces privilèges mêmes en un motif pour ne pas suivre Jésus. Mais il devait suivre Jésus comme n’étant rien. « Bon Maître », dit-il, « quel bien ferai-je pour avoir la vie éternelle ? ». Il n’avait pas appris la première leçon que connaît un chrétien, qu’apprend un pécheur convaincu — qu’il est perdu. Le jeune homme montrait qu’il n’avait jamais ressenti sa propre ruine. Il supposait qu’il était capable de faire le bien ; mais le pécheur est comme le lépreux en Lévitique 13, qui ne pouvait apporter une offrande à Dieu, mais demeurait seulement au-dehors en criant : « Impur, impur ». Le jeune homme n’avait pas le sentiment du péché. Il regardait la vie éternelle comme le résultat du bien fait par l’homme. Il avait accompli la loi ; et, pour autant qu’il le sache, il ne l’avait jamais violée.

Notre Seigneur lui dit : « Pourquoi m’interroges-tu touchant ce qui est bon ? Un seul est bon. Mais si tu veux entrer dans la vie, garde les commandements ». Il peut le prendre sur ce terrain. Cet homme n’avait pas l’idée que Celui à qui il parlait était Dieu Lui-même. Il venait seulement à Lui comme à un homme bon. Sur ce pied, le Seigneur ne permet pas que Lui-même soit appelé bon. Dieu seul l’est. Le Seigneur, pour commencer, a affaire avec lui simplement sur son propre terrain. « Si tu veux entrer dans la vie, garde les commandements. Il lui dit : Lesquels ? Et Jésus dit : Tu ne tueras point ; tu ne commettras point adultère ; tu ne déroberas point ; tu ne diras point de faux témoignage ; honore ton père et ta mère ; et, tu aimeras ton prochain comme toi-même » (v. 17-19). Le Seigneur cite les commandements qui se rapportent aux devoirs humains — la seconde table de la loi, comme on l’a appelée. « Toutes ces choses », dit le jeune homme, je les ai gardées dès ma jeunesse : que me manque-t-il encore ? Mais le Seigneur dit : « Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu as, et donne aux pauvres ; et tu auras un trésor dans le ciel ; et viens, suis-moi ». Et que se passe-t-il alors ? « Et le jeune homme, ayant entendu cette parole, s’en alla tout triste, car il avait de grands biens ». Il aimait ses biens davantage qu’il n’aimait Jésus. Cela donna à notre Seigneur l’occasion de dévoiler une autre vérité, et une très surprenante pour un Juif, qui regardait les richesses comme un signe de la bénédiction de Dieu. C’est dans un esprit similaire que les amis de Job agissaient aussi, quoiqu’ils fussent des Gentils ; car en vérité, c’est le jugement de la justice selon la chair. Ils pensaient que Dieu devait être contre Job parce qu’il avait reçu ces épreuves inouïes. Le Seigneur manifeste, en vue du royaume des cieux, la vérité solennelle que les privilèges de la chair sont des entraves positives à l’Esprit.

« Et Jésus dit à ses disciples : En vérité, je vous dis qu’un riche entrera difficilement » (c’est-à-dire, avec difficulté, non pas qu’il ne le peut pas, mais « difficilement ») « dans le royaume des cieux ». De façon emphatique, Il répète : « Et je vous le dis encore : Il est plus facile qu’un chameau entre par un trou d’aiguille » (ce qui est au-delà du naturel, bien sûr) « qu’un riche n’entre dans le royaume de Dieu. Et les disciples, l’ayant entendu, s’étonnèrent fort, disant : Qui donc peut être sauvé ? ». Le Seigneur répond à leur objection : « Jésus, les regardant, leur dit : Pour les hommes, cela est impossible ; mais pour Dieu, toutes choses sont possibles » (v. 24-26). Si l’homme devait faire quoi que ce soit pour entrer dans le royaume, les richesses ne seraient qu’un obstacle. Et il en est ainsi de toute autre chose estimée désirable. Quoi que je puisse avoir, et en quoi je me confie, que ce soit des voies morales, une position, ou quoi que ce soit d’autre — ce ne sont que des entraves, pour ce qui concerne le royaume, et le rend impossible pour l’homme. Mais avec Dieu (et nous pouvons Le bénir pour cela), toutes choses sont possibles, peu importe la difficulté. C’est pourquoi Dieu choisit, dans Sa grâce, d’appeler des gens de toutes sortes et de toutes conditions. Nous lisons qu’il est parlé de quelqu’un appelé en provenance de la cour d’Hérode ; nous entendons parler de saints dans la maison de César. Une grande foule de sacrificateurs crurent ; ainsi aussi Barnabas le Lévite, avec ses maisons et ses biens ; et, par-dessus tous, Saul de Tarse, élevé aux pieds de Gamaliel. Toutes ces difficultés offraient seulement à Dieu l’occasion de surmonter tous les obstacles par Sa propre puissance et Sa propre grâce.

Quand Pierre entendit combien il est difficile pour un riche d’être sauvé, il pensa qu’il était temps pour lui de parler de ce qu’ils avaient abandonné pour l’amour du Seigneur, et de savoir ce qu’ils obtiendraient en retour. « Voici, nous avons tout quitté et nous t’avons suivi ; que nous adviendra-t-il donc ? ». Combien tout cela est douloureusement naturel ! « Jésus leur dit : En vérité, je vous dis que vous qui m’avez suivi, — dans la régénération, quand le fils de l’homme se sera assis sur le trône de sa gloire, vous aussi, vous serez assis sur douze trônes, jugeant les douze tribus d’Israël ; et quiconque aura quitté maisons, ou frères, ou sœurs, ou père, ou mère, ou femme, ou enfants, ou champs, pour l’amour de mon nom, en recevra cent fois autant, et héritera de la vie éternelle » (v. 28, 29). Il n’y a rien que le croyant fasse ou souffre, qui ne soit remis en mémoire dans le royaume. Quoique ce soit là une chose bénie, c’est aussi une pensée très solennelle. Notre marche maintenant, quoiqu’elle n’ait rien à faire avec la rémission de nos péchés, est pourtant de toute importance comme témoignage à Christ, et influera de façon très décisive sur notre place future dans le royaume. Nous ne devons pas utiliser la doctrine de la grâce pour nier celle des récompenses ; mais même ainsi, Christ est le seul motif pour le saint. Nous recevrons selon les choses faites dans le corps, selon ce que nous avons fait, que ce soit bien ou mal, comme le Seigneur le montre ici clairement. Les douze avaient suivi le Seigneur rejeté, même si Sa propre grâce leur en avait accordé la puissance. Ce n’étaient pas eux qui L’avaient choisi, mais Lui qui les avait choisis. Ils sont maintenant encouragés par l’assurance qu’au temps béni de la régénération, quand le Seigneur opérera un grand changement dans ce monde (car comme Il régénère un pécheur, ainsi, en quelque sorte, Il régénérera le monde), leur travail et leurs souffrances pour Son nom ne seront pas oubliés de Sa part.

Souvenez-vous que ce dont il est parlé ici ne se rapporte pas au ciel : il y a une œuvre encore meilleure dans le ciel, que de juger les douze tribus d’Israël. Pourtant, c’est une destinée glorieuse qui est réservée aux douze apôtres durant le règne de Christ sur la terre. Une gloire semblable est prévue pour les autres saints de Dieu, comme nous le lisons en 1 Corinthiens 6, 2 : « Ne savez-vous pas que les saints jugeront le monde ? ». Là, c’est utilisé pour montrer l’incongruité d’un saint recherchant le jugement du monde dans une affaire entre lui et un autre ; car la part du chrétien et sa bénédiction sont entièrement à part du monde, et il doit être fidèle à ce pour quoi Christ l’a appelé.

Quant à toutes les relations naturelles et aux privilèges de cette vie, s’ils sont perdus pour l’amour de Son nom, ceux qui les perdent en recevront cent fois autant, et hériteront de la vie éternelle. L’évangile de Jean parle de la vie éternelle comme d’une chose que nous possédons actuellement ; les autres en parlent comme étant à venir. Nous l’avons en effet demeurant maintenant en nous ; nous entrerons alors dans sa propre demeure, et en posséderons la plénitude en gloire dans l’avenir. « Mais plusieurs qui sont les premiers seront les derniers, et des derniers seront les premiers ». Quelle indication pour Pierre — et pour nous tous ! Une revendication de propre justice est un piège tout préparé, qui se refermera bientôt. L’abandon de tout, s’il est apprécié, a perdu toute sa valeur. Ainsi, beaucoup de ceux qui commencent à courir bien, se détournent de la grâce vers la loi ; et Pierre lui-même fut repris par le dernier (mais le premier) des apôtres, comme nous le savons par l’épître aux Galates.

Que le Seigneur fasse que Sa grâce fortifie nos cœurs ; et si nous avons souffert la perte de quelques choses, ou de toutes, que nous puissions encore les considérer comme des ordures, afin que nous gagnions Christ !