Chapitre 13

Deux grands sujets ou principes se rapportent à l’homme sur la terre, l’Église de Dieu comme telle et le gouvernement de Dieu dans le monde : ces deux sujets sont très distincts l’un de l’autre. Dans l’Église, les richesses de la grâce divine sont manifestées ; les voies gouvernementales de Dieu nous montrent le déploiement de la justice, de la miséricorde et de la bonté de Dieu. Nous trouvons un exemple de la puissance gouvernementale de Dieu quant à Israël au chapitre 34 de l’Exode, versets 5 à 7. C’est autre chose ici que la souveraine grâce amenant une âme à la vie éternelle ; il s’agit de « gouvernement », de ces voies que nous pouvons voir s’accomplir tous les jours autour de nous. Si un homme dissipe sa fortune ou qu’il ruine sa santé par des excès de manière ou d’autre, les enfants de cet homme en porteront les conséquences : « Ce qu’un homme sème, cela aussi il le moissonnera » (Gal. 6, 7, 8). Les voies de Dieu envers David à l’occasion d’Urie en rendent témoignage : « L’épée ne s’éloignera pas de ta maison… Tu l’as fait en secret ; et moi, je ferai cette chose-là devant tout Israël et devant le soleil… Toutefois, comme par cette chose tu as donné occasion aux ennemis de l’Éternel de blasphémer, le fils qui t’est né mourra certainement » (2 Sam. 11 et 12). Nous savons que ce jugement que Dieu prononça sur le péché de David fut accompli plus tard historiquement, car ce n’est pas de grâce qu’il s’agit ici, mais de gouvernement. Dieu s’occupe des siens de la même manière maintenant, savoir en grâce et en gouvernement.

Au chapitre 12 de notre évangile, nous avons pu voir que les Juifs avaient dans l’esprit cette pensée du « gouvernement » ; et en un sens ils n’avaient pas tort. Ils pensaient que Dieu ne pouvait pas laisser vivre un grand coupable comme Pilate qui avait mêlé le sang des Galiléens avec leurs sacrifices. Mais Christ les amène à un nouveau principe, d’après lequel ils doivent juger, et leur dit que le jugement va tomber sur eux-mêmes s’ils ne se repentent : « Croyez-vous que ces Galiléens fussent plus pécheurs… Non, vous dis-je ; mais si vous ne vous repentez, vous périrez tous de la même manière ». Le Seigneur parlait du jugement en rapport avec le gouvernement de ce monde, jugement qui tomberait sur tous ceux qui ne se repentiraient pas. Le Fils de Dieu était là présent devant eux, et ils Le rejetaient pratiquement. Et de combien de Juifs Titus n’a-t-il pas « mêlé le sang » ? Jésus avait dit aux Juifs, à la fin du chapitre 12 : « Quand tu vas avec ta partie adverse devant le magistrat, efforce-toi en chemin d’en être délivré, de peur qu’elle ne te tire devant le juge », parlant ainsi des Juifs qui étaient en chemin avec Dieu et qui n’échapperaient pas avant que les châtiments du Seigneur sur eux fussent accomplis. Il s’agit donc ici simplement du gouvernement de Dieu quant à Son peuple. La conscience naturelle eût dû dire à ces Juifs de ne pas rejeter le Messie, car Dieu était tout le long du chemin en route avec eux vers le juge, usant de grâce et de patience envers eux ; Il eût voulu leur faire comprendre que s’ils ne se repentaient pas et n’étaient pas réconciliés, le jugement tomberait sur eux, et qu’ils subiraient le sort de ceux qu’ils estimaient de si grands pécheurs.

Versets 6 à 9. — Le Seigneur poursuit ici le même courant de pensées. Le figuier, c’est Israël ; Dieu vient, cherchant du fruit en Israël, et n’en trouvant pas. Dans l’évangile, au contraire, Dieu, au lieu de chercher du fruit, sème, afin d’en produire. Il n’a pas trouvé de fruit en Israël ; c’est pourquoi Il prononce la sentence : « Coupe-le ». Non seulement le figuier était inutile, mais il encombrait la vigne : « Le nom de Dieu est blasphémé à cause de vous parmi les nations » (Rom. 2, 24). Alors vient la mission de Christ : « Enfin, il envoya auprès d’eux son Fils » (Matt. 21, 37). Dieu avait planté une vigne et l’avait émondée, mais elle n’avait pas porté de fruit. Alors un nouveau cultivateur vient et dit : Maître, laisse-la cette année aussi, jusqu’à ce que je l’aie déchaussée et que j’y aie mis du fumier. Il faut qu’elle porte du fruit, ou qu’elle soit arrachée. Le cultivateur a fait comme il a dit ; et il n’y a toujours pas de fruit.

Versets 11 et suivants. — La femme qui avait un esprit d’infirmité et que Jésus guérit un jour de sabbat met en lumière une autre chose qui agissait dans les cœurs des Juifs, à la place de la loi, et qui donnait entrée à l’hypocrisie. Les Juifs détachaient bien un bœuf ou un âne de la crèche un jour de sabbat, mais ils ne voulaient pas supporter qu’une fille d’Abraham que Satan avait liée depuis dix-huit ans fût déliée ce jour-là. L’une des infirmités de l’esprit de l’homme, c’est qu’il use de la vérité qu’il possède pour résister à la vérité révélée. Paul en est un exemple : sans reproche quant à la justice de la loi, il pensait cependant en lui-même « qu’il fallait faire beaucoup contre le nom de Jésus le Nazaréen ». Les Juifs dont le Seigneur parle, Jean 15, en sont un autre exemple : « Ils vous feront ces choses, etc. », usant du nom du seul vrai Dieu qui leur avait été donné : « L’Éternel, notre Dieu, est un seul Éternel » (Deut. 6, 4), pour rejeter le « Fils » ; car lorsque Christ vint dans l’humiliation, ils ne voulurent pas Le recevoir. On prétexte l’orthodoxie pour mettre une barrière à la réception de la vérité. Quand une vérité est le fondement de la position d’un homme, elle lui donne du crédit ; mais quand une vérité nouvelle se présente, elle met l’âme à l’épreuve. La vérité qui demande de la foi pour être pratiquée trouve de la résistance dans le cœur naturel ; et cela vient d’une racine qui est l’hypocrisie. Le chef de synagogue dit : « Il y a six jours auxquels il faut travailler ; venez donc ces jours-là, et soyez guéris, et non pas le jour du sabbat ». Mais il aurait dû savoir que le Seigneur du sabbat était là, car cette seule parole : « fille d’Abraham », aurait dû lui ouvrir les yeux et lui montrer devant qui il se trouvait. Le Seigneur lui répondit : « Hypocrites ! ». C’est là une parole solennelle !

Verset 18. — Le Seigneur montre maintenant à quoi ressemblera le royaume, lorsque le roi sera rejeté et s’en sera allé. Un royaume sans roi !… Celui-ci étant assis sur le trône de Son Père jusqu’à ce qu’Il vienne pour occuper Son propre trône. Le royaume est semblable à une petite graine jetée dans le sol ; elle lève et devient un grand arbre. C’est précisément ce que nous appelons « la chrétienté », ce qui remplit l’espace entre la réjection du Roi et Son retour. Il n’y a pas d’exercice du pouvoir tandis que le roi est absent. Marc nous dit : La semence germa et crût, sans que l’homme sût comment (Marc 4, 27). Quand la moisson sera mûre, Christ reviendra. Il sema à Sa première venue ; mais Il usera de la faucille à Sa seconde venue. Il veut et attend maintenant du fruit céleste ; mais quand Il viendra, Il trouvera le grand arbre de la chrétienté et les oiseaux de l’air logeant dans ses branches. Pharaon était un grand arbre (Éz. 31) ; Nebucadnetsar, un plus grand arbre encore (Dan. 4) ; ils étaient l’un et l’autre les grands et les puissants de la terre, les représentants de la puissance du monde. Israël même qui avait été planté comme un « cep exquis », et une semence tout à fait bonne, ne portait pas de fruit ; c’est pourquoi, comme dit le prophète (Éz. 15) : « Le bois de la vigne, que vaut-il plus que tout autre bois », s’il ne porte pas de fruit ? Il n’est bon qu’à être brûlé. Inutile pour tout autre usage, s’il ne porte pas de fruit, il ne sert que de bois bon pour le feu.

Verset 21. — Ici le royaume est semblable à du levain qu’une femme prit, etc. ; le levain est ce qui pénètre toute la pâte et donne en outre un caractère à la chose dans laquelle il opère. Il s’agit de la profession extérieure du christianisme qui devient un vaste système. Il n’est en aucune manière question ici du Saint Esprit, mais de l’effet produit dans le monde par cette doctrine. Au chapitre 13 de Matthieu, dans la première parabole, le Seigneur parle du résultat individuel produit par la semence, non pas du royaume ; les trois premières des six paraboles qui suivent décrivent la forme extérieure et publique de celui-ci, les trois dernières son caractère intérieur.

Verset 23. — « Ceux qui doivent être sauvés sont-ils en petit nombre ? ». L’expression est la même par laquelle la version des Septante désigne le résidu juif ou « ceux qui doivent être sauvés ». La question portait au fond sur ce point : le résidu qui devait être épargné quand le jugement viendrait, serait-il peu ou très nombreux ; or la question étant tout à fait oiseuse, le Seigneur n’y répond pas ; mais Il dit : « Luttez pour entrer par la porte étroite… » (v. 24). La porte étroite, c’était recevoir Christ dans ce temps-là — la vraie, mais étroite entrée de la foi en Lui et de la conversion envers Dieu. Il y aura des gens qui viendront et qui se mettront à heurter lorsque la porte aura été fermée, et auxquels Il dira : « Je ne vous connais pas ni ne sais d’où vous êtes » ; — vous n’êtes pas changés. Luttez pour entrer par la porte étroite par laquelle Christ marche devant vous, c’est-à-dire la réjection. « Beaucoup… chercheront à entrer (non pas par la porte étroite) et ne pourront pas ».

Tout cela est fort simple quand nous voyons la réjection de Christ. Ceux qui Le rejettent au jour de Son humiliation seront eux-mêmes rejetés au jour de Sa gloire ; au lieu d’être Ses compagnons dans le royaume, ils seront jetés dehors. Les Juifs incrédules verront les Gentils entrer dans la gloire du royaume, alors que, persistant dans leur incrédulité, ils seront eux-mêmes rejetés.

Verset 31. — Les pharisiens disent au Seigneur : « Retire-toi et va-t’en d’ici ; car Hérode veut te tuer ». Or Hérode était un Iduméen ; et quel droit un étranger comme lui avait-il à être le roi des Juifs ? Qu’avait-il affaire, lui, avec les promesses d’Israël ? Absolument rien. Hérode nous présente, en figure, le roi qui fait sa volonté. Il cherche à tuer Christ ; c’est pourquoi il a le caractère de roi-adversaire. Il n’avait pas de foi dans les desseins de Dieu ou dans la gloire de Christ ; et le Seigneur dit : « Allez, dites à ce renard… » ; — je ferai la volonté de mon Père jusqu’à ce que le moment soit venu pour moi d’être glorifié ; je suis ici aussi longtemps que mon Père voudra et ensuite je serai consommé. Il faut que la puissance de Dieu soit pleinement connue. Quel divin dédain pour le roi apostat ; mais en même temps quelle parfaite obéissance humaine ! « Mais il faut que je marche aujourd’hui et demain et le jour suivant, car il ne se peut qu’un prophète périsse hors de Jérusalem. Jérusalem, Jérusalem, la ville qui tue les prophètes !… ». Après tout, c’est Jérusalem qui est la ville coupable. Que le roi édomite fasse et dise ce qui lui plaît, c’est la « sainte ville » qui est coupable, car elle était la plus rapprochée de Lui. Plus je suis près de Dieu, plus, si je Le rejette, mon péché est grand et le jugement terrible. Voyez les psaumes 132 et 78 versets 65 à 68, qui nous parlent de l’élection de Sion : « L’Éternel a choisi Sion… ». Christ ne charge pas les Juifs de leurs péchés avant qu’ils aient rejeté et Lui et Son Père (Jean 15, 22-25).

Dans les derniers versets, Christ révèle un dessein de grâce ; le vieil homme — Israël, et nous tous — est condamné et inutile : « L’Éthiopien peut-il changer sa peau, et le léopard ses taches ? » (Jér. 13, 23). L’évangile commence par chercher et sauver ce qui était perdu. Ici, nous voyons que si les Juifs ont rejeté le Christ au jour de leur responsabilité, Lui ne les a pas rejetés au jour de Sa grâce. La grâce brille en ceci, qu’Il choisit encore Juda (Ps. 78, 68).

Remarquez comment la personne divine du Seigneur apparaît ici. « Jérusalem, Jérusalem… que de fois j’ai voulu rassembler tes enfants… ! ». Un prophète ne pouvait pas parler ainsi ; Christ était un prophète, mais plus qu’un prophète : Il était Jéhovah, et Jéhovah seul pouvait rassembler Israël : « Celui qui a dispersé Israël le rassemblera » (Jér. 31, 10). Israël, placé sous sa responsabilité, avait rejeté l’Éternel ; mais l’Éternel le reconnaîtra quand Il viendra en grâce souveraine. Qu’elles sont merveilleuses les voies de Sa grâce ! Les circonstances par lesquelles Il passa, dans Sa course ici-bas, manifestaient d’une manière bien plus glorieuse qui Il était, qu’un texte quelconque le déclarant expressément, quelque important que soit ce texte en son lieu. Supposons, en effet, que vous croyiez qu’il y a un Dieu : si ce Dieu descendait et venait se placer à côté de vous, disant : « Je suis », ne serait-ce pas autre chose ? Christ était l’homme humilié tout le long de Sa vie ici-bas, car Il était toujours le serviteur de tous ; cependant, Son service étant accompli et rejeté comme inutile, Sa gloire resplendit. « Avant qu’Abraham fût, je suis » (Jean 8, 58). Voyez dans notre chapitre, la liaison entre les versets 33, 34 et 35, comme exemple de ce que je viens de dire. Combien de fois « j’ai voulu rassembler tes enfants… Voici, votre maison vous est abandonnée… ; et vous ne me verrez point jusqu’à ce… que vous disiez : Béni soit Celui qui vient au nom du Seigneur ». Le psalmiste se plaint de ce qu’il n’y ait personne pour dire : « Jusques à quand ? » c’est-à-dire pour compter sur la fidélité de Dieu envers Son peuple (voyez Ps. 74, 9). Cette expression : « Jusques à quand ? » se retrouve souvent dans les psaumes ; on la rencontre aussi dans Ésaïe chapitre 6 ; elle a trait au châtiment, non pas à la rétribution. Jusques à quand Israël bronchera-t-il et sera-t-il en chute (Rom. 11) ? Au chapitre 6 d’Ésaïe, le prophète ayant prononcé ces paroles : « Engraisse le cœur de ce peuple… », rappelées au chapitre 12 de l’évangile de Jean, s’écrie : « Jusques à quand ? ». Il attend par la foi, et compte sur Dieu ; ayant la pensée de Dieu, il ne peut croire que Dieu veuille abandonner Son peuple ; c’est pourquoi il demande : « Jusques à quand » le châtiment doit-il durer ?

À cette question le Seigneur répond : « Jusqu’à ce que… et que le sol soit réduit en entière désolation… Mais il y aura encore là un dixième… la sainte semence en sera le tronc ». La sève est encore là, quoiqu’il n’y ait point de feuilles. Ainsi, dans le psaume 118, 18 : « Jah m’a sévèrement châtié, mais il ne m’a pas livré à la mort ». De la même manière encore le Seigneur ne dit pas : Votre maison vous est abandonnée, c’est pourquoi vous ne me verrez plus ; mais Il dit : « Vous ne me verrez point jusqu’à ce qu’il arrive que vous disiez : Béni soit Celui qui vient au nom du Seigneur ». Il peut, étant Jéhovah, répondre en grâce à la question posée ; et quand Il donnera la repentance à Israël, alors Il enverra Jésus que jusqu’à ce jour-là le ciel a reçu (comp. Act. 3, 19-21). En attendant, notre association avec Jésus est introduite. Le prophète ne parlait que de choses terrestres, quoique divines ; mais quant à l’Église il est dit : « Frères saints, participants à l’appel céleste » (Héb. 3, 1), et : Il « nous a vivifiés… et nous a ressuscités ensemble… et nous a fait asseoir ensemble dans les lieux célestes dans le Christ Jésus » (Éph. 2, 5-6). Cela donne de la sécurité. Comment avons-nous été amenés là ? Par Christ. C’est Lui qui nous en donne le droit. Mon désir est de bien connaître ces choses, savoir que je suis un avec Christ dans le ciel, ayant cette part éternelle scellée sur mon âme par le Saint Esprit qui veut m’en faire jouir toujours davantage.

Quand Israël sera amené à la repentance, la pierre que ceux qui bâtissaient ont rejetée sera le sommet de l’angle ; et en la reconnaissant, le peuple dira : « Célébrez l’Éternel ! car il est bon, car sa bonté demeure à toujours » (Ps. 118, 22-29). Hélas ! ils en recevront d’abord un autre ; mais quand leurs cœurs étant changés, la grâce opérera, ils useront des paroles du psaume 119, et trouveront l’expression de la loi au-dedans de leurs cœurs ; leur foi sera exercée et leurs cœurs brisés seront ouverts pour Le recevoir ; alors Il viendra Lui-même à eux. S’il n’y a pas de prophète pour dire : « Jusques à quand ? » Jéhovah Lui-même donnera la réponse. Il ne change jamais, et quoiqu’Il exécute le jugement et la justice, la grâce se trouve toujours en Lui. Quand le Fils de l’homme viendra, « trouvera-t-il de la foi sur la terre ? ». S’il n’y a pas ni foi, ni prophète pour dire : « Jusques à quand ? » il y en a un, qui, dans la souveraineté de Sa propre grâce, mettra en réserve dans Ses trésors quelque chose que la foi pourra saisir.

Ainsi, nous trouvons Jéhovah dans le Christ humilié, et nous voyons comment Il peut s’élever au-dessus de toute iniquité. Combien tout cela nous rend Jésus précieux ! Et nous sommes un avec Lui ! Puissions-nous apprendre de Lui, et ainsi Le suivre, nous souvenant que tout ce qui est en dehors du chemin étroit n’est que la chair et le mal !