Nous avons vu, à partir du verset 20 du chapitre précédent, que le royaume de Dieu fut présenté, d’abord, dans la personne de Jésus comme question de foi et non de manifestation extérieure, ni de manière qu’on dît : « Voici, il est ici », ou : « Voici, il est là » ; et présenté ensuite, sous la forme du jugement qui délivrerait le résidu pieux par l’exécution de la vengeance divine contre ses ennemis.
Les huit premiers versets de notre chapitre complètent l’avertissement prophétique et montrent que la ressource des justes aux derniers jours sera la prière. Néanmoins, bien que la parabole ait son application spéciale à la future oppression des témoins de Dieu qui se trouveront alors dans Jérusalem, l’instruction, comme d’habitude dans cet évangile, a un caractère général, qui s’adapte à toutes les difficultés quelles qu’elles soient, par lesquelles les hommes peuvent être éprouvés. « Il leur dit aussi une parabole, pour montrer qu’ils devaient toujours prier et ne pas se lasser ». La foi serait mise à l’épreuve. Si, dans l’épreuve, l’âme était tournée vers Dieu, et non pas seulement vers la bénédiction, elle ne se découragerait pas, même s’il n’y avait pas de réponse de la part de Dieu. Elle persévérerait, regardant toujours en haut, alors même que tout paraîtrait tourné contre elle. La veuve représente ceux qui n’ont pas de ressources humaines : leur ressource est dans la persévérance de la prière. Ainsi sera la semence sainte en Israël, car c’est du résidu fidèle de ce peuple, non pas de l’Église, que l’Écriture nous parle ici. Ils feront appel au Juge pour qu’Il les venge de leurs adversaires. Leur patience et leur confiance seront profondément mises à l’épreuve, mais ils ne crieront pas en vain. « Et le Seigneur dit : Écoutez ce que dit le juge inique. Et Dieu ne ferait-il point justice à ses élus, qui crient à lui jour et nuit ? ». Il est possible qu’Il soit lent à intervenir pour eux, mais quand une fois Il se lèvera, Il fera une œuvre abrégée sur la terre. En attendant, il faut que la patience ait son œuvre parfaite (Jacq. 1, 4). En Jésus, elle a eu toute sa perfection. Il rencontra la haine et le mépris des hommes, l’abandon de Ses disciples, la puissance de Satan, la coupe de la colère de Dieu ; — mais Il traversa tout pour entrer dans la gloire de Dieu. En détail, nous aussi avons besoin d’être criblés et de trouver, toutes les circonstances étant contre nous, Dieu pour nous, même plus que si nous avions l’aide extérieure, la puissance des miracles, l’ordre établi dans l’Église… Même la joie peut entraver notre entière dépendance de Dieu, en nous faisant oublier pratiquement que la chair ne profite de rien. Lorsqu’il n’y a aucune circonstance qui vous donne de l’espérance, votre espérance est-elle en Dieu ? La chair peut s’avancer assez loin, comme nous le voyons en Saül, mais la foi seule sait attendre quand elle a tout contre elle ; c’est alors la vie divine dépendante de la puissance divine. Telle elle fut en Christ, parfaitement. « J’ai cru, c’est pourquoi j’ai parlé » (2 Cor. 4, 13). Il descend dans la poussière de la mort, et introduit un ordre de choses entièrement nouveau ; et nous, ayant un même esprit de foi, nous aussi nous croyons, et c’est pourquoi nous parlons. « En sorte que nous, désormais, nous ne connaissons personne selon la chair ; et, si même nous avons connu Christ selon la chair, toutefois maintenant nous ne le connaissons plus ainsi. En sorte que si quelqu’un est en Christ, c’est une nouvelle création » (2 Cor. 5, 16-17). Christ est mort, ressuscité, et maintenant assis à la droite de Dieu. Ayant cette vie, nous sommes mis à l’épreuve pratiquement pour apprendre la leçon de la mort et de la résurrection, où Dieu seul peut soutenir.
Il y a deux choses à remarquer dans la parabole qui nous occupe ici. Si le juge inique entre et agit en faveur de ceux qui sont humainement sans ressource, quel qu’en soit le motif, Dieu ne le fera-t-Il pas ? Mais ce n’est pas tout, loin de là ! Dieu a Ses affections, non pas seulement Son caractère ; Il a des objets de Son bon plaisir. « Et Dieu ne ferait-il point justice à ses élus ?… ». Il ne convient jamais au Dieu juste et vengeur de passer légèrement sur le mal ou de laisser le méchant échapper sans punition. Car alors comment jugera-t-Il le monde (Rom. 3, 6) ? Il prend garde au cri des opprimés jour et nuit ; et ce cri, c’est le cri de Ses élus. « Je vous dis que bientôt il leur fera justice ». Mais y aura-t-il la foi qui attend Son intervention ? Ils crieront dans leur détresse, et Dieu entendra. Néanmoins la question sera soulevée : Y aura-t-il sur la terre, quand le Fils de l’homme viendra, cette foi qui est fondée sur Dieu connu dans une paisible communion ? N’y aura-t-il pas plutôt le cri des justes dans l’amertume de l’esprit, un cri que les circonstances leur arracheront, plutôt que le cri du désir ?
Versets 9 et suivants. — Les traits moraux du royaume suivent maintenant, avec les caractères qui, convenant au royaume, sont en harmonie ou en désaccord avec l’état des choses introduit par la grâce. Le pharisien et le publicain nous présentent, non pas la doctrine de l’expiation, ou de la justification par la foi, mais la certitude que la propre justice déplaît à Dieu, et que l’humilité à cause de notre péché est très agréable devant Lui. Le pharisien ne met pas Dieu de côté. Il se tenait à l’écart et priait en ces termes : Ô Dieu ! je te rends grâces, etc. Mais il remercie Dieu pour ce qu’il est lui, le pharisien — non pas pour ce que Dieu est. Le seul espoir du publicain était en Dieu Lui-même. Il était très ignorant, sans doute, mais il avait le sentiment qui convenait pour s’approcher de Dieu. La lumière s’était fait jour dans son âme et lui avait montré qu’il était un pécheur ; et il se soumettait à cette douloureuse conviction et confessait la vérité de sa condition devant Dieu. Il n’avait pour ressource que la miséricorde de Dieu envers son âme. Il n’osait pas en appeler à la justice, il ne demandait pas que Dieu fût indifférent à son péché, mais il faisait appel à cette miséricorde qui censure le péché et le pardonne. La révélation de la grâce n’était pas venue encore, l’œuvre de la réconciliation n’était pas encore accomplie, en sorte que le publicain « se tenait loin » ; mais son cœur était touché, et il lui fallait Dieu. Si aujourd’hui une âme est amenée au sentiment de son péché, elle n’a pas besoin de se tenir loin, et ne doit pas le faire, car la grâce de Dieu qui apporte le salut est apparue. Mais quoiqu’il ne connût pas, ni ne pût connaître la grâce ainsi, le publicain donne à Dieu Son vrai caractère et prend lui-même le sien. Il n’avait pas une pleine connaissance ; mais la connaissance qu’il avait, était vraie. « Je vous dis que celui-ci descendit en sa maison justifié plutôt que l’autre ; car quiconque s’élève, sera abaissé ; et celui qui s’abaisse sera élevé ». — C’est là une vérité universelle ; mais où fut-elle jamais manifestée comme en Jésus ? Car si le premier homme, s’élevant lui-même, a été abaissé en enfer, Celui qui était Dieu s’anéantit Lui-même et s’abaissa, se rendant obéissant jusqu’à la mort même de la croix ; c’est pourquoi aussi Dieu L’a souverainement élevé, etc. (Phil. 2).
En un sens, les hommes ne peuvent s’humilier eux-mêmes, parce qu’ils sont déjà des pécheurs, et ne peuvent pas descendre plus bas ; — mais un saint peut s’humilier. La vraie humilité, c’est l’oubli de soi-même.
Cette grande vérité est encore davantage mise en relief par l’incident des versets 15 à 17, où l’on apporte de petits enfants à Jésus, afin qu’Il les touche. Ici, nous sommes devant l’humilité de ce qui est vraiment insignifiant, comme dans le cas du péager devant l’humilité qui tient à un état de péché. Qui s’inquièterait de ces petits êtres de si peu d’importance qu’on apportait à Jésus ? — Non pas les disciples — mais Lui. Lui, le Seigneur, trouvait Son plaisir en eux, car c’est là l’esprit du royaume de Dieu. Une grande maxime morale apparaît ici. Si quelqu’un doit entrer dans le royaume, il faut que toute sa confiance en lui-même soit brisée, et qu’il reçoive la vérité simplement comme un petit enfant reçoit les paroles de sa mère. S’il en est autrement, Dieu et l’homme n’ont pas la place qui leur appartient. Quand Dieu parle, tout ce que nous avons à faire, c’est d’écouter. C’est l’humilité de celui qui sent son néant, comme le publicain nous présente l’humilité qui tient au sentiment du péché.
Aux versets 18 et suivants, vient la question de faire pour avoir la vie éternelle, non pas la question du salut pour un être perdu, mais quelque chose qui sonde le cœur jusqu’au fond. Le jeune homme avait, comme créature, un caractère aimable, car si nous voyons partout autour de nous les ravages du péché, nous y voyons aussi les traces de Dieu. Ce chef du peuple ne voyait pas Dieu en Christ. Attiré moralement vers Jésus, il venait pour apprendre à faire le bien, sans qu’il eût en lui-même le moindre doute sur sa propre capacité. Il ne voyait en Jésus qu’un homme parfait et bon, et par conséquent éminemment propre pour l’enseigner et le diriger dans la voie dans laquelle il marchait. Le péché comme la grâce, lui étaient tous deux inconnus. Il ne se connaissait pas davantage qu’il ne connaissait Dieu. Nul homme n’est bon ; ils se sont tous égarés ; ils sont des pécheurs et ont besoin que Dieu soit bon envers eux : ils sont incapables de faire le bien qui satisfait Dieu.
Le Seigneur prend le jeune chef du peuple sur le terrain où il s’est placé — lui qui pensait pouvoir faire ce qui était bon — afin de mettre en évidence ce qu’il était. Le bon Maître auquel il s’était adressé met son cœur à l’épreuve : « Une chose te manque encore : vends tout ce que tu as… et viens, suis-moi ». Le jeune homme renoncerait-il à sa propre importance ? Après tout, il aimait trop réellement ses richesses. Il devint « fort triste ; car il était extrêmement riche ». Ces choses n’avaient-elles pas été promises aux Juifs, direz-vous peut-être ? Christ montre qu’elles sont un piège. — Mais, dit-on, elles servent à faire beaucoup de bien ? — Je vous demande : Sont-elles bonnes pour votre cœur ? Ce n’est pas qu’on n’en puisse user en grâce ; mais le jeune homme ne connaissait pas son propre cœur. Là il n’y a ni bien, ni force pour produire le bien. Tous les motifs qui gouvernent le cœur de l’homme sont déracinés par la croix. Mais tout ce qui est au-dedans est mauvais, et on ne peut jamais avec de mauvais matériaux produire quelque chose qui plaise à Dieu. Il faut donc que je trouve Dieu, qui peut me donner une nouvelle et sainte nature, Dieu qui peut être miséricordieux envers moi, parce qu’Il est élevé au-dessus de tout péché. La source de tout ce qui est bon est en Dieu, et ce qui est bon, c’est ce qui vient de Lui et non pas de l’homme.
Il est impossible, s’il s’agit de l’homme, que personne soit sauvé. Le péché a perdu l’homme et a détruit toutes ses espérances. Si quelqu’un regarde aux moyens dont il pourrait se servir, ces moyens sont tous vains pour le sauver ! Mais « les choses qui sont impossibles aux hommes », dit le Sauveur, « sont possibles à Dieu ». Là est le seul terrain sûr pour le pécheur.
D’un autre côté, versets 28 à 30, si Pierre est prompt à parler du dévouement des disciples qui ont tout quitté et qui ont suivi Jésus, le Seigneur montre que toute perte faite pour l’amour du royaume de Dieu tournera en gain, et maintenant, et dans le siècle qui vient.
Mais le Seigneur lie tout, versets 31 à 33, avec ce qui allait Lui arriver. Ils montaient à Jérusalem ; pourquoi ? — Lui, le Messie, « sera livré aux nations ; on se moquera de lui… et on crachera contre lui ; et après qu’ils l’auront fouetté, ils le mettront à mort ». Toutes les espérances doivent finir là ; oui, « et, si même nous avons connu Christ selon la chair, toutefois maintenant nous ne le connaissons plus ainsi » (2 Cor. 5, 16). Lui-même, s’Il doit délivrer ceux qui sont perdus, il Lui faut descendre dans la poussière de la mort. Christ n’a aucun lien avec l’homme pécheur. Comment donc délivrera-t-Il ? Il faut qu’Il meure pour nous. Il ne peut pas unir la corruption avec Lui-même. Un Christ vivant, nous pouvons le dire avec révérence, ne pouvait pas nous délivrer en maintenant la nature et le caractère de Dieu : la rédemption était une nécessité. « À moins que le grain de blé, tombant en terre, ne meure, il demeure seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit ».
Mais si la rédemption était le seul moyen de salut, la profonde iniquité de l’homme fut manifestée dans la réjection et dans la mort de Christ. L’homme a haï ce qui est en Dieu et Celui qui est Dieu — il a haï et le Fils et le Père. Toute question de justice humaine est vidée et résolue négativement pour toujours.
Hélas ! les disciples ne comprenaient aucune de ces choses, ni Sa honte et Sa mort, ni Sa résurrection. C’était l’accomplissement de ce que les prophètes avaient écrit touchant le Fils de l’homme ; mais ils ne comprenaient ni ce que Lui disait, ni ce que les prophètes avaient écrit. La mort de Christ devait manifester ce que l’homme était et ce que Dieu était ; Sa résurrection mettre en évidence la puissance de vie qui peut délivrer les morts. Mais Jésus n’était pas compris.