J’ai déjà expliqué, quoique brièvement, qu’une des raisons de l’Esprit de Dieu en plaçant le sermon sur la montagne hors de sa position historique, dans Matthieu, si nous pouvons parler ainsi, et en nous le donnant avant bien des événements qui sont donnés dans la suite, était celle-ci : que tout l’évangile a été écrit dans le but de convaincre les Juifs ; d’abord, pour montrer qui était Jésus — leur Messie (un homme, mais l’Éternel), l’Éternel Dieu d’Israël ; puis pour donner des preuves complètes de ce qu’Il était vraiment comme leur Messie, selon la prophétie, par des miracles, des principes moraux et des voies, à la fois dans Sa propre personne et dans Sa doctrine[6]. Afin de donner plus de poids à Sa doctrine, l’Esprit de Dieu, à mon avis, s’est plu d’abord à donner, comme une esquisse générale, les œuvres de puissance miraculeuse qui éveillèrent l’attention universelle. Le récit s’en était répandu partout au loin, de sorte qu’il n’y avait aucune excuse possible à l’incrédulité pour soutenir qu’il n’y avait pas eu une publicité suffisante ; que Dieu n’avait pas sonné assez fort de la trompette, pour que les tribus d’Israël l’entendent. Loin de là : Sa renommée s’était répandue par toute la Syrie, et de grandes foules Le suivaient depuis la Galilée, et Décapolis, et Jérusalem, et la Judée, et par-delà le Jourdain. Tout cela est mis en avant ici et regroupé à la fin du chapitre 4.
Et tout comme il y a ce regroupement des miracles de Christ, qui peuvent avoir été séparés l’un de l’autre par un long espace de temps, de même, je comprends que le sermon sur la montagne n’était pas nécessairement un discours continu, non divisé par le temps ou les circonstances, mais que le Saint Esprit a trouvé bon de l’arranger ainsi, pour donner l’unité morale complète de la doctrine de Christ quant au royaume des cieux, et particulièrement de manière à contrecarrer les vues terrestres du peuple d’Israël.
Luc, au contraire, a été inspiré par le Saint Esprit pour donner les questions qui ont été à l’origine de certaines portions du discours, et les circonstances qui les accompagnaient ; et aussi, pour garder à l’arrière-plan certaines parties de ce discours, en les reliant aux faits qui se sont produits de temps en temps dans le ministère de notre Seigneur, les incidents réels étant ainsi imbriqués dans une correspondance morale avec une doctrine particulière de notre Seigneur. Dans certains endroits de Luc, l’Esprit de Dieu prend la liberté, selon Sa souveraine sagesse, de garder certaines portions à l’arrière-plan, et d’en introduire une partie ici ou là, selon l’objectif qu’Il avait en vue. La grande caractéristique de l’évangile selon Luc, qui court du début à la fin, étant son objectif moral, nous pouvons tout à fait comprendre combien il était convenable que, s’il y avait des circonstances dans la vie de Christ qui étaient une sorte de commentaire pratique de Son discours, là vous trouviez le discours et les faits placés ensemble.
Maintenant, concernant le discours lui-même, le Seigneur parle ici clairement comme le Messie, le Roi-prophète des Juifs. Mais outre cela, tout du long, vous trouverez que le discours suppose la réjection du Roi. Elle n’est pas encore clairement mise en évidence, mais c’est ce qui sous-tend tout l’ensemble. Le Roi a le sentiment du véritable état du peuple, qui n’avait pas de cœur pour Lui. En conséquence, il est tout du long empreint d’une certaine tristesse. Cela doit toujours caractériser la vraie piété dans le monde tel qu’il est : une chose étrange pour Israël, et particulièrement étrange sur les lèvres du Roi, de Celui qui possédait une puissance telle que, s’il s’était agi d’utiliser Ses ressources, Il aurait pu tout changer en un instant. Les miracles qui accompagnaient Ses pas prouvaient qu’il n’y avait rien hors de Son atteinte, s’il s’agissait seulement de Lui-même. Mais vous trouverez dans toutes les voies de Dieu que, s’Il accomplit toujours Ses desseins — de sorte que s’Il a prédit un royaume et le prend en main pour l’établir, Il l’accomplira certainement — toutefois, Il en présente d’abord la pensée à l’homme, à Israël, parce qu’ils étaient Son peuple élu. L’homme a ainsi la responsabilité de recevoir ou de rejeter ce qui est la pensée de Dieu, avant que la grâce et la puissance le réalisent. Mais l’homme manque toujours, quel que puisse être le propos de Dieu. Son propos est bon, il est saint et vrai ; il exalte Dieu, mais abaisse le pécheur : c’est suffisant pour l’homme. Il a le sentiment d’être traité comme rien, et il rejette tout ce qui ne satisfait pas sa vanité. L’homme se dresse invariablement contre les pensées de Dieu : en conséquence, il y a de la douleur et de la tristesse — la réjection de Dieu Lui-même. Et la chose merveilleuse qu’expose l’histoire de ce monde, est Dieu se soumettant au rejet et à l’insulte ; permettant à l’homme pauvre et faible, un ver, de repousser Ses avances bienveillantes et de refuser Sa bonté ; de tourner tout ce que Dieu donne et promet, en la manifestation de son propre orgueil et de sa propre gloire, contre la majesté et la volonté de Dieu. C’est toute la vérité quant à l’homme, de sorte que tout le discours béni de notre Seigneur en est imprégné. Et, alors qu’Il dévoile maintenant (ce qui est l’objet principal de la première partie de ce chapitre) le caractère de ceux qui conviendraient au royaume des cieux, Il proclame que leur caractère devait être formé par le sien. S’il y avait du mécontentement et du mépris, de la part des hommes, pour ce qui était de Dieu, Il montre que ceux qui Lui appartiennent réellement doivent avoir un esprit et une marche caractérisés par, et en sympathie avec, Sa propre pensée. Je ne peux dire ici que « sympathie », parce que la vérité d’une vie divine donnée au croyant n’est pas évoquée, dans ce discours. La rédemption n’est jamais abordée, car elle n’est pas le sujet du sermon sur la montagne. Si quelqu’un, donc, voulait savoir comment être sauvé, il ne doit pas regarder ici avec la pensée d’y trouver une réponse. Elle ne peut pas être trouvée là, parce que le Seigneur manifeste le royaume des cieux et quelle sorte de personnes sont propres pour ce royaume. Il est clair qu’Il parle de Ses disciples, et par conséquent, Il ne montre pas comment quelqu’un éloigné de Dieu pourrait être délivré d’une telle position. Il parle de saints, non de pécheurs. Il pouvait exposer ce qui était selon Son cœur ; pas du tout le moyen pour une âme ayant conscience de son éloignement de Dieu, d’être approchée. Le sermon sur la montagne ne traite pas du salut, mais du caractère et de la conduite de ceux qui appartiennent à Christ — le vrai Roi, quoique rejeté. Mais quand nous examinerons ces béatitudes de près, nous trouverons en elles une profondeur étonnante, et aussi un ordre magnifique.
La première béatitude, donc, se relie à un trait fondamental qui est inséparable de toute âme amenée à Dieu, et qui connaît Dieu. « Bienheureux les pauvres en esprit ». Rien de plus contraire à l’homme ! Ce que les gens appellent « un homme d’esprit », est exactement l’opposé d’être pauvre en esprit. Un homme d’esprit est quelqu’un qui — comme l’était Caïn — est déterminé à ne pas se laisser faire ; une âme qui se battrait avec Dieu Lui-même. Celui qui est « pauvre en esprit » est tout l’opposé de cela. C’est une personne qui est brisée, qui sent que la poussière est sa position vraie. Et toute âme qui connaît Dieu doit, plus ou moins, se trouver là. Elle peut sortir de sa position ; car bien que ce soit une chose solennelle, il est pourtant assez facile de s’élever, d’oublier notre vraie place devant Dieu ; c’est un danger même pour ceux qui ont été amenés à la liberté de Christ. Quand il y a de la sincérité de cœur, on est prêt à être abaissé, surtout si on n’est pas tout à fait sûr que tout est au clair entre son âme et Dieu. Mais quand son esprit est complètement soulagé, quand on connaît la plénitude et la certitude de la rédemption dans le Christ Jésus, si alors on regarde ailleurs qu’à Jésus et prend place parmi les hommes, vous aurez là l’ancien esprit ravivé, l’esprit de l’homme dans sa pire forme — si terrible est l’effet d’un éloignement de Dieu pour se mêler aux hommes. Le pauvre en esprit, le premier dans l’ordre, est ce que le Seigneur pose comme une sorte de fondement, comme étant inséparable d’une âme qui est amenée à Dieu : — elle peut même ne pas connaître ce qu’est la pleine liberté, mais il y a cette marque, jamais absente là où le Saint Esprit opère dans l’âme — à savoir, la pauvreté en esprit. Elle peut avoir été envahie par d’autres choses, ou s’être estompée sous l’influence d’une fausse doctrine, ou de pensées et de pratiques mondaines, mais elle est toujours là, et là, au milieu de toutes les ordures ; et Dieu sait comment abaisser de nouveau un homme, s’il a oublié sa véritable place. « Bienheureux les pauvres en esprit, car c’est à eux qu’est le royaume des cieux » (v. 3). S’Il parle du royaume, Il dit sur-le-champ : Voici les personnes à qui il appartient. Par le « royaume des cieux », Il ne veut pas dire le ciel : il ne veut jamais dire le ciel, mais toujours la terre comme étant sous l’autorité du ciel. Vous trouverez que bien des personnes ont pour habitude de confondre ces deux choses. « C’est à eux qu’est le royaume des cieux » signifie, dans leur pensée, « c’est à eux qu’est le ciel ». Alors que le Seigneur ne fait pas référence au ciel, mais à la domination des cieux sur une scène terrestre. Il fait référence à la scène dirigée par le Messie ; ceux qui sont pauvres en esprit appartiennent à ce système dont Il est la tête. Il ne parle pas de l’Église, ici. Il aurait pu y avoir le royaume des cieux et pas d’Église du tout. Ce n’est pas avant le chapitre 16 de cet évangile que le sujet de l’Église est abordé, et alors, c’est une chose promise et expressément distinguée du royaume des cieux. Il n’y a pas, dans toute l’Écriture, un seul passage où le royaume des cieux est confondu avec l’Église, ou vice versa. « Bienheureux les pauvres en esprit, car c’est à eux qu’est le royaume des cieux ». C’est le fondement de base, la grande caractéristique de tous ceux qui appartiennent à Jésus.
« Bienheureux ceux qui mènent deuil » est le second caractère. Il y a davantage d’activité de vie, plus de profondeur de sentiment, plus de perception de la condition des choses autour d’eux. Être « pauvre en esprit » serait vrai même s’il n’y avait pas une seule autre âme dans le monde ; on se sent tel à cause de ce que l’on est en soi-même ; c’est une question entre soi et Dieu, qui fait être pauvre en esprit. Mais « bienheureux ceux qui mènent deuil » n’est pas simplement ce que nous trouvons dans notre propre condition, mais la sainte douleur qu’un saint éprouve en se trouvant dans un monde tel que celui-ci, et oh, combien peu capable de maintenir la gloire de Dieu ! Ainsi, il y a cette sainte tristesse, dans la deuxième partie. La première est l’enfant de Dieu expérimentant les premiers sentiments de la sainteté dans son âme ; la deuxième est le sentiment de ce qui est dû à Dieu — un sentiment qui peut être d’une grande faiblesse, mais pourtant de ce qui convient à l’honneur de Dieu, et combien peu il est maintenu, par lui ou par les autres. « Bienheureux ceux qui mènent deuil, car c’est eux qui seront consolés » (v. 4). Il n’y a pas un seul soupir qui monte vers Dieu, qu’Il ne chérisse et auquel Il ne répondra ; « nous-mêmes aussi qui avons les prémices de l’Esprit, nous aussi, nous soupirons en nous-mêmes ». Ici donc, nous avons la tristesse de l’âme pieuse.
Mais dans le troisième cas, nous en arrivons à ce qui est plus profond et plus humble. C’est une condition d’âme produite par une connaissance plus complète de Dieu, et qui est de façon particulière la manière selon laquelle Dieu décrit ailleurs le Bienheureux Lui-même. Il était « débonnaire et humble de cœur » ; et c’était ce que le Seigneur disait après avoir gémi dans Son esprit, car Il savait ce que c’était que d’avoir une peine plus profonde que celle dont nous avons parlé, quant à la condition de l’homme et la réjection de Dieu dont Il était témoin ici-bas. Il pouvait seulement dire « Malheur » à ces villes dans lesquelles Il avait fait tant de miracles ; et alors, Capernaüm fait l’objet de la plus grande condamnation, parce que les plus puissants miracles avaient été faits là en vain. Et que pouvait faire Jésus, sinon gémir en esprit, en pensant à un tel mépris complet de Dieu, et à l’indifférence envers Son propre amour ? Mais, en cette même heure, nous voyons qu’Il se réjouit en esprit, et dit : « Je te rends grâces, ô Père ». Telle est la preuve bénie de la douceur sans égale en Jésus. La même heure qui voit la profondeur de Sa tristesse à l’égard de l’homme, voit aussi Sa soumission parfaite à Dieu, quoiqu’au prix de toutes choses pour Lui-même. Conscient de cela, Il dit : « Venez à moi, vous tous qui vous fatiguez et qui êtes chargés, et moi, je vous donnerai du repos. Prenez mon joug sur vous, et apprenez de moi, car je suis débonnaire et humble de cœur ; et vous trouverez le repos de vos âmes ». Or, je pense donc pouvoir affirmer que cette débonnaireté, qui se trouvait dans sa perfection absolue en Jésus, est aussi ce que la connaissance toujours plus approfondie des voies de Dieu produit dans le saint de Dieu, même dans le sentiment de la méchanceté abondante de ce monde et de la faillite de ce qui porte le nom de Christ. Car, au milieu de tout ce qu’il voit autour de lui, il y a le discernement du propos caché de Dieu, qui se poursuit en dépit de tout ; de sorte que le cœur, au lieu d’être en souci du mal dont il est témoin et qu’il ne peut écarter, au lieu d’avoir le moindre sentiment d’envie de la prospérité du méchant, trouve sa ressource en Dieu — « le Seigneur du ciel et de la terre » — une expression des plus bénies parce qu’elle dénote le contrôle absolu dans lequel Dieu tient toutes choses. Jésus est Celui qui est débonnaire, et ceux qui appartiennent à Jésus sont aussi entraînés à cette débonnaireté. « Bienheureux les débonnaires, car c’est eux qui hériteront de la terre » (v. 5). La terre — pourquoi pas le ciel ? La terre est la scène de tout ce mal, qui cause tant de peine et de deuil. Mais maintenant, ayant mieux appris les voies de Dieu, ils peuvent tout Lui confier. La débonnaireté n’est pas simplement avoir le sentiment du néant en nous-mêmes, ou être remplis de tristesse à cause de l’opposition à Dieu ici-bas ; mais c’est plutôt le calme qui abandonne toutes choses à Dieu, et s’incline devant Dieu, et reconnaît avec action de grâces la volonté de Dieu, même là où naturellement, elle peut être la plus éprouvante pour nous.
La quatrième béatitude est bien plus active. « Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car c’est eux qui seront rassasiés » (v. 6). Ils auront une parfaite satisfaction de l’âme. Quelle que soit la forme du sentiment spirituel du cœur, il y a toujours une réponse parfaite de la part de Dieu. S’il y avait de la tristesse, ils seraient consolés ; s’il y avait de la débonnaireté, ils hériteraient de la terre, le lieu même de leur épreuve là. Maintenant, il y a cette activité du sentiment spirituel, la recherche de ce qui est selon Dieu et de ce qui maintenait la volonté de Dieu, en particulier telle qu’elle avait été donnée à connaître à un Juif dans l’Ancien Testament. C’est pourquoi il est parlé d’avoir faim et soif de la justice. Nous apprenons des principes encore plus profonds dans le Nouveau Testament, qui devront être révélés quand les disciples seraient capables de les supporter.
Cela termine ce que nous pourrions appeler la première section des béatitudes. Vous trouverez qu’elles sont divisées, comme le sont souvent les séries de l’Écriture, en quatre et trois. Nous avons eu quatre classes de personnes appelées « bienheureuses ». Tous les traits devraient en être trouvés dans un individu, mais certains seront plus mis en avant dans l’un que dans l’autre. Par exemple, nous pouvons voir une grande activité dans l’un, une débonnaireté étonnante dans un autre. Le principe de tous se trouve dans chaque âme qui est née de Dieu. Dans le verset 7, nous pénétrons dans une catégorie plutôt différente : et nous découvrirons que les trois dernières ont un caractère en commun, comme les quatre premières l’avaient.
« Bienheureux les miséricordieux, car c’est à eux que miséricorde sera faite » (v. 7). Tout comme la justice est le thème central des quatre premières, de même la grâce est ce qui est à la racine des trois dernières ; et c’est pourquoi la toute première d’entre elles montre non seulement qu’ils sont justes et qu’ils sentent ce qui est dû à Dieu, mais qu’ils apprécient l’amour de Dieu, et le maintiennent au milieu du mal qui les environne. Oui, il y a quelque chose d’encore plus béni ; et qu’est-ce que c’est ? « Bienheureux les miséricordieux ». Il n’y a rien sur quoi Dieu prenne davantage position (comme le principe actif de Son être dans un monde de péché), que Sa miséricorde. La seule possibilité de salut, pour une seule âme, est qu’il y a de la miséricorde en Dieu ; qu’Il est riche en miséricorde ; qu’il n’y a aucune limite à Sa miséricorde ; qu’il n’y a rien dans l’homme, si seulement il s’incline devant Son Fils, qui puisse empêcher Son flot continuel de miséricorde. « Bienheureux », donc, « les miséricordieux, car c’est à eux que miséricorde sera faite ». Ce n’est pas seulement une question du pardon de leurs péchés, mais de miséricorde en toute chose. C’est une chose bénie de saluer le plus petit signe de miséricorde dans les saints, de prendre le peu qu’il y a et de rechercher bien davantage. « Bienheureux les miséricordieux ». Ils trouveront, non pas qu’il n’y a pas de difficulté ni d’épreuve, mais que, quoiqu’ils en connaissent le coût, ils en connaîtront aussi la douceur ; ils goûteront comme de nouveau ce que la miséricorde de Dieu est pour leur propre âme, dans l’exercice de la miséricorde envers les autres. C’est le caractère principal de la nouvelle classe de bénédiction ; tout comme la pauvreté en esprit était l’introduction des premières béatitudes, ainsi la miséricorde l’est pour celles-ci.
La suivante en est la conséquence, comme dans la classe précédente. Si un homme ne s’estime guère lui-même, les hommes profiteront de lui. Si un homme est effronté, vantard et s’exalte lui-même, même les saints peuvent le souffrir (2 Cor. 11). S’il se fait du bien à lui-même, les hommes le loueront (Ps. 49). Mais ce que Dieu opère dans le saint est l’opposé de tout cela. Peu importe ce qu’il peut être, il est brisé devant Dieu : il apprend la vanité de ce qu’est l’homme ; il est content de n’être rien. Et l’effet est qu’il souffre. La pauvreté en esprit sera suivie par le deuil. Alors, il y a la débonnaireté, comme il y a une connaissance plus approfondie de Dieu, et en outre, la faim et la soif de la justice.
Mais là, nous avons la miséricorde ; et l’effet de la miséricorde n’est pas de compromettre la sainteté de Dieu, mais une référence plus large et plus profonde à elle. Plus vous saisissez pleinement la grâce, plus grand sera votre maintien de la sainteté. Si vous considérez la grâce, en tant qu’être égoïste et misérable, seulement pour trouver une excuse pour pécher, assurément, elle sera pervertie. Et ainsi, Il parle d’emblée du simple effet normal de goûter cette source de miséricorde. Ils sont « purs de cœur ». C’est la classe suivante, et c’est, je crois, la conséquence de la première — d’être miséricordieux. « Bienheureux ceux qui sont purs de cœur, car c’est eux qui verront Dieu ». C’est exactement ce qui convient à Dieu ; car Lui seul est absolument pur. Ainsi aussi était-Il parfaitement reflété dans Son Fils bien-aimé. Car pas une seule pensée ou sentiment ne souilla jamais la perfection divine dans le cœur de Jésus. Dans ce cas, Il ne fait que dire ce qu’Il était Lui-même. Comment aurait-Il pu faire autrement que placer Ses propres caractères devant ceux qui Lui appartenaient ? Car en effet, Il est leur vie. C’est Christ en nous qui produit ce qui est selon Dieu par le Saint Esprit — cette personne bénie dont la venue même dans le monde était le témoignage de la grâce et de la miséricorde parfaites de la part de Dieu ; car nous savons que Dieu a tant aimé le monde, qu’Il a donné pour lui Son Fils unique. Et Il était là, un homme — le témoin fidèle de la miséricorde et de la pureté de Dieu. Lui, quand Il vint avec Son cœur plein de miséricorde envers les plus vils, était pourtant la plénitude même et le modèle de la pureté de Dieu dans sa perfection. « Celui qui m’a envoyé », pouvait-Il dire, « est avec moi ;… parce que moi, je fais toujours les choses qui lui plaisent ». Le seul moyen de faire quelque chose pour plaire à Dieu, est par la conscience profonde d’être dans la présence de Dieu ; et cela est impossible, sauf si je suis attiré là dans la liberté de la grâce et comme connaissant l’amour de Dieu pour moi, comme amené à Lui en Christ. Mais ce n’est pas ce qui est révélé ici ; car le Seigneur dévoile plutôt les qualités morales de ceux qui Lui appartiennent.
La troisième et dernière forme de ces béatitudes est : « Bienheureux ceux qui procurent la paix, car c’est eux qui seront appelés fils de Dieu » (v. 9). Ici, nous avons de nouveau le côté actif, dont nous avons vu une analogie dans la dernière des quatre premières. Ils sortent pour faire la paix, s’il y a une possibilité que la paix avec Dieu soit introduite sur la scène ; et si ce n’est pas possible, ils sont heureux de s’attendre à Dieu, et de regarder à Lui, afin qu’Il opère cette paix en Son propre temps. Et comme cet établissement de la paix ne peut appartenir qu’à Dieu seul, ainsi ces saints qui sont enrichis de ces qualités bénies de la grâce de Dieu aussi bien que de Sa justice, avec Sa miséricorde active et ses effets, sont également trouvés maintenant caractérisés comme ceux qui procurent la paix. « Ils seront appelés fils de Dieu ». Oh, quel doux titre — fils de Dieu ! N’est-ce pas parce que c’était le reflet de Sa propre nature — de ce que Dieu Lui-même est ? L’empreinte de Dieu est sur eux. Il n’y a pas une chose qui indique davantage Dieu manifesté dans Ses enfants, que procurer la paix. C’était ce que Dieu opérait, ce sur quoi Son cœur est fixé. Ici, nous trouvons des hommes sur la terre qui sont appelés « fils de Dieu » — un nouveau titre venant de Dieu Lui-même.
Puis suivent deux bénédictions d’un très grand intérêt. Elles ajoutent beaucoup à la beauté de la scène et complètent le tableau d’une façon très frappante. « Bienheureux ceux qui sont persécutés à cause de la justice, car c’est à eux qu’est le royaume des cieux » (v. 10). Il s’agit manifestement d’un nouveau commencement. La première béatitude était : « Bienheureux les pauvres en esprit, car c’est à eux qu’est le royaume des cieux » ; et les trois suivantes étaient toutes marquées par la justice. C’est la première chose que Dieu produit dans une âme née de nouveau. Celui qui est réveillé prend la cause de Dieu contre lui-même. Il est, au moins dans une certaine mesure, brisé, pauvre en esprit ; et Dieu cherche à ce qu’il croisse en pauvreté d’esprit jusqu’à la fin. Mais ici, il ne s’agit pas tant de ce qu’ils sont, que du sort qui leur est réservé de la part des autres. Les deux dernières béatitudes parlent de leur portion dans le monde, par les mains des autres. Les quatre premières sont caractérisées par la justice intrinsèque — les trois dernières par la grâce intrinsèque. Ces deux-ci répondent alors, l’une aux quatre premières, l’autre aux trois dernières. « Bienheureux ceux qui sont persécutés à cause de la justice, car c’est à eux qu’est le royaume des cieux ». Cela ne dépasse pas l’état de choses béni que la puissance de Dieu introduira sur la terre, en lien avec le Messie. Étant rejeté, le royaume des cieux est sien à un titre plus grand et plus profond, pour ainsi dire — certainement avec les moyens de la bénédiction par la grâce, pour ceux qui sont perdus. Un Messie souffrant et méprisé est encore plus cher au cœur de Dieu que s’Il était reçu de tous immédiatement. Et s’Il n’a pas perdu le royaume du fait qu’Il a été persécuté, eux non plus. « Bienheureux ceux qui sont persécutés à cause de la justice, car c’est à eux qu’est le royaume des cieux ». Persécutés, non seulement par les Gentils ou les Juifs, mais à cause de la justice. Ne regardez pas à ceux qui vous persécutent, mais au motif pour lequel vous êtes persécutés. Si c’est parce que vous désirez être trouvé obéissant à la volonté de Dieu, vous êtes bienheureux. Vous craignez de pécher ? Vous souffrez pour cela ? Bienheureux ceux qui souffrent à cause de la justice : ils auront leur part avec le Messie Lui-même.
Mais maintenant nous trouvons, pour finir, une autre béatitude. Et remarquez le changement. « Vous êtes bienheureux quand on vous injuriera, et qu’on vous persécutera, et qu’on dira, en mentant, toute espèce de mal contre vous, à cause de moi ». Ce changement pour passer à vous est extrêmement précieux. Ce n’est plus simplement donné sous une forme impersonnelle — « Bienheureux ceux » ; mais c’est une chose personnelle. Il regarde aux disciples là, Il sait ce par quoi ils vont devoir passer à cause de Lui, et Il leur donne la place la plus haute et la plus proche dans Son amour. « Vous êtes bienheureux quand on vous injuriera, et qu’on vous persécutera… à cause de moi ». Ce n’est plus maintenant à cause de la justice, mais « à cause de moi ». Il y a quelque chose d’encore plus précieux que la justice, et c’est Christ. Et quand vous avez Christ, vous ne pouvez rien avoir de plus élevé. Quelle bénédiction en effet d’être persécuté à cause de Lui ! La différence est simplement celle-ci : quand un homme souffre à cause de la justice, cela suppose que quelque mal a été placé devant lui, qu’il a refusé. Il faudrait peut-être qu’il approuve quelque chose contre sa conscience, et il ne peut ou n’ose pas le faire. Un appât tentant lui est proposé, mais qui implique ce qu’il sait être contraire à Dieu. Tout est en vain : le but du tentateur est découvert. La justice prévaut, et il souffre. Non seulement il perd ce qui est offert, mais on parle aussi mal de lui. Bienheureux ceux qui souffrent ainsi à cause de la justice ! Mais souffrir à cause de Christ est une chose bien différente. Là, l’ennemi essaye un grand exercice. Il tente l’âme avec des questions telles que celles-ci : Y a-t-il une raison pour devoir défendre Jésus et l’évangile ? Il n’y a pas besoin d’être si zélé pour la vérité. Pourquoi aller si loin pour cette personne ou cette chose ? Là, dans ces cas, ce n’est pas une question de péché, découvert ou caché. Car, dans le cas de la souffrance à cause de Christ, c’est l’activité de la grâce qui va vers les autres. Elle répond aux trois dernières des sept béatitudes. Une âme qui est remplie du sentiment de la miséricorde ne peut pas retenir ses lèvres. Celui qui sait ce qu’est Dieu, ne peut se taire simplement à cause de ce que les hommes pensent ou font. Vous êtes bienheureux, vous qui souffrez ainsi pour le nom de Christ ! La puissance de la grâce prévaut ici. Trop souvent, hélas, des motifs de prudence interviennent : les gens ont peur d’offenser les autres, de perdre de leur influence, de gâcher les perspectives des enfants, etc. Mais l’énergie de la grâce, regardant à tout cela, dit encore que Christ vaut infiniment plus ; Christ commande mon âme — je dois Le suivre. En souffrant à cause de la justice, une âme rejette le mal sincèrement et péremptoirement, s’en tenant à tout prix à ce qui est juste ; mais dans l’autre cas, on discerne le chemin de Christ — ce à quoi appelle l’évangile, l’adoration ou la volonté du Seigneur, et on se jette immédiatement et de tout son cœur du côté du Seigneur. Alors vient la consolation de cette douce parole : « Vous êtes bienheureux quand on vous injuriera, et qu’on vous persécutera… à cause de moi ». Le Seigneur ne peut retenir l’expression du délice de Son âme dans Ses saints : « Vous êtes bienheureux.… Réjouissez-vous et tressaillez de joie, car votre récompense est grande dans les cieux ». Observez que ce n’est pas maintenant dans le royaume des cieux, mais « dans les cieux ». Il les identifie avec une position encore plus élevée. Ce n’est pas seulement la puissance de Dieu sur la terre, et Lui leur donnant une part là, mais c’est les prendre hors de cette scène terrestre pour être avec Lui en haut. « Car on a persécuté ainsi les prophètes qui ont été avant vous ». Quel honneur de suivre, dans la réjection et le mépris sur la terre, ceux qui nous ont précédés dans une communion spéciale avec Dieu — les hérauts de Celui pour qui nous souffrons maintenant ! Nous pouvons alors voir clairement que ces deux bénédictions finales, les persécutions à cause de la justice et à cause de Christ, répondent respectivement aux quatre premières béatitudes et aux trois dernières.
En Luc, où ces bénédictions sont placées devant nous, nous n’avons rien à cause de la justice — seulement à cause de Son nom. Dans tous les cas, il s’agit donc de : « Bienheureux, vous ». Pour certains, cela peut sembler une nuance délicate, mais la différence est caractéristique des deux évangiles. Matthieu adopte la vue la plus large, et en particulier cette vue des principes du royaume des cieux qui était appropriée à la compréhension d’un Juif, pour le faire sortir de son simple judaïsme, ou pour lui montrer des principes plus élevés. Luc, quels que soient les principes, les donne tous sous la forme de la grâce, et les traite comme le Seigneur s’adressant directement aux disciples devant Lui — « Bienheureux, vous ». Même s’Il prend le sujet des pauvres, Il abandonne la forme impersonnelle de Matthieu, et la rend entièrement personnelle. Tout est lié au Seigneur Lui-même, et non plus seulement à la justice. C’est extrêmement beau. Et si nous poursuivons quelques versets plus loin, qui nous donnent, non pas tant les caractéristiques des personnes que leur attitude en général dans le monde — la position dans laquelle elles sont placées sur la terre par Dieu — nous avons, en très peu de mots, et fermement confirmée, la distinction qui a été faite entre la cause de la justice et celle du nom de Christ. De même, si vous examinez la première épître de Pierre, vous trouverez que cela est aussi remarquablement corroboré là.
« Vous êtes le sel de la terre ». Le sel est la seule chose qui ne peut être salée, parce qu’il est lui-même le principe de conservation ; mais si celui-ci a disparu, il ne peut être remplacé. « Si le sel a perdu sa saveur, avec quoi sera-t-il salé ? ». Le sel de la terre est la relation des disciples ici avec ce qui avait déjà le témoignage de Dieu, d’où l’expression « terre », ou « le pays », qui était alors spécialement vrai du pays juif. Si vous parlez de la terre maintenant, c’est la chrétienté — l’endroit qui jouit, soit en réalité, soit en profession, de la lumière de la vérité de Dieu. C’est ce qui peut être appelé la terre. Et c’est l’endroit qui sera, à la fin, la scène de la plus grande apostasie ; car un tel mal n’est possible que là où la lumière a été appréciée, puis abandonnée. Dans l’Apocalypse, où les résultats finaux de ce siècle sont donnés, la terre apparaît de la manière la plus solennelle ; et alors, nous avons les peuples, les foules, les nations et les langues — ce que nous appellerions les pays païens. Mais la terre signifie la scène autrefois privilégiée du christianisme professant, où les énergies de l’esprit des hommes ont opéré, la scène où le témoignage de Dieu a autrefois fait briller la lumière ; puis, hélas, qui a été abandonné à une complète apostasie.
« Vous êtes le sel de la terre » — ils étaient là le véritable principe de conservation : tout le reste, laisse entendre le Seigneur, n’est bon à rien. Mais, remarquons-le, Il donne un avertissement solennel qu’il y a un danger que le sel perde sa saveur. Il ne parle pas là de la question de savoir si un saint peut tomber ou non. Les gens viennent à l’Écriture avec leurs propres questions, et pervertissent la Parole de Dieu pour qu’elle corresponde à leurs pensées précédentes. Le Seigneur ne soulève pas la question si la vie peut être perdue ; mais Il parle de certaines personnes qui sont dans une position donnée ; et parmi elles, il peut y en avoir qui la prennent légèrement, ou même faussement, et alors vient la disparition de tout ce qu’ils avaient autrefois possédé. Il annonce leur jugement — des plus méprisants — qui devait venir sur ce qui avait pris tant de place sans réalité.
« Vous êtes la lumière du monde ». C’est une chose différente. En gardant en tête la distinction faite dans la série des béatitudes et des persécutions, nous avons la clé pour ces deux versets. Le sel de la terre représente le principe de justice. Cela implique évidemment l’attachement aux droits éternels de Dieu, et le maintien devant le monde de ce qui est dû à Son caractère ; mais il disparaît quand ce qui porte le nom de Dieu tombe au-dessous de ce que même les hommes jugent convenable, et ils se moquent alors de ce qui est appelé religion. Tout respect disparaît, et les hommes pensent que la condition de chrétien est un bon sujet de moquerie. Mais maintenant, dans le verset 14, nous n’avons pas seulement le principe de justice, mais de grâce — le débordement et la force de la grâce. Et là, nous trouvons un nouveau titre donné aux disciples, comme décrivant leur témoignage public — « la lumière du monde ». La lumière est clairement ce qui se diffuse elle-même. Le sel est ce qui doit être intérieur, mais la lumière est ce qui se répand au loin. « Une ville située sur une montagne ne peut être cachée ». Il devait y avoir diffusion de son témoignage alentour. On n’allume pas une lampe pour la mettre sous un boisseau, mais sur un pied de lampe, « et elle luit pour tous ceux qui sont dans la maison ». De cette manière, que votre lumière luise devant les hommes, « en sorte qu’ils voient vos bonnes œuvres, et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux ». Remarquez-le bien.
Nous avons considéré ces deux esquisses frappantes du témoignage des croyants ici-bas, comme le sel de la terre, l’énergie conservatrice au milieu de la profession ; et comme la lumière du monde se manifestant dans toutes les activités de l’amour envers ce pauvre monde ; et le danger que le sel perde sa saveur, et que la lumière soit mise sous un boisseau. Maintenant, nous trouvons le grand but de Dieu dans ce double témoignage. Ce n’est pas simplement une question de bénédiction des âmes, car il n’y a pas un mot sur l’évangélisation ou le salut des pécheurs, mais de la marche des saints. C’est une question grave que Dieu soulève concernant Ses saints, et il s’agit de leur manière d’être, séparés des autres. Nous trouvons ailleurs abondamment des appels aux inconvertis, et nul ne peut exagérer leur importance pour le monde ; mais le sermon sur la montagne est l’appel de Dieu pour les convertis. C’est leur caractère, leur position, leur témoignage, de façon distincte ; et si l’on pense tout du long aux autres, ce n’est pas tant une question de les gagner, que de saints réfléchissant ce qui vient d’en haut. La lumière est ce qui vient de Christ. Ce n’est pas : Que vos bonnes œuvres luisent devant les hommes. Quand on parle de ce verset en pensant à ses propres œuvres, ce ne sont en général pas du tout de bonnes œuvres ; mais même si elles l’étaient, les œuvres ne sont pas la lumière. La lumière est ce qui vient de Dieu, sans mélange de la part de l’homme. Les bonnes œuvres sont le fruit de Son action dans l’âme ; mais c’est la lumière qui doit briller devant les hommes. C’est la confession de Christ qui est le point en question devant Dieu. Ce n’est pas seulement certaines choses à faire. La lumière qui brille est le grand objet ici, quoique faire le bien doive en découler. Si je fais toutes choses bien, c’est une pensée inférieure que celle qui est devant la pensée de Dieu. Un infidèle peut sentir qu’un homme qui grelotte a besoin d’un manteau ou d’une couverture. L’homme naturel peut être pleinement conscient des besoins des autres ; mais si je prends simplement ces paroles et en fait le but proéminent, je ne fais en réalité rien de plus que ce que pourrait faire un incrédule. Du moment que vous faites des bonnes œuvres, et de leur manifestation devant les hommes, votre objet, vous vous trouvez sur un même terrain avec les Juifs et les païens. Ceux qui appartiennent à Dieu ont ainsi tendance à détruire leur témoignage. Qu’y a-t-il de plus mauvais, dans une chose professée faite pour Dieu, qu’une œuvre qui laisse de côté Christ, et qui montre qu’un homme qui aime Christ est en bons termes avec ceux qui Le haïssent ? C’est ce contre quoi le Seigneur avertit les saints. Ils ne doivent pas penser à leurs œuvres, mais à ce que la lumière de Dieu brille. Les œuvres suivront, et de bien meilleures œuvres que quand une personne est sans cesse occupée d’elles. « Que votre lumière luise ainsi devant les hommes, en sorte qu’ils voient vos bonnes œuvres, et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux » (v. 16). Que votre confession de ce que Dieu est dans Sa nature et de ce que Christ est dans Sa propre personne et dans Ses voies — que le fait que vous Le reconnaissiez soit la chose qui est ressentie par et placée devant les hommes ; et alors, quand ils verront vos bonnes œuvres, ils glorifieront votre Père qui est dans les cieux. Au lieu de dire : Quel homme bon que celui-là, ils glorifieront Dieu en son nom — reliant ce que vous faites avec votre confession de Christ.
Que le Seigneur permette que, comme c’est la parole et la volonté de Christ, ce soit ce à quoi nous nous soumettions, et que nous désirions par-dessus toutes choses pour notre propre âme et pour ceux qui nous sont chers ; et si nous voyons que certains saints de Dieu l’oublient, que nous puissions nous souvenir d’eux en prière, et cherchions à les aider par le témoignage de Sa vérité qui, s’il n’entraîne pas le cœur avec cela, peut au moins atteindre la conscience et porter plus tard du fruit.
Nous avons vu la déclaration de notre Seigneur quant au caractère, et aussi quant à la position, convenable aux héritiers du royaume des cieux. Nous L’avons trouvé prononçant ces « bienheureux » que l’homme n’aurait pas considérés comme tels. Mais notre Seigneur était le parfait modèle de tout cela. Et qu’est-ce qui aurait paru moins raisonnable, en particulier à un Juif, que d’entendre quelqu’un appeler délibérément et de manière emphatique bienheureux et joyeux ceux qui étaient méprisés, bafoués, haïs, persécutés, oui, même mal vus, et traités comme des malfaiteurs ? Sans aucun doute, c’était expressément au nom de la justice et au nom de Christ. Mais pour le Juif, la venue du Messie était attendue comme le couronnement de sa joie — cet événement des plus propices dans lequel tout devait tourner en faveur d’Israël, à la fois comme accomplissement des promesses de Dieu faites aux pères, et l’accomplissement des magnifiques prédictions qui impliquaient le renversement de leurs ennemis, l’humiliation des Gentils, et la gloire d’Israël. C’est pourquoi, supposer que Le recevoir comme étant le Messie impliquait désormais un opprobre inévitable et la souffrance dans le monde, était un choc énorme pour leurs attentes les plus chères. Mais notre Seigneur insiste là-dessus, déclarant que seuls de tels seront bénis — bénis d’une nouvelle sorte de bénédiction, bien au-delà de ce qu’un Juif pouvait concevoir. Et cela fait partie des privilèges dans lesquels nous aussi sommes introduits par la foi en Christ. L’instruction donnée par notre Seigneur dans le sermon sur la montagne paraît seulement en formes plus fortes, maintenant qu’Il a pris place dans le ciel. L’inimitié de l’homme a aussi été manifestée dans sa pleine mesure. Le monde s’est joint aux Juifs en inimitié contre les enfants de Dieu. Et ainsi, le dernier livre du Nouveau Testament montre que ceux qui prennent le nom de Juifs, sans aucune réalité, demeurent jusqu’à la fin les plus hostiles à tout vrai témoignage de Christ sur la terre.
Dans la portion qui suit, nous entrons dans un sujet très important. S’il y avait cette nouvelle sorte de bénédiction, si étrangère aux pensées d’Israël selon la chair, quelle était la relation entre la loi et la doctrine de Christ et le nouvel état de choses qui allait être introduit ? La loi ne provenait-elle pas de Dieu par l’intermédiaire de Moïse ? Si Christ introduisait ce qui était si inattendu, même par les disciples, quel serait l’incidence de cette vérité sur ce qu’ils avaient reçu précédemment de la part des serviteurs inspirés de Dieu, et pour laquelle ils avaient Son autorité ? Affaiblissez l’autorité de la loi, et il est clair que vous détruisez le fondement sur lequel repose l’évangile ; car la loi était de Dieu tout aussi certainement que l’évangile. En conséquent, se posait là une question des plus importantes, en particulier pour un Israélite : quelle était l’influence de la doctrine de Christ, touchant le royaume des cieux, sur les préceptes de la loi ? Le Seigneur entame ce sujet (v. 17-48) par ces paroles : « Ne pensez pas que je sois venu pour abolir la loi ou les prophètes ». Ils auraient pu le penser du fait qu’Il avait introduit quelque chose dont il n’était fait mention dans aucun des deux ; mais « Ne pensez pas », dit-Il, « que je sois venu pour abolir la loi ou les prophètes : je ne suis pas venu pour abolir, mais pour accomplir ». Je prends ce mot, « accomplir », dans son sens le plus large. Dans Sa propre personne, le Seigneur accomplissait la loi et les prophètes, dans Ses propres voies, en juste soumission et obéissance. Sa vie ici-bas manifestait sa beauté sans défaut pour la première fois. Sa mort était la sanction la plus solennelle que la loi pouvait jamais recevoir, parce que la malédiction qu’elle prononçait sur le coupable, le Sauveur la prenait sur Lui. Il n’y a rien que le Sauveur ne voulait subir, plutôt que Dieu ne fût déshonoré. Mais les paroles de notre Seigneur méritent, je pense, une application plus poussée. C’est une extension de la loi, ou δικαίωμα (juste exigence), qui donne à son élément moral la portée la plus étendue, de telle sorte que tout ce qui honorait Dieu en elle soit manifesté dans sa puissance et son étendue les plus complets. La lumière du ciel tombait maintenant sur la loi, et la loi interprétée, non par de faibles hommes faillibles, mais par Celui qui n’avait aucune raison de se soustraire à un seul point de ses exigences ; dont le cœur, plein d’amour, pensait seulement à l’honneur et à la volonté de Dieu ; dont le zèle pour la maison de Son Père Le consumait, et qui rendait ce qu’Il n’avait pas dérobé. Qui, sinon Lui, pouvait développer ainsi la loi — non pas comme les scribes, mais à la lumière du ciel ? Car le commandement de Dieu est extrêmement large, que nous le considérions comme mettant fin à toute perfection dans l’homme, ou dans sa somme en Christ.
Loin d’annuler la loi, le Seigneur, au contraire, l’illustrait plus brillamment que jamais, et lui donnait une application spirituelle pour laquelle l’homme n’était pas du tout préparé avant qu’Il ne vint. Et c’est ce que le Seigneur entreprend de faire dans le merveilleux discours qui suit. Après avoir dit : « Jusqu’à ce que le ciel et la terre passent, un seul iota ou un seul trait de lettre ne passera point de la loi, que tout ne soit accompli », Il ajoute : « Quiconque donc aura supprimé l’un de ces plus petits commandements et aura enseigné ainsi les hommes, sera appelé le plus petit dans le royaume des cieux ; et quiconque l’aura pratiqué et enseigné, celui-là sera appelé grand dans le royaume des cieux. Car je vous dis que, si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez point dans le royaume des cieux » (v. 18-20). Notre Seigneur étend les grands principes moraux de la loi en commandements qui découlent de Lui-même, et non plus simplement de Moïse, et montre que ce serait la grande chose qui mettrait les personnes à l’épreuve. Il ne s’agirait plus seulement des dix paroles prononcés sur le Sinaï ; mais, tout en reconnaissant pleinement leur valeur, Il allait donner la pensée de Dieu d’une manière tellement plus approfondie que ce qui avait jamais été imaginé auparavant, que ce serait dorénavant la grande pierre de touche.
C’est pourquoi Il dit, en se référant à l’utilisation pratique de ces commandements venant de Lui : « Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez point dans le royaume des cieux » — une expression qui ne comporte pas la moindre référence à la justification, mais à l’appréciation pratique et à la marche dans les relations justes du croyant devant Dieu et devant les hommes. La justice dont il est parlé ici est entièrement une justice pratique. Cela peut en frapper plus d’un de plein fouet, peut-être. Beaucoup peuvent être quelque peu en perplexité pour comprendre comment la justice pratique devient le moyen d’entrer dans le royaume des cieux. Mais, laissez-moi le répéter, le sermon sur la montagne ne nous montre jamais comment un pécheur doit être sauvé. S’il y avait la moindre allusion à la justice pratique là où il s’agit de la justification d’un pécheur, il y aurait matière à être surpris ; mais il ne peut y en avoir aucune, pour le saint qui comprend et est soumis à la volonté de Dieu. Dieu insiste sur la sainteté dans les siens. « Sans la sainteté, nul ne verra le Seigneur ». Il ne peut être mis en question que quand le Seigneur montre, en Jean 15, que les branches sans fruit doivent être coupées et que, tout comme les branches desséchées de la vigne naturelle sont jetées au feu pour être brûlées, de même ceux qui professent le nom de Christ sans fruit ne peuvent attendre une meilleure part.
Porter du fruit est la preuve de la vie. Ces choses sont établies dans les termes les plus forts tout au long de l’Écriture. En Jean 5, 28 et 29, il est dit : « L’heure vient en laquelle tous ceux qui sont dans les sépulcres entendront sa voix ; et ils sortiront, ceux qui auront pratiqué le bien, en résurrection de vie ; et ceux qui auront fait le mal, en résurrection de damnation », ou « de jugement ». On ne peut dissimuler la vérité solennelle que Dieu veut et doit avoir ce qui est bon et saint et juste dans les siens. Ils ne sont pas du tout le peuple de Dieu, ceux qui ne sont pas caractérisés comme faisant ce qui est acceptable à Son regard. Si cela était placé devant un pécheur comme moyen de la réconciliation avec Dieu, ou d’avoir ses péchés effacés devant Lui, ce serait le reniement de Christ et de Sa rédemption. Mais tenez fermement que tous les moyens de s’approcher de Dieu se trouvent en Christ — que le seul moyen par lequel un pécheur est en relation avec la bénédiction de Christ est par la foi, sans œuvres de loi — maintenez seulement cela, et il n’y a pas la moindre incohérence ni difficulté pour comprendre que le même Dieu qui donne à une âme de croire en Christ, opère dans cette âme par le Saint Esprit pour produire ce qui est pratiquement en accord avec Lui. Dans quel but Dieu lui donne-t-Il la vie de Christ et le Saint Esprit, si seule la rémission des péchés était nécessaire ? Mais Dieu ne se satisfait pas de cela. Il communique la vie de Christ à une âme, et donne à cette âme le Saint Esprit pour demeurer en elle ; et comme l’Esprit n’est pas la source de la faiblesse ou de la crainte, mais « de puissance, et d’amour, et de conseil », Dieu cherche des voies appropriées et l’exercice de la sagesse spirituelle et du jugement, en traversant cette scène d’épreuve présente.
Alors qu’ils considéraient avec des yeux ignorants la justice des scribes et des pharisiens, notre Seigneur déclare que cette sorte de justice ne convient pas. La justice qui monte au temple chaque jour, qui se glorifie dans de longues prières, de généreuses aumônes et de larges phylactères, ne subsistera sous le regard de Dieu. Il doit y avoir quelque chose de plus profond et de plus en accord avec la nature sainte et aimante de Dieu. Parce que, avec toute cette apparence de religion extérieure, ils pouvaient toujours être, comme ils l’étaient de fait en général, sans aucun sentiment de péché, ni de la grâce de Dieu. Cela prouve l’importance primordiale d’être, avant tout, juste dans nos pensées au sujet de Dieu ; et nous ne pouvons l’être qu’en recevant le témoignage de Dieu au sujet de Son Fils. Dans le cas des pharisiens, nous avons un homme pécheur qui nie son péché, et obscurcit et renie complètement le vrai caractère de Dieu comme le Dieu de grâce. Ces enseignements de notre Seigneur étaient rejetés par les religieux extérieurs, et leur justice était telle que vous pouvez l’attendre de personnes ignorantes aussi bien d’elles-mêmes que de Dieu. Cela leur permettait de gagner en réputation, mais tout s’arrêtait là ; ils recherchaient leur récompense maintenant, et ils l’avaient. Mais notre Seigneur dit aux disciples : Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez point dans le « royaume des cieux ».
Permettez-moi de poser ici la question : Comment Dieu accomplit-Il cela à l’égard d’une âme qui croit maintenant ? Il y a un grand secret qui n’apparaît pas dans ce sermon. Tout d’abord, il y a un fardeau d’injustice sur le pécheur. Comment faut-il le traiter, et comment le pécheur peut-il être rendu propre pour et introduit dans le royaume des cieux ? Par la foi, il est né de nouveau ; il acquiert une nouvelle nature, une vie qui découle autant de la grâce de Dieu que du fait que Christ a porté ses péchés sur la croix. C’est le fondement de la justice pratique. Le véritable commencement de toute bonté morale dans un pécheur — comme cela a été dit et comme cela mérite d’être souvent répété — est le sentiment et la confession de ce qu’il n’en a pas, c’est-à-dire, de sa méchanceté. Jamais rien n’est juste avec Dieu dans un homme, jusqu’à ce qu’il s’abandonne lui-même comme entièrement mauvais. Quand il est amené à cela, il est rejeté sur Dieu, et Dieu révèle Christ comme Son don pour le pauvre pécheur. Il est moralement brisé, sentant et reconnaissant qu’il est perdu, à moins que Dieu ne paraisse pour lui ; il reçoit Christ, et alors quoi ? « Celui qui croit a la vie éternelle ». Quelle est la nature de cette vie ? Dans son caractère, parfaitement juste et sainte. L’homme est donc immédiatement rendu propre pour le royaume de Dieu. « Si quelqu’un n’est né de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu ». Mais quand il est né de nouveau, il pénètre là. « Ce qui est né de la chair est chair ; et ce qui est né de l’Esprit est esprit ». Les scribes et les pharisiens œuvraient uniquement pour et par la chair ; ils ne croyaient pas qu’ils étaient morts au regard de Dieu ; pas plus que les hommes de maintenant. Mais ce avec quoi le croyant débute, c’est qu’il est un homme mort, qu’il a besoin d’une nouvelle vie, et que la nouvelle vie qu’il reçoit en Christ est propre pour le royaume des cieux. C’est sur cette nouvelle nature que Dieu agit, et opère par l’Esprit cette justice pratique ; de sorte qu’il demeure toujours vrai que « si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez point dans le royaume des cieux ».
Mais le Seigneur n’explique pas ici comment cela peut se faire. Il déclare seulement que ce qui était convenable pour la nature de Dieu ne se trouvait pas dans la justice humaine des Juifs, et que c’était nécessaire pour le royaume.
Ensuite, Il prend la loi dans ses diverses parties, du moins ce qui a affaire avec les hommes. Ici, Il n’entre pas dans ce qui touche directement à Dieu, mais tout d’abord, Il prend ce qui découle de la violence humaine, et après cela, du grand exemple flagrant de la corruption humaine ; car la violence et la corruption sont les deux formes remarquables de l’iniquité humaine. Avant même le déluge, telle était la condition des hommes : « La terre était corrompue devant Dieu, et la terre était pleine de violence ». Ici, au verset 21, nous avons la lumière du royaume jetée sur le commandement : « Tu ne tueras pas ; et quiconque tuera, sera passible du jugement ». La loi prenait connaissance de cette forme extrême de violence ; mais notre Seigneur lui donne longueur, largeur, hauteur et profondeur : « Mais moi, je vous dis que quiconque se met en colère légèrement contre son frère sera passible du jugement ; et quiconque dira à son frère : Raca, sera passible du jugement du sanhédrin ; et quiconque dira : fou, sera passible de la géhenne du feu » (v. 22). C’est-à-dire que notre Seigneur traite comme venant dorénavant dans la même catégorie que le meurtre, au regard de Dieu, toute sorte, sentiment ou expression de violence ; tout ce qui relève du mépris ou de la haine, tout ce qui exprime les mauvais sentiments du cœur ; tout rabaissement de l’autre, la volonté d’annihiler les autres, pour ce qui concerne le caractère ou l’influence : tout cela n’est pas meilleur que le meurtre, aux yeux scrutateurs de Dieu. Il élargit la loi ; Il montre maintenant Celui qui regarde et juge les sentiments du cœur. Il ne s’agit donc pas du tout simplement des conséquences de la violence envers un homme, car il pourrait n’y avoir aucun effet très mauvais produit par ces paroles de colère, mais elles prouvaient l’état du cœur ; et c’est ce avec quoi le Seigneur a affaire ici. « Si donc tu offres ton don à l’autel, et que là il te souvienne que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton don devant l’autel, et va d’abord, réconcilie-toi avec ton frère ; et alors viens et offre ton don » (v. 23, 24). Il ne manifeste pas encore le chrétien dans sa séparation complète du système juif. Ces paroles montrent clairement un lien avec Israël — quoique le principe s’applique à un chrétien ; car l’autel ne fait pas référence à la table du Seigneur.
« Mets-toi promptement d’accord avec ta partie adverse, pendant que tu es en chemin avec elle, de peur que ta partie adverse ne te livre au juge, et que le juge ne te livre au sergent, et que tu ne sois jeté en prison ; en vérité, je te dis : Tu ne sortiras point de là, jusqu’à ce que tu aies payé le dernier quadrant » (v. 25, 26). Je crois qu’Israël était coupable de cette folie même — Israël comme peuple — de ne pas s’être mis d’accord avec la partie adverse rapidement. Le Messie était là, et eux, étant Ses adversaires, L’ont traité comme leur adversaire et ont contraint Dieu à être contre eux par leur incrédulité. La position d’Israël, moralement, au regard de Dieu, était très proche de celle présentée ici. Il y avait un désir de meurtre contre Jésus dans leur cœur. Hérode en avait été l’expression à Sa naissance, et il se poursuivit tout le long du ministère de Christ, car la croix prouva combien cette haine implacable était présente dans le cœur des Juifs contre leur propre Messie. Ils ne s’étaient pas mis d’accord rapidement avec leur partie adverse, et le juge ne pouvait que les livrer au sergent pour les jeter en prison ; et ils demeurent là jusqu’à ce jour. La nation juive, depuis leur rejet du Messie, a été exclue de toutes les promesses de Dieu ; en tant que nation, ils ont été condamnés à la prison, et ils doivent y demeurer jusqu’à ce que le dernier quadrant soit payé. En Ésaïe, nous trouvons le Seigneur parlant en consolation à Jérusalem : « Criez-lui que son temps de détresse est accompli, que son iniquité est acquittée ; qu’elle a reçu de la main de l’Éternel le double pour tous ses péchés ». Ainsi, tandis que nous entrons désormais dans Sa faveur, tandis que, par la grâce de Dieu, nous recevons maintenant la plénitude de la bénédiction par le Christ Jésus, il ne peut pourtant y avoir de doute que cette riche bénédiction est en réserve pour Jérusalem. Car Dieu, dans Sa miséricorde, lui dira un jour : Je pardonne maintenant votre iniquité ; je ne ferai plus de vous le témoin de ma vengeance sur la terre. Et pourquoi n’est-il pas permis à Israël, jusqu’à ce jour, d’être amalgamé avec les nations ? Ils demeurent là, séparés de tous les autres peuples par Dieu. Mais Dieu a en réserve pour eux Sa grande miséricorde. « Parlez au cœur de Jérusalem… car elle a reçu de la main de l’Éternel le double pour tous ses péchés ». Nous trouvons ailleurs cette figure magnifiquement exposée dans le cas de l’homme coupable d’homicide, qui fuyait vers la ville de refuge fournie par Dieu. Et le livre des Nombres nous enseigne que l’homme demeurait là, hors du pays de sa possession, jusqu’à la mort, non pas de l’homicide, mais du souverain sacrificateur qui était oint d’huile. Il est fait allusion là à la sacrificature de notre Seigneur. Quand le Seigneur aura complété Son peuple céleste et les aura rassemblés là où ils n’auront plus besoin de l’activité de Son intercession ; quand nous serons dans les pleins résultats de tout ce que Christ a opéré pour nous, le grand Sacrificateur prendra alors Sa place sur Son propre trône. Alors, ce sera la fin de Sa sacrificature céleste actuelle, et Israël, coupable du sang, retournera dans la terre de sa possession. Je ne doute pas que ce soit l’application exacte de ce beau type. Je ne peux pas comprendre quelle interprétation juste de la mort du souverain sacrificateur oint d’huile il peut y avoir, si vous l’appliquez à un chrétien maintenant ; mais appliquez-la aux Juifs, et rien n’est plus clair. Christ mettra fin à ce caractère de la sacrificature dans lequel Il est actuellement engagé pour nous, et entrera dans une nouvelle forme de bénédiction pour Israël.
Mais il y a une autre chose en plus de la violence : il y a l’élément corrompu dans le cœur de l’homme — le cœur convoitant ce qu’il n’a pas. C’est ce qui est envisagé dans la parole suivant de notre Seigneur : « Vous avez ouï qu’il a été dit : Tu ne commettras pas adultère. Mais moi, je vous dis que quiconque regarde une femme pour la convoiter, a déjà commis adultère avec elle dans son cœur. Mais si ton œil droit est pour toi une occasion de chute, arrache-le et jette-le loin de toi…Et si ta main droite est pour toi une occasion de chute, coupe-la et jette-la loin de toi ; car il est avantageux pour toi qu’un de tes membres périsse, et que tout ton corps ne soit pas jeté dans la géhenne » (v. 27-30). C’est-à-dire, quoi que ce soit dans notre marche, ou dans nos voies, ou dans notre service, qui expose une âme au danger de céder à ces sentiments impies, ne devrait jamais être épargné, mais écarté à tout prix. Il doit y avoir excision de tout ce qui est blessant pour l’âme ; les membres du corps, tels que l’œil qui désire et la main qui veut prendre, étant utilisés pour montrer les différentes manières d’après lesquelles le cœur peut être enlacé. Couper ces membres est le signe d’un cœur profondément exercé à se juger lui-même ; non pas prompt à s’excuser en disant qu’il n’a pas vraiment commis le péché, mais quoi que ce soit qui y expose doit être abandonné.
Le Seigneur dénonce alors la dissolution légère du lien du mariage : « Il a été dit aussi : Si quelqu’un répudie sa femme, qu’il lui donne une lettre de divorce. Mais moi, je vous dis que quiconque répudiera sa femme, si ce n’est pour cause de fornication, la fait commettre adultère ; et quiconque épousera une femme répudiée, commet adultère » (v. 31, 32). Ainsi, notre Seigneur montre que quoiqu’il puisse y avoir de grandes difficultés, cette relation humaine reçoit encore la sanction forte de l’ordonnance de Dieu. Quoique ce soit une relation terrestre, la lumière du ciel est jetée dessus, la sainteté du mariage est maintenue, et la possibilité de permettre à quelque chose d’interférer avec sa sainteté est entièrement supprimée par Christ, sauf seulement là où se trouve ce qui l’a interrompu au regard de Dieu, auquel cas l’acte de séparation ne serait qu’une déclaration de ce qui a déjà été rompu de fait.
Le cas suivant (v. 33-37) nous introduit dans un ordre de choses différent : c’est l’utilisation du nom du Seigneur. Ici, il n’est pas fait référence à un serment judiciaire, c’est-à-dire, un serment exigé par un magistrat. Dans certains pays, cela peut avoir un parfum de paganisme ou de papauté, et aucun chrétien ne devrait faire un tel serment. Mais si la déclaration est simplement celle de l’autorité de Dieu, introduite par le magistrat pour déclarer la vérité, toute la vérité, et rien que la vérité, je ne vois pas que le Seigneur, en aucune manière, ne dispense le chrétien de cette obligation. Mais le sujet ici se rapporte aux communications d’homme à homme. « Ne jurez pas du tout ; ni par le ciel, car il est le trône de Dieu ; ni par la terre, car elle est le marchepied de ses pieds ; ni par Jérusalem, car elle est la ville du grand Roi. Tu ne jureras pas non plus par ta tête, car tu ne peux faire blanc ou noir un cheveu ». C’étaient simplement les affirmations de la vie courante parmi les Juifs. Si notre Seigneur avait voulu interdire au chrétien de prononcer un serment judiciaire, n’aurait-Il pas pris comme exemple le serment qui avait cours dans les tribunaux en ces jours-là ? Mais les serments qu’Il place devant nous étaient ceux que les Juifs avaient l’habitude d’utiliser, quand leur parole était mise en question par leurs semblables, et non pas ceux qui étaient employés devant le magistrat. Bien loin de penser qu’un chrétien agit justement en refusant un serment judiciaire, je crois qu’il agit mal en ne le prononçant pas quand le magistrat requiert son témoignage, quand il n’y a rien qui offense la conscience dans la formulation du serment. Si le magistrat ne reconnaît pas Dieu dans le serment, cependant le chrétien est tenu de reconnaître Dieu dans le magistrat, qui est, pour le chrétien, un serviteur de Dieu dans les choses extérieures de ce monde. Même l’Assyrien était la verge de Dieu, tout en ne pensant qu’à accomplir ses propres desseins contre Israël. Bien davantage le magistrat, qui ou quoi qu’il soit, représente la vérité de l’autorité extérieure de Dieu dans le monde, et le chrétien doit le respecter, bien plus que les hommes du monde ; et donc, le serment, qui demande simplement la vérité sur le terrain de cette autorité, est une chose sainte et qui ne doit pas être refusée. Le chrétien, sans doute, n’a pas lui-même à poursuivre un autre en justice. Au contraire, il doit à Christ et à Sa grâce de laisser le monde, s’il le veut, abuser de lui — il peut protester oralement contre cela, et puis le laisser au Seigneur. Quand notre Seigneur Lui-même fut traité injustement, Il en convainc la personne, et c’est tout, comme l’homme le pense, pour toujours. Il n’y a rien de tel que chercher à obtenir une réparation actuelle de ses torts. Il devrait en être ainsi avec les chrétiens. Il peut y avoir la conviction morale de ceux qui font le mal, mais le supporter avec patience est agréable à Dieu.
Il n’y a pas de meilleur moyen pour le chrétien de montrer combien il est au-dessus du monde, que quand il ne cherche en rien la justification du monde. Si nous appartenions au monde, nous devrions tous être des volontaires. Si le monde est notre foyer, un homme est appelé à combattre pour lui. Mais pour le chrétien, ce monde n’est pas la scène de ses intérêts, et pourquoi combattre pour ce qui ne lui appartient pas ? Si un chrétien combat dans et avec le monde (sauf son combat spirituel personnel), il est hors de sa place. C’est le devoir des hommes, comme tels, de repousser le mal ; et si le Seigneur utilise le monde afin de mettre fin à la révolution et de faire la paix, le chrétien peut bien regarder en haut et rendre grâces. C’est une grande miséricorde. Mais la vérité que le croyant doit garder fermement établie dans son âme, est qu’« ils ne sont pas du monde ». Dans quelle mesure ne sont-ils pas du monde ? « Ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde ». Dans Jean 17, où notre Seigneur répète cette parole merveilleuse, Il parle en vue d’aller au ciel, comme s’Il n’était plus du tout sur la terre. Ainsi, dans l’esprit de quelqu’un qui est hors du monde, Il dit : « Ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde ». Un peu avant, Il avait dit : « Je ne suis plus dans le monde ». Son élévation au ciel est ce qui donne son caractère au chrétien et à l’Église. Un chrétien n’est pas simplement un croyant, mais un croyant appelé à jouir de Christ alors qu’Il est dans le ciel. Et, comme Christ notre Tête est hors de ce monde, ainsi le chrétien est en esprit élevé au-dessus du monde, et doit montrer la force de sa foi comme étant au-dessus de ses simples sentiments naturels. Rien ne fait paraître un homme davantage fou que de n’avoir aucun parti dans ce monde. Les chrétiens n’aiment pas n’être rien ; ils sont enclins, d’une manière ou d’une autre, à vouloir faire sentir leur influence. Mais le Seigneur les délivre de cela.
C’est donc quelque chose en dessous de notre appel, que de se laisser aller à des affirmations au-delà de la simple déclaration de la vérité. « Que votre parole soit : Oui, oui ; non, non ; car ce qui est de plus vient du mal » (v. 37). Il vaut la peine de remarquer, comme une preuve pratique de la distinction tracée ici, comment notre Seigneur agit quand Il fut devant le souverain sacrificateur. Il fut silencieux jusqu’à ce que celui-ci L’adjure ; alors Il répond immédiatement. Qui peut douter qu’Il nous montre en cela le bon modèle ?
Notre Seigneur en vient ensuite au cas d’un préjudice qui peut nous être fait en pratique. Ce n’est pas qu’il est mauvais pour un homme de punir selon le préjudice qui a été infligé à un autre. « Œil pour œil, et dent pour dent » est parfaitement juste ; mais notre Seigneur indique que nous devrions être bien plus que justes, nous devrions être pleins de grâce ; et Il en fait le point culminant de Son discours. Tout d’abord, Il avait renforcé la justice de la loi, développé ses profondeurs, et mis de côté ses libertés ; maintenant, Il va plus loin. Il montre qu’il y a un principe, dans Ses propres voies et dans Sa vie, qui enseigne au chrétien qu’il n’a pas à chercher la vengeance. « Mais moi, je vous dis : Ne résistez pas au mal ; mais si quelqu’un te frappe sur la joue droite, présente-lui aussi l’autre ». Il est clair que le Seigneur ne parle pas ici de ce que doivent faire les gouvernements. Le Nouveau Testament est écrit pour le chrétien, pour ce qui a une existence séparée et un appel spécial au milieu des systèmes et des peuples terrestres. Il appartient à ceux qui sont du ciel, tandis qu’ils marchent sur la terre. Nous devenons tels en recevant Christ, et c’est à de tels que le Seigneur dit : « Ne résistez pas au mal ; mais si quelqu’un te frappe sur la joue droite, présente-lui aussi l’autre ». Il est question ici d’une blessure personnelle. Le mal fait peut être tout à fait immérité, mais il doit être surmonté par le bien. Montrez que vous êtes prêt à en recevoir encore plus pour l’amour de Christ. « Et à celui qui veut plaider contre toi et t’ôter ta tunique, laisse-lui encore le manteau ». Ici, la loi est évoquée : c’est-à-dire, qu’un homme pose une réclamation, peut-être à tort, sur une partie de vos vêtements, et s’il veut « plaider contre toi et t’ôter ta tunique, laisse-lui encore le manteau ». Ici, il semble que ce n’est pas exactement quelqu’un faisant appel à la loi, mais les officiers publics eux-mêmes. « Et si quelqu’un veut te contraindre de faire un mille, vas-en deux avec lui ». Le grand principe que notre Seigneur établit en cela — que ce soit la violence humaine, ou la loi même si durement ou si mal appliquée — est qu’alors que, selon la loi, vous devez faire un pas, selon l’évangile, vous en ferez deux. La grâce fait le double de la loi, quel que soit le point en question. Elle n’a jamais eu l’intention de remplacer les obligations ou d’abaisser les responsabilités, mais, au contraire, de donner puissance et force à tout ce qui est juste au regard de Dieu. La loi pouvait dire : « Œil pour œil, et dent pour dent » ; ici, nous trouvons non seulement le support de ce qui est positivement mauvais, mais la grâce qui donne plus que ce qui est demandé. « La loi a été donnée par Moïse ; la grâce et la vérité vinrent par Jésus Christ ». Et c’est une manière de montrer pratiquement combien nous apprécions la grâce. Il ne s’agit pas simplement de la lettre des paroles de notre Seigneur. Si vous vous limitez simplement à un coup au visage, ce serait une pauvre chose ; mais la parole de Christ est ce qui me transmet l’esprit qui plaît à Dieu, et me donne la réalité de la grâce. Et la grâce n’est pas la revendication de soi, ni la punition d’un mal, mais le support du mal et le triomphe du bien sur lui. Christ parle de ce qu’un chrétien doit endurer de la part du monde qu’il traverse. Il doit recevoir la tribulation comme la discipline que Dieu trouve bonne pour son âme ; le grand spectacle devant les hommes et les anges — qu’il y a des hommes sur cette terre qui peuvent souffrir pour Christ, et s’en réjouir, parce qu’ils ont appris à abandonner leur propre volonté, à sacrifier leurs propres droits, et à souffrir injustement, en regardant en avant au jour où le Seigneur prendra en charge ce qui a été leur souffrance pour l’amour de Lui, et où tout mal sera jugé de la façon la plus solennelle à Son apparition et à Son règne.
Notre Seigneur dit, au verset 42 : « Donne à qui te demande, et ne te détourne pas de qui veut emprunter de toi ». C’est un exemple d’un grand principe général sur lequel le Seigneur insiste ; comme Il avait mis à nu le caractère de la violence, ainsi le fait-Il ici pour une autre chose — la sollicitation qui s’adresse à la bonté de cœur d’un chrétien. « Donne à qui te demande ». Très certainement, c’est une chose agréable et pleine de grâce ; mais il est tout à fait clair que le Seigneur n’insiste pas auprès des siens pour que la chose soit faite inconsidérément, ni comme une simple satisfaction de leurs sentiments, mais avec conscience envers Dieu. Supposons que quelqu’un vienne vous demander quelque chose, et que vous avez des raisons de croire qu’il le dépensera de façon inappropriée, vous devez y apporter une limite. Pourquoi non ? Il pourrait vous dire : Le Seigneur n’enjoint-Il pas : « Donne à qui te demande » ? Assurément ; mais le Seigneur a donné aussi d’autres paroles d’après lesquelles je juge s’il est approprié de donner dans chaque cas particulier. Le demandeur pourrait aller faire ce dont je suis sûr que ce serait absurde ou mauvais ; dois-je encore donner ? ou un autre principe n’est-il pas introduit, à savoir, le discernement approprié ? Peut-être que celui qui demande a des plans par-devers lui que je crois être mondains : dois-je satisfaire sa mondanité ? Ce que le Seigneur a en vue est un besoin réel ; et comme il y avait une grande indifférence habituellement parmi les Juifs sur ce sujet, comme c’est de fait le cas partout ailleurs, le Seigneur n’insiste pas seulement sur l’aide du chrétien à son frère, mais prend le terrain le plus vaste en exhortant à donner généreusement ; non pas, bien entendu, pour ce que nous pourrions en retirer, mais par un amour selon Dieu.
« Donne à qui te demande ». Nous savons tous qu’il y en a qui voudraient l’imposer. Cela bloque et entrave souvent la pitié ; et ce peut encore plus souvent être une excuse pour ne pas montrer de pitié. Le Seigneur met en garde contre ce piège, et montre la grande valeur morale, pour notre propre âme et pour la gloire de Dieu, d’une bonté habituelle, attentionnée et sans réserve envers les nécessiteux dans ce monde. Non pas que je doive toujours donner ce qu’une personne demande, car il peut chercher quelque chose d’insensé ; mais il reste cependant : « Donne à qui te demande, et ne te détourne pas de qui veut emprunter de toi ». Comptez-vous le nombre de fois où vous avez été trompé ? Alors même, pourquoi être triste ? Vous avez le droit, selon la parole de Jésus, de faire cela comme pour votre Père. Celui qui reçoit votre don peut l’appliquer à un mauvais usage : c’est sa responsabilité. Je suis tenu de cultiver une générosité sans soupçons, et ceci, tout à fait indépendamment d’une simple amitié. Même les publicains et les pécheurs sont aimables envers ceux qui le sont envers eux ; mais que devrait être un chrétien ? Christ détermine la position, la conduite et l’esprit du chrétien. Comme Lui a souffert, eux ne doivent pas résister au mal. S’il y avait des besoins, le cœur du Seigneur y répondait. Ils pouvaient tourner Son amour contre Lui, et utiliser les dons de Sa grâce pour leurs intérêts propres, comme l’homme qui fut guéri, indifférent à l’avertissement du Seigneur et au sentiment de Ses bienfaits. Mais le Seigneur, sachant parfaitement tout cela, poursuit résolument Son chemin en faisant le bien, non dans la simple pensée vague de la bienveillance envers l’homme, mais dans le saint service de Son Père.
Et maintenant, un mot sur ce qui suit. C’est le cœur et l’essence même de ce qui constitue notre relation avec les autres ici-bas ; le grand principe actif duquel découle toute conduite juste. C’est la question du véritable caractère et des limites de l’amour. « Vous avez ouï qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi » (v. 43). C’était l’expression que les Juifs tiraient de la teneur générale de la loi. Il y avait eu la sanction de Dieu pour l’extermination de leurs ennemis ; et de cela, ils tiraient le principe : « Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi. Mais moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous font du tort et vous persécutent ». Là se trouvait une chose que la loi ne pouvait jamais enseigner — c’est la grâce. Dans un millier d’exemples pratiques, la question n’est pas si la chose est juste. Nous entendons souvent des chrétiens demander : Y a-t-il du mal dans telle chose ? Mais ce n’est pas la seule question à poser, pour un chrétien. Supposez qu’on lui fasse du mal ; quel doit alors être son sentiment ? S’il y a de l’inimitié envers lui dans un autre, que doit-il chérir dans son propre cœur ? « Aimez vos ennemis… faites du bien à ceux qui vous haïssent… en sorte que vous soyez les fils de votre Père qui est dans les cieux » ; ainsi, ils montrent d’une manière pratique qu’ils appartiennent à une telle lignée. « Car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et envoie sa pluie sur les justes et sur les injustes… Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait » (v. 44-48).
Cela n’a rien à voir avec la question de savoir s’il y a du péché ou non dans notre nature. Il y a toujours le principe du mal dans un homme, aussi longtemps qu’il vit ici-bas. Mais ce sur quoi le Seigneur insiste est ceci : Notre Père est le modèle parfait dans Ses voies envers Ses ennemis maintenant, et Il nous appelle à être parfaits dans la même grâce et le même amour que montre notre Père. C’est en contraste signalé avec le Juif, ou avec tout ce qui a été enjoint auparavant. Abraham n’a pas été appelé à marcher de cette manière. Il a été, je crois, justifié en armant ses serviteurs pour récupérer Lot ; tout comme les Israélites le furent en prenant l’épée contre les Cananéens. Mais nous sommes appelés (comme règle de la vie chrétienne, comme ce qui gouverne nos pensées, nos sentiments et nos voies) à marcher selon le principe d’une grâce patiente. Nous sommes au milieu des ennemis de Christ, de nos ennemis aussi à cause de Lui. Cela peut ne pas se montrer immédiatement, ni jamais. La persécution peut passer de mode, mais l’inimitié est toujours là ; et si Dieu devait seulement ôter certaines retenues, la vieille haine éclaterait comme jamais. Quoi qu’il en soit, un seul chemin est ouvert au chrétien qui désire marcher comme Christ l’a fait : « Aimez vos ennemis » ; et cela en réalité, non pas par un simple étalage de douces paroles ou manières. Nous savons que, dans certains cas, aller et parler à une personne fâchée ne ferait qu’attiser l’amertume de la colère, et là, la bonne chose est de s’en tenir à l’écart ; mais dans toutes les circonstances, il faut être toujours prêt à chercher la bénédiction de notre adversaire. Faire preuve d’une réelle bonté à celui qui m’a blessé, même si cela ne devait jamais être connu d’aucune créature sur la terre, est la seule chose digne d’un chrétien. Le Seigneur nous donne ainsi des occasions de montrer l’amour à ceux qui nous haïssent. Quand l’occasion se présente, nous devons avoir établi dans nos âmes que le chrétien est ici dans le but d’exprimer Christ ; car en effet, nous sommes Son épître, connue et lue de tous les hommes. Nous devons désirer refléter ce que Christ aurait fait dans les mêmes circonstances.
Que le Seigneur accorde que cela soit vrai de notre propre âme, d’abord dans un sentiment secret avec Lui, et puis comme manifesté humblement et avec désintéressement envers les autres. Rappelons-nous qu’il n’y a pas de victoire pour nous sinon dans ce qui est un reflet extérieur de la victoire secrète sur le moi avec le Seigneur. Commencez par là, et ce sera sûrement gagné en présence des hommes, quoique nous puissions avoir à attendre pour cela.