Chapitre 18, 35 à chapitre 19

Le verset 34 du chapitre 18 termine cette partie de notre évangile, qui montre l’introduction de la dispensation nouvelle et céleste. Au verset 35, nous abordons les détails historiques des relations finales du Seigneur avec les Juifs.

Dans le cours de son récit, Luc nous a présenté le Seigneur sous le caractère général de « Fils de l’homme » ; mais maintenant, au milieu d’Israël, Jésus prend le caractère de « Fils de David ». Jéricho était la première ville qu’Israël rencontra lorsqu’il passa le Jourdain, et une malédiction particulière avait été prononcée contre elle. Mais Israël n’avait pas été obéissant, et le Messie n’entre pas comme Roi avec une pompe extérieure, mais comme le Jésus rejeté de Nazareth, apportant la bénédiction pour le résidu qui Le reçoit par la foi.

« Et il arriva, lorsqu’il fut venu dans le voisinage de Jéricho, etc. ». La Parole ne dit pas : lorsqu’Il fut « proche », comme s’il s’agissait nécessairement de Sa première venue auprès de la ville ; mais elle se sert d’une expression générale, aussi applicable à la proximité du Seigneur lors de Son départ de la ville, qu’à Sa proximité lors de Sa venue à Jéricho (comp. Matthieu et Marc). « Et il arriva, lorsqu’il fut venu dans le voisinage de Jéricho, qu’un aveugle était assis sur le bord du chemin et mendiait. Et entendant la foule… il cria disant : Jésus, Fils de David, aie pitié de moi ». Plusieurs le reprennent, mais il persévère dans la foi et crie d’autant plus fort : « Fils de David ! aie pitié de moi ». Il est un exemple du rassemblement à ce nom du Messie qu’Israël rejetait. Les yeux de l’aveugle furent ouverts alors, comme seront ceux du résidu quand le moment sera venu.

Au chapitre 19 versets 1 à 10, nous trouvons le récit de ce qui touche Zachée, car l’Esprit de Dieu n’a pas lié Luc au simple ordre chronologique ; au point de vue moral, l’histoire de Zachée vient à propos après celle de la guérison de l’aveugle. Cet épisode, qui ne se trouve que dans Luc, est une illustration de la grâce qui reçoit un homme de quelque bas étage qu’il soit, et cela en face des préjugés juifs ; car un publicain, un riche chef de publicains, était justement abhorré par ceux qui regardaient de tels hommes comme l’expression de l’oppression des Gentils. Tout était gâté par le péché, et Israël n’était pas humilié. Cependant, c’était pour un Israélite une triste position que celle qu’occupait Zachée, quelque honnête et consciencieux qu’il pût être. Mais c’était le jour de la grâce, et il « cherchait à voir Jésus ». Il y avait des difficultés, des obstacles en lui et autour de lui ; mais la foi persévère en dépit de l’opposition. Comme l’aveugle s’était attaché à son objet, ainsi Zachée le publicain voulait voir Jésus : c’est là un trait distinctif de l’opération de l’Esprit de Dieu ; l’âme saisit la valeur de l’objet que Dieu lui présente. Nous en avons besoin, et il nous en faut davantage ; nous en connaissons assez pour qu’il nous en faille plus. C’est une soif produite par le Saint Esprit. Combien il est triste que des chrétiens n’aient pas cette faim et cette soif d’une jouissance plus profonde de Dieu ; car là où ce désir n’existe pas, l’âme est desséchée et plongée dans l’apathie.

« Et quand il fut venu à cet endroit, Jésus, regardant, le vit, et lui dit : Zachée, descends vite ; car il faut que je demeure aujourd’hui dans ta maison. Et il descendit à la hâte, et le reçut avec joie ». Zachée n’avait pas encore la pleine connaissance de Jésus, mais son désir avait été satisfait et il était joyeux. Ce n’était ni la loi, ni la gloire, mais un Messie caché, venu ici-bas plein de grâce. Jésus était entouré de témoignages qui disaient qui Il était, mais Il était descendu en grâce là où l’homme se trouvait. Qu’importe ce que le monde en pensait. Trouver Jésus, c’est tout. Zachée a la réponse au besoin que la grâce divine avait créé dans son âme. La grâce ne donne pas, au début, la connaissance de l’œuvre de Christ : il peut y avoir dans ceux qui en sont les objets, peu ou point de connaissance quant au fait que nous sommes faits la justice de Dieu en Lui. C’est pourquoi la première joie s’évanouit souvent, parce que, quand je me suis accusé dans ma conscience, j’ai besoin de cette justice. La première joie consiste souvent en ce que l’âme se rend compte du besoin qu’elle a de Christ ; mais le fond de la question de la justice peut être non vidé encore dans la conscience, quoique tout croyant, en possédant Christ, possède la justice divine ; pourtant, bien qu’il y ait beaucoup à apprendre, l’âme est joyeuse ; de nouveaux intérêts sont suscités, de nouveaux désirs s’élèvent dans le cœur ; on a une vue nouvelle du bien et du mal. Quand on a le sentiment profond de ce qu’est un être perdu et sauvé, le monde (l’homme) compte pour peu de chose ; mais lorsque le poids qui pesait sur la conscience est ôté, trop souvent la nature reprend quelque place, et alors Christ n’est pas absolument tout pour le fidèle.

Le cœur de Zachée est ouvert ; il est plein d’une confiance qui s’exprime. Il peut y avoir toute l’honnêteté possible dans les efforts que fait un homme pour satisfaire sa conscience dans une fausse position ; mais après tout, quelle position que celle-là ! Les hommes murmurent. Le Seigneur passe par-dessus tout. Se justifier soi-même était inutile. Jésus n’accusait pas, et Il ne parle de rien que du salut qui était venu aujourd’hui à cette maison. Zachée était fils d’Abraham, et le Fils de l’homme était venu pour chercher et sauver ce qui était perdu. Qu’est-ce qu’un pharisien pouvait objecter ? Il y avait eu un travail dans l’âme du publicain, mais le Fils de l’homme était venu, et ce qu’Il apportait c’était le salut. Il apporte le salut. Il donnait ce dont Zachée n’avait aucune idée. Il était venu pour satisfaire le besoin qu’Il avait Lui-même créé ; Il était venu pour chercher, c’est-à-dire pour produire le désir — et pour sauver, c’est-à-dire pour satisfaire ce désir.

Le Seigneur était maintenant près de Jérusalem, et ainsi (v. 11 et suiv.) Il ajoute une parabole, pour détruire la pensée que le royaume de Dieu allait paraître immédiatement, car Jérusalem est la ville du grand Roi et la question de Sa réjection devait se clore là. Jésus montre que, tout au contraire de ce que les hommes pensaient, Il s’en allait dans un pays éloigné, le ciel, pour y recevoir un royaume et pour revenir ensuite. Le temps n’était pas venu pour établir le royaume sur la terre. En attendant, Ses propres esclaves devaient trafiquer avec les richesses qu’Il leur confiait. Quand Il reviendrait, après avoir reçu le royaume, Il assignerait à chacun sa place, selon la fidélité qu’il aurait montrée ; car dans Luc, il s’agit de la responsabilité de l’homme, tandis que dans la parabole correspondante, en Matthieu (chap. 25), c’est la souveraineté de Dieu qui est en question. Il y a des différences de dons, dans Matthieu ; dans Luc, des différences de rémunérations. Dans Luc, chaque esclave reçoit une mine du Seigneur ; dans Matthieu, tous ceux qui « ont gagné » en trafiquant, entrent également dans la joie du Seigneur. Ici, toute la force du passage est dans le : « Trafiquez ». « Trafiquez jusqu’à ce que je vienne ». Notre position comme disciples, c’est de servir un Sauveur rejeté jusqu’à ce qu’Il revienne. Nous ne sommes pas appelés à participer maintenant à la gloire du royaume. Quand Jésus reviendra, Il disposera de tout sans partialité, et il y aura ce qui répond à l’autorité « sur dix villes » et « sur cinq villes ». La justice de Dieu est la même pour nous que pour Paul ; mais comme il y a une grande différence de service et différentes mesures de fidélité, il y aura aussi une rémunération spéciale pour chacun. Sans doute, c’est la grâce qui travaille ; cependant, ici, il y a une rémunération pour le service fidèle. Le secret de tout service est la juste application de la grâce du Maître. Si quelqu’un craint le Maître comme un « homme sévère », il y aura de l’infidélité chez lui selon la mesure de ses propres principes.

Le verset 26 est un principe général. Quand, par la grâce, nos âmes réalisent la vérité qui nous est présentée, nous sommes de ceux « qui ont ». Mais si la vérité est placée devant un homme et que celui-ci en parle sans qu’elle soit mêlée avec la foi dans le cœur, cela même qu’il a lui sera ôté. La vérité, si elle révèle Christ, m’humilie et s’occupe du mal qui est en moi. Alors elle n’est pas seulement Christ comme objet en dehors de moi, mais un Christ vivant en moi. Une connaissance qui n’a pas de pouvoir sur la conscience ne fait qu’« enfler » (voyez 1 Cor. 8, 1). Si on ne pratique pas la vérité qu’on connaît, elle trouble la conscience. Mais combien ne voit-on pas souvent une conscience qui a perdu la lumière, se réjouir d’être délivrée de son tourment, quoique la lumière de la vérité se soit évanouie avec lui ! L’âme est tombée plus bas que ce qui avait exercé la conscience, et ainsi toute la mesure, et le principe, et la vie sont rabaissés et les occasions de gagner Christ sont perdues pour toujours. Si je tiens ferme la vérité — Christ — je Le possède comme une partie de moi-même et j’apprends à haïr le mal et à aimer le bien en sorte que j’obtiens « davantage », jusqu’à ce que je croisse jusqu’à Christ — jusqu’à la mesure de la stature de Sa plénitude (voyez Éph. 4, 13-15). Les devoirs ordinaires de la vie ne nous privent pas de Lui : le cœur revient de ceux-ci avec une nouvelle joie vers son propre centre. Mais c’est l’attachement du cœur à la vanité, qui corrompt notre joie ; c’est tout ce qui élève le moi et rabaisse Christ — ne fût-ce qu’une pensée légère, si le cœur la tolère.

Quant aux « citoyens » — les Juifs sur lesquels Christ avait des droits comme Roi — ils ne voulaient pas de Lui, ne Le haïssant pas seulement pendant qu’Il était parmi eux, mais, par dessus tout, envoyant un message après Lui pour Lui faire savoir : « Nous ne voulons pas que celui-ci règne sur nous ». La vengeance les trouvera et les frappera devant Lui.

Verset 28. — Jésus entre à Jérusalem comme Messie. Il fallait que Ses droits de Seigneur de tout fussent proclamés et qu’Il s’en prévalût (v. 29-36). Il se présente pour la dernière fois à Israël, dans l’humilité de la grâce, qui était d’une importance infiniment plus grande que le royaume. Il en résulte le plus frappant contraste entre les disciples et les pharisiens. « Toute la multitude des disciples, se réjouissant, se mit à louer Dieu à haute voix… disant : Béni soit le roi qui vient au nom du Seigneur ! Paix au ciel, et gloire dans les lieux très hauts ! ». Quelques-uns des pharisiens Lui demandent de reprendre Ses disciples, mais ils apprennent de Sa bouche, que si ceux-ci se taisaient, les pierres même crieraient. Il faut qu’un témoignage soit rendu à Sa gloire (v. 37-40).

Quand Jésus naquit, des anges l’annoncèrent aux pauvres du troupeau, et les armées du ciel donnèrent gloire à Dieu, disant : « Gloire à Dieu dans les lieux très hauts ; et sur la terre, paix ; et bon plaisir dans les hommes ! ». Tel sera le résultat ; et les anges l’anticipent, sans se préoccuper des obstacles ou des moyens. Mais Christ était rejeté, et les disciples disent : « Paix au ciel et gloire dans les lieux très hauts ! ». Quand la question de la puissance s’élèvera, pour l’établissement du royaume, alors il y aura un combat (Apoc. 12). Et il ne peut pas, de fait, y avoir de paix dans le ciel, jusqu’à ce que Satan et ses anges en soient précipités : alors le Roi sera établi en puissance, quand les obstacles seront ôtés. Le psaume 118 célèbre ce glorieux moment, Sa miséricorde demeurant à toujours, en dépit de tous les péchés du peuple : c’est le cantique des derniers jours. Si Dieu envoie la paix à la terre dans la personne de Son Fils, c’est en vain, non pas quant à l’accomplissement, mais quant à l’effet présent. Mais pour la foi, il y a paix dans le ciel, et quand cette paix y sera proclamée en puissance vis-à-vis des mauvais esprits dans les lieux célestes, ce sera certainement un jour de bénédiction. Quel jour que celui-là ! Quel soulagement pour le travail de la grâce ! Car maintenant, son œuvre est toujours veille et travail. Comment, toujours ? Oui, toujours, et ce n’est pas là le repos. Mais alors ce sera le repos, aussi sûrement que Dieu prendra Sa grande puissance et règnera. L’Éternel exaucera les cieux… (Os. 2, 21). Il y aura une suite ininterrompue de bénédictions, et sur la terre également. Ce ne sera plus bâtir une maison pour qu’un autre y habite (És. 65, 21, 22), mais la bénédiction se répandra partout. Jusque-là, comme aujourd’hui, il s’agit de souffrir en grâce, non pas de puissance triomphante. Ne craignez jamais la persécution ; elle fera briller votre visage comme le visage d’un ange (voyez Act. 6). Mais Dieu ne pouvait pas se taire si Son Fils était rejeté. Il pouvait Le laisser souffrir, mais non pas sans un témoignage. S’Il n’en trouvait point d’autres, les pierres mêmes crieraient : et ainsi pour nous, si nous sommes fidèles et que nous nous tenions près de Christ, cela nous tournera en témoignage.

Versets 41 à 44. — Nous ne trouvons pas ici la malédiction du figuier, mais l’Esprit de grâce — Jésus pleurant sur la ville. Les conseils de Dieu s’accompliront certainement, mais Dieu veut aussi que nous connaissions la réalité de Sa tendresse en Jésus. Ces larmes du Sauveur n’étaient pas vaines, quelles que pussent être les apparences. C’était pour Jérusalem la journée de sa visitation : mais elle ne la connaissait pas. Nous devrions, puisque nous avons la pensée de Christ (1 Cor. 2, 16), savoir comment intervenir spirituellement. Nous sommes la lettre de Christ (2 Cor. 3, 3), par laquelle le monde devrait savoir lire ce que Dieu est. Christ l’a manifesté parfaitement. Mais que trouva-t-Il en Israël ? Voyez les versets 45 et 46. Dieu déclare que Sa maison est une maison de prière ; les hommes, les Juifs, en avaient fait une caverne de voleurs : — quel terrible jugement moral ! Mais c’est là la vraie manière de juger : avoir la Parole de Dieu pour voir les choses comme elles sont. Nous sommes ignorants et moralement incapables de juger sans la Parole de Dieu. Que nos yeux soient donc arrêtés sur Christ, et que notre jugement sur toutes les choses qui nous entourent soit formé par la Parole de Dieu.