Chapitre 9

Après nous avoir fourni, au chapitre 8, un tableau de tout ce qui s’accomplissait, si je puis parler ainsi, le Seigneur, au chapitre 9, soulève la grande question touchant Sa propre personne : Qui était-Il ? Puis Il annonce à Ses disciples que quelques-uns d’entre eux verraient Sa gloire, car la montagne de la transfiguration montre ce que sera la gloire du royaume. Pierre parle de cette scène comme « la puissance et la venue de notre Seigneur Jésus Christ », « lorsqu’une telle voix lui fut adressée par la gloire magnifique… étant avec lui sur la sainte montagne » (2 Pier. 1, 16 et suiv.). Mais c’était d’abord un témoignage final que les disciples étaient appelés à rendre (v. 1-6), quoique la gloire dût venir ; et, comme preuve de ce caractère de leur témoignage, ils devaient secouer la poussière de leurs pieds lorsqu’ils n’étaient pas reçus. Il est intéressant de remarquer toutes les circonstances qui mettent en évidence le fait que c’était le Seigneur Lui-même qui était là, et dont la présence mettait Israël à l’épreuve. Jésus opérait des miracles et pouvait, nous l’avons vu, conférer à d’autres le pouvoir d’en accomplir ; mais ici Il ne confère pas seulement la puissance individuellement à qui Il veut, Il fait quelque chose de plus : Il la confère à un certain nombre d’hommes réunis, leur donnant puissance et autorité sur les démons.

Nous avons signalé trois choses en rapport avec le témoignage du Fils de l’homme : 1º le témoignage de Dieu à Son sujet ; 2º la misère de l’homme ôtée par Lui ; et 3º les démons chassés ; triple preuve que c’était réellement le Seigneur qui visitait le monde en grâce et en puissance. La manifestation de la puissance aura lieu quand le moment sera venu ; mais le Seigneur, dans Sa personne, introduisait la manifestation de ce qui plus tard sera plein et parfait, mais était alors une anticipation des « miracles (litt. : puissances) du siècle à venir », dont parle l’épître aux Hébreux (6, 5). Ce n’est pas ici la rédemption, mais l’exercice de la puissance en présence de l’inimitié de l’homme contre le Seigneur ; et les hommes n’ont pas voulu de Lui quand Il s’est ainsi présenté.

Verset 3 et suivants. — Le Seigneur envoie Ses disciples en réglant toutes les circonstances du chemin qu’ils auront à parcourir : tandis qu’Il était avec eux, Il pourvoyait à tout ce qu’il leur fallait, et ils ne manquaient de rien (comp. 22, 35). La puissance du Seigneur était là pour prendre soin d’eux partout où ils allaient. Plus tard, lorsqu’Il fut sur le point de les quitter, Il leur dit de prendre une épée, leur montrant qu’ils auraient à se garantir eux-mêmes, pour ainsi dire ; mais tandis qu’Il était avec eux, Il les gardait et prenait soin d’eux. Ainsi, à propos de l’ânon sur lequel Il devait entrer à Jérusalem, Il montre Son autorité royale et divine à la fois, disant : « Le Seigneur en a besoin » (Luc 19, 29-34). — Les disciples s’en vont, prêchant l’évangile et guérissant partout. Alors surgit la question de Sa personne : « Hérode… était en perplexité, parce que quelques-uns disaient que Jean était ressuscité d’entre les morts… ». Jésus voulait que les consciences fussent exercées à Son sujet. Deux choses, on le voit, sont mises en évidence dans l’homme par cette question : d’un côté, la curiosité est excitée ; d’un autre côté, la perplexité et la crainte.

Versets 10 et 11. — Jésus poursuit Son chemin, et partout où il y a une oreille pour entendre, Il est pour l’homme le ministre de la grâce du royaume.

Versets 12 à 17. — Les disciples Lui demandent de renvoyer la foule, « afin qu’ils aillent dans les villages et dans les campagnes d’alentour, et s’y logent et trouvent des vivres ». Non, dit le Seigneur ; « vous, donnez-leur à manger ». Il ne dit pas qu’Il les nourrirait, mais communique à d’autres la puissance qu’Il avait Lui-même, et veut exercer leur foi dans ce qu’Il pouvait faire par eux. Ceci s’applique à l’Église, maintenant : la foi use de la puissance qui est dans le Chef (la Tête). « Vous, donnez-leur à manger ». Jésus attendait que la foi usât de Sa puissance divine, de ce que les disciples voyaient en Lui. Nous devrions ainsi compter sur la puissance qui est dans le Chef. Le Seigneur mettait la foi des disciples à l’épreuve : « Vous, donnez-leur à manger ». Hélas non ! ils n’avaient pas de foi ; ils comptaient leurs ressources : « Nous n’avons pas plus de cinq pains et de deux poissons » ! Il en est ainsi de nous ; nous n’avons point de foi ! Avoir de la mémoire n’est pas avoir de la foi. Il frappa le rocher et les eaux jaillirent et les ruisseaux débordèrent. Mais pourrait-Il bien donner aussi du pain ? Il nous donne de l’eau, mais peut-Il nous donner de la nourriture ? Nous savons qu’Il a fait cette chose ; mais pourrait-Il bien aujourd’hui faire cette autre chose ? Il faut que nous sachions compter sur l’énergie de l’amour du Seigneur et nous attendre à Ses soins pour nous. Quand Il dit à Ses disciples : « Vous, donnez-leur à manger », ils auraient dû s’attendre à ce qu’Il leur donnerait la puissance pour faire ce qu’Il leur disait. Jéhovah était au milieu d’eux, exerçant Sa puissance ; mais leur réponse trahit leur affreuse incrédulité. L’incrédulité exclut Dieu et se réduit à ce qu’elle voit : « À moins que nous n’allions et que nous n’achetions de quoi manger… ». Mais Lui les fit asseoir par rangs de cinquante chacun… « et ils mangèrent tous et furent rassasiés ». Le psaume 132 avait dit : « Je rassasierai de pain ses pauvres » ; ici, en Jésus, cette parole s’accomplissait. Le psalmiste parlait de leur Roi. Jéhovah avait choisi Sion ; Il l’avait désirée pour Sa demeure ; Il montrait ici par un miracle qu’Il était présent pour accomplir Sa promesse, car Il rassasiait de pain leurs pauvres. Il ne transmettait pas seulement la puissance par Ses disciples, mais Il était Lui-même au milieu d’eux, non pas seulement un homme, un messager ; mais, selon l’expression de Hébreux 2, la parole commença d’être annoncée par le Seigneur. Il était, Lui, l’apôtre. D’autres furent envoyés après Lui ; mais Lui vint le premier, comme l’apôtre d’Israël. C’est une chose bien solennelle de penser que le Seigneur a réellement visité ce monde ! Il est venu et s’est présenté d’abord à Son peuple d’Israël ; mais Israël ne voulut pas de Lui ! Nous apprenons ainsi dans quel monde nous sommes. Dieu agit maintenant en grâce envers les hommes, quoique Son Fils ait été rejeté.

« Et de ce qui leur était resté… on ramassa douze paniers ». Remarquez, en passant, que le nombre douze est l’expression du pouvoir exercé en rapport avec le gouvernement ; il y a douze apôtres, douze portes de la ville dans l’Apocalypse, etc.

Jusqu’ici, nous avons vu Christ se présentant au milieu d’Israël comme le Messie : Le voici maintenant homme dépendant — priant. Il était Emmanuel, Dieu avec nous ; Il était Fils de David ; Il était Fils de l’homme ; Il résume en Lui toutes ces gloires. Alors Il adresse aux disciples la question : « Qui disent les foules que je suis ? » (v. 18 et suiv.). « Et répondant, ils dirent : Jean le baptiseur ; et d’autres : Élie, etc. » ; les uns une chose, les autres une autre. Mais Pierre dit : « Le Christ de Dieu ! » — sur quoi Jésus leur défend de le dire à personne. C’était la foi, quelque faible qu’elle fût, qui avait dicté la réponse de Pierre ; c’est pourquoi il n’a pas besoin de réflexion. Avec une parfaite assurance, il dit : « Le Christ de Dieu ! ». La foi fait toujours ainsi. Quand l’Esprit de Dieu applique la vérité avec puissance, il n’y a pas dans l’âme d’incertitude à son égard. Un homme peut croire ou ne pas croire que Jésus est le Fils de Dieu ; mais son esprit travaille, il l’amènera peut-être à penser : Je ne L’aime pas assez pour être sauvé, et ainsi l’incertitude entre dans l’âme. Mais lorsque l’Esprit montre avec puissance que quiconque confesse que Jésus est le Fils de Dieu, Dieu demeure en Lui, alors je le crois, et je vois que Dieu « ne se souviendra plus » de mes péchés. L’Esprit peut ainsi me conduire à penser aux conséquences d’une vérité.

Verset 22. — Le Seigneur laisse maintenant ce qui a été mis en évidence, et se présente à Ses disciples comme le Fils de l’homme ; comme tel Il va souffrir et sera crucifié. Il faut par conséquent que Ses disciples sachent prendre leur croix et Le suivre. Jésus leur annonce quelque chose de tout nouveau : Il allait être rejeté et crucifié ; puis Il ressusciterait le troisième jour. Il ne reste pas sur le terrain messianique, mais Il place l’espérance des siens dans une sphère qui est entièrement au-delà de celle qui se rattache au Messie. « Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il se renonce soi-même, et qu’il prenne sa croix chaque jour, et me suive ». « Chaque jour » — là est l’épreuve. Un homme, par un mouvement héroïque, pourrait prendre sa croix une fois pour toutes, et il deviendrait un objet d’admiration pour plusieurs ; on écrirait sur lui beaucoup de livres, peut-être ; mais il est bien difficile de poursuivre son chemin chaque jour en se renonçant soi-même et sans que personne en sache quoi que ce soit. Ce que le Seigneur disait revient à ceci, que si vous épargnez la chair dans cette vie, vous perdrez votre vie dans celle qui est à venir : « Car que profitera-t-il à un homme de gagner le monde entier, s’il se détruit lui-même et se perd lui-même ? » ou : « Que donnera un homme en échange de son âme ? ». Il ne s’agit pas d’abaisser la vie au niveau de la chair ; mais si vous faites la perte de votre vie ici-bas, vous la trouverez ailleurs, au-dessus et au-delà de ce monde ; « car quiconque voudra sauver sa vie la perdra ; et quiconque perdra sa vie pour l’amour de moi, celui-là la sauvera ». Faire abandon de ce monde pour la vie éternelle ou pour la misère éternelle, voilà ce dont il s’agit réellement ! « Que profitera-t-il à un homme ? » — Il faut de toute manière que vous fassiez la perte de ce monde : vous ne pouvez pas le conserver.

Il y a la gloire du royaume ; il y a la manifestation de la gloire à venir. Ces affections et ces dispositions qui attirent l’âme vers Jésus ne peuvent trouver leur satisfaction ici-bas. Ils montrent clairement qu’ils cherchent une patrie ; c’est pourquoi Dieu n’a pas honte d’être appelé leur Dieu… (Héb. 11, 13-16). « Quiconque aura honte de moi et de mes paroles, le Fils de l’homme aura honte de lui quand il viendra dans sa gloire ». « Voici… comme un fils d’homme… et il avança jusqu’à l’Ancien des jours… Et on lui donna la domination, et l’honneur, et la royauté » (Dan. 7, 13). Mais Il vient aussi dans la gloire du Fils de Dieu, la gloire de Son Père et dans la gloire des anges. Les anges Le servent Lui qui les créa, car ils ont été créés pour Lui aussi bien que par Lui, et ainsi ils Le glorifient, Lui le Fils de l’homme, Lui rendant la gloire qui Lui appartient, car Il n’a pas perdu un atome de Sa gloire : « Tu… l’as établi sur les œuvres de tes mains… ». « Que tous les anges de Dieu lui rendent hommage ». Au Sinaï, Il était entouré de cette même gloire : La loi a « été ordonnée par des anges… » (Gal. 3, 19). « Les chars sont par vingt mille, par milliers redoublés… » (Ps. 68).

Nous trouvons maintenant la gloire manifestée sous le triple caractère dont nous venons de parler (v. 26). Il apparaîtra dans cette gloire, quand Il sera manifesté ; et Il aura honte de ceux qui auront eu honte de Lui, parce qu’ils n’auront pas su renoncer à des avantages présents. Je ne parle pas ici de la maison du Père qui a, cela va sans dire, un autre caractère. Il s’agit ici du royaume manifesté à la terre, dans sa gloire.

Verset 28. — « Et il arriva… qu’il monta sur une montagne pour prier ». Ce détail ne se trouve pas dans les autres évangiles. Le Seigneur allait montrer Sa gloire à Ses disciples, afin de faire connaître Sa puissance et Sa venue (voyez 2 Pier. 1, 16) ; et d’après les autres évangiles, nous savons qu’une semaine après cet événement, Il monta à Jérusalem où Il devait être crucifié. — « L’apparence de son visage devint tout autre » (v. 29). Un changement complet a lieu ici. Jésus parle de Son « départ » qu’Il devait accomplir à Jérusalem, où Il aurait dû être couronné, mais où Il va pour être crucifié. À Jérusalem, où cette corne de David devait germer, la racine de David sera prise, crucifiée, mise à mort par des mains iniques. C’est ici qu’il faut chercher le centre profond de tout le changement qui s’accomplit. « Et voici, deux hommes, qui étaient Moïse et Élie, parlaient avec Lui ». On peut considérer ce fait sous deux aspects différents. Nous pouvons l’envisager à un point de vue dispensationnel, Moïse et Élie représentant la loi et les prophètes. À ce point de vue, Moïse avait une place très particulière, car c’est par lui que la loi fut donnée ; mais la place d’Élie était presque aussi importante, car bien que les Juifs fussent dans une position bonne et vraie, ils y avaient failli et en étaient déchus — aussi l’on voit Élie s’en retourner à Horeb. Les autres prophètes ne furent jamais appelés à opérer des miracles ; à part le fait du cadran d’Achaz (És. 38, 8), nous n’entendons parler d’aucun miracle dans Ésaïe, Jérémie, Osée, Habakuk, etc. Ces prophètes, envoyés de Dieu, montraient que Dieu prenait soin d’Israël ; mais dans tout ce que nous apprenons d’eux, aucun événement ne ressemble à l’appel qu’Élie adresse à Israël pour le ramener à Dieu. Élie nous apparaît comme celui qui maintient la loi lorsque le peuple s’en est grossièrement détourné, quoique tous les prophètes, même jusqu’à Malachie (voyez Mal. 4, 4), rappelassent à l’observation de la loi.

Moïse et Élie disparaissent, et Jésus est laissé seul. La loi avait disparu, la prophétie avait pris fin ; Christ reste seul — et Il allait être crucifié. Tout l’édifice bâti par la loi et les prophètes (non pas le témoignage rendu par eux, mais la loi, en tant que donnée à l’homme, dans la chair) est renversé, parce que l’homme a fini par tuer le Seigneur venu en chair : tout est fini désormais. Pierre aurait voulu placer ensemble et comme sur la même ligne le Seigneur et Ses deux compagnons : « Maître, il est bon que nous soyons ici ; et faisons trois tentes : une pour toi, et une pour Moïse, etc. ». Mais à ce moment Moïse et Élie disparaissent, et une voix se fait entendre de la nuée, disant : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le » (v. 35). C’est maintenant la justice de Dieu sans loi, en Jésus. La loi n’envoya pas Christ. Quelle loi eût-on pu imposer à Dieu pour qu’Il L’envoyât ? L’amour divin seul pouvait avoir une telle pensée. La grâce règne « par la justice » (Rom. 5, 21). La loi était bonne et parfaite ; mais Christ dépassait de beaucoup la loi. Moïse et Élie ne devaient donc avoir aucune place avec Lui. Dieu le Père les fait disparaître quand Pierre désire les associer à Jésus. Ils disparaissent : ce fait est la chose importante pour nous. Chaque parole de la loi et des prophètes est la vérité de Dieu ; mais « la loi et les prophètes ont été jusqu’à Jean ». Maintenant le Fils de Dieu est le messager de l’amour du Père et Celui qui accomplit la justice divine. Lorsqu’Il est là, la voix dit : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le ! » — et Jésus est laissé seul.

Remarquez aussi que Moïse et Élie, parlant avec Lui, sont occupés de Sa mort. Une chose occupe le ciel et la terre : Jésus allait souffrir la croix là même où Il aurait dû être Roi. En pareille circonstance, le ciel et la terre ne pouvaient s’entretenir d’autre chose que de Sa mort. Il en est de même pour nous : le grand sujet qui doit nous occuper relativement au Messie, c’est qu’Il mourut. Quoiqu’Il eût pu détruire tout le mal qui était entré dans le monde, il faut qu’Il meure ; en grâce, cela va sans dire. Tout doit prendre fin dans la mort, parce que la pensée de la chair n’est pas seulement sous la puissance de Satan, mais inimitié contre Dieu : c’est pourquoi il faut que le ciel parle.

Sion, le lieu même qu’Il avait choisi, où Il avait été et où Il sera, le lieu spécial de la faveur de Dieu, doit être la scène de Sa mort. C’est là qu’Il est rejeté hors du monde qu’Il venait sauver ; c’est là que Celui en qui toute justice, toute perfection humaine et divine sont concentrées, doit mourir ; c’est là que toute la nature de l’homme, dans les circonstances les plus favorables, toute sa méchanceté, en dépit de la publicité, de la patience et de la variété des voies gouvernementales de Dieu, sont manifestées.

Moïse avait pu s’occuper de l’homme comme tel, et faire jaillir de l’eau du rocher pour le peuple, en réponse à ses murmures. Le prophète pareillement avait pu dire : « Plaidons ensemble ». « Fais-moi souvenir, plaidons ensemble ». Mais maintenant, c’en est fait de tout cela. Dieu avait cultivé Sa vigne et fait pour elle tout ce qui pouvait être fait. Il restait encore une chose — la meilleure — Son Fils. Il L’envoya ; et eux Le jetèrent dehors et Le tuèrent. Désormais il ne reste qu’un témoignage au sujet de l’homme : il a « mis à mort le Prince de la vie » ; il a « renié le Saint et le Juste » (Act. 3, 13-15). Nous n’avons jamais de paix jusqu’à ce que nous ayons trouvé le pardon par le Christ, à la croix. — Ici apparaît un vrai tableau du ciel ; mais à toutes les voies intermédiaires de témoignage manque complètement ce que nous trouvons en Christ sur la croix, parce que la vérité quant à ce que l’homme est réellement leur fait défaut, vérité qui ne fut mise pleinement en évidence que lorsque l’homme mit « à mort le Prince de la vie ».

Jésus abandonnant Sa position de Messie, prend celle de Fils de l’homme qui doit souffrir, puis être élevé dans le ciel. Il n’est plus ici le chef d’Israël sur la terre, mais le Christ céleste, car Il prend Sa place dans le ciel quand Il est rejeté par l’homme ici-bas ; ce grand fait doit donner son caractère au chemin de ceux qui Le suivent. Ce caractère est double : la réjection sur la terre, et une place céleste. « Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il se renonce soi-même, et qu’il prenne sa croix chaque jour, et me suive » (v. 23). Le Seigneur montre à Ses disciples que l’appel céleste implique la croix ici-bas : il en fut ainsi pour Lui-même. La place glorieuse qui Lui est donnée dans le ciel dépendait, dans les conseils de Dieu, de la croix qu’Il porta comme homme. « Il s’est abaissé lui-même, étant devenu obéissant jusqu’à la mort, et à la mort de la croix. C’est pourquoi aussi Dieu l’a haut élevé et lui a donné un nom au-dessus de tout nom… » (Phil. 2, 6-11). La croix fut pour Lui le chemin du ciel ; si nous devons avoir une place dans le ciel, il faut que nous passions par le même chemin. La croix était pour la destruction du péché et pour la destruction du « moi » dans lequel habite le péché. Il en est de même pour nous ; c’est pourquoi Jésus dit : « Vous, gardez bien ces paroles que vous avez entendues, car le Fils de l’homme va être livré entre les mains des hommes » (v. 44). Nous avons besoin de l’appel céleste afin de recevoir la puissance nécessaire pour prendre et porter la croix ; c’est en même temps dans la mesure selon laquelle nous mourons aux choses d’ici-bas, que nous réalisons les choses célestes. Lorsque le sang du sacrifice était porté au-dedans du voile, la victime était menée hors de la porte : nous avons à sortir ainsi « hors du camp, portant son opprobre » (Héb. 13, 11-14) ; si nous saisissons la valeur du sang et que nous entrions au-dedans du voile, nous prenons place hors du camp où la victime était brûlée ; tandis que nous sommes en Esprit au-dedans du voile, où le sang a été porté ; nos corps sont là où le corps de la victime a été brûlé, c’est-à-dire hors du camp. Le judaïsme plaçait l’homme dans une position intermédiaire : le Juif n’entrait pas au-dedans du voile, et il ne sortait pas hors du camp (Héb. 8, 10 ; 13, 10-11). Christ allait prendre une autre place où Ses disciples devaient Le suivre ; et, pour les fortifier à cet effet, Il leur montre la gloire de la position céleste. « Il prit avec lui Pierre et Jean et Jacques, et… monta sur une montagne pour prier, etc. » (v. 28). La partie céleste du royaume est représentée ici par Christ, Moïse et Élie ; la partie terrestre par les disciples (partie même qui fait allusion à l’Église ici-bas, à sa position sur la terre). Pierre parle de toute cette scène comme de « la puissance et la venue de notre Seigneur Jésus Christ » (2 Pier. 1, 16). Christ Lui-même dans la position d’homme dépendant, c’est-à-dire priant, prend Ses trois disciples avec Lui sur une montagne. « Pierre et ceux qui étaient avec lui étaient accablés de sommeil » ; endormis en présence de la gloire, comme ils l’ont été à Gethsémané, ils montrent ce que c’est que la nature humaine. Elle est sans force, dans la souffrance ou dans la gloire, pour fixer son attention sur Christ et sur Ses intérêts.

Moïse et Élie apparaissent dans la même gloire que le Seigneur ; nous sommes les compagnons de Christ dans la même gloire ; c’est la gloire du royaume dans son caractère général, non pas, il n’est pas besoin de le dire, la gloire essentielle de Christ. « Comme nous avons porté l’image de celui qui est poussière, nous porterons aussi l’image du céleste » (1 Cor. 15, 49), c’est-à-dire du Fils de Dieu dans la gloire. « Nous savons que, quand il sera manifesté, nous lui serons semblables, car nous le verrons comme il est » (1 Jean 3, 2). « Quand le Christ qui est notre vie, sera manifesté, alors vous aussi, vous serez manifestés avec lui en gloire » (Col. 3, 4). Notre part n’est pas d’être bénis sous le sceptre de Christ, mais d’être avec Christ. « Nous apparaîtrons avec lui en gloire », avec Lui dans la même gloire. Nous attendons le Seigneur Jésus Christ des cieux « comme Sauveur, qui transformera le corps de notre abaissement en la conformité du corps de sa gloire… » (Phil. 3, 20-21). Nous serons avec Lui et semblables à Lui ; nous le serons tous, les uns comme les autres, quoiqu’il doive y avoir différents degrés de gloire pour l’un et pour l’autre, car la mesure de Paul ne sera pas celle de chacun. Nous parlons ici de la gloire commune, et nous sommes « prédestinés à être conformes à l’image de son Fils » (Rom. 8, 29). « La gloire que tu m’as donnée, moi, je la leur ai donnée » (Jean 17, 22).

Moïse et Élie sont parfaitement à leur aise dans la gloire ; ils s’entretiennent familièrement avec Jésus ; ils ne Lui présentent pas une requête, ils ne sont pas à Ses pieds, quoique cette place précieuse nous appartienne aussi. Cette partie céleste de la scène est l’image de la communion, de la liberté familière de relation, la même que celle des disciples sur la terre, quoique plus excellente. Sur la sainte montagne, dans la gloire, les compagnons de Christ avaient une intelligence plus profonde de ce qui les occupait que les disciples, mais le même sujet les occupait. Nous apprenons ainsi quel est le genre de relation que nous avons avec Jésus maintenant, car nous appartenons à la partie céleste du royaume.

Le sujet de l’entretien du Seigneur avec Moïse et Élie n’est pas moins digne de remarque. C’est une chose toute nouvelle, car Christ aurait dû être Roi. Mais l’homme était pécheur, et il fallait que le conseil déterminé de Dieu s’accomplît, savoir la rédemption : Jérusalem était la cité royale, et c’est là où Il aurait dû être reconnu comme Roi, que Son « départ » devait s’accomplir. Il y avait complète intimité entre Lui et ceux qui parlaient avec Lui du sujet qui occupait Son cœur ; car ils parlaient de Sa mort. Plus tard, Il dit à Ses disciples quelles seraient pour eux les conséquences de cette mort : il fallait qu’ils se renonçassent eux-mêmes. « Vous, gardez bien ces paroles que vous avez entendues… ». Le grand sujet qui occupait le cœur de Dieu devait être le même pour nous. Remarquez que c’est la gloire qui nous rend capables de parler de ce sujet. Nous ne pouvons en parler avant d’avoir la paix avec Dieu par la connaissance du pardon des péchés. Aussi longtemps qu’un homme ne le connaît pas, il faut qu’il vienne à Dieu dans sa misère et qu’il le trouve ; mais quand il l’a trouvé, il peut le contempler et en jouir. En outre, Dieu voyait tout ce qui se passait dans l’âme de Christ quant à Son obéissance jusqu’à la mort. Nous ne cesserons jamais de nous intéresser à ce sujet glorieux ; quand nous serons auprès du Père dans la gloire, ce sera pour les saints le thème absorbant. Christ dit Lui-même : « À cause de ceci le Père m’aime, c’est que moi je laisse ma vie, afin… » (Jean 10, 17) : combien plus nous, ne L’aimerions-nous pas pour ce même motif ? Pensez à ce que c’était que d’être occupé avec Christ de Sa « mort » ! Pensez à Sa connaissance de ce qu’Il allait faire ! Il savait ce qu’était l’homme, ce qu’était le conseil de Dieu. Il vint pour « réconcilier toutes choses avec elle-même » (Col. 1, 20) ; et Il accomplit si effectivement cette œuvre de la réconciliation que l’œil de Dieu ne pouvait plus voir que l’effet de ce sang dans ceux qui étaient lavés par Lui. Le Christ rejeté, un Sauveur ! Ce sujet, le fond de la communion avec Christ Lui-même ! Ils « parlaient de sa mort ».

Pierre dit : « Maître, il est bon que nous soyons ici ; et faisons trois tentes » ; immédiatement il y eut une voix de la nuée, disant : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le ! ». L’effet de ce que Pierre voit, est de le porter à placer Moïse et Élie sur le même niveau que Christ. Nous avons parlé de ce sujet plus haut, envisagé à un point de vue dispensationnel, la loi et les prophètes étant associés avec Christ ; mais, comme nous l’avons dit, on peut considérer la scène à un autre point de vue, remarquant que ce qui caractérisait le Fils Lui était particulier. Rien ne pouvait être placé sur le même niveau que Lui. C’est pourquoi nous trouvons ici le témoignage rendu au Fils par le Père : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé… ! ». Quand un homme connaît le Sauveur, quoiqu’il sache qu’il Lui sera semblable quand Il sera manifesté et que tous les saints Lui seront semblables également, Christ a néanmoins la suprématie dans son cœur. Il est seul béni, en même temps qu’Il est l’objet de la foi. Je prends plaisir dans les saints, mais Christ est le seul objet de ma foi. J’entre dans cette communion avec le Père ; j’ai les pensées du Père au sujet du Fils et les pensées du Fils au sujet de l’œuvre ; j’ai communion avec le Père et avec le Fils. Nous ne pouvons pas avoir communion avec le Père au sujet de l’œuvre de la rédemption, parce que le Père n’a pas été fait homme. Remarquez que le Père ne dit pas : Celui-ci est mon Fils que vous devez adorer et admirer, mais Il parle de Ses propres pensées quant au Fils, disant : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ». Pourquoi « bien-aimé » ? Le voici : « À cause de ceci, le Père m’aime, c’est que moi je laisse ma vie ». Ainsi je sais que j’ai une même pensée avec le Père, quand je trouve ma joie dans le Fils et dans Sa mort. Le Père, je le répète, communique Ses propres pensées au sujet du Fils, et par la puissance du Saint Esprit ces pensées sont versées dans mon âme ; comme conséquence, je sais que celui qui a la vie éternelle ne viendra jamais en jugement (voyez Jean 5, 24).

Remarquez aussi comment ils entrent dans la gloire excellente. Une nuée vint, qui les couvrit de son ombre. La nuée est le « Shechinah », le lieu de la demeure de Dieu, qui avait été donné au peuple pour le conduire à travers le désert ; Israël devait marcher ou s’arrêter, selon que la nuée se levait ou s’arrêtait (voyez Nomb. 9, 15-23). La nuée était la présence divine. « Et ils eurent peur comme ils entraient dans la nuée ». Ils ne sont pas protégés par la nuée comme Israël l’avait été et comme il le sera plus tard, « car sur toute la gloire il y aura une couverture » (És. 4, 5, vers. angl.), mais ils entrent dans la nuée ; et y entrer, c’était entrer dans la présence du Père, maintenant un lieu d’habitation pour nous. C’est de là que la voix du Père se fait entendre : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé… » ; de là qu’ils apprennent qui était ce Fils. Il avait été avec eux comme l’un d’eux. Il était le Fils bien-aimé du Père, dans une position digne d’adoration, mais le compagnon de leurs cœurs. Lui les amenait « au Père », seule place dans laquelle la rédemption nous introduit, pour ce qui est de notre relation avec Dieu. Avant qu’un homme connaisse la rédemption et soit amené dans la présence du Père, il ne peut savoir ce qu’est l’amour du Père ; mais une fois qu’il y est arrivé, il ne peut plus jamais connaître la fin de cet amour. C’est un genre d’amour que le fils prodigue ne connut pas avant d’être dans les bras de son père. Il avait des doutes et des craintes en se rendant chez lui ; il avait des pensées quant aux mercenaires, mais tout cela disparut quand il fut dans la maison de son père. Cet amour n’est connu que dans la nuée, par l’enseignement du Saint Esprit en nous, de Dieu en nous. C’est en présence de la gloire, réalisée maintenant par la foi, que nous connaissons la puissance de la rédemption ; par sa gloire et sa vérité elle efface toutes les autres relations.

Remarquez quels sont ceux à qui cette gloire est révélée. Ce sont des saints vivants sur la terre, Pierre, Jacques et Jean ; il en est de même pour nous. Les vérités écrites dans ce livre ne nous sont pas données pour les connaître dans le ciel. Est-ce que l’amour du Père ne sera connu que lorsque nous serons dans le ciel ? La rédemption serait-elle connue là seulement ? La relation de Dieu avec ceux qui étaient sur la terre était-elle moins intime que Sa relation avec ceux qui étaient dans le ciel ? Nullement. La communication de Dieu est adressée à Pierre, à Jacques et à Jean, non pas à Moïse et à Élie. La voix du Père était pour des hommes sur la terre. Nous apprenons ici la réjection de l’homme, et la grâce qui nous a amenés à avoir une part dans la gloire.

Dans ce qui suit (v. 37 et suiv.), nous voyons le Seigneur descendant au milieu de la foule de ce monde ; Il ne reste pas sur la montagne. Là nous pouvons écouter et jouir ; mais il faut que nous descendions de la montagne et que nous passions à travers ce monde. Le Seigneur descend pour rencontrer trois choses : une grande foule, la puissance de Satan et l’incrédulité des disciples. Il ne se tient pas à l’écart, mais Il s’approche de la foule. Quel détresse nous y trouvons ! Le fils d’un homme qui avait un démon, et le cœur du père plus torturé que le corps du fils ! Le monde pleurera jusqu’à ce qu’il soit las de pleurer, puis il recommencera son train.

Nous avons vu plus haut comment le Seigneur était venu dans la manifestation de Sa puissance et avait lié l’homme fort. Les disciples n’ont « pas pu » le faire. Le pouvoir de Satan reste le même jusqu’à ce jour. Satan n’est pas littéralement jeté dehors ; il reste « le chef du monde » (Jean 14, 30), caractère qu’il a acquis et qu’il n’a pas perdu par le christianisme. Il sera lié ; son pouvoir sera renversé de fait, et non pas seulement pour la foi (voyez Apoc. 20, 1-3, 7-10). La question du droit de Satan devait être vidée. Qu’est-ce que le Seigneur dit de lui ? « Maintenant est le jugement de ce monde ; maintenant le chef de ce monde sera jeté dehors » (Jean 12, 31). Son droit, c’est : Il sera « jeté dehors » ; mais Christ n’a pas encore exercé ce pouvoir. C’est pourquoi, dans les épîtres, l’Écriture parle de Satan comme régnant encore dans ce monde. L’épître aux Éphésiens l’appelle « le chef de l’autorité de l’air… l’esprit qui opère maintenant dans les fils de la désobéissance ». Plus loin elle parle des « dominateurs de ces ténèbres… » (Éph. 2, 2 ; 6, 12). Quand « les puissances du siècle à venir » seront pleinement manifestées, Satan sera jeté dehors entièrement ; mais la scène que nous avons ici devant nous, et d’autres, montrent qu’il était alors présent et actif, comme il l’est encore. Le Seigneur dit : « Jusques à quand serai-je avec vous etc. ? ». Non pas parce que Satan était présent, mais parce que les disciples ne savaient pas user de la puissance qu’Il avait apportée ici-bas ; c’est là ce qui mettait fin à la dispensation. Il en sera de même de celle dans laquelle nous nous trouvons. La puissance et la bonté de Dieu amenèrent Christ dans le monde ; mais l’incapacité de l’homme à croire, pour user de cette puissance, mettra fin à la dispensation actuelle. Ainsi nous lisons dans l’épître aux Romains, chapitre 11, 22 : « La bonté de Dieu envers toi, si tu persévères dans cette bonté ; puisque autrement, toi aussi, tu seras coupé ». Mais tant que la grâce n’a pas cessé, la porte est ouverte pour que nous trouvions notre refuge auprès de Christ. Pendant Son séjour ici-bas, dès que le père de l’enfant eut recours à Lui, Il chassa le démon. Aussi longtemps que la grâce de Christ est à l’œuvre, lors même qu’il ne resterait qu’un seul croyant sur la terre et que tout le reste serait en ruine autour de lui, le fidèle trouvera la puissance de Christ prête à s’exercer en sa faveur. Il est impossible que le besoin d’une âme ne soit pas satisfait, car, comme Christ est là, à qui l’on peut aller, on trouve du secours en Lui. Quelque sombre que soit la dispensation, il y a toujours exactement de la part de Dieu pour le fidèle la grâce nécessaire pour la position où il se trouve ; non pas que Dieu veuille que nous fermions nos yeux aux ténèbres qui nous entourent, car si nous ne prenons pas garde à l’état de ruine au milieu duquel nous sommes, notre conscience est en mauvais état. Si je demande : « Pourquoi Christ ne resterait-Il pas ? » lorsqu’Il dit : « Jusqu’à quand serai-je avec vous ? » je suis insensible à l’état de choses qui m’entoure ; mon âme n’est pas en état de répondre à ce que demande l’amour de Christ pour l’Église ; mais d’autre part, si je ne sais pas regarder en haut et compter sur la grâce de Christ pour satisfaire à tous les besoins qui se rattachent à un pareil état de chose, quelque mauvais qu’il soit, je suis sans force.

Versets 43 et suiv. — « Et tous furent étonnés de la grandeur de Dieu ». Il est humiliant de voir combien ils étaient étonnés. Ils ne témoignaient pas d’étonnement quant à la puissance du mal, et ils auraient dû compter assez sur la puissance de Christ pour être étonnés si cette grande puissance ne s’était pas exercée. Christ les ramène à la croix : « Vous, gardez bien ces paroles que vous avez entendues, car le Fils de l’homme va être livré entre les mains des hommes ». Vous auriez dû être capables de recevoir cette puissance, mais il faut maintenant que vous connaissiez, non seulement la puissance de Christ, mais la croix d’un Christ rejeté. « Ne vous réjouissez pas de ce que les esprits vous sont assujettis, mais réjouissez-vous parce que vos noms sont écrits dans les cieux ». Nous avons plus à nous réjouir d’avoir nos noms écrits dans les cieux, que si un miracle devait être opéré demain : il y a plus de bénédiction à connaître la croix qu’à jouir de la puissance qui chassait les démons. Christ eût voulu que les disciples comprissent qu’il valait bien mieux Le reconnaître comme rejeté des hommes que recevoir de Lui la puissance dont ils venaient de voir les effets. Chers amis, vous ne pensez pas à ce que Dieu fait dans ce moment, si vous ne voyez qu’il ne s’agit pas maintenant de puissance sur la terre, mais de réjection.

Verset 46. — « Et il s’éleva au milieu d’eux une question, à savoir lequel d’entre eux serait le plus grand ». Quelle révélation dans ce fait, et comme l’égoïsme pénètre tout ! Quand Jésus mange la dernière pâque avec eux et institue la cène avant de souffrir, les disciples font de même : ce détail nous est fourni par Luc, dont l’évangile met en évidence tant de choses relativement à ce qu’est l’homme.

Nous voyons donc, dans ce qui précède, qu’il nous faut descendre de la montagne — non pour être sans Jésus, mais pour apprendre ce qu’est l’homme.

Il n’est pas nécessaire, comme disent quelques-uns, de descendre de la montagne, de peur de s’y enorgueillir, car, sur la montagne, nous ne nous enorgueillirons jamais. Comme Pierre, nous pouvons y être effrayés ; mais on ne s’enorgueillit pas en présence de Dieu ; c’est quand nous sortons de cette présence que nous sommes en danger. Paul ne s’élevait pas outre mesure quand il se trouvait dans le troisième ciel ; mais après en être descendu, il eut besoin d’une écharde en la chair, afin qu’il ne s’élevât pas (2 Cor. 12).

Il y a en outre, pour nous, une nécessité historique à passer par ce monde ; mais Jésus était tout autant avec Ses disciples quand ils descendirent de la montagne, que lorsqu’ils y étaient ; c’est là notre consolation et notre encouragement. Ne pensons pas un instant que nous ayons perdu Christ. Nous avons à Le servir, à marcher avec Lui, à apprendre de Lui, à discerner Sa patiente grâce envers nous dans toutes les circonstances et tout le long de notre chemin. Que le Seigneur, pendant que nous traversons ce monde, nous donne de connaître quel Christ nous avons, et de garder nos cœurs purs du monde qui nous entoure, en sorte que, soit que nous ayons un avant-goût de la gloire ou que nous traversions la foule, Il soit notre tout, comme Il est tout de la part de Dieu pour nous.

Le Seigneur (v. 47 et suiv.) enseigne maintenant à Ses disciples la place qu’il leur convient de prendre sur la terre. Ils ne sont pas appelés à Lui être associés comme Messie dans une gloire terrestre ; la gloire du ciel, ils ne la posséderont qu’à la fin ; en attendant, ils ont à prendre place avec Lui dans Sa réjection. Ils étaient ainsi mis à l’épreuve, car dans ce chemin ils avaient à abandonner des choses très bonnes en elles-mêmes : ils devaient haïr père, mère, femme, etc., ne tenant pas compte de toutes ces relations terrestres qui avaient des droits sur eux comme Juifs : « Honore ton père et ta mère ». Toutes ces relations, quelque bonnes qu’elles fussent, ne pouvaient pas subsister à côté de la croix. Il fallait que tout fût sacrifié, que tout ce qui liait l’homme avec la terre fût entièrement rompu pour la foi, quand Christ était rejeté. Le caractère du monde a été pleinement manifesté en ce qu’il a rejeté Christ ; ses œuvres étaient mauvaises, et il a rejeté la lumière. L’incarnation qui aurait dû être le point de départ de la bénédiction de l’homme est rejetée ; Christ accomplit la rédemption par Sa réjection sur la terre, et Il a une place dans le ciel. Ce fait change le caractère de toutes choses ; il introduit le jugement de la chair, ce qui n’aurait jamais eu lieu si Christ avait été couronné sur la terre. Mais Il a été « livré entre les mains des hommes… ». Celui dont le nom même apportait la puissance et l’autorité a dû être livré. Si Christ avait eu sur la terre la place qui Lui appartenait, le cœur de l’homme n’eût jamais été mis à l’épreuve, et cela parce que, si les hommes avaient vu manifestées ici-bas toute la dignité et la gloire qui Lui appartenaient, la grandeur de cette gloire eût flatté leur chair. Mais la chair ne peut hériter du ciel ; et quelle place a-t-elle à la croix ? La croix et le ciel sont merveilleusement associés ; et pour la chair, il n’y a de place ni à l’une ni dans l’autre. Il y avait une séparation complète entre l’homme et Dieu, et les hommes ont crucifié Celui qui y aurait porté remède. Aucune pensée charnelle ne pouvait s’accorder avec un pareil acte. Les disciples disputaient entre eux lequel serait le plus grand — non pas le plus grand dans le monde, mais le plus grand dans la gloire. C’était le « moi » après tout. Ils n’ont pas besoin d’en dire beaucoup ; mais leurs pensées sont jugées. Dans la lumière, tout est jugé. Jacob, dès que Dieu lui dit d’aller à Béthel, se tourne immédiatement vers sa famille et vers tous ceux qui étaient avec lui, disant : « Ôtez les dieux étrangers qui sont au milieu de vous » (Gen. 35, 1-3). Pourquoi ? Parce que tout est mis à découvert dans la présence de Dieu. Jacob a pu recevoir la bénédiction avant d’aller à Béthel ; mais quand il se trouve devant Dieu, les idoles sont jugées. Délivré des idoles, il appelle Dieu « El-Béthel », le Dieu de Béthel. Les disciples raisonnaient entre eux lequel serait le plus grand ; Christ, voyant leur pensée, « prit un petit enfant, et le plaça auprès de lui, etc. ». Nous apprenons ainsi quelle est notre place : nous devrions rechercher la dernière place, bien qu’elle ne puisse jamais être notre part, parce que Christ l’a prise. Il s’abaissa sous le péché, sous la colère, sous la mort, en prenant la place la plus basse, parce qu’Il était le serviteur de tous. C’est la place vraiment bénie pour nous ; mais comme elle juge le « moi » ! La croix juge non seulement les idoles, mais le « moi ».

C’est une grande bénédiction d’en avoir fini avec le « moi ». Quand il n’y a place que pour Dieu, nous pouvons être pleins de joie et de bonheur. Nous ne sommes pas humbles en étant occupés de notre néant ou de notre méchanceté, mais nous sommes humbles quand nous ne pensons pas du tout à nous-mêmes. Lorsque nous apprenons notre néant et notre iniquité, nous sommes humiliés ; si nous nous égarons loin du Seigneur, il nous faut être ramenés, et c’est là une opération humiliante. Nous devons juger la chair en nous-mêmes. La juger dans un autre n’est pas difficile ; ce qui nous manque, c’est de la juger en nous.

Versets 49 et suiv. — Tout se dessine ; le moment est venu : « Celui qui n’est pas contre vous est pour vous ». Le Seigneur a parfaitement conscience de Son entière réjection par l’homme ; si parfaitement qu’Il dit que celui qui n’était pas contre eux était pour eux. Christ était parfait ; c’est pourquoi Il était une pierre de touche parfaite pour les consciences des hommes ; et nous le serons aussi dans la mesure où Lui sera manifesté en nous. Paul pouvait dire : Si notre évangile « est voilé, il est voilé en ceux qui périssent… » (2 Cor. 4, 3). Comment se fait-il que Paul puisse parler ainsi ? Parce que l’évangile se répandait par lui aussi pur qu’il l’avait reçu. Jean dit : « Nous le lui avons défendu, parce qu’il ne te suit pas avec nous ». C’est le résumé de tout : les disciples pensaient à eux-mêmes, non à Christ. Ils étaient occupés de leur propre importance, non de la gloire de Christ. S’ils avaient pensé à Sa grandeur, ils se seraient réjouis de voir l’effet de Son nom — car cet homme chassait les démons en Son nom — et comment Son pouvoir était exercé par l’homme. Mais non ; ils sont occupés d’eux autant que du Messie. Même Jean faisait servir ainsi le nom de Christ à rehausser sa propre importance. N’y a-t-il pas chez nous quelque chose de semblable, une satisfaction dans ce qui élève le moi aussi bien que Christ, au lieu que nous cherchions la gloire de Christ seul ? Le Seigneur répond à Jean comme étant déjà absolument rejeté, anticipant ainsi l’heure qui approchait : « Celui qui n’est pas contre vous, est pour vous ». L’égoïsme même de Jean met en évidence la grâce de Christ : Si vous trouvez quelqu’un qui sache user de la puissance de mon nom, réjouissez-vous-en !

Verset 51 et suiv. — « Il ne se peut qu’un prophète périsse hors de Jérusalem » (Luc 13, 33). Je vais recevoir une part dans le ciel, et vous aurez la même part ; mais, pour l’obtenir, il faut passer par la réjection ici-bas. « Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il se renonce soi-même, et qu’il prenne sa croix chaque jour, et me suive ».

« Or il arriva, comme les jours de son assomption s’accomplissaient, qu’il dressa sa face résolument pour aller à Jérusalem ». « J’ai dressé ma face comme un caillou », dit Ésaïe (chap. 50, 7). Jésus accomplissait ici la volonté de Son Père, comme dans toute Sa carrière. La rédemption dut être accomplie par la croix. Il a « appris l’obéissance par les choses qu’il a souffertes » (Héb. 5, 8). Cette obéissance est la même qu’au commencement lorsqu’Il venait au milieu d’Israël, disant : « Bienheureux, vous pauvres, etc. » ; elle est plus douloureuse, et sans doute Christ sentait la différence ; néanmoins Il poursuit Son chemin dans le même esprit et avec la même ferme résolution. « N’y a-t-il pas douze heures au jour ? Si quelqu’un marche de jour, il ne bronche pas… » (Jean 11, 9). Il avait trouvé « sa viande » à faire la volonté de Celui qui L’avait envoyé (Jean 4, 34), et Il y avait de la joie ; mais dans la coupe de la colère qu’Il allait boire maintenant, Il n’avait point de joie. Il avait rencontré tantôt le mépris, tantôt Il avait été frappé ; Il avait été rejeté du commencement à la fin ; mais Il n’avait rien rencontré qui fût pareil à cette coupe ; c’est pourquoi Il s’écria : « S’il est possible, que cette coupe passe loin de moi ». Christ démontrait là Sa perfection, car Il sentait ce que c’était que d’être « fait péché ». Sa nature sainte reculait devant cette coupe ; toutefois Il persévéra dans la même obéissance paisible, ferme et patiente, car « il dressa sa face résolument pour aller à Jérusalem ». Il connaît la volonté de Son Père et la fait ; Il tourne Sa face vers le lieu où la volonté de Son Père devait s’accomplir, ne regardant ni d’un côté ni de l’autre, mais là, vers Jérusalem.

Nous aussi, selon la mesure dans laquelle notre œil sera simple, nous suivrons le même sentier, marchant résolument vers la croix avec un seul but ; et dans la même proportion, nous rencontrerons l’opposition de ceux qui ne dressent pas ainsi leur face. Mais le Seigneur dit : « Si quelqu’un me sert, qu’il me suive » (Jean 12, 26). Paul s’appliquait à servir chaque jour, mais nous trouvons que le Saint Esprit lui avait défendu d’aller en Bithynie ou en Troade ; et cependant, nous lisons que deux ans après, « tous ceux qui demeuraient en Asie ouïrent la parole du Seigneur » (Act. 19, 10). Il fallait que l’œuvre de Dieu fût accomplie, mais au temps de Dieu et selon Son commandement. Son serviteur n’avait qu’à suivre dans l’obéissance le chemin qu’Il lui traçait : il en avait été de même de Moïse. On aurait pu dire : Pourquoi ne pas rester à la cour du Pharaon au lieu de l’abandonner, afin que ceux qui y étaient fussent convertis ? La chair ne peut comprendre ce à quoi la foi conduit. Ensuite, il sort plein de zèle, mais l’énergie naturelle intervenant, il n’y a pas de délivrance ; il faut que Moïse aille comme berger quarante ans au désert pour être brisé et réduit à néant. Quelle était la part d’Israël pendant tout ce temps ? Sa part était d’attendre. Quand Moïse revient pour les servir, la chair réapparaît encore ici d’une autre manière. « Ah, Seigneur ! je ne suis pas un homme éloquent — ni d’hier, ni d’avant-hier… » (Ex. 4, 10). Alors Dieu envoie Aaron avec lui, et l’œuvre est faite dans la puissance de Dieu.

Versets 52 et suiv. — « Et il envoya devant sa face des messagers. Et s’en étant allés, ils entrèrent dans un village de Samaritains… ; et ils ne le reçurent point, parce que sa face était tournée vers Jérusalem ». Son obéissance même, la simplicité de Son œil, qui Le conduisent à faire la volonté de Dieu, sans rien qui la rende attrayante ou qui Lui procure de l’honneur et de la réputation, sont la raison pour laquelle les Samaritains ne veulent pas avoir affaire avec Jésus. Remarquez l’opposition religieuse des disciples qui s’élèvent contre les Samaritains. Ceux-ci ne voulaient pas se soumettre aux voies de Dieu. Christ s’y soumet : c’est là la différence entre eux et Lui ; et les disciples demandaient que le feu descendît du ciel, comme avait fait Élie, et au lieu même où Élie fit le miracle. Dans leurs raisonnements charnels ils pensent que Christ est aussi digne qu’Élie de faire descendre le feu du ciel. C’est un autre genre de « moi » plus subtil que l’autre, revêtant l’apparence du zèle pour Christ ; mais les disciples ne comprenaient pas le zèle de Christ ; Il n’était pas venu pour juger, ni pour détruire la vie des hommes, mais pour souffrir Lui-même pour eux. S’ils avaient compris les pensées de Dieu, ils se fussent soumis paisiblement. Pierre non plus ne comprenait pas la pensée du Seigneur quand il tira son épée et qu’il en frappa le serviteur du souverain sacrificateur. Tous les miracles d’Élie sont caractérisés par l’esprit de jugement, au contraire du service d’Élisée, qui avait reçu sa mission du ciel. Le témoignage d’Élie était un témoignage de jugement et de justice semblable à celui de Jean-Baptiste qui vint dans l’esprit et la puissance d’Élie, disant : Tout arbre qui ne produit pas de bon fruit est coupé et jeté au feu, et déjà même la cognée est mise à la racine des arbres. Élisée, au contraire, avait la puissance qui communique la vie ; il était un type de la grâce. Élie passa à travers le Jourdain (type de la mort) ; tandis qu’Élisée vient de l’autre côté du Jourdain, en résurrection.

Verset 56. — « Et ils s’en allèrent à un autre village ». Ce n’est pas une chose agréable que d’être foulé aux pieds ; Christ le fut. Notre part est de faire le bien, de souffrir en le faisant, et de l’endurer patiemment. Est-ce là tout ? Oui, et cela est agréable et digne de louange devant Dieu. Christ vint pour souffrir, pour endurer toutes choses pour l’amour de Dieu et des siens ; et Il n’aurait pas fait cela s’Il avait fait descendre le feu du ciel sur les Samaritains. Nous sommes appelés à suivre Christ en portant le témoignage de l’amour de Dieu dans le monde dans toute notre marche au travers de ce monde. Le monde en a besoin. Nous ne devons rien rechercher pour nous-mêmes, mais avoir Christ pour objet.

Dans la dernière partie du chapitre, le Seigneur continue à montrer comment les liens avec le monde doivent être rompus.

Versets 57 et 58. — « Un certain homme lui dit : Seigneur, je te suivrai où que tu ailles ». Christ met cet homme à l’épreuve : Tu ne peux pas me suivre si tu n’as pas fait ton compte d’être associé à Celui qui n’a pas où reposer Sa tête ; mieux vaudrait aller aux oiseaux de l’air pour trouver un nid, ou aux renards pour trouver une tanière, qu’au Fils de l’homme pour avoir un chez-soi dans ce monde. Il ne fallait pas venir à Lui maintenant comme à Celui qui avait les promesses, mais comme à Celui dont le sort était d’être entièrement et absolument rejeté. Le suivre ne pouvait s’allier avec les aises et le confort ici-bas : Il devait être livré entre les mains des hommes. Il en est de même à Sa naissance : l’hôtellerie était pleine, mais pour Lui il n’y avait point de place ; et si quelqu’un avait besoin de Lui et Le recherchait, Lui, que célèbrent les anges, il lui fallait aller à la crèche.

Verset 59. — « Et il dit à un autre : Suis-moi ». L’homme dont il est question plus haut avait besoin de quelque chose en outre de Christ ; ici, quand Jésus dit : « Suis-moi », une difficulté s’élève immédiatement. C’est lorsque le Seigneur appelle quelqu’un que les difficultés se font sentir. Celui qui disait, sans l’appel de Christ : « Seigneur, je te suivrai où que tu ailles », n’avait pas le sentiment de ces difficultés ; mais celui qui était appelé dit : « Permets-moi d’aller premièrement ensevelir mon père ». Il veut Le suivre, mais un lien qu’il sent le retient. Jésus dit : « Laisse les morts ensevelir leurs morts » ; laisse-les, il faut que tu les abandonnes pour me suivre. Vous pouvez penser que les choses de la terre n’ont pas de puissance sur vous ; mais essayez ce que c’est que de les avoir, et vous apprendrez l’étendue de leur pouvoir. Un homme retenu par une corde s’en va aussi loin que va la corde, mais arrivé au bout il est arrêté. Un père avait les premiers droits selon la nature, particulièrement pour un Juif, mais Christ dit : Je t’appelle dehors dans la puissance de la vie ; je fais valoir mes droits sur la vie que je t’ai donnée ; ils rompent toute chaîne ici-bas. Il s’agit d’une vie au milieu de la mort. Ce mot « premièrement », dans la réponse de celui qui est appelé, manifeste quelque chose qui va avant Christ : Il y a quelque chose que moi je place avant ton appel. La mort était entrée, et le motif même que l’homme mettait en avant disait à Christ que les hommes étaient tous sous la mort. Il était parfaitement bon et juste que l’homme ensevelît son père ; mais quand la vie est venue et qu’il s’agit de rédemption, d’être perdu ou sauvé, il faut se rendre à ce fait. À la lumière divine de la croix, Christ voyait tous les hommes morts ; c’est pourquoi Il dit : « Laisse les morts ensevelir leurs morts ». L’unique et seule chose à faire maintenant, c’est de suivre Christ : il s’agit de mort dans le monde ou de vie en Christ. Où se trouvent nos affections ?

Verset 61. — Un autre aussi Lui dit : « Je te suivrai, Seigneur ; mais permets-moi de prendre premièrement congé de ceux qui sont dans ma maison ». Dans le cas précédent, l’homme avait dit : Lorsque mes premières affections seront satisfaites, je viendrai et te suivrai. Il n’y a rien de bon là ; et le Seigneur répond : « Laisse les morts ensevelir leurs morts ». Mais ici l’homme n’avait pas rompu de cœur avec ceux qu’il avait laissés dans sa maison ; il sentait qu’il fallait les quitter et cependant son cœur restait en arrière. Jésus lui dit : « Nul qui a mis la main à la charrue et qui regarde en arrière n’est propre pour le royaume de Dieu ». « Souvenez-vous de la femme de Lot ». L’homme « incertain dans ses pensées » est inconstant dans toutes ses voies. Si Christ n’est pas le premier et le dernier, Il sera toujours le dernier, car, dans ce cas, la foi n’est pas en activité. La question est si nous marchons comme des gens qui comprennent ce que la croix nous dit. La croix soulève le voile et montre le squelette de ce monde ; et quand je vois cette sentence écrite sur tout ce qui est dans le monde, sur le « moi » aussi bien que sur les choses extérieures et sur mes liens d’affection avec elles, j’apprends qu’il faut renoncer à tout, mais Christ Lui-même et l’amour qui est en Lui sont là pour faire face à la difficulté. La croix juge et doit juger le « moi » ; elle manifeste aussi la volonté, car il y a beaucoup de volonté dans cette crainte de la croix. On parle des droits des affections, mais ce ne sont pas en réalité seulement les affections de famille ; c’est la volonté qui lie au « moi » qui se fait sentir. Les affections naturelles sont très bonnes ; l’absence de ces affections sera même un signe des derniers jours fâcheux (2 Tim. 3, 3) ; mais si vous avez le pouvoir de vous juger vous-mêmes, vous découvrirez que le secret de plus d’une de vos excuses est, en fin de compte, dans votre volonté : ainsi pour l’affliction, les séparations, etc. Ce n’est pas l’affection qui est touchée, mais la volonté. Il y a de la douceur dans la douleur aussi longtemps que nous y réalisons Christ, et l’affection seule souffre. Mais si la volonté est en question, il y a rébellion, résistance, lutte, et il faut que le Seigneur juge tout cela, car tout ce qui est la chair et le moi ne peut jamais suivre Christ. Quels merveilleux détails que ce que nous lisons ici ! Dieu passe dans nos cœurs et en considère les coins et les recoins. Pourquoi ? À cause de l’invariable et constante fermeté de Son amour. Comme un père aime son enfant quand il n’est pas sage comme lorsqu’il se conduit bien, notre Dieu prend de la peine avec nous tous, alors même que nous sommes si méchants.

L’effet de tout cela n’est pas seulement de nous rendre pratiquement justes, mais heureux, « imitateurs de Dieu comme de bien-aimés enfants » (Éph. 5, 1). Il faut que nous sachions, d’une part, nous juger, découvrir ce qui est en nous, d’autre part, voir la plénitude de la grâce divine en Christ.

Que le Seigneur nous donne de sentir toujours plus que l’amitié du monde est inimitié contre Dieu (Jacq. 4, 4), et que l’énergie de la chair ne peut pas faire l’œuvre de Dieu, en sorte que nous apprenions à travailler comme de la part de Dieu, pour Dieu, et avec Lui !