Chapitre 26

Le Seigneur avait rendu Son témoignage, comme le témoin fidèle, en œuvres aussi bien qu’en paroles. Il avait accompli toutes les paroles qui proclamaient qu’Il était le prophète comme Moïse, que celui-ci avait prophétisé (Deut. 18, 15), mais combien incomparablement plus grand, et qui devait dorénavant être écouté, sous peine d’une ruine éternelle. Et maintenant, l’heure approchait, l’heure solennelle de Ses souffrances ; et Jésus y entre en esprit, avec la calme dignité qui convenait à Lui seul.

Les guides religieux étaient résolus à Le faire mourir. Les principaux sacrificateurs, les scribes, les anciens, tous d’une même pensée en cela, s’assemblèrent dans le palais du souverain sacrificateur. Ils consultaient, ils complotaient ; mais après tout, s’ils consommaient leur infamie, ils accomplissaient sans le vouloir les paroles de Christ à Ses disciples, plutôt que leurs propres plans de méchanceté. Ils se disaient l’un à l’autre : « Non pas pendant la fête, afin qu’il n’y ait pas de tumulte parmi le peuple » (v. 5) ; mais Lui disait à Ses disciples : « Vous savez que la Pâque est dans deux jours, et le fils de l’homme est livré pour être crucifié » (v. 2). Désiraient-ils Le mettre à mort ? Ils devaient le faire alors. L’homme a sa méchanceté, et Dieu a Ses voies. Mais combien peu les amis ou les ennemis de Jésus savaient-ils comment le conseil déterminé de Dieu devait être amené à s’accomplir. Un traître du cercle le plus intime, instrument adéquat pour la malice intrigante de Satan, devait lever son talon contre le Sauveur, conduisant cette génération adultère et désormais apostate dans le puits de la perdition. L’ennemi dégrade moralement ses victimes — ce qui est toujours la conséquence du mal — et la merveilleuse offrande de l’amour (fruit du Saint Esprit en celle qui versa le parfum très précieux du vase d’albâtre sur la tête de Jésus) donna occasion aux motivations les plus basses, en Judas, et au succès final du tentateur sur une âme, bien qu’elle vit et entendit constamment Christ, mais depuis longtemps habituée à une culpabilité secrète (v. 6-16).

Je suis contraint par les circonstances à ne jeter qu’un rapide coup d’œil sur ces scènes finales touchantes. Cependant, ne manquons pas d’observer, en premier lieu pour notre avertissement, combien il est facile, pour onze hommes bons, d’être induits en erreur par les faux-semblants d’un seul homme méchant, qui était influencé par de mauvais sentiments qu’ils ne connaissaient pas. Hélas ! la chair, même dans ceux qui sont régénérés, demeure toujours la même chose haïssable, et il n’y a aucun bien pour le croyant ailleurs que là où Christ est l’objet et contrôle le cœur. Ensuite, pour notre joie, combien il est doux de trouver que l’amour pour Christ est assurément justifié par Lui, et qu’il a la direction de l’Esprit même dans les plus faibles, en dépit des murmures de ceux qui semblent toujours si élevés et si forts ! En troisième lieu, si un saint a manifesté son estimation de Jésus — de façon si prodigue, au jugement de l’incrédulité utilitariste — qu’était Sa valeur aux yeux des sacrificateurs soudoyant le traître, et de celui-ci même ? « Et ils lui comptèrent trente pièces d’argent » (v. 15). Le prix d’un esclave était suffisant pour le Seigneur de tout, ainsi méprisé (comp. Ex. 21, 32 ; Zach. 11, 12-13).

Cependant, en face de tout cela, le Seigneur poursuit Son chemin d’amour et de calme saint ; et quand les disciples s’informent de ce qui Lui plaît quant au lieu où manger la fête de la pâque, Il parle comme le Messie qu’Il est conscient d’être, quoiqu’Il soit toujours rejeté comme tel : « Allez à la ville auprès d’un tel, et dites-lui : Le maître dit : Mon temps est proche ; je ferai la pâque chez toi avec mes disciples » (v. 18). Alors que les douze mangeaient, Il exprime la douleur de Son cœur : « En vérité, je vous dis que l’un d’entre vous me livrera » (v. 21) — ce qui ne manque pas de susciter la réalité de leurs affections et leur profonde tristesse. Si Judas imita leur interrogation quant à leur innocence, craignant que son silence ne le trahisse, et si, peut-être, il comptait sur l’ignorance du fait de la généralité de l’expression du Seigneur (« l’un d’entre vous »), il ne fait qu’entendre ainsi son destin donné à connaître personnellement. La prophétie était accomplie, « mais malheur à cet homme par qui le fils de l’homme est livré ».

Rien, cependant, n’arrête le courant de l’amour de Christ. « Et comme ils mangeaient, Jésus ayant pris le pain et ayant béni, le rompit et le donna aux disciples, et dit : Prenez, mangez ; ceci est mon corps. Et, ayant pris la coupe et ayant rendu grâces, il la leur donna, disant : Buvez-en tous. Car ceci est mon sang, le sang de la nouvelle alliance, qui est versé pour plusieurs en rémission de péchés » (v. 26-28). Le pain, mais tout particulièrement la coupe, présentent le Messie, non pas comme vivant sur la terre, mais rejeté et mis à mort. La vérité générale est donnée ici, comme en Marc, dans « Ceci est mon corps », sans s’attarder sur la grâce qui le donnait ; c’est la vérité en elle-même, sans les accompagnements accessoires que l’on trouve ailleurs. L’accent est mis sur « mon sang de la nouvelle alliance, qui est versé pour plusieurs », parce que le refus du Messie par Israël, et Sa mort, ouvraient le chemin pour d’autres au-dehors — pour les Gentils ; et il était important, pour notre évangéliste, de le noter. Luc a : « versé pour vous » (c’est-à-dire, pour ceux qui croient en Jésus) ; Matthieu ajoute : « en rémission de péchés », en contraste avec le sang de l’ancienne alliance, qui présentait sa sanction pénale : car le sang, en Exode 24, scellait sur le peuple leur promesse d’obéissance à la loi, sous menace de mort ; ici, dans le sang du Sauveur, ils boivent le témoignage de ce que leurs péchés ont été effacés et ôtés. « Mais », ajoute-t-Il, « je vous dis que désormais je ne boirai plus de ce fruit de la vigne, jusqu’à ce jour où je le boirai nouveau avec vous dans le royaume de mon Père » (v. 29). Il est désormais séparé de la joie avec eux, jusqu’à ce que vienne le royaume du Père : alors Il reprendra avec délices Son association avec Son peuple ici-bas. Les saints boivent maintenant Son sang avec louange et reconnaissance ; bientôt, Il boira le vin nouveau de la joie avec nous dans le royaume du Père. Mais jusqu’alors, Il est le Nazaréen céleste ; et tels, en conséquence, devrions-nous être en esprit.

Après le souper, ils chantèrent une hymne — combien c’est béni, dans un tel moment ! — et se rendirent au mont des Oliviers (v. 30). Avec une grâce ineffable, le Seigneur leur fait connaître l’épreuve qui allait tomber sur eux et les frapper tous, cette nuit même, et cela, en accord avec la Parole écrite, tout comme ce qu’Il leur avait montré Le concernant (comp. v. 24, 31). La chair a fait ses preuves et montré sa valeur dans le « prix magnifique » auquel a été estimé Jésus ; elle devait aussi faire la preuve de sa confiance en elle-même et du courage dont elle se vantait envers Lui — « Vous serez tous scandalisés en moi », etc. Pierre, qui se confiait le plus dans son amour pour le Seigneur, le démontra de façon amère pour lui-même, et éclatante pour les autres (v. 32-35). Ainsi, la fin des épreuves serait la confirmation de leur foi et l’approfondissement de leur défiance de soi, faisant de Christ leur tout en toutes choses ; et Lui, ressuscité, irait devant eux en Galilée, reprenant dans la puissance de la résurrection la relation qu’Il avait là avec eux durant les jours de Sa chair.

La scène suivante, dans le jardin, également parfaite dans sa manifestation de Jésus, et des plus humiliantes dans ce qu’elle montre des meilleurs apôtres, nous donne le tableau, non du saint calme dans la pleine connaissance de tout ce qui L’attendait, Lui et Ses disciples, mais de l’angoisse poussée à son paroxysme, et de la mort réalisée dans toutes ses horreurs devant Dieu (v. 36-46). Quel éclairage nous donne Gethsémané de Lui, tout Jéhovah-Messie qu’Il était, comme l’homme de douleurs et sachant ce que c’est que la langueur ! Qui connut jamais une affliction comme Lui ? Non seulement Jésus dut connaître les profondeurs de la croix en expiation, comme nul autre ne pouvait le faire ; incliner Sa tête sous le jugement complet et implacable de Dieu, quand Il fut fait péché pour nous ; mais Il passa, plus que tout autre, par l’anticipation pressante sur Son âme de la mort comme puissance de Satan, la ressentant parfaitement, et de la façon la plus profonde en la prenant de la main de Son Père, et non de celle de l’ennemi. C’étaient maintenant « les grands cris et les larmes » pour Son Père, comme ensuite envers Dieu en tant que tel quand il fut question de porter réellement les péchés sur le bois. « Et ayant pris Pierre et les deux fils de Zébédée, il commença à être attristé et fort angoissé. Alors il leur dit : Mon âme est saisie de tristesse jusqu’à la mort ; demeurez ici et veillez avec moi » (v. 37, 38). Quand vint la croix, il n’y eut pas un tel appel aux disciples pour veiller avec Lui. Il était seul, absolument, essentiellement, pour nous — c’est-à-dire, pour nos péchés — sans aucun homme ni ange, en aucune manière ni en aucune mesure, près de Lui (moralement parlant) — seul, quand Dieu L’abandonna et cacha Sa face de Celui sur la tête duquel se trouvaient toutes nos iniquités. Ici, en Gethsémané, Il suppliait comme un Fils avec Son Père, quand « s’en allant un peu plus avant, il tomba sur sa face [prostré dans Sa ferveur], priant et disant : Mon Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi ; toutefois, non pas comme moi je veux, mais comme toi tu veux » (v. 39). Lui veillait, et priait, et n’entrait pas en tentation, quoiqu’Il fût tenté au plus haut degré. Mais Il trouve les disciples endormis : ils n’avaient pas pu veiller avec Lui une heure. « L’esprit est prompt, mais la chair est faible » ; et ainsi en fut-il encore et encore avec eux, jusqu’à ce qu’Il les invite à dormir, mais les avertisse que l’heure était venue, alors que le traître s’approchait.

Mais la même chair qui entraînait au sommeil quand le Seigneur appelait à veiller et à prier, est pleine de zèle avec les armes charnelles quand Judas vint avec son baiser trompeur et une foule qui le suivait (v. 47, etc.), bien qu’elle ne préservât pas, mais plutôt conduisît, soit à abandonner le Maître, soit à Le renier. Jésus, une fois passé le combat en Gethsémané, en toute dignité et toute paix devant les hommes, s’avance pour répondre à la volonté de Dieu, entre leurs mains méchantes ; dans les termes les plus doux (v. 50-54), mettant à nu le mal au fond de Judas, la faiblesse irréfléchie de celui qui Le défendait inconsidérément, et indiquant Sa mort prochaine, en dépit de Son droit à commander des légions d’anges en Sa faveur — qui en outre appelle les mondes à l’existence et anéantit les méchants par Sa parole. Mais Il était prisonnier pour la volonté de Dieu, et non pas de la puissance de l’homme.

Devant Caïphe (v. 57-68), Il est déclaré coupable de mort — non parce que la fausseté des témoins avait abouti, mais à cause de Sa propre confession de la vérité. Lui, le Fils de Dieu, venu en plénitude de grâce et de vérité tel qu’Il était, ils devront dorénavant Le voir, le Fils de l’homme, assis à la droite de la puissance, et venant sur les nuées du ciel — Sa position actuelle et Sa manifestation quand Il viendra en puissance et en gloire.

Pourtant, au milieu de Sa réjection et de l’humiliation dont Il est l’objet de la part des grands et des petits parmi ceux qui sont extérieurement Son peuple, Jésus permet que Ses paroles puissantes reviennent à la mémoire du pauvre Pierre, maintenant audacieux pour Le renier avec des imprécations et en jurant (v. 69-75). « Et étant sorti dehors, il pleura amèrement ». Oh, quel serviteur ! quel Seigneur !