Chapitre 12

La partie de cet évangile que nous venons de parcourir (chap. 10, 38 à 11) nous a présenté les deux grands moyens de la bénédiction pour l’âme, savoir la Parole, précieux don de Dieu, et la prière, vrai besoin de l’homme en présence d’un Messie rejeté ; elle nous a montré en outre le jugement du peuple qui refusait tous les témoignages de Dieu. Dans le chapitre 12, nous voyons les disciples poursuivre leur témoignage au milieu de l’hypocrisie et de l’opposition, mais dans la puissance du Saint Esprit. Le Seigneur s’adresse tout premièrement à eux ; Il le fait sans détour et sans crainte devant une grande foule, comme quelqu’un qui agit dans l’esprit de ce qu’il enseigne. Il les met en garde contre le formalisme religieux qui consiste dans ce qui pouvait être présenté à l’homme, et Il insiste fortement et explicitement, sur ce qu’il n’y a rien de caché qui ne doive être révélé, ni rien de secret qui ne doive être connu (v. 1-3).

Mais comme l’écroulement des formes légales et la révélation de la pleine lumière de Dieu ont eu leur plus complète expression dans la mort de Christ, ainsi les disciples doivent s’attendre à l’opposition du monde, et être préparés eux-mêmes à souffrir peut-être jusqu’à la mort. Si le Messie était rejeté et mis à mort, qu’est-ce que Ses disciples peuvent attendre sur la même scène, alors que le pouvoir de Satan n’est pas encore aboli ? De là vient aussi que dans les chapitres qui nous occupent, c’est la relation de l’âme avec Dieu qui est en question. Il ne s’agit pas encore ici de l’Église et de ses privilèges ; mais le royaume, dans son application juive, est mis de côté ; il en résulte que les disciples doivent attendre le retour du Seigneur, et jusque-là, l’épreuve et la tribulation. La venue du Seigneur a deux aspects : l’un, pour ceux qui sont en relation avec Lui, et l’autre, pour le monde ; ils sont tous deux relevés ici. Les disciples devaient se tenir en garde contre l’hypocrisie et se souvenir que Dieu amènerait nécessairement toutes choses à la lumière : « Mais il n’y a rien de couvert qui ne sera révélé, ni rien de secret qui ne sera connu. C’est pourquoi toutes les choses que vous avez dites dans les ténèbres seront entendues dans la lumière, et ce dont vous avez parlé à l’oreille dans les chambres sera publié sur les toits ».

Versets 4 et 5. — Relativement aux dangers qu’ils courraient en marchant dans la lumière, les disciples ne devaient pas craindre ceux qui tuent le corps, mais Dieu, qui peut jeter dans la géhenne. Jésus craignait Dieu parfaitement, et Il appelait Ses amis à ne craindre personne que Lui seul : « Oui, vous dis-je, craignez celui-là ». Mais de plus (v. 6-8), pas un seul passereau n’est oublié devant Dieu, et les cheveux mêmes de votre tête sont tous comptés ; c’est pourquoi ils ne devaient pas craindre. Notre Dieu a voulu que la foi trouvât son repos dans la certitude qu’Il prend soin de nous dans tous les détails de notre existence.

D’autre part, les disciples ne devaient pas se confier en eux-mêmes, en leur propre courage ou en leur propre sagesse, mais ils devaient confesser Christ. Tel était le résultat en rapport avec le Fils de l’homme, humilié maintenant, mais bientôt glorifié ; Il rendrait en amour, ou en honte, devant les anges de Dieu, selon qu’Il serait confessé ou renié devant les hommes. Il avait caché Sa gloire pour donner cours à la grâce ; Il était venu au milieu des hommes et au milieu du mal, afin que Dieu fût pleinement glorifié dans Son humiliation. C’était la patience de Dieu, car Christ ne réclamait rien. Mais le Saint Esprit devait venir proclamer la gloire de Dieu, et réclamer la soumission à cette gloire, rendant témoignage de la grâce et démontrant la gloire dans la puissance qu’Il apportait : c’est pourquoi une parole injurieuse contre le Saint Esprit ne serait pas pardonnée. Il est bien digne de remarque que ce que le Seigneur dit ici, au verset 10, Il le dit à Ses disciples pour les consoler et les fortifier dans leur faiblesse. On parlerait peut-être contre le Fils de l’homme, et l’on serait pourtant pardonné ; mais si le Saint Esprit, par lequel les disciples parleraient, était blasphémé, il n’y aurait point de pardon. Il parlerait par eux, quel que fût d’ailleurs le pouvoir, ecclésiastique ou civil, qui les ferait comparaître devant Lui.

Tels sont les principes, les avertissements, les motifs et les encouragements que le Seigneur attachait à une mission qui, rejetée par le judaïsme et en dehors du judaïsme, apportait par la grâce la lumière dans un monde de péché et de ténèbres.

Le Seigneur, dans les versets 13 et 14, refuse expressément d’agir comme juge en Israël et montre que la bénédiction juive avait perdu sa place. Il ne s’agissait plus de partager l’héritage, mais il était question de l’âme dans sa position devant Dieu. Seulement le Seigneur met en garde contre la folie d’aimer les choses qui deviennent l’occasion de telles contestations. Il ne s’agit pas maintenant de justice sur la terre : Jésus refuse d’en être l’administrateur, et met en évidence le principe intérieur du royaume en contraste avec le monde. C’est pourquoi Il avertit les foules de se tenir en garde contre l’avarice, car la vie d’un homme n’est pas dans ses biens (v. 15) ; et Il ajoute à Son avertissement une parabole qui montre le malheureux sort de l’homme riche qui n’était pas riche en Dieu. Quoiqu’il pût dire à son âme, Dieu lui redemanderait son âme cette nuit même. « Il en est ainsi de celui qui amasse des trésors pour lui-même » (v. 16-21).

Versets 22 à 31. — S’il en est ainsi pour le monde, vous qui avez un père — « le Père » — ne soyez pas en souci pour votre âme ou pour votre corps. La nourriture et le vêtement ne doivent pas être les objets de votre poursuite ; mais si vous êtes les disciples de Christ, vous devez plutôt vous décharger sur Lui de votre souci pour ce qui concerne ces choses. Vos pensées devraient suivre un autre cours, s’élevant au-dessus de la simple idée naturelle de la vie et du corps. Mais le Seigneur présente maintenant des principes positifs qui devaient agir sur les âmes des disciples comme croyants. Les choses dont ils avaient besoin étaient des choses accessoires que Dieu fournissait ; car elles étaient entre Ses mains et Il en disposait. Dieu prenait soin de choses bien moindres ; les oiseaux de l’air et les lis des champs leur disaient une leçon qui, interprétée par Christ, ne manquait pas d’instruction. Si, d’un côté, Dieu prenait soin des plus petites et des plus faibles de Ses créatures, il fallait aussi que les disciples se souvinssent de la complète inutilité de leurs soucis. Il y avait des choses naturelles à ceux qui ne connaissaient pas Dieu ; — mais eux ne devaient pas rechercher le manger ou le boire : leur Père savait qu’ils avaient besoin de ces choses : Recherchez le royaume de Dieu, et « ces choses vous seront données par-dessus ».

Versets 32 à 40. — Le Seigneur se place maintenant pour eux sur un terrain plus élevé : « Ne crains pas, petit troupeau, car il a plu à votre Père de vous donner le royaume ». C’est pourquoi faites plutôt abandon de ce que vous avez comme hommes, et pourvoyez-vous de ce que le Père donne aux héritiers du royaume. Les disciples devaient se conduire comme des rois appelés à un plus glorieux héritage et le possédant. Le cœur suit le trésor (v. 34) : faites-vous donc un trésor dans les cieux, et votre cœur sera là aussi. Ce qui était le grand point, ce n’était pas la valeur ou le mérite de ce que les disciples donnaient, mais l’effet intérieur qui convenait à leur position et à leur appel : Dieu n’a pas honte d’être appelé leur Dieu (Héb. 11). De plus (versets 35 et suivants), ils devaient attendre le Seigneur, et cette attente devait former leur caractère et s’exprimer continuellement à l’extérieur, comme l’attente habituelle du Seigneur. « Que vos reins soient ceints et vos lampes allumées », comme si le Seigneur était déjà actuellement en chemin. « Et Celui qui vient viendra » ; et « bienheureux ces esclaves que le maître, quand il viendra, trouvera veillant. En vérité, je vous dis qu’il se ceindra et les fera mettre à table, et, s’avançant, il les servira ».

Les disciples étaient maintenant associés au caractère céleste du royaume. Ce monde n’était rien : ce qu’ils en avaient, ils pouvaient, au lieu de le faire servir à leur égoïsme, en user pour faire le bien, et avoir leur trésor en haut où rien ne peut se perdre ; ainsi leurs cœurs seraient gardés dans le ciel et leur caractère serait céleste. En même temps, ils devaient être comme des serviteurs qui attendent leur seigneur à son retour des noces. La portée générale de l’effet céleste de l’appel est ici en question : les disciples devaient veiller. Il ne s’agit pas ici de prophétie, mais de caractère et de position. Il n’y a ni signes, ni circonstances historiques, comme dans les chapitres 17 et 21, pour des hommes sur la terre ; mais les disciples sont séparés de la terre pour le ciel. Pour ceux qui attendent ainsi, Jésus est toujours un serviteur : « Il les fera mettre à table et, s’avançant, il les servira ». Ceint pour le service comme homme, Son oreille étant percée dans la mort, Il s’avance, prenant plaisir dans les disciples qui marchent ainsi ; avec joie, Il les exempte désormais de leurs épreuves, de leur attente patiente et de leur service ; Il les fait asseoir au festin, et honore ainsi leur fidélité. C’est pourquoi ils sont laissés dans l’incertitude quant au moment de Sa venue, comme aussi l’Église lorsqu’elle fut formée. L’Église doit toujours être dans l’attente de Christ, ne sachant pas quand Il viendra ; chaque moment est son temps à elle par le désir et le devoir, comme hélas ! il est le temps du monde pour la négligence. Les Juifs ont un temps ; les jours, les mois, les années, les computations terrestres sont pour eux, et par conséquent les signes. Pour nous, ce peut être à la seconde ou à la troisième veille : bienheureux si seulement nous sommes trouvés « veillant » !

Versets 41 à 48. — Pierre soulève la question de l’application de ce qui précède, et la réponse qu’il reçoit du Seigneur met en évidence quelle sera la part de ceux qui Le servent fidèlement : ils seront établis sur tous Ses biens, quand Il reviendra pour prendre possession de tout Son héritage. Pensée bien encourageante, bien qu’elle ne soit pas la plus élevée ! D’un autre côté, la chrétienté apostasie en mettant à l’arrière-plan dans son cœur la venue du Seigneur. Le grand ressort de l’esprit céleste est ainsi perdu, et avec lui notre vocation et notre espérance particulières. L’attente du Seigneur détache du monde ; remettre cette attente à plus tard laisse le serviteur à sa propre volonté. Le Seigneur ne parle pas d’un reniement doctrinal de cette vérité, mais de quelqu’un qui dit en son cœur : Mon maître tarde à venir ; et de ce qui en est la conséquence, savoir : la violence envers les compagnons de service et l’association avec le monde. Mais, quelle que soit l’indépendance avec laquelle il agit, cet esclave a un seigneur, et ce seigneur viendra quand on ne l’attendra pas, et il assignera à ce serviteur sa part avec les infidèles, quels qu’aient pu être les droits et les privilèges dont il se vantait. De plus, il y aura dans les détails (v. 47-48) une juste rétribution ; car il s’agit ici des principes du service, comme plus haut des principes de la position. L’ignorance du paganisme ne sera point épargnée ; mais le sort de la chrétienté sera bien plus terrible. Cela est parfaitement juste, mais combien solennel.

Versets 49 et suivants. — Il y a une autre chose à remarquer ici, savoir le résultat de la venue du Seigneur dans le monde, quand Il parlait. Si l’homme avait été ce qu’il aurait dû être, la paix en serait résultée ; mais l’homme n’a vu aucune beauté en Christ pour qu’il Le désirât, et ainsi l’effet de la venue du Christ dans le monde fut la haine, non pas la paix, mais l’épée. Plus la relation est intime, plus les torts sont sensibles. La volonté de l’homme est mise au jour, et elle est entièrement opposée à Dieu. L’homme ne supporte pas qu’on lui annonce qu’il est sous le jugement de Dieu. Mais il y a ceci de particulier dans le caractère de la division que produit l’entrée de la grâce dans une maison, que celui qui est converti dans une famille devient généralement tout d’un coup l’esclave des autres. Le cours même de la nature est renversé en pareil cas. Combien de fois un mari ou un parent perd ainsi son autorité ! Un feu est allumé avant que Christ revienne l’allumer en jugement. Il n’était pas venu alors pour juger ; mais les hommes en Le rejetant allumaient le feu du jugement.

Voyez maintenant la part du Seigneur : « J’ai à être baptisé d’un baptême ; et combien suis-je à l’étroit jusqu’à ce qu’il soit accompli ! ». Qu’est-ce qui pouvait mettre à l’étroit le cœur du Seigneur ? L’amour infini de Dieu en Lui était pour ainsi dire retenu. S’Il parlait à Ses disciples de Sa mort : « Seigneur, Dieu t’en préserve ! », était la réponse qu’Il recevait, même de Pierre. Son cœur se renfermait ainsi douloureusement en Lui-même. Mais Il poursuivait, en traversant le monde, Son service d’amour vivant, portant Ses regards en avant sur le baptême de Sa mort ; et le fait que Son cœur était à l’étroit, manifestait la plénitude et la puissance même de Son amour. Jusqu’à ce que ce baptême fût accompli, Son cœur ne pouvait pas s’épanouir, car qui pouvait Le comprendre ? Les Juifs disaient : « Voici un mangeur et un buveur, un ami des publicains et des pécheurs ». Ils étaient enserrés par les murailles du judaïsme, de manière à ne pas recevoir Celui qui était au milieu d’eux une fontaine jaillissante de bénédictions. L’amour divin était pour ainsi dire retenu et refoulé dans le cœur de Dieu. Mais Lui fait face à tout. « Combien suis-je à l’étroit jusqu’à ce qu’il soit accompli ! ». Il n’est plus à l’étroit maintenant, la barrière ayant été brisée dans Sa mort.

Comment ceux qui L’entouraient auraient-ils pu, comme pécheurs, avoir communion avec Christ ? La chose était impossible. Lorsqu’Il vint pour répondre aux besoins de l’homme, ils Le haïrent et Le rejetèrent. Mais à la croix Il a ôté le péché, et maintenant la grâce peut se répandre sans obstacle et sans mesure. « Là où le péché abondait, la grâce a surabondé » (Rom. 5, 20). L’homme n’est pas changé ; mais Dieu peut agir comme il Lui plaît, par la rédemption. L’amour et la gloire de Christ furent manifestés en une mesure avant la rédemption, car « il ne pouvait être caché » ; mais, à la croix, toutes les perfections débordèrent ; et si de Golgotha nous jetons un regard en arrière sur la vie du Sauveur, nous voyons quel amour, quelle douleur et quelles souffrances l’ont remplie !

Dans les versets 54 à 59, Jésus s’adresse aux foules sur le principe de la responsabilité individuelle, en présence d’abord des signes manifestes des voies de Dieu envers le monde, ensuite en rapport avec leur jugement moral au sujet de ce qui était juste et bon. Le Seigneur conclut en montrant que Dieu était en chemin avec le peuple juif et que si les Juifs ne s’accordaient pas avec Lui alors, ils feraient de Lui un juge et porteraient toute la peine de leurs iniquités. Dans les affaires humaines, en pareil cas, l’homme est assez prudent pour se mettre d’accord avec sa partie adverse, se sachant en faute et anticipant le jugement. Si les Juifs ne se soumettaient pas et n’étaient pas réconciliés avec le Seigneur, maintenant qu’Il était en chemin avec eux, ils auraient bientôt affaire avec Lui comme juge, et ne seraient pas délivrés de Sa main avant d’avoir reçu de Lui le double pour tous leurs péchés.