Il y a deux choses que nous pouvons remarquer, avant que notre Seigneur soit tenté par le diable. La première est qu’Il est reconnu de la manière la plus énergique comme le Fils de Dieu par Son Père ; la seconde, qu’Il est oint comme homme par le Saint Esprit. Maintenant, une chose semblable est vraie du croyant — bien entendu d’une manière inférieure. Toutefois, le croyant est reconnu comme fils de Dieu, et il a l’Esprit de Dieu qui lui est donné avant qu’il devienne l’objet propre des tentations de l’ennemi. Et c’est une distinction importante à garder à l’esprit. À strictement parler, la relation dans laquelle le pécheur est avec l’ennemi n’est pas sujette à la tentation. Il est un captif ; il est mené par le diable à sa guise. C’est une chose très différente de la tentation ; car elle suppose une personne entièrement sous la puissance de Satan. Nous sommes tentés quand nous sommes hors de la puissance de l’ennemi, et parce que nous sommes enfants de Dieu. Ainsi, voyez-vous, tous les hommes ont affaire avec Satan d’une manière ou d’une autre. La grande masse de l’humanité sont ses esclaves ; mais ceux qui ont été délivrés par la puissance de Dieu, ceux qui par grâce sont les enfants de Dieu, deviennent les objets de ses assauts au moyen de la tentation. Ce n’est pas tant sa puissance que de tels doivent redouter ; car quand l’âme a reçu Jésus, la puissance de Satan est en réalité nulle ; elle est complètement anéantie, pour le croyant. Et c’est pourquoi nous sommes mis en garde plutôt contre ses ruses. Dans certains cas, il peut y avoir de la souffrance provenant de ses dards enflammés ; mais même cela n’est pas sa puissance, qui n’est rien pour le croyant quand il regarde à Christ ; il doit seulement résister, et le diable s’enfuira loin de lui. Si Satan avait réellement du pouvoir, il est clair qu’il ne fuirait pas. Mais il l’a perdu, en ce qui regarde l’âme qui a reçu Christ. Mais alors, tandis que pour la foi le pouvoir de Satan est une chose détruite à la croix de Jésus, ses ruses sont une affaire très sérieuse ; et nous ne devons pas être ignorants de ses desseins. Or Dieu s’est plu par grâce à nous donner sa manière de faire avec notre cher Seigneur. Que ce soit destiné à notre usage, comme le grand modèle et principe des tentations de Satan en tout temps, apparaît clairement de nombreuses observations évidentes et importantes.
En outre, nous savons, par l’évangile de Luc, que dans le cas de notre Seigneur, il y eut une tentation de Satan qui dura un temps très long, sur laquelle nous n’avons aucun détail. Il nous est seulement rapporté le fait que Jésus fut tenté par le diable pendant quarante jours. Mais les grandes tentations que le Saint Esprit s’est plu à enregistrer pour nous sont celles qui eurent lieu à la fin des quarante jours. Ne pouvons-nous pas conclure de là que dans la tentation de notre Seigneur, il y a eu deux parties : tout d’abord, celle qui n’était pas commune à l’homme, mais particulière à notre Seigneur ? Car nous ne sommes pas soumis à des circonstances telles que d’être conduits dans le désert pendant quarante jours. Mais, en second lieu, nous sommes exposés à des tentations semblables à celles qui nous sont données à la fin. Le Seigneur semble jeter un voile sur les premières, et dévoiler soigneusement ce par quoi, en principe, chaque enfant de Dieu peut être tenté à un moment ou à un autre. Nous verrons que ces trois tentations, présentées par Matthieu et Luc dans un ordre différent, nous donnent un aperçu admirable des voies de Satan quand il assaille ainsi les enfants de Dieu. Mais il est extrêmement doux de voir qu’avant même que Satan soit autorisé à tenter, la bénédiction de la reconnaissance du Fils par le Père est manifestée de la manière la plus complète. Et de fait, c’est quelque chose de semblable qui rend quelqu’un insupportable pour la haine de Satan. L’ennemi est bien conscient, quand Dieu convertit et vivifie une âme jusque-là morte dans ses fautes et dans ses péchés ; et immédiatement, il est prêt avec ses tentations. Elles n’ont pas, bien entendu, à se présenter dans le même ordre que pour notre Seigneur ; mais elles semblent être, plus ou moins, d’un caractère similaire à celles révélées ici.
Il est clair que la première tentation provenait des circonstances présentes de notre Seigneur. Il avait été tout ce temps dans le désert sans nourriture, et à la fin des quarante jours, il eut faim. Quand Moïse fut sans nourriture sur la montagne pendant la même durée, il était avec Dieu, et il fut miraculeusement soutenu. Mais la chose merveilleuse ici est que ce temps fut passé avec l’ennemi. Personne n’avait jamais connu cela, ni ne le connaîtra de même. Être tout ce temps dans la présence de Satan, dépendant de Dieu, était le plus grand honneur moral, quoique l’épreuve la plus difficile, par laquelle l’homme eût jamais à passer. Tout du long, le Seigneur est vu comme le Fils de l’homme, mais aussi comme le Fils de Dieu.
Cette remarque introductrice nous montre que la tentation se poursuivit pendant tout le temps que notre Seigneur fut au désert. « Alors Jésus fut emmené dans le désert par l’Esprit pour être tenté par le diable. Et ayant jeûné quarante jours et quarante nuits, après cela il eut faim. Et le tentateur, s’approchant de lui, dit : Si tu es Fils de Dieu, dis que ces pierres deviennent des pains ». Quel que puisse être le but de Satan, c’est là une partie centrale de sa tactique — il insinue un doute, un doute quant à notre propre relation avec Dieu. « Si tu es Fils de Dieu ». Or cherchez dans la Parole de Dieu autant que vous le voudrez, vous ne trouverez jamais que Son Esprit conduit une âme à douter. Et rien ne peut, de fait, être plus opposé à Sa manière de faire, que de sanctionner la méfiance envers Dieu. Et cela montre la subtilité extrême de Satan, qu’il a maintenant fait des enfants de Dieu eux-mêmes ses instruments, non seulement en se permettant des doutes en eux-mêmes, mais en aidant à en lever chez d’autres, souvent par une fausse allégation que ne pas se confier en Dieu est un signe d’humilité, et un désir d’être humble ! Mais la foi dit : « Nous avons toujours confiance ». Non pas que nous ayons à reculer devant le jugement de nous-mêmes : nous trouvons que l’Écriture y exhorte. Ainsi, en 1 Corinthiens 11, les croyants sont de façon évidente exhortés à s’éprouver eux-mêmes, mais non pas avec l’idée de produire du doute. Au contraire, « que chacun s’éprouve soi-même, et qu’ainsi il mange » ; car la question concernait la cène du Seigneur. Par la force de Sa grâce, le croyant doit s’examiner lui-même dans la pensée de venir à la table du Seigneur. Ce n’est pas une question de savoir s’il doit venir ou rester à l’écart : nous ne trouvons pas cela dans l’Écriture. D’un autre côté, je ne trouve pas que, parce que je suis un chrétien, peu importe l’état dans lequel je suis spirituellement. Mais chacun doit s’éprouver soi-même, et ainsi manger. Il est certain de trouver ce qui appellera l’humiliation. Il est important, pour une âme, de s’approcher de Dieu, et d’avoir Sa lumière jetée sur tout ce qui est en elle. Cela fournira le fondement pour l’humiliation de soi, non pas pour rester à l’écart. Tel est ce que l’Esprit de Dieu pose comme une règle générale pour la cène du Seigneur. Bien sûr, je ne parle pas là de cas de péché manifeste, où la défense de la gloire du Seigneur est nécessaire. Cela suppose un homme qui pratique le péché, et ne s’examine pas lui-même. Mais je parle maintenant de la marche habituelle de l’enfant de Dieu, et ce que nous lisons là est un examen minutieux de ce qu’il trouve en lui-même ; mais « qu’ainsi il mange ».
« Si tu es Fils de Dieu ». Notre Seigneur n’y ressemblait pas. Il n’y avait rien, extérieurement, qui en portait la démonstration. Si cela avait été le cas, il n’y aurait eu aucune place laissée pour la foi. Satan tire profit de l’abaissement de notre Seigneur dans la position qu’Il avait pris comme homme. Et en effet, rien ne pouvait être plus singulier que Lui se trouvant dans le désert et, comme nous le lisons en Marc, avec les bêtes sauvages. S’Il était réellement le Fils de Dieu, le Créateur du ciel et de la terre, quel lieu dans lequel se trouver, et conduit là par l’Esprit, après que le Père eut parlé du ciel et L’eut reconnu comme étant Son Fils bien-aimé ! Mais il en était ainsi. Et de même maintenant, dans un sens moins élevé, pour les enfants de Dieu. Car peu importe combien ils peuvent être bénis de Dieu, ou combien véritablement ils sont reconnus comme Ses enfants et ayant Son Esprit habitant en eux, eux aussi, dans leur mesure, ont leur désert. « Comme mon Père m’a envoyé dans le monde, moi aussi je vous ai envoyés dans le monde ». Non pas dans quelque endroit plaisant où il n’y a pas de place pour l’épreuve, mais tout le contraire. Parce que nous appartenons à Dieu et au ciel, parce que nous avons le Saint Esprit, qui nous a scellés pour le jour de la rédemption, nous devons rencontrer Satan, mais avec la certitude que sa puissance est détruite, et que ses ruses sont ce à quoi nous avons à résister. Ce questionnement quant à la relation de Christ avec Dieu montre combien Satan était réellement à l’œuvre. Mais le Seigneur ne le dénonce pas comme étant Satan, jusqu’à ce que la rébellion ouverte contre Dieu soit manifestée. Quand il s’agit de simple subtilité, Il ne l’appelle pas Satan. L’ennemi est décrit de deux manières, dans l’Écriture. Il est appelé Satan et le diable. Ce dernier terme est celui qui implique son caractère d’accusateur et ses ruses ; le premier se réfère à sa puissance comme adversaire.
Nous devons attendre, même quand nous suspectons que c’est la puissance de l’ennemi qui est à l’œuvre, avant de nous prononcer absolument. Car s’il y a bien une tentation de la part du diable, Dieu met aussi une âme à l’épreuve, et cela peut être très acéré. De plus, même Dieu n’agit pas jusqu’à ce qu’une chose soit manifeste. Il montre une patience merveilleuse, tout le contraire de la hâte de l’homme. Il descend pour voir si le mal est si grand, comme dans le cas d’Adam, et même de Sodome et de Gomorrhe. Mais il demeure toujours vrai que quoique Dieu puisse être, en d’autres choses, prompt, comme Il l’est à entendre le cri des siens dans la peine, Il est extrêmement lent à juger ; et rien ne manifeste davantage la connaissance pratique de Christ, et son effet dans nos âmes, que quand la même chose est vraie en nous. La précipitation à juger est la façon de faire de l’homme, en proportion de son manque de grâce ; et la patience n’est pas une question de connaissance, mais d’amour, qui tarde au sujet d’un autre, ne voulant pas se prononcer jusqu’à ce que tout espoir soit perdu. L’éruption dans la chair, qui semblait si menaçante, peut se révéler, après tout, n’être qu’en surface, et non pas profondément enracinée. Ainsi ici, nous voyons la patience même dans les actes du Seigneur envers l’adversaire. Ce n’est que quand il manifeste complètement ce qu’il est — seulement quand il demande l’adoration qui est due à Dieu seul — que notre Seigneur dit : « Va-t’en, Satan ». L’adversaire fuit alors immédiatement. Mais le Seigneur le laisse d’abord se dévoiler entièrement. C’est divinement sage. Parce que, bien que le Seigneur savait tout le temps qu’il était Satan, quel modèle cela aurait-il été pour nous ? Le Seigneur est ici l’homme béni dans la présence de Satan, nous montrant comment nous devons nous comporter dans les tentations qui viennent sur nous en tant que saints de Dieu.
Et laissez-moi vous dire autre chose quant à la tentation. Dans le sens dans lequel nous l’avons ici, elle est entièrement de l’extérieur. Notre Seigneur n’a jamais connu ce que c’était que d’être tenté de l’intérieur. Il fut « tenté en toutes choses comme nous ». Mais le Saint Esprit le qualifie en ajoutant : « à part le péché »[5]. Ce n’était pas simplement qu’Il ne cédait pas au péché, mais qu’Il n’en avait jamais eu le principe — jamais le moindre mouvement de pensée ou de volonté contraire à Dieu. Il n’a jamais connu le péché. C’est en cela que nous différons tant de Lui. Nous avons quelquefois des causes d’humiliation profonde, parce que, outre le fait d’avoir affaire avec le diable à l’extérieur, nous avons une mauvaise nature à l’intérieur — ce que l’Écriture appelle « la chair », c’est-à-dire, le moi, la source de l’insubordination et de l’inimitié contre Dieu. C’est la source des désirs méchants, volontaires et impies en nous, qui naturellement ne cherchons jamais la volonté de Dieu, sauf seulement dans un esprit de crainte ; qui ne la cherchons jamais comme ce qui est aimé — nous ne le faisons jamais, jusqu’à ce que nous soyons nés de Dieu. Et même après cela, le même principe mauvais est encore là ; mais nous avons une nouvelle vie implantée par Dieu dans nos âmes, qui se complaît dans Sa volonté.
Mais bien que les tentations de notre Seigneur que nous avons ici viennent du dehors, toutefois Satan les adaptait aux circonstances dans lesquelles notre Seigneur se trouvait alors. Il avait été quarante jours sans nourriture, et le premier mot du tentateur est : « Si tu es Fils de Dieu, dis que ces pierres deviennent des pains. Mais lui, répondant, dit : Il est écrit : L’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » (v. 3, 4). Notre Seigneur se réfère au Deutéronome, faisant allusion à la manne, la nourriture quotidienne d’Israël, qui impliquait la dépendance de Dieu, et montrait qu’Israël n’avait pas besoin des ressources du monde pour son entretien. Ils n’avaient pas besoin de quelque riche contrée pour les entretenir par sa moisson abondante ; ils ne dépendaient pas non plus de l’or et de l’argent. Israël, avant d’avoir un pays à cultiver et les moyens d’en récolter, fut enseigné, seul avec Dieu. Dans le désert, où Il les avait amenés comme Son fils premier-né, Il les met à l’épreuve ; et le moyen pour cela, c’était de voir s’ils étaient satisfaits de Dieu et de la nourriture que Dieu leur fournissait jour après jour. Hélas, ils ne le furent pas !
Ici, la scène est entièrement changée. C’est un homme dans le désert ; et Satan y est — non pas Dieu. En esprit, Il demeurait toujours avec Son Père ; car même quand Il était sur la terre, Il était « le fils de l’homme qui est dans le ciel ». Il combinait ainsi deux choses dans Sa personne. Jour après jour, Il était l’homme dépendant de Dieu pour tout. Et ce fut là la première grande tentation du diable — faire appel à Ses besoins naturels terrestres. Il n’y avait pas de péché à avoir faim ; mais ç’aurait été un péché de ne pas se confier en Dieu à cause du lieu désert. Dieu ne savait-Il pas qu’il n’y avait pas là de pain ? et n’était-ce pas Son Esprit qui L’avait conduit là ? Dieu Lui avait-Il dit de quitter le désert, ou de transformer les pierres en pain ? Il n’utiliserait pas Sa propre puissance de façon indépendante de la parole de Dieu. Et c’est le signe constant de la manière de faire de l’Esprit Saint dans les enfants de Dieu, qu’ils n’utilisent pas de puissance miraculeuse pour eux-mêmes ou pour leurs amis. Si nous regardons cela dans le Nouveau Testament, nous trouvons Paul opérant des miracles et utilisant la puissance de Dieu pour guérir les malades alentour. Mais l’utilisa-t-il jamais pour son propre entourage ? Au contraire, Paul laisse Trophime malade à Milet, et manifeste à son égard toute l’anxiété de quelqu’un qui n’aurait jamais eu le pouvoir de guérir le corps. Quand Épaphrodite fut malade, nous voyons l’exercice d’une foi qui savait que la volonté de Dieu, avec son acceptation, valait autant que mille miracles. Les miracles n’avaient pas en eux-mêmes le caractère élevé d’exercer l’âme dans la dépendance de Dieu. Obéir à Dieu, se soumettre à Lui, avoir confiance en Lui, est ce dont l’homme naturel est incapable. La puissance seule n’atteint jamais aussi haut. C’est pourquoi, dans le cas de notre Seigneur Lui-même, nous ne trouvons jamais qu’Il mette Ses œuvres de puissance au même niveau que l’obéissance. Non, Il parle même de Ses disciples comme de ceux qui feraient de plus grandes œuvres que Lui n’en avait faites. Mais l’obéissance était ce qui caractérisait Christ : cela ne fut jamais trouvé dans un simple enfant d’Adam.
C’est là, en face de Satan, que notre Seigneur trouve Sa force ; non en faisant des miracles, ou dans une provision quelconque qu’Il ait pu avoir faite pour Lui-même, mais dans la Parole de Dieu. La faim peut avoir des besoins légitimes, mais Il était ici tenté par Satan, et Il ne voulait pas se soustraire à l’épreuve tant qu’elle n’était pas terminée ; Il ne veut pas changer Ses circonstances ou lever un doigt pour Lui-même : Il s’attend à Dieu. « L’homme ne vivra pas de pain seulement », répond-Il, « mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ». La parole de Dieu l’avait conduit là, car le Saint Esprit agit par la Parole, et Il ne voulait pas quitter le désert jusqu’à ce que la parole de Dieu L’en fasse sortir. Cela met complètement de côté les tentations de Satan. Mais plus que cela : cela manifeste le véritable secret de la vie dans la dépendance de Dieu, jour après jour, car la nourriture de la vie nouvelle est la Parole de Dieu. Combien cela nous montre de quelle immense importance doit être la Parole écrite, et de l’avoir comme notre pain ordinaire jour après jour ; non simplement la lire comme une tâche ou un devoir formel, mais, comme elle l’est de fait, la provision divinement appropriée pour l’enfant de Dieu ! Il est bon pour chacun de l’étudier, parce qu’il est de toute manière bénéfique pour l’âme jour après jour de la lire intelligemment, avec le cœur, comme ceux qui la reçoivent de Dieu Lui-même. Et Dieu ne donne pas ce que le cœur de l’homme ne peut absorber, mais ce qui est adapté à nos besoins journaliers. « L’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ».
Ceci est donc la réponse de notre Seigneur à la première tentation. Pourquoi changerait-Il les pierres en pain ? Il s’appuyait sur la parole de Dieu : Son Père ne Lui avait pas dit de faire ainsi. Ainsi devrait-il toujours en être pour nous. Là où nous n’avons pas d’expression claire de la pensée de Dieu, c’est toujours notre place d’attendre jusqu’à ce que nous l’ayons. Quelquefois, cela peut manifester notre faiblesse, que de ne pas connaître la pensée de Dieu, et cela nous est désagréable. L’agitation aimerait aller quelque part, ou faire quelque chose, mais ce n’est pas la foi. La foi se montre en attendant que Dieu manifeste Sa volonté.
La tentation suivante n’était pas une tentation personnelle, mais en lien avec la religion, comme la première avait été en lien avec les besoins du corps. Nous trouverons que l’ordre est différent dans Luc. Mais ici, dans la seconde tentation mentionnée, nous avons ce que j’appellerais la tentation religieuse. Le Seigneur avait dit que l’homme « vivrait de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ». Le diable L’emmène donc dans la sainte cité, Le met sur le faîte du temple, et fonde sa tentation sur ce point précis de la réponse du Seigneur — la parole de Dieu. Il dit, en quelque sorte : Voici une parole de Dieu pour toi : « Il donnera des ordres à ses anges à ton sujet, et ils te porteront sur leurs mains, de peur que tu ne heurtes ton pied contre une pierre ». Tout à fait vrai. C’était la parole de Dieu, et évidemment prononcée au sujet du Messie. Mais dans quel but Satan l’utilisait-il ? Il dit : « Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas, car il est écrit », etc. C’était faire un mouvement sans Dieu — faire quelque chose de soi-même. L’Écriture ne disait pas : Jette-toi en bas toi-même, parce que Dieu a donné des ordres à Ses anges à ton sujet, de peur que tu ne heurtes ton pied contre une pierre. Le Seigneur ne s’écarterait pas de l’Écriture parce que Satan l’utilisait mal. Il nous montre, de la manière la plus instructive, que nous ne devons pas quitter notre lieu fort parce qu’il peut être tourné contre nous. Notre Seigneur n’entre pas dans des distinctions subtiles, ni n’analyse ce que Satan avait dit, mais Il nous a donné ce qui devrait être, si je puis dire, le mode standard d’agir pour tout homme chrétien. Il y a ceux qui peuvent avoir le discernement spirituel pour voir que Satan pervertissait le passage qu’il citait ; mais beaucoup ne l’ont pas. Le Seigneur prend une base large, en traitant avec l’adversaire. Il s’appuie sur ce que tout chrétien devrait savoir et sentir, et c’est : « Il est encore écrit : Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu ». Il cite une parole de Dieu claire et positive, que Satan détruisait par l’utilisation qu’il faisait du psaume 91. C’est là le lieu fort d’un croyant qui peut avoir affaire à quelqu’un qui raisonne subtilement sur l’Écriture. « Il est encore écrit ». Il peut faire appel à ce qui est palpable et clair. On trouvera que là où une personne applique systématiquement mal l’Écriture, il détruit quelque principe fondamental de la Parole de Dieu. Tout ce qui est faux est contraire à quelque passage clair de l’Écriture. C’est là une grande grâce. Le croyant tient ferme à ce qui est sûr ; il ne quittera pas ce qu’il comprend pour quelque chose qu’il ne comprend pas. Il peut être rendu perplexe par ce que l’adversaire produit, et peut n’avoir qu’une suspicion croissante qu’il a tort. Mais il peut se dire : Je ne peux jamais abandonner ce qui est au-delà de tout doute pour ce que je ne connais pas. En d’autres termes, il tient la lumière, et refuse les ténèbres.
C’est ainsi, me semble-t-il, que notre Seigneur traite avec Satan. Il aurait pu l’écarter d’emblée sur la base de raisonnements, et avoir montré le but pervers dans lequel Satan faisait usage de l’Écriture ; mais Il traite avec lui plutôt sur des bases morales, ce dont chaque chrétien est capable de juger. Est-ce que je trouve un passage de l’Écriture utilisé dans le but de me faire perdre confiance en Dieu ? Immédiatement, je prends ma position : « Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu ». Qu’est-ce que cela veut dire ? Je ne dois jamais douter que le Seigneur sera pour moi. Si je fais quelque chose pour L’éprouver, pour voir s’Il sera pour moi, c’est à la fois de l’incrédulité et de la désobéissance. C’est de nouveau une allusion à l’histoire d’Israël, et une autre citation du livre du Deutéronome. En effet, notre Seigneur tire chaque réponse aux tentations, comme on l’a remarqué depuis longtemps, du livre du Deutéronome. Vous trouverez en Exode 17 que les Israélites ont tenté l’Éternel en demandant : Est-Il au milieu de nous, ou n’y est-Il pas ? Cela ne veut pas dire qu’ils L’ont provoqué par l’idolâtrie, ou ont refusé de faire Sa volonté. Ce n’est pas ici une question de péché manifeste, mais d’incrédulité quant à Sa bonté et à Sa présence — d’incrédulité, en un mot, quant au fait que Dieu est pour nous. C’est exactement ce que plaide notre Seigneur. Me jeter en bas afin de montrer que l’Écriture est vraie et que les anges me porteront ! Je n’ai pas besoin d’une telle chose ; je suis tout à fait certain que si j’étais jeté en bas, les anges seraient là pour me soutenir. Si vous avez quelqu’un que vous suspectez d’être déshonnête chez vous, vous serez peut-être disposé à le mettre à l’épreuve d’une manière ou d’une autre. Mais qui penserait à mettre à l’épreuve quelqu’un en qui il a pleine confiance ? C’est là exactement le sens de la réponse de notre Seigneur : « Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu ». Son âme repoussait l’idée d’éprouver Dieu, pour voir s’Il soutiendrait Son Fils. Dieu peut L’éprouver ; Satan peut Le mettre à l’épreuve ; mais quant à ce que Lui tente le Seigneur, comme si le Seigneur Son Dieu avait besoin d’être mis à l’épreuve, s’Il serait fidèle à Sa parole — loin de Lui une telle pensée ! Il ne voulait pas en entendre parler un seul instant.
La tentation qui est la deuxième en Matthieu, Luc la présente comme la troisième. Pourquoi cela ? Certainement, nous ne devrions pas lire l’Écriture comme si de telles différences n’avaient pas pour but de susciter une investigation. Nous devons prendre soin de ne pas mal interpréter l’Écriture ; mais l’Écriture est faite pour être comprise. Je dis de ces ordres différents dans lesquels sont mises les tentations, que tous deux sont justes, tous deux sont inspirés de Dieu. Si tous deux avaient pour but de rapporter la tentation exactement telle qu’elle eut lieu, il est clair qu’ils ne seraient pas justes ; mais Dieu a un but plus élevé. Dieu a écrit pour notre instruction, et Dieu s’est plu, dans les différents évangiles, à donner les faits de la manière qui est la plus instructive. Matthieu rapporte simplement la tentation de façon historique, telle qu’elle eut lieu. C’est pourquoi, en Matthieu, nous avons des indications de temps : « Alors le diable le transporte », etc. Dans Luc, il n’y a pas une telle pensée ; c’est simplement : « Et le diable », etc. Ce mot nous y prépare d’emblée. Il est clair qu’il y avait eu ces différentes tentations, mais Luc les donne de manière à ne pas nous indiquer l’ordre dans lequel elles ont eu lieu.
C’est une remarque générale, vraie de tout l’évangile de Luc, qu’il s’écarte habituellement du simple ordre des faits, pour donner un arrangement convenable au but qu’il avait en vue. Dans son ensemble, l’évangile de Luc est caractérisé comme donnant les faits de la vie de notre Seigneur dans un ordre qui est approprié à la doctrine qu’Il enseignait. Ainsi, vous trouverez en Luc que même la généalogie de notre Seigneur n’est pas donnée à sa place habituelle ; c’est un écart de la simple série naturelle ; et il y a, à la place de cela, un ordre moral. Prenez le cas de la prière du Seigneur : Luc la donne à un endroit tout à fait différent de Matthieu, qui la place dans le merveilleux discours communément appelé sermon sur la montagne ; et comme la prière formait une partie des plus importantes des nouveaux principes que le Seigneur introduisait, ainsi elle forme l’un des sujets principaux du discours du Seigneur. Luc ne parle pas de cette prière jusqu’au chapitre 11, parce que notre Seigneur indique là les grandes ressources de la vie spirituelle, comment elle doit être entretenue et soutenue dans l’âme. Et cela, il nous le montre à partir de l’histoire de Marthe et Marie (Luc 10). D’où vient que Jésus approuvait le chemin et la marche de Marie plutôt que ceux de Marthe ? Ce n’est pas qu’Il ne les aimait pas toutes deux, ni que Marthe n’avait pas un véritable amour personnel pour le Sauveur, et que son cœur n’était pas vrai envers Lui. Mais il y avait une immense différence entre elles. Qu’est-ce que c’était, et pourquoi ? Luc nous donne la différence morale. Quand Marthe était toute occupée de ce qu’elle pouvait faire pour le Seigneur, pour Lui montrer son amour, Marie était occupée du Seigneur Lui-même — assise à Ses pieds, écoutant Sa parole. L’une était pleine de ce qu’elle pouvait faire pour Christ ; l’autre, pleine de Christ Lui-même ; et rien de ce qu’elle pouvait faire n’avait la moindre conséquence à ses yeux, comparé avec Christ Lui-même. Ainsi nous trouvons, dans une autre circonstance, Marie brisant le vase d’albâtre pour oindre les pieds de Jésus — une action peu considérée par les autres ; et pourtant, ce qu’elle avait fait devait être publié dans le monde entier. Notre Seigneur met en évidence en Luc ce point important — la parole de Dieu, l’attente de Jésus, étant le premier grand moyen de fortifier la nouvelle vie spirituelle ; et c’est pourquoi, immédiatement après ce récit de ces sœurs, nous trouvons la demande des disciples pour être enseignés sur comment prier. Cela avait en fait eu lieu bien longtemps auparavant ; mais ils sont réunis ensemble sous cette forme particulière par Luc, pour bien marquer le lien entre la parole de Dieu et la prière.
De même, dans la tentation, Luc s’écarte de l’ordre des faits et nous donne la succession morale. Matthieu rapporte ici simplement les faits tels qu’ils ont eu lieu. Luc les met par ordre d’importance, et s’élève de l’épreuve naturelle à l’épreuve mondaine, et puis à la tentation religieuse. Car il est tout à fait clair que la tentation par la Parole de Dieu était bien plus difficile pour quelqu’un qui appréciait Sa parole par-dessus tout, que celle qui pouvait faire appel aux besoins naturels ou à l’ambition du monde. C’est pourquoi Luc met cette tentation en dernier. En Matthieu, il n’en est pas ainsi, mais nous avons, en troisième position, la tentation par le monde. « Le diable le transporte encore sur une fort haute montagne, et lui montre tous les royaumes du monde et leur gloire, et lui dit : Je te donnerai toutes ces choses, si, te prosternant, tu me rends hommage » (v. 8, 9). Là, sur-le-champ, le diable était manifesté. L’idée même de présenter un objet d’obéissance et d’adoration entre l’âme et Dieu faisait immédiatement détecter qu’il s’agissait soit du diable lui-même, soit d’un de ses instruments. C’est pourquoi le Seigneur l’appelle tout de suite « Satan ». « Alors Jésus lui dit : Va-t’en, Satan, car il est écrit : Tu rendras hommage au Seigneur ton Dieu, et tu le serviras lui seul » (v. 10). S’il s’était agi d’un apôtre, il en aurait été exactement de même. Si l’un d’entre eux s’était laissé entraîner au point de suggérer une chose pareille, le Seigneur aurait dit « Satan » de la même façon. N’est-ce pas très solennel pour nous, quand nous avons affaire à des chrétiens même qui peuvent être devenus, pour un temps, des instruments de Satan ? Le Seigneur n’hésita pas, en une occasion, à dire « Satan » à Pierre lui-même ; et pourtant, il était le chef des douze — le premier en dignité parmi les apôtres de l’Agneau. Et pourtant, notre Seigneur Lui-même, après avoir mis un honneur signalé sur Pierre et lui avoir donné un nouveau nom, n’hésite pas à dire « Satan » à Pierre, comme à l’ennemi lui-même. Tout cela met en évidence un principe important, pour notre propre manière d’agir en ayant affaire même avec un enfant de Dieu.
En répondant à la troisième et dernière tentation, notre Seigneur s’en tient encore au livre du Deutéronome. Pourquoi ? Parce que le Deutéronome est le livre qui considère Israël après qu’il a complètement manqué sous la loi, et quand Dieu introduit le nouveau principe de la grâce et montre non la simple justice de la loi, mais celle qui est de la foi. L’apôtre Paul cite aussi le Deutéronome dans le même but. C’est le livre qui indique la place de l’obéissance, quand ce n’est plus simplement une question d’observation de la loi. Le Seigneur Jésus prend ici cette même position. Il ne témoigne pas de ce qu’Il aurait pu faire comme une personne divine. Comme tel, Il se serait tenu sur un terrain où nous ne pouvions pas Le suivre. Mais tout au long de cette tentation, Il prend la posture qui nous convient, comme à tous ceux qui désirent Le suivre. La seule chose juste et convenable, pour un homme pieux, en rencontrant les tentations, est le terrain de l’obéissance de la foi : on se tient ainsi dans la confiance de ce que Dieu est dans Sa bonté. Le Seigneur ne voulait à aucun prix s’écarter de ce qui était la position juste et convenable pour un serviteur de Dieu en Israël. Si une personne était pieuse, sa position était de confesser et d’être baptisée du baptême de la repentance. Notre Seigneur se trouve Lui-même immédiatement avec ceux qui sont tels, quoique dans Son cas, c’était l’accomplissement de la justice, alors qu’avec nous, c’est la reconnaissance du péché. Lui qui seul aurait pu s’appuyer sur la justice légale, la prend comme justifiant Dieu à tous égards, et non comme la simple justice de l’homme. Satan peut placer la tentation devant Lui sous toutes ses formes ; mais c’est inutile. Son seul souci est de justifier Dieu, et jamais de s’arroger quelque chose pour Lui-même. L’ennemi était déjoué, pour la gloire de Dieu, par un homme obéissant et dépendant.
Je crois que les principes placés devant nous dans ce chapitre sont de la plus grande importance pratique pour les enfants de Dieu. Les quelques remarques que j’ai faites peuvent aider à diriger les âmes vers la valeur pratique de ces tentations de notre Seigneur, pour nous guider dans notre propre chemin. C’est pourquoi je recommande tout le sujet à l’attention du lecteur, comme un sujet qui, bien qu’il puisse avoir été placé devant nous bien des fois, et que nous ayons souvent médité sur sa valeur pratique, peut toujours réclamer notre attention, comme il récompensera certainement notre étude avec prière.
Il peut être instructif de comparer les différentes manières par lesquelles le Saint Esprit introduit le ministère de notre Seigneur dans les évangiles. Et quand je parle de Son ministère, vous comprendrez que je veux dire Son service public, car il y a eu bien des choses concernant le Seigneur — des miracles effectués et des discours remarquables prononcés — avant qu’Il ne soit formellement entré dans le cours de Son ministère. Ce que je désire maintenant remarquer, c’est la sagesse selon laquelle Il nous a donné une vue distincte de notre Seigneur, dans chacun de ces différents récits inspirés. Nous pouvons suivre avec révérence Celui à qui il a plu de les donner sous une forme si variée — omettant certaines déclarations dans certains, et les présentant dans d’autres ; modifiant de temps en temps l’ordre des événements racontés, pour atteindre ainsi plus parfaitement Son but. En comparant ces récits, nous pouvons voir que le Saint Esprit conserve toujours le grand dessein de chaque évangile, et c’est la base de toute interprétation juste. Nous trouverons, en gardant toujours à l’esprit l’objectif auquel Il tend, que nous avons en cela le principe selon lequel les évangiles ont été écrits, et en conséquence, ce qui seul nous permettra de les comprendre correctement.
J’ai déjà montré, pour commencer par l’évangile de Matthieu, que tout du long, le Saint Esprit place devant nous le Messie avec les preuves les plus complètes de Sa mission de la part de Dieu, mais, hélas, un Messie souffrant et rejeté, et cela en particulier par Son propre peuple ; et, parmi eux, rejeté surtout par ceux qui, humainement parlant, auraient eu le plus de raison de Le recevoir. Certains étaient-ils plus particulièrement remarquables pour leur justice, selon l’estime de la nation ? Si les pharisiens l’étaient, qui a été plus acharné contre Lui ? Certains étaient-ils célébrés pour leur connaissance des Écritures ? Les scribes étaient ceux qui s’entendirent avec les pharisiens contre Lui. Les sacrificateurs, jaloux de leur position, seraient naturellement opposés à quelqu’un qui manifestait la réalité d’une puissance divine, administrée par le Fils de l’homme sur la terre, dans le pardon des péchés. Toutes ces choses sont manifestées là avec une force et une clarté frappantes dans l’évangile de Matthieu. Mais, bien que nous ne soyons pas encore arrivés à ces détails, déjà le dessein principal du Saint Esprit se dévoile dans la manière dont notre Seigneur est présenté comme entrant dans Son ministère public, dans la portion qui est maintenant devant nous.
Tout d’abord, aucune mention n’est faite, en Matthieu, de ce qui se passa à Jérusalem. Humainement parlant, Matthieu était aussi susceptible que le bien-aimé disciple Jean, d’avoir connu et de s’être enquis des circonstances précédentes de notre Seigneur, et en particulier de Son lien avec cette ville. Pourtant, de bien des choses qui sont données en Jean, pas un mot ne se trouve dans Matthieu. Dans le quatrième évangile, nous avons une députation venant de Jérusalem pour voir d’abord Jean le baptiseur, et puis notre Seigneur est reconnu comme l’Agneau de Dieu et comme Celui qui baptise de l’Esprit Saint. Puis nous trouvons notre Seigneur se faisant connaître à plusieurs personnes ; parmi elles, à Simon Pierre, après qu’André son frère a déjà été dans la compagnie du merveilleux étranger. Puis Philippe est appelé, lequel trouve Nathanaël ; et ainsi, l’œuvre du Seigneur se propage d’une âme à l’autre, soit que le Seigneur attire à Lui directement, soit par l’intervention de ceux qui ont déjà été appelés. Tout cela est entièrement omis ici. Puis, de nouveau, en Jean 2 nous est donné le premier miracle, ou signe, par lequel Christ manifeste Sa gloire — la transformation de l’eau en vin ; après quoi, notre Seigneur monte à Jérusalem et exécute le jugement sur la cupidité qui régnait alors même dans la cité qui se vantait de sa sainteté. Nous avons aussi un petit aperçu incident de ce que notre Seigneur faisait pendant Son temps à Jérusalem. Il opérait là des signes miraculeux, et beaucoup croyaient en Lui, quoique d’une manière charnelle. Jésus, est-il dit, « Lui-même ne se fiait pas à eux, parce qu’il connaissait tous les hommes » ; mais Il ouvre la grande doctrine de la nouvelle naissance, et montre la croix — Lui-même devant être ainsi fait péché, comme le serpent fut élevé par Moïse dans le désert, afin que quiconque croit en Lui « ne périsse pas, mais ait la vie éternelle ». Tout cela eut lieu avant les circonstances relatées en Matthieu. Une fois que cela est vu, tout lecteur attentif de la Parole de Dieu doit en être frappé. Il n’est pas possible que ces choses aient été inconnues de Matthieu ; elles ne pouvaient manquer d’être nommées et commentées si, en dehors de l’inspiration, vous le considérez comme un simple disciple. André, Pierre et Jean, et le reste, auraient raconté bien des fois leur première rencontre avec le Seigneur. Pourtant, Matthieu n’en dit pas un mot ; ni non plus Marc ou Luc — seulement Jean. Maintenant, quand nous examinons les évangiles ensemble, nous trouvons la véritable solution. Ce n’est pas l’ignorance d’un évangéliste, ni la connaissance d’un autre, qui explique soit les omissions soit les insertions. Dieu a donné un récit de Jésus tel qu’il imprime parfaitement la leçon qu’Il enseignait dans chaque évangile.
Pourquoi tout ce que nous avons relevé apparaît-il de façon appropriée dans Jean ? Clairement, parce que c’est en accord avec la vérité qui y est enseignée. Dans Jean, nous avons la ruine complète de l’homme — du monde — depuis le début. Le premier chapitre nous donne la preuve pratique de ce qu’était le judaïsme — le Seigneur n’étant pas reçu par les siens, quoique dûment venu, et ainsi appelant Ses propres brebis par leur nom, et les menant dehors. Car le témoignage de Jean le baptiseur n’a aucun effet durable sur la masse du peuple ; il peut passer de bouche en bouche, mais il tombe sans être écouté dans les oreilles de ceux qui n’ont pas la foi : « Vous n’êtes pas de mes brebis, comme je vous l’ai dit ». Nous avons là les brebis appelées individuellement par leur nom, et l’une d’elles recevant un nouveau nom tout à fait conforme au caractère de l’évangile de Jean. En Matthieu, nous n’avons aucun de ces incidents frappants, parce que là, le Saint Esprit place devant nous Jéhovah-Jésus, le Messie, opérant des miracles, accomplissant la prophétie, exposant le royaume des cieux — mais dans le besoin, méprisé, et compagnon de ceux qui sont tels en Galilée ; car Il n’est pas vu là comme le Fils de Dieu, que ce soit de toute éternité ou comme né dans le monde ; mais Il prend Lui-même une position de séparation, pour accomplir le grand oracle que le prophète Ésaïe avait été inspiré de Dieu pour révéler, des centaines d’années auparavant. Car vous remarquerez que le fait que notre Seigneur quitte Nazareth et vienne habiter à Capernaüm est présenté ici comme l’accomplissement de ce qui avait été dit par le prophète Ésaïe, disant : « Terre de Zabulon, et terre de Nephthali, chemin de la mer au-delà du Jourdain, Galilée des nations ». C’était en dehors du lot normal d’Israël, dans cette partie qui doit encore appartenir à Israël, dont certaines des tribus avaient pris possession, bien que, strictement parlant, elle soit au-delà des limites du pays promis. Le Seigneur traverse la Galilée des nations, et en tout cela, Il accomplissait la prophétie. Les Juifs auraient certainement dû le savoir. Le peuple qui était assis dans les ténèbres a ainsi « vu une grande lumière ; et sur ceux qui étaient assis dans la région et dans l’ombre de la mort, la lumière s’est levée ».
Maintenant, si nous nous tournons vers le prophète Ésaïe, nous trouverons encore un peu plus l’importance de cette citation. Elle fait partie d’un grand courant prophétique dans lequel le Seigneur met à nu la rébellion extrême d’Israël, et les jugements tombant sur Son peuple, parce qu’ils ne voulaient pas écouter Sa voix. Sa main était étendue contre eux : « Pour tout cela, sa colère ne s’est pas détournée, et sa main est encore étendue » (És. 5, 25). Au milieu de ces opérations de Dieu, nous trouvons la gloire du Seigneur révélée (chapitre 6). Nous savons maintenant, comme Jean 12 nous le déclare, que cette gloire est dans la personne de Christ. C’est en accord avec cela qu’il est annoncé en Ésaïe 7 qu’il devait y avoir une naissance entièrement au-dessus de la nature. Ce n’était plus Celui qui était assis sur un trône élevé, à l’écart des hommes, quoique les hommes reçoivent un message de grâce de Sa part au milieu du jugement, mais le chapitre 7 révèle le grand fait de l’incarnation. Le roi de gloire, l’Éternel des armées, devait devenir un petit enfant, né d’une vierge. Le chapitre suivant révèle un autre fait. Israël ne se souciait pas plus de l’enfant glorieux de la vierge que des avertissements de Dieu auparavant. Au contraire, ils L’ont méprisé et rejeté. En conséquence, le chapitre 8 suppose un résidu pieux de plus en plus isolé au milieu d’un horrible état de choses en Israël qui, se joignant aux Gentils, dira : « Conjuration ». Israël prend alors la position d’une incrédulité complète. Les Juifs seront les meneurs, dans cette rébellion contre Dieu. Mais, au milieu de tout cela, que fait-Il ? « Lie le témoignage, scelle la loi parmi mes disciples. Et je m’attendrai à l’Éternel qui cache sa face de la maison de Jacob, et je l’attendrai. Voici, moi et les enfants que l’Éternel m’a donnés, nous sommes pour signes et pour prodiges en Israël de la part de l’Éternel des armées qui demeure en la montagne de Sion ». C’est-à-dire qu’il y a une déclaration distincte que Dieu se réjouira d’avoir un petit résidu au milieu d’Israël ; et alors qu’Israël rejette le Messie, un résidu séparé apparaît, et la bénédiction viendra à la fin dans toute la plénitude de la grâce. Pourtant, au début, ce serait une chose petite et méprisée ; et c’est exactement la circonstance que notre Seigneur mettait maintenant en évidence. « Et s’ils vous disent : Enquérez-vous des évocateurs d’esprits… un peuple ne s’enquiert-il pas de son Dieu ? ira-t-il aux morts pour les vivants ? À la loi et au témoignage ! S’ils ne parlent pas selon cette parole, il n’y a pas d’aurore pour lui ». En conséquence, la prophétie se poursuit : « Toutefois l’obscurité ne sera pas selon que la détresse fut sur la terre, quand au commencement il pesa légèrement sur le pays de Zabulon et le pays de Nephthali, et plus tard s’appesantit sur elle,… chemin de la mer, au-delà du Jourdain, Galilée des nations : le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière [le Messie] ; ceux qui habitaient dans le pays de l’ombre de la mort,… la lumière a resplendi sur eux ». Il montre après cela, dans cette prophétie, que (tandis que l’affliction de la part des Gentils sur la nation serait plus grande que jamais, et que l’oppression romaine surpasserait de beaucoup celles des Chaldéens autrefois, toutefois) le Messie serait là, méprisé et rejeté des hommes, ou plutôt des Juifs, et que dans le même temps, alors qu’Il est ainsi méprisé par le peuple qui aurait dû reconnaître Sa gloire, une grande lumière jaillirait dans l’endroit le plus méprisé, dans la Galilée des nations, parmi les plus pauvres en Israël, là où les Gentils étaient mêlés avec eux — un peuple qui ne pouvait pas même parler correctement sa propre langue. C’est là que cette brillante lumière céleste devait jaillir ; c’est là que le Messie serait reconnu et reçu. Ainsi, nous pouvons voir comment cette prophétie correspond parfaitement à l’évangile que nous considérons. Car nous avons ici quelqu’un qui est Jéhovah le Messie, un roi divin — non pas un simple homme, mais rejeté par la nation et méprisé par les chefs, se faisant connaître en grâce à ceux qui étaient les plus dédaignés dans la périphérie, en allant vers les Gentils. Ce que les rois avaient cherché en vain, ce que les prophètes avaient désiré de voir, il était donné à leurs yeux de le contempler. Le Seigneur commence à séparer Lui-même un résidu en Israël dans la Galilée des nations. Cela poursuit et confirme l’objectif de Matthieu depuis le début.
Mais il y a plus que cela. « Dès lors Jésus commença à prêcher et à dire : Repentez-vous, car le royaume des cieux s’est approché » (v. 17). Il est clair que cela commence Sa prédication publique. Le discours à Nicodème était tout à fait différent. Pourquoi n’avons-nous rien de semblable à la femme samaritaine, en Matthieu ? Comment cela s’accorde-t-il avec l’évangile de Jean ? En Matthieu, le sujet est l’accomplissement des prophéties concernant le Messie, et Dieu montrant qu’il n’y avait, de Son côté, aucun manquement au témoignage jusqu’à ce que s’achève l’œuvre du baptiseur. Jésus attend cela en Matthieu. Dans Jean, Il n’attend rien. Il donne là le plus grand témoignage possible concernant le royaume de Dieu ; la nécessité d’une vie que l’homme ne possédait pas naturellement, que Dieu seul pouvait donner ; et la nécessité de la croix comme expression du jugement par Dieu du péché, en grâce pour les pécheurs — pour le monde. De sorte que le discours de Jean 3 consiste en ces deux parties — une vie donnée de Dieu qui est parfaitement sainte ; et Jésus mourant en expiation pour les péchés de la vieille vie, qui ne pouvait jamais entrer dans la présence de Dieu. Car bien que les croyants doivent avoir la nouvelle vie, cependant cela ne peut ôter le péché. La mort est nécessaire aussi bien que la vie, et le Sauveur pourvoit aux deux. Il est la source de la vie comme Fils de Dieu, et Il meurt comme Fils de l’homme. Et c’est ce qu’Il met en évidence de façon frappante dans le début de l’évangile de Jean.
Dans Matthieu, comme je l’ai dit, nous avons Jésus attendant jusqu’à ce que le témoignage de Jean le baptiseur soit terminé, et alors Il entre dans Son ministère public. Ces choses sont en parfaite harmonie. S’il avait été dit que notre Seigneur prêchait le royaume des cieux à Nicodème, cela aurait semblé être une contradiction ; mais Il ne le fit pas. À lui, Il montra la nécessité d’une nouvelle naissance, pour que quelqu’un puisse voir le royaume de Dieu. Mais dans Matthieu, Il s’occupe de ce qui regarde la terre — le royaume des cieux, selon la prophétie de Daniel. Il attend donc jusqu’à ce que le précurseur terrestre eut fini sa tâche. C’est pour cela que Matthieu laisse de côté toute allusion à quoi que ce soit de public concernant Christ, avant que Jean soit jeté en prison. Il présente aux Juifs le royaume des cieux comme ce qui était en accord avec leurs prophètes.
Dans l’évangile de Luc, voyons comment le ministère de notre Seigneur commence. Le chapitre 4 suffira pour mon propos. Le Seigneur retourne dans la puissance de l’Esprit en Galilée : « Et sa renommée se répandit par tout le pays d’alentour. Et lui-même enseignait dans leurs synagogues, étant glorifié par tous. Et il vint à Nazareth où il avait été élevé ». C’est une scène qui précède ; Il n’est pas encore à Capernaüm. Matthieu laisse tout cela de côté. C’est des plus frappant, parce que Luc n’était pas l’un de ceux qui étaient personnellement avec notre Seigneur, alors que Matthieu l’était. Mais à moins que vous ne croyiez que c’est Dieu qui a guidé la main de chacun des écrivains, et mis Son propre sceau dessus, vous êtes incapable de comprendre l’Écriture ; vous ajouterez vos propres pensées, au lieu d’être soumis à la pensée de Dieu. Ce que nous voulons, c’est nous confier à Dieu, qui nous éclaire par Sa propre lumière bénie et infinie. Pourquoi Dieu nous donne-t-Il cet incident à Nazareth en Luc, et nulle part ailleurs ? Est-ce le Messie ? Non ; tel n’est pas l’objet de Luc. Ce n’est pas non plus Son ministère dans l’ordre dans lequel il se produit : c’est ce que vous trouverez dans Marc. Mais Luc, tout comme Matthieu, modifie l’ordre des événements, dans le but de mettre en lumière l’objet moral de chaque évangile. Luc nous donne cette circonstance dans la synagogue ; Matthieu ne le fait pas. Si quelqu’un a lu l’évangile de Luc avec une intelligence spirituelle, quelle est l’impression uniforme qui est communiquée à l’esprit ? Il y a un homme béni, oint du Saint Esprit, qui avance en faisant le bien. En effet, c’est précisément la manière selon laquelle Pierre résume la vie de Jésus dans les Actes, quand il Le prêche à Corneille : « Jésus qui était de Nazareth, comment Dieu l’a oint de l’Esprit Saint et de puissance, lui qui a passé de lieu en lieu, faisant du bien, et guérissant tous ceux que le diable avait asservis à sa puissance ; car Dieu était avec lui ». Et alors, il donne un récit de Son œuvre merveilleuse dans Sa mort et Sa résurrection, et de ses fruits pour le croyant.
En ouvrant donc l’évangile de Luc, quel est le premier incident du ministère de notre Seigneur qui nous y est rapporté ? À Nazareth, le village le plus méprisé de la Galilée, l’endroit où notre Seigneur était certain d’être raillé — dans Son propre pays, là où Il avait vécu tous les jours de Sa vie privée d’obéissance bénie rendue à l’homme et de dépendance envers Dieu — dans ce même endroit, Il entra dans la synagogue le jour du sabbat, et se tint debout pour lire dans le prophète Ésaïe, où il était écrit : « L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a oint pour annoncer de bonnes nouvelles aux pauvres ; il m’a envoyé pour publier aux captifs la délivrance,… pour publier l’an agréable du Seigneur. Et ayant ployé le livre ». Il s’arrêta en plein milieu d’une phrase. Pourquoi donc ? Pour la raison la plus précieuse. Il était venu ici-bas comme un héraut de la grâce, ministre de la bonté divine pour les hommes pauvres et misérables. Dans la prophétie d’Ésaïe, il y avait le jugement mêlé avec la miséricorde. L’évangile de Matthieu souligne le jugement sur les Juifs et la miséricorde pour la Galilée méprisée. Mais ici, c’est une chose plus vaste. Dans Luc, il n’y a pas un mot à propos du jugement ; rien n’apparaît que la plénitude de la grâce qui était en Christ. Il était venu avec toute puissance et volonté pour bénir : l’Esprit de l’Éternel était sur Lui dans ce but. Il avait été envoyé pour prêcher l’an agréable du Seigneur — et à ce moment-là, Il ferma le livre. Il ne voulait pas ajouter les paroles suivantes, qui annonçaient « le jour de la vengeance de notre Dieu ». Il s’arrête, de la façon la plus significative, avant qu’un mot soit dit de ce jour. Pour ce qui concernait la véritable mission pour laquelle Jésus était venu du ciel, il ne s’agissait pas d’exécuter la vengeance : c’était seulement ce que l’homme L’obligerait à faire bientôt en refusant la grâce. Mais Il vint pour montrer l’amour divin découlant en flots incessants et parfaits de Son cœur. C’était ce que notre Seigneur ouvrait ici. Où une telle scène convenait-elle ? Exactement à l’endroit où elle se trouve — seulement dans l’évangile de Luc. Vous ne pouvez pas la transporter dans Matthieu, ni même dans Jean. Il y a un caractère en elle qui appartient à cet évangile, et à aucun autre. Certaines des circonstances du ministère de notre Seigneur sont données dans tous les évangiles, mais celle-ci non : parce qu’elle découle du courant de Luc, elle se trouve là, et là seulement.
Cela aidera à illustrer les différences caractéristiques et arrangées divinement entre les évangiles. L’harmonisation est une tentative pour faire entrer dans un moule des choses qui ne sont pas identiques. Ainsi, si je puis ajouter quelques mots quant au récit de Luc, nous avons d’autres éléments qui le corroborent. Alors qu’ils étaient suspendus à Ses lèvres pour entendre les paroles de grâce, comme les caractérise l’Esprit Saint, tous les yeux étaient fixés sur Lui. « Il se mit à leur dire : Aujourd’hui cette écriture est accomplie, vous l’entendant… Et ils disaient : Celui-ci n’est-il pas le fils de Joseph ? ». Telle était leur aveuglement de cœur. Il fut méprisé et rejeté des hommes ; non seulement des hommes orgueilleux de Jérusalem, mais même à Nazareth. C’est là l’objet de Luc, qui démontre une pensée encore plus profonde — que ce n’étaient pas seulement les hommes qui pouvaient se baser sur la loi, mais que le cœur de l’homme était contre Lui, où qu’Il soit. Que ce soit à Nazareth, et qu’Il prononce les paroles les plus pleines de grâce qui soient jamais tombées des lèvres de l’homme, toujours le mépris s’ensuivait. « Et il leur dit : Assurément vous me direz cette parabole : Médecin, guéris-toi toi-même ; fais ici aussi dans ton pays toutes les choses que nous avons ouï dire qui ont été faites à Capernaüm ». Nous apprenons ici que le Seigneur avait fait bien des choses ailleurs, et des choses qui avaient eu lieu avant ceci ; mais l’Esprit de Dieu rapporte en détail celle-ci en premier. Le Seigneur, en accord avec cela, manifeste une autre chose à laquelle je dois me référer. Il prend des exemples de l’histoire juive, pour illustrer l’incrédulité des Juifs et la bonté de Dieu envers les Gentils : « En vérité, je vous dis qu’il y avait plusieurs veuves en Israël, aux jours d’Élie, lorsque le ciel fut fermé… et Élie ne fut envoyé vers aucune d’elles, sinon à Sarepta », etc. C’est-à-dire qu’Il montre que dans l’incrédulité d’Israël, Dieu se tourne vers les Gentils, et qu’ils devaient écouter. Il y avait ce point important dans l’évangile de Luc — non seulement la manifestation de la plénitude de la grâce qui était en Jésus, mais Dieu allant vers les Gentils, et en miséricorde envers eux. Le premier discours de notre Seigneur qui est rapporté dans Luc, manifeste l’objet même de l’évangile. En conséquence, quand le Seigneur prononça ces paroles, ils « furent remplis de colère, et s’étant levés, ils le chassèrent hors de la ville, et le menèrent jusqu’au bord escarpé de la montagne sur laquelle leur ville était bâtie, de manière à l’en précipiter. Mais lui, passant au milieu d’eux, s’en alla. Et il descendit à Capernaüm ». Et alors, nous avons le Seigneur ayant affaire avec un homme qui était possédé par un démon. C’est le premier miracle détaillé ici ; et ce n’est que dans le chapitre suivant que nous trouvons notre Seigneur appelant Simon Pierre, André et le reste, à Le suivre ; tout cela étant donné avec le plus grand soin possible. Tout de suite, nous sommes frappés de la différence.
Car quand nous revenons à Matthieu, il n’y a pas un mot sur Nazareth, ou sur le démon chassé d’un homme possédé ; mais simplement notre Seigneur, quand Il commença de prêcher, marchait le long de la mer de Galilée, et « vit deux frères, Simon appelé Pierre, et André son frère, qui jetaient un filet dans la mer, car ils étaient pêcheurs ; et il leur dit : Venez après moi, et je vous ferai pêcheurs d’hommes » (v. 18, 19). Ce récit est donné très succinctement. On n’y trouve aucun détail ; mais nous les trouvons dans Luc et, je présume, pour cette raison, que son évangile est de façon spéciale celui où nous voyons l’analyse morale du cœur de l’homme. Il y a deux choses qui sont spécialement mises en évidence dans Luc — ce que le cœur de Dieu est envers l’homme, et ce que le cœur de l’homme est naturellement envers Dieu ; et, outre cela, ce qu’il devient par la grâce de Dieu. Prenez la parabole du fils prodigue, par exemple. N’avez-vous pas là la grâce de Dieu et la méchanceté du cœur de l’homme pleinement mis en évidence ? Et puis son retour à lui-même et son abandon à la bonté de Dieu envers lui ? C’est exactement l’évangile de Luc, le résumé et la substance de tout le livre. C’est une des raisons pour laquelle vous avez l’expérience de Pierre quand il est appelé au service pour la première fois ; comment le Seigneur répond à ses craintes, et le rend propre à devenir un pêcheur d’hommes. Et c’est là que Pierre devient une personne importante : une telle expérience est sans valeur, sauf dans un individu. L’expérience doit être une chose entre l’âme et Christ ; et du moment qu’elle devient vague, ou quelque chose de notoriété publique, tout est fini ; elle devient plutôt un piège pour la conscience. Il y a le danger de répéter ce que nous avons entendu des autres, ou de retenir ce qui est mauvais pour nos propres âmes. Ce doit être une affaire de conscience individuelle avec le Seigneur. C’est pourquoi Luc nous donne un individu qu’il distingue, et le récit minutieux de ce qu’il traverse avec le Seigneur.
Ce n’est pas le point de vue de Matthieu. Là, c’est le Messie rejeté, maintenant que Son précurseur est jeté en prison, qui Lui-même découvrira bientôt qu’il Lui est réservé quelque chose de pire qu’une prison. Mais malgré tout, le Seigneur accomplira les prophéties. Il accomplit, dans le lieu le plus méprisé, la prophétie d’Ésaïe qui prédisait que la loi serait scellée parmi Ses disciples, en même temps que le Seigneur cachait Sa face d’Israël. Maintenant, Il veut avoir des personnes qui soient propres à être les représentants de ce résidu pieux en Israël. C’est pourquoi Il appelle d’abord deux frères, Simon appelé Pierre, et André son frère. Ce serait une erreur de supposer que c’était le premier contact de notre Seigneur avec eux. Ils connaissaient le Seigneur depuis longtemps. Comment le savons-nous ? Jean nous le dit. Si vous examinez ce point, vous trouverez que tous les événements dans les quatre premiers chapitres de l’évangile selon Jean se sont produits avant cette scène. Les circonstances rapportées de notre Seigneur à Jérusalem, en Galilée, et même avec la femme de Samarie, ont toutes eu lieu avant que Simon et André soient appelés à quitter leur travail. Pour appeler à une direction particulière du service, il faut qu’il y ait une seconde œuvre de Christ.
C’est une chose pour Christ de se révéler à une âme ; c’en est une autre de faire de cette âme un pêcheur d’hommes. Il y a une foi spéciale qui est nécessaire, pour pouvoir agir sur les âmes des autres. La simple foi qui sauve et qui s’approprie Christ pour son âme, n’est pas du tout la même chose que comprendre l’appel de Christ retirant quelqu’un hors de tous les objets naturels de cette vie, pour accomplir Son œuvre. C’est ce qui se voit ici. Le Seigneur, dans Sa réjection, appelle, et fait que Sa voix est entendue par ces quatre hommes, et aussi par d’autres. Ils avaient déjà cru en Lui, et avaient la vie éternelle ; mais même avec la vie éternelle, un homme peut suivre bien des choses du monde et, étant occupé de ce qui contribue à ses propres aises ici-bas, demeurer membre de la société des hommes. Beaucoup de ceux qui sont pieux continuent encore à se mêler avec le monde ; mais pour que le Seigneur en fasse les compagnons de Son propre service, et les rende propre à réaliser Ses propres buts, Il doit les appeler à sortir. Mais ils ont un père : que faut-il faire ? Peu importe ; l’appel de Christ prime sur tout autre droit. Ils jetaient un filet dans la mer ; et Il leur dit : « Suivez-moi ». Mais ils ont peut-être attrapé tant de poissons : qu’en est-il ? « Et eux aussitôt, ayant laissé leurs filets, le suivirent. Et, passant de là plus avant, il vit deux autres frères, Jacques le fils de Zébédée, et Jean son frère, dans la nacelle avec Zébédée leur père, raccommodant leurs filets, et il les appela » (v. 20, 21). Assurément, c’était une lutte. Ils réparaient leurs filets avec leur père, quand le Seigneur les appela ; mais ils laissèrent immédiatement leurs filets et leur père, et Le suivirent. Et pour cette raison : ils savaient qui était Christ ; qu’Il était le Messie, l’objet béni de l’espérance que Dieu avait promise aux pères depuis le commencement ; et maintenant, les enfants l’obtenaient. Il les appela. Ne pouvaient-ils pas confier tout ce qu’ils avaient entre Ses mains, et se remettre à Ses soins pour leur père ? Assurément, ils le pouvaient. La même foi qui leur avait donné de suivre Jésus, non seulement comme Celui qui donnait la vie éternelle, mais comme Celui à qui ils appartenaient désormais comme esclaves, pouvait leur permettre de confier à Sa garde tout ce qui leur appartenait dans ce monde. Certainement, si le Seigneur les appelait, Son appel devait être supérieur à leurs obligations naturelles. C’était un cas extraordinaire. Nous ne trouvons pas qu’en général, des personnes soient appelées à un tel travail de cette façon ; mais il peut y avoir des occasions où le Seigneur appelle de cette manière à Le servir. Comment peut-on être utile aux âmes des autres, à moins d’avoir connu quelque chose de cette épreuve pour sa propre âme ? Le Seigneur est présenté ici comme formant ainsi ce résidu pieux pour Lui-même, depuis le tout début. « Voici, moi et les enfants que l’Éternel m’a donnés, nous sommes pour signes et pour prodiges en Israël ». C’était ce que le Seigneur faisait maintenant ; mais ce n’était pas tout. « Et Jésus parcourait toute la Galilée, enseignant dans leurs synagogues, et prêchant l’évangile du royaume, et guérissant toute sorte de maladies et toute sorte de langueurs parmi le peuple. Et sa renommée se répandit dans toute la Syrie ; et on lui amena tous ceux qui se portaient mal, qui étaient affligés de diverses maladies et de divers tourments, et des démoniaques, et des lunatiques, et des paralytiques, et il les guérit » (v. 23, 24).
Remarquez maintenant que nulle part, sauf en Matthieu, nous ne trouvons une telle série d’œuvres et d’enseignements du Seigneur réunis dans deux versets. Dans Matthieu, ils sont regroupés tous ensemble, avant que nous ayons l’enseignement couramment appelé « le sermon sur la montagne ». Comment se fait-il que le cours ordinaire du ministère du Seigneur soit placé devant nous ici dans cette forme complète ? C’est dans l’intention de montrer, après que le Seigneur a appelé Ses disciples, l’attention universelle qui était attirée sur Sa doctrine. Le Seigneur avait rendu un témoignage complet partout dans toute la Galilée, et Sa renommée s’était répandue dans toute la Syrie ; des personnes avaient été attirées de tous les endroits ; et le Saint Esprit nous donne alors un tableau du royaume des cieux dans ses objets et son caractère. Les circonstances sont ainsi arrangées par le Saint Esprit, pour montrer l’attention universelle qui y est portée. Quand tous sont sur la pointe des pieds pour L’entendre, alors le Seigneur dévoile le caractère du royaume des cieux. Matthieu savait parfaitement bien que le sermon sur la montagne avait été en réalité prononcé bien plus tard. Il l’avait lui-même entendu. Et pourtant, le propre appel de Matthieu ne nous est donné qu’au chapitre 9. C’était après l’appel des douze disciples, que le Seigneur prit place sur la montagne ; mais Matthieu le rapporte bien avant. Le but est de marquer, non pas le moment où le Seigneur prononça Son discours, mais le changement annoncé. Il y avait, d’abord, toutes ces œuvres puissantes qui témoignaient qu’Il était le vrai Messie ; et puis Sa doctrine fut parfaitement mise en évidence. Le sermon sur la montagne ne doit pas être considéré, historiquement, comme un discours continu, mais peut avoir été divisé en plusieurs parties. Il n’est dit nulle part qu’il fut prononcé entièrement à la suite. Nous avons seulement le fait général qu’alors, Il parla ainsi sur la montagne, et que là, Il enseigna le peuple. Il peut avoir été donné en plusieurs discours, avec les circonstances donnant lieu à telle ou telle partie qui sont omises dans Matthieu. L’esprit humain compare ces choses entre elles, et en trouvant que dans Luc, plusieurs portions en sont données dans une relation différente, alors qu’en Matthieu elles sont toutes données ensemble, au lieu de se confier dans l’assurance que Dieu est juste, il saute immédiatement à la conclusion qu’il y a de la confusion dans ces écritures. En réalité, il y a de la perfection. C’est le Saint Esprit mettant tout en forme selon l’objet qu’Il a devant Lui.
Une autre fois, j’espère, si le Seigneur le veut, entrer soigneusement dans ce discours des plus bénis de notre Seigneur, pour prouver sa grande importance en lui-même, et sa place appropriée dans Matthieu, où là seulement nous le trouvons tout entier. Dans Marc et dans Jean, il ne nous est pas donné du tout ; dans Luc, seulement par des fragments séparés ; dans Matthieu, comme un tout. Mais maintenant, je vous recommande simplement le sujet que nous avons considéré, confiant que les remarques générales déjà faites se révèleront être un encouragement pour un examen avec prière plus approfondi. Que les indications données puissent aider certains à une lecture plus profitable de la Parole de Dieu, et à pénétrer de façon plus intelligente dans Sa pensée, en plus de donner une clé pour les difficultés apparentes dans les évangiles.