Chapitre 2

Je pense que nous trouverons dans le chapitre qui est devant nous une abondante confirmation de la description que j’ai déjà donnée du but spécial du Saint Esprit en Matthieu. C’est-à-dire que nous verrons des preuves qu’il y a une présentation des plus soigneuse de Jésus comme le vrai Messie de Dieu, et de Sa réjection comme tel par les Juifs ; et que Dieu, en même temps, profite de la chute d’Israël pour travailler à des propos plus larges et plus profonds.

Le tout premier incident de ce chapitre l’illustre. Jésus était né. Nous ne trouvons pas ici les mêmes faits intéressants, qui nous sont donnés en Luc, des tout premiers jours de l’enfance de notre Seigneur : tout cela est omis, sauf que nous avons Christ présenté comme né à Bethléhem de Judée, l’adoration des mages de l’orient, et la fuite en Égypte. Le premier fait que le Saint Esprit nous donne ici est celui qui nous touche, qu’il n’y avait pas de cœur pour le Messie en Israël. Et cela fut démontré par les circonstances les plus parlantes. « Après que Jésus fut né, aux jours du roi Hérode, voici, des mages de l’orient arrivèrent à Jérusalem, disant : Où est le roi des Juifs qui a été mis au monde ? Car nous avons vu son étoile dans l’orient, et nous sommes venus l’adorer (ou lui rendre hommage) ». Il ne nous est pas dit combien de temps après Sa naissance. Sans doute qu’un temps assez considérable s’était écoulé. Les gens sont souvent induits en erreur à ce sujet en voyant la scène à travers les notions de leur enfance. Nous avons tous vu les images du bébé dans la crèche, et « les trois rois » venant pour L’adorer. Mais la vérité est que le Seigneur ne venait pas juste de naître, comme de telles associations le laissent entendre, quand les mages arrivèrent. Pour Sa toute première condition dans ce monde, nous devons consulter, non pas Matthieu, mais Luc.

Certains pourraient, il est vrai, recevoir une fausse impression du verset 1 de la version autorisée : « Or, quand Jésus fut né à Bethléhem de Judée, aux jours du roi Hérode ». Cela n’indique pas que la visite suivit immédiatement la naissance du Sauveur, mais laisse place à un temps plus ou moins considérable après celle-ci. Cela veut simplement dire, qu’après qu’Il soit né, ces orientaux vinrent : de nombreux mois, ou même plus d’un an, peuvent s’être écoulés. Ce qui le confirme est que les mages ont tout d’abord vu l’étoile dans l’orient, et très probablement au moment de la naissance du Seigneur. Après l’avoir vue, ils devaient évidemment faire bien des préparatifs avant de pouvoir se mettre en route, et puis avaient un long chemin à parcourir ; et voyager, en ces jours-là, était une chose difficile et fastidieuse, dans les contrées orientales du monde. Même quand ils arrivent en Judée, ils montent d’abord à Jérusalem pour s’y renseigner. Tout cela suppose forcément un laps de temps non négligeable. Leurs questions reçoivent une réponse de la part des scribes. Hérode, en entendant parler de cela, est troublé, et tout Jérusalem avec lui. Il assemble tous les principaux sacrificateurs et les scribes du peuple, et leur demande où le Christ devait naître. Ils lui disent : À Bethléhem de Judée, sur quoi il appelle les mages et les envoie là. Tout cela prend place avant la scène de leur adoration.

Eux, quand ils eurent entendu le roi, partirent. « Et voici, l’étoile qu’ils avaient vue dans l’orient allait devant eux, jusqu’à ce qu’elle vint et se tint au-dessus du lieu où était le petit enfant ». Nous ne devons pas imaginer, d’après les notions traditionnelles, que l’étoile leur traça le chemin jusqu’à Jérusalem. Ils la virent dans l’orient, et firent le lien entre sa vue et le Messie promis ; car à cette époque, les prophéties quant à Son apparition prochaine s’étaient répandues dans une partie considérable du monde. Beaucoup de Gentils L’attendaient, en particulier dans l’orient. Et les plus grands et les plus opposés en occident étaient conscients de telles espérances. Le dernier homme qui fut connu en orient comme un prophète, avant que les Gentils ne soient brisés en présence d’Israël, était Balaam. Sans doute, c’était un méchant homme ; mais Dieu l’employa pour prononcer les plus remarquables prédictions sur la gloire à venir d’Israël. Et cette même prophétie s’était terminée par une référence à l’étoile qui devait surgir de Jacob. Et maintenant, après que tant de siècles aient passé, les traces de cette prophétie persistaient encore parmi les fils de l’orient. Il est également peu probable que les prophéties de Daniel à Babylone, en particulier celle des soixante-dix semaines, etc., aient pu ne pas être connues, étant donné sa position et les événements extraordinaires de son époque. Nous pouvons comprendre que ces prophéties étaient telles que non seulement les enfants d’Israël les chérissaient, mais que leur connaissance pourrait se répandre, en particulier dans ces pays. La plupart de ses prophéties pouvaient ne pas être clairement comprises. Pourtant, ils attendaient la venue d’un personnage merveilleux — une étoile surgissant de Jacob, et un sceptre s’élevant d’Israël.

Quand ces étrangers, donc, virent l’étoile, ils se mirent en marche pour Sa capitale traditionnelle, Jérusalem. Il est clair que l’étoile était un météore d’une nature quelconque. Alors qu’il brillait dans l’orient, ils associèrent le fait de ce phénomène remarquable avec les attentes du roi qui venait. Et cela d’autant plus, que les orientaux étaient de grands observateurs des cieux, et étaient donc plus réactifs à toute apparition inhabituelle. Cela peut leur avoir rappelé la prophétie de Balaam. Il est certain qu’ils partirent bientôt pour Jérusalem, où le récit universel parmi les Gentils assurait que le grand Roi devait régner. Étant arrivés là, Dieu va à leur rencontre ; et il est remarquable de voir comment Il le fait. C’est par Sa Parole, et Sa Parole interprétée par ceux qui n’avaient pas le moindre intérêt de cœur pour le Messie. Ils étaient tout à fait justes dans leur interprétation ; ils savaient où le Messie devait naître. Les mages pensaient probablement que Jérusalem devait être le lieu ; mais les scribes leur dirent que Bethléhem était le lieu de naissance prédit. Hélas, les hommes mêmes qui pouvaient répondre de façon si pertinente, montrèrent d’une façon non moins solennelle, parce que c’est un fait courant, qu’il est possible d’avoir une mesure de connaissance claire des Écritures, et en même temps de n’avoir aucun amour pour Celui duquel toutes témoignent ! Quant aux mages, tout ignorants qu’ils fussent, et bien qu’ils puissent avoir été dans les ténèbres quant à d’autres choses, leur désir était pourtant vrai, et Dieu s’élevait au-dessus de tout cela. Par ces Gentils, de fait, Il envoya un témoignage à Jérusalem quant à la naissance du Messie. Dieu savait comment l’accomplir et reprendre, par leur témoignage, ceux qui auraient dû par-dessus tout veiller et accueillir leur propre Messie. S’il y avait eu une reine qui vint des bouts de la terre pour voir le roi Salomon et pour entendre sa sagesse, lequel était le type de Christ, ainsi en était-il maintenant. Le Saint Esprit opérait dans et pour ces pèlerins d’un pays lointain, pour les amener en présence du vrai Roi. Les scribes pouvaient répondre aux questions, mais ils ne se souciaient nullement du Messie, et c’était pour Lui que ces mages venaient. Cela dévoile immédiatement l’état affreux dans lequel se trouvait Jérusalem. L’effet de la nouvelle que le Roi de Dieu était né, est que, au lieu de chercher Celui qui avait été promis, au lieu d’être remplis de joie en entendant parler de Celui qu’ils n’avaient pas recherché, ils sont tous troublés, depuis le roi jusqu’au plus petit. Plus particulièrement, comme nous l’apprenons ici, les principaux sacrificateurs et les scribes sont ceux dont l’état démontre l’insensibilité totale de la nation. Ils avaient assez de connaissance religieuse, ils avaient la clé dans la main, mais ils n’avaient pas de cœur pour entrer.

« Alors Hérode, ayant appelé secrètement les mages, s’informa exactement auprès d’eux du temps de l’étoile qui apparaissait » (v. 7). J’attire votre attention sur cela, comme confirmant ce que j’ai dit précédemment. C’était après l’enquête diligente du roi auprès des mages, qu’il détermina dans son esprit à quelle époque l’enfant devait être né. Quand eux, avertis par Dieu, se furent retirés au lieu de retourner vers Hérode, il émis l’ordre cruel de tuer les enfants à Bethléhem et son territoire « depuis l’âge de deux ans et au-dessous » — il avait naturellement déduit qu’il y avait eu un laps de temps considérable entre la naissance de Christ et la publication de son méchant ordre.

Si nous nous tournons vers l’évangile de Luc, nous verrons l’importance de cela. Nous y trouvons notre Seigneur né, comme Matthieu le montre, dans la ville de David ; mais il nous est parlé là des circonstances qui amenèrent cela, car Bethléhem n’était pas l’endroit où habitaient habituellement Marie et Joseph. C’était un village auquel ils se rendaient à cause du commandement de l’empereur romain, qui avait publié un décret portant que tout le monde devait être recensé, ou inscrit. Eux, étant de la famille royale des Juifs, allèrent à Bethléhem, qui était la cité de David. Ainsi, Dieu amena l’accomplissement de la prophétie de Michée au moyen du décret de César Auguste. Rien n’était plus éloigné de la pensée de l’empereur romain que le résultat auquel ce décret devait servir — la naissance du Messie dans le lieu même où la prophétie le réclamait. Il semble que le recensement n’eut pas lieu alors, mais commença, puis fut stoppé pour un temps. Car il est dit en Luc 2, 2 : « Le recensement lui-même se fit seulement lorsque Cyrénius eut le gouvernement de la Syrie », c’est-à-dire plusieurs années après. Les gens, ne comprenant pas cela, ont conclut qu’il y avait une erreur en Luc. Ils savaient que le gouvernement de la Syrie par Cyrénius était postérieur à la naissance de Christ, et en déduisirent trop hâtivement que notre évangéliste œuvrait sous l’impression que la montée de Joseph et Marie à Bethléhem eut lieu à cette époque-là. Mais je crois que ce sont eux qui errent. Le décret de César Auguste ne fut pas pleinement mis en œuvre ou ne devint pas effectif jusqu’alors. Il avait juste été promulgué, de façon suffisante, quand l’ordre de recensement fut donné, pour amener Joseph et Marie à monter dans la ville de leur lignée ; et cela suffisait. L’objectif de Dieu était accompli. Joseph et Marie allèrent là, et pendant qu’ils y étaient, ses jours s’accomplirent et elle mit au monde son fils premier-né, et « l’emmaillota, et le coucha dans la crèche ». Ici, nous avons une scène totalement différente de celle que nous trouvons en Matthieu, bien que celle-ci aussi se passa à Bethléhem. Selon toute probabilité, ils firent plus d’une visite en cet endroit. Il n’était pas loin de Jérusalem, et nous savons qu’ils montaient là chaque année pour la fête de Pâque. Je ne vois aucune raison de douter que la visite des mages eut lieu lors d’une autre visite des parents à Bethléhem.

Remarquez comment les circonstances rapportées dans Matthieu diffèrent de celles dans Luc.

En Matthieu, Jérusalem est toute troublée par les nouvelles de la naissance du Messie, alors que des étrangers viennent de loin pour rendre hommage au Roi des Juifs. Ils avaient vu Son étoile ; ils savaient qu’Il était le Roi promis, et maintenant, ils sont venus pour L’adorer. Ils arrivent à Jérusalem, et quand ils en partent, sur leur chemin vers Bethléhem, ils sont de nouveau encouragés par Dieu. L’étoile qu’ils avaient vue auparavant dans l’orient, apparaît à nouveau et va devant eux jusqu’à ce qu’elle vint et se tint au-dessus du lieu où était le petit enfant — une preuve claire que l’étoile ne les avait pas accompagnés tout au long du chemin. Et nous trouverons que cela est vrai dans notre propre expérience, que là où nous agissons dans une simple obéissance, nous trouvons tout ce qui est nécessaire. Dieu prend toujours un soin particulier de ceux qui sont fidèles à la lumière reçue, même si elle est très petite ; alors que rien ne Lui est plus odieux que de grandes prétentions à la lumière, sans aucun cœur pour la vraie lumière, qui est Christ.

Nous pouvons observer que, de ceux réputés Ses parents, Joseph est ici la personne mise en évidence, comme dans le chapitre 1. La vision au verset 13 était pour Joseph. Néanmoins, les mages, « étant entrés dans la maison, virent le petit enfant avec Marie sa mère ; et, se prosternant, ils Lui rendirent hommage », et non pas à elle. Leur hommage était pour Lui. « Et ayant ouvert leurs trésors, ils Lui offrirent des dons, de l’or, et de l’encens, et de la myrrhe ». Ils Le reconnaissent, comme de pauvres étrangers dont le plus grand honneur était de Lui appartenir. Jérusalem est en dehors de tout cela. Un usurpateur s’y trouvait ; un Édomite régnait. Et, comme il y aura un faux roi à Jérusalem quand Christ reviendra sur la terre, sous l’influence des puissances occidentales et en lien avec les chefs religieux d’Israël, ainsi en était-il lors de Sa première venue. Tout était entièrement opposé à ce que Jésus soit reconnu.

En Luc, nous avons un ordre de choses tout différent. Il n’est pas tant reconnu comme un roi, bien qu’Il était un roi, mais Il est vu là dans la plus basse condition possible. Les personnes qui Le reconnaissent sont des bergers juifs, à qui les nouvelles ont été communiquées du ciel. Les armées célestes chantent — leurs cœurs se réjouissent dans les voies de Dieu, dans le Sauveur — car c’est comme tel qu’Il leur avait été annoncé : « Car aujourd’hui, dans la cité de David, vous est né un sauveur, qui est le Christ, le Seigneur. Et ceci en est le signe pour vous, c’est que vous trouverez un petit enfant emmailloté et couché dans une crèche ». C’était le tout début de la vie de notre cher Seigneur ici-bas, prenant place évidemment juste après Sa naissance. La circonstance de l’hommage rendu par les mages était bien postérieure. Il n’y a pas le moindre fondement pour confondre ces deux occasions. Chaque évangile est vrai quant à son but spécial. En Matthieu, ce sont Ses droits royaux sur Israël et sur les Gentils dont il est question ; en Luc, nous avons l’abaissement parfait, depuis Sa naissance même, du Sauveur Fils de l’homme ; l’intérêt du ciel dans la naissance de Christ le Seigneur, méprisé sur la terre, et ces pauvres du troupeau dont les cœurs sont réveillés pour recevoir cet Être béni — l’expression, le moyen et la substance de la grâce divine. « Voici, je vous annonce un grand sujet de joie qui sera pour tout peuple », ou plutôt, « pour tout le peuple », car il signifie les Juifs. Un cercle plus large apparaît ensuite, mais en premier lieu, il ne dépasse pas encore les Juifs. Au Juif premièrement, tel était l’ordre divin.

De quelle façon merveilleuse ces différents récits s’accordent avec les évangiles dans lesquels ils se trouvent ! Dans l’un, le Roi, né quelque temps auparavant, est vu à Bethléhem, mais personne ne L’accueille sauf des étrangers de l’orient. De Matthieu, nous ne connaîtrions pas la moindre reconnaissance du Sauveur jusqu’au moment de leur venue. Au contraire, quand le premier souffle de ces nouvelles parvient à Jérusalem, la consternation est tout ce qui en résulte. Le roi, les sacrificateurs, les scribes, tous sont dans un état d’ébullition. Il n’y avait pas de cœur pour Jésus. Mais Dieu aura toujours un témoignage. Si les Juifs ne veulent pas de Lui, les Gentils viennent ; et c’est la grâce qui opère cela. Les Juifs incrédules disent aux mages là où le Roi devait naître. Eux agissent immédiatement d’après cela, et le Seigneur, les rencontrant sur leur chemin, les met en présence du Roi, à qui ils présentent leurs dons. C’est le Messie d’Israël, mais rejeté par Israël dès Sa naissance. Jérusalem est avec le faux roi, et ne daigne pas Le recevoir. Ceux qui étaient méprisés comme des chiens, que les Juifs eux-mêmes avaient dû instruire dans les premiers éléments de la prophétie, ont la gloire d’être ceux qui reconnaissent véritablement les droits du Messie. Combien c’est humiliant ! C’est le Messie venu, et reconnu par les bouts de la terre ; mais méprisé et rejeté par Sa propre nation. « Il vint chez soi, et les siens ne L’ont pas reçu ». Il était important qu’Israël le sache. Ici, dans le premier des évangélistes, qu’ils sachent que cela ne venait pas d’un manque de preuve de la part de Dieu. Comment ces Gentils le savaient-ils ? Et où étaient les Juifs pendant tout ce temps, pour ne pas avoir reconnu leur propre Messie ? C’était une terrible histoire, car la vérité était la chose la plus étrange pour leurs oreilles. Telle est la voie de Dieu : Il donne un témoignage, mais l’homme ne l’aime pas parce qu’il vient de Dieu. Reconnaître la personne de Christ était la difficulté. Voir par les Écritures que leur Roi devait naître à Bethléhem de Judée, était chose facile ; elle ne sondait pas la conscience, ni ne mettait le cœur à l’épreuve. Mais reconnaître que Celui qui était ignoré et méprisé, l’enfant de Marie et l’héritier de Joseph, était le Messie — cela était de fait difficile pour la chair. À ceux qui en avaient vu le signe dans les cieux, qui l’avaient recherché au milieu de grandes ténèbres, mais qui avaient leurs yeux fixés dessus, tout était simple, et ils se hâtaient de Lui rendre honneur. Maintenant qu’Il était né, ils se réjouissaient, et venaient de loin pour avoir la joie de Le voir et d’offrir leurs dons à Ses pieds.

« Et étant avertis divinement, en songe, de ne pas retourner vers Hérode, ils se retirèrent dans leur pays par un autre chemin. Or, après qu’ils se furent retirés, voici, un ange du Seigneur apparut en songe à Joseph, disant : Lève-toi, prends le petit enfant et sa mère, et fuis en Égypte, et demeure là jusqu’à ce que je te le dise ; car Hérode cherchera le petit enfant pour le faire périr » (v. 12, 13). L’incrédulité qui avait refusé la parole de Dieu, est maintenant autorisée à montrer combien elle est complètement sous le pouvoir de Satan, qui s’avère lui-même, depuis le commencement, être d’abord un menteur, puis un meurtrier. Mais Dieu dévoile le dessein d’Hérode ; et Joseph, en obéissance à Sa parole, prend le petit enfant et Sa mère de nuit, et part pour l’Égypte, « et il fut là jusqu’à la mort d’Hérode, afin que fût accompli ce que le Seigneur avait dit par le prophète, disant : J’ai appelé mon fils hors d’Égypte ».

J’ai un mot à dire sur cette prophétie, et sur son application à notre Seigneur. Nous avons à prendre en considération bien des prophéties citées en Matthieu, mais la citation présente a évidemment un caractère remarquable qui lui est attaché. Il avait été dit qu’Israël était le fils de Dieu, le premier-né de Dieu, en Égypte. À eux appartenait l’adoption. Le prophète Osée, sept cents ans après leur sortie d’Égypte, applique de nouveau cette parole à Israël ; et maintenant, elle est utilisée au sujet de Christ, comme ce qui répondait pleinement à l’intention de l’Esprit qui l’avait inspirée. Comment se fait-il que Dieu tirant Israël du pays d’Égypte soit ainsi illustré dans l’histoire de Christ ? Parce que Christ est l’objet du Saint Esprit, dans les Écritures. Peu importe la position de Son peuple : Christ doit entrer dans tous leurs troubles ou leurs délivrances. Il n’y a aucune sorte de tentation (sauf, bien sûr, le mal intérieur) qu’Il n’ait pas connue ; ni de bénédiction de la part de Dieu qu’Il n’ait pas éprouvée. Christ est passé à travers toute l’histoire de Son peuple ; et c’est sur ce principe que des passages tels que celui-ci Lui sont appliqués. Christ Lui-même est amené dans le lieu même qui avait été la fournaise d’Israël. C’est là qu’Il trouve refuge de devant le faux roi de Judée. Quelle image ! Parce que l’anti-roi régnait alors à Jérusalem, le vrai Roi doit fuir, et fuir en Égypte. Christ était le vrai Israël. Comparez Ésaïe 49.

Nous voyons là qu’aucune puissance miraculeuse n’est mise en avant pour préserver Emmanuel. C’était l’accomplissement des prophéties — en complétant le tableau de la désolation, morale et nationale, que le Saint Esprit avait esquissé bien des années auparavant. Dieu montrait combien Lui était précieux chaque pas de Son Fils. Cela peut sembler une circonstance insignifiante en elle-même, que le Seigneur ait été amené en Égypte et sorti de là un autre jour. Mais quelle que soit la place de Christ — et Sa place était là où se trouvait Son peuple dans leur détresse — Il ne leur permettrait pas de ressentir une douleur sans qu’Il ne la partage. Il sait ce que c’est qu’être amené en Égypte, et cela aussi, d’une manière bien plus douloureuse que quand Israël l’avait expérimenté. Car la peine la plus amère pour Christ provenait de Son propre peuple ; le coup le plus meurtrier qui Le visait provenait du roi assis alors sur le trône au milieu d’eux. Ayant échoué, il envoie et fait tuer tous les enfants « qui étaient dans Bethléhem et dans tout son territoire, depuis l’âge de deux ans et au-dessous, selon le temps dont il s’était enquis exactement auprès des mages. Alors fut accompli ce qui a été dit par Jérémie le prophète, disant : Une voix a été ouïe à Rama, des lamentations, et des pleurs, et de grands gémissements, Rachel pleurant ses enfants ; et elle n’a pas voulu être consolée, parce qu’ils ne sont pas » (v. 16-18). Combien trouvons-nous ici clairement que le Saint Esprit fournit aux Juifs la preuve qu’ils étaient précieux à Ses yeux, et que si Christ est entré dans leurs détresses, ils ne doivent pas s’étonner si Sa présence attirera sur eux la plus amère souffrance, du fait de ce qu’ils L’ont rejeté. Si Christ a le plus petit lien avec Israël, ils deviennent l’objet de l’animosité de Satan. C’est Hérode, conduit par Satan, qui émit l’ordre de tuer ces petits enfants ; mais le Messie est soustrait à la scène de sa rage. En Israël, il y a des pleurs et un grand deuil. Tels étaient certains des malheurs qu’Israël faisait venir sur lui ; et ce n’est qu’une faible image de ce qui leur arrivera au dernier jour.

« Or, Hérode étant mort, voici, un ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph en Égypte, disant : Lève-toi et prends le petit enfant et sa mère, et va dans la terre d’Israël ; car ceux qui cherchaient la vie du petit enfant sont morts. Et lui, s’étant levé, prit le petit enfant et sa mère, et s’en vint dans la terre d’Israël » (v. 19-21). Il est doux de trouver « la terre d’Israël » mentionnée ici. Ce n’était pas seulement le pays, tel que connu parmi les hommes, où vivaient de pauvres Juifs avec l’autorisation de leurs maîtres gentils. Combien peu le considèrent actuellement comme « la terre d’Israël » ! Mais les pensées de Dieu sont à l’égard de Son peuple en lien avec la gloire de Son Fils. Si Jésus avait là Son attache terrestre, si Emmanuel était maintenant né de la vierge, pourquoi le pays ne serait-il pas appelé le pays d’Israël ? C’était entièrement le propos divin, de chasser le pied des Gentils qui le foulait maintenant. Si le peuple voulait seulement s’incliner et Le recevoir, pour qu’Il prenne Sa place comme leur Roi, combien serait bénie leur part ! Mais Israël voudrait-il recevoir Jéhovah-Jésus revenant maintenant d’Égypte ? — Il n’y avait encore aucune inclination pour Lui. Un Hérode était mort ; un autre suivait. C’est pourquoi, quand le petit enfant fut ramené dans la terre d’Israël, et que Joseph entendit « qu’Archélaüs régnait en Judée à la place d’Hérode son père, il craignit d’y aller ; et ayant été averti divinement, en songe, il se retira dans les quartiers de la Galilée, et alla et habita dans une ville appelée Nazareth ; en sorte que fût accompli ce qui avait été dit par les prophètes : Il sera appelé Nazaréen » (v. 22, 23).

La manière de faire la citation ici est digne de remarque. Notez qu’il ne s’agit pas d’un prophète en particulier, mais « les prophètes ». Et par là, nous avons à comprendre, non qu’un écrivain inspiré particulier a prononcé ces paroles, mais que c’est l’esprit des prophètes qui parle de Lui. Quand nous lisons dans un prophète : « ils frappent le juge d’Israël avec une verge sur la joue » ; dans un autre : « il est méprisé et délaissé des hommes, homme de douleurs, et sachant ce que c’est que la langueur » ; et encore, ce qu’ils Lui donneraient à manger, et à boire dans Sa soif, et comment ils se moqueraient de Lui jusqu’au dernier — nous pouvons comprendre cette application des prophètes. C’était le langage bien connu exprimant le mépris, en ce jour : Il devait, en d’autres termes, être appelé Nazaréen. Nazareth était le lieu le plus méprisé de tous. Non seulement les hommes de la Judée proprement dite regardaient de haut Nazareth, mais les Galiléens eux-mêmes aussi la méprisaient, bien qu’elle fasse partie de leur district. Plus tard, nous lisons d’un Israélite sans fraude qui, quand il entendit que Jésus était de là, s’exclama : « Peut-il venir quelque chose de bon de Nazareth ? ». Ainsi, si un endroit en Palestine, plus qu’un autre, s’accordait avec la réjection qui était la part de Christ, c’était Nazareth. Image frappante, assurément, de Celui qui, alors qu’Il était le vrai Roi, fut pourtant rejeté par Son propre peuple ! Les Gentils ont pu Lui rendre hommage ; mais Sa propre nation était indifférente. Combien peu de fruit y avait-il là en réponse aux soins que Dieu leur avait octroyés ! Mais là se trouvait le Saint qui poursuit Son chemin d’obéissance jusqu’à la mort, qui ne montrerait pas Sa gloire en se protégeant Lui-même. Son peuple était descendu en Égypte ; Lui aussi y descend. Il avait dû être appelé hors d’Égypte : ce fut Sa part. Il ne se cacherait pas aux douleurs de Son peuple : Il les partagerait toutes avec eux. Quand Il vint, Israël n’était pas encore préparé pour Lui. Ses parents se tournent une nouvelle fois vers Nazareth, Joseph ayant de nouveau été instruit divinement dans un songe. C’est la dernière mention que nous avons de lui dans Matthieu. Luc nous donne des circonstances ultérieures ; mais Joseph disparaît complètement avant que notre Seigneur entre dans Son ministère.

Quand Il est appelé hors d’Égypte, Il ne peut aller à Jérusalem, ni à Bethléhem. Il devait être méprisé et rejeté ; les prophètes l’avaient ainsi annoncé : leurs paroles devaient s’accomplir. Archélaüs régnait en Judée : un usurpateur était toujours présent. Joseph, selon l’avertissement de Dieu, se détourne vers Nazareth, et Jésus habita avec eux ; afin que la parole des prophètes soit accomplie dans la preuve complète que notre Seigneur devait être le plus méprisé des hommes. Il connut cela de façon prééminente sur la croix ; mais ce fut Sa part tout du long. Et c’est la manière dont Dieu parle du Messie à Israël. Il montre ce que leur dureté de cœur et leur incrédulité entraîneraient — même si c’était à l’égard du Messie Lui-même. Quel tableau de l’homme, et particulièrement d’Israël, que telle doive être Sa part ! Il vient et appelle, mais aucune réponse ne L’accueille. L’incrédulité de l’homme empêche la bénédiction de Dieu. C’était le péché d’Israël qui compliqua ainsi le début de l’histoire du Roi. Mais les chapitres suivants montreront que Dieu fera tourner l’incrédulité même d’Israël dans le moyen de bénir les Gentils méprisés, et que si les Juifs rejetaient le conseil de Dieu à leur propre perte, les Gentils entendraient et recevraient toute bénédiction dans le Bien-aimé.

Ainsi, nous trouvons dès le commencement de ce merveilleux livre, les germes de tout ce que la fin manifestera. Nous trouvons quelqu’un qui est vraiment le Messie, prêt à accomplir les promesses et à prendre le trône, mais le peuple n’est en aucun cas prêt pour Lui. Israël était plongé dans le péché ; ils n’avaient pas de cœur pour Lui. Ils étaient pleins de leurs propres cérémonies, de leur propre lumière, et de l’orgueil de leurs privilèges. Tout était tourné à leur propre exaltation. C’est pourquoi Jésus est rejeté dès le début. C’est l’histoire de l’homme. Les chapitres suivants nous montreront les glorieuses conséquences que Dieu, dans Sa grâce, fera découler de la réjection même de Son propre Fils. Nous reviendrons sur ce sujet plus heureux à d’autres occasions.