Chapitres 15 et 16

Nous avons vu le Seigneur mettre en évidence Sa propre réjection, suivie, en grâce, d’un ordre de choses absolument nouveau. L’Église introduite plus tard n’est pas un « siècle » proprement dit, mais un épisode céleste entre deux « siècles ». L’Écriture nous parle de trois « siècles » : le siècle qui a précédé la loi, celui de la loi, et celui du millénium. Christ naquit sous la loi ; et ce siècle n’a pas encore pris fin. Les disciples demandaient : « Quel sera le signe de ta venue et de la consommation du siècle ? » (Matt. 24, 3). Le siècle dont ils parlaient était celui où Christ était présent sur la terre ; mais Christ fut rejeté et le siècle fut interrompu ; c’est pourquoi, s’adressant avec force à Ses disciples, Il leur commanda de ne dire à personne qu’Il fût le Christ, disant : « Il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup, et qu’il soit rejeté » (Luc 9, 21, 22). Et plus tard, Il dit : « Vous ne me verrez point jusqu’à ce qu’il arrive que vous disiez : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur » (Luc 13, 35). Nous chrétiens, qui faisons partie de l’Église de Dieu, et qui n’avons proprement rien affaire avec la terre, nous ne sommes en aucun sens un « siècle », mais nous sommes un peuple céleste uni à Christ glorifié pendant l’interruption du siècle, et nous remplissons l’espace de temps qui sépare le moment où le Seigneur a abandonné les Juifs de celui où Il reviendra à eux. L’olivier de Romains 11 a quelques-unes de ses branches coupées, et d’autres ont été greffées sur lui : c’est un arbre qui a sa racine dans la terre, et qui, par conséquent, ne peut rien avoir affaire directement avec l’Église dans le ciel. Quelques-unes de ses branches ont été coupées, et quelques-unes ont été laissées ; mais, on ne pourrait jamais parler ainsi de l’Église, le corps uni à la Tête qui est Christ à la droite de Dieu. L’Église, sans doute, occupe une certaine position et remplit un certain espace de temps, mais elle les occupe pendant la suspension du siècle auquel Christ vint. Notre caractère est d’appartenir à ce qui est au-dessus et au-delà de tout ce qui appartient à ce monde : la grâce nous a placés là, et la grâce n’est pas d’ici-bas, mais du ciel.

Au chapitre 15, le Seigneur s’élève complètement au-dessus de la dispensation juive, pour manifester pleinement la nature de Dieu (qui est amour) dans l’évangile. À la fin du chapitre 14, Il s’était occupé du système professant et de sa responsabilité : « Le sel… est bon » ; mais si le sel est devenu insipide, il n’est plus bon à rien, montrant ainsi ce que l’homme est. Au chapitre 15, les publicains et les pécheurs viennent, et nous trouvons la manifestation de ce que Dieu est : Dieu s’occupe de l’homme perdu, en grâce. C’étaient des pécheurs, qui confessaient leurs péchés, venaient à la repentance, et justifiaient Dieu : « La sagesse a été justifiée par tous ses enfants ». Dieu est justifié dans Ses voies, soit par la condamnation, soit par le salut d’un pécheur. Les publicains et les pécheurs justifiaient Dieu, étant baptisés par Jean, tandis que les pharisiens rejetaient contre eux-mêmes le conseil de Dieu. Tout ce qu’il fallait pour que Dieu fût justifié, c’est qu’Il se montrât Lui-même ; et c’est là ce que le Seigneur fait maintenant : Il manifeste ce que Dieu est en grâce, donnant ainsi à ce chapitre une fraîcheur et une plénitude toujours nouvelles pour nos âmes, car le cœur qui a été réveillé y est toujours ramené.

Au chapitre 16, Christ montre la responsabilité de ceux dont Dieu s’occupe ainsi. La terre a été donnée aux enfants des hommes, et Dieu en attendait du fruit : Il s’est occupé de l’homme d’abord au point de vue de ce qu’il aurait dû être sur la terre ; mais l’homme a failli entièrement. Alors Dieu fait autre chose : Il manifeste la grâce parfaite, une grâce entièrement indépendante de ce qu’est l’homme, et revêtant un caractère absolument céleste. L’amour divin en est la source : révélant le ciel, elle met l’homme en rapport avec le ciel ; et ceux qu’elle visite doivent être un peuple céleste. Pourquoi ? — Parce que ce monde s’est entièrement détourné et éloigné de Dieu et qu’il est devenu le « pays éloigné ». Ses richesses n’ont donc aucune valeur ; elles sont au contraire un grand empêchement, à moins qu’on n’en use d’une manière céleste, telle que le chapitre 16 nous l’enseigne. Le chapitre 15 nous montre le pécheur appelé par la grâce ; le chapitre 16 nous apprend ce que celui qui est appelé doit être comme homme céleste. Ce monde est une scène de péché ; ce qui s’y rattache est la misère, et non la bénédiction (voyez l’histoire de l’homme riche et de Lazare). Adam avait une place dans ce monde, Israël de même ; mais tout cela a pris fin, et la grâce est venue, introduisant ceux qui en sont les objets dans un état de choses entièrement nouveau. Christ justifie Dieu. Dieu étant amour, c’était Sa joie de manifester la grâce aux pécheurs. Il ne s’agit pas ici de la joie de ceux que Dieu ramène, mais de la joie de Dieu en ramenant le pécheur à Lui. Cette joie de la grâce donne au ciel son caractère : c’est là que « il y a de la joie » au sujet du pauvre pécheur ramené.


Je ne doute pas que le Seigneur ne nous donne dans les trois paraboles du chapitre 15 le développement des voies de la Trinité. Dans la première, le Fils nous est présenté comme le bon Berger s’en allant après la brebis perdue. Dans la seconde, sous la figure de la femme qui allume sa lampe et qui cherche diligemment sa drachme, Dieu nous présente l’activité du Saint Esprit et la peine qu’Il prend pour faire briller un témoignage au milieu de ce monde de ténèbres. La troisième nous apprend comment le Père reçoit le pécheur repentant quand celui-ci est ramené. Dans cette dernière, nous pouvons voir l’œuvre de Dieu dans le pécheur ; dans les deux précédentes, il s’agit de la souveraineté et de l’activité de la grâce qui va, dans l’amour, chercher ce qui était perdu, et ramène le pécheur sans que celui-ci ait aucune part à cette œuvre. L’énergie persévérante de l’amour se trouve dans le Berger Lui-même ; le bon Berger est en souci de Sa brebis et ne lui laisse rien à faire pour trouver le chemin de la maison, car Il la prend sur Ses propres épaules. La parfaite grâce du Seigneur Jésus apparaît en ceci, cette grâce dans laquelle Il s’est ainsi chargé du fardeau de chacun de nous, de nos tentations et de nos difficultés, tout le long du chemin : Christ est le berger et le surveillant de nos âmes (1 Pier. 2). — Remarquez, au verset 6, le caractère particulier de cette joie du Berger qui a trouvé Sa brebis perdue : « Et, étant de retour à la maison, il appelle les amis et les voisins, leur disant : Réjouissez-vous avec moi, car j’ai trouvé ma brebis perdue ». Où trouver un tableau plus vrai, et une expression plus débordante de la joie d’une personne heureuse ? La joie déborde toujours.

Dans la seconde parabole, nous retrouvons le même principe général. La peine que prend le Saint Esprit en cherchant les pécheurs dans le monde, nous est représentée par les soins que prend la femme qui est à la recherche de sa drachme : celle-ci ne pouvait avoir elle-même ni trouble ni joie. La différence entre cette seconde parabole et la première est celle-ci, que dans la première, le berger porte tout le fardeau, tandis que dans la seconde, la peine que prend la femme pour trouver la drachme perdue montre tout l’intérêt qu’elle portait à sa drachme. C’est ainsi que l’amour de Dieu agit envers nous, dans le but de nous tirer de ce monde de ténèbres et de nous amener à Lui. Quelle œuvre que celle de ramener le cœur de l’homme à Dieu ! Si tirer le monde du néant par une parole a été quelque chose de grand, le racheter a été quelque chose de bien plus grand !

L’homme tel qu’il est ne pouvait jamais revenir à Dieu. Mais voyez ce que Dieu est en Lui-même ; y a-t-il quelqu’un ou quoi que ce soit qui puisse résister à Sa grâce ? — Quoi qu’il en soit, il s’agit de la joie de celui qui trouve et non pas de la joie de celui qui est trouvé : « Réjouissez-vous avec moi », car j’ai trouvé « ma brebis » — ma drachme — qui était perdue. Et quant au fils prodigue qui retourne vers son père, qui donc fit le festin ? Était-ce le jeune homme ? Ou bien était-ce le père qui dit à ses esclaves : « Mangeons et faisons bonne chère ; car mon fils que voici était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé » ? Tous les gens de la maison partagent la joie du cœur du père, tous excepté le malheureux frère aîné, l’homme à propre justice (le pharisien, le Juif), auquel le père répond : « Il fallait faire bonne chère et se réjouir ; car celui-ci, ton frère, était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé ». C’est donc la joie que Dieu éprouve à recevoir à Lui un pécheur qui se retourne vers Lui.

L’histoire du prodigue à elle seule ne manifeste pas toute la gloire de la grâce, comme elle apparaît dans la réunion des trois parties de ce merveilleux chapitre. Dans la première parabole, je le répète, le berger se charge de tout le fardeau de la brebis ; la femme cherchant sa drachme nous représente la patiente et diligente activité du Saint Esprit. Avant que le prodigue quittât effectivement la maison paternelle, il s’était déjà moralement éloigné, et son départ ne fut que la manifestation du péché qui était dans son cœur. Il était tout aussi coupable quand il demandait la part de bien qui lui revenait et franchissait le seuil de la maison de son père, que lorsqu’il mangeait des gousses avec les pourceaux dans le pays éloigné : il y était sans doute plus misérable, mais son cœur s’était déjà éloigné auparavant. Un homme peut aller plus avant qu’un autre dans la voie du péché ; mais si nous avons tourné le dos à Dieu, nous sommes entièrement mauvais et corrompus. Dans ce sens, « il n’y a pas de différence ».

Ève nous présente le même mal moral : elle abandonne Dieu pour le fruit d’un arbre ; elle pense en réalité que le diable est un bien meilleur ami pour elle que Dieu, et elle croit sa parole au lieu de tenir ferme celle de Dieu. Satan est menteur dès le commencement ; le Seigneur Jésus le démontre à la croix. Il en coûta au Seigneur Sa vie pour établir que Dieu était bon. Christ vint pour contredire le mensonge du diable cru par l’homme, et sous lequel gît le monde entier. La grâce et la vérité vinrent par Jésus Christ ; au prix même de Sa vie, elles furent établies à la croix par Lui. L’homme ne peut se passer de Dieu ; depuis le commencement, le monde entier a été un mensonge public contre Dieu. Qui pouvait le démasquer ? Voyez la créature, comme elle est en travail et soupire sous la servitude de la corruption. Voyez la providence ; si Dieu est bon, dites-moi comment il se fait qu’un enfant se tord dans la douleur ? Comment concilier ces deux choses : le méchant prospère, l’homme juste souffre ? Mais quand je vois Christ sur la croix, j’apprends ce que Dieu est ! La mort devient le partage de l’homme à cause du péché ; mais Christ sans péché prend mon péché sur Lui ; Il s’abaisse jusqu’à la mort de la croix, et détruit ainsi le mensonge de Satan qui avait dit : « Vous ne mourrez point certainement » (Gen. 3). Ainsi, la vérité de Dieu fut rétablie ici-bas dans l’œuvre et la personne du Seigneur Jésus, et nulle autre part. En Lui, nous voyons la sainteté, la vérité et l’amour — quoi qu’il dût Lui en coûter.

L’homme naturel est exactement comme le fils prodigue : il dissipe son bien dans le pays éloigné et s’y ruine. Un homme qui a cinq mille francs de rente et qui en dissipe vingt mille, peut paraître pour un temps fort riche, mais quelle est sa fin ? C’est un homme ruiné. — Du moment que l’homme s’éloigna de Dieu, il se vendit à Satan ; il dépense maintenant son âme et son cœur loin de Dieu ; il dépense même ce que Dieu lui a donné contre Dieu ; et quand il a tout dissipé et qu’il n’a plus rien pour vivre, il commence à être dans le besoin. « Et… une grande famine survint dans ce pays-là » : tout le monde est sensible à un pareil état de choses. Tous les pécheurs ne s’enfoncent pas tous au même degré dans cette misère qui désirait se nourrir des gousses que les pourceaux mangeaient ; mais ils sont tous dans le même état de ruine. Tout homme a tourné le dos à Dieu, quoique tous n’aient pas poussé leurs excès au même point et qu’ils ne soient pas tombés dans la même dégradation.

La famine ne fait jamais remonter à la maison du père. Le prodigue se joignit à l’un des habitants de ce pays-là, non pas à un habitant du pays de son père. « Il désirait de remplir son ventre des gousses que les pourceaux mangeaient ; et personne ne lui donnait rien ». Satan ne donne jamais ; on ne donne que là où se trouve l’amour de Dieu, qui n’épargna pas Son propre Fils.

Quand le fils prodigue pense à la maison de son père, toute l’œuvre est déjà moralement faite, quoiqu’il n’y soit pas encore retourné. Il revient à lui-même : son cœur est changé ; et ainsi tout le désir de son âme est de rentrer dans la maison de son père qu’il avait abandonnée. Il n’est pas encore arrivé à la pleine liberté de la grâce, de manière à être en paix et heureux ; il se dit à lui-même : « Je me lèverai et je m’en irai vers mon père, et je lui dirai : Père, j’ai péché… traite-moi comme l’un de tes mercenaires ». Il est amené au sentiment de son péché, et qu’était-ce que son péché ? De manger les gousses des pourceaux ? Non, cette misère était le fruit de son péché ; ce dont il était coupable, c’était d’avoir abandonné la maison de son père, de s’être détourné de Dieu. Revenu à lui-même, il désira retourner chez son père, et c’était assurément un désir juste et bon ; mais la forme que ce désir prenait dans son esprit, par le fait qu’il ne connaissait pas encore la grâce, était légale : « Je ne suis pas digne d’être appelé ton fils ; traite-moi comme l’un de tes mercenaires ». Mais le père ne le laisse pas achever ; quand il paraît, il n’est plus question de mercenaires ; car « comme il était encore loin, son père le vit et fut ému de compassion, et, courant à lui, se jeta à son cou et le couvrit de baisers ». Il n’eût pas pu être un mercenaire avec les bras de son père autour de son cou : les sentiments du père, sinon ceux du fils, en eussent été dénaturés. C’était la joie du Père de recevoir ainsi le pécheur, et seule la connaissance de cela apporte la paix dans l’âme. Si quelqu’un ne connaît pas l’amour, il ne connaît pas Dieu, car Dieu est amour (1 Jean 4, 7 et suiv.). La pleine révélation de Dieu nous est donnée en Christ : « Je suis depuis si longtemps avec vous, et tu ne m’as pas connu ? ». Dieu agit selon la joie et la satisfaction qu’Il éprouve en Lui-même, à recevoir le pécheur ; c’est pourquoi Il ne pense pas aux haillons, mais au fils qu’Il a retrouvé. Quel droit le pécheur a-t-il de douter de Dieu quand Dieu satisfait Son propre cœur en laissant déborder Son amour envers lui ?

Vous ne trouverez jamais la paix par le simple fait de retourner en arrière ; mais en apprenant à connaître la pensée du Père à votre égard. Le fils prodigue aurait-il pu trouver la paix quand il montait vers son père, si celui-ci n’était pas venu à sa rencontre ? Non. Tout le long du chemin, il se serait demandé : Comment me recevra-t-il ? Sera-t-il irrité contre moi ? Me repoussera-t-il ? Et s’il le fait, que deviendrai-je ? « Et comme il était encore loin, son père le vit et fut ému de compassion, et, courant à lui, se jeta à son cou et le couvrit de baisers ». S’il n’en eût pas été ainsi, le fils prodigue eût tremblé même en heurtant à la porte. Quand les bras du père entouraient le fils, le père était-il souillé par ses haillons ? Non, seulement il ne veut pas que le fils apporte des haillons dans la maison, mais il en fait apporter la plus belle robe. Dieu envoie Son propre Fils du ciel et revêt le pécheur ; et ainsi vêtu, le jeune homme pouvait faire honneur à la maison de son père. Si nous sommes ainsi revêtus de Christ, nous ferons honneur à Dieu, et dans les siècles à venir Il montrera les immenses richesses de Sa grâce dans Sa bonté envers nous en Jésus Christ (Éph. 2, 7).

« Et mangeons et faisons bonne chère ». Le père ne dit pas : Qu’il mange et qu’il se réjouisse ! — Et il redit encore une fois : « Il fallait faire bonne chère et se réjouir… ».

Il n’y avait qu’une exception à la joie de la maison. Le frère aîné, l’homme à propre justice, était irrité, et ne voulait pas entrer. Dieu avait montré ce qu’Il était en Lui-même, par Son Fils, en recevant ainsi le prodigue ; maintenant Il montre ce que les hommes à propre justice étaient en eux-mêmes. Les pharisiens, nous le savons, murmuraient depuis le commencement ; le frère aîné n’avait aucune communion de pensées avec le père ; car si le père était heureux, pourquoi n’était-il pas heureux, lui ? Il était en colère et ne voulait pas entrer. Si un être aussi vil que ce publicain peut entrer, toute ma justice, pensait-il, est anéantie. Cela est vrai ; car là où est la joie de Dieu, la propre justice ne peut entrer. Si Dieu est bon envers le pécheur, de quel profit est ma justice ? Le frère aîné n’avait point de sympathie avec son père. Il n’aurait pas dû dire : Mon père est joyeux, je dois être joyeux ; il aurait dû être en communion avec sa joie. « Ton frère est venu » : voilà ce qui aurait dû faire vibrer son cœur ; mais non, il est étranger à un tel sentiment.

La parfaite patience de la grâce de Dieu apparaît ici : le père sort et le prie. N’est-ce pas ce que nous voyons tout le long du livre des Actes ; Dieu suppliant les Juifs d’être réconciliés, bien qu’ils eussent crucifié Son Fils ? De même Paul (1 Thess. 2, 15-16) dit que les Juifs ont comblé la mesure de leurs péchés en défendant aux apôtres de parler aux nations, afin qu’elles fussent sauvées. Tout est égoïsme dans le fils aîné : « Tu ne m’as jamais donné un chevreau pour faire bonne chère avec mes amis ». À quoi le père répond : « Mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi ». Les oracles de Dieu, les alliances, les promesses, ont été donnés aux Juifs ; mais Dieu ne veut pas, à cause de l’égoïsme et de la propre justice des Juifs ou de qui que ce soit, renoncer au droit de montrer Sa grâce à des pécheurs.


Chapitre 16. — « Il y avait un homme riche qui avait un économe ; et celui-ci fut accusé devant lui comme dissipant ses biens ». L’homme, d’une manière générale, est l’économe de Dieu ; et, en un autre sens et d’une autre manière, Israël était cet économe, placé dans la vigne de Dieu, avec la loi, les promesses, les alliances, le service divin, etc. En toutes choses, Israël a dissipé les biens de Dieu, et l’homme, envisagé comme économe, a été trouvé entièrement infidèle. Que faire donc ? Dieu paraît, et dans la souveraineté de Sa grâce, Il convertit ce dont l’homme a abusé sur la terre en un moyen de produire du fruit céleste. Les choses de ce monde étant entre les mains de l’homme, il ne doit pas en user pour jouir actuellement d’un monde entièrement étranger à Dieu, mais en vue de l’avenir. Nous n’avons pas à rechercher ces choses maintenant, mais à en user comme provision pour d’autres temps : « Faites-vous des amis avec les richesses injustes… ». Il vaut mieux se faire à tout prix un ami pour d’autres jours, que d’avoir des richesses maintenant. Le crédit de l’homme est détruit ; c’est pourquoi l’homme est maintenant un économe qui a perdu sa place : « Rends compte de ton administration ; car tu ne pourras plus administrer ». Il est renvoyé de son administration ; il a perdu sa place, mais non pas les choses dont il avait l’administration. Il y a ici quelque chose de meilleur que l’alchimie qui voudrait tout changer en or ; nous voyons la grâce tournant l’or lui-même, cette chose vile qui asservit les cœurs des hommes, en un moyen de manifester l’amour et d’acquérir des richesses pour le ciel.

À Israël, Dieu dit : Tu as failli dans ta charge d’économe, c’est pourquoi je vais te mettre dehors. Au chapitre 15, le frère aîné — le Juif — ne voulait pas entrer ; au chapitre 16, Dieu lui ôte son administration et le met dehors. Pour Adam, tout est perdu ; mais nous avons en grâce un droit d’user d’une manière céleste de ce à quoi nous n’avons, comme hommes, aucun droit quelconque. « Si donc vous n’avez pas été fidèles dans les richesse injustes, qui vous confiera les vraies ? ». Nos vrais biens sont les choses célestes ; les choses d’ici-bas sont à un autre ; et si vous n’usez pas de votre droit en grâce pour employer en amour ces choses terrestres et temporelles qui ne sont pas vôtres, comment Dieu vous confierait-Il les choses spirituelles qui sont vôtres ? Ce qui est nôtre, ce sont toutes les gloires de Christ ; tout ce qui est à Christ est à nous, car nous n’avons pas été rachetés par des choses corruptibles, argent ou or… Nous avons été rachetés à prix, non avec de l’argent, mais « par le sang précieux de Christ ». Dieu ne nous a pas donné la vie éternelle pour que nous acquérions des richesses. « Nul serviteur ne peut servir deux maîtres », et si vous voulez devenir riches, vous ne pouvez chercher à servir Dieu. Nous avons à faire notre devoir ici-bas, mais ce n’est jamais notre devoir de servir Mammon et de désirer la richesse.

Maintenant le Seigneur, poursuivant Son discours, montre qu’il y a ces « tabernacles éternels », où les grands résultats de ce qui a été fait ici-bas apparaîtront. La chose vieille s’évanouit, la nouvelle apparaît : le Juif qui refuse de venir à la fête, perd la loi, en rejetant la grâce (voyez chap. 15, 18, 19).

Verset 19. « Il y avait un certain homme riche qui se vêtait de pourpre… ». La pensée est juive ici, et le grand principe dont il s’agit, c’est que toutes les voies de Dieu, quant à la justice distributive sur la terre, étaient interrompues, et que Dieu n’agissait maintenant qu’en grâce. Le Seigneur soulève le voile pour montrer le résultat dans un autre monde. L’homme riche avait ses biens ici-bas ; il appartenait à la terre ; la corbeille et le grenier étaient à lui ; son trésor était sur la terre et son cœur y était aussi. Mais jetez un regard dans l’autre monde et voyez le résultat : les « tourments » ! Les biens ont changé de mains : « Le riche… mourut, et fut enseveli. Et, en hadès, levant ses yeux, comme il était dans les tourments… ». « Et il y avait un pauvre, nommé Lazare, couché à sa porte, tout couvert d’ulcères… Et il arriva que le pauvre mourut… ». Fut-il enseveli ? La Parole n’en dit rien, car il n’appartenait pas à la terre : « Il fut porté par les anges dans le sein d’Abraham ». Celui qui avait « ses maux » ici-bas, fut porté à la meilleure place dans le ciel. Remarquez bien que ce n’étaient pas les afflictions, les ulcères de Lazare qui le rendaient juste, pas plus que les richesses de l’homme riche ne le rendaient injuste. Dieu en ayant fini avec les choses terrestres, aucune circonstance terrestre n’est un signe de la faveur présente de Dieu ou de la défaveur, quoique certainement les voies de Dieu à l’égard de Lazare, aient été le moyen d’abaisser son orgueil, de briser sa volonté, et de le préparer ainsi pour la place qu’il allait occuper.

Verset 31. « S’ils n’écoutent pas Moïse et les prophètes, ils ne seront pas persuadés non plus… ». Le Seigneur met ici en évidence cette solennelle vérité que même la résurrection de Christ ne convaincrait pas le cœur incrédule d’Israël, car s’ils refusent d’écouter la Parole de Dieu qu’ils possèdent, ils n’écouteront pas le témoignage de Dieu, même si quelqu’un ressuscitait d’entre les morts. Nous savons en effet qu’ils n’écoutèrent pas.

Ce chapitre 16 jette la lumière d’un autre monde sur les voies de Dieu dans celui-ci. Le monde tout entier a fait banqueroute devant Dieu, en sorte que l’homme trafique maintenant avec « ce qui est à autrui ». Quand l’homme rejeta Christ, Dieu lui ôta son administration. L’homme en est là. Nous devrions, par conséquent, user maintenant de tout en vue du monde à venir, puisque la grâce nous permet, comme nous le voyons dans ce chapitre, de nous servir des choses dont nous avons l’administration. Si nous servons « Mammon », nous ne jouirons pas de la bénédiction accordée au service de Dieu, dans le sens mentionné ici, car il s’agit de justice rétributive, en un sens. Si vous n’êtes pas fidèle dans ce qui est à autrui, qui vous donnera ce qui est vôtre ? Si vous n’avez pas été fidèle dans les richesses injustes, qui vous confiera les vraies richesses ? Si vous aimez l’argent, vous ne pouvez avoir votre cœur rempli de Christ. Nous ne devons pas être « paresseux », quant à l’activité, mais « fervents en esprit ; servant le Seigneur » ; et en vue de cela, Dieu nous ouvre le ciel, non pas en nous disant comme à Abraham : « Dans le pays que je te montrerai » (Gen. 12, 1) ; car Il nous a montré le ciel et nous l’a ouvert en grâce. C’est la révélation de la grâce qui donne de la puissance sur les choses terrestres.

Que le Seigneur tienne devant nous un Christ vivant, en qui nous nous confions, comme notre lumière pour la marche et le salut !