Nous avons vu le grand principe de la grâce divine en contraste avec la propre justice, et l’économie juive, qui refusait son Messie, le Fils de Dieu, mise de côté pour ouvrir le chemin à la manifestation de la vie et de l’incorruptibilité par l’évangile (2 Tim. 1). Or Jésus dit à Ses disciples : « Il est impossible qu’il n’arrive pas des scandales ; mais malheur à celui par qui ils arrivent » (v. 1). Nous abordons ici le sujet de l’esprit du service, et de la manière de servir, maintenant que le monde à venir jette sa lumière sur la conduite et la foi des disciples dans ce monde, car on ne peut servir deux maîtres. Dieu accomplit une œuvre, dans un petit enfant peut-être, mais une œuvre qui est le sienne propre ; et puis il faut la foi individuelle pour marcher dans la voie d’un Christ rejeté. Au milieu de ceux qui professaient de Le suivre, il y avait, hélas ! bien des scandales. Ce n’était pas alors, ni encore, le moment de l’exercice du pouvoir judiciaire du Fils de l’homme venant cueillir de Son royaume tous les scandales et ceux qui pratiquent l’iniquité. La puissance de Satan est tolérée ; l’exercice de la foi est nécessaire. C’est un temps pour éprouver, par la prédominance du mal, ce qui demeure, parce que Dieu en est l’auteur. Il faut prendre la croix et se renoncer soi-même : c’est une dure leçon, mais une leçon salutaire quand elle est apprise. La croix et la gloire sont toujours associées. La croix doit être la part de l’homme naturel, et non pas du péché seulement, de manière à briser la volonté. Christ n’avait point de volonté ; Il était parfait ; mais nous avons besoin de la croix pratiquement comme moyen de communion, afin de briser ce qui est un obstacle en nous.
De plus, tout le système du monde est une occasion de chute : il n’y a pas une seule chose dans le monde qui ne soit pas calculée pour détourner de Dieu les cœurs. La moindre bagatelle, l’habillement, les étalages des magasins, la flatterie des hommes, celle des frères peut-être, tout tend à élever la chair. Quelle différence entre cela et le ciel s’ouvrant sur un Sauveur rejeté ! Et c’est cette lumière qui trace notre chemin à travers ce monde ; car maintenant les cieux sont ouverts à la foi, tandis que nous traversons cette terre pour aller à Celui que nous voyons dans la gloire. Il y a un courant actif et puissant de l’amour de Dieu qui pousse nos âmes en avant. Votre marche est-elle un témoignage ? Prenez garde que vous ne soyez une occasion de chute. Vous direz peut-être qu’il faut qu’une personne soit bien faible pour s’arrêter à telle ou telle chose, mais c’est précisément parce qu’elle est faible qu’elle a besoin de soins. Que le Seigneur nous donne de ne jamais être des obstacles, mais des aides aux faibles. Toutes ces choses sont la pierre d’achoppement de l’ennemi, et l’homme par qui elles arrivent est dans sa mesure un instrument de Satan. Le Seigneur aime les petits qui sont à Lui. Mieux vaudrait pour un homme qu’on lui mît une meule d’âne au cou et qu’il fût jeté dans la mer, que de scandaliser un de ces petits.
Verset 3. — Mais supposez que quelqu’un cherche à vous faire broncher, alors : « Prenez garde à vous-même ». Votre part est de pardonner. Prenez garde à vous-mêmes, en vous jugeant vous-mêmes. Si ton frère pèche contre toi, reprends-le ; et s’il se repent, « pardonne-lui ». Comment ? S’il pèche « sept fois le jour » ? Oui, « si sept fois le jour… il retourne à toi, disant : Je me repens, tu lui pardonneras ». Veillez incessamment sur vous-mêmes et ayez soin que l’esprit d’amour (puissance de l’unité et lien de la perfection, comme Dieu le dit ailleurs) ne soit pas froissé, non plus que l’esprit de sainteté, pour que la paix ne soit pas une fausse paix. Bienheureux sentier ! Quelle condescendance pour notre faiblesse et pour le danger auquel nous sommes exposés, nous avons dans l’introduction de la grâce et dans le jugement moral des choses présentes qui sont l’aliment de la chair et le domaine du monde ! Puissions-nous veiller soigneusement sur nous-mêmes et être pleins de grâce envers les autres pour passer ainsi à travers tout, passant comme un bateau de sauvetage par-dessus tous les brisants.
Versets 5 à 10. — Dans une position comme celle-là, il faut de la foi et de l’énergie propre à la foi. Les apôtres, dirigés par Dieu, bien que ne voyant peut-être qu’une petite partie de la difficulté et avec un sens bien confus encore de cette nouvelle position, demandent au Seigneur de leur augmenter la foi. Jésus répond en leur présentant toute la plénitude de Son énergie, car la foi réalise une puissance qui n’est pas dans la personne, et agit ainsi sans limites ; Il en fait aussi l’application, bien qu’en termes généraux, au renversement des obstacles d’un système qui pouvait présenter la forme de ce qui était bon et grand, mais qui était sans fruit. Quelle que soit notre difficulté, nous pouvons recourir à Dieu. Il s’agit seulement de regarder simplement à Lui. « Toutes choses sont possibles à celui qui croit » ; car Dieu intervient pour accomplir Sa volonté, et Il a voulu l’accomplir par l’homme et pour se glorifier dans l’homme, après avoir été déshonoré par Satan dans et par l’homme ; mais Dieu le fait dans la foi, selon Sa volonté, jusqu’à ce que le Seigneur Jésus revienne en puissance et en gloire. Dieu est à l’œuvre, et si vous êtes ouvriers avec Lui, vous pouvez Le croire et dire : Fais que ceci ou cela arrive. N’est-ce rien que d’avoir en main la puissance de Dieu ? Si vous savez ce que c’est que d’avoir Satan pour adversaire, vous sentirez le prix de l’intervention de la puissance de Dieu. Votre position et votre œuvre peuvent être très humbles extérieurement, n’importe : vous avez besoin de la puissance de Dieu pour être petit. Ce que le Seigneur dit dans les versets 7 à 10 n’est pas applicable à un serviteur insouciant. Si le serviteur a négligé son travail, il est un esclave paresseux ; mais je suis un esclave inutile, quand j’ai fait tout ce que j’étais obligé de faire. Suis-je délaissé ? Non, Dieu m’éprouve : il y a quelque chose en moi qui fait que j’ai besoin d’être éprouvé. Peut-être ai-je à apprendre ce que Dieu peut faire sans moi ? S’Il se sert de moi, c’est un grand honneur ; s’Il me met de côté parce que le « moi » s’enflait, c’est une grande miséricorde. Le Seigneur dit, si je puis m’exprimer ainsi : Sois satisfait de moi ; sois content de savoir que moi je t’aime. Êtes-vous content de Son amour ? Vous faut-il la gloire des hommes, ou la vôtre ? Souvenez-vous que quand vous aurez fait tout, c’est le moment de dire : « Je suis un serviteur inutile » !
Versets 11 à 19. — Le récit qui suit montre que lorsque Dieu introduit une nouvelle puissance, ceux qui possèdent les anciens privilèges sont les derniers à s’élever au-dessus d’eux pour entrer en possession de choses meilleures. Mais il y a une foi que Dieu produit dans le cœur, qui affranchit des formes établies autour de la volonté de Dieu pour la confirmer dans l’économie passée. Cette foi, reconnaissant Dieu en Jésus, conduit l’âme au-delà de la loi d’un commandement charnel et l’associe à Lui, en qui est la puissance d’une vie impérissable. Elle nous occupe d’une personne qui est au-dessus de tout, nous établissant, non au déshonneur de la loi (« au contraire, nous établissons la loi », par la foi ; Rom. 3, 31), mais dans la liberté, dans laquelle le Fils nous a placés en nous affranchissant. Les neuf lépreux s’en allèrent se montrer aux sacrificateurs, agissant d’après la parole de Jésus, et, dans une mesure, par la foi ; mais le Samaritain, discernant la gloire de Dieu dans ce qui était arrivé, revint sur ses pas vers Jésus, et glorifia Dieu à haute voix. Les autres reconnurent la puissance qui était intervenue, mais ils restèrent dans leurs habitudes et leurs associations religieuses.
Le Samaritain, moins préoccupé d’institutions extérieures, revint à la source de la puissance, non pas à ce qui en était l’ombre et le témoignage, à ce dont la nature use toujours pour tenir Dieu caché. Il avait expérimenté la puissance divine en Jésus, et au lieu de jouir simplement du don, il revint au donateur, humblement, mais dans la liberté de la foi et comme il convenait à la foi : « Il se jeta sur sa face aux pieds de Jésus, lui rendant grâces ». Il n’avait pas besoin de sacrificateurs. Ceux-ci ne rendaient pas, ni ne pouvaient rendre net, mais avaient seulement à reconnaître et à déclarer l’homme net. Le péché avait placé les Juifs et le Samaritain au même niveau : l’un et l’autre étaient rejetés hors de la communion divine par la lèpre qui les affligeait. Mais Celui qui guérissait des lépreux sous la loi, était Celui qui avait donné la loi ; or la parole de Jésus reconnaissait la loi tout en manifestant Jéhovah qui l’avait donnée. La gratitude de la foi était un meilleur raisonneur que l’instruction de la loi, car la bénédiction apportée par l’œuvre et la présence de Jésus était, pour les neuf lépreux, le moyen de maintenir la distinction juive ; pour le dixième, elle était l’évidence de la bonté divine, et par conséquent pour lui la complète délivrance. Il était par la foi arrivé en grâce à la source de laquelle la loi elle-même procédait, et le Seigneur le renvoyait en paix, guéri par la foi qui lui apportait la liberté de la part de Dieu et avec Dieu, faisant monter des actions de grâces à la gloire de Son nom, avec la conscience que ces actions de grâces Lui étaient agréables.
Combien de raisons l’on aurait pu avancer pour faire poursuivre à cet homme son chemin et l’empêcher de retourner vers Jésus ! Les neuf auraient pu dire : Il t’a commandé de t’en aller et de te montrer au sacrificateur. Mais la foi va droit au cœur de Dieu, et y trouve toute grâce et une parole qui la renvoie dans la liberté de la grâce. Celui qui retourna vers Jésus net et le cœur plein de gratitude, abandonnait les sacrificateurs : en esprit et en figure, le Samaritain guéri avait passé, par la foi, dans un autre système, dans la grâce et la liberté de l’évangile. Quelle bénédiction de se trouver ainsi à la source de la puissance et de la bonté ; c’est là seulement et nulle autre part que Dieu amène maintenant ceux qui croient. Si nous avons été auparavant sous la loi, nous sommes désormais morts à la loi par le corps du Christ, afin que nous appartenions à un autre, à Celui qui est ressuscité d’entre les morts. C’est de cette manière seulement que Dieu est glorifié, quoi que les hommes puissent avancer d’ailleurs en faveur de la loi. C’est ainsi seulement que nous pouvons nous réjouir en Dieu par notre Seigneur Jésus Christ, par lequel nous avons maintenant obtenu, non la loi, mais la réconciliation (Rom. 5, 11). En Lui, que nous connaissons et dont nous jouissons ainsi, nous possédons tout, et plus que tous les prêtres ou sacrificateurs n’ont jamais imaginé ; nous avons communion avec le Père et avec le Fils, par la foi en Dieu pleinement révélé. Nous avons maintenant affaire avec Lui dans le ciel, non avec un temple et des sacrificateurs sur la terre. « Lève-toi, et t’en va » ; tu as trouvé la personne et la gloire du Seigneur ; tu es en delà des prêtres et du temple, ta foi a pénétré au-dedans du voile et a trouvé Celui qui est plus grand qu’eux. Les autres s’en allèrent leur chemin rendus nets pour être sous la loi : aveuglés par le judaïsme, ils ne revinrent pas sur leurs pas pour glorifier Dieu. Tout ceci, au point de notre évangile où nous sommes arrivés, est plein de signification. C’est un nouveau jour jeté sur le grand fait qui s’accomplissait : la loi passait avec la dispensation qui s’y rattachait.
Aux versets 20 et suivants, la question de la venue du royaume de Dieu est posée. Les pharisiens demandent quand viendrait le royaume, et le Seigneur les place sous leur responsabilité. « Le royaume de Dieu ne vient pas de manière à attirer l’attention ». « On ne dira pas : Voici, il est ici ; ou voilà, il est là ; car voici, le royaume de Dieu est au milieu de vous ». Le Roi leur parlait. N’eussent-ils pas dû L’avoir connu, puisqu’Il était venu en grâce ? S’Il s’était humilié pour connaître leurs afflictions et mourir pour leurs péchés, était-ce une raison pour qu’ils ne discernassent pas Sa grandeur et Sa perfection morale manifestées de tant de manières ? Son saint amour pour les pauvres, coupables pécheurs ne démontrait-il pas assez qui Il était ? Si le cœur de l’homme n’eût pas été opposé à tout ce qui était la joie de Dieu dans le royaume, si ses yeux n’eussent pas été aveuglés pour tout ce qui était aimable et de bonne réputation, il eût senti que plus le Christ s’abaissait, plus Ses œuvres étaient merveilleuses.
À Ses disciples, le Seigneur avait d’autres choses à dire. Il était rejeté et Il allait les quitter. La souffrance les attendait. Quelque pénible que pût être maintenant leur position comme compagnons de Sa réjection, le temps viendrait où ils désireraient en vain un de ces jours où ils avaient joui de la douce et précieuse société du Fils de l’homme. Comme Juifs dans le pays, ils sentiraient la différence ; Satan, dans le but de tenter et de tromper en ce jour-là, ferait annoncer aux hommes : « Voici, il est ici ; ou, voilà, il est là » ; mais les disciples sauraient que tout cela était mensonge. Il n’y avait point d’espoir pour la nation qui rejetait Christ. Le Roi était venu, mais on L’avait rejeté ; Il n’était plus « ici » ou « là » ; car, en ce jour-là, le Fils de l’homme serait comme un éclair qui brille d’un des côtés jusqu’à l’autre côté du ciel. Mais auparavant, il fallait qu’Il souffrît beaucoup et qu’Il fût rejeté par cette génération, c’est-à-dire par les Juifs incrédules.
Il est évident que, tandis que le Seigneur prend devant Ses disciples ce nom de Fils de l’homme, qui révèle une relation plus élevée et plus étendue que celle du Messie, relation dont le lien était brisé et perdu par le crime de la nation qui L’avait rejeté, l’ensemble de l’instruction que nous trouvons ici est juif et aura son accomplissement proprement dit dans un résidu pieux aux derniers jours. La part chrétienne n’est pas mentionnée ici, car elle consiste en une association d’un genre céleste avec Christ ; on la trouve décrite, dans ses grands traits moraux tout au moins, au chapitre 12 de notre évangile. Ici, nous sommes sur le terrain de la responsabilité, non pas de la grâce céleste. Il faut distinguer la part de l’Église avec Christ d’avec le gouvernement du monde par Christ. Le caractère même de la séduction prédite aux disciples confirme la différence dont nous parlons ; car si les hommes disaient au chrétien : « Voici, Christ est ici », le chrétien saurait immédiatement que c’est une suggestion de Satan, parce que nous chrétiens, nous ne devons pas rencontrer Christ sur la terre, mais dans l’air (1 Thess. 4). Il en est autrement quand il s’agit du gouvernement du monde : l’espérance repose alors sur un terrain juif, et les témoins pour Dieu devront passer par une tribulation comme il n’y en eut jamais. Or, dans ce cas, à moins d’avoir été expressément avertis à cet égard, les fidèles regarderaient naturellement ici et là, cherchant le Libérateur, car dans ce caractère Il posera Ses pieds sur la montagne des Oliviers et viendra à Sion et sortira de Sion. « L’Éternel enverra de Sion la verge de ta force : Domine au milieu de tes ennemis ! » (Ps. 110, 2).
Tout cela est bien différent de l’espérance du chrétien et du désir qui le remplit en attendant, car nous ne désirons pas voir nos ennemis détruits, mais convertis, et nous attendons d’être enlevés du milieu d’eux au-devant du Seigneur en l’air, pour être toujours avec le Seigneur, au lieu de L’attendre pour qu’Il vienne à nous et nous bénisse sous Son règne millénaire.
Remarquez aussi que Jésus ne parle pas ici du siège de Jérusalem, ni du jugement à venir des morts. La prise de Jérusalem par Titus n’a pas été comme l’éclair, mais une lutte longue, terrible et opiniâtre ; les Juifs alors, jusqu’au moment du coup final, n’étaient pas dans un état de bien-être et de sécurité charnelle, comptant sur la continuation des choses comme elles étaient, ainsi qu’il arriva aux jours de Noé et de Lot. Le premier trait mentionné ici, c’est la soudaineté du jugement ; — le suivant, c’est la certitude du jugement : ni l’un ni l’autre n’a caractérisé la prise de Jérusalem par les Romains. Au-dedans ou au-dehors, au repos ou au travail, hommes ou femmes, n’importe ; Dieu brûlera la balle et préservera le froment : l’un sera pris, l’autre laissé. D’autre part, tout a ici un caractère local, terrestre, qui distingue cette scène de celle du grand trône blanc du jugement (Apoc. 20, 11-15), car il n’y a aucune ressemblance entre le jugement des morts et le déluge ou la destruction de Sodome. Il s’agit de la fin du siècle, non pas de la fin du monde ; puis d’un jugement sur le peuple terrestre et plus spécialement sur sa ville, car celui qui serait sur le toit ne devait pas rentrer dans la maison, ni celui qui était aux champs revenir en arrière. On ne peut appliquer aucun de ces avertissements aux morts, pas plus que le lit ou le moulin dont le Seigneur parle n’ont affaire avec eux. Le temps dont il est question ne sera pas un temps pour des motifs humains, des artifices ou des concessions (v. 33). La fidélité envers le Seigneur et Son témoignage sera la vraie sagesse à salut. Le jour de la révélation du Fils de l’homme était en question, quand Il jugerait les vivants, et spécialement la génération qui L’avait rejeté et avait fait de Lui un homme de douleurs. Si l’on demandait : « Où sera-ce ? », la solennelle réponse pour la conscience était : Là où sera le corps, le corps mort, là tomberont les soudains et inévitables jugements de Dieu.