Chapitre 14

Ce chapitre nous présente la justice distributive de Dieu ; il nous la montre d’abord en rapport avec les saints, comme conséquence de leur conduite envers Dieu, et de la place que chacun prendra en vue de ce qui lui sera dispensé. Ensuite, nous trouvons la responsabilité en relation avec la grâce, avec la position morale de l’âme, parce que la grâce lui a été présentée : mépriser la grâce de Dieu comble la mesure du péché de l’homme. Mais c’est de la présentation de la grâce qu’il est question ici, chose différente de la possession. Les conséquences du mépris de la grâce sont mises en évidence dans ceux qui refusent de venir au souper.

Versets 1 à 6. — Le Seigneur, en mettant fin à la dispensation de la loi, ramène toujours le sujet du sabbat. La question était celle-ci : L’homme, comme homme, pouvait-il trouver du repos auprès de Dieu ? L’homme pouvait-il jamais entrer dans le repos de Dieu ? Nous savons, quoique le jour exact de la chute nous reste caché sans doute, que l’homme rompit le repos de Dieu immédiatement (Gen. 3), et que, peut-être, le jour même où il aurait dû se reposer, il mangea du fruit défendu : l’homme n’entra jamais dans le repos de Dieu. Maintenant il s’agissait de savoir comment on y entrait, par sa propre œuvre ou par l’œuvre de Christ ? C’était un caractère essentiel du repos après la création, qu’il se trouvait placé après les six jours de travail, comme Dieu s’était reposé au septième jour ; et ainsi plus tard, lorsque les ordonnances légales furent données, le sabbat devint un signe de l’alliance (Ex. 31, 17 ; comp. 20, 8-11). Quand Christ vint, Il rompit constamment le sabbat, pour montrer que le péché n’étant pas ôté, il fallait qu’Il travaillât. Il ne pouvait pas se reposer, le sabbat étant le signe que le repos de l’homme se trouvait après le travail, et la loi ayant témoigné que toujours l’homme rompait cette alliance. Le Seigneur fait peser sur la conscience des docteurs et des pharisiens le poids de leur péché, en leur montrant qu’il fallait qu’Il travaillât, si eux devaient avoir du repos. « Mon Père travaille jusqu’à maintenant, et moi je travaille » (Jean 5, 17). Si l’homme avait gardé la loi, il aurait eu droit au repos ; mais il ne l’accomplit pas, ni ne pouvait l’accomplir (Rom. 8, 7). Tout ce qui était le signe du repos de Dieu pour l’homme, après le travail, a manqué ; mais il reste un repos pour le peuple de Dieu (Héb. 4). Le sabbat continue comme signe ; et tous les prophètes ont rappelé Israël à son observation (voyez És. 56, 2-6 ; 58, 13 ; Jér. 17, 21 et suiv. ; Éz. 20, 11 et suiv.) ; mais le peuple n’entra pas dans le repos. Paul dans l’épître aux Hébreux (chap. 4), raisonnant sur ce point, dit : « Nous qui avons cru, nous entrons dans le repos ». Mais dans Canaan, le repos nominal, les ancêtres n’entrèrent pas, sauf le très petit nombre des fidèles ; et ceux-ci mêmes ne trouvèrent pas le repos, car s’ils y étaient entrés, Dieu n’eût pas parlé d’un autre jour, comme Il fait par la bouche du psalmiste, disant : « S’ils entrent dans mon repos ! ». — « Si », veut dire : « ils n’entreront pas ».

Les choses étant ainsi, le sabbat n’était pas le repos : il était bien toujours le signe du repos, mais non pas un repos réel. Tout espoir était perdu pour l’homme d’entrer dans le repos de Dieu : il faut qu’il y entre maintenant sur un tout nouveau principe, par la foi, et non par les œuvres. Quand le Messie vint, Il aurait apporté le repos au peuple ; mais l’homme ne voulut pas de Lui, comme nous le voyons ici. L’homme ne pouvait pas entrer dans le repos de Dieu par la loi, et il n’a pas voulu y entrer par la grâce ; et ce fait démontre que l’homme a absolument rompu avec Dieu. Si j’ai été amené à Dieu, j’ai trouvé le repos, et je n’ai pas besoin d’aller plus loin pour le chercher. J’ai mon repos en Dieu Lui-même, car la grâce, non pas la loi, m’a donné une capacité de jouir de ce que Dieu est. Mais quand la créature eut rompu le repos de son Créateur, toute relation entre elle et Lui était désormais impossible. Le péché est venu et a placé Dieu vis-à-vis de moi dans la position de juge, et il ne peut pas y avoir de lien de cœur entre un juge et un criminel. Si Dieu me juge comme pécheur, la seule parole que j’aie à attendre de Lui est : « Allez-vous-en loin de moi, maudits » (Matt. 25, 41). C’est pourquoi tout ce que l’homme peut dire, c’est : Seigneur, « n’entre pas en jugement avec ton serviteur, car devant toi nul homme vivant ne sera justifié » (Ps. 143, 2). Il y a, entre un père et un enfant, un lien qui les met en relation l’un avec l’autre ; mais ce lien est une chose nouvelle. Il faut, s’il doit y avoir du repos, que tout soit placé sur un terrain nouveau, car il n’y a pas de repos dans l’ancienne création.

Au chapitre 15, nous voyons la grâce à l’œuvre pour donner du repos : le Berger apporte la brebis dans Sa maison ; dans le chapitre qui nous occupe, nous avons devant nous un cas de misère humaine, un homme hydropique. Christ dit : « Est-il permis de guérir, un jour de sabbat ? ». Et ils se turent. Alors Il en appelle à eux-mêmes : « Qui sera celui de vous, qui, ayant un âne ou un bœuf, lequel vienne à tomber dans un puits, ne l’en retire aussitôt le jour du sabbat ? Et ils ne pouvaient répliquer à ces choses ». Il n’y avait ni repos présent, ni espérance de repos, aucune possibilité de repos pour l’homme comme pécheur, et il ne pouvait pas y avoir de repos pour Dieu, parce que Dieu ne pouvait pas se reposer tant que le péché n’était pas ôté. Il n’y avait pas de sabbat pour la justice, car l’homme n’avait pas de justice ; il n’y avait pas de sabbat pour l’amour, car l’amour ne pouvait pas se reposer là où il fallait que le jugement fut exécuté. L’amour pouvait venir et travailler ; mais le travail n’est pas le repos. L’homme a perdu sa communion avec Dieu par son péché, et c’est là une chose bien solennelle : l’homme, par son péché, a fait de Dieu un juge. L’idée même du jugement liée à l’idée de Dieu démontre que l’homme est un pécheur ; car il n’y avait aucune nécessité d’association entre le jugement et Dieu : mais une fois le péché entré dans le monde, il faut que le jugement suive, car Dieu est saint. Si nous avons été amenés à comprendre qu’il n’y a point de relation entre nous, comme pécheurs, et Dieu, nous apprenons quelle place nous convient, une fois que nous avons foi en la grâce de Dieu.

Versets 7 à 11. — « Or il dit une parabole aux conviés, observant comment ils choisissaient les premières places ». La nature recherche « les premières places ». Le monde qui n’a pas de rapports avec Dieu trouve son plaisir à glorifier le « moi » et à exclure Dieu. Le « moi » trouve pour le « moi » ce qu’il aime, et oublie Dieu. L’homme s’élève toujours contre Dieu, se recherchant lui-même et tout ce qui peut satisfaire son « moi ». Il ne pense pas agir ainsi, car il prétend ne faire qu’user de ses facultés. Mais c’est ce qu’Adam fit pour se cacher de devant Dieu. Et nous, n’usons-nous pas de nos facultés pour nous complaire à nous-mêmes, plutôt que d’en user pour Dieu ? Pendant que le Maître est absent, les serviteurs s’en vont chacun son propre chemin et font leur propre volonté. Un homme est naturellement froissé quand on l’humilie et qu’on le méprise ; la chair n’aime pas à être mise de côté ; mais cette recherche d’une place est au fond en rechercher une là où Christ n’en eut point. C’est pourquoi : « Quand tu seras convié, va et assieds-toi à la dernière place ».

Les versets 8 à 11 nous disent le secret de cette parabole ; ils dirigent le cœur vers le Maître, vers « celui qui t’a convié ». Si j’ai le sentiment que je suis un pécheur, et que par conséquent je ne mérite aucune place, je n’en prendrai point, mais j’attendrai que Dieu m’en donne une. J’aurai de la gloire en vérité, quand Dieu me donnera une place. La question est de savoir ce qu’Il me donne. Tournez vos yeux vers Dieu, et, vous en remettant à Lui, recherchez la dernière place comme Christ fit. Il ne vous servira de rien de dire que vous ne recherchez pas une place dans le monde : la grande affaire, c’est que votre cœur reste attaché à la place de Dieu dans le monde. Le regard étant ainsi fixé sur Dieu, le moi est oublié ; autrement, on pense au manque d’égards dont on est l’objet ; et ainsi, ni la foi, ni la grâce ne sont en exercice. Si je savais me tenir pour rien, je serais parfait. L’homme qui invitait les conviés, apprécie justement chacun et l’honneur qui leur est dû : les places de l’évangéliste, du pasteur, de l’apôtre seront toutes ordonnées par Dieu. Quand Dieu donne une place, c’est une place de puissance et de proximité de Lui ; mais quand un homme prend une place pour lui-même, c’est une place de faiblesse et d’éloignement de Dieu, parce que le moi est l’objet de sa recherche.

Il faut aussi nous tenir en garde contre le simple refus de prendre une position dans le monde, parce que nous savons que ce serait mal pour des serviteurs de Celui qui a été rejeté. Une estimation légale de ce qui est bien ou mal ne peut jamais tenir bon. Une chose peut être très juste et bonne ; mais il n’y a pas de stabilité dans sa poursuite, parce qu’il n’y a pas de puissance pour soumettre la chair, si on fait seulement ce qu’on sait être bien. Il y avait avec la loi le sentiment de l’obligation ; mais la loi ne plaçait pas un objet devant le cœur pour l’attirer ; elle n’amenait pas Dieu à moi, ni ne m’amenait à Dieu. Mais il y a de la stabilité quand nous savons que nous ne sommes rien devant Dieu, et que Dieu est tout. Plusieurs ont commencé avec beaucoup d’énergie et ont pris une certaine place, bonne en elle-même ; mais là où le légalisme était la source de l’activité, il n’y a pas eu de persévérance, car ce qu’on entreprend sous la loi, on le perdra certainement dans la chair. Quand Dieu est l’objet du cœur, la dernière place ici-bas suffit. Lui-même nous conduit en avant ; qu’il s’agisse de n’importe quoi, si les pensées et les affections sont tournées vers Lui, ce qui était pénible d’abord n’est plus un effort à mesure que j’avance. L’amour divin qui m’attira et me donna de la puissance au commencement pour prendre cette position, brille d’un plus vif éclat à mesure qu’il est mieux et plus longuement connu ; et ce que j’accomplissais d’abord en tremblant, devient facile à mesure que le courage s’accroît.

La seule chose qui puisse me rendre capable de marcher ainsi, c’est d’avoir Christ pour objet ; et je serai heureux dans la mesure où je L’aurai devant moi. Il y aura toujours mille et une choses pour me vexer, si le « moi » a de l’importance ; mais ces choses ne me vexeront nullement, si le « moi » n’est pas là pour être vexé. Les convoitises de la chair ne me tourmenteront pas, si je marche avec Dieu. Que de contrariétés et d’embarras nous rencontrons quand nous ne marchons pas avec Lui et que nous ne pensons qu’à nous-mêmes ! Il n’y a pas de plus grande délivrance que d’en avoir fini avec soi et de n’avoir pas d’importance à ses propres yeux. Alors on peut être vraiment heureux devant Dieu.

Si nous regardons à Christ, nous apprenons deux choses : d’abord, qu’Il s’humilia Lui-même à cause du péché du monde qui L’entourait ; ensuite, que le monde fit tout ce qu’il put pour L’humilier, car plus Christ s’abaissait, plus les hommes cherchaient à L’accabler.

Personne ne se met en souci des autres ; en sorte que si quelqu’un ne prend pas soin de lui-même, il peut être assuré d’être placé très bas. Nos cœurs aussi sont assez rusés pour que nous soyons disposés à nous humilier si par là nous pouvions gagner quelque chose, ne fût-ce que l’approbation des hommes. D’un autre côté, si, dans le sens ordinaire du mot parmi les hommes, nous cherchons simplement à imiter Christ s’humiliant, ce ne sera qu’un effort légal, sans puissance et sans durée. « Qu’il y ait dont en vous cette pensée qui a été aussi dans le Christ Jésus » (Phil. 2). Il s’anéantit Lui-même, Il se dépouilla de Sa gloire pour devenir homme ; en le faisant, Il laissa la gloire du Père pour devenir un homme : c’était un grand abaissement, mais ce n’est pas tout : étant en figure comme un homme, Il s’abaissa jusqu’à la mort, la mort même de la croix.

Le même principe est placé devant nous dans le chapitre de Luc qui nous occupe. « Celui qui s’abaisse sera élevé ». La vraie humilité consiste en ceci, qu’on soit prêt à servir chacun et qui que ce soit ; quoique ce service puisse paraître infime aux hommes, il est au fond très élevé, étant le fruit de l’amour divin opérant dans nos cœurs. Dieu, par ce moyen, nous dépouille de notre égoïsme. La seule chose qui soit digne d’être recherchée dans le monde, c’est ce service — à moins que ce ne soit la jouissance de la communion de Dieu. Nous devrions être prêts à servir nos ennemis : « Celui qui s’abaisse sera élevé ». Être humilié n’est pas la même chose que s’humilier soi-même et ne pas le faire devant ceux qui nous honoreront d’autant plus que nous serons humbles. Paul pouvait dire de lui et d’autres : « Nous-mêmes… vos esclaves pour l’amour de Jésus » (2 Cor. 4). Il sentait qu’ils avaient, lui et ses compagnons, le droit de servir en grâce ; et selon la proportion dans laquelle il prit la place d’humilité, il sera élevé dans le jour qui vient.

Versets 12 à 14. — Le Seigneur parle maintenant de celui qui convie, après avoir parlé plus haut des conviés ; mais il s’agit du principe d’après lequel on fait des fêtes. « Convie les pauvres, les estropiés, les boiteux… ; et tu seras bienheureux, car ils n’ont pas de quoi te rendre la pareille ; car la pareille te sera rendue en la résurrection des justes ». Le Seigneur les transporte tout de nouveau hors du monde au moment où ils rencontreront Dieu, et Il veut qu’ils y trouvent un principe dirigeant pour leur activité ; les disciples ne doivent pas agir en vue d’obtenir une récompense ici-bas, mais ils doivent attendre le moment où ils rencontreront le Seigneur, car ce n’est pas avant le retour du Maître que les esclaves reçoivent leur salaire. Il ne s’agit pas ici de salut, mais de rémunération du service. « La pareille te sera rendue en la résurrection des justes ».

Remarquez ici que le Seigneur présente les justes comme une classe particulière de personnes. La résurrection n’est pas une résurrection commune à tous : l’Écriture n’en connaît pas de pareille ; elle ne confond pas, dans un autre monde, ce que Dieu a séparé dans ce monde-ci. La grâce a séparé le croyant, en sorte qu’il est maintenant ressuscité dans son âme ; mais le fidèle ne reçoit pas sa récompense de serviteur avant « la résurrection des justes ». Un pécheur est vivifié ici-bas, quoique non manifesté judiciairement, parce que nous sommes dans une dispensation de foi et que notre part est dans la gloire.

Il n’y a pas, je le répète, de résurrection générale pour les justes et les méchants indistinctement ; mais il y a « la première résurrection » dans laquelle Dieu sépare en puissance ceux qu’en grâce Il a fait siens. C’est « la résurrection d’entre les morts » qui excitait tant d’étonnement au milieu des Juifs. Les pharisiens pouvaient enseigner la résurrection, quoique les sadducéens la niassent ; on croyait généralement à une résurrection ; Marthe nous le dit : « Je sais qu’il ressuscitera en la résurrection au dernier jour ». Mais les Juifs ne pouvaient pas comprendre la puissance divine entrant dans la maison de Satan et retirant les justes morts d’entre tous les autres morts. Jésus répond à Marthe : « Moi, je suis la résurrection et la vie » — parlant de la puissance vivante qui visite un homme quand il est dans un état de mort et qu’elle l’en fait sortir. Les Juifs ignoraient entièrement la séparation qu’opérait la résurrection des uns pour la vie et la résurrection des autres pour le jugement (Jean 5, 28, 29 ; comp. Apoc. 20).

Le maître de la maison manifestera son approbation du fidèle serviteur. Il y aura des degrés de gloire donnés selon le service accompli par chacun : non pas que personne soit jamais sauvé pour ce qu’il a fait, mais le service de chacun sera rémunéré, quel que soit le fruit que le Saint Esprit, opérant en moi, aura produit en réponse au désir de Christ, car c’est un service dont je ne pourrais accomplir un seul atome sans Sa puissance. Dans ce grand fait se trouve également la réponse de Dieu selon Ses conseils, comme nous l’apprennent les paroles du Seigneur à la mère des fils de Zébédée : « Vous boirez bien ma coupe ; mais de s’asseoir à ma droite et à ma gauche, n’est pas à moi pour le donner, sinon à ceux pour lesquels cela est préparé par mon Père » (Matt. 20, 23). Le service de l’amour n’est jamais influencé par la récompense. Elle n’est pas placée devant l’âme comme motif pour faire quoi que ce soit ; mais quand nous rencontrons des difficultés dans le chemin du service, la couronne est placée devant nous pour nous encourager à persévérer. Il en a été ainsi pour Christ Lui-même qui, à cause de la joie qui Lui était proposée, « a enduré la croix, ayant méprisé la honte » (Héb. 12, 2). De même pour Moïse : il estima l’opprobre du Christ un plus grand trésor que les richesses de l’Égypte, car il avait égard à la rémunération » (Héb. 11). Si la récompense, non l’amour, était la source de notre service, cela ne nous attirerait-il pas avec raison cette réponse : Prends ton argent et t’en va ? Mais quand on a rompu avec le monde, on ne peut attendre aucune récompense de ce côté-là, et c’est une aussi grande délivrance que celle qui affranchit du « moi ».

Versets 15 à 24. — Voyez maintenant comment la grâce, quand elle est introduite, est rejetée. Le souper était prêt ; les conviés étaient invités, mais ils ne veulent pas venir. Le Seigneur avait parlé auparavant du royaume, et Il montre ici ce que coûterait la réception du royaume. Tout est prêt maintenant ; — mais les hommes s’excusent. Ils ne se soucient pas assez du souper pour laisser leurs bœufs, leur champ, etc. Le souper était dans les pensées de Dieu depuis le commencement, et il devait avoir lieu quand Jéhovah vint chez les Juifs comme leur Messie, à la fin de leur histoire ; mais ils Le rejetèrent, parce qu’ils ne se souciaient pas de Lui. Ce n’étaient pas leurs péchés qui les excluaient du souper, car Dieu était en Christ réconciliant le monde avec Lui-même, ne leur imputant pas leurs péchés. Ce n’était pas non plus que le champ, les bœufs, la femme fussent en eux-mêmes un mal ; mais ils le devenaient pour ceux qui étaient attachés à ces choses de manière à leur faire mépriser le souper. N’en est-il pas exactement de même maintenant ? Quel mal y a-t-il à ces choses, direz-vous ? Si elles ont occupé votre cœur et vous ont fait mépriser Dieu — voilà le mal ! Il n’y avait pas un seul lien de cœur entre Christ et le peuple qu’Il était venu visiter, et c’est pourquoi ils rejetèrent le souper. C’est là aussi une pierre de touche constante pour nos âmes. Il ne s’agit pas seulement de savoir si une chose est bonne ou mauvaise, mais quelle saveur les choses de Christ ont pour nos cœurs quand nous jouissons de tel ou tel objet. Il s’agit peut-être de quelque chose de très petit. Si nous trouvons que la lecture d’un livre rend la manifestation de Christ moins précieuse pour nous, nous nous sommes écartés de Dieu et nous ne pouvons pas dire où le pas suivant nous conduira. Satan nous séduit souvent de cette manière. L’âme est mise à l’épreuve chaque jour, afin qu’il soit manifesté si les choses qui sont révélées par Dieu en Christ ont assez de pouvoir sur nous pour engager nos cœurs ; mais si d’autres objets se sont placés entre nous et les choses de Christ, quand nous aurons besoin de la jouissance de celles-ci, nous ne l’aurons pas, et il deviendra ainsi évident combien nous nous sommes écartés de Dieu. Quand un objet, quel qu’il soit, vient prendre place dans votre âme et vous ôte la fraîcheur de Christ, prenez garde ! Car si bœufs ou champs, ou femme, préoccupent vos cœurs, lorsque vous auriez l’occasion de jouir des choses de Christ, vous ne pourrez goûter celles-ci.

Au verset 21, le Seigneur s’adresse aux « pauvres du troupeau », à ceux qui n’ont pas de couple de bœufs et qui se réjouissent de la fête. Les sacrificateurs et les chefs des Juifs ont reçu la première invitation, mais ils l’ont rejetée ; alors le maître de la maison envoie dans les rues et dans les ruelles pour amener les pauvres, les estropiés, les boiteux et les aveugles du peuple ; mais la maison n’est pas encore remplie. Le maître envoie donc hors de la ville, dans les chemins, le long des haies, et il contraint les gens d’entrer, afin que la maison soit remplie : c’est des Gentils qu’il est question ici. Luc, dans son évangile, distingue « les pauvres du troupeau » d’avec les Gentils, tandis que Matthieu, dont le point de vue est juif, ne fait pas mention des deux classes comme étant distinctes. La salle des noces « remplie de gens qui étaient à table » (Matt. 22, 10), comprend les Gentils, introduits après que les Juifs ont été amenés à la bénédiction.

Remarquez aussi l’humilité du serviteur et la patiente grâce du Maître qui va jusqu’au bout ; il ne peut se reposer avant que la maison soit remplie. Quelle persévérance de la part de Dieu ! Nous sommes appelés à poursuivre notre course dans le même esprit. Il en coûte beaucoup de persévérer toujours en dépit de tous et de tout ; faire ainsi atteste la présence de la puissance divine en nous, car la grâce de Dieu est infatigable. À côté de cela, sans doute, nous trouvons le jugement, car il est dit : « Aucun de ces hommes qui ont été conviés ne goûtera de mon souper » ; mais le fait que Dieu agit ainsi nous montre quelle humilité nous devrions avoir, pour ce qui nous concerne, et quelle grâce envers les autres, quels qu’ils soient, et combien tout doit reposer sur ce grand et unique fait que toutes les relations de l’homme avec Dieu sont momentanément brisées, et que si vous entreprenez réellement de suivre Christ dans un chemin comme celui-là, vous devez calculer la dépense. C’est très bien de voir cette grâce et de l’admirer, mais il n’y a aucune puissance pour y persévérer si le cœur n’est rempli de l’amour que donne l’établissement d’une nouvelle relation avec Dieu. Il faut qu’il y ait un lien de cœur avec la chose nouvelle, et que Christ ait assez de puissance dans nos cœurs pour nous donner le pouvoir de rompre avec des choses anciennes.

Versets 25 à 33. — De grandes foules sont attirées à l’ouïe d’une pareille grâce, et Jésus leur dit ce qu’implique la position de disciple. Peut-être y a-t-il ici une allusion à Michée 7, 5 et 6 ? Il faut pour Christ faire le sacrifice de Ses amis, de tout, peut-être ; car la question est : Abandonnerai-je Dieu ? Mais comment ? Vous dites qu’il faut tout abandonner, la vie même ? — Oui, tout ; car dans cette vie vous êtes associés avec le monde, et il faut que vous renonciez au monde aussi, si « moi » je suis en question. Vous ne pouvez avoir deux cœurs, un cœur pour le monde, et un cœur pour moi, dit le Seigneur. — Je tremble quand je vois des personnes qui n’ont pas calculé la dépense, se mettre en route, professant de suivre Christ. Il est selon les voies de Dieu de placer la barrière là où l’on entre dans le chemin. Si vous pouvez franchir la barrière, vous pourrez Le suivre. L’obéissance légale ne tiendra pas ; ce qu’il faut, c’est de suivre Christ. Si Lui est là, le chemin est heureux et facile, mais il est enserré de haies. Si Christ n’y est pas avec vous, vous n’aurez que trouble et difficulté.

Versets 34 et 35. — Le « sel », c’est la grâce en énergie spirituelle, les saints étant les témoins, dans le monde, de la puissance de l’amour sanctifié au lieu qu’ils le soient de l’égoïsme. Le sel est le principe consacrant de la grâce ; quand le sel a perdu sa saveur, avec quoi salera-t-on ? Le sel est la grâce envisagée comme la sainte séparation pour Dieu plutôt que sous les traits de la bonté et de la débonnaireté, quoique assurément ces traits soient aussi inséparables de la grâce. « Si le sel… a perdu sa saveur, avec quoi l’assaisonnera-t-on ? ». Si j’ai de la viande sans sel, je peux la saler ; mais si le sel n’a pas de saveur, que ferai-je ? Quelle image nous avons ici d’une église non spirituelle et d’un saint non spirituel ! Ils sont semblables à la vigne qui représentait Israël et qui n’a été bonne que pour déshonorer le Seigneur, son possesseur, et pour être détruite. La miséricorde, il est vrai, peut nous relever, mais comme saints nous devrions avoir la saveur de Christ. Tout ce qui affaiblit l’attachement du cœur à Christ détruit la puissance. Ce n’est pas le péché grossier attirant sur lui la discipline et le jugement qui a cet effet ; mais ce sont les petites choses de la vie de chaque jour que nous sommes portés à placer avant Christ. Quand le monde se glisse dans le cœur, le sel a perdu sa saveur, et nous montrons qu’un Christ rejeté a peu de puissance à nos yeux.

Que le Seigneur nous garde avec Christ dans un chemin où tout est lumière et bénédiction. Si nous avons laissé le voile trompeur de ce monde se placer devant notre vue spirituelle et cacher Christ à nos yeux, Christ seul peut lever le voile et nous rendre la vue.