Nous sommes maintenant transportés du retour de notre Seigneur dans la Terre sainte, aux jours où Jean le baptiseur vint en insistant sur la grande et essentielle vérité de la repentance. Et le ministère de Jean est vu ici entièrement en lien avec la relation du Seigneur avec Israël. Il est intéressant de comparer les différentes manières d’après lesquelles les évangiles présentent Jean lui-même, comme illustrant la manière selon laquelle l’Esprit Saint utilise Son droit divin pour former et regrouper les matériaux de l’histoire de notre Seigneur, selon l’objet exact qu’Il a en vue. Un lecteur superficiel pourrait à peine reconnaître que Jean le baptiseur dans l’évangile de Jean était le baptiseur de Matthieu. La manière selon laquelle ils sont vus, et les discours qui sont rapportés, tirent leur forme du livre particulier dans lequel le Saint Esprit les a donnés. Ceci, bien loin d’être une imperfection, fait partie de la méthode admirable selon laquelle Dieu imprime le dessein qu’Il a en vue, et qui convient à la place que doit remplir chaque partie de l’Écriture. Et que peut-il y avoir d’un plus grand intérêt, ou de plus fortifiant pour la foi, que de découvrir que les passages mêmes sur lesquels l’incrédulité met le doigt comme de prétendues preuves de l’imperfection de l’Écriture (une variété de déclarations que ne peut supporter l’esprit de l’homme), au contraire, quand ils sont considérés comme faisant partie du plan de Dieu pour recommander Son Fils bien-aimé, se rangent tous à leur place propre dans le grand plan d’ensemble, qui est à la gloire de Christ. C’est là la véritable clé de toute l’Écriture ; et si cette clé est d’une grande valeur de la Genèse à l’Apocalypse, il n’y a peut-être pas d’endroit où sa valeur est si évidente que dans les évangiles. En trouvant quatre récits différents de notre Seigneur, chacun présentant les choses d’une manière différente, la première pensée du cœur de l’homme est que chacun des évangiles qui se succèdent doit ajouter ou corriger ce qui a été donné auparavant. Mais de telles pensées prouvent seulement, soit que la vérité n’a jamais été connue, soit qu’elle a été oubliée. Est-ce bien garder à l’esprit que Dieu est l’auteur des évangiles ? Une fois cette simple vérité admise, il serait évidemment blasphématoire de supposer qu’Il puisse faire des erreurs. Regardez à la chose la plus insignifiante que Dieu ait faite, au plus petit insecte que le microscope puisse découvrir sur le moindre brin d’herbe — qu’est-ce qui ne remplit pas la niche particulière pour laquelle Dieu l’a créé ? Je ne nie pas que le péché ait apporté toutes sortes de dérangements dans le monde naturel aussi bien que dans le monde moral. J’admets que les infirmités de l’homme peuvent se manifester même dans la Parole de Dieu : tout d’abord, en ne gardant pas le dépôt sacré pur de toute corruption ; et puis en interprétant cette Parole par quelque faible moyen venant de soi-même ; et ainsi, d’une manière ou d’une autre, en entravant la pure lumière révélée de Dieu.
J’ai fait ces quelques remarques parce que tous les lecteurs peuvent ne pas être tous également familiers avec la grande vérité de la différence de propos dans les évangiles, et donc, je n’hésite pas à attirer l’attention sur l’aide immense qu’elle fournit à la compréhension de l’Écriture, et en particulier de ses apparentes contradictions.
Dans le chapitre qui est devant nous, Jean le baptiseur est présenté comme accomplissant la prophétie d’Ésaïe. Il vint « prêchant dans le désert de la Judée, et disant : Repentez-vous, car le royaume des cieux s’est approché. Car c’est ici celui dont il a été parlé par Ésaïe le prophète, disant : Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, faites droits ses sentiers ». Dans Luc, vous trouverez que la prophétie est poussée encore plus loin. Il nous est donné davantage que les paroles que nous avons ici. « Toute vallée sera comblée, et toute montagne et toute colline sera abaissée, et les choses tortues seront rendues droites, et les sentiers raboteux deviendront des sentiers unis ; et toute chair verra le salut de Dieu ». La portée de Luc est plus large. « Toute vallée sera comblée », etc. « Toute chair verra », etc. Je demande : Pourquoi là, cette citation est-elle poursuivie plus loin ? C’est des plus remarquable, car en général, Luc ne cite pas beaucoup l’Ancien Testament, comparé à Matthieu. Comment se fait-il que Luc s’éloigne de son habitude dans ce cas particulier ? La raison en est évidente. Sa tâche était de montrer la grâce de Dieu qui apporte le salut, et qu’elle était apparue à tous les hommes. Le Saint Esprit le conduit donc à s’attarder sur ces paroles qui exposent la portée universelle de la bonté de Dieu envers l’homme.
Mais il y a une autre expression sur laquelle je dois m’attarder un peu — « le royaume des cieux ». Nous sommes tous familiers avec cette expression, souvent utilisée dans l’Écriture ; mais peut-être que bien peu sont aussi familiers avec sa force. De fait, elle est même comprise très vaguement par la plupart des chrétiens. Pour beaucoup, elle véhicule l’idée de l’Église — quelquefois l’Église visible, quelquefois l’invisible. Pour d’autres, elle est supposée signifier quelque chose d’équivalent à l’évangile, ou au ciel lui-même à la fin. L’expression est dérivée de l’Ancien Testament, et c’est la raison pour laquelle elle apparaît seulement en Matthieu. Comme nous l’avons déjà vu, notre évangéliste écrit avec Israël en vue, et donc, s’empare d’une expression suggérée par l’Ancien Testament, et prise de la prophétie de Daniel, qui parle des jours à venir quand les cieux domineront. Avant cela (Dan. 2), nous entendons que le Dieu des cieux doit établir un royaume qui ne sera jamais détruit — le royaume des cieux. Et de nouveau, en Daniel 7, il nous est parlé de la venue du Fils de l’homme, et d’un royaume universel qui Lui est donné. Le chapitre 2 ne nous donne pas la personne, mais la chose elle-même : en sorte qu’il aurait pu y avoir eu un royaume sans la révélation de la personne dans les mains de laquelle il était tenu. Mais le chapitre 7 complète la boucle et nous montre que ce ne sont pas seulement les cieux dirigeant à distance, ni un royaume s’ouvrant avec le jugement sur la terre ; mais, outre cela, il y a un homme glorieux à qui la domination du ciel sera confiée. Le Fils de l’homme ne détruira pas seulement ce qui s’oppose à Dieu, mais introduira un royaume universel.
C’est ce royaume que Jean le baptiseur vint prêcher. Je ne crois pas qu’il était tout à fait conscient de la forme particulière qu’il devait prendre en premier lieu. Il prêchait simplement que le royaume des cieux s’était approché, lui-même étant le précurseur public et immédiat du Berger d’Israël, selon les pensées d’un Juif pieux, et un témoin spécial que le Messie était là — qu’Il était sur le point d’être manifesté, Lui qui exécuterait le jugement sur le mal et introduirait le bien dans la puissance de Dieu, et apporterait la gloire promise aux pères ; et que tout cela allait être inauguré et établi dans la personne de Christ ici-bas. C’était, je crois, la pensée générale. Et nous trouverons par la suite que Jean n’était pas du tout préparé à la réjection de Jésus par les Juifs. C’est cela aussi qui devait conduire à la double forme prise par le royaume des cieux. Alors que l’ancienne vue, celle des Juifs, d’un royaume établi en puissance et en gloire comme une souveraineté visible sur la terre, est reportée, la réjection de Jésus sur la terre et Son ascension à la droite de Dieu amènent l’introduction du royaume des cieux dans une forme mystérieuse ; qui, de fait, est celle qui se poursuit maintenant. Ainsi, il a deux côtés. Quand Christ monta au ciel et prit Sa place comme le rejeté ici, mais le glorifié là, le royaume des cieux commença.
C’est une vue du royaume que nous ne trouvons pas dans l’Ancien Testament. À elle appartiennent les mystères du royaume des cieux, qui ne furent développés que quand le Seigneur fut manifestement rejeté par Israël. Ainsi, nous voyons en Matthieu 11 Jean envoyer deux de ses disciples pour demander si Jésus était bien le Messie, ou s’ils devaient en attendre un autre ? Que lui-même ait été perturbé, ou ses disciples, ou les deux, peu importe — tel était le résultat. Cela résonne comme une question incrédule faite au Seigneur. Il pouvait bien être étonné que Jésus ne délivre pas les Juifs, et n’introduise pas la gloire que les patriarches avaient attendue et que les prophètes avaient prédite. Il était étrange qu’au lieu de cela, Son messager était en prison ; Lui-même et Ses disciples étaient méprisés ! Notre Seigneur se réfère tout de suite à ces œuvres de puissance et de grâce qui parlaient de la présence de Dieu agissant d’une manière nouvelle, et introduisant une puissance évidemment en grâce — introduisant des pensées entièrement nouvelles, au-delà des habitudes ou des espérances du Juif le plus pieux. C’est cela qu’ils devaient rapporter à Jean. Mais Il va plus loin, et dit : « Et bienheureux est quiconque n’aura pas été scandalisé en moi ». Cela semble transmettre un reproche à Jean, et impliquer qu’il avait été plus ou moins troublé. Pourtant, il est beau de voir comment, immédiatement après le départ des messagers, notre Seigneur justifie le baptiseur devant la foule. Mais après avoir déclaré que Jean était le plus béni parmi ceux qui sont nés de femme, Il introduit soudain une vérité plus saisissante, à savoir, que quelque grand que fût Jean, le moindre dans le royaume des cieux était plus grand que lui. Cela ne se rapporte pas au royaume venant en puissance et en gloire, parce que, quand ce jour viendra, les saints de l’Ancien et du Nouveau Testament devront tous être ressuscités ou changés pour y avoir leur part ; comme il est dit de ceux qui sont appelés maintenant, qu’ils seront assis « avec Abraham et Isaac et Jacob dans le royaume des cieux ». Que veux alors dire notre Seigneur ? Ne se réfère-t-Il pas à une forme particulière de celui-ci, dont Jean n’avait pas parlé ? Et qu’était-elle ? Il poursuit, et dit : « Depuis les jours de Jean le baptiseur jusqu’à maintenant, le royaume des cieux est pris par violence, et les violents le ravissent ». Quelle déclaration extraordinaire cela dut sembler, à ceux qui l’entendirent alors ! Le Seigneur met en contraste le royaume des cieux, sous une forme publique et manifeste, avec ce royaume ouvert à la foi — seulement plus béni en tant que connu par la foi plutôt que par la vue. Comme le Seigneur plus tard le dit à Thomas : « Parce que tu m’as vu, tu as cru ; bienheureux ceux qui n’ont point vu et qui ont cru ». Cela vaut dans tous les actes de Dieu. Abraham fut davantage béni quand, quoique dans le pays de Canaan, il ne le possédait pas, que s’il avait été réellement entièrement sien. Il obtint une meilleure place dans les voies de Dieu, du simple fait de ne pas avoir un pied du pays en sa possession. De même avec David. Son règne fut moralement bien plus glorieux que celui de Salomon. Son héritier eut la position de puissance ; mais David avait ce qui ne se voyait pas, étant plus près de Dieu. Nous ne voyons jamais que Salomon soit entré dans ce qui était enseigné par l’arche, alors qu’elle était toujours ce qui attirait le plus le cœur de David. Salomon fut trouvé devant le grand autel que le monde entier pouvait voir. L’arche était dans le lieu très saint, où Dieu était assis. C’était le trône de Sa majesté au milieu d’Israël. Le cœur de David se tournait toujours vers elle. La bénédiction de la foi est toujours meilleure que la bénédiction de la vue ici-bas, quelque grande qu’elle puisse être.
Il n’y a pas eu de période aussi bénie, dans les voies de Dieu, aussi bénie pour une âme, que les voies de Dieu maintenant. Naître dans le millénium n’est en rien comparable avec cela. Il est vrai qu’alors, tout sera soumis à Christ, et le cœur pourrait dire : Si seulement nous étions nés alors ! Mais même les croyants qui se trouveront en ce jour sur la terre ne connaîtront pas ce que c’est que d’entrer au-dedans du voile, ou d’avoir communion avec les souffrances de Christ. Ils ne connaîtront pas non plus dans un sens complet la joie du Saint Esprit avec le privilège d’être chassés et méprisés par le monde pour l’amour de Christ. De telle manière qu’à la fois en matière de souffrances, de joie de ce que Christ a traversé pour nous, et de Sa gloire présente dans le ciel, notre position actuelle est bien au-delà des privilèges milléniaux. Pour ceux qui souffrent maintenant, ce sera le meilleur des bénédictions célestes alors. La particularité du temps présent est que, tandis que nous sommes sur la terre, nous habitons de façon consciente dans le ciel. Nous ne sommes pas du monde, comme Christ n’est pas du monde. Notre vie n’appartient pas à ce monde ; notre bénédiction n’en découle pas ; toute notre part est en dehors de ce monde. Et cela nous est communiqué tandis que nous sommes dans le monde, pour nous élever au-dessus du monde. Ce n’est pas, comme avec Jean ici, aller dans le désert — une expression des plus belles et des plus appropriées de ce que Dieu pensait de la cité de sainteté, Jérusalem, où les sacrificateurs eux-mêmes officiaient. Jean se retire de tout cela. Il en est en dehors dans sa sympathie : l’acte même, en lui-même, déclarait que le désert vaut mieux que la cité, même si elle contient le temple de Dieu. Mais quelle déclaration solennelle de la ruine, non seulement du monde, mais du peuple favorisé qui était le grand lien entre Dieu et les hommes, de façon générale !
Dans cette scène, on voit quelque chose de tout à fait différent. Ce n’est pas l’homme béni, et la terre amenée aussi dans la bénédiction sous le règne personnel de Christ ; mais ici, les cieux furent ouverts sur le Seigneur Jésus. Jamais auparavant ils ne s’étaient ouverts sur quiconque sur la terre, sauf comme un signe du jugement de Dieu (Éz. 1). Mais ici, pour la première fois, l’œil du ciel, du Père qui est dans le ciel, est dirigé sur le Bien-aimé. Bientôt, Il prendra Sa place dans le ciel comme l’homme qui a souffert pour les péchés et qui a introduit la justice révélée de Dieu.
Le royaume des cieux commença alors. À partir du moment où Jésus monta au ciel jusqu’à ce qu’Il revienne, la vision du royaume des cieux selon le Nouveau Testament a son cours ; et dans ce sens, le privilège de la plus faible âme amenée à la connaissance de Christ maintenant, transcende tout ce qui a jamais pénétré dans le cœur ou la pensée des hommes, ou même des saints, avant que le Seigneur meure et ressuscite. Vous pouvez vous attarder sur la marche bénie d’Énoch et la foi brillante d’Abraham ; mais cela reste toujours vrai : « Parmi ceux qui sont nés de femme, il n’en a été suscité aucun de plus grand que Jean le baptiseur ; mais le moindre dans le royaume des cieux est plus grand que lui ». Il n’y a pas d’échappatoire honnête à la conclusion qui a été donnée. Si quelqu’un argumente : Un petit enfant qui croit en Jésus maintenant est-il plus saint et plus juste que les saints bénis d’autrefois ? Je réponds : C’est une toute autre question. Il devrait l’être. Mais ce n’est pas ce qui est dit. Le Seigneur établit que « le moindre dans le royaume des cieux est plus grand que lui ». En un mot, il n’est pas question de ce que sont les hommes ; mais Dieu glorifie Christ. C’est à Lui que Dieu rend honneur, et donne donc des privilèges tels au moindre qui croit en Lui. Depuis Sa mort et Sa résurrection, les adorateurs une fois purifiés, n’ont plus aucune conscience de péché. Pensez à ce qu’une telle chose aurait été pour un saint de l’Ancien Testament ! Ils pouvaient l’attendre avec impatience, mais ils ne pouvaient pas dire que c’était un fait accompli. Cela aurait été contraire à la sainteté de Dieu, et une présomption positive de la part de l’homme, d’avoir cela avant que Christ vint et opère l’œuvre qui ôta entièrement le péché[3]. Or c’est de la présomption de ne pas saisir avec confiance ce que Christ a fait ; car Il a commandé que la rémission des péchés soit prêchée en Son nom. Quand nous entrons dans la position dans laquelle nous sommes placés par l’œuvre de Christ, ce n’est pas seulement que nous avons la rémission : nous sommes faits la justice de Dieu en Christ ; nous nous tenons dans la relation d’enfants de Dieu, et Christ Lui-même nous donne le droit de dire que Son Dieu est notre Dieu, Son Père est notre Père. Nous sommes autorisés à connaître que nous sommes un avec Christ, et que la gloire que Dieu a conférée à Son Fils bien-aimé, Il la partage avec nous. La gloire conférée, dis-je ; car bien entendu, il y a Sa gloire divine essentielle, à laquelle nul ne peut participer. Dieu n’a jamais donné à Christ d’être Dieu. La déité était Son propre droit de toute éternité. Il ne pouvait se voir conférer la divinité. Mais Christ devint homme, et comme homme, Il était le Fils de Dieu ; Il n’était pas simplement tel comme Dieu. Il était le Fils de Dieu en tant que né dans ce monde, et comme tel, Il a été ressuscité d’entre les morts ; en vertu de cela, Il nous introduit dans la même position devant Dieu que celle que Lui-même a acquise. Il nous a entièrement délivrés de la position dans laquelle Il est entré pour nous, endurant la colère et le jugement de Dieu. Il nous introduit dans la position à laquelle non seulement Lui-même a droit, mais dont Il a acquis un droit pour nous.
Mais Jean n’avait aucune idée d’une telle étendue de bénédiction. Les Juifs regardaient le royaume comme l’état quand Israël serait béni de Dieu comme nation ; et même ceux qui pouvaient avoir plus pleinement compris, s’attendaient encore à ce que toute la puissance du royaume soit manifestée, entièrement indépendante de quoi que ce soit de leur part. « Mais le royaume des cieux est pris par violence, et les violents le ravissent ». Le Seigneur montre qu’il y a un acte de foi qui est désormais nécessaire ; que le royaume des cieux présenté ici requiert la rupture des relations naturelles et l’abandon des associations précédentes. Dans le sentiment de la puissance et de la gloire introduites par un Messie personnellement sur la terre, Jean avait déjà imprimé sur les consciences qu’il ne s’agissait pas d’une simple ordonnance ou d’un privilège de naissance — que Dieu ne se satisferait que des réalités morales. Et permettez-moi de dire que c’est une chose très solennelle en effet que de réclamer les privilèges de la grâce pour ce qui est contraire à la nature de Dieu. Je ne parle pas maintenant de l’égaré trouvé par la grâce, auquel Dieu donne une nouvelle vie provenant de Lui. Mais l’effet d’une âme qui reçoit la vie dans la personne de Christ est qu’il y a des sentiments, des pensées, des jugements et des voies agréables à Dieu qui sont produits, et qui se rapportent à Sa nature. Si quelqu’un est un enfant de Dieu, il est comme son Père ; il a une nature qui convient à Dieu, une vie qui hait le péché et qui est assurément peinée par ce qui est inique chez les autres, mais plus particulièrement en lui-même. Beaucoup de mauvais hommes sont forts contre le mal dans les autres ; ils sont faibles quant à ce qui peut les toucher. Mais un chrétien commence toujours par le jugement de lui-même. C’est la raison pour laquelle, maintenant qu’il y avait une préparation morale pour le Messie, Jean prêche : « Repentez-vous ». La repentance est le jugement moral de l’âme sur elle-même sous le regard de Dieu ; l’âme accepte le propre jugement de Dieu sur son état devant Lui, et s’incline devant. Jean les invitait à se repentir parce que le royaume des cieux s’était approché. « Car c’est ici celui dont il a été parlé par Ésaïe le prophète, disant : Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, faites droits ses sentiers ». Cela impliquait clairement deux choses — qu’il n’était qu’une voix, ne prétendant à rien, et que l’œuvre serait faite par un autre. La voix seule était de sa part ; mais l’autre, dont il préparait le chemin, était le Seigneur, l’Éternel Lui-même. « Préparez le chemin de l’Éternel ».
Alors, nous trouvons la description de Jean le baptiseur lui-même. « Or Jean lui-même avait son vêtement de poil de chameau et une ceinture de cuir autour de ses reins ; et sa nourriture était des sauterelles et du miel sauvage » — tout cela convenant parfaitement à cet appel à la repentance. Pour le moment, ce n’est pas encore la grâce qui est introduite ; cela appartient au royaume des cieux, quand il sera pleinement manifesté. Mais Jean ne le connaissait pas ainsi. Il savait que le Messie venait, un Messie qui introduirait la puissance de Dieu et délivrerait Son peuple. Mais le déploiement complet de la grâce, la puissante victoire qu’un Messie souffrant accomplirait pour l’âme, et la manière selon laquelle Dieu serait magnifié par-dessus tout par le péché ôté par la mort de Son Fils, étaient des pensées qui devaient attendre un autre temps — non pas pour être plus ou moins exprimées, mais pour leur bonne intelligence. L’arche du Seigneur doit d’abord demeurer encore dans les eaux du Jourdain. Pas un pied ne peut passer par là sans dommage tant que l’arche n’y est pas entrée. De la manière la plus convenable, donc, Jean n’introduit pas la plénitude de la grâce divine, mais l’appel moral à la repentance.
Par conséquent, Jean se trouve en dehors de la religion de l’homme, aussi bien qu’en dehors de son impiété. Il n’était pas à Rome, mais il était aussi loin de Jérusalem ; et cela, concernant le messager annoncé de l’Éternel, était un trait des plus solennels. « Alors Jérusalem, et toute la Judée, et tout le pays des environs du Jourdain, sortaient vers lui ; et ils étaient baptisés par lui dans le Jourdain, confessant leurs péchés. Et voyant plusieurs des pharisiens et des sadducéens venir à son baptême, il leur dit : Race de vipères, qui vous a avertis de fuir la colère qui vient ? ». Voici une partie de cette vérité qui est extrêmement surprenante, quand nous y réfléchissons. Les pharisiens étaient, religieusement, les plus influents en Israël. Les sadducéens étaient la classe relâchée, laïque et indulgente envers elle-même ; les pharisiens, ceux qui tenaient très ferme pour ce qu’ils considéraient être la vérité. Pourtant, quand Jean les voit venir tous deux à son baptême, il dit : « Race de vipères, qui vous a avertis de fuir la colère qui vient ? Produisez donc du fruit qui convienne à la repentance » — des fruits d’un caractère apparenté. Il maintient que le jour des cérémonies, ou des droits de naissance, était entièrement passé. Le pharisien pouvait bien se reposer sur sa religion ; le sadducéen, sur le fait qu’il était un enfant d’Abraham. Le désir d’échapper à la colère et d’avoir part au royaume peut n’être rien de plus que celui de la nature. Des âmes humiliées conviennent au royaume. La descendance des pères, la loi, et même les promesses, peuvent être tournées en un droit contre Dieu, qui ne le permettra pas, et qui peut susciter des enfants à Abraham à partir de pierres. Mais il devait y avoir, s’ils voulaient s’approcher de Dieu, des voies d’une nature moralement convenable pour Dieu. « Produisez donc », dit-il, « du fruit qui convienne à la repentance ». Il n’explique pas là comment un pécheur doit être sauvé, ou comment Dieu remet les péchés ; mais que, si des personnes prennent la position d’avoir affaire avec Dieu, il doit y avoir ce qui convient à Sa présence. L’apôtre dit de même aux Hébreux : « Poursuivez la paix et la sainteté, sans laquelle nul ne verra le Seigneur ». Il ne parle pas là de ce qui est imputé, mais de la sainteté comme une chose pratique. Ceci est écrit aux chrétiens ; et le Saint Esprit n’hésite pas à insister là-dessus. La tendance à la réaction est si forte, dans la nature humaine, que même les Juifs baptisés, qui avaient plaidé pour la loi, pouvaient tomber dans l’extrême opposé et penser que le péché est compatible avec le salut que Dieu donne par grâce. Mais Dieu ne permet jamais que Sa nature puisse coexister avec une iniquité sanctionnée.
Là se trouvait donc évidemment une réprimande sévère pour les conducteurs juifs. Mais, plus que cela, Jean ajoute : « Et déjà la cognée est mise à la racine des arbres » — c’est-à-dire, que le jugement est imminent (v. 10) — « tout arbre donc qui ne produit pas de bon fruit est coupé et jeté au feu. Moi, je vous baptise d’eau pour la repentance » — il ne va pas au-delà. La rémission des péchés dont il parle semble avoir été plutôt une question de gouvernement de Dieu, qu’une abolition complète du péché, qui était le fruit de la grâce quand l’œuvre de l’expiation fut faite. Mais même là, c’était en vue de l’apparition du Messie.
« Moi, je vous baptise d’eau pour la repentance ; mais celui qui vient après moi est plus puissant que moi, et je ne suis pas digne de porter ses sandales : lui vous baptisera de l’Esprit Saint et de feu » (v. 11). Là, il introduit ensemble les deux grands caractères de la première et de la seconde venues de Christ. Il ne savait rien sinon que les deux allaient ensemble. Tout ce qui pouvait se trouver entre les deux était caché à ses yeux. Les Écritures de l’Ancien Testament présentent la première et la seconde venues du Messie, mais pas de manière à transmettre la pensée de deux époques différentes. Même après la mort et la résurrection du Seigneur, les disciples ne le comprirent pas. Ainsi, Jean réunit ces deux choses — le baptême de l’Esprit Saint et de feu. Nous savons que le baptême de l’Esprit Saint est la puissance de la bénédiction de Dieu dans le royaume des cieux telle qu’elle existe maintenant. Le baptême de feu est ce qui accompagnera le royaume des cieux tel qu’il sera quand Christ reviendra. Dans la Parole de Dieu, le baptême de feu n’est jamais utilisé pour désigner ce qui eut lieu à la Pentecôte. Le baptême de feu est l’application du jugement de Dieu ayant affaire avec les hommes ; alors que le jour de la Pentecôte fut l’effusion de la grâce de Dieu, et le don du Saint Esprit pour habiter dans les saints de Dieu, qui se référait à la puissance du Saint Esprit sortant pour rendre témoignage de telle sorte, qu’Il ne supporterait pas une seule chose mauvaise dans le cœur des hommes, alors même qu’Il montrait la grâce de Dieu. C’est le christianisme — l’amour parfait de Dieu montré envers un homme qui n’y a aucun droit : tout son mal condamné par la grâce de Dieu dans la mort de Christ ! Et c’est ainsi qu’un homme est rendu honnête à la vue de Dieu et des hommes. Il peut se permettre d’être sans culpabilité quant à lui-même, parce qu’il sait que Dieu ne lui impute rien. Quand nous lisons le récit des langues divisées au jour de la Pentecôte, c’était pour montrer la sortie du témoignage de Dieu pour les Gentils aussi bien que pour les Juifs. Mais quand Matthieu 3 parle de notre Seigneur baptisant de feu, l’allusion ne concerne pas ces langues de feu, mais l’exécution du juste jugement quand Christ reviendra. Cela ressort encore plus clairement de ce qui suit : « Il a son van dans sa main, et il nettoiera entièrement son aire et assemblera son froment dans le grenier ; mais il brûlera la balle au feu inextinguible » (v. 12). Ce n’est pas du tout ce qu’Il fait pour sauver une âme, mais tout le contraire. Cela se rapporte au temps où, les hommes ayant refusé l’évangile, rien ne demeurera que l’épanchement de la vengeance sur eux.
« Alors Jésus vient de Galilée au Jourdain auprès de Jean, pour être baptisé par lui » (v. 13). Quel monceau de merveilles ! Jésus venant pour être baptisé par Jean, qui prêchait ouvertement la repentance et la rémission des péchés. Qu’est-ce qui pouvait amener là le Seigneur Jésus ? Car Il n’a jamais confessé de péché, et n’en avait aucun à confesser. Il défie même Ses ennemis de Le convaincre de péché. Un homme sans péché — sans la moindre particule du moi sous quelque forme ou à quelque degré que ce soit — le plus abaissé et le plus béni de tous les hommes — Celui qui jugeait tout selon Dieu ; et pourtant, Il vient pour être baptisé ! Jean le sent immédiatement — Jésus venant pour être baptisé par lui ! Pour être baptisé tout court, mais par-dessus tout, par lui, dont le baptême était celui de la repentance ! Quelle sorte d’indication est-ce donc ? C’est la grâce — la source et le canal de toute chose en Jésus. Ce n’était pas le jugement de Dieu qui Le plaçait là ; ce n’était aucun besoin en Lui-même qui L’amenait là ; rien qu’Il eût à reconnaître ou à confesser ; mais c’était la grâce. Car sur qui l’œil de Dieu s’abaissait-il avec compassion, en Israël ? Sur ceux qui confessaient leurs péchés. C’est sur de tels que Son œil se repose toujours. Car la meilleure chose, après celle de n’être pas un pécheur du tout, c’est de confesser nos péchés. Nous voyons que c’est le premier grand mouvement produit par le Saint Esprit dans l’âme d’un pécheur — le sentiment de sa vraie place sous le regard de Dieu. Là se trouvait le Bien-aimé ; et quoique naturellement, rien ne pouvait réclamer Sa présence, pourtant, la grâce L’a conduit là. Et quand Jean L’en empêchait fort, disant : « Moi, j’ai besoin d’être baptisé par toi, et toi, tu viens à moi ! », quelle grâce et quelle vérité bénies ne dévoile pas la réponse de notre Seigneur ! « Laisse faire maintenant, car ainsi il nous est convenable d’accomplir toute justice ». C’était toute justice qui devait maintenant être accomplie, et pas simplement l’accomplissement de la loi. Là, c’était la justice de reconnaître le véritable état dans lequel se trouvait même la meilleure partie d’Israël. Car, s’il y en avait en Israël qui montraient un sentiment pour Dieu, c’était bien ceux qui étaient baptisés par Jean — ceux qui se repentaient en vue du royaume des cieux. Ils désiraient les promesses de Dieu, et ils souhaitaient être prêts pour le Roi. Et le cœur du Seigneur se trouvait tout de suite là ; les sympathies de Son âme étaient avec ceux qui s’humiliaient dans le sentiment de leur péché devant Dieu[4]. Le même principe s’applique à nous, dans la mesure où l’Esprit de Christ n’est pas attristé dans notre âme. Même si c’est une question de reconnaître quelque chose à l’homme, quelle est la personne à qui vous pouvez le mieux ouvrir votre cœur ? À l’homme spirituel — celui qui marche le plus au-dessus du péché — voilà le sein dans lequel vous pouvez vous ouvrir de votre péché plus pleinement que dans tout autre. « Quand même un homme s’est laissé surprendre par quelque faute, vous qui êtes spirituels, redressez un tel homme dans un esprit de douceur ». C’était exactement la perfection de la sainteté de Christ qui pouvait Lui permettre d’agir ainsi : un autre aurait craint les apparences. Si Christ avait été simplement innocent, au lieu d’être saint, L’aurions-nous trouvé là ? Jamais. La sainteté implique la puissance divine contre le péché ; l’innocence est simplement l’absence de péché. Ainsi, nous trouvons notre Seigneur, dans la pleine conscience de Sa propre sainteté parfaite, venant au baptême de Jean, et prenant Sa place avec ceux en Israël qui avaient des sentiments justes à l’égard de Dieu.
« Et Jésus, ayant été baptisé, remonta aussitôt, de l’eau ; et voici, les cieux lui furent ouverts, et il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe, et venir sur lui. Et voici une voix qui venait des cieux, disant : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai trouvé mon plaisir ». Ne semble-t-il pas que ce merveilleux témoignage de Dieu le Père était la conséquence de l’accomplissement de toute justice par Christ dans les eaux du Jourdain ? C’était la réponse de Dieu à la place que Christ avait prise dans Sa grâce. C’était Dieu, jaloux pour la gloire de Son Fils, qui ne permettait pas qu’un doute puisse demeurer sur ce plus beau et ce plus humble des actes. Et c’est pourquoi, de peur que la pleine grâce de celui-ci ne soit pas ressentie, combien rapidement Dieu le Père dit : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai trouvé mon plaisir » ! Ne pensez pas qu’Il a du péché. Mais si vous êtes là, Il y est avec vous ; si les brebis sont dans les eaux, le berger doit y entrer aussi. Le Père justifie immédiatement Son Fils : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai trouvé mon plaisir ». Ce n’est pas simplement qu’Il était satisfait par cet acte seulement, mais c’est l’expression rétrospective du plaisir de Dieu. Elle réfute tout ce que le pauvre esprit de l’homme pouvait avoir — et a — retiré de cet événement. Il en est toujours ainsi dans la Parole de Dieu. S’il y a, pour ainsi dire, une porte fermée, la clé se trouve toujours à côté. S’il y a un cœur qui compte sur Dieu, et connaît la perfection de Son caractère, et qui est jaloux de l’honneur de Son Fils bien-aimé, Dieu est toujours avec lui. L’homme s’est efforcé de tirer profit de la grâce du Seigneur, prenant ainsi Sa place avec les hommes pieux en Israël, pour rabaisser Sa personne et Sa position même en lien avec Dieu Lui-même. Mais quand nous lisons avec un esprit soumis, qu’entendons-nous ? « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai trouvé mon plaisir ». Nous verrons bientôt l’importance de cela, en lien avec ce qui suit ; mais je laisse le sujet pour le moment. Il n’y a rien, dans toute l’étendue de la Parole de Dieu, de si plein de bénédiction pour le croyant, que la personne de Christ et Ses voies ; mais cela demande une grande jalousie envers soi-même et la direction spéciale de l’Esprit Saint ; car qui est suffisant pour ces choses ?