Chapitre 27

Tout au long de cet évangile, le Saint Esprit garde à l’esprit tout particulièrement les relations de notre Seigneur avec Israël. C’est pourquoi, dans les chapitres qui précèdent, où nous trouvons prédite la destruction de Jérusalem, un soin tout particulier a été pris pour souligner aussi la préservation d’un résidu pieux en Israël — un fait qui serait une consolation toute spéciale pour Son peuple. Et, tout comme nous l’avons vu dans ce témoignage prophétique, il en est ainsi dans le récit de la crucifixion : ce qui ressort particulièrement dans l’évangile selon Matthieu, c’est la part que prit Israël dans cet acte solennel, dans leur accomplissement de ce qui était écrit dans la Loi, les Psaumes et les Prophètes, touchant leur rejet de leur propre Messie. Notre évangéliste écrivait en ayant tout spécialement en vue les Juifs, et c’est pourquoi il était de la plus grande importance de les convaincre que Dieu avait accompli les promesses en envoyant le Messie, que l’incrédulité d’Israël avait rejeté et crucifié sur le bois par les mains des Gentils. Quelle serait l’intérêt spécial de faire une citation de la Loi et des Prophètes aux Gentils ? Les Écritures de l’Ancien Testament formaient un livre dont les païens n’avaient pas la moindre connaissance. Nous trouvons des références à ces Écritures dans Luc, juste assez pour fournir un lien, mais c’est tout. Mais Matthieu, quoiqu’assurément écrit pour tous, avait tout particulièrement en vue Israël. C’est pourquoi le Seigneur est présenté comme le Messie de façon si distincte et si soigneuse, dans cet évangile ; mais depuis le début, il y a suffisamment d’indications pour montrer Son rejet. Dans les détails qui suivent, nous voyons non seulement les grandes prédictions accomplies, mais le progrès et le développement de cette inimitié. La culpabilité des chefs religieux est mise en avant, et leurs mauvaises œuvres religieuses, qui sont tout spécialement une offense envers Dieu ; le diable introduisant le nom de Dieu pour donner effet et sanctionner ce qui est fait par l’homme.

C’est pour cela que l’activité du mal ici vient des sacrificateurs. « Quand le matin fut venu » — ils se lèvent tôt pour accomplir leur dessein. Et remarquez qu’il est dit : « tous les principaux sacrificateurs », etc. Cela montre la ruine complète et l’aveuglement de la nation. C’était un fait des plus surprenants, et capital à comprendre pour un Juif (car un Juif savait que la sacrificature avait été instituée et ordonnée par Dieu), que ceux qui auraient dû être les guides sûrs du peuple, étaient ceux qui les égaraient dans le plus grand de tous les péchés. Les fils d’Aaron n’avaient-ils pas été divinement choisis ? Ceux-ci n’étaient-ils pas leurs successeurs ? Les Juifs n’étaient-ils pas un peuple appelé hors du reste du monde, pour reconnaître le vrai Dieu et Sa loi ? Tout cela est assurément vrai ; mais qu’en était-il maintenant d’eux et de leurs chefs ? Ils tenaient conseil et planifiaient de détruire leur Messie ! Et c’étaient les hommes qui avaient la plus grande lumière de toutes les nations ! Tout l’usage que l’homme fit de la lumière possédée, fut de devenir encore plus endurci et implacable en rejetant le Fils de Dieu ! « Et l’ayant lié, ils l’emmenèrent et le livrèrent à Ponce Pilate, le gouverneur » (v. 2). Quelle que soit la part que les Gentils y prennent, Dieu prend soin de souligner que les Juifs étaient non seulement les instigateurs, mais aussi les avocats déclarés de cet horrible acte.

« Alors Judas qui l’avait livré…, ayant du remords… disant : J’ai péché en livrant le sang innocent » (v. 3, 4). Affreuse image de ce que Satan provoque dans un misérable cœur humain ! Il est d’autant plus éloigné moralement de Jésus, qu’il en était le plus proche extérieurement. Ceux qui ont les plus grands privilèges extérieurs sont d’autant plus coupables, quand la vérité de Dieu ne gouverne pas l’âme. Nous voyons aussi la moquerie de Satan — la manière dont il trompe ses victimes. Manifestement, Judas ne s’attendait pas à une telle fin pour Jésus. Il avait connu le Seigneur dans des périls imminents, auparavant ; il L’avait vu, quand on prit des pierres pour Le lapider, se cachant, passant au milieu d’eux, et allant Son chemin. Il savait comment Jésus pouvait marcher sur la mer — comment Il pouvait vaincre tous les obstacles de la nature ; et pourquoi pas la tempête déchaînée des passions et de la violence de l’homme ? Mais Judas fut trompé, quelles qu’aient pu être ses calculs ; il avait cédé à la convoitise ; il avait marchandé pour le sang de Jésus. À sa propre horreur, il découvrit que ce n’était que trop vrai. Et Satan, qui l’avait conduit par l’amour de l’argent, le laisse sans espoir — dans un noir désespoir. Il va vers les sacrificateurs, qui se détournent sans cœur d’une misérable âme au désespoir. Hélas, la confession du péché sans confiance en Dieu quant à Sa grâce, est vaine — privée de tout bien. Attache-toi à Dieu, mon âme ! et rend-Lui grâces pour ce qu’Il est en Christ. Mais il n’y a pas de foi, là où Jésus n’est pas aimé ; et Judas n’avait ni l’un ni l’autre. Toute la proximité extérieure dont il avait joui auparavant, n’était désormais qu’un poids plus grand sur son âme perdue. Quelle chose que l’aboutissement du péché, même dans ce monde, le péché contre Jésus !

Judas apporte les trente pièces d’argent aux principaux sacrificateurs et aux anciens, avec la confession : « J’ai péché en livrant le sang innocent ». Ils ne pouvaient pas nier que cela était vrai ; mais avec un manque complet de cœur, plus endurci si possible que celui de Judas, ils disent : « Que nous importe ! tu y aviseras. Et ayant jeté l’argent dans le temple, il se retira ; et s’en étant allé, il se pendit » (v. 4, 5). Beaucoup vendent ainsi Jésus virtuellement, si ce n’est effectivement. Que toute âme prenne garde que son péché ne soit pas, en quelque manière, semblable à celui de Judas. Si Dieu appelle les pécheurs à la connaissance de Son Fils, et de Sa grâce par Lui, c’est une chose affreuse de Le rejeter ; c’est vendre Jésus pour quelque objet dans ce monde, que soit nous cherchons à atteindre, soit nous aimons trop pour nous en séparer. En Judas, cela se manifesta sous sa pire forme ; mais la perdition n’est pas limitée à celui qui est le fils de perdition.

« Mais les principaux sacrificateurs, ayant pris les pièces d’argent », etc. La conscience leur aurait dit que c’était leur culpabilité d’avoir soudoyé Judas pour trahir Jésus, mais elle avait été depuis longtemps cautérisée comme avec un fer rouge, et désormais, elle était complètement morte vis-à-vis de Dieu, comme cela se manifeste par la cruauté sans cœur envers Judas. La religion sans Christ ne sert que comme moyen pour tromper l’âme. Ils dirent : « Il n’est pas permis de les mettre dans le trésor sacré, puisque c’est le prix du sang ». Voilà la religion ; mais où était la conscience, en donnant de l’argent pour Jésus ? « Et ayant tenu conseil, ils achetèrent avec cet argent le champ du potier, pour la sépulture des étrangers ; c’est pourquoi ce champ-là a été appelé Champ de sang, jusqu’à aujourd’hui » (v. 7, 8). Le souvenir de leur culpabilité est ainsi perpétué, à leur propre condamnation. Et c’est une image de ce que le peuple est devenu — les principaux sacrificateurs étant le modèle de ce qu’était la nation. Un champ de sang, c’est ce que ce pays demeure jusqu’à aujourd’hui ; un champ « pour la sépulture des étrangers ». Israël étant chassé hors de son pays, il est laissé à d’autres, ne serait-ce que pour y être ensevelis[22].

Mais ce ne sont pas les principaux sacrificateurs et les anciens, ni la misérable condition de Judas, ni la perpétuation de la méchanceté d’Israël, prédite par le prophète, qui nous occupe en ce moment. C’est notre Seigneur Lui-même, se tenant devant le gouverneur. Il reconnaît la puissance du monde, quand Pilate Lui demande : « Es-tu le roi des Juifs ? ». Aux principaux sacrificateurs et aux anciens, Il ne répond rien. Pilate, frappé par le silence et la dignité morale de son prisonnier, désire Le relâcher, discerne au travers de la malice du peuple, et leur propose un choix, selon ce qu’était la coutume du gouverneur : « Lequel voulez-vous que je vous relâche ? ». Mais il dut apprendre quelle était la haine avec laquelle les hommes considéraient Jésus : il n’y a pas personne ou chose que la malice des homme ne Lui préfère. Dieu prend également soin qu’il y ait un témoignage de sa propre maison donné à la conscience du gouverneur. Sa femme envoya un message, disant : « N’aie rien à faire avec ce juste ; car j’ai beaucoup souffert aujourd’hui à son sujet dans un songe » (v. 19). Ce fait, qui n’est rapporté qu’en Matthieu, troubla encore plus Pilate. Dieu ordonna tout cela afin que l’iniquité de l’homme en rejetant Jésus soit évidente et sans excuse. Observez alors la solennelle leçon : « Les principaux sacrificateurs et les anciens persuadèrent aux foules de demander Barabbas et de faire périr Jésus » (v. 20). Plus les privilèges moraux sont grands, là où il n’y a pas une foi simple en Dieu, plus la haine de Jésus est grande. La réception ou le rejet de Jésus est actuellement la même chose, en principe, quoique, sans doute, les circonstances du monde aient changé.

Des personnes peuvent en savoir juste assez de Jésus pour le salut de leur âme, et éprouver peu le rejet du monde ; mais si je m’attache vraiment à un Christ crucifié et maintenant glorifié, je dois connaître ce que c’est que d’éprouver le mépris et la méchanceté du monde. Si le monde L’a rejeté, je dois être prêt à la même chose. Nous ne pouvons pas faire notre objet à la fois du ciel et de la terre, pas plus que nous ne pouvons servir Dieu et mammon. La croix et la gloire vont ensemble. Le Seigneur présentait les espérances de bénédiction sur la terre à Israël, s’ils L’avaient reçu ; mais ils Le refusèrent, et cela amena la croix de Jésus. Dieu savait que c’était inévitable, à cause de la méchanceté de l’homme ; c’était l’occasion d’introduire Son propos quant à l’Église et à la gloire céleste ; mais nous devons être prêts à tout ce que l’homme choisira de faire, dans l’état actuel de la société. C’est un mensonge de Satan, que l’homme s’est amélioré durant les mille huit cents dernières années ; le cœur de l’homme naturel est toujours le même, quoiqu’il puisse y avoir des périodes où se produise une crise. Les personnes mêmes, qui « s’étonnaient des paroles de grâce qui sortaient de sa bouche », songeaient à précipiter Jésus tête la première, le même jour. Et qu’est-ce qui avait provoqué leur inimitié ? L’affirmation du mal de l’homme et de la vraie grâce de Dieu. L’homme ne peut supporter la pensée que son salut dépend de la miséricorde de Dieu, qui est pour le pire des pécheurs tout aussi bien que tout autre. « Est-il possible », dit-il, « que moi, qui ait essayé de servir Dieu pendant tant d’années, je sois traité comme un ivrogne, un escroc ou une prostituée ? ». Il tourne le dos à Dieu, et devient Son ennemi déclaré. Mais, après tout, le salut d’un pécheur n’est pas une question de la justice de l’homme. Ce doit être la grâce, si Dieu sauve quelqu’un ; et c’est ce qu’Il se plaît à montrer. Ce n’est pas non plus un remède partiel, car il n’y a pas de cas si désespéré, que Sa grâce ne puisse atteindre.

« Pilate leur dit : Que ferai-je donc de Jésus, qui est appelé Christ ? Ils disent tous : Qu’il soit crucifié ! ». Là, nous voyons l’injustice acharnée de ces hommes religieux ; et si Pilate semblait trop sensible pour agir ainsi, au début, nous verrons aussi ce que vaut sa justice. Il demande : « Mais quel mal a-t-il fait ? Et ils s’écriaient encore plus fort, disant : Qu’il soit crucifié ! Et Pilate, voyant qu’il ne gagnait rien, mais que plutôt il s’élevait un tumulte, prit de l’eau », etc. (v. 23, 24). C’est là ce que vaut la justice du monde, tout autant dans les chefs religieux que dans le Romain. La véritable justice ne se trouve que là où Dieu gouverne. Un seul, dans cette scène, est vu dans la patience, la bonté, la sagesse de Dieu — parfait à tous égards. Quand c’était le moment de parler, Il prononce Sa parole ; quand c’était le moment de rester silencieux, Il se tient tranquille. Il était Dieu sur la terre, et toutes Ses voies étaient parfaites. Mais ce n’est pas ici le point principal. Tout comme l’évangile selon Jean développe spécialement la déité de notre Seigneur, et celui selon Luc Son humanité, dans Matthieu, nous Le voyons comme le Messie ; c’est pourquoi, ici, Pilate Lui demande : « Es-tu, toi, le roi des Juifs ? ». Quand Pilate eut « lavé ses mains devant la foule, disant : Je suis innocent du sang de ce juste ; vous, vous y aviserez » (comme si cet acte pouvait l’innocenter du crime affreux qu’il perpétrait), tout le peuple répondit et dit : « Que son sang soit sur nous et sur nos enfants », et de là, cette sombre tâche fatale persiste jusqu’à aujourd’hui. « Quand il (Pilate) eut fait fouetter Jésus, il le livra pour être crucifié ». Et c’est là la justice du juge ! C’était lui qui avait, juste auparavant, appelé Jésus un homme juste. Puis viennent les soldats. Eux aussi, comme tous, sont démontrés coupables. Pas une classe ou une condition de l’homme ne montre autre chose que sa haine de Dieu dans la personne de Son Fils — manifestée aussi dans ce qui faisait leur fierté. Car quelle basse lâcheté que celle qui foule aux pieds celui qui souffre sans résister ! « Et lui ayant ôté ses vêtements, ils lui mirent un manteau d’écarlate ; et ayant tressé une couronne d’épines, ils la mirent sur sa tête ;… et ayant craché contre lui, ils prirent le roseau et lui en frappaient la tête », etc. (v. 28-30). La tyrannie des soldats apparaît dans ce contexte : ils contraignent quelqu’un qui n’était en rien impliqué en cela, à accomplir un service qu’eux ne voulaient pas faire — « Comme ils sortaient, ils trouvèrent un homme de Cyrène, nommé Simon, qu’ils contraignirent de porter sa croix ».

À la croix, « ils lui donnèrent à boire du vinaigre mêlé de fiel » (v. 34). Nous ne devons pas confondre cette circonstance avec celle mentionnée en Jean, quand le Seigneur dit : « J’ai soif ». Dans le récit de Matthieu, il s’agissait d’un breuvage stupéfiant administré aux prisonniers avant qu’ils souffrent ; et le Seigneur ne voulut pas le boire. Alors que dans Jean, le Seigneur, tandis qu’Il était sur la croix, accomplissait l’Écriture. Dans Jean, Il est vu, non pas comme Celui qui ne souffrait pas, mais outre cela comme Maître absolu de toutes les circonstances. Vivant donc pour honorer l’Écriture, et en accomplissant un passage qui n’avait pas encore reçu son exécution, Il dit : « J’ai soif ». « Et ils emplirent de vinaigre une éponge… et la lui présentèrent à la bouche ». Alors, Il but le vinaigre. Mais ici, en Matthieu, au contraire, « L’ayant goûté, il n’en voulut pas boire » (v. 34) — Il ne voulait pas de soulagement de la part de l’homme. « Et l’ayant crucifié, ils partagèrent ses vêtements, en tirant au sort ».

La suscription diffère dans les divers évangiles. Nous devons nous souvenir que Pilate l’écrivit en trois langues différentes, et il se peut donc qu’elle n’ait pas été exactement la même dans chacune. Un évangile (Marc) ne prétend pas donner autre chose que la substance de ce qui était écrit, l’accusation, ou la charge, portée contre Lui ; dans les autres, le Saint Esprit donne les mots écrits. Et quelle pertinence nous trouvons là ! « Celui-ci est Jésus, le roi des Juifs » (v. 37). La chose importante pour les Juifs est l’identification de leur Messie et de leur Roi avec Jésus. En Luc, le mot « Jésus » doit être omis, selon les meilleures autorités. C’est en réalité : « Celui-ci est le roi des Juifs », et signifie « cet homme » — un terme de mépris. Le but là est de montrer qu’« Il est méprisé et délaissé des hommes » ; ici, en Matthieu, « Il vint chez soi ; et les siens ne l’ont pas reçu », parce que, quoique les Gentils en partageassent la culpabilité, c’étaient les Juifs qui amenèrent Pilate à Le condamner à mort. Dans Jean, nous avons, de façon caractéristique, la forme la plus complète de toutes — « Jésus le Nazaréen, le roi des Juifs ». La raison en est qu’elle unit deux choses dans notre Seigneur, qui ne sont nulle part ailleurs juxtaposées ainsi — la plus complète humiliation et la gloire la plus élevée. Celui par qui toutes choses ont été faites, Dieu Lui-même, était un homme de « Nazareth ». La beauté de cela doit être discernée par tout esprit spirituel. Tout au long de l’évangile selon Jean, le Seigneur est à la fois plus élevé et plus abaissé que partout ailleurs.

« Les brigands aussi qui avaient été crucifiés avec lui l’insultaient de la même manière » (v. 44). Ils trouvèrent le temps d’injurier aussi Jésus, épanchant leur angoisse corporelle en moqueries contre le Fils de Dieu. Oh, chers amis, y a-t-il eu jamais une telle scène ?

Nous avons brièvement considéré la part de l’homme, mais qu’est-ce que Dieu faisait là ? « Vers la neuvième heure, Jésus s’écria d’une forte voix, disant : Éli, Éli, lama sabachthani ? c’est-à-dire : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (v. 46). Nous avons la preuve complète que ce n’était pas un épuisement naturel. Et « ayant encore crié d’une forte voix, Il rendit l’esprit » (v. 50). Notre Seigneur mourut en victime volontaire. L’homme avait bien pu désirer Sa mort, et en être l’instrument. Il était devenu un homme, afin qu’Il puisse mourir comme un homme : mais dans chacune de ces circonstances, tout est indiqué de manière à montrer que se trouvait là Celui qui aurait pu balayer le monde aussi facilement qu’Il avait autrefois posé les fondements du ciel et de la terre par Sa parole. Il « rendit l’esprit. Et voici, le voile du temple se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas ; et la terre trembla, et les rochers se fendirent » (v. 50, 51). La nature a été le moyen de Lui rendre témoignage en haut et en bas ; et les ténèbres sur le pays n’étaient pas une simple éclipse. Le système juif aussi, rendit son témoignage solennel dans le voile déchiré — les ombres étaient passées : leur accomplissement, la grande réalité, était venu. Non déchiré, il avait été le symbole que l’homme ne pouvait pas s’approcher de Dieu. Sous la loi, c’était impossible. Dieu habitait alors dans l’obscurité profonde. Mais dans la mort de Jésus, la plénitude de la grâce était venue. Dieu et l’homme peuvent désormais se rencontrer face à face. Le sang est aspergé sur et devant le propitiatoire, et l’homme est invité à s’approcher avec une sainte hardiesse. C’est le résultat de ce sang précieux. Dieu en Lui était descendu du ciel pour ôter le péché par le sacrifice de Lui-même. Pour toute âme qui croit, c’est une chose accomplie. Le système juif pouvait perdurer, comme un cadavre attendant plusieurs jours sa sépulture ; mais le voile déchiré était l’âme séparée du corps. Ainsi, il y avait des témoins de tous côtés — de la terre, du ciel, de la loi, et du monde invisible. Jésus a les clés du hadès et de la mort. Les sépulcres mêmes furent ouverts quand Jésus mourut, quoique les corps des saints ne se relevèrent qu’après la résurrection. Lui-même était les prémices, et la puissance de la vie fut introduite par Sa résurrection. Pouvait-il y avoir un témoignage plus complet ? Le centurion envoyé pour surveiller, tout païen qu’il fut, sans doute, « eut une fort grande peur, disant : Certainement celui-ci était Fils de Dieu ».

« Et il y avait là plusieurs femmes qui regardaient de loin ». Mais où étaient les disciples ? Oh, quelle condamnation cinglante de tout le courage dont ils se vantaient ! Ils avaient abandonné Jésus et s’étaient enfuis ; mais là se trouvaient ces femmes, dans un acte contraire à leur timidité naturelle, « de faibles qu’elles étaient rendues vigoureuses », regardant, quoique ce soit de loin. En Joseph d’Arimathée, nous voyons un homme qui avait beaucoup à perdre : un homme riche et un conseiller, et en outre, disciple de Jésus en secret. Maintenant, Dieu l’amène à un point où on l’attend le moins. Avec la mort de Jésus sur la croix — « compté parmi les transgresseurs » — il va vers Pilate, demande Son corps, et l’ayant déposé dans son propre sépulcre neuf, roule une grande pierre devant la porte du sépulcre, accomplissant involontairement Ésaïe 53, 9 — « avec le riche dans sa mort ». Si les apôtres et les disciples s’étaient enfuis, Dieu peut, et Il le fait, élever un témoignage pour l’amour de Son nom.

Nous avons retracé notre propre histoire dans ce chapitre. Si nous avions toutes les richesses, la connaissance, la puissance de ce monde, aucune de toutes ces choses ne pourrait nous rendre heureux. Jésus le peut, et Il le fait. Mais souvenons-nous que nous sommes dans le pays de l’ennemi, qui a montré sa perfidie envers notre Maître. Si nous ne sentons pas que nous passons à travers le camp de ceux qui ont crucifié Jésus, nous sommes en danger de tomber dans quelque embuscade de l’ennemi. Le Seigneur nous accorde ce calme de la foi, qui n’est pas occupée de soi, mais de Lui qui a porté Lui-même nos péchés en Son corps sur le bois !