Chapitre 24

Dans cette prophétie de notre Seigneur que nous abordons maintenant, nous trouvons une confirmation d’un grand principe divin : qu’Il n’ouvre jamais l’avenir des jugements sur les rebelles, et de la délivrance de Son propre peuple, jusqu’à ce que le péché se soit développé jusqu’à manifester une ruine complète. Prenez les tous premiers exemples dans la Bible. Quand fut-il dit que la semence de la femme briserait la tête du serpent ? Quand la femme fut séduite, et que l’homme fut tombé dans la transgression du fait des ruses de l’ennemi ; quand le péché fut entré dans le monde, et par le péché la mort. Encore, la prophétie d’Énoch, qui nous est donnée par Jude, fut prononcée quand le terme de la patience de Dieu envers le monde d’alors fut presque atteint, et que le déluge allait venir rendre témoignage de Son jugement sur la corruption et la violence de l’homme.

Ainsi, que nous regardions à la première prédiction de Christ avant l’expulsion d’Éden, ou au témoignage à la venue du Seigneur pour juger avant le déluge, la prophétie survient quand l’homme a complètement manqué. Ainsi avec Noé, quand le manquement se fut produit dans sa propre famille, et en lui-même, nous voyons qu’il fut conduit par l’Esprit Saint dans un résumé prophétique de toute l’histoire du monde, en commençant par le jugement de celui qui avait méprisé son père (même si cela était à sa propre honte), et en poursuivant avec la bénédiction de Sem et la part de Japheth. Ainsi en fut-il, plus tard, avec les prophéties de Balaam et de Moïse, « et même tous les prophètes, depuis Samuel et ceux qui l’ont suivi » ; car l’époque de Samuel est la période frappante que le Nouveau Testament désigne comme le commencement de la grande lignée des prophètes. Et pourquoi ? C’était le jour où Israël abandonna ouvertement Dieu comme son Roi, consommant le péché que leur cœur avait conçu dans le désert, quand ils cherchaient un chef pour retourner en Égypte. C’était une crise de fierté en Israël, dont la bénédiction reposait sur le fait qu’il était un peuple séparé de tous ceux qui l’entouraient, pour l’Éternel son Dieu, qui leur aurait sûrement fourni un roi de Son propre choix, s’ils s’étaient attendus à Lui, au lieu de choisir pour eux-mêmes, au déshonneur de Dieu et à leurs propres humiliation et peine, afin d’être comme les nations.

Le même principe s’applique de façon évidente au temps où les grands livres prophétiques ont été écrits — Ésaïe, Jérémie, et le reste. C’était quand toute espérance actuelle avait disparu, et que les fils de David n’opéraient aucune délivrance, mais plutôt que, à cause de leur immense iniquité et de leurs insultes profanes envers Dieu, Il fut finalement moralement forcé de déclarer la nation Lo-Ammi — « pas mon peuple ». Avant, pendant et après la captivité, l’Esprit de prophétie mettait à nu le péché des rois, des sacrificateurs et des prophètes (les faux prophètes), et du peuple, mais indiquait le Messie qui allait venir et la nouvelle alliance. Et c’est Lui que nous avons vu venir en réalité, dans notre évangile, mais être rejeté de façon croissante et complète par Israël, et avec Lui, toutes leurs promesses et leurs espérances en Lui ; et maintenant, dans la perspective prochaine de Sa propre mort de leurs mains, et par là la pire de leurs morts, le Seigneur rejeté entreprend ce discours prophétique.

« Et Jésus sortit et s’en alla du temple ». Car qu’était-il maintenant ? Un cadavre, et rien de plus. « Voici, votre maison vous est laissée déserte »[19]. « Et ses disciples s’approchèrent pour lui montrer les bâtiments du temple. Et lui, répondant, leur dit : Ne voyez-vous pas toutes ces choses ? En vérité, je vous dis : Il ne sera point laissé ici pierre sur pierre qui ne soit jetée à bas » (v. 1, 2). Le cœur des disciples était occupé alors, comme c’est trop souvent le cas maintenant, des apparences présentes, et du grand déploiement de magnificence dans le service de Dieu ; le halo des associations brillait devant leurs yeux. Mais Jésus prononce la condamnation sur tout ce qu’ils admiraient sur la terre. En vérité, quand Il quitta le temple, tout avait disparu de ce qui lui donnait sa valeur aux yeux de Dieu. En dehors de Jésus, qu’y a-t-il dans ce monde sinon un vain affichage, ou pire ? Et comment le Seigneur délivre-t-Il les siens de la puissance de la tradition et de toute autre source d’attrait pour le cœur ? Il présente les communications de Son propre esprit, et jette la lumière du futur sur le présent. Combien souvent la mondanité non jugée dans le cœur d’un chrétien, se trahit par un manque de goût pour ce que Dieu révèle de ce qu’Il va faire ! Comment puis-je jouir de la venue du Seigneur si elle doit jeter bas la plus grande partie de ce que je cherche à édifier dans le monde ? Quelqu’un, par exemple, peut essayer d’obtenir ou de conserver un certain statut par son habileté, et espérer que ses fils pourront le surpasser au moyen des avantages supérieurs dont ils jouissent. Toute la grandeur humaine est basée sur une idée de la sorte ; c’est « le monde », de fait. Encore une fois, la venue de Christ est une vérité qui démolit toute cette construction ; parce que, si nous attendons réellement Sa venue comme pouvant avoir lieu à tout instant — si nous réalisons que nous sommes mis comme des serviteurs à la porte avec la poignée en main, attendant qu’Il frappe (nous ne savons pas dans combien de temps) et désirant Lui ouvrir immédiatement (« Bienheureux sont ces esclaves ! ») — si telle est notre attitude, comment pouvons-nous avoir du temps ou du cœur pour ce qui occupe ce monde affairé qui oublie Christ ? De plus, nous ne sommes pas du monde, comme Christ n’en est pas ; et en matière de moyens et d’agents pour réaliser ses plans, le monde ne manquera jamais d’hommes pour faire son travail. Mais nous avons une affaire plus élevée, et il est au-dessous de notre niveau de rechercher les honneurs du monde qui rejette notre Seigneur. Quelque insignifiante ou éprouvante que soit notre position extérieure, qu’y a-t-il d’aussi glorieux que de servir en elle notre Seigneur Christ ? Et Il vient.

Dans la croix, nous voyons Dieu s’humiliant Lui-même — l’unique qui, de toute la grandeur qui était la sienne, s’est abaissé si bas pour sauver mon âme — l’unique qui commande tout, devenant le serviteur de tous. Quelqu’un ne peut pas recevoir la vérité de la croix sans avoir, dans une certaine mesure, sa marche en accord avec l’esprit de celle-ci. Pourtant, combien de saints de Dieu regardent à la croix, non pas tant comme ce par quoi le monde leur est crucifié et eux au monde, mais plutôt comme le remède par lequel ils sont rendus libres de toute crainte, pour se faire une place confortable dans le monde ! Le chrétien devrait être le plus heureux des hommes ; mais son bonheur devrait consister en ce qu’il sait que sa part est en et avec Christ. Pendant ce temps, notre service et notre obéissance doivent être formés d’après l’esprit de la croix de notre Seigneur Jésus Christ. La méchanceté de l’homme et la grâce de Dieu ont été pleinement manifestés à la croix ; tout se rencontre là : et sur cette grande vérité est fondé ce qui est souvent dit dans l’Écriture : « La fin de toutes choses s’est approchée » ; parce que tout a été manifesté dans ses voies morales et ses relations dispensationnelles entre Dieu et l’homme.

Le Seigneur prend les disciples là où ils se trouvaient. Ils étaient des Juifs pieux croyants. Leurs associations reliaient Christ avec le temple. Ils savaient qu’Il était le Messie d’Israël, et ils s’attendaient à ce qu’Il juge les Romains et réunisse tous les dispersés de la semence d’Abraham des quatre vents des cieux. Ils s’attendaient à ce que toutes les prophéties concernant le pays et la ville soient accomplies. Il n’y avait pas la moindre pensée dans l’esprit des disciples, à ce moment-là, de Jésus allant au ciel et demeurant là un long moment, ni de la dispersion d’Israël, ni des Gentils amenés à la connaissance de Christ. En conséquence, cette grande prophétie sur la montagne des Oliviers commence avec les disciples et avec leur condition. Leur cœur était trop occupé de bâtiments du temple. Mais le Seigneur, désormais rejeté, annonce que « il ne sera point laissé ici pierre sur pierre qui ne soit jetée à bas ». Cela excita fortement le désir des disciples de comprendre comment de telles choses devaient se réaliser. Ils étaient conscients, d’après les prophéties, qu’il y aurait un temps de sombre tristesse pour Israël, et ils ne savaient pas comment cela pouvait aller ensemble avec leur bénédiction prédite. Ils Lui demandent donc : « Quand ces choses auront-elles lieu, et quel sera le signe de ta venue et de la consommation du siècle (monde) ? » (v. 2, 3).

« Ta venue » signifie « la présence du Seigneur avec eux sur la terre » ; et « la consommation du siècle » est un terme tout à fait différent de celui traduit ailleurs par « monde », il signifie ici la fin de la période pendant laquelle notre Seigneur serait absent d’eux. Ils voulaient connaître le signe de Sa présence avec eux. Ils savaient qu’il ne pourrait jamais y avoir une désolation telle, si leur Messie régnait sur eux. Ils désiraient savoir quand le temps de tristesse serait venu, et quel serait le signe de Sa présence qui le terminerait et introduirait une joie sans fin.

« Et Jésus, répondant, leur dit : Prenez garde que personne ne vous séduise ; car plusieurs viendront en mon nom, disant : Moi, je suis le Christ ; et ils en séduiront plusieurs » (v. 4, 5). Dans les épîtres, on ne trouve jamais exactement une pensée telle qu’avertir des personnes contre de faux christs, car les épîtres sont adressées aux chrétiens ; et un chrétien ne pouvait pas être trompé par les prétentions d’un homme à être Christ. C’est ici tout à fait approprié, parce que dans ce chapitre, les disciples sont vus, non comme nos représentants à nous chrétiens maintenant, mais des Juifs pieux dans le futur. Nous, comme chrétiens, n’avons rien affaire avec la destruction du temple ; cela ne nous affecte en rien. Ces disciples, comme le résidu pieux de la nation, attendaient que le Messie introduise la gloire. Le Seigneur les avertit donc que si quelqu’un s’élevait parmi eux, disant : Je suis le Christ, ils ne devaient pas le croire. Le temps était venu où le véritable Messie devait apparaître. Et Il était apparu, mais Israël L’avait rejeté, s’endurcissant dans le mensonge que notre Seigneur ne pouvait pas être Celui qui avait été promis. Mais Israël n’avait pas encore abandonné l’espérance du Messie, et cela les exposait au faux espoir dont il est parlé ici (c’est-à-dire, de personnes disant : Je suis le Christ). De toutes façons, le rejet du vrai Christ les laissait ouverts à la réception d’un faux Christ. Notre Seigneur les avait avertis de ceci. « Moi, je suis venu au nom de mon Père, et vous ne me recevez pas ; si un autre vient en son propre nom, celui-là vous le recevrez ». Si un messie devait venir, plein de lui-même et de Satan, la nation serait abandonnée à recevoir le faux, comme une juste rétribution pour avoir rejeté le vrai. Les disciples étaient les représentants des Juifs pieux, et étaient avertis de ce qui devait survenir à leur nation. Mais prenez l’épître de Jean, et qu’y trouvez-vous ? « Bien-aimés, ne croyez pas tout esprit ». Pourquoi ? Parce que la grande chose par laquelle se distingue l’Église est la présence du Saint Esprit ; et la tromperie contre laquelle nous avons à veiller est les faux esprits, non les faux Christs, quoiqu’il y ait plusieurs antichrists. Le danger pour les chrétiens est d’attrister le Saint Esprit — bien plus, d’écouter les faux esprits. « Ne croyez pas tout esprit, mais éprouvez les esprits pour voir s’ils sont de Dieu, car beaucoup de faux prophètes sont sortis dans le monde ». Il y a maintenant de faux prophètes, et de mauvais esprits qui travaillent en eux. De nos jours, la foi dans l’Esprit Saint et dans la puissance de Satan est très affaiblie. Les gens regardent seulement à l’homme ; alors que l’Écriture fait grand cas de Dieu et de Satan. Ce qui donne à Satan de la puissance sur un professant du nom de Christ, c’est la tolérance du péché. Satan n’a pas un atome de puissance contre un enfant de Dieu qui regarde à Jésus ; mais là où le moi est toléré, c’est une opportunité pour Satan de s’introduire.

Ici, il est question de faux christs, parce que notre Seigneur parlait aux disciples de circonstances et d’espérances juives, quoiqu’après cela Il se tourne vers des sujets chrétiens. La prophétie est constituée de trois grandes parties. Le résidu juif a son histoire décrite complètement ; puis vient la portion des chrétiens, et après cela celle des Gentils. La prophétie se divise elle-même dans ces trois sections. Les Juifs sont d’abord mis en avant, parce que les disciples n’étaient pas encore retirés de leur position juive : ce fut seulement quand Christ fut crucifié que le mur de clôture fut détruit. L’intention de notre Seigneur était de prendre le résidu juif et de montrer qu’il y aurait une compagnie, au dernier jour, sur le même terrain que ces disciples — le chrétien se présentant entre les deux. C’est ce qui nous est décrit dans la dernière partie du chapitre, et dans la plus grande partie de Matthieu 25. Puis nous avons les Gentils, « toutes les nations », rassemblés devant le Fils de l’homme. Tel est le fil reliant les parties de ce grand discours.

« Plusieurs viendront en mon nom, disant : Moi, je suis le Christ ; et ils en séduiront plusieurs. Et vous entendrez parler de guerres et de bruits de guerres ; prenez garde que vous ne soyez troublés, car il faut que tout arrive ; mais la fin n’est pas encore » (v. 5, 6). Remarquez qu’il y a deux grands avertissements moraux donnés par notre Seigneur. Tout d’abord, ils devaient se méfier d’une espérance vraie faussement appliquée. De faux Christs tireraient profit du fait que les Juifs devaient attendre Christ, et ils prétendraient être le Christ. En second lieu, ils pouvaient être terrifiés par l’ennemi qui savait comment utiliser de telles circonstances. Le verset 6 les met donc en garde contre des alarmes : « Vous entendrez parler de guerres et de bruits de guerres ». Ce n’est clairement pas pour le chrétien, car où le Saint Esprit avertit-Il le chrétien de troubles concernant des guerres et des bruits de guerre ? Nous ne trouvons rien de cela dans les épîtres, là où l’Assemblée chrétienne est proprement mise en évidence ! Est-ce nier l’importance de l’avertissement du Seigneur ? À Dieu ne plaise !

Mais le passage que nous considérons ne se rapporte pas aux chrétiens, mais aux disciples juifs tels qu’ils étaient alors, et tels qu’ils seront. Notre appel prend place après que notre Seigneur est allé au ciel et avant qu’Il revienne en gloire, tandis que le résidu juif se trouvera, au dernier jour, sur un terrain similaire et avec des espérances semblables aux disciples auxquels le Seigneur s’adressait. Si nous voulons mettre les choses en ordre dans la Parole de Dieu, nous devons remarquer de quoi et à qui Il parle. Si moi, un Gentil, je prend le langage d’un Juif, c’est faire une grande erreur ; ou si un chrétien adopte le langage soit d’un Juif, soit d’un Gentil, c’est également aussi une erreur semblable. C’est pour cette raison qu’une telle importance est mise sur « exposer justement la parole de la vérité ». Nous trouvons différentes voies de Dieu, selon Sa volonté souveraine, au sujet de ceux dont Il s’occupe, et nous devons prendre garde d’appliquer correctement Sa Parole. Les disciples, en tant que résidu juif, ayant un appel particulier dans un pays particulier, le pays de Judée, ne devaient pas être troublés s’ils entendaient parler de guerres et de bruits de guerre : « Car il faut que tout arrive ; mais la fin n’est pas encore ». Trouvons-nous jamais les apôtres disant : La fin n’est pas encore, pour nous ? Au contraire, il est dit de nous (1 Cor. 10) : « à nous que les fins des siècles ont atteints » ; tandis que le Seigneur, en s’adressant au résidu juif, dit : « la fin n’est pas encore » — parce que beaucoup de choses doivent encore s’accomplir avant que les Juifs ne parviennent à leur bénédiction. Mais pour les chrétiens, toutes choses sont déjà maintenant nôtres en Christ ; la bénédiction n’est jamais repoussée, quoique nous attendions le couronnement à Sa venue.

En pratique aussi, la différence est immensément importante ; car le chrétien n’est pas du monde, tout comme Christ n’en est pas, ce qui ne pouvait pas être dit de la même façon du corps juif qui devait être appelé dans le dernier jour. Pour nous, « les guerres et les bruits de guerre » ne devraient pas être une source de trouble, quoique certainement elles devraient être une occasion de sainte préoccupation et d’intercession dans un esprit de grâce, et cela, pour tous ceux qui y sont engagés. Le résidu juif, au contraire, ne sera pas séparé de cette manière céleste ; et les combats terrestres qui feront alors rage dans et autour du pays ne pourront que les affecter grandement : de sorte qu’ils auront particulièrement besoin de chérir la confiance dans les paroles du Sauveur, et de ne pas être troublés comme si l’issue en était douteuse, ou comme si eux-mêmes étaient oubliés dans ce jour sombre. Ils devront attendre avec patience ; « car nation s’élèvera contre nation, et royaume contre royaume ; et il y aura des famines, et des pestes, et des tremblements de terre en divers lieux. Mais toutes ces choses sont un commencement de douleurs ». Il est évident que le langage n’est applicable, dans toute sa force, qu’aux Juifs — à ceux qui croient, sans doute, mais encore Juifs au milieu d’une nation judiciairement châtiée pour son apostasie de Dieu et la réjection de son propre Messie.

Le Seigneur prépare donc les disciples juifs ou le résidu pour leurs épreuves particulières, en partie vraies après Son propre départ jusqu’à la destruction de Jérusalem, et encore bien plus complètement vérifiées avant que Jérusalem soit de nouveau reconnue, après la destruction de l’Antichrist. « Alors ils vous livreront pour être affligés, et ils vous feront mourir ; et vous serez haïs de toutes les nations [ou des Gentils] à cause de mon nom. Et alors plusieurs seront scandalisés, et se livreront l’un l’autre, et se haïront l’un l’autre » (v. 9, 10). Il y aura une fausse profession et une haine de la vérité, même parmi eux — et non pas seulement des troubles extérieurs : « Et plusieurs faux prophètes s’élèveront et en séduiront plusieurs : et parce que l’iniquité prévaudra, l’amour de plusieurs sera refroidi ; mais celui qui persévérera jusqu’à la fin, celui-là sera sauvé ». Ainsi, il y a une certaine période définie de patience — une fin à venir, aussi certainement qu’il y a eu un commencement de douleurs. Mais quelle épreuve, quelle obscurité, quelles souffrances, quel scandale, avant que vienne la fin ! Quand notre Seigneur, dans l’évangile de Jean, parle du lot du chrétien, Il ne parle jamais ni d’un commencement ni d’une fin, mais laisse seulement entendre qu’il faut s’attendre à la tribulation tout au long de la course : « Vous avez de la tribulation dans le monde ». Et tel est le langage et la pensée constants dans les épîtres, où incontestablement, c’est notre appel qui est en vue.

Puis suit un signe final. « Cet évangile du royaume sera prêché dans la terre habitée tout entière, en témoignage à toutes les nations ; et alors viendra la fin » (v. 14). L’évangile de la grâce de Dieu n’est pas le même que l’évangile du royaume. Tous deux seront prêchés — que Dieu sauve les âmes désormais par Sa seule faveur, par Christ ; et qu’il y a un royaume qu’Il va établir prochainement par Sa puissance, qui doit embrasser toute la terre. Avant que vienne la fin, il y aura donc un témoignage spécial de cette venue du Seigneur, comme Il le laisse entendre ici. Ainsi, en Apocalypse 14, un ange est vu par Jean dans la vision prophétique, ayant l’évangile éternel pour l’annoncer à ceux qui sont établis sur la terre, et à toute nation, et « disant à haute voix : Craignez Dieu et donnez-lui gloire, car l’heure de son jugement est venue ; et rendez hommage à celui qui a fait le ciel et la terre et la mer et les fontaines d’eaux ». Actuellement, on ne peut pas dire que l’heure de Ses jugements est venue ; car c’est, au contraire et de façon explicite, le jour de Sa grâce et du salut. Clairement donc, la conclusion est que juste avant la fin de cette dispensation, il y aura une énergie remarquable de l’Esprit au milieu des Juifs ; et de ce même peuple qui avait rejeté Jésus autrefois, des messagers du royaume iront partout, touchés par Sa grâce, pour annoncer l’arrivée prochaine du jugement divin et l’établissement du royaume des cieux en puissance et en gloire. Qui, dans la miséricorde de Dieu, est plus propre à proclamer le retour du Messie, que quelques-uns venant de la nation même qui autrefois L’avait cloué à la croix — pour Le proclamer maintenant parmi tous les orgueilleux Gentils dont le représentant d’alors avait inscrit sur Sa croix : « Celui-ci est Jésus, le roi des Juifs » ? Le témoignage se répandra universellement, alors. Combien c’est humiliant pour la chrétienté ! avec la papauté, l’islam, et aussi le paganisme, qui prévalent encore en Asie et en Afrique — la grande masse de l’humanité. Et pourtant, les hommes chrétiens ferment leurs yeux aux faits les plus clairs et les plus solennels, et se vantent des triomphes de l’évangile ! Non : les Gentils ont été sages selon leur propre estimation, quoique la grâce souveraine ait opéré malgré tout ; mais il est réservé à d’autres témoins, quand l’« apostasie » aura été complète dans la chrétienté et que l’homme de péché sera révélé, de proclamer le royaume qui vient dans toute la terre habitable.

Au verset 15, le Seigneur nous montre, non pas des signes généraux de la fin approchant, ou ce qui devait distinguer la fin en général des douleurs précédentes d’Israël, mais Il indique des circonstances d’une nature très précise, qui peuvent peut-être être appliquées partiellement à ce qui s’est passé avant la chute de Jérusalem sous Titus, mais qui ne peuvent être accomplies que dans le futur d’Israël, si nous faisons soigneusement attention à la particularité de la scène, au lien avec la prophétie, et, par-dessus tout, à la consommation dans laquelle tout doit se terminer.

Tout d’abord donc, notre Seigneur fait référence à un prophète juif. « Quand donc vous verrez l’abomination de la désolation, dont il a été parlé par Daniel le prophète, établie dans le lieu saint (que celui qui lit comprenne) », etc. La parenthèse prévient du fait que la prédiction pourrait être mal comprise — dans tous les cas, qu’elle demandait de l’attention. Deux passages de la prophétie (Dan. 11, 31 et Dan. 12, 11) parlent de cette abomination ; mais je n’ai aucune hésitation à dire que le premier était une annonce des actes d’Antiochus Épiphane, des siècles avant Christ, et que le dernier est celui auquel il est fait référence ici, et qui est encore non accompli. Tout à fait distinct de l’époque d’Antiochus, Daniel 12 parle d’une autre idole qui amène la désolation à sa suite, et cela expressément « au temps de la fin ». « Plusieurs seront purifiés et blanchis et affinés ; et les méchants agiront méchamment, et aucun des méchants ne comprendra ; mais les sages comprendront ». En cela, nous trouvons un autre lien de relation avec les paroles de notre Seigneur — « que celui qui lit comprenne ». « Et depuis le temps où le [sacrifice] continuel sera ôté et où l’abomination qui désole sera placée, il y aura mille deux cent quatre-vingt-dix jours ». Ainsi, outre le mal idolâtre imposé par le célèbre roi du Nord, Antiochus, longtemps avant que le Seigneur apparaisse, Daniel considérait dans l’avenir un mal similaire à la fin des détresses d’Israël, dont la destruction précédera immédiatement leur délivrance finale. « Bienheureux celui qui attend ». Quant à ce dernier passage, notre Seigneur cite le prophète juif, et jette une lumière supplémentaire sur ces mêmes temps et circonstances.

La conclusion est claire et certaine : dans le verset 15 de Matthieu 24, notre Seigneur fait allusion à cette partie de Daniel qui est encore à venir, et non à celle qui était de l’histoire quand Il parlait de cela sur la montagne des Oliviers. Je suis conscient que certains ont confondu la chose avec ce que nous lisons dans Daniel 8 et 9. Mais « la transgression qui désole » n’est pas la même chose que « l’abomination de la désolation » ; et nous ne pouvons pas non plus identifier de façon absolue « la fin de l’indignation » avec « le temps de la fin » (comp. És. 10). Les distinctions dans l’Écriture doivent être notées aussi bien que les points de ressemblance et de contact. Le dernier verset de Daniel 9 peut sembler avoir de plus fortes raisons pour cela. Nous avons là une alliance confirmée pour une semaine ; et alors, au milieu de la semaine, le sacrifice et l’offrande sont forcés de cesser ; après quoi, à cause de la protection donnée aux abominations, ou idoles, il y a un désolateur « jusqu’à ce que la consomption et ce qui est décrété soient versés sur la désolée » (c’est-à-dire Jérusalem). J’ai donné ainsi ce que je pense être le véritable sens de cet important passage, parce que, quand il est cité avec précision, la ressemblance supposée avec « l’abomination de la désolation » disparaît. Un désolateur qui vient à cause de l’aile (c’est-à-dire protection) des abominations est tout à fait distinct de l’abomination qui cause la désolation, ou de l’idole qui doit encore être mise dans le sanctuaire. Avec l’établissement de cette abomination est en lien la période de mille deux cent quatre-vingt-dix jours. Même pour ceux qui l’interprètent comme autant d’années, il est impossible d’appliquer la prophétie à la destruction de Jérusalem ou de son temple par les Romains. En aurait-il été ainsi, la période de bénédiction aurait dû être arrivée depuis longtemps pour Israël. La prophétie a-t-elle donc manqué ? Non ; mais les lecteurs ont manqué dans sa compréhension. Nous devons corriger, non pas le langage de l’Écriture, mais nos interprétations : nous devons revenir encore et toujours à la Parole de Dieu, et voir si nous n’avons pas mal tiré nos déductions.

La vérité, c’est que la compréhension de Daniel 12 est de toute importance pour tirer correctement profit de Matthieu 24. Dans son premier verset, nous avons un point de repère simple : « En ce temps-là se lèvera Micaël, le grand chef, qui tient pour les fils de ton peuple ». Il ne peut y avoir aucun doute raisonnable que le peuple de Daniel signifie les Juifs, et qu’il est parlé là d’une puissante intervention en leur faveur ; mais, comme d’habitude, non pas sans la plus grande épreuve de la foi. Car « ce sera un temps de détresse tel, qu’il n’y en a pas eu depuis qu’il existe une nation jusqu’à ce temps-là ». C’est ce que notre Seigneur a indiscutablement en vue dans le verset 21 : « Alors il y aura une grande tribulation, telle qu’il n’y en a point eu depuis le commencement du monde jusqu’à maintenant, et qu’il n’y en aura jamais ». Il ne peut pas y avoir deux tribulations, pour le même peuple, qui sont chacune la plus grande : les deux déclarations se rapportent au même trouble. Or Daniel dit positivement que « en ce temps-là ton peuple (les Juifs) sera délivré ». Qui peut prétendre que Micaël se tenait pour Israël contre Titus, pas plus que contre Nebucadnetsar ? Tout le monde ne sait-il pas qu’à ce moment-là, bien loin d’être délivrés, ils furent complètement vaincus par les Romains, et que ceux qui échappèrent à l’épée furent vendus comme esclaves et dispersés dans tout le monde ? Dieu était alors contre Israël, et non pour lui ; et, comme le roi dans la parabole, Il fut irrité, envoya Ses troupes, fit périr ces meurtriers et brûla leur ville. Ici, au contraire, l’heure de détresse sans égale précède tout juste leur délivrance de la part de Dieu, et non pas leur captivité.

En rapportant cela à notre chapitre, la vue de l’idole qui désolait dans le lieu saint est le signal de la fuite. « Alors que ceux qui sont en Judée s’enfuient dans les montagnes » (v. 16). Il n’y a aucune pensée d’un tel signe pour les chrétiens, mais pour les disciples juifs dans la terre sainte ; et cela, afin qu’ils puissent immédiatement se retirer de la scène du danger. « Que celui qui est sur le toit ne descende pas pour emporter ses effets hors de sa maison ; et que celui qui est aux champs ne retourne pas en arrière pour emporter son vêtement. Mais malheur à celles qui sont enceintes et à celles qui allaitent en ces jours-là ! » (v. 17-19). On a essayé de trouver dans ces paroles l’avertissement d’après lequel certains ont fui à Pella dans l’intervalle entre le moment où le lieutenant romain avait entouré la ville, et la mise à sac finale sous le commandant victorieux. Mais cela provient de ce que l’on confond Luc 21, 20 à 24 avec Matthieu 24, 15 à 21 ; alors qu’ils sont manifestement distincts, en dépit d’une certaine mesure d’analogie entre eux. Cela s’inscrivait parfaitement dans le cadre de ce qui était donné par l’Esprit au grand évangéliste gentil, de noter le siège romain maintenant passé aussi bien que la suprématie actuelle des nations qui foulaient aux pieds Jérusalem jusqu’à ce que leurs temps soient accomplis. Matthieu, cependant, avait sa propre tâche en parlant de la grande crise à venir, du moins depuis le verset 15. Et il est évident que comme l’abomination dans le lieu saint diffère très largement des armées qui environnaient Jérusalem, ainsi il y avait une large place pour le départ le plus tranquille de la cité menacée (oui, pour que les plus ralentis et les plus handicapés des deux sexes s’en aillent) après que Cestius Gallus se fut retiré. J’en conclus donc que par Matthieu, notre Seigneur nous donne ce qui concerne les temps de la fin ; et par Luc, ce qui se réfère au passé, et aussi au présent, superficiellement, aussi bien qu’au futur. Matthieu, par exemple, ne pouvait pas parler, comme Luc, de Jérusalem foulée aux pieds par les Gentils, parce qu’il est ici uniquement occupé des horreurs qui précéderont immédiatement la bénédiction et la délivrance d’Israël. Luc a à la fois un premier et un dernier temps de trouble ; Matthieu, depuis le verset 15, se limite à ce dernier temps.

« Et priez que votre fuite n’ait pas lieu en hiver, ni un jour de sabbat ; car alors il y aura une grande tribulation, telle qu’il n’y en a point eu depuis le commencement du monde jusqu’à maintenant, et qu’il n’y en aura jamais » (v. 20, 21). Combien le Seigneur est prévenant ! Et combien sûrement Ses disciples, en ce jour-là, pourront compter sur Ses soins, afin qu’il soit répondu à leurs requêtes, de sorte que, quelqu’urgente que doive être leur fuite, ni la saison peu clémente, ni le jour saint des Juifs, ne les entrave ! C’est ici une nouvelle preuve que ce sont les Juifs qui Le suivent, et non les chrétiens, qui sont en vue là. Quelque saint que soit le sabbat, je n’ai aucune hésitation à dire que le jour du Seigneur, avec lequel a affaire l’Église, est fondé sur une sainteté plus profonde. Le croyant a désormais à prendre garde, d’un côté à ne pas confondre le sabbat avec le jour du Seigneur, de l’autre à supposer que, puisque le jour du Seigneur n’est pas le sabbat, il peut donc être utilisé à des fins égoïstes ou mondaines. Le sabbat est le saint mémorial de la création et de la loi, comme le jour du Seigneur est celui de la grâce et de la nouvelle création dans la résurrection du Sauveur. En tant que chrétiens, nous ne sommes ni de l’ancienne création, ni sous la loi, mais nous nous tenons sur un terrain totalement différent, celui de Christ mort et ressuscité. Le sabbat était pour l’homme et pour le Juif — le dernier jour de la semaine, et simplement un jour de repos, partagé avec son âne et son bœuf. Ce n’est pas la pensée chrétienne, qui commence la semaine avec le Seigneur, Lui en donne le meilleur dans l’adoration, et est libre de travailler pour Lui de toutes manières au milieu du péché et de la misère du monde.

Ainsi, nous trouvons à chaque étape un nouveau témoignage de la portée réelle de la prophétie. Pour nous, le lieu saint est dans les cieux, non pas à Jérusalem ; pour nous, il n’est pas question d’échapper à quelque tribulation sans égale, mais d’être préparés à souffrir avec et pour Christ, et de nous réjouir toujours en cela ; pour nous, rassemblés d’entre toutes les nations et langues, les montagnes autour de la Judée ne sont pas des cachettes appropriées ; pas plus que l’hiver ou le jour du sabbat ne peuvent être une juste source d’alarme. Toute parole nous est donnée pour être méditée et mise à profit ; mais les preuves indiquent de façon immanquable un corps de Juifs convertis dans le dernier jour, non pas se tenant dans la lumière et les privilèges de l’Église, mais ayant des espérances juives ; et tout en attendant le Messie, avertis sur la manière d’échapper aux tromperies et au trouble accablant de ce jour. Il est question de sauver la chair (v. 22), et non de communion avec les souffrances de Christ et de conformité à Sa mort, de manière à, quel qu’en soit le prix, avoir part à la résurrection d’entre les morts. C’est pourquoi aussi, il n’y a aucune pensée ici de la venue de Christ pour nous prendre à Lui et nous donner des demeures là où Il est dans la maison du Père, mais bien plutôt de Son apparition en gloire pour détruire les ennemis, pour juger ce qui était mort et offensant pour Dieu, et pour délivrer les élus dispersés d’Israël. Pour leur bien, ces jours de terreur seront abrégés. Les avertissements des versets 23 à 28 sont en accord avec cela : « Alors, si quelqu’un vous dit : Voici, le Christ est ici, ou : Il est là, ne le croyez pas. Car il s’élèvera de faux christs et de faux prophètes ; et ils montreront de grands signes et des prodiges », etc. (v. 23, 24). Une telle tromperie pourrait-elle être adressée même au plus simple chrétien qui attend le Fils de Dieu du ciel ? Pourtant, elle est très intelligible si nous pensons aux futurs disciples juifs, qui pourront attendre quelque chose de semblable d’après une prédiction comme celle de Zacharie 14, où nous trouvons que la montagne des Oliviers est l’endroit désigné sur lequel Jéhovah le Messie doit encore se tenir. Nous pouvons bien concevoir, pour de tels saints, des rumeurs comme quoi le Messie était au désert ou dans les chambres secrètes : elles pourraient tromper ceux qui s’attendent à rencontrer le Seigneur sur la terre, non pas ceux qui savent qu’ils doivent Le rejoindre en l’air avec les ressuscités (1 Thess. 4 ; 2 Thess. 2).

La manière dont Il apparaîtra pour délivrer les Juifs est alors dévoilée, comme une mise en garde contre ces tromperies : « Car comme l’éclair sort », etc. Les images (v. 27, 28) qui illustrent la présence du Fils de l’homme, portent la pensée d’une manifestation soudaine et terrible, et d’un jugement rapide et inévitable sur ce qui sera alors simplement un corps sans vie, devant Dieu, quelles que puissent avoir été ses prétentions. Il n’est rien dit de tel, cependant, quand l’Écriture décrit la descente du Seigneur pour recevoir Ses saints ressuscités. Et quel est le résultat d’appliquer ainsi à tort ces versets ? L’interprétation révoltante que le « corps mort » signifie Christ, et « les aigles », les saints transfigurés, ou les convertis, ne mérite que la censure, et aucun commentaire. Il n’est pas non plus nécessaire de réfuter la revendication avancée par les doctrines de Rome. Appliqué à Israël, tout est simple. Le corps mort représente la partie apostate de cette nation ; les aigles, ou vautours, sont l’image des jugements qui lui tombent dessus. Ce n’est pas seulement qu’il y aura la manifestation de Christ en jugement comme un éclair, mais les agents de Sa colère sauront où et comment traiter ce qui est abominable au regard de Dieu. L’allusion se rapporte à Job 39, 33.

« Aussitôt après la tribulation de ces jours-là, le soleil sera obscurci », etc. (v. 29-31). On ne peut guère me demander de signaler l’ancien effort pour appliquer ces versets au triomphe de Rome sur Jérusalem. Face à cela, pourrait-il être dit que cela est « aussitôt après la tribulation » ? ou n’était-ce pas plutôt le couronnement de la douleur des Juifs ? — non pas le glorieux renversement de leurs souffrances par une délivrance divine. Quelques prodiges que rapporte Josèphe, ils étaient plutôt pendant la tribulation qu’il raconte ; alors que les signes dont il est parlé ici, littéraux ou figurés, doivent suivre « la tribulation de ces jours-là » (c’est-à-dire, la crise future de Jérusalem). Non ; il y a là un plus grand que Titus ; et un événement est annoncé en lien avec ce pauvre peuple, qui changera la face et la condition de toutes les nations. « Alors toutes les tribus de la terre se lamenteront et verront le fils de l’homme venant sur les nuées du ciel, avec puissance et une grande gloire. Et il enverra ses anges avec un grand son de trompette ; et ils rassembleront ses élus des quatre vents, depuis l’un des bouts du ciel jusqu’à l’autre bout ». Tout du long, les élus sont la semence choisie d’Israël (v. 22, 24, 31 ; comp. És. 65). Il y a d’autres élus, c’est sûr ; mais nous devons toujours interpréter d’après le contexte ; et celui-ci, dans le cas présent, semble parfaitement évident. Le Fils de l’homme dans le ciel, et vu là, est, je le conçois ainsi, le signe pour ceux qui sont sur la terre. Cela remplit de deuil toutes les tribus ; et Christ vient pour juger de façon visible. D’autres passages montrent que les saints célestes ont déjà été enlevés, et qu’ils devront alors accompagner leur Seigneur ; mais rien de ceci n’apparaît ici. Ç’aurait été prématuré. En outre, l’objet de cette portion de la prophétie est de montrer Sa venue pour le soulagement et le rassemblement de Ses élus hors d’Israël. C’est pourquoi c’est comme le Fils de l’homme (c’est-à-dire, dans un caractère judiciaire, voyez Jean 5, 27) qu’Il est présent ; et c’est pourquoi aussi Il envoie Ses anges avec un grand son de trompette. « Et il arrivera en ce jour-là qu’on sonnera de la grande trompette ; et ceux qui périssaient dans le pays d’Assyrie, et les exilés du pays d’Égypte, viendront et se prosterneront devant l’Éternel, en la montagne sainte, à Jérusalem » (És. 27, 13). C’est la proclamation, non seulement de l’an agréable du Seigneur, mais du jour de la vengeance de Dieu. « Et vous serez rassemblés un à un, fils d’Israël ». Les quatre vents en lien avec Israël ne présentent pas de difficulté, bien au contraire (voyez Zach. 2, 6). Comme le Seigneur les avait dispersés et répandus au loin « aux quatre vents des cieux », ainsi maintenant Ses élus sont rassemblés.

L’exposé général et la vue spéciale de la portion juive ont ainsi été donnés jusqu’à présent, dans le chapitre 24. Ils sont ensuite illustrés, à la fois d’après la nature (v. 32, 33), et d’après l’Écriture (v. 34, 35), et terminé par une application appropriée (v. 42-44).

« Apprenez du figuier la [ou, sa] parabole » (v. 32). Le figuier est le symbole bien connu de la nation juive. Nous le voyons, en Matthieu 21, ne portant rien que des feuilles — cette génération abandonnée à la malédiction d’une stérilité perpétuelle, quoi que la grâce puisse faire pour la génération à venir. En Luc 21, la parole est : « Voyez le figuier et tous les arbres », parce que le Saint Esprit, tout du long, et de façon particulière dans ce chapitre, introduit les Gentils. Luc adopte une portée plus large que Matthieu, et traite expressément des afflictions de Jérusalem en lien avec « le temps des Gentils ». D’où la différence même dans les figures qui l’illustrent. Ici il s’agit de l’arbre, avec des signes de vie renouvelés — la nationalité juive ravivée : « Quand déjà son rameau est tendre et qu’il pousse des feuilles, vous connaissez que l’été est proche. De même aussi vous, quand vous verrez toutes ces choses, sachez que cela est proche, à la porte » (c’est-à-dire, la fin de ce siècle, et le commencement du prochain sous le Messie et la nouvelle alliance). Mais de façon solennelle, le Seigneur avertit que « cette génération », cette race qui rejette Christ en Israël, ne passerait pas jusqu’à ce que toutes choses soient accomplies !

La pensée que tout fut accompli dans le siège passé de Jérusalem, fondée sur une interprétation étroite et non scripturaire de ce passage, vient de ce qu’on n’écoute pas ce que le Seigneur dit aux disciples. Par le terme « génération » dans une généalogie (comme en Matt. 1), ou là où le contexte le requiert (comme en Luc 1, 50), il est sans doute parlé de la durée d’une vie ; mais où est-il utilisé ainsi dans les Écritures prophétiques — les Psaumes, etc. ? La signification dans ces cas est morale plutôt que chronologique ; comme, par exemple, en psaume 12, 7 : « Toi, Éternel ! tu les garderas, tu les préserveras de cette génération, à toujours ». Les mots « à toujours » prouvent une application prolongée ; et en accord avec cela, le passage indique que l’Éternel préservera les hommes pieux de leurs oppresseurs impies, « de cette génération à toujours ». C’est une réfutation nette et concluante de ceux qui voudraient limiter l’expression à la courte durée de la vie d’un homme. Ainsi, en Deutéronome 32, 5 et 20, nous trouvons le terme génération utilisé ainsi, non pour signifier une période, mais pour exprimer les caractéristiques morales d’Israël. Encore, dans les Psaumes, nous trouvons « la génération à venir », qui n’est pas limitée à une simple durée de trente ou cent ans. De même aussi en Proverbes 30, 11 à 14 : « Il est une génération qui maudit son père… une génération pure à ses propres yeux », etc., où le caractère de certaines classes est considéré ; encore plus clair, si c’est possible, en est l’utilisation dans les évangiles synoptiques. Ainsi, en Matthieu 11, 16 : « À qui comparerai-je cette génération ? » signifie ceux qui vivaient alors, caractérisés par un caractère moral capricieux qui les mettait en opposition avec le témoignage de Dieu, quel qu’il puisse être, en justice ou en grâce. Mais évidemment, quoique ceux qui étaient alors vivants soient en vue en premier lieu, l’identité morale des mêmes caractères peut s’étendre indéfiniment, et ainsi de siècle en siècle ce serait encore « cette génération ». Comparez Matthieu 12, 39, 41, 42 et 45, où le dernier verset montre l’unité de la « génération » dans son jugement final (non encore épuisé) avec ce qui a émergé de la captivité babylonienne. Remarquez encore le chapitre 23, 36 : « En vérité, je vous dis : toutes ces choses viendront sur cette génération » — une génération qui se poursuivrait jusqu’à ce que toutes les prédictions de jugement que Christ a prononcé, soient accomplies (chap. 24, 34). Comme il est clair de ce que nous avons déjà montré, que beaucoup reste à accomplir, « cette génération » subsiste encore, et le fera, jusqu’à ce que tout soit terminé. Et combien cela est vrai ! Ici les Juifs sont — à l’étonnement de tout esprit réfléchi — non seulement une race brisée, dispersée, et cependant perpétuée ; non seulement distincte, en dépit des efforts puissants de l’extérieur pour les effacer, et de l’intérieur pour les amalgamer aux autres ; mais ayant la même incrédulité, le même rejet et le même mépris envers Jésus leur Messie, qu’au jour où Il prononça leur sentence. Toutes ces choses — parlant de leurs premières et de leurs dernières détresses — devront passer avant que cette génération méchante ne disparaisse. « Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point ». Ce que l’incrédulité considère comme le plus stable, la scène de son idolâtrie ou de sa propre exaltation, disparaîtra ; mais les paroles de Christ, qu’elles concernent Israël ou les autres, demeureront à toujours.

Mais si tout est ainsi assuré et ne peut manquer, le Père seul en connaît le jour et l’heure (v. 36). Le Seigneur avait déjà annoncé de grands signes distinctifs, et les sages comprendront ; « mais les méchants agiront méchamment, et aucun des méchants ne comprendra ». « Mais comme ont été les jours de Noé, ainsi sera aussi la venue du fils de l’homme. Car, comme dans les jours avant le déluge on mangeait et on buvait, on se mariait et on donnait en mariage, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche, et ils ne connurent rien, jusqu’à ce que le déluge vint et les emporta tous, ainsi sera aussi la venue du fils de l’homme » (v. 37-39). On trouve ici un autre témoignage que notre Seigneur, dans cette position, parle des disciples juifs des derniers jours (représentés par ceux qui L’entouraient alors), et non pas de l’Assemblée. Car Son illustration est tirée de la préservation de Noé et de sa maison à travers les eaux du déluge ; tandis que le Saint Esprit, par le moyen de Paul, illustre notre espérance d’après le modèle d’Énoch, enlevé au ciel, entièrement en dehors de ces scènes et de ces circonstances de jugement ici-bas.

De plus, quand le Fils de l’homme viendra ainsi en jugement sur les hommes vivant ici-bas, ce ne sera pas, comme quand les Romains ou d’autres prirent Jérusalem, un massacre ou une captivité indiscriminés ; mais que ce soit aux champs ou dans les tâches domestiques, que ce soient les hommes ou les femmes, il y aura un discernement juste des individus. « Alors deux hommes seront au champ, l’un sera pris et l’autre laissé ; deux femmes moudront à la meule, l’une sera prise et l’autre laissée » (v. 40, 41). La signification est clairement que l’un est ôté judiciairement, et que l’autre est laissé pour jouir des bénédictions du règne de Christ, qui jugera le peuple de Dieu en justice et Ses affligés avec droiture. C’est l’inverse de notre changement, quand les morts en Christ ressusciteront premièrement, et que nous, les vivants qui demeurons, serons ravis ensemble avec eux à la rencontre du Seigneur en l’air ; car ceux qui sont laissés, dans notre cas, le sont pour être punis d’une destruction éternelle de devant Sa présence. Mais le Seigneur aura aussi un peuple terrestre. Il attend jusqu’à ce que les saints célestes soient rassemblés avec Lui en haut, et alors Il commencera à semer, si je peux parler ainsi, pour la bénédiction terrestre, et dans ce cas, Sa venue comme Fils de l’homme sera pour ôter les méchants en laissant les justes tranquilles et en paix. « Il y aura abondance de froment sur la terre, sur le sommet des montagnes ; son fruit bruira comme le Liban ; et les hommes de la ville fleuriront comme l’herbe de la terre. Son nom sera pour toujours ; son nom se perpétuera devant le soleil, et on se bénira en lui : toutes les nations le diront bienheureux. Béni soit l’Éternel, Dieu, le Dieu d’Israël, qui seul fait des choses merveilleuses ! Et béni soit le nom de sa gloire, à toujours ; et que toute la terre soit pleine de sa gloire ! Amen ! oui, amen ! » (Ps. 72, 16-19).

« Veillez donc ; car vous ne savez pas à quelle heure (ou jour[20]) votre Seigneur vient ». Les opérations envers Israël, se terminant avec le sauvetage des justes au milieu d’eux, impliquent le jugement du monde inconscient qui se croit en sécurité. Par conséquent, dans ces versets de transition (v. 42-44), nous avons une allusion à une sphère plus large que les Juifs ou leur pays, dans lequel se trouvera le résidu pieux — protégé, mais toujours là. Dieu saura comment délivrer de la tentation les hommes pieux. Ils sont là, toutefois, environnés de pièges et d’ennemis, mais préservés : une position totalement différente de la nôtre, qui seront avant cela enlevés en haut dans la grâce souveraine et la sagesse de notre Seigneur. « Mais sachez ceci, que si le maître de la maison eût su à quelle veille le voleur devait venir, il eût veillé, et n’eût pas laissé percer sa maison. C’est pourquoi, vous aussi, soyez prêts ; car, à l’heure que vous ne pensez pas, le fils de l’homme vient ». Le but est évidemment un avertissement pratique aux fidèles sur la terre, d’être prêts. Ils avaient été réconfortés face aux troubles et à la violence ; ils avaient été mis en garde contre les tromperies religieuses du serpent ancien ; ils avaient été solennellement assurés de la fermeté des paroles du Seigneur concernant le point au sujet duquel les pensées des Gentils avaient fait errer même les vrais croyants ; ils sont maintenant exhortés à la vigilance et à être prêts pour la venue de leur Seigneur, afin que non seulement ils échappent aux fauves, mais qu’ils se tiennent devant le Fils de l’homme. Pour le monde, ce sera comme un voleur inattendu, les surprenant dans leur prétendue sécurité.

Depuis le verset 45 jusqu’au verset 30 du chapitre 25, nous entrons dans les paraboles qui concernent seulement la chrétienté, et non plus le résidu juif. Nous pouvons regarder cette partie comme un appendice au côté juif dont le Seigneur a parlé jusque-là. Par conséquent, nous avons ici un portrait si distinct de la profession, vraie ou fausse. Chaque fois que nous touchons à ce qui est proprement chrétien, Dieu a affaire avec le cœur et la conscience. Il appelle et forme ceux qui doivent être les compagnons de Son Fils dans la gloire céleste. C’est pourquoi Il ne passe sur rien ; tout est jugé par Dieu dans Sa vraie lumière. C’est pourquoi aussi, ici, il n’y a pas de limite de lieu ou de personne. Le christianisme est au-dessus du temps, du ciel et pour le ciel, quoiqu’il puisse être révélé de fait sur la terre durant l’intervalle dans les dispensations de Dieu provenant du rejet d’Israël pour un temps. Le christianisme est une révélation de la grâce découlant de Celui qui parle maintenant, non pas de la terre, mais du ciel. Ce n’est pas — je n’ai pas besoin d’y insister — que le mal est minimisé. Aucune erreur ne peut être plus grande ou fatale que de dire que la grâce implique de la légèreté à l’égard du péché. Au contraire, la grâce est la condamnation la plus forte de tout mal, étant de fait non la simple exigence de ce que l’homme devrait être envers Dieu, mais la révélation de ce que Dieu est envers l’homme dans le jugement de son péché à la croix de Christ. C’est pourquoi elle est la plus complète manifestation de la haine divine et du jugement du mal ; mais cela en Christ, au prix de Son propre Fils bien-aimé, afin de sauver les plus coupables qui croient. Quand Il avait affaire avec Son peuple terrestre sous la loi, bien des choses étaient permises, à cause de la dureté de leur cœur, qui n’avaient jamais Sa sanction. Mais quand la manifestation complète de la grâce brille, comme elle le fait maintenant, le mal n’est pas supporté, mais jugé. Tel est le christianisme en principe et en fait. Et de là vient que, pour le vrai chrétien, tout le temps de son séjour terrestre est un temps de jugement de soi ; ou, s’il y manque, l’assemblée est tenue de juger ses voies ; et si elle y manque, le Seigneur juge et lui et elle, en sainteté, mais en grâce, afin qu’ils ne soient pas condamnés avec le monde. Il peut dévoiler la fausse profession, ici et maintenant, s’Il le juge bon, mais nous voyons la fin de tout cela dans chacune de ces trois paraboles. La grâce ne ferme jamais les yeux sur le mal ; et si le mal prend occasion de la grâce à son profit, le résultat en est affreux, et il sera manifestement tel à la venue du Seigneur.

Et cela me conduit à remarquer que la venue du Seigneur a un double caractère. Tout d’abord, il y a Sa venue en grâce complète, entièrement indépendante de toute question quant à notre service, et en conséquent des récompenses dans le royaume dans lequel nous devons être manifestés avec Christ. Mais nous devons garder à l’esprit que cette manifestation au monde dans le royaume à venir est loin d’être la part la plus élevée de Sa gloire, ou même de la nôtre, car elle ne suscite pas le plus profond exercice de Sa grâce. En nous recevant à Lui, d’un autre côté, tout est purement de Lui. C’est Son propre amour qui veut nous avoir ainsi avec et comme Lui. C’est ainsi que nous trouvons que Jean présente la venue de Christ dans son évangile (Jean 14) ; et je ne sache pas qu’il soit traité différemment là. Dans l’Apocalypse, nous trouvons les deux caractères. Dans le premier chapitre, le témoignage est : « Voici, il vient avec les nuées », etc. Clairement, il n’y a pas de trace de saints enlevés ici, mais « tout œil le verra, et ceux qui l’ont percé ; et toutes les tribus de la terre se lamenteront à cause de lui ». L’Épouse n’apparaît nulle part dans cette scène, mais plutôt ce qui est public et affecte le monde de façon universelle, et en particulier les Juifs coupables du sang ; et tous se lamentent. Mais le dernier chapitre ne pouvait pas se terminer sans nous faire savoir qu’il y a, en dépit de tout mal et malheur et jugement, quelqu’un de tel que l’Épouse qui attend Son Époux céleste. À peine s’annonce-t-Il comme la racine et la postérité de David, l’étoile brillante du matin, que l’Esprit et l’Épouse disent : « Viens ». Ici, nous avons la relation intime du cœur entre le Seigneur et l’Église. Il est impossible, pour quelqu’un qui n’est pas né de Dieu, de dire : « Viens », quoiqu’il puisse y en avoir qui sont nés ainsi et qui sont pourtant ignorants de leur plein privilège d’être unis à Christ. Et pour eux, je n’en doute pas, une provision de grâce est fournie dans les paroles : « Que celui qui entend dise : Viens ». Mais en aucun cas le monde ou une âme non pardonnée ne peut répondre à un tel appel ; de leur part, ce serait en effet la folie de la présomption, car pour eux, Sa venue doit être une destruction certaine et éternelle. Encore une fois, il ne s’agit pas simplement de sauver la chair, ou d’être délivrés de la misère ou du danger par le renversement de leurs ennemis : le Saint Esprit ne présente jamais l’aspect de la venue de Christ pour nous sous un tel jour. Nous aurons du repos, et ceux qui nous troublent auront de la tribulation, au jour de Son apparition ; mais nous allons à la rencontre du Sauveur, et pour être avec Lui pour toujours ; et en attendant, c’est notre précieux privilège sur la terre de souffrir maintenant pour l’amour de Lui. Nous sommes laissés pour un temps dans un monde où tout est contre nous parce que tout est contre Lui et que nous Lui appartenons. Mais nous savons qu’Il attend pour venir pour nous, et nous L’attendons du ciel ; et tandis que l’attente se prolonge, nous n’avons rien d’autre à attendre, si nous sommes fidèles au Seigneur, que des souffrances de la part du monde ; et pourtant d’être heureux en elles, assurés que la gloire dans le ciel et la croix sur la terre vont ensemble. La coupe d’épreuve, l’opprobre et la moquerie des hommes, peuvent être moindres en un temps qu’en un autre. Il appartient à notre Père de donner ce qu’Il juge bon. Mais si nous attendons quelque chose d’autre que notre part naturelle ici comme chrétiens, nous sommes infidèles à notre appel. Nous sommes rejetés parce que nous sommes à Lui : « C’est pourquoi le monde ne nous connaît pas, parce qu’il ne l’a pas connu ».

Comme l’Époux, donc, le Seigneur n’a rien d’autre dans Son cœur que l’amour pour l’Épouse. Il n’est parlé d’aucun autre que du sien. Il leur a dit qu’Il venait ; et plus la puissance de l’Esprit dans l’âme est grande, plus l’Épouse dit ardemment : « Viens ». Dans cette rencontre céleste du Seigneur avec l’Épouse, combien il serait incongru que d’autres yeux la voient, ou que des multitudes gémissantes s’introduisent dans une telle réunion, ou en soient les témoins ! L’Écriture ne parle pas ainsi.

Les Juifs, le monde, qui ont refusé le vrai Christ, recevront l’Antichrist. C’est dans cela que les hommes tomberont ; et au milieu de leur illusion et de leur triomphe apparent, le Seigneur viendra en jugement. Mais quand Il viendra ainsi, ce ne sera pas seul. D’autres, Ses saints célestes, apparaîtront avec Lui en gloire. C’est ce que nous voyons en Colossiens 3, 4 ; 1 Thessaloniciens 3, 13, et avec des détails en Apocalypse 19. Non pas seulement les anges, mais aussi Ses saints, Le suivront hors du ciel, vêtus de lin blanc, et sur des chevaux blancs, selon les figures frappantes de l’Apocalypse. Les saints auront été dans le ciel avant le jour du jugement du monde. Ils doivent avoir été ravis de la terre au ciel avant cela, afin de Le suivre hors du ciel et d’être avec Lui quand ce jour paraîtra ; et cela n’aura pu avoir lieu que par Sa venue pour les recevoir à Lui. C’est pourquoi, une nouvelle fois, il est manifeste que Sa venue a un double caractère, selon le but de chacun de ces pas ou étapes. Il vient pour recueillir à Lui tous Ses saints, morts ou vivants, et Il les présentera dans la maison du Père, afin que là où Il est, ils y soient aussi. Au temps convenable après cela, Il les amènera avec Lui, jugeant la Bête et le faux prophète, les Juifs et les Gentils, aussi bien que tout faux professant de Son nom. C’est encore Sa venue, ou état de présence : seulement, c’est maintenant (ce que l’acte précédent, quand Il nous prend pour être avec Lui, n’est jamais appelé) Son « apparition », l’« apparition de sa venue » (2 Thess. 2, 8), Sa « révélation », et « Son jour ».

Avec ce second acte de la venue du Seigneur, ou de « Son jour », est liée l’appréciation de notre service, et l’attribution des récompenses pour le travail qui a été fait. Car tout doit être manifesté devant le trône de jugement de Christ, et chacun doit recevoir les choses accomplies dans le corps, soit bien, soit mal. Certains ont du mal à se soumettre à ces deux vérités ; mais si nous sommes soumis à la Parole, nous ne négligerons ni la bénédiction commune aux saints dans la pleine grâce du Sauveur à Sa venue, ni la reconnaissance de la fidélité individuelle, ou son manque, dans les récompenses du royaume. Quand nous lisons qu’il est parlé de plusieurs demeures, nous ne devons pas songer que l’une sera plus glorieuse que l’autre. La vérité contenue en cela est que nous devons être aussi proches et aussi chers que des fils peuvent l’être en présence du Père, par le moyen de l’amour et de l’œuvre parfaits du Fils. À ce point de vue, je ne vois aucune différence. Tous sont amenés absolument près, tous sont aimés de l’amour dont Christ a été aimé, et ayant Sa part, dans la mesure où cela est possible pour la créature. Mais dois-je pour cela nier que « chacun recevra sa propre récompense selon son propre travail » ? ou que dans certains cas, le travail subsistera, alors que dans d’autres, il sera brûlé ? ou que, comme l’enseigne la parabole, un esclave peut recevoir dix villes, et un autre cinq ?

En accord avec cela, on trouvera qu’il y a un lien étroit dans l’Écriture entre le jour de Christ, ou Son apparition, et les exhortations actuelles à la fidélité. Ainsi, Timothée est exhorté à garder le commandement sans tache, irrépréhensible, jusqu’à l’apparition de notre seigneur Jésus Christ. Ainsi l’apôtre, en 2 Timothée 4, parle de la « couronne de justice, que le Seigneur juste juge me donnera dans ce jour-là, et non seulement à moi, mais aussi à tous ceux qui aiment son apparition ». Les résultats de la fidélité, ou de l’infidélité, seront manifestés seulement alors. C’est le jour de la manifestation devant le monde ; et « quand le Christ qui est notre vie, sera manifesté, alors vous aussi, vous serez manifestés avec lui en gloire » (Col. 3, 4). C’est pourquoi c’est comme attendant la révélation de notre Seigneur Jésus que l’apôtre parle des saints de Corinthe comme ne manquant d’aucun don, et introduisant immédiatement Son jour dans les pensées. Ainsi le jour de Christ est la fin bénie et l’épreuve solennelle de toutes choses, dit-il en écrivant aux Philippiens. Je n’ai pas besoin de dire davantage des épîtres aux Thessaloniciens, car elles présentent les deux vérités de la manière la plus claire.

En revenant maintenant à la première de ces paraboles (v. 45) qui se rapporte à la profession chrétienne, je voudrais faire la remarque générale, d’après ce que nous avons examiné, que tandis que les mots « apparition », « jour », etc., sont spéciaux (et jamais utilisés, je crois, sauf quand il s’agit de la responsabilité), le mot « venue » est général ; et quoique applicable, si le contexte le réclame, à des cas de responsabilité, il est en lui-même d’un caractère plus large, et est de ce fait utilisé pour exprimer le retour de notre Seigneur en grâce seule. En d’autres termes, l’apparition, le jour ou la révélation de Christ, ce sont encore Sa venue et Sa présence ; mais Sa venue ne signifie pas nécessairement Son apparition, Sa révélation ou Son jour. Il peut venir sans apparaître, et je crois qu’il y a une preuve d’après l’Écriture qu’il en sera ainsi quand Il nous recevra à Lui en haut ; mais Son « apparition » est cette étape ultérieure de Sa nouvelle venue, quand tout œil Le verra.

« Qui donc est l’esclave fidèle et prudent, que son maître a établi sur les domestiques de sa maison pour leur donner leur nourriture au temps convenable ? ». Il n’est pas question d’évangélisation, ici, mais du soin de la maison. Le principe de trafiquer au-dehors avec les dons du Maître viendra bientôt (Matt. 25, 14 et suiv.) ; mais ici, le point essentiel est que, comme le Seigneur aime les siens (« nous sommes sa maison »), ainsi Il fait grand cas du service fidèle ou infidèle dans cette sphère. Car je n’ai pas besoin de dire que la fidélité au Seigneur n’implique aucun reniement du ministère qu’Il fournit. Le ministère, quand il est vrai, est de Dieu ; quoique la manière dont il est exercé soit souvent fausse et antiscripturaire. Le ministère n’est pas juif, mais caractéristique du christianisme. Mais c’est une chose très susceptible de perdre son véritable caractère. Au lieu d’être des serviteurs de Christ dans Sa maison, beaucoup tombent au niveau d’agents d’un corps particulier. Dans un tel cas, il découle toujours de l’église ou de la dénomination. Le véritable ministère vient de Christ, et de Lui seul. C’est pourquoi l’apôtre dit qu’il était serviteur ou esclave de Jésus Christ, ne faisant jamais dériver sa mission de l’Église, ni étant responsable de son travail devant elle. L’évangile et l’Assemblée étaient les sphères de son service (Col. 1) ; mais Celui qui les lui donnait et son Seigneur était exclusivement Christ Lui-même. Il me semble que cela est nécessaire, afin que le ministère soit reconnu comme divin ; et rien d’autre que le ministère divin n’est reconnu par l’Écriture, ni ne devrait l’être maintenant par le peuple de Dieu. C’est donc la première chose sur laquelle insiste notre Seigneur, que le serviteur fidèle et prudent que le Seigneur a établi sur Sa maison, soit trouvé faisant Son œuvre, prenant soin de ce qui est si proche de Christ. C’est une preuve très douloureuse du bas état de l’Église dans ces jours-ci, qu’un tel service soit considéré comme « une perte » de parfum précieux. Les enfants de Dieu se sont même si complètement écartés de la pensée du vrai ministère, qu’ils estiment comme de l’oisiveté ou du prosélytisme de prendre soin de ceux qui sont à l’intérieur. Pourquoi ne pas prêcher à ceux qui sont dehors, disent-ils, et chercher à les amener à la connaissance de Christ ? Mais ce n’est pas la première chose sur laquelle le Seigneur insiste. L’« esclave fidèle et prudent » a affaire avec ceux qui sont à l’intérieur : son objet était de leur donner leur nourriture au temps convenable ; et le Seigneur déclare qu’un tel esclave est bienheureux. « Bienheureux est cet esclave-là que son maître, lorsqu’il viendra, trouvera faisant ainsi ». D’autres peuvent soulever des questions quant au titre du serviteur ; mais Il dit simplement : Si je vous trouve « faisant ainsi », vous êtes bienheureux. Le point important est de faire Sa volonté. Ce n’est pas le titre ou la position, mais de faire l’œuvre que le Seigneur désire.

Mais ensuite vient l’autre côté du tableau. « Mais si ce méchant esclave-là dit en son cœur : Mon maître tarde à venir, et qu’il se mette à battre ceux qui sont esclaves avec lui, et qu’il mange et boive avec les ivrognes » (v. 48, 49). Là, vous trouvez le grand danger de ceux qui professent être serviteurs de Christ dans ce monde. Tout d’abord, faisant du mal à leurs co-esclaves en s’arrogeant une position arbitraire. L’autorité est juste quand elle est exercée sous l’obéissance à Christ. Aucun changement de circonstance ou de condition n’altère la vérité que le Seigneur demeure la Tête de l’Église, et qu’Il suscite des serviteurs en tout temps pour exécuter ce qu’Il veut avec autorité. Mais ici, c’est la volonté de l’homme, là où le serviteur prend la place du Maître et commence à battre ceux qui sont esclaves avec lui. En second lieu, en plus de cela, il y a une mauvaise fréquentation avec le monde. Il n’est pas dit que lui-même soit un ivrogne ; mais il y a une association avec le monde. « Les mauvaises compagnies corrompent les bonnes mœurs ». Là où la pensée du Seigneur est perdue, le ministère perd son vrai caractère. Il y aura de l’oppression envers ceux qui sont à l’intérieur, et de mauvaises relations avec ceux qui sont dehors. « Le maître de cet esclave-là viendra en un jour qu’il n’attend pas, et à une heure qu’il ne sait pas, et il le coupera en deux et lui donnera sa part avec les hypocrites : là seront les pleurs et les grincements de dents » (v. 50, 51). Cela suppose que l’esclave continue encore dans le même chemin, et est trouvé tel quand le Seigneur vient — son cœur étant entièrement avec le monde. Il avait commencé par dire dans son cœur : Mon maître tarde à venir. C’est bien plus que de fausses pensées sur la venue du Seigneur, que certains saints peuvent retenir sans que ce passage s’applique à eux. S’il y a, d’un autre côté, des personnes professant attendre la venue du Seigneur et agissant comme si elles n’y croyaient pas, elles sont bien davantage semblables à l’esclave disant en son cœur : Mon maître tarde à venir. Ce que le Seigneur juge n’est pas une simple faute ou une erreur doctrinale ; mais c’est l’état du cœur — satisfait que Christ demeure loin. Si nous désirons quelque grande chose et l’estime parmi les hommes, comment pouvons-nous dire : « Viens » ? Sa venue gâcherait tous nos plans. Nous pouvons parler de la venue du Seigneur et être instruits de la prophétie ; mais le Seigneur regarde au cœur, et non pas à l’apparence. Que la profession soit des plus fortes et des plus élevées, Il voit là où l’âme est attachée au monde et ne veut pas de Lui.