Nous en venons maintenant à une partie très distincte du discours de notre Seigneur. Ce n’est pas tant l’établissement de relations justes entre une âme et Dieu notre Père — la vie intérieure cachée du chrétien — mais maintenant, nous trouvons les relations mutuelles des disciples l’un avec l’autre, leur conduite envers les hommes, les différents dangers qu’ils ont à redouter, et, par-dessus toutes choses, la ruine assurée pour toute âme qui prononce le nom de Christ, si elle écoute Ses paroles et ne les pratique pas. L’homme sage entend et met en pratique. Et ainsi se termine le chapitre. Je désirerais m’attarder un peu sur ces différents points d’instruction, que notre Seigneur place ici devant nous. Bien sûr, il ne sera pas possible d’entrer en détail dans tous ; car, je n’ai pas besoin de le dire, les paroles de notre Seigneur sont particulièrement lourdes de sens, avec de profondes pensées. Il n’y a pas de portion de la Parole de Dieu où vous trouverez une profondeur plus caractérisée qu’ici.
Le point par lequel commence le Seigneur Jésus est celui-ci. Il avait auparavant pleinement montré que nous devions agir en grâce comme enfants de notre Père ; mais cela de façon plus particulière avec ce monde, avec nos ennemis, avec les personnes qui agissent mal envers nous. Mais alors, une difficulté pratique sérieuse pourrait surgir ailleurs. En supposant que parmi ceux qui agissent mal, il y en avait certains qui portaient le nom de Christ, alors que faire ? Que devons-nous ressentir, et comment avoir affaire avec eux ? Sans aucun doute, il y a une différence, et une très importante. Pourtant, il y a une chose au sujet de laquelle nous avons à prendre garde, avant d’aborder la question de la conduite d’un autre ; et c’est de veiller contre l’esprit de censure en nous, l’habitude ou la tendance à imputer des motifs mauvais dans ce que nous ignorons et qui ne se présente pas aux regards. Nous savons tous quel piège il y a là pour le cœur de l’homme, et que c’est un danger plus particulièrement pour certains, de par leur caractère naturel et leur manque de vigilance quant à une habitude permise. Il y a plus de discernement dans certains que dans d’autres, et de tels doivent particulièrement veiller à ce sujet. Ce n’est pas qu’ils doivent fermer les yeux à ce qui est mal ; mais ils ne doivent pas suspecter ce qui n’est pas manifesté, ni aller au-delà des preuves que Dieu fournit. C’est une sécurité pratique très importante, sans laquelle il est impossible de marcher ensemble selon Dieu. On peut être ensemble comme nombre d’unités séparées, sans aucune sympathie réelle ou capacité pour entrer dans les peines, les difficultés, les épreuves, et peut-être même le mal, chez les autres. Pourtant, tout cela met une obligation sur le cœur d’un disciple. Même ce qui est mal fait appel à l’amour pour trouver le chemin de Dieu pour traiter ce qui Lui est contraire. Car l’essence de l’amour est qu’il recherche le bien de l’objet qui est aimé, et cela, sans aucune considération de soi-même. Il peut avoir l’amertume de savoir qu’il n’est pas aimé en retour, comme le savait l’apôtre Paul, même dans les premiers jours, et avec de véritables chrétiens — oui, avec des personnes particulièrement douées par l’Esprit de Dieu. Dieu s’est ainsi plu à nous donner ces solennelles leçons de ce qu’est le cœur, même dans les saints de Dieu.
En toutes circonstances, cette grande vérité s’impose à la conscience : « Ne jugez pas, afin que vous ne soyez pas jugés » (v. 1). D’un autre côté, ce principe peut être facilement abusé par l’égoïsme de l’homme. Si une personne marche dans un mauvais chemin et utilise ce passage pour refuser le droit aux frères de juger sa conduite, il est clair qu’elle trahit un manque de conscience et de compréhension spirituelle. Son œil est aveuglé par elle-même, et elle tourne simplement les paroles du Seigneur en une excuse pour pécher. Le Seigneur n’avait pas l’intention d’affaiblir, en aucune manière, le saint jugement du mal ; au contraire, Lui, au temps convenable, enjoint solennellement cela aux siens : « Ne jugez-vous pas ceux qui sont de dedans ? ». C’était une faute des Corinthiens de ne pas avoir jugé ceux qui étaient en leur sein. Il est clair, donc, qu’il y a un sens selon lequel je dois juger, et un autre selon lequel je ne le dois pas. Il y a des cas où je méconnaîtrais la sainteté du Seigneur si je ne jugeais pas, et il y a des cas où le Seigneur le défend, et m’avertit que le faire doit amener le jugement sur moi. C’est une question très pratique pour le chrétien — quand juger et quand ne pas juger. Tout ce qui est clairement manifesté — ce que Dieu montre aux yeux des siens, afin qu’ils le connaissent par eux-mêmes, ou d’après un témoignage indubitable — ils sont assurément tenus de le juger. En un mot, nous sommes toujours responsables d’abhorrer ce qui est une offense à Dieu, que ce soit connu directement ou indirectement ; car « on ne se moque pas de Dieu », et les enfants de Dieu ne doivent pas être gouvernés par de simples modalités pratiques, dont la ruse de l’ennemi pourrait facilement tirer parti.
Mais que veut dire ici notre Seigneur : « Ne jugez pas, afin que vous ne soyez pas jugés » ? Il fait référence, non à ce qui est clair, mais à ce qui est caché ; à ce que, s’il existe, Dieu n’a pas encore mis en évidence devant les yeux des siens. Nous ne sommes pas responsables de juger ce que nous ne savons pas ; au contraire, nous sommes tenus de veiller contre l’esprit de présumer le mal ou d’imputer des motifs. Il se peut qu’il y ait du mal, et du caractère le plus grave, comme dans le cas de Judas. Notre Seigneur dit de lui : « L’un d’entre vous est un diable » ; et Il a délibérément gardé les disciples dans l’obscurité quant aux détails. Remarquez simplement, en passant, que c’est seulement dans l’évangile de Jean, qui nous montre que la connaissance de Judas Iscariote qu’avait notre Seigneur était celle d’une personne divine. Il dit cela longtemps avant que rien soit manifesté. Dans les autres évangiles, tout est mis en réserve jusqu’à la veille de sa trahison ; mais Jean était conduit par l’Esprit Saint pour rappeler comment le Seigneur leur avait dit qu’il en était ainsi depuis le commencement ; et pourtant, bien qu’Il le sut, ils devaient seulement se fier à Sa connaissance de cela ; car si le Seigneur le supportait, pourquoi ne feraient-ils pas de même ? S’Il ne leur donnait pas de directives sur la manière de traiter le mal, ils devaient attendre. C’est toujours la ressource de la foi, qui ne se précipite jamais, en particulier dans un cas aussi solennel. « Celui qui se fie à elle ne se hâtera pas ».
Tout est ouvert devant Dieu, tout est dans Ses mains, et la patience est le mot d’ordre, jusqu’à ce que vienne Son temps pour s’occuper de ce qui Lui est opposé. Le Seigneur laisse Judas se manifester pleinement lui-même, et alors, il n’était plus question de supporter le traître. S’il y a certains cas de mal que nous avons à juger, il y a des questions qu’Il ne demande pas à l’Église de résoudre.
Nous devons veiller à ne pas précéder Dieu, de peur que nous nous trouvions nous-mêmes, dans les détails si ce n’est dans le principal, contre Dieu. Nous ne devons pas briser ce qui est froissé en cédant à des sentiments personnels ou de parti. Quel danger il y a là ! L’effet inévitable d’un esprit de jugement est que nous sommes jugés nous-mêmes. L’âme, dont l’habitude est de censurer, est universellement mal vue. « Du jugement dont vous jugerez, vous serez jugés ». Alors le Seigneur présente un cas particulier : « Pourquoi regardes-tu le fétu qui est dans l’œil de ton frère, et tu ne t’aperçois pas de la poutre qui est dans ton œil ? » (v. 3). C’est-à-dire, là où il y a cette tendance à juger, il y a un autre mal encore plus grave — un mal habituellement non jugé dans l’esprit, qui rend la personne agitée, et désireuse de prouver aux autres qu’ils sont aussi en tort. « Ou comment dis-tu à ton frère : Permets, j’ôterai le fétu de ton œil ; et voici, la poutre est dans ton œil ? » (v. 4). Le fétu, bien entendu, n’était que peu de chose, mais il était fait grand cas de lui, et la poutre, une chose énorme, était ignorée. Le Seigneur met en avant, de la manière la plus forte, le danger d’un esprit de jugement suspicieux. Et Il montre que la juste manière de faire, si nous désirons le bien des siens et leur délivrance du mal, est de commencer par le jugement de soi-même. Si nous désirons réellement ôter le fétu de l’œil de notre frère, comment doit-on le faire ? Commençons par corriger et confesser les graves fautes en nous-mêmes, que nous connaissons si mal : voilà ce qui est digne de Christ. Quelle est Sa manière de traiter cela ? Dit-Il du fétu dans l’œil de notre frère : Apportez-le aux juges ? Pas du tout ; vous devez vous sonder vous-mêmes. L’âme doit commencer par là. Quand je juge le mal que ma conscience connaît, ou qui, si ma conscience ne le connaît pas pour le moment, pourra être appris dans la présence de Dieu — si je commence par cela, je verrai alors clairement ce qui concerne les autres ; j’aurai un cœur prêt à entrer dans leurs circonstances, un œil nettoyé de ce qui empêche le cœur d’avoir le sentiment de Dieu concernant les autres. « Hypocrite, ôte premièrement de ton œil la poutre, et alors tu verras clair pour ôter le fétu de l’œil de ton frère » (v. 5). Cela peut se trouver dans un croyant, en principe ; quoique quand le Seigneur dit : « Hypocrite », Il fait allusion au mal dans sa forme complète ; mais même en nous-mêmes, nous le connaissons dans une mesure, et qu’est-ce qui peut être plus opposé à la simplicité et à une sincérité pieuse ? L’hypocrisie est le mal le plus haïssable qui puisse se trouver sous le nom de Christ — une chose avec laquelle même la conscience naturelle est mal à l’aise et qu’elle rejette. « Hypocrite, ôte premièrement de ton œil la poutre, et alors tu verras clair pour ôter le fétu de l’œil de ton frère ».
Bien souvent, nous verrons que quand la poutre a été ôtée, le fétu ne se voit plus, ayant déjà disparu. Et là où le cœur est attaché au Seigneur, serions-nous affligés ce ce que nous nous sommes trompés sur notre frère ? Ne me réjouirais-je pas de trouver la grâce du Seigneur dans mon frère, si j’ai découvert, dans le jugement de moi-même, seulement que j’avais tort ? Cela peut être douloureux pour certains, mais l’amour de Christ dans le cœur du croyant se réjouit de savoir que Christ est épargné d’un déshonneur supplémentaire.
C’est donc là le premier grand principe que notre Seigneur enjoint ici. L’habitude de juger les autres doit être sérieusement surveillée ; et cela, aussi, parce qu’elle apporte de l’amertume dans l’esprit qui s’y laisse aller, et empêche l’âme d’être capable d’avoir affaire justement avec les autres : car nous sommes mis dans le corps, comme l’apôtre Paul le montre, dans le but de nous aider l’un l’autre ; et nous sommes tous membres les uns des autres.
Mais il y a une autre chose. En se tenant en garde contre un jugement hâtif et sévère, il pourrait y avoir abus de la grâce. Et le Seigneur l’associe immédiatement avec ce qui précède : « Ne donnez pas ce qui est saint aux chiens, ni ne jetez vos perles devant les pourceaux, de peur qu’ils ne les foulent à leurs pieds, et que, se retournant, ils ne vous déchirent ». Nous devons soigneusement nous souvenir que le Seigneur ne parle pas ici de l’évangile sortant vers les pécheurs. Dieu nous garde de ne pas apporter la grâce de Dieu à tous les endroits sous le ciel, parce que rien de moins que cela ne devrait être le désir et l’effort de tout saint de Dieu. Tous devraient avoir l’esprit d’amour actif pour aller vers les autres, des désirs énergiques pour le salut et la bénédiction des âmes ; car ce serait une triste lacune si cela n’allait pas au-delà d’amener simplement les âmes à Christ. Chercher à croître en Christ et à Le glorifier en toutes choses, à connaître et à faire la volonté de Dieu, voilà notre appel. Dans ce verset, le Seigneur ne parle pas de la question de l’évangile allant partout indistinctement ; car, s’il y a une différence, l’évangile convient mieux à ceux qui sont appelés « chiens », ce qui, pour les Juifs, était une figure de tout ce qui était abominable. En parlant des voleurs, des ivrognes, des ravisseurs, etc., l’apôtre dit : « Et quelques-uns de vous, vous étiez tels ; mais vous avez été lavés, mais vous avez été sanctifiés, mais vous avez été justifiés au nom du seigneur Jésus, et par l’Esprit de notre Dieu ».
On pourrait demander : La méchanceté dans tel homme n’est-elle pas plus grande que celle dans tel autre ? Sur un plan terrestre, on pourrait dire : À tous points de vue ; mais Dieu ne fait pas de telles distinctions, quand Il sauve les âmes. Donc, en parlant des croyants d’entre les Juifs, l’apôtre dit qu’ils ont été « des enfants de colère, comme aussi les autres ». Il peut y avoir eu des caractères moralement très élevés parmi eux. Cela les disposait-il mieux envers la grâce de Dieu ? Hélas, quand l’âme trouve une justification d’elle-même dans ce qu’elle est, il n’y a rien de plus dangereux. L’apôtre lui-même avait été un exemple de cette même chose. C’est une chose difficile, pour un homme qui s’est appuyé sur sa justice, de s’incliner devant la vérité qu’il ne peut entrer au ciel que sur le terrain d’un publicain et d’un pécheur. Mais il doit en être ainsi, si l’âme doit recevoir le salut de la part de Dieu par la foi de Jésus.
Le Seigneur donc ne restreint en aucun cas la diffusion de l’évangile partout ; mais Il parle des relations de Son propre peuple avec les impies. Le croyant ne doit pas sortir pour eux les trésors particuliers qui sont la part du chrétien. L’évangile est la richesse de la grâce de Dieu pour le monde. Mais, au-delà de l’évangile, nous avons les affections spéciales de Christ pour l’Église, Son soin aimant pour Ses serviteurs, l’espérance de Son retour, les glorieuses perspectives de l’Église comme Son Épouse, etc. Si vous parliez de ces choses, que nous pouvons appeler les perles des saints, avec ceux qui ne sont pas à Christ, vous seriez sur un mauvais terrain. Si vous insistiez sur les devoirs d’un fidèle dans une compagnie mondaine, alors ce serait donner ce qui est saint aux chiens. Il y a une provision bénie pour « les chiens » — les miettes qui tombent de la table du Maître. Et telle est la grande grâce de Dieu envers nous, que les miettes qui tombent pour notre portion, à nous Gentils, sont les meilleures.
Quels que puissent être les avantages promis au Juif, la grâce de Dieu a manifesté dans l’évangile des bénédictions plus complètes que celles jamais promises à Israël. Que peut avoir Israël, comparé à la puissante délivrance de Dieu que nous connaissons maintenant ? La conscience d’être complètement purifié de tout péché ; d’avoir la justice de Dieu comme nôtre, une fois et pour toujours, en Christ ; d’accéder dès maintenant à Lui comme Père, à travers un voile déchiré ; et d’être faits Son temple par le Saint Esprit habitant en nous. Comme le Seigneur Lui-même le disait à la femme de Samarie : « Si tu connaissais le don de Dieu, et qui est celui qui te dit : Donne-moi à boire, toi, tu lui eusses demandé, et il t’eût donné de l’eau vive ». Là où Christ est reçu maintenant, par qui que ce soit, il y a cette plénitude de bénédiction, et la fontaine en est dans le croyant. « L’eau que je lui donnerai, sera en lui une fontaine d’eau jaillissant en vie éternelle ». Ainsi, nous pouvons voir combien Sa grâce est grande et parfaite, tandis qu’elle interdit que certaines choses soient jetées sans discernement devant les impies. Tout acte qui implique une communion entre un croyant et un incroyant est faux. Prenez, par exemple, la question de l’adoration, et l’habitude d’appeler adoration l’ensemble des dévotions. L’adoration suppose la communion avec le Père et le Fils, et les uns avec les autres. Mais le système qui, fondé sur un rite facile qui prétend régénérer tout, unit croyants et incroyants dans une même forme commune, et l’appelle adoration, c’est jeter ce qui est saint aux chiens. N’est-ce pas une tentative à peine déguisée de mettre sur un même plan brebis et chiens ? C’est en vain ; vous ne pouvez unir devant Dieu les ennemis de Christ et ceux qui Lui appartiennent. Vous ne pouvez mêler comme étant un seul peuple ceux qui ont la vie et ceux qui ne l’ont pas. La tentative de le faire est un péché, et un déshonneur continuel pour le Seigneur. Tous les efforts pour avoir une adoration selon ce caractère mélangé, tombe dans la portée même de ce verset 6.
D’un autre côté, prêcher l’évangile, là où il est clairement séparé de l’adoration, est juste et béni. Quand le jour du jugement vient sur ce monde, où tombe le coup le plus important ? Non pas sur le monde ouvertement profane, mais sur Babylone, parce que Babylone est la confusion de ce qui est de Christ avec le mal — la tentative pour faire avoir communion entre la lumière et les ténèbres. « Sortez du milieu d’elle, mon peuple », dit le Seigneur, « afin que vous ne participiez pas à ses péchés et que vous ne receviez pas de ses plaies ». Participer à ses péchés est une chose grave, pour Dieu. C’est l’acceptation d’un terrain commun sur lequel l’Église et le monde peuvent se rejoindre ; alors que le but même de Dieu, et ce pour quoi Christ mourut, était d’avoir un peuple séparé pour Lui, afin qu’il soit, par sa consécration même à Dieu, une lumière dans ce monde — non pas un témoin orgueilleux, disant : « Tiens-toi loin, car je suis saint vis-à-vis de toi », mais l’épître de Christ, qui dit au monde où se trouve l’eau vive, et qui les invite à venir : « Que celui qui veut prenne gratuitement de l’eau de la vie ».
Là où l’on ne confond pas la religion du monde avec l’adoration qui monte vers Dieu de la part des siens, là vous trouverez aussi la véritable ligne de démarcation — entre ce que nous devons juger et ce que nous ne devons pas juger. Il y aura un service actif envers le monde par l’évangile, mais une séparation soigneuse de l’Église d’avec le monde. C’est aussi vrai individuellement. Pourtant, des personnes profitent de la Parole de Dieu qui dit : « Si quelqu’un des incrédules vous convie, et que vous vouliez aller », etc. ; mais prenez garde comment vous allez, et pour quoi. Si vous allez confiant en vous-mêmes, vous ne ferez que déshonorer Christ ; si c’est pour vous plaire à vous-mêmes, c’est une bien pauvre raison ; si c’est pour plaire à d’autres, ce n’est guère mieux.
Il peut y avoir des occasions où l’amour de Christ contraindra une âme à aller dans une compagnie mondaine et à rendre un témoignage à Son amour ; pourtant, si vous saviez combien facilement des paroles peuvent être prononcées, et des choses faites, qui impliquent la communion avec ce qui est contraire à Christ, il y aurait de la crainte et du tremblement ; mais là où il y a la confiance en soi, il ne peut jamais y avoir la puissance de Dieu.
Mais maintenant, le Seigneur, ayant terminé le sujet de l’abus du jugement et de l’abus de la grâce, indique la nécessité des relations avec Dieu, et cela, tout particulièrement en lien avec ce que nous avons vu. « Demandez, et il vous sera donné ; cherchez, et vous trouverez ; heurtez, et il vous sera ouvert » (v. 7). Ici, nous trouvons différents degrés, en mesure croissante de gravité en plaidant avec Dieu : « Car quiconque demande, reçoit ; et celui qui cherche, trouve ; et à celui qui heurte, il sera ouvert » (v. 8). Et alors, Il leur donne un argument pour les encourager à cela : « Quel est l’homme d’entre vous, qui, si son fils lui demande un pain, lui donne une pierre, et s’il demande un poisson, lui donne un serpent ? Si donc vous, qui êtes méchants, vous savez donner à vos enfants des choses bonnes, combien plus votre Père qui est dans les cieux donnera-t-il de bonnes choses à ceux qui les lui demandent » (v. 9-11). Il y a une différence très intéressante dans le passage qui répond à celui-ci en Luc 11, où, au lieu de dire, « donne de bonnes choses à ceux qui les lui demandent », il est dit : « Combien plus le Père qui est du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ! ». Le Saint Esprit n’était pas encore donné. Ce n’est pas qu’Il n’agissait pas dans le monde, mais Il n’était pas encore personnellement communiqué, parce que Jésus n’avait pas encore été glorifié. C’est ce que dit expressément l’Écriture. Ainsi, jusqu’au moment où Il serait versé des cieux, il était tout à fait juste de prier pour que l’Esprit soit donné ; et les Gentils en particulier, étant ignorants à Son sujet, cela est expressément mentionné dans l’évangile de Luc, qui considère tout particulièrement les Gentils. Car qui peut lire cet évangile sans avoir la conviction qu’il y a un œil attentif sur ceux qui ont une origine gentile ? Il a été écrit par un Gentil, et à un Gentil ; et tout du long, il dépeint le Seigneur comme Fils de l’homme, un titre qui se relie lui-même, non avec la nation juive d’une façon propre et particulière, mais avec tous les hommes. C’est le grand besoin de l’homme — le Saint Esprit, qui allait être donné, et Il est la grande puissance de la prière, comme il est dit : « Priant par le Saint Esprit ». Luc fut conduit à indiquer ce don spécial, dont auraient besoin ceux qui prient, afin de leur donner l’énergie pour la prière.
Mais, en revenant à Matthieu, nous trouvons tout ce passage conclu par ces mots : « Toutes les choses donc que vous voulez que les hommes vous fassent, faites-les-leur, vous aussi, de même ; car c’est là la loi et les prophètes » (v. 12). Ce n’est en aucun cas traiter les hommes selon leur manière de faire, mais tout le contraire. Il est dit, en quelque sorte : « Vous qui connaissez le Père céleste, qui connaissez ce qu’est Sa grâce envers le mal, vous savez ce qui est agréable à Ses yeux ; agissez toujours d’après cela. N’agissez jamais simplement selon ce qu’un autre vous fait, mais selon ce que vous voudriez qu’un autre vous fasse. Si vous avez le moindre amour dans votre cœur, vous désirerez qu’ils agissent comme des enfants de votre Père ». Quoi qu’une autre personne puisse faire, mon affaire est de lui faire ce que je voudrais qu’elle me fasse ; en l’occurrence, agir d’une manière qui convienne au fils d’un Père céleste. « C’est là la loi et les prophètes ». Il leur donne une immense ampleur, en extrayant l’essence de tout ce qui était béni là. C’était clairement le désir plein de grâce d’une âme qui connaissait Dieu, même sous la loi ; et rien de moins que cela ne pouvait être le fondement de l’action devant Dieu.
Mais maintenant, nous en venons aux dangers. Il y a non seulement des frères pour nous éprouver, mais Il dit maintenant : « Entrez par la porte étroite ; car large est la porte, et spacieux le chemin qui mène à la perdition, et nombreux sont ceux qui entrent par elle ; car étroite est la porte, et resserré le chemin qui mène à la vie, et peu nombreux sont ceux qui le trouvent. Or soyez en garde contre les faux prophètes qui viennent à vous en habits de brebis, mais qui au-dedans sont des loups ravisseurs » (v. 13-15). Il y a un lien moral entre les deux choses. Une des caractéristiques principales de ce qui est faux est de tenter de rendre large la porte et spacieux le chemin ; de nier la manière spéciale selon laquelle Dieu appelle les âmes à la connaissance de Lui-même. Combien les arrangements dans le monde religieux interfèrent avec cela ! Prenez, par exemple, le morcellement de ceux qui appartiennent à Dieu en groupes, comme s’ils étaient les brebis d’un homme, que l’on n’a pas de scrupules à appeler « notre église », ou « le troupeau d’untel ». Les droits de Dieu, Ses revendications, l’appel qu’Il fait à une âme de marcher dans sa responsabilité envers Lui, sont tous perturbés par de telles choses. Nous ne trouvons jamais même un apôtre qui dise : « Mon troupeau ». C’est toujours : « le troupeau de Dieu », parce que cela introduit la responsabilité envers Dieu. S’ils sont Son troupeau, je dois veiller que je ne les égare pas. Ce doit être l’objet de mon âme, en ayant affaire à un chrétien, d’amener son âme en relation directe avec Dieu Lui-même, de dire : « C’est une des brebis de Dieu ». Quel changement cela ferait dans le ton et les manières des pasteurs, s’ils étaient vus comme le troupeau de Dieu ! C’est l’affaire du vrai serviteur de les garder dans le chemin étroit dans lequel ils sont entrés.
Mais il y a aussi le monde qui suit le chemin large, ceux qui pensent qu’ils peuvent appartenir à Dieu en professant Christ et en essayant de garder Ses commandements. Il y a eu l’élargissement de la porte et du chemin, en lien avec ce que le Seigneur dit : « Soyez en garde contre les faux prophètes qui viennent à vous en habits de brebis, mais qui au-dedans sont des loups ravisseurs ». Les vrais docteurs envoyés de Dieu souffrent avec les faux, s’ils sont mêlés avec le monde. Étant tous liés ensemble pour de même buts, qu’ils appartiennent ou non à Dieu, ceux qui sont réellement vrais sont souvent entraînés par les autres dans ce qu’ils savent être faux. Et rappelez-vous une autre chose solennelle. Le diable ne pourrait jamais accomplir quelqu’un de ses plans dans la chrétienté, s’il ne pouvait obtenir que de bonnes personnes se joignent aux mauvaises en elle. L’incrédulité l’utilise constamment comme une excuse : « Un homme si bon s’y trouve » ; « l’excellent M. — fait cela ». Mais l’opinion et la conduite d’un chrétien doivent-elles être le critère d’après lequel je juge ? S’il en est ainsi, il n’y a rien en quoi je ne puisse tomber ; car quelle chose mauvaise trouve-t-on qu’un homme, et même un croyant, n’ait pas faite ? Vous savez ce que David a dû confesser devant le Seigneur. Et c’est le moyen qu’utilise le diable pour tranquilliser d’autres personnes dans le mal. La seule norme pour le croyant est la Parole écrite de Dieu ; et c’est la sécurité particulière dans ces derniers jours. Quand Paul laissait les saints d’Éphèse, c’était « à Dieu et à la parole de Sa grâce » qu’il les recommandait. Des loups redoutables pouvaient entrer parmi eux, n’épargnant pas le troupeau ; et d’entre eux-mêmes, des hommes pouvaient se lever, disant des choses perverses ; mais l’unique sauvegarde, comme règle de foi et de conduite pour les saints, est la Parole écrite de Dieu.
La messe est l’acte le plus mauvais de la chose la plus corrompue sous le soleil ; mais si la grâce de Dieu peut entrer là, et travailler par Son Esprit, en dépit de l’hostie élevée, qui y mettra des limites ? Mais est-ce une raison pour que je me joigne à une église catholique romaine, que j’adore l’hostie ou prie la vierge ? Dieu, dans Sa grâce souveraine, peut aller partout ; mais si je désire marcher comme chrétien, comment dois-je le faire ? Il n’y a qu’une seule règle — la volonté de Dieu ; et la volonté de Dieu peut être apprise seulement par les Écritures. Je ne peux pas raisonner à partir de la quantité de bénédiction trouvée là, ni de quelque faiblesse apparente ici. Il peut être permis que des personnes apparaissent très faibles, dans le but exprès de montrer que la puissance ne se trouve pas en elles, mais en Dieu. Bien que les apôtres aient été des hommes puissants, il est souvent permis qu’ils apparaissent cependant faibles aux yeux des autres. C’était ce qui exposait Paul à être considéré par les Corinthiens comme n’étant pas apôtre, bien qu’eux, de tous les hommes, auraient dû le savoir bien mieux. Tout ceci montre que je ne peux pas raisonner soit d’après la bénédiction que la grâce de Dieu peut opérer, soit d’après la faiblesse des enfants de Dieu. Ce que nous voulons est ce qui n’a aucun défaut, et c’est la Parole de Dieu. J’en ai besoin comme règle en tant que chrétien, et pour marcher ensemble avec tous les saints. Si nous agissons selon cette Parole, et rien d’autre, nous trouverons Dieu avec nous. On l’appellera de la bigoterie ; mais cela fait partie de l’opprobre de Christ. La foi semblera toujours fière à ceux qui n’en ont pas ; mais il sera démontré, dans le jour du Seigneur, que c’est la véritable humilité, et que tout ce qui n’est pas la foi est de l’orgueil, ou pas mieux. La foi admet que celui qui la possède n’est rien — qu’il n’a pas de puissance ni de sagesse en lui-même, et il regarde à Dieu. Que nous soyons forts dans la foi, Lui donnant gloire !
Mais là encore, « vous les reconnaîtrez à leurs fruits. Cueille-t-on du raisin sur des épines, ou des figues sur des chardons ? Ainsi tout bon arbre produit de bons fruits, mais l’arbre mauvais produit de mauvais fruits ». Le Seigneur ne parle pas ici simplement des hommes connus par leurs fruits, mais des faux prophètes (v. 15-20). « Vous les reconnaîtrez à leurs fruits ». Là où la grâce est niée, la sainteté est creuse ou, au mieux, légale. Là où la grâce est réellement maintenue et prêchée, vous trouverez ces deux choses — un plus grand soin dans ce qui concerne Dieu que là où Il n’est pas connu de la même façon, et aussi une plus grande tendresse, tolérance et patience, dans ce qui concerne simplement l’homme. Faire un clin d’œil au péché est une chose, mais une sévérité non scripturaire est bien loin de la justice divine, et peut coexister avec la tolérance du moi sous de nombreuses formes. Il y a certains péchés qui appellent le blâme, mais c’est seulement dans les cas les plus graves qu’il devrait y avoir des mesures extrêmes. Il ne nous appartient pas de faire par nous-mêmes des lois sur le mal : nous sommes sous la responsabilité d’un autre, à savoir de notre Seigneur. Nous ne devons pas, en cela, nous fier à nous-mêmes, mais apprendre la sagesse de Dieu et nous confier dans la perfection de Sa Parole ; et notre affaire est de mettre en pratique ce que nous y trouvons. De quelque côté que vienne l’aide, si nous pouvons ainsi seulement suivre la Parole de Dieu plus pleinement, nous devrions en être extrêmement reconnaissants.
Les paroles qui suivent sont solennelles, très solennelles, alors que l’œil du Seigneur scrute le champ de la profession. « Ce ne sont pas tous ceux qui me disent : Seigneur, Seigneur, qui entreront dans le royaume des cieux ; mais celui qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux. Plusieurs me diront en ce jour-là : Seigneur, Seigneur, n’avons-nous pas prophétisé en ton nom, et n’avons-nous pas chassé des démons en ton nom, et n’avons-nous pas fait beaucoup de miracles en ton nom ? Et alors je leur déclarerai : Je ne vous ai jamais connus ; retirez-vous de moi, vous qui pratiquez l’iniquité » (v. 21-23). Le Seigneur montre la stabilité de Sa Parole, pour le cœur obéissant, avec l’image d’un homme bâtissant sur un roc ; Il montre aussi, comme Lui seul pouvait le faire, la fin de tous ceux qui entendent Ses paroles et ne les font pas. Mais je ne dois pas entrer maintenant dans ce sujet.
Le Seigneur fasse que nos cœurs soient tournés vers Lui ! Nous serons capables de nous aider l’un l’autre, et nous serons aidés par Sa propre grâce. Faibles comme nous le sommes, nous devons être tenus debout. Et si, par manque de vigilance, nous avons glissé, le Seigneur nous remettra sur nos pieds, dans Sa grâce.