Chapitre 10

Le sujet qui nous a occupé dans le chapitre précédent se retrouve ici, lié au changement qui a eu lieu dans la position du Seigneur Lui-même au milieu d’Israël et des hommes. Il ne fallait plus désormais regarder au Messie sur la terre, mais au Christ céleste. L’importance extraordinaire attachée à ce moment met en évidence un autre trait : le dernier témoignage étant adressé à Israël, ceux qui l’avaient entendu et rejeté seraient dans une condition plus terrible au jour du jugement que Tyr et que Sidon. Ces villes-là se seraient repenties si elles avaient eu la vérité que vous avez ; mais vous ne vous êtes pas repentis ! La bénédiction maintenant était la présence du Seigneur ici-bas ; Lui était si glorieux et excellent, que L’entendre était la source première de la bénédiction. Tout dépendait pour chacun d’une seule chose : Le recevoir ou Le rejeter, Lui. La mission des soixante-dix avait sa source dans la même patiente grâce qui avait envoyé précédemment les douze : s’ils n’étaient pas reçus, ils devaient secouer la poussière de leurs pieds… Dieu ne s’arrête jamais, quelle que soit l’iniquité de l’homme, avant d’avoir achevé Son œuvre. Sa grâce ne faillit jamais. Christ regarde à la puissance de la grâce en Dieu plus qu’à l’iniquité des hommes ; et Il poursuit patiemment Sa course, disant : « La moisson est grande », quoiqu’Il sût bien tout ce qui L’environnait. Il n’avait pas besoin comme Élie qu’on Lui rappelât les sept mille connus de Dieu, qui n’avaient pas fléchi le genou devant Baal. Il était entré par la porte, et avait passé à travers tout avec Dieu. Rien ne L’arrête, ni ne L’empêche de rechercher Ses brebis dispersées sur les obscures montagnes. Il met Sa vie pour les sauver ; aucune d’elles ne sera perdue.

Pour les rassembler, Il poursuivait Sa route dans la puissance de la grâce. Paul était rempli de cet esprit quand il disait : « J’endure tout pour l’amour des élus » (2 Tim. 2, 10).

Christ ne souffrit-Il pas dans ce chemin ? Voyez-Le, fatigué de la route, assis sur la fontaine, ayant une pauvre pécheresse devant Lui, à laquelle Il donne l’eau de la vie (Jean 4). Il y trouve de la viande à manger que Ses disciples ne connaissaient pas ; et Il dit : Les champs sont blancs « pour la moisson ». Il y avait en Lui autant de fraîcheur, Il était aussi heureux dans Son témoignage, assis sur la fontaine, conversant avec cette pauvre femme, que si tout Jérusalem L’avait reçu, car la fontaine était au-dedans de Lui, « une fontaine d’eau jaillissante » ; et il en est de même pour nous. Si nous marchons avec Lui, nous serons affligés de toutes manières, mais non pas réduits à l’étroit ; nous serons dans la perplexité, mais non pas sans ressource ; nous serons persécutés, mais non pas abandonnés ; abattus, mais ne périssant pas (2 Cor. 4, 8, 9). Le témoignage est dans des vases de terre, il est vrai ; mais la source est dans ces vases ; les disciples devaient être parfaitement dépendants de Dieu et indépendants de tout le reste. Ils devaient s’attendre à rencontrer des ennemis : « Allez ; voici, moi je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups ». Vous ne pouvez pas faire d’un agneau un loup qui se défend lui-même. Pierre prit son épée pour en frapper l’esclave du souverain sacrificateur ; mais le Seigneur l’arrêta, disant : « Tous ceux qui auront pris l’épée périront par l’épée » (Matt. 26, 52). C’est une chose difficile de tout souffrir sans rien faire, d’être des agneaux au milieu des loups, des Shadrac, Méshac et Abed-Nego menacés de la fournaise, disant : « Nebucadnetsar, il n’est pas nécessaire que nous te répondions sur ce sujet… Notre Dieu que nous servons peut nous délivrer de la fournaise de feu ardent » (Dan. 3).

« Ne portez ni bourse, ni sac, ni sandales ; et ne saluez personne en chemin » — non pas par manque de politesse, mais pour ne pas perdre votre temps en cérémonies inutiles, etc.

Quand on est au service de Dieu et au milieu des ennemis de Dieu, il faut que Dieu soit tout. Il faut que notre cœur soit concentré sur Lui, sachant que le monde a rejeté notre Maître et nous rejettera si nous Lui sommes fidèles. La foi sait cela, et va en avant, non pas avec une prudence charnelle et avec une sagesse mondaine, mais sachant que faire et persévérant à le faire. La foi apporte toujours la paix avec elle (v. 5) ; mais elle produit l’inimitié — deux contre trois, et trois contre deux — parce que quelques-uns veulent recevoir cette paix et que d’autres n’en veulent pas : cependant la chose qui est apportée est toujours la paix.

« Le royaume de Dieu s’est approché de vous » (v. 9). Il ne s’agit pas seulement de déclarer que telle ou telle chose est la volonté de Dieu, mais d’annoncer que, quoi que vous fassiez — que vous le receviez ou le rejetiez — « le royaume de Dieu s’est approché de vous ». Le monde actuel est caractérisé par le fait qu’il a rejeté le royaume. Le Fils de Dieu, le Roi, venu dans le monde, l’a mis à l’épreuve ; et le monde a dit : Je ne veux pas de Lui. Ce fait n’a pas perdu maintenant sa solennité, car nous traversons le monde qui a rejeté Christ ; nous lui apportons un message de paix — d’une paix faite, car le sacrifice a été offert (voyez Éph. 2, 11-17 ; 2 Cor. 5, 19-21). Il est tout aussi vrai qu’aujourd’hui le témoignage a été rejeté : « Mais sachez ceci, que le royaume de Dieu s’est approché » (v. 11). La foi amène tout dans sa propre sphère, n’ayant besoin que de la Parole de Dieu. La vue des yeux tend toujours à obscurcir le jugement de la foi ; et si la foi n’est pas nourrie de la Parole, elle baisse et s’évanouit, car elle ne peut être nourrie par la vue des choses qui nous entourent. Quand le Seigneur disait aux Juifs : Votre maison vous est laissée abandonnée, les Juifs ne pouvaient, dans ce moment-là, en voir tomber les pierres ; mais ils étaient appelés à croire cette parole de Christ qu’ils entendaient. Le raisonnement naturel est nourri par ce que nous voyons ; mais la foi est nourrie par ce que Dieu a révélé à l’âme.

« Toi, Capernaüm… tu seras abaissée jusque dans le hadès » (v. 15), aux yeux de Dieu, non pas aux yeux de l’homme. Aux yeux de l’homme, Capernaüm peut être élevée jusqu’au ciel ; et ainsi de ce monde ! Qu’est-ce que cela prouve ? Que le monde durera aussi longtemps que Dieu le permettra, mais que Sa parole s’accomplira : « la terre et les œuvres qui sont en elles seront brûlées entièrement » (2 Pier. 3, 10). Il n’y a rien de stable ici-bas. Quand Dieu entrera sur la scène, où seront toutes ces choses ? — quoiqu’il y ait des moqueurs qui disent : « Où est la promesse de sa venue ? » (2 Pier. 3, 3, 4).

Verset 16. — « Celui qui vous écoute, m’écoute ». C’est ici qu’est la ressource de la foi. En écoutant la parole du disciple, j’entends Christ Lui-même. C’est la foi. Je sais que ce que j’entends doit être vrai, parce que Christ l’a dit. Tout peut aller de travers, le monde, les Juifs, l’Église, mais la Parole de Dieu, jamais ; elle a été donnée. Elle ne change pas ; car elle a été donnée par l’inspiration de Dieu, et elle est « utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire… » (2 Tim. 3, 16, 17). L’Église, comme fondement de notre confiance en fait de témoignage, a failli (quoique nous sachions qu’elle est fondée sur le roc, et que, quant à sa sûreté, elle ne peut jamais être détruite), mais la Parole de Dieu ne faillira pas. Tout ce que nous voyons tend à affaiblir et à altérer la foi et met à l’épreuve ce que sont les affections de l’âme, parce que le chemin de la foi ne sera pas ce que j’aime, mais ce que Dieu dit.

Versets 17 à 20. — « Mais réjouissez-vous parce que vos noms sont écrits dans les cieux ». Cette parole montre que tout est changé désormais. Les démons peuvent vous être assujettis, mais le Seigneur dit : Ce n’est pas là la portion dont vous devez vous réjouir ; je manifeste ma puissance d’une autre manière maintenant.

Cette parole : « Je voyais Satan tombant du ciel comme un éclair », fait allusion au temps où Satan, « l’accusateur des frères » (Apoc. 12, 10), sera précipité sur la terre. Maintenant il est dans le ciel, non pas en la présence de Dieu, dans la lumière inaccessible, mais devant le trône du jugement, ce qui est fort différent. La parole de l’Éternel : « As-tu considéré mon serviteur Job ? » démontre que lorsque d’autres se présentaient devant le trône, Satan aussi s’en approchait. Les versets 19 et 20 sont en contraste l’un avec l’autre : l’un parle de ce qu’on peut voir ; l’autre, de ce qui peut être connu seulement de la foi. Les pensées invisibles de votre cœur sont infiniment plus importantes que ce qui peut être vu : ce qui est invisible est toujours plus important que ce qui se voit.

L’état de ce monde n’est pas seulement caractérisé par le fait que l’homme est pécheur, mais par cet autre fait que la puissance du mal y est entrée. Satan s’est emparé de ce monde par le péché de l’homme. Quand l’Église sera enlevée dans le ciel, Satan sera précipité : « Et il y eut un combat dans le ciel, etc. » (Apoc. 12, 7) ; mais quand Satan sera sur la terre, pendant trois ans et demi, il poussera l’homme de la terre contre le Seigneur du ciel ; puis le Seigneur viendra, et le pouvoir de Satan sera ôté ; seulement Satan ne sera pas jeté dans « l’étang de feu » avant la fin des mille ans, mais il sera jeté dans « l’abîme » (Apoc. 12 ; 20, 1-3, 7-10). C’est là que les démons demandaient au Seigneur de ne point les envoyer, quand ils furent chassés de l’homme qui avait nom « Légion » (Luc 8, 31). Nous retrouvons dans les deux passages la même expression, « l’abîme ». Le Seigneur ne les y envoya pas, parce que le temps n’était pas encore venu.

C’était une grande chose que cette capacité de chasser les démons. La communication du pouvoir par le Seigneur était plus grande que l’accomplissement des miracles eux-mêmes ; elle exigeait la puissance divine qui seule pouvait communiquer ce pouvoir à d’autres. Dans le millénium, la puissance du bien et celle du mal ne coexisteront point ; la puissance du mal sera ôtée : « Le trône d’iniquité… sera-t-il uni à toi ? » (Ps. 94, 20). La fosse sera préparée pour le méchant. Il faudra que Satan soit jeté dehors ; quand Christ était sur la terre, Il se présentait Lui-même, dans la puissance de Dieu, pour lier l’homme fort et piller ses biens. C’était une chose merveilleuse de rencontrer un homme sous la puissance de Satan, et de jeter Satan dehors ; une anticipation des « miracles du siècle à venir ». Le « siècle à venir » ne se rapporte nullement au ciel, mais au temps du renouvellement de cette terre. Jésus déployait alors la même puissance qu’Il exercera pleinement dans le royaume qui vient.

Verset 19. — « Voici, je vous donne l’autorité de marcher sur les serpents et sur les scorpions, et sur toute la puissance de l’ennemi ». Le Seigneur disait ces choses au moment où Il était rejeté. Il savait ce qui se passait ; et quoiqu’Il dît : « paix ! », on ne Lui disait pas « paix », à Lui. « Je vous donne l’autorité… sur toute la puissance de l’ennemi… toutefois ne vous réjouissez pas de ce que les esprits vous sont assujettis, mais réjouissez-vous parce que vos noms sont écrits dans les cieux » ; c’est la place de l’Église. Lorsque Christ vint et fut manifesté sur la terre, c’était une immense bénédiction ; mais c’en est une plus grande encore d’être Ses compagnons dans le ciel, et nous le serons quand Il viendra nous prendre auprès de Lui ; oui quelle bénédiction d’être avec Lui, et comme Lui, dans la maison du Père ! Nous n’avons rien affaire avec la terre ; nos noms ne sont pas écrits ici-bas, quoique nous y soyons des rois ; mais notre lot n’est pas sur la terre : Dieu « nous a bénis de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes en Christ » (Éph. 1, 3). Nous posséderons l’héritage avec Lui ; mais l’héritage est au-dessous de nous ; notre espérance est d’être avec Lui au-dessus de l’héritage. La possession de celui-ci est la conséquence de la place que nous avons avec Lui (Éph. 1). Nous sommes enfants du Père, pour être « saints et irréprochables devant Lui en amour ». Maintenant, nous avons notre portion selon les richesses de Sa grâce, comme de pauvres pécheurs qu’Il a sauvés, et nous serons « à la gloire de sa grâce » quand nous serons manifestés dans la position que cette grâce nous a faite. L’héritage vient après. « Mais réjouissez-vous parce que vos noms sont écrits dans les cieux ». Le Seigneur ne veut pas que les âmes des siens soient remplies des choses d’ici-bas, mais qu’ils pensent à ce qu’ils ont en Lui et avec Lui. Deux grands sujets nous sont présentés dans les voies de Dieu, savoir le gouvernement de ce monde, ce qui est encore prophétique et lié au royaume, puis l’Église en haut dans le ciel. Quand il est question de l’héritage, il est toujours présenté comme une chose future ; mais quand il s’agit de la place qui nous a été faite en Christ, elle est toujours présentée comme étant dans le ciel. Le Seigneur prévoyait que l’établissement présent du royaume faillirait, et Il apportait ce qui est meilleur que quelque royaume que ce soit : et Il s’en réjouissait, car quand Il donne de la joie à d’autres, Il ne peut pas ne pas l’avoir aussi Lui-même. Quand le brigand sur la croix Lui demande de se souvenir de lui dans Son royaume, Il lui dit : « Aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis ». Il satisfaisait le brigand et Il se satisfaisait aussi Lui-même. Il voulait pour Ses disciples aussi, qu’ils ne se réjouissent pas dans les bonnes choses d’ici-bas : elles ne sont pas assez bonnes. Ne vous laissez pas troubler par les mauvaises choses, mais ne vous réjouissez pas dans ce que le monde a de meilleur. « En cette même heure, Jésus se réjouit en esprit et dit : Je te loue, ô Père, Seigneur du ciel et de la terre… car c’est ce que tu as trouvé bon ». Jésus sentait profondément quelles étaient les circonstances au milieu desquelles Il se trouvait, mais Son âme puisait à la source, et Il voulait dire qu’il était parfaitement juste que ces orgueilleux vissent qu’ils n’étaient rien, et que ces pauvres agneaux méprisés obtinssent la gloire. « Oui, Père, car c’est ce que tu as trouvé bon ». Il faut qu’Il supporte le mal, parce que le temps pour le juger n’est pas encore venu. Le mal suit toujours son cours, et les hommes disent : Où est le Dieu de la terre ? Il faut que nous supportions cela ; le Seigneur l’a supporté. Il faut que nous apprenions à renoncer à l’espoir de voir l’état des choses s’améliorer ici-bas. L’âme qui entre dans les pensées et les desseins de Dieu s’incline devant Sa volonté : « Oui, Père !… ».

Maintenant Jésus se retire, si l’on peut dire ainsi, dans la gloire de Sa personne. Le Fils est là pour révéler le Père. Le monde Le rejette, et Lui se soumet à voir le royaume rejeté, et met en évidence, à sa place, la bénédiction céleste ; Il parle maintenant de Lui-même comme du Fils, et se réjouit en cela. Le résultat actuel de Sa venue, c’est le Fils révélant le Père ; cela vaut mieux que le royaume. Le témoignage brille plus glorieusement, quant à ce qui occupe Dieu, si je reçois toutes choses avec patience et que je me soumette, au lieu d’être un loup parmi les loups. Il est extrêmement difficile de se soumettre et de dire : Je ne veux rien être qu’un agneau. Mais c’est là notre place, car le Seigneur dit : Ne vous vengez pas vous-mêmes, mais laissez agir la colère. À moi la vengeance ; moi, je rendrai… (Rom. 12, 19) ; et « Ne donnez pas occasion au diable » (Éph. 4, 27). Si vous ne laissez pas agir la colère, vous donnerez occasion au diable. Perdrons-nous quelque chose en demeurant tranquilles et en prenant toutes choses patiemment ? Non, car Il dit : « Toute autorité m’a été donnée dans le ciel et sur la terre » (Matt. 28, 18). Il faut que nous nous soumettions à l’état de choses extérieur et que nous soyons satisfaits de ce qui est écrit ; sinon, nous ne ferons que nous fatiguer et nous travailler sans résultat. Puissions-nous nous réjouir et être satisfaits d’avoir nos noms « écrits dans les cieux » !

Versets 23 et 24. — « Et se tournant vers les disciples, il leur dit en particulier… ». On ne pouvait jouir de ces choses que par la foi, et le Seigneur voulait que Ses disciples fussent heureux, dans la conscience d’une bénédiction présente.

Versets 25 et suiv. — Maintenant que le Seigneur a montré le changement dispensationnel qui s’opérait, Il s’occupe aussi du changement moral. Un docteur de la loi vient et demande comment il peut acquérir la vie éternelle. Jésus le place devant la loi et lui dit : « Fais cela, et tu vivras ». Mais le docteur est aussitôt arrêté par la simplicité de ces paroles : « Tu aimeras… ton prochain comme toi-même ». Il n’aime pas son prochain comme lui-même ! Il demande : « Et qui est mon prochain ? » — « Fais cela et tu vivras ! ». Mais qui aime son prochain comme lui-même ? Le bon Samaritain ne demande pas qui est son prochain, mais il agit en grâce, sans demander quel titre le prochain a à son amour. Christ a le droit de faire du bien à celui qui est dans la misère et le besoin. La grâce consiste à donner, sans que celui à qui l’on donne y ait aucun titre.

Cette grâce et cet amour pensent à tout. Le Samaritain, ému de compassion, s’approcha de l’homme ; il n’envoya pas quelqu’un d’autre, mais il vint lui-même, banda les plaies du blessé, y versa de l’huile et du vin, et l’ayant placé sur sa propre bête, le mena dans l’hôtellerie et eut soin de lui. Il le confie à l’hôte et dit : « Prends soin de lui ; et ce que tu dépenseras de plus, moi, à mon retour, je te le rendrai ». Quelle beauté dans tous les détails de l’activité de cet amour qui, découlant du dedans, agit selon ce qui y opère, et non selon des titres qui donneraient droit à cet amour !

Dans la dernière partie du chapitre 10 (v. 38-42), nous voyons que la grande, la seule chose nécessaire, était d’écouter la parole de Jésus. C’est pourquoi le Seigneur approuve Marie plus que Marthe qui, en un certain sens, faisait une très bonne œuvre. Marthe recevait Jésus dans sa maison et Le servait. Mais il y a quelque chose de meilleur que cela : « Marie a choisi la bonne part qui ne lui sera pas ôtée ». Jésus voulait que Ses paroles entrassent dans le cœur et y eussent de la puissance. La seule chose qui demeure à jamais, c’est la « parole du Seigneur » (1 Pier. 1, 25). La sagesse de ce monde, le raisonnement de l’homme vont contre elle ; mais elle est la seule chose qui soit digne qu’on y prête une sérieuse et diligente attention ; si les chrétiens se mettent à raisonner sur les choses au lieu d’en appeler à la Parole, ils sont sûrs de déchoir. Ce dont nous avons besoin, c’est que la Parole demeure dans nos cœurs, c’est d’être assis aux pieds de Christ, pour la comprendre, la garder soigneusement. Écouter Jésus est la « seule chose » nécessaire ; aucun service, même s’il était rendu à Sa personne dans la chair, même venant de quelqu’un qui L’aimerait et serait aimé de Lui, ne peut remplacer cela. Les « nombreuses choses » qui occupaient Marthe aboutissent au désappointement et à la mort, au lieu de conduire à la vie éternelle, comme font les paroles de Jésus, sortant d’un cœur brisé pour que le fleuve de la vie en découlât librement. Jésus prenait plaisir à trouver une oreille attentive à Sa parole. Il apportait la vérité aux âmes : « La grâce et la vérité vinrent par Jésus Christ ». « De sa propre volonté, il nous a engendrés par la parole de la vérité ». « Vous, vous êtes déjà nets, à cause de la parole que je vous ai dite » (Jean 1, 17 ; Jacq. 1, 18 ; Jean 15, 3). La vérité met tout en ordre ; elle donne à Dieu et à l’homme leur vraie place, autrement elle ne serait pas la vérité. Le péché, la justice, l’amour ne furent jamais pleinement manifestés par la loi, mais « la grâce et la vérité vinrent par Jésus Christ ». Par Lui, tout était placé moralement dans la lumière parfaite, mais les hommes n’ont pas vu la lumière, parce qu’ils ne L’ont pas connu, Lui. La Parole est maintenant l’instrument par lequel la vérité est révélée. La loi était parfaite, parce qu’elle était de Dieu ; mais la loi ne disait pas ce que l’homme était, bien moins ce que Dieu était ; elle disait ce que l’homme aurait dû être. Christ, la lumière (Jean 12, 35, 46 ; 1, 9), vient et dit : Vous êtes tous morts ; mais je puis vous donner la vie. Sa venue dans le monde manifesta chaque chose exactement telle qu’elle était. Il vint, la Parole vivante, et révéla Dieu à ceux qui pouvaient voir — Dieu, non pas d’abord en rédemption, mais en témoignage. Que valait pour Lui tout le souci que Marthe se donnait pour Le servir, en comparaison d’une âme qui écoutait Sa parole ! Il en est de même du chrétien maintenant. Quand la Parole de Dieu vient seule, sans rien d’autre, elle a droit d’avoir de la puissance sur l’âme. Elle fait son chemin par sa propre autorité et par l’attrait de sa grâce pour le cœur ; et quand elle est reçue, elle donne la vie en Christ. Il n’y a point de puissance dans un miracle pour vivifier une âme, mais il y a une puissance vivante dans la Parole. C’est par la Parole qu’une âme peut entrer dans le ciel ; il n’y a pas d’autre voie. Nous sommes engendrés par la Parole. Sans la Parole, cette œuvre ne se fera jamais.

Trois choses sont constamment mises en avant, en rapport avec la puissance de la Parole : d’abord, les paroles qui ont été dites viendront témoigner contre ceux qui, les ayant entendues, ne les auront pas reçues (Jean 12, 47 et suiv.) ; ensuite, malgré les temps fâcheux (2 Tim. 3), la Parole peut rendre sage à salut par la foi en Jésus Christ ; enfin, quand une âme est vivifiée par la Parole, l’effet moral de celle-ci est de la rendre dépendante et obéissante, de la sanctifier… « pour l’obéissance » (1 Pier. 1, 2), car tel est le caractère du nouvel homme, tandis que celui du vieil homme est toujours l’indépendance.