Chapitre 6

Matthieu 6 débute avec ce qui est encore plus élevé que ce que nous avons eu. Les diverses exhortations du chapitre 5 ont fait ressortir le principe chrétien, en contradiction avec ce qui était exigé ou permis sous la loi. Maintenant, la loi est abandonnée : il n’y est plus fait aucune allusion expresse, dans le discours de notre Seigneur. Le premier principe de toute piété se montre maintenant dans sa forme la plus douce, à savoir, avoir affaire avec notre Père dans le secret ; Lui nous comprend, Lui voit tout ce qui se passe en nous et autour de nous, nous écoute et nous conseille, tout comme, en effet, Il prend en nous le plus profond intérêt. C’est la relation intérieure divine du saint qui est mise en évidence dans ce chapitre — nos liens spirituels avec Dieu notre Père, et la conduite qui doit en découler. D’où ce que dit notre Seigneur : « Prenez garde de ne pas faire votre justice devant les hommes, pour être vus par eux ». Je prends la liberté de modifier le terme « aumône » en « justice » (v. 1), qui est soutenu par quelques-unes des meilleures autorités. Il y a des divergences ici, comme ailleurs, mais, en même temps, des raisons internes et spirituelles confirment les bases extérieures. Ainsi, si vous utilisez le mot « aumône » dans le premier verset, n’y a-t-il pas une simple répétition dans le verset suivant ? D’un autre côté, prenez le mot « justice » (comme indiqué dans la marge), et tout est clair. Le contexte le supporte. Car on observera dans les versets suivants que notre Seigneur divise la justice en trois parties distinctes : tout d’abord, donner des aumônes ; ensuite, la prière ; en troisième lieu, le jeûne. Que telles sont les trois parties des justes voies du saint, comme les voit notre Seigneur dans ce discours, est évident.

1. Pour ce qui regarde les aumônes, ce qui est une chose très pratique, le principe de la miséricorde se manifeste, comme ce n’est pas toujours le cas dans un don. C’est une chose faite sérieusement et solennellement, et le cœur s’ouvre. Elle est faite sous le regard de Dieu. L’avertissement général est celui-ci : « Prenez garde de ne pas faire votre justice devant les hommes, pour être vus par eux ; autrement vous n’avez pas de récompense auprès de votre Père qui est dans les cieux. Quand donc » (en se basant sur cette exhortation) « tu fais l’aumône », ce qui était une des branches de la justice, « ne fais pas sonner la trompette devant toi » ; cela fait allusion à certaines manières de faire adoptées alors par les Juifs pour leur notoriété et se recommander eux-mêmes — dont l’esprit appartient aux hommes de tous les temps. Il y a peu de choses dans lesquelles la vanité humaine se trahit de façon plus flagrante, que le désir d’être connu en faisant des aumônes. Et qu’est-ce qui apporte une vraie délivrance de ce piège de la nature humaine ? « Quand donc tu fais l’aumône (remarquez qu’Il rend maintenant cela complètement individuel), ne fais pas sonner la trompette devant toi, comme font les hypocrites dans les synagogues et dans les rues, pour être glorifiés par les hommes. En vérité, je vous dis : ils ont déjà leur récompense ! Mais toi, quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ne sache pas ce que fait ta droite, en sorte que ton aumône soit faite dans le secret ; et ton Père qui voit dans le secret, te récompensera ». C’est-à-dire, il ne s’agit pas seulement de ne pas proclamer partout ce qui est fait, mais même pas à soi-même. Non seulement la main gauche d’un autre ne doit pas savoir ce que fait votre main droite, mais votre propre main gauche ne le doit pas non plus. Les paroles du Seigneur sont tranchantes pour quiconque aime l’autosatisfaction. Le grand point là est, que tout doit être fait pour notre Père. Ce n’est pas simplement une question de devoir ; mais l’amour de notre Père a été manifesté, et c’est Sa volonté pour ce qui nous concerne. Il sait ce qui est le meilleur, et nous en sommes ignorants. Nous pouvons penser procurer le plus grand bonheur en nous entourant de ce que nous aimons le mieux ; mais abandonner ce qui nous apporte une jouissance personnelle nous ouvrira de nouvelles sources de bénédiction. En outre, ce que nous devons désirer est que les aumônes soit faites « dans le secret ; et ton Père qui voit dans le secret, te récompensera ». Nous trouverons cela répété pour chaque point de ce qui est appelé notre « justice ». Il y a toujours une place laissée à la chair, là où n’est pas cultivée l’habitude de ce qui est fait entre notre Père et nous-mêmes. Bien plus, le Seigneur voudrait que nous cachions cette pensée même dans le sein du Père, qui ne l’oubliera pas.

2. Nous avons la même chose pour la prière. L’allusion est faite, semble-t-il, à la pratique que chaque jour, quand une heure particulière arrivait, les gens étaient trouvés priant en public plutôt que de manquer le moment. Il est clair que tout ceci était, au mieux, des plus légal, et ouvrait la porte à l’affichage et à l’hypocrisie. Cela néglige entièrement la grande vérité que le christianisme a si complètement mise en évidence, que faire des choses comme témoignage, ou comme une loi, ou d’une façon quelconque pour être vu des autres, ou en pensant à nous-mêmes, est totalement faux. Nous avons affaire avec notre Père, et notre Père dans le secret. C’est pourquoi notre Seigneur dit : « Toi, quand tu pries, entre dans ta chambre, et ayant fermé ta porte, prie ton Père qui demeure dans le secret ; et ton Père qui voit dans le secret, te récompensera » (v. 6). Ce n’est en aucun cas nier le bien-fondé de la prière en public ; mais il n’est pas du tout fait référence ici à une supplication en commun.

Quant à la « prière dominicale », elle était pour ces disciples individuellement qui avaient besoin d’être instruits dans les tout premiers principes du christianisme. Car elle fait partie de ce que l’apôtre appelle « la parole du commencement du Christ », quand il dit : « C’est pourquoi, laissant la parole du commencement du Christ, avançons vers l’état d’hommes faits, ne posant pas de nouveau le fondement de la repentance des œuvres mortes et de la foi en Dieu, de la doctrine des ablutions et de l’imposition des mains, et de la résurrection des morts et du jugement éternel. Et c’est ce que nous ferons, si Dieu le permet ». L’apôtre admet que toutes ces choses étaient des vérités très importantes ; c’étaient des vérités que les Juifs pieux devaient avoir connues avant que la rédemption ait été accomplie, mais elles ne manifestaient pas la pleine puissance du christianisme. Elles étaient bien vraies, et le demeureront toujours. Rien ne pourra jamais affaiblir l’importance de la repentance des œuvres mortes et de la foi en Dieu. Mais il n’est pas même dit, la foi en Christ. Assurément que la foi envers Dieu demeure toujours ; mais là encore, jusqu’à que Christ soit mort et ressuscité, il y avait bien des vérités que les disciples ne pouvaient pas supporter. Notre Seigneur Lui-même le dit. C’est pourquoi l’apôtre leur dit : « Laissant la parole du commencement du Christ » (celle que Christ ici-bas enseignait, et qui était parfaitement adaptée à l’état d’alors des disciples), « avançons vers l’état d’hommes faits ». Il n’y a aucunement la pensée de l’abandonner ; mais en supposant que c’est une vérité établie, avançons dans la connaissance de Christ tel qu’Il est maintenant, ce qui est ici la signification du mot « perfection ». Ce n’est pas un état meilleur de notre propre chair ; cela ne fait pas non plus référence à quoi que ce soit que nous devrons être dans une vie future ; mais à la pleine doctrine de Christ tel qu’Il est maintenant, glorifié dans le ciel — telle qu’elle est exposée dans cette épître. Christ est dans le ciel ; Sa sacrificature est là ; Il y est entré dans la puissance de Son propre sang, ayant obtenu une rédemption éternelle. C’est Christ tel qu’Il est en haut maintenant ; là, vous trouvez cette perfection. Dans la même épître, il parle de Christ comme « consommé »[7] par des souffrances. Il était toujours parfait en tant que personne — et n’aurait jamais pu être rien d’autre. S’il y avait eu quelque défaut en Christ sur la terre, Il aurait dû être, comme l’offrande qui avait un défaut en elle, incapable d’être offert pour nous. Dans les sacrifices juifs, si l’animal mourait de lui-même, il ne pouvait pas même être mangé. De même, quant à notre Seigneur, s’il y avait eu le principe de la mort en Lui en quelque manière, s’Il n’avait pas été le vivant dans tous les sens du terme, sans la moindre tendance à la mort, Il n’aurait jamais pu être le fondement de Dieu, ni le nôtre. Il a réellement souffert la mort, victime volontaire sur la croix ; mais c’était justement parce que la mort n’avait aucune prise sur Lui. Tout fils d’Adam a la mortalité qui opère en lui. Le second homme pouvait dire, même ici-bas : « Je suis la résurrection et la vie ». Telle est la vérité quant à Christ Lui-même. Tandis qu’il est parfaitement vrai que Christ était toujours moralement parfait — parfait, aussi, non seulement dans Sa nature divine, mais dans Son humanité — absolument sans tache et agréable à Dieu, pourtant, pour autant, il y avait une montagne de péché qui devait être ôtée de dessus nous, et une nouvelle condition où nous devions entrer, dans laquelle Il pouvait nous associer avec Lui. Quoique absolument sans péché en Lui-même, Il a été rendu parfait par les souffrances ; Il est allé, à travers toutes ces souffrances, dans la béatitude dans laquelle Il se tient maintenant comme notre souverain Sacrificateur devant Dieu.

Sur le sujet de la prière dominicale, je ne ferai que quelques remarques maintenant. Mais de nouveau, je voudrais remarquer qu’elle est entièrement individuelle. Beaucoup peuvent s’unir en disant : « Notre Père » ; mais une âme dans son cabinet dirait encore : « Notre Père », parce qu’elle pense aux autres disciples partout. Pourtant, il est clair que le Seigneur n’anticipe pas l’usage de cette prière, sauf dans la chambre fermée et pour la condition dans laquelle se trouvaient les disciples. Nous n’avons aucune indication qu’elle fut employée formellement après le jour de la Pentecôte. Il y avait d’autres besoins et d’autres désirs, d’autres expressions d’affection envers Dieu, manifestés alors, dans lesquels le Saint Esprit conduirait ceux qui avaient quitté la condition d’enfance, en L’ayant reçu dans leur cœur, par lequel ils pouvaient crier : « Abba, Père ». Telle est la clé du changement, et le Nouveau Testament est parfaitement clair là-dessus (comp. Gal. 3, 23-26 ; 4, 1-7).

Toutefois, considérons la prière elle-même ; car rien ne peut être plus béni, et toute la vérité qu’elle contient demeure pour nous. « Quand vous priez, n’usez pas de vaines redites, comme ceux des nations, car ils s’imaginent qu’ils seront exaucés en parlant beaucoup » (v. 7). Il est clair ici que notre Seigneur n’interdit pas les répétitions, mais les vaines redites. Nous voyons notre Seigneur Lui-même, quand Il était dans l’agonie dans le jardin, répétant trois fois les mêmes paroles. Mais une répétition vaine et formelle, que ce soient des paroles tirées d’un livre, ou des phrases toutes faites dans l’esprit, voilà ce qu’Il interdit positivement. De nouveau, permettez-moi d’insister sur le fait que notre Seigneur ne pourvoit pas ici aux besoins publics de l’Église ; et nous n’entendons pas dire que cela ait été compris ainsi. Il n’y a pas la moindre pensée d’une telle chose, après le don du Saint Esprit, quand l’Église fut formée et fut à l’œuvre dans ce monde. De telle sorte que tandis que la prière du Seigneur fut donnée comme le plus parfait exemple de prière, et put avoir été utilisée en l’état par les disciples avant la mort de notre Seigneur et le don du Saint Esprit, il semble pourtant clair qu’après, il n’en a plus été ainsi. Le Nouveau Testament est, bien entendu, la seule pierre de touche de cela. Quand nous en venons à la tradition, nous pouvons bien trouver toutes sortes de difficultés à cet égard, comme sur d’autres sujets, mais la Parole de Dieu n’est pas obscure. En aucun cas elle ne nous laisse dans l’incertitude quant à ce qu’est la pensée de Dieu : sinon, le but même d’une révélation serait anéanti. Quel est donc l’usage permanent de la prière ? Pourquoi est-elle donnée dans l’Écriture ? Le principe demeure toujours vrai. Il n’y a pas une expression de cette prière, je crois, que l’on ne pourrait présenter maintenant, même « Remets-nous nos dettes, comme nous aussi nous remettons à nos débiteurs ». Car c’est une erreur de supposer que c’est placer le pécheur sur le terrain de la prière pour obtenir le pardon de ses péchés. Notre Seigneur parle du croyant — de l’enfant de Dieu. Nos fautes quotidiennes et nos manquements, nous devons les placer devant notre Dieu et Père, comme Il nous y encourage, jour après jour. C’est une question relative à Son gouvernement qui, sans acception de personnes, juge selon l’œuvre de chacun ; et c’est pourquoi Il n’acceptera pas la demande de quelqu’un qui garde une disposition d’esprit qui ne pardonne pas aux autres, même s’ils nous ont fait un tort très grave.

L’habitude de se juger soi-même et de confesser à notre Père est très importante, dans l’expérience chrétienne ; c’est pourquoi je crois que cette déclaration est aussi applicable actuellement qu’elle l’était alors pour les disciples. Quand le pauvre publicain disait : « Ô Dieu, sois apaisé envers moi, pécheur », nous avons une autre chose aussi appropriée à son cas que celle-ci l’était à l’enfant de Dieu disant : « Notre Père ». Encore une fois, quand l’Esprit Saint fut donné, et que l’enfant fut capable de s’approcher du Père au nom de Christ, vous avez quelque chose d’encore différent. La prière du Seigneur ne revêt pas le croyant du nom de Christ. Que signifie demander au Père en ce nom ? Est-ce simplement dire : « en Son nom », à la fin d’une prière ? Quand Christ mourut et ressuscita, Il donna au croyant Sa propre position devant Dieu ; et donc, demander au Père au nom de Christ, c’est demander dans la conscience que mon Père m’aime comme Il aime Christ ; que mon Père m’a donné l’acceptation de Christ Lui-même devant Lui, ayant complètement ôté tout le mal en moi, de manière à être fait la justice de Dieu en Christ. Prier selon la valeur de cela, c’est demander en Son nom (comp. Jean 16). Quand l’âme s’approche, amenée consciemment près de Dieu, il peut être parlé de demander en Son nom. Il n’y a pas une âme qui utilise la prière dominicale comme une formule, qui ait une véritable compréhension de ce que c’est que demander au Père au nom de Christ. Elles ne sont jamais entrées dans cette grande vérité. De là, peut-être dans leur toute prochaine requête, elles prennent la place de pécheurs misérables, déplorant la colère de Dieu, et encore sous la loi. Est-ce possible, pour une âme qui connaît ce que c’est que se tenir devant Dieu comme Christ l’est, d’être ainsi systématiquement dans le doute et l’incertitude ? C’était le cas pour un Juif ; mais en tant que chrétien, ma position est en Christ, et là, il n’y a aucune condamnation : sinon, il ne pourrait y avoir un esprit d’adoption, ou l’exercice de la fonction de sacrificateurs à Dieu. Nous sommes faits sacrificateurs à Dieu en vertu de cette bienheureuse position — ici-bas sur la terre, et nous devons l’exercer. La conscience est amenée à cela — vous ne pouvez marcher avec Christ et avec le monde. Et le chrétien est proprement un homme qui entre dans les pensées et les relations célestes, tandis qu’il marche dans ce monde. C’est la vocation à laquelle nous sommes appelés. Que les chrétiens le sachent et le fassent ou non, Christ ne recherche rien de moins de leur part. « Ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde ». C’est vrai depuis le moment où nous avons reçu Christ. Depuis ce moment-là, nous devons à Christ, si nous voulons être de vrais soldats pour Lui, de prendre notre position comme ceux qui ne sont pas du monde, comme Lui n’en est pas.

Cela suffira à montrer que tandis que la prière dominicale reste inestimablement précieuse, pourtant, elle fut donnée pour répondre aux besoins individuels des disciples, et que la révélation ultérieure de la vérité divine a modifié leur condition, et conduira ainsi à une autre forme de désirs qui, de fait, ne s’exprimaient pas à ce moment-là. Il me semble que c’est une heureuse réflexion que ce soit notre Seigneur Lui-même qui nous le dise. « Jusqu’à présent vous n’avez rien demandé en mon nom ». Qu’est-ce que je récolte de cela ? Que l’on peut utiliser la prière dominicale chaque jour, et ne jamais rien demander au nom de Christ. « Jusqu’à présent vous n’avez rien demandé en mon nom ; demandez, et vous recevrez, afin que votre joie soit accomplie ». « En ce jour-là, vous demanderez en mon nom ». De quel jour est-il question ? Un temps encore futur ? Non, mais le temps présent ; le jour que le Saint Esprit a introduit quand Il descendit du ciel. C’est cela qui est en lien avec cette pleine révélation de la vérité qui est si essentielle à la joie et à la bénédiction du chrétien, et pour la marche hors du monde et céleste des enfants de Dieu ; et là où une chose n’est pas saisie, l’autre ne peut avoir lieu. Il peut y avoir la vigueur de la foi et l’amour personnel pour Christ, mais pour autant, une âme aura toujours le parfum du monde dans son esprit et sa position religieuse, jusqu’à ce qu’elle soit entrée dans cette position bénie que le Saint Esprit nous donne maintenant, de nous approcher de Dieu au nom de Christ.

Je dois maintenant passer à l’une des plus importantes exhortations pratiques que notre Seigneur nous donne, en relation avec la prière — l’esprit de pardon. Il connaît bien peu de la prière, celui qui ne connaît pas les entraves qu’amène l’austérité d’esprit. C’était une des choses que notre Seigneur avait particulièrement en vue. « Car si vous pardonnez aux hommes leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera aussi à vous ; mais si vous ne pardonnez pas aux hommes leurs fautes, votre Père ne pardonnera pas non plus vos fautes » (v. 14, 15). Il ne veut pas dire que les disciples n’auraient pas le pardon de leurs péchés au jour du jugement, mais Il parle du pardon des fautes comme un sujet de soin et de formation quotidiens de la part de Dieu. Je peux avoir un enfant coupable de quelque chose de mauvais, mais cela lui fait-il perdre sa relation ? Il est toujours mon enfant, mais je ne lui parle pas de la même manière que je le ferais s’il avait marché dans l’obéissance. Le père attend jusqu’à ce que l’enfant sente son péché. Dans le cas de parents terrestres, nous ne tenons parfois pas suffisamment compte de ce qui est mauvais, et d’autres fois nous pouvons nous occuper seulement des choses qui nous touchent nous-mêmes. Nous pouvons discipliner, comme il est dit dans les Hébreux, « selon que nous le trouvons bon », mais Dieu le fait pour notre profit. Notre Père garde toujours Son œil sur ce qui est le plus béni pour nous, mais pour cette même raison, Il nous châtie de temps en temps. « Qui est le fils que le père ne discipline pas ? ». Si nous n’étions pas des fils, nous pourrions peut-être y échapper ; mais comme nous le sommes certainement, la verge du Père vient sur nous pour nos fautes, quoique nous puissions penser qu’elles sont peu de choses ; mais quoique ce soit douloureux pour le présent, si c’est Sa volonté, nous pouvons être assurés qu’Il fera en sorte que ce qui paraît le plus contre nous, soit sans conteste pour nous. Maintenir l’esprit d’amour, et en particulier l’amour envers ceux qui nous font du mal, coûte quelque peu ; mais nous aurons la bénédiction à la fin, et de fait aussi dans le chemin.

3. Nous en venons maintenant au sujet du jeûne. Je crois que le jeûne a une valeur réelle, que peu d’entre nous connaissent. Si, dans des occasions particulières qui réclament une prière individuelle spéciale, on y unissait le jeûne, je ne doute pas que la bénédiction s’en ferait sentir. L’humilité d’esprit y est exprimée. Il y a des prières qui sont plus appropriées quand elles sont faites debout, d’autres en s’agenouillant. Le jeûne est une de ces choses en lesquelles le corps montre sa sympathie avec ce que traverse l’esprit ; c’est un moyen d’exprimer notre désir d’être abaissé devant Dieu, et dans une attitude d’humiliation. Mais de peur que la chair ne tire profit de ce même qui mortifie le corps, le Seigneur enjoint qu’il faut prendre des mesures pour qu’il ne paraisse pas aux hommes que l’on jeûne, plutôt que d’en permettre quelque manifestation. Car bien qu’un vrai chrétien répugne à se donner des apparences trompeuses, le diable l’abusera pour qu’il le fasse, à moins qu’il ne soit très jaloux en veillant sur lui-même devant Dieu. « Toi, quand tu jeûnes, oins ta tête et lave ton visage, en sorte qu’il ne paraisse pas aux hommes que tu jeûnes, mais à ton Père qui demeure dans le secret ; et ton Père qui voit dans le secret, te récompensera » (v. 17, 18).

Puis suivent des exhortations qui se rapportent aux choses de cette vie. Et, tout d’abord, quant à ce qui est d’amasser des trésors sur la terre. Le Seigneur introduit le principe, non de l’intérêt naturel, mais de la sagesse spirituelle et de l’absence de souci, dont jouit l’âme qui ne désire rien ici-bas. Supposez qu’il y a quelque chose que vous chérissez fortement sur la terre, il y a une crainte proportionnelle que le voleur ou quelque corruption gâte votre trésor. Ce que le Seigneur enjoint que nous recherchions est très différent : « Ne vous amassez pas des trésors sur la terre, où la teigne et la rouille gâtent, et où les voleurs percent et dérobent ; mais amassez-vous des trésors dans le ciel, où ni la teigne ni la rouille ne gâtent, et où les voleurs ne percent ni ne dérobent », une pierre de touche très solennelle au moyen de laquelle nous examiner. « Car là où est ton trésor, là sera aussi ton cœur » (v. 19-21). Nous pouvons déterminer où nous nous trouvons d’après ce sur quoi nos pensées se reposent principalement. Si elles sont célestes, nous sommes bienheureux ; mais si elles sont terrestres, nous découvrirons que ces mêmes choses sur lesquelles nos cœurs se fondent, se trouveront être une peine, un jour ou l’autre. Le Seigneur ramène tout cela à une grande cause racine — vous ne pouvez servir deux maîtres. Vous n’avez pas deux cœurs, mais un seul ; et votre cœur sera avec ce que vous appréciez le plus. Tout est ainsi tracé jusqu’à sa source : Dieu d’un côté, Mammon de l’autre. Mammon est ce qui résume les convoitises du cœur de l’homme quant à toutes les choses d’ici-bas. Il peut se manifester sous différentes formes, mais la racine est celle-ci — la convoitise. « Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon ». « C’est pourquoi je vous dis : Ne soyez pas en souci [ne vous préoccupez pas] pour votre vie, de ce que vous mangerez et de ce que vous boirez, ni pour votre corps, de quoi vous serez vêtus ». Le grand point ici est l’indifférence quant aux choses présentes, ou plutôt, une confiance paisible à leur sujet ; non pas parce que nous n’apprécions pas les bontés de Dieu, mais parce que nous avons confiance dans l’amour de notre Père et dans Ses soins pour nous. L’apôtre Paul nous montre la plus belle expression de cela, quand il dit : « J’ai appris à être content en moi-même dans les circonstances où je me trouve ». Il avait connu des changements de circonstances — ce que c’était que de n’avoir rien, et ce que c’était qu’être dans l’abondance ; mais le grand point était son parfait contentement de la portion de Dieu pour lui. Ce n’était pas quelque chose qu’il avait traversé légèrement, mais il l’avait appris. C’était une question de réalisation — de juger les choses dans la lumière de la présence et de l’amour de Dieu. La bénédiction est de regarder en avant avec cette pensée : notre Père a affaire avec nous maintenant en vue de la gloire ; comme l’apôtre l’ajoute : « Mon Dieu suppléera à tous vos besoins, selon ses richesses en gloire par le christ Jésus ». Combien c’est doux ! « Mon Dieu » — le Dieu que j’ai éprouvé, dont j’ai goûté l’affection. Je peux compter sur Lui pour vous, tout aussi bien que pour moi ; et Il « suppléera à tous vos besoins », non seulement selon les richesses de Sa grâce, mais selon Ses richesses en gloire par le Christ Jésus. Il vous a tirés de ce monde comme Ses enfants ; Il va vous avoir comme les compagnons de Son Fils en haut ; et Il a affaire avec vous maintenant selon votre place et votre position alors. Tout ce qui convient à ce grand plan de Sa gloire et de Son amour, le Seigneur nous donnera d’en éprouver les conséquences.

Que le Seigneur nous fortifie, afin que nous acceptions cela avec des cœurs reconnaissants, sachant que nous ne sommes pas nos propres maîtres ! Le Seigneur nous préservera des dangers, des pièges, des souffrances, que notre hâte ou notre propre volonté, amène, en Le laissant en dehors de ces choses extérieures. Il nous montre dans ce chapitre l’immense folie d’agir ainsi, même quant au corps. Il prend des exemples du monde extérieur pour montrer comment on peut se confier à Dieu pour accomplir au mieux Ses propres desseins. Et plus que cela, Il nous rappelle que ces choses extérieures, auxquelles nous sommes tentés d’accorder tant d’importance, ne sont que les objets que recherchent les Gentils. Un Gentil était un terme utilisé pour parler d’un homme sans Dieu, en contraste avec un Juif qui possédait Dieu extérieurement, dans ce monde. Un chrétien est un homme qui a Dieu dans le ciel comme son Père. « Votre Père céleste sait que vous avez besoin de toutes ces choses ». C’est pourquoi, comme notre Père le sait, pourquoi douterions-nous de Lui ? Nous ne nous défions pas de notre père terrestre ; combien moins alors devrions-nous douter de notre Père céleste.

« Mais cherchez premièrement le royaume de Dieu et sa justice, et toutes ces choses vous seront données par-dessus ». Ce n’est pas que nous ayons à chercher d’abord le royaume de Dieu, et puis ces choses ; mais à chercher premièrement le royaume de Dieu et Sa justice, et tout le reste arrivera.

« Ne soyez donc pas en souci pour le lendemain, car le lendemain sera en souci de lui-même ». C’est-à-dire que notre Seigneur nous prépare pour cela, que l’anxiété qui redoute une mauvaise chose pour le lendemain n’est que de l’incrédulité. Quand vient le lendemain, le mal peut ne pas être là ; s’il vient, Dieu sera là. Il peut permettre que nous goûtions ce que c’est que de nous laisser aller à notre propre volonté ; mais si nos âmes Lui sont soumises, combien de fois le mal qui est redouté n’apparaît jamais. Quand le cœur s’incline devant la volonté de Dieu au sujet de quelque peine que nous craignons, combien souvent celle-ci est ôtée, et le Seigneur nous répond avec une bonté et une grâce inattendues. Il peut faire en sorte que la peine même soit toute tournée en bénédiction. Quelle que soit Sa volonté, elle est bonne. « À chaque jour suffit sa peine ».