Chapitre 20

Le chapitre précédent s’est terminé avec la doctrine importante que dans le royaume, le Seigneur se souviendra de toutes les souffrances et de tout le service fait ici-bas pour l’amour de Son nom. Mais il est évident que, quoi que ce soit une vérité incontestable de l’Écriture, à laquelle il est fait référence dans les épîtres de Paul, et ailleurs dans le Nouveau Testament, c’est une vérité dont le cœur serait prêt à abuser pour sa propre justice ; et quelqu’un, oubliant que tout est par grâce, pourrait être disposé à en faire une revendication envers Dieu en raison de quoi que ce soit qu’Il lui ait permis de faire. C’est pourquoi une parabole est ajoutée, avec un principe complètement différent, dans laquelle la pensée proéminente est la souveraineté de Dieu, dans le but exprès, je pense, de préserver de tels effets. Car Dieu n’est pas injuste pour oublier notre œuvre et le travail d’amour que nous avons montrés pour Son nom : mais il y a pour nous un danger en cela. Il ne s’ensuit pas que, parce que Dieu n’oubliera pas ce que les siens ont fait pour Lui, ils ont à le chérir pour eux-mêmes. Nous n’avons qu’une seule chose sur laquelle fonder nos âmes : c’est Christ Lui-même ; comme le disait l’apôtre : « Je fais une chose : oubliant les choses qui sont derrière et tendant avec effort vers celles qui sont devant » — non pas oubliant le mal que nous avons fait : même dans la gloire, ce sera l’inverse de cela. Quand il ne restera aucun vestige d’humiliation, nous aurons un sentiment plus vif que jamais de nos nombreux manquements ; mais non pas comme produisant un sentiment de doute, ou de crainte, ou de chagrin. De telles pensées seraient contraires à la présence de Dieu. C’est une bonne chose, pour le croyant, tout en tenant ferme sa propre bénédiction, de penser à ce qu’il est — de s’humilier chaque jour sous le regard de Dieu ; de se souvenir toujours que la véritable humiliation est sur le fondement de ce que nous sommes enfants de Dieu. Quelqu’un qui a obtenu quelque office de la reine, et la respecte comme il se doit, penserait à elle, non à lui-même. Combien davantage quand nous sommes dans la présence de Dieu ! Cela devrait remplir nos âmes de joie, dans l’adoration du Seigneur. Ce qui est appréciable pour le saint, ce qui est des plus agréable à Dieu, n’est pas la manifestation constante de nous-mêmes, d’une manière ou d’une autre, quelque juste qu’elle puisse être, dans un certain sens, dans notre cabinet. Mais la louange de Dieu pour ce qu’Il est — par-dessus tout, dans la connaissance de Son Fils et de Son œuvre — est le grand but de toutes les opérations de Dieu envers Ses enfants. La conscience de notre néant montre réellement l’humilité la plus profonde et la plus réelle. Là où il y a habituellement négligence et manque de dépendance, avec leurs tristes résultats, il n’y aura pas de préparation de cœur pour l’adoration. La pensée convenable en lien avec la table du Seigneur est que je viens y rencontrer Christ, Le louer ensemble avec Ses saints ; et cela — le sentiment d’être dans Sa présence — contrôle nos esprits.

Afin de nous garder dans le sentiment de la grâce, l’Esprit de Dieu revient, dans ce chapitre, à la souveraineté de Dieu, l’opposé de la propre justice qui se trouve même dans le cœur d’un disciple. Pierre disait : « Nous avons tout quitté et nous t’avons suivi », et le Seigneur lui assure que cela ne serait pas oublié ; mais Il ajoute immédiatement la parabole du maître de maison. Nous trouvons là, non pas le principe de la récompense, ou de la juste reconnaissance du service accompli par les siens, mais les propres droits de Dieu, Sa propre souveraineté. C’est pourquoi, ici, il n’y a pas de différences — personne ne vient particulièrement en mémoire parce qu’il a gagné des âmes à Christ ou a tout abandonné pour Christ. Le principe est que, tandis que Dieu reconnaîtra infailliblement tout service et toute perte faits pour l’amour de Christ, cependant, Il maintient Son propre droit à agir selon Sa volonté. Quelque pauvre âme peut être amenée à la connaissance de Christ le jour de sa mort. Dieu revendique Son propre droit à lui donner ce qu’il Lui plaît, à donner à ceux qui n’ont rien fait du tout — selon que nous pourrions le penser — juste ce qui est bon à Ses propres yeux. C’est un principe très différent de ce que nous avons eu dans le chapitre précédent, et excessivement contraire à la pensée de l’homme. « Le royaume des cieux est semblable à un maître de maison qui sortit dès le point du jour afin de louer des ouvriers pour sa vigne. Et étant tombé d’accord avec les ouvriers pour un denier par jour, il les envoya dans sa vigne » (v. 1, 2).

L’application habituelle de cette parabole au salut de l’âme est une erreur. Car celui-ci est ce pour quoi Christ a travaillé, souffert et vécu, indépendamment de l’homme. Le pauvre pécheur n’a qu’à s’abandonner lui-même pour être sauvé par Christ. Lorsqu’il est amené à en avoir fini avec lui-même, reconnaissant qu’il ne mérite rien d’autre que l’enfer, quelle douceur que Dieu présente devant une telle âme que Jésus Christ (et c’est une parole certaine) est venu dans le monde pour sauver les pécheurs ! Quand on se contente de n’être sauvé comme rien d’autre qu’un pécheur, et par rien d’autre que Christ, là et alors seulement se trouve le vrai repos qu’Il donne. Là où l’on pense apporter sa contribution, il n’y aura qu’incertitude, doutes et difficultés. Christ seul est notre salut. L’homme qui est sauvé n’y contribue en rien, sinon par ses péchés. Mais dans cette parabole, la question n’est pas celle-ci ; c’est le travail de chaque serviteur, comme le Seigneur se plaît à appeler à travailler dans Sa vigne. S’il Lui plaît, Il mettra chacun sur un même pied. Il récompensera le travail qui est accompli, mais Il donnera selon qu’Il le veut.

« Et étant tombé d’accord avec les ouvriers pour un denier par jour, il les envoya dans sa vigne. Et sortant vers la troisième heure, il en vit d’autres qui étaient sur la place du marché à ne rien faire ; et il dit à ceux-ci : Allez, vous aussi, dans la vigne, et je vous donnerai ce qui sera juste ; et ils s’en allèrent » (v. 2-4). Ce n’est pas ici la grâce dans le sens du salut. « Je vous donnerai ce qui sera juste ». C’est Dieu qui juge ce qui est convenable. « Sortant encore vers la sixième heure et vers la neuvième heure, il fit de même ». Et, aussi singulier que cela puisse paraître, « sortant vers la onzième heure ». De quel cœur cela nous parle ! Quelle bonté infinie ! que Dieu, qui reconnaît tout service et toute souffrance faits pour Lui, garde pourtant intacte pour Lui la prérogative de sortir au dernier moment pour amener des âmes et les occuper de ce qui pourrait sembler être un petit service ! Mais Il peut donner la grâce de bien faire cette petite chose. « Sortant vers la onzième heure… il leur dit : Allez, vous aussi, dans la vigne, et vous recevrez ce qui sera juste. Et le soir étant venu, le maître de la vigne dit à son intendant : Appelle les ouvriers, et paye-leur leur salaire, en commençant depuis les derniers jusqu’aux premiers » (v. 6-8). « En commençant depuis les derniers ». Il est toujours parlé des derniers en premier, dans cette parabole. Ainsi, il est dit à l’intendant de commencer par les derniers jusqu’aux premiers. Et de nouveau, quand le maître de la vigne doit parler lui-même, c’est la même chose : « les derniers seront les premiers, et les premiers les derniers ». C’est la souveraineté de la grâce en donnant comme il Lui plaît ; non pas seulement en sauvant, mais en récompensant au temps de la gloire ; car c’est ce dont il est parlé ici.

Bien sûr, les derniers reçoivent leur salaire avec reconnaissance. Mais quand les premiers entendent cela, ils commencent à penser en eux-mêmes avoir droit à plus — eux qui ont porté le faix du jour et la chaleur. Mais le maître leur rappelle que tout était une chose établie avant qu’ils commencent leur travail. Dans leur égoïsme, ils oubliaient et les conditions et la justice de celui avec qui ils avaient affaire. Si, par la libéralité de son cœur, il lui plaisait de donner au dernier la même chose qu’au premier, qu’est-ce que cela leur faisait ? Dieu maintient Ses propres droits. Il est de la plus grande importance, pour nos âmes, que nous nous en tenions aux droits de Dieu en toutes choses. Des gens pourront argumenter pour savoir s’il est juste pour Dieu de choisir cette personne-ci ou celle-là. Mais sur le terrain de la justice, tous sont perdus, et pour toujours. Maintenant, si Dieu se plaît à user de Sa grâce selon Sa sagesse, et pour Sa gloire, envers ces pauvres perdus, qui le Lui disputera ? « Qui es-tu, ô homme, qui contestes contre Dieu ? ». Dieu a le droit d’agir selon ce qui est dans Son cœur ; et « le juge de toute la terre ne fera-t-il pas ce qui est juste ? ». A-t-Il le droit d’agir de par Lui-même ? Il ne peut agir envers l’homme sur le terrain de la justice. Il n’y a aucune base sur laquelle Il puisse agir ainsi ; c’est entièrement une question de Son bon plaisir. Et nous devons nous souvenir qu’il n’y a pas un homme qui soit perdu et qui ne rejette la miséricorde de Dieu, qui la méprise, ou qui l’utilise à ses propres fins égoïstes dans ce monde. L’homme qui est sauvé est le seul qui a un véritable sentiment du péché, qui s’abandonne lui-même comme perdu, et qui se rejette sur la miséricorde de Dieu en Christ pour sauver un pécheur perdu.

À celui qui se plaint, le maître de la maison répond : « Mon ami, je ne te fais pas tort : n’es-tu pas tombé d’accord avec moi pour un denier ? Prends ce qui est à toi et va-t’en. Mais je veux donner à ce dernier autant qu’à toi. Ne m’est-il pas permis de faire ce que je veux de ce qui est mien ? Ton œil est-il méchant, parce que moi, je suis bon ? » (v. 13-15). C’est là qu’est révélé tout le secret. L’homme, oui, un disciple professant, un ouvrier dans Sa vigne, peut contester parce qu’il pense lui-même avoir droit à plus qu’un autre qui, à son avis, a peu fait en comparaison de lui-même. La question d’être un enfant de Dieu n’intervient pas, dans cette parabole ; et, quant au service, on peut être un véritable serviteur ou un simple mercenaire.

Je voudrais juste demander : Pourquoi, dans le chapitre précédent, il y avait : « Plusieurs qui sont les premiers seront les derniers, et des derniers seront les premiers », et ici : « Les derniers seront les premiers, et les premiers les derniers » ? En parlant des récompenses, selon le travail accompli, le manquement de l’homme est évoqué ; car en effet, la faiblesse se montre rapidement — « Les premiers seront les derniers ». Mais dans cette nouvelle parabole, c’est la souveraineté de Dieu, qui ne fait jamais défaut ; en conséquence, ici, « les derniers seront les premiers, et les premiers les derniers ». « Démas m’a abandonné, ayant aimé le présent siècle ». Voilà un premier, dirions-nous, qui est devenu un dernier — un travailleur pour le Seigneur, qui n’avait pas abandonné le christianisme, mais s’était lassé du chemin de service incessant pour Christ. Si, au lieu de l’honneur maintenant, les milliers de ceux qui sont engagés dans le service de Christ ne devaient recevoir que le mépris et la persécution, leurs rangs en seraient fortement clairsemés. Mais celui qui cherche intelligemment à servir fidèlement le Seigneur dans ce monde doit s’attendre à la honte et la souffrance. Démas peut bien avoir été un croyant ; mais l’épreuve et le blâme, l’amour de ses aises et d’autres choses, tout cela pesa fortement sur son esprit, et il abandonna le service du Seigneur. « Tous cherchent leurs propres intérêts, non pas ceux de Jésus Christ » est un principe similaire.

Et maintenant, le Seigneur monte à Jérusalem, et Il prépare Ses disciples à de plus grandes difficultés encore. « Voici, nous montons à Jérusalem, et le fils de l’homme sera livré aux principaux sacrificateurs et aux scribes, et ils le condamneront à mort ; et ils le livreront aux nations pour s’en moquer, et le fouetter, et le crucifier ; et le troisième jour il ressuscitera » (v. 18, 19). Même après cela, tant le cœur de l’homme est égoïste, la mère des fils de Zébédée vient à Lui avec ses fils, qui faisaient partie des apôtres ; et, Lui rendant hommage, elle désire obtenir quelque chose de Lui. « Et il lui dit : Que veux-tu ? Elle lui dit : Ordonne que mes deux fils que voici, s’asseyent, l’un à ta droite et l’un à ta gauche, dans ton royaume » (v. 21). L’humiliation de Christ est si parfaite, Son abandon de soi est tel (Lui, le seul qui avait une parfaite connaissance de tout, et le droit à tout par Sa gloire personnelle), qu’Il dit : Je n’ai pas de place à donner dans mon royaume — ce n’est pas à moi de donner, sauf si mon Père le désire. Mais j’ai quelque chose à vous donner maintenant : c’est de souffrir. Oui, souffrir pour et avec Lui est ce que Christ donne à Ses serviteurs maintenant — un privilège élevé. Quand l’apôtre Paul fut converti, il demanda : « Que veux-tu que je fasse ? ». Le Seigneur lui dit quelles grandes choses il devrait souffrir pour Son nom. Le plus grand honneur que nous puissions avoir ici-bas est de souffrir avec et pour Christ. C’est ce que fait savoir notre Seigneur à la mère des fils de Zébédée. « Jésus, répondant, dit : Vous ne savez ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe que moi, je vais boire ? Ils lui disent : Nous le pouvons » (v. 22). Il s’est chargé de deux sortes de souffrances : la coupe, qui est une souffrance intérieure ; et le baptême, qui exprime ce en quoi nous sommes immergés extérieurement. Les deux incluent toutes les espèces d’épreuve, intérieure et extérieure. Il ne parle pas ici de la croix comme expiation, car il ne peut y avoir aucune participation en cela. Mais ce peut être la croix en réjection, quoique pas en expiation. Ce peut être partager ce que Christ a souffert de la part de l’homme, mais non pas ce qu’Il a souffert de la part de Dieu. Quand Il souffrait pour le péché sur la croix, la relation était abolie, alors qu’Il s’inclinait en grâce infinie dans la place du jugement. Il était fait péché. Il réalisait ce que c’est que d’être abandonné de Dieu, se rendant responsable des péchés des hommes. C’est pourquoi Il disait, dans ce moment terrible sur la croix : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? Nous ne pouvons avoir aucune part en cela. Dieu a abandonné Jésus afin qu’Il ne nous abandonne pas. Dieu n’abandonne jamais un chrétien ni ne se cache de lui.

Quand le Seigneur dit : « Pouvez-vous boire la coupe que moi, je vais boire, et être baptisés du baptême dont je suis baptisé ? Ils lui disent : Nous le pouvons ». Ils ne savaient pas ce qu’ils disaient, pas plus que ce qu’ils demandaient. Car, quand notre Seigneur était seulement en danger de mort, nous voyons que tous L’abandonnèrent et s’enfuirent. Quant à l’un d’eux, s’il s’est aventuré jusque dans la salle du jugement, c’était seulement, pour ainsi dire, sous le couvert du souverain sacrificateur ; c’est-à-dire, au prétexte d’être connu de lui. Quand Pierre suivit sur son propre terrain, ce fut seulement pour montrer sa complète faiblesse. En présence d’une coupe telle que celle-ci, et d’un tel baptême, le Seigneur dit : « Vous boirez bien ma coupe, et vous serez baptisés du baptême dont moi je suis baptisé » (non pas vous en êtes capables) ; « mais de s’asseoir à ma droite et à ma gauche, n’est pas à moi pour le donner, sinon à ceux pour lesquels cela est préparé par mon Père » (v. 23). Je ferai seulement remarquer que les mots « cela sera donné à ceux » (version anglaise), insérés sans garantie, gâchent grandement le sens. Il est bien meilleur sans eux. Il Lui appartenait de le donner seulement à ceux à qui le Père le destinait. Christ est l’administrateur des récompenses du royaume. De même qu’Il était le Serviteur dans les souffrances, Il dispensera aussi les récompenses et les gloires du royaume.

« Et les dix, l’ayant entendu, furent indignés à l’égard des deux frères » (v. 24). Sans aucun doute, cela semblait une chose très juste de rabaisser ces deux frères qui étaient si pleins d’eux-mêmes. Mais pourquoi étaient-ils ainsi indignés ? Leur orgueil était blessé ; eux aussi étaient pleins d’eux-mêmes. Christ n’était pas rempli d’indignation — c’était une tristesse, pour Lui ; mais eux étaient animés d’un vif ressentiment contre les deux frères. Nous avons à y prendre garde. Souvent, quand nous cherchons à abaisser ceux qui cherchent à s’exalter eux-mêmes, il y a aussi du moi de notre côté. Supposez que l’un de nous soit tombé dans le péché. Il y a souvent bien de forts sentiments à ce sujet : mais est-ce la meilleure manière de montrer notre sentiment du péché ? Ceux qui le ressentent le plus selon Dieu, le sentent aussi le plus profondément pour ceux qui ont glissé loin de Lui. « Quand même un homme s’est laissé surprendre par quelque faute, vous qui êtes spirituels, redressez un tel homme dans un esprit de douceur, prenant garde à toi-même, de peur que toi aussi tu ne sois tenté ».

« Et Jésus, les ayant appelés auprès de lui, dit : Vous savez que les chefs des nations dominent sur elles, et que les grands usent d’autorité sur elles » (v. 25). Il met Son doigt sur cet amour même de la grandeur en eux. Ils le condamnaient bruyamment en Jacques et en Jean ; mais leurs sentiments trahissaient la même chose dans leur propre cœur. « Il n’en sera pas ainsi parmi vous », dit le Seigneur, « mais quiconque voudra devenir grand parmi vous sera votre serviteur ; et quiconque voudra être le premier parmi vous, qu’il soit votre esclave ». Il y a une différence entre les deux termes. Le mot traduit par « serviteur » signifie quelqu’un qui sert. Mais au verset 27, c’est un homme lié, ou esclave. Voulez-vous vraiment être grand selon les principes de mon royaume ? Descendez aussi bas que possible. Voulez-vous être le plus grand ? Abaissez-vous jusqu’à être le plus bas de tous. Celui qui a le moins de lui-même est le plus grand aux yeux du Seigneur. Car « le fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et pour donner sa vie en rançon pour plusieurs » (v. 28). Il a pris la place la plus basse de tous, et Il a donné Sa vie en rançon pour plusieurs. Que Son nom en soit béni à jamais !

Les derniers versets appartiennent proprement au chapitre suivant, qui est l’approche de Jérusalem par notre Seigneur en suivant le chemin depuis Jéricho. Et il est nécessaire de considérer ces deux chapitres ensemble, pour avoir la relation correcte entre tout ce qui nous est donné ici. Mais je ne peux terminer cette partie du sujet sans attirer encore une fois l’attention sur les principes du royaume de Dieu tels qu’ils nous sont montrés par Christ Lui-même. Quel appel à un service de propre renoncement ! Quelle joie de penser que tout ce qui est actuellement une épreuve, sera trouvé être une joie dans ce royaume ! Il y en a certains qui pensent avoir peu d’opportunités de servir le Seigneur — qui sont privés de ce que leur cœur désire. Souvenons-nous que Celui qui connaît toutes choses a le droit de donner comme il Lui plaît aux siens et de la part des siens. Il fera ce qui est le mieux selon Son cœur. Notre propre affaire, maintenant, est de penser à Celui qui vint, non pour être servi, mais pour servir, et pour donner Sa vie en rançon pour plusieurs. C’est là notre appel et notre besoin principaux — être des serviteurs de Christ en nous servant les uns les autres.

Dans la transfiguration, nous avons une image du royaume à venir ; Christ, la tête et le centre, avec des représentants de ses aspects céleste et terrestre ; d’un côté, Moïse et Élie glorifiés ; et de l’autre, les trois disciples dans leur corps naturel. C’était un tournant dans l’histoire de la course de notre Seigneur, sur lequel Jean passe, mais qui est pleinement donné dans les trois autres évangiles. La croix, à cause du péché, est le fondement de toute la gloire. Il ne peut rien y avoir de stable ou de saint sans elle. C’est le seul canal par lequel coulent toutes nos bénédictions ; et la mort de Christ, nous le savons par Luc, était le thème sur la sainte montagne. Mais Jean ne nous donne rien de cette scène ; parce qu’il est occupé de Christ comme le Fils. En Jean, nous n’avons pas le côté humain, mais la déité du Seigneur Jésus : Sa réjection par Israël, et en conséquence le rejet d’Israël par Dieu, sont supposés dès le début de cet évangile : comme nous le lisons, « Il vint chez soi ; et les siens ne l’ont pas reçu ». Or la transfiguration ne manifeste pas la déité de Christ, mais Sa gloire comme Fils de l’homme exalté, reconnu en même temps comme Fils de Dieu. C’était un exemple de la gloire du Seigneur dans Son royaume à venir ; avec des types de certains ressuscités et célestes, et d’autres dans leur état naturel ou terrestre. Mais Jean ne nous montre pas le royaume, mais la maison du Père. Le monde peut, dans une certaine mesure, voir la gloire, comme préfigurée sur la montagne, mais ce n’est pas là notre meilleure part. Tandis que nous attendons « cette bienheureuse espérance » et l’apparition de la gloire, notre espérance est d’être avec Christ dans les plusieurs demeures de la maison du Père — une espérance qui est bien au-delà de toute bénédiction du royaume. Cela ne sera jamais non plus montré. Les secrets de l’amour et de la communion de Christ avec l’Assemblée n’ont pas à être manifestés devant le monde. Sans aucun doute, la gloire et la position de puissance que l’Assemblée possèdera dans le royaume à venir seront manifestées ; car elles forment certains des principaux caractères dans le règne millénial. Ainsi, la montagne de la transfiguration tient une place importante dans les trois évangiles synoptiques, comme montrant Christ dans Sa qualité de Messie, de Serviteur et de Fils de l’homme. Comme tel, Il sera manifesté selon le modèle vu sur la montagne, et de ce fait, les trois évangélistes, qui présentent Christ sous ces trois aspects, nous rapportent la transfiguration. La pensée de la réception actuelle par les Juifs, comme nous l’avons vu, a été entièrement abandonnée, et la nouvelle chose qui arrive commence à être annoncée. Christ doit souffrir et mourir.

La fin de notre chapitre, depuis Matthieu 20, 30, est une préface à Matthieu 21, où nous avons la dernière présentation formelle du Roi — non pas avec la pensée d’être reçu ; mais pour parachever l’iniquité de l’homme et l’accomplissement des conseils de Dieu, Il se présente Lui-même comme tel. Le Seigneur est en chemin pour Jérusalem, et deux aveugles crient à Lui : Aie pitié de nous, Seigneur, Fils de David ! S’ils ne savaient rien de la crise imminente, ils étaient néanmoins complètement dans l’esprit de la scène. Le Saint Esprit agissait sur eux afin qu’ils rendent témoignage à Jésus, qui était maintenant pour la dernière fois présenté publiquement comme l’héritier du trône. Quel tableau ! Ceux qui voyaient, dans la dureté aveugle de leur cœur, rejetaient leur propre Messie, quoiqu’Il soit reconnu des Gentils comme le Roi des Juifs mis au monde ; et les pauvres aveugles, par la foi, pouvaient hautement Le confesser comme le vrai Roi. Peut-être que leur désir principal, et même leur seul désir, était d’être guéri de leur cécité. Soit ; mais Dieu, en tout cas, donna à leur foi l’objet approprié et la confession juste par rapport à ce moment, car c’est Lui qui dirigeait toute la scène. Quelle que fut la pensée des deux aveugles en criant au Seigneur, le dessein de Dieu était qu’il y ait un témoignage approprié rendu à Son Roi, le « Fils de David ». Un Juif pouvait bien comprendre tout ce qui était impliqué par ce titre. Quelle condamnation des pharisiens et des scribes qui avaient rejeté Christ ! Le point de vue le plus élevé n’est pas toujours le plus approprié. Les circonstances varient. Ainsi, la confession de Christ comme « Fils de David » était plus convenable ici que s’ils avaient dit : « Fils de Dieu ». Nous n’avons qu’à peser les différents titres, pour voir qu’en Le saluant selon Sa gloire juive, ils disaient ce qui était à l’unisson avec ce que Dieu faisait alors.

Laissez-moi poser avec révérence cette question : Pourquoi la résurrection de Lazare devait-elle être omise dans les trois premiers évangiles ? L’homme, si ces récits avaient été son œuvre, ne l’aurait sûrement pas omise. Il aurait pensé qu’elle était bien trop importante pour être laissée sans considération. L’omission d’un miracle si extraordinaire en Matthieu, Marc et Luc indique clairement que c’est l’Esprit de Dieu qui agissait souverainement et qui écrit par chacun d’eux dans un but particulier. S’il en est ainsi, ce que les hommes appellent des incohérences et des imperfections, sont en réalité des perfections dans la Parole de Dieu. Cela faisait partie du propos de Dieu d’omettre le miracle dans certains évangiles, car Il présente seulement les faits qui conviennent à Son propos dans chacun d’eux. Le miracle de la résurrection de Lazare ne nous montre pas Christ comme le Messie, ou le Serviteur, ou le Fils de l’homme, mais comme le Fils de Dieu, qui donne la vie et ressuscite les morts — un grand point de doctrine en Jean 5 — c’est pourquoi il est donné seulement dans l’évangile selon Jean. Il y eut d’autres miracles de résurrection d’un mort dans les autres évangiles ; mais la vérité de la filiation et de la gloire actuelle de Jésus en communion avec le Père n’est pas ce qui est le plus en vue, dans ces autres résurrections. Ce n’est donc pas comme Fils de Dieu qu’Il est vu en eux. Prenez, par exemple, la résurrection du fils de la veuve de Naïn. Quelles sont les circonstances mises là en exergue ? Il était le fils unique de sa mère, et elle était veuve. Luc, ou plutôt l’Esprit, prend soin de noter cela ; car c’est ce qui donne son sens à cette touchante histoire. « Il le donna à sa mère ». C’est la sympathie humaine du Seigneur, le Seigneur comme le Fils de l’homme, qui est ici l’objet. En vérité, Il devait avoir été Fils de Dieu, sinon Il n’aurait pas ainsi pu ressusciter le mort. Si la divinité et la relation avec le Père de Celui qui avait été fait chair, avait été la seule vérité à manifester, les circonstances associées n’auraient pas eu besoin d’être racontées ; l’évangile de Jean aurait bien suffi, comme il le fait, pour présenter de manière éminente le Seigneur Jésus comme le Fils.

Tout cela manifeste la perfection de la Parole de Dieu. Quand l’esprit Lui est soumis, il voit cela, et Lui enseigne ceux qui se soumettent et se confient en Lui. Un aveugle est guéri en Jean 9 (non pas ceux près de Jéricho, qui font appel à Jésus), mais, comme Jésus passait, Il vit un homme aveugle dès sa naissance. Rejeté par les hommes, Jésus allait chercher des objets à qui Il pourrait accorder Sa bénédiction ; le Fils qui, non recherché, voyait le profond besoin et agissait en conséquent. C’était une opportunité pour faire les œuvres de Dieu. Il n’attend rien, va vers l’homme, et l’œuvre est faite, quoique ce soit le jour du sabbat. Comment le Fils de Dieu pouvait-Il se reposer en présence du péché et de la misère, quoi que puisse en penser l’orgueil religieux ? Le Seigneur ne le laisse pas jusqu’à ce qu’il puisse Le reconnaître comme « le Fils de Dieu », et adorer. De plus, pouvons-nous dire, Jean ne mentionne jamais un miracle simplement pour la manifestation de la puissance, mais pour attester la gloire divine de Christ. Dans Matthieu, c’est le Messie rejeté. Ici (au chap. 20), étant méprisé par la nation, Dieu Lui fait rendre témoignage comme Fils de David par deux aveugles ; ce qui, quand Il sera reconnu ainsi par la nation, amènera la restauration d’Israël avec une puissance triomphante.

L’endroit (près de Jéricho) était maudit. Mais si Jésus est venu comme le Messie, bien que les Juifs Le rejettent, Il montre qu’Il est l’Éternel — non pas seulement le Messie sous la loi, mais l’Éternel au-dessus d’elle ; et ainsi, Il les bénit même à Jéricho, et ils Le suivirent. C’était la position qu’Israël aurait dû prendre : ils auraient dû connaître leur Roi. Les deux aveugles étaient des témoins pour Lui, et contre eux. Il y avait un témoignage suffisant — « par la bouche de deux témoins », etc. Marc et Luc, dont l’objet n’était pas de manifester un témoignage valide selon la loi, en mentionnent seulement un.