Chapitre 23

Ils ont tous été réduits au silence, ceux qui prétendaient avoir le plus de lumière ! Ne croyant pas en Christ, ils ont été privés de la seule clé de l’Écriture ; et le psaume 110, brillant car il est un témoignage à leur propre Messie, était une nuée épaisse, non seulement pour les Égyptiens maintenant comme autrefois, mais aussi pour Israël. Ils ne voyaient pas Sa gloire, et étaient ainsi désespérément perplexes sur comment comprendre que David, parlant par l’Esprit, pouvait appeler son fils son Seigneur.

Dans ce chapitre, le Seigneur prononce la condamnation de la nation, et plus que tout — non pas de ceux que les hommes dénonceraient en premier lieu ; non pas de ceux qui sont ouvertement iniques, licencieux ou violents ; non pas de ceux qui aiment leurs aises, les sadducéens sceptiques, mais — de ceux qui étaient le plus élevés dans l’estime générale pour leur connaissance religieuse et leur sainteté. La conscience, l’homme, le monde même, peuvent, avec plus ou moins d’exactitude, juger de l’immoralité grossière. Dieu voit et rejette ce qui semble juste aux yeux des hommes, mais qui est faux et impie. Et la Parole de Dieu est explicite sur le fait qu’il doit en être ainsi. Les plus grands malheurs encore en réserve pour ce monde ne sont pas destinés aux ténèbres des païens, mais, comme pour le judaïsme rebelle, ainsi à la chrétienté corrompue, dans laquelle la plus grande partie de la vérité est connue et à laquelle les plus hauts privilèges sont conférés, mais où, hélas, leur puissance est méprisée et reniée. Non pas que, quand Dieu se lèvera pour juger, les nation païennes demeureront impunies. Elles aussi boiront de la coupe. Cependant, « Écoutez cette parole que l’Éternel prononce sur vous, fils d’Israël, sur la famille entière que j’ai fait monter du pays d’Égypte, disant : Je vous ai connus, vous seuls, de toutes les familles de la terre ; c’est pourquoi je visiterai sur vous toutes vos iniquités ». Il en sera de même avec la chrétienté professante : plus complète aura été la lumière accordée, plus riche la grâce de Dieu révélée dans l’évangile, d’autant plus graves seront les motifs pour des jugements sans ménagement sur la profession hypocrite, quand le glas de la vengeance divine sonnera pour ceux « qui ne connaissent pas Dieu et qui n’obéissent pas à l’évangile de notre seigneur Jésus Christ ». Le Seigneur ne voit pas comme l’homme voit, que ce soit en grâce ou en jugement ; car l’homme regarde à l’apparence extérieure, et l’Éternel regarde au cœur. C’est ainsi que Jésus parlait dans la scène qui est devant nous.

Il est toutefois remarquable qu’en premier lieu, Il parla « aux foules et à ses disciples ». Ils étaient encore en grande partie considérés ensemble — et cela, jusqu’à la mort et à la résurrection de Christ ; et même alors, le Saint Esprit rompt lentement un lien après l’autre, et prononce seulement Sa dernière parole au résidu juif (alors chrétien, bien entendu) par plus d’un témoin, seulement peu avant la destruction de Jérusalem. Mais il n’y avait pas de séparation, et il ne pouvait pas y en avoir, jusqu’à la croix.

C’était donc une partie de la mission juive de notre Seigneur de dire que « les scribes et les pharisiens se sont assis dans la chaire de Moïse. Toutes les choses donc qu’ils vous diront, faites-les et observez-les » (v. 2, 3). Mais il y avait un avertissement soigneux contre le fait de faire des scribes et des pharisiens, à tous égards, des mesures du bien et du mal. « Ne faites pas selon leurs œuvres, car ils disent et ne font pas ». Ils étaient en eux-mêmes des guides, modèles de mal, et non de bien (v. 3-7). Cependant, non seulement les disciples étaient classés avec la foule, mais dans les plus fortes dénonciations mêmes de ces guides religieux, ils étaient encore tenus, par le Seigneur, de reconnaître ceux qui étaient assis dans la chaire de Moïse. C’est là qu’ils étaient de fait, et le Seigneur maintient, au lieu de l’abolir, l’obligation de les reconnaître, ainsi que ce qu’ils mettaient en avant, non pas de leurs propres traditions, mais de la loi. C’était honorer Dieu Lui-même, en dépit des hypocrites qui ne cherchaient que l’honneur des hommes pour eux-mêmes, et cela n’accorde aucun droit maintenant aux faux apôtres ou à leurs successeurs qui s’égarent eux-mêmes. Car les apôtres n’avaient pas de chaire comme celle de Moïse ; et le christianisme n’est pas un système d’ordonnances ou d’observations formelles comme la loi, mais, là où il est réel, il est le fruit de l’Esprit par la vie en Christ, qui est formée et nourrie par la Parole de Dieu.

Il a été affirmé, et avec beaucoup d’assurance ces derniers temps, et dans des endroits où on aurait pu espérer de meilleures choses, que comme les saints du temps de l’Ancien Testament regardaient à Christ, et que la vie éternelle était leur par la foi, quoiqu’ils fussent sous la loi, ainsi nous qui maintenant croyons en Christ sommes néanmoins, et dans le même sens, sous la loi comme eux, quoique, comme eux, nous soyons justifiés par la foi. Quelque plausible, et même juste, que cela puisse paraître à certains, je n’ai aucune hésitation à déclarer que c’est extrêmement mauvais. C’est ramener délibérément les âmes dans la condition d’où l’œuvre de Christ nous a fait sortir. Les Juifs autrefois étaient placés sous la loi selon le sage propos de Dieu, jusqu’à ce que la semence promise vint opérer une délivrance complète ; et les saints parmi eux, quoiqu’élevés au-dessus de cette condition par la foi, étaient durant toute leur vie assujettis à la servitude et à un esprit de crainte. Christ nous a rendus libres, par la grande grâce de Dieu, au moyen de Sa mort et de Sa résurrection ; et nous avons à cet effet reçu l’Esprit d’adoption par lequel nous crions : Abba, Père. Et pourtant, en dépit du témoignage de Dieu le plus clair quant au changement radical opéré par la venue de Son Fils, et l’accomplissement de Son œuvre, et le don du Saint Esprit, il est ouvertement et sérieusement proposé, comme si c’était la part de la foi une fois accordée aux saints, que cette œuvre merveilleuse et cette manifestation de la grâce divine soient mises de côté, avec leurs résultats pour le croyant, et que l’âme soit replacée sous l’ancien joug et dans l’ancienne condition ! Sans aucun doute, c’est précisément ce à quoi vise Satan, un effort pour effacer tout ce qui est propre au christianisme par un retour au judaïsme. On ne peut qu’être étonné de trouver un tel aveu à visage découvert, de la part d’hommes qui professent avoir la lumière évangélique.

La véritable réponse alors à une telle incompréhension de Matthieu 23 et aux fausses applications de portions similaires de la sainte Écriture, est qu’à ce moment-là, notre Seigneur adhérait encore (et c’est ce qu’Il fit jusqu’au dernier moment) à Sa propre mission messianique ; et cela supposait et maintenait la nation et le résidu sous la loi, et non dans la puissance libératrice de Sa résurrection. Lequel des disciples pouvait alors dire : « En sorte que nous, désormais, nous ne connaissons personne selon la chair ; et, si même nous avons connu Christ selon la chair, toutefois maintenant nous ne le connaissons plus ainsi. En sorte que si quelqu’un est en Christ, c’est une nouvelle création : les choses vieilles sont passées ; voici, toutes choses sont faites nouvelles ; et toutes sont du Dieu qui nous a réconciliés avec lui-même par Christ, et qui nous a donné le service de la réconciliation » ? Maintenant, au contraire, c’est le langage normal du chrétien. Ce n’est pas une question de réalisation particulière ou de foi extraordinaire, mais de la simple soumission actuelle au témoignage chrétien complet dans le Nouveau Testament. Même si nous étions des Juifs, l’ancien lien est dissous par la mort, et nous sommes mariés à un autre, à savoir Christ ressuscité d’entre les morts. Ainsi, avoir la loi aussi bien que Christ pour guide et pour règle, c’est comme avoir deux maris en même temps, et c’est une sorte d’adultère spirituel.

Certainement aussi, nous pouvons et devons retirer un profit moral de la censure de notre Seigneur envers les scribes et les pharisiens ; car qu’est le cœur ! Nous avons à prendre garde de ne pas imposer aux autres ce que nous négligeons d’observer nous-mêmes. Nous devons veiller à ne pas faire des œuvres afin d’être vus des hommes. Nous avons à prier contre ce que reconnaît l’esprit du monde — l’amour de la prééminence, à la fois intérieure et extérieure (v. 4-7). C’est pourquoi la parole est : « Ne soyez pas appelés : Rabbi ; car un seul est votre conducteur, le Christ ; et vous, vous êtes tous frères. Et n’appelez personne sur la terre votre père ; car un seul est votre père, celui qui est dans les cieux. Ne soyez pas non plus appelés conducteurs ; car un seul est votre conducteur, le Christ ». La question ici n’est pas les divers dons que le Seigneur confère, par le Saint Esprit, aux membres de Son corps l’Assemblée, mais les autorités religieuses dans le monde et un certain statut et honneur en vertu de l’office ou de la position ecclésiastiques. Mais le grand principe moral du royaume (qui est toujours vrai) est appliqué ici : « Le plus grand de vous sera votre serviteur. Et quiconque s’élèvera sera abaissé ; et quiconque s’abaissera sera élevé » (v. 8-12). La croix et la gloire céleste ne feront qu’approfondir la valeur et la signification de ces paroles du Sauveur ; mais même avant l’une et l’autre, et indépendamment du nouvel ordre de choses dans l’Assemblée, elles portent Son empreinte et sont valables pour le royaume.

Les scribes et les pharisiens étaient dans un contraste manifeste avec ce modèle du vrai service pour les disciples, eux sur lesquels le Seigneur prononce ensuite huit solennels malheurs (v. 13-33)[18]. Que pouvait-Il dire d’autre d’hommes qui non seulement n’entraient pas dans le royaume des cieux, mais qui empêchaient ceux qui étaient disposés à entrer ? Quoi d’autre pouvait être dû à ceux qui cherchaient l’influence religieuse sur les faibles et ceux qui étaient sans défense, pour leur propre gain ? Quoique reconnaissant que leur zèle pour faire des prosélytes était infatigable, quel en était le fruit dans les âmes devant Dieu ? Ceux qui étaient enseignés n’étaient-ils pas, comme d’habitude, le meilleur reflet de tels enseignants, comme étant plus simples et sans réserve dans leurs voies, leur but et leur esprit ? Alors le Seigneur met à nu leurs distinctions de pinaillage, qui en réalité rendaient nulle l’autorité de Dieu, insistant, comme ils le faisaient, sur les exactions les plus insignifiantes tout en négligeant les vérités morales les plus simples et éternelles. Ensuite est montré leur effort vis-à-vis de l’apparence extérieure, quelle que puisse être l’impureté à l’intérieur ; et cela, à la fois dans leur travail comme dans leur vie et leur personne, qui étaient pleines de duplicité et de volonté propre, le tout couronné par une grande vénération affectée pour les prophètes et les justes qui avaient souffert depuis le début, et qui n’agissaient plus sur la conscience. Ce dernier point leur donnait d’autant plus de crédit. Il n’y a pas de moyen moins coûteux ni plus réussi pour obtenir une réputation religieuse, que d’honorer de façon affichée les justes qui sont morts et ont disparu, en particulier en se reliant à eux en apparence, comme étant dans la même association. La succession semble naturelle, et il semble difficile d’accuser ceux qui honorent les saints morts, de nos jours, avec le même esprit rebelle qui les avait persécutés et mis à mort à leur époque. Mais le Seigneur allait les mettre à l’épreuve d’une manière rapide et décisive, et démontrer le véritable penchant et l’esprit de la religion du monde. « C’est pourquoi voici, moi, je vous envoie des prophètes, et des sages, et des scribes ; et vous en tuerez et vous en crucifierez, et vous en fouetterez dans vos synagogues, et vous les persécuterez de ville en ville, en sorte que vienne sur vous tout le sang juste versé sur la terre, depuis le sang d’Abel le juste, jusqu’au sang de Zacharie, fils de Barachie, que vous avez tué entre le temple et l’autel » (v. 34, 35). C’était moralement la même race et le même caractère tout du long. Dans un juste jugement, le Seigneur ajoute : « En vérité, je vous dis : toutes ces choses viendront sur cette génération ». Ainsi doit être jugé dans sa pleine mesure ce qui avait commencé avec leurs pères et avait été achevé par eux. Hypocrites et serpents, comment pouvaient-ils échapper au jugement de la géhenne ?

Mais, combien cela est touchant ! Là, le Seigneur se lamente sur la cité coupable — Sa propre ville : « Jérusalem, Jérusalem, la ville qui tue les prophètes et qui lapide ceux qui lui sont envoyés, que de fois j’ai voulu rassembler tes enfants comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et vous ne l’avez pas voulu ! Voici, votre maison vous est laissée déserte » (v. 37, 38). Sa gloire resplendit plus que jamais ; le Messie rejeté est en vérité l’Éternel. Lui avait voulu rassembler (et combien souvent !), mais ils ne le voulaient pas. Ce n’était désormais plus Sa maison, ni celle de Son Père, mais la leur, et elle leur est laissée déserte. Toutefois, si c’est une parole judiciaire des plus solennelles, il y a de l’espoir à la fin : « Car je vous dis : Vous ne me verrez plus désormais, jusqu’à ce que vous disiez : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ». Israël doit encore voir son Roi, mais non pas avant qu’un résidu pieux d’entre eux ne soit converti pour L’accueillir au nom de l’Éternel.